Un article de The Epoch Times (The War We Have to Win: Marco Rubio and the Fight for Western Civilization, La guerre que nous devons gagner : Marco Rubio et le combat pour la civilisation occidentale) m'a fortement incité à produire ce billet tellement il est à côté de la plaque (l'article de TET, pas mon billet !)
Je vous laisse deviner si j'en suis l'auteur (de ce billet, pas de l'article de TET !)
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Le 7 octobre 2026, Marco Rubio a prononcé à Athènes, sur la colline du Pnyx, face à l’Acropole dorée par le soleil couchant, un grand discours sur la civilisation occidentale. L’Epoch Times l’a trouvé « brillant » et d’une érudition rare. Il est vrai que le casting impressionne : Platon, Aristote, Plutarque, Charlemagne, Kepler, et même Xerxès, ce qui est une manière élégante d’inviter l’adversaire au banquet pour mieux souligner le contraste.
Le journal s’attarde surtout sur une phrase du secrétaire d’État : « Les connaître, c’est nous connaître nous-mêmes. » Et en tire la leçon que si l’Occident décline, c’est parce que des dizaines de millions d’Américains et d’Européens ignorent leur héritage, la faute aux écoles et aux enseignants. Soit. Appliquons donc le conseil à la lettre : connaissons-nous nous-mêmes. Voyons ce que ça donne.
1. Honneur et devoir : le dossier Epstein
L’article déplore une époque où l’honneur et le devoir seraient devenus des reliques poussiéreuses. Précisons le contexte : Donald Trump et JD Vance avaient promis pendant la campagne de publier les dossiers Epstein. Une fois au pouvoir, l’administration s’est montrée réticente à les divulguer, à la fureur d’élus des deux bords. Le président a affirmé sans preuve que ces dossiers avaient été fabriqués par ses adversaires, puis a demandé à la ministre de la Justice d’enquêter sur les liens d’Epstein avec Bill Clinton et d’autres opposants. Fin 2025, volte-face spectaculaire : il exhorte les républicains à voter la loi imposant la publication, et la signe. Quand les documents sortent, il explique qu’il ne les a pas lus et qu’il serait temps que le pays passe à autre chose, la santé par exemple.
Précision de rigueur : figurer dans ces documents n’est pas une preuve d’infraction, et Trump n’est pas le seul cité (Clinton, Musk, Lutnick y apparaissent aussi). Mais pour une civilisation fondée sur le devoir, « passons à autre chose » est un choix de devise audacieux.
2. Le courage face à l’agresseur : l’Ukraine
Rubio oppose avec émotion l’héroïsme occidental au culte de la mort des mollahs iraniens. Sur le front du courage face à l’agression, l’Occident version 2026 a produit un plan de paix en 28 points, rédigé par l’administration américaine et le Kremlin sans la participation de l’Ukraine, que Vladimir Poutine a salué comme base possible d’un règlement final. Des sénateurs démocrates, indépendants et républicains l’ont jugé propre à récompenser l’agresseur ; le président républicain de la commission des forces armées du Sénat s’est dit « très sceptique ». Et c’est sans compter l’algarade du Bureau ovale avec Volodymyr Zelensky en février 2025, ni le tapis rouge déroulé à Poutine en Alaska. Les Grecs avaient un mot pour cela : kolakeia, la flatterie envers les puissants. Il ne figurait pas dans le discours.
3. Souveraineté contre servitude : le Groenland
Un article associé sur le site de l’Epoch Times s’intitule In Athens, Rubio Warns Western Nations Face a Choice Between Sovereignty and Servitude : les nations occidentales devraient choisir entre souveraineté et servitude. Excellent principe, que l’on aimerait voir appliqué au Danemark. En janvier 2026, Trump a annoncé des droits de douane de 10 % (puis 25 %) sur huit alliés de l’OTAN, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, tant qu’un accord n’aurait pas été trouvé pour « l’achat complet et total » du Groenland, leur reprochant d’y avoir envoyé quelques militaires pour un exercice de l’OTAN. Il a moqué la défense danoise en évoquant des traîneaux à chiens, et la Maison-Blanche n’a pas exclu l’usage de la force. On ne sait pas si Xerxès aurait été impressionné, mais Copenhague, certainement.
4. L’héritage de l’État de droit
La civilisation occidentale a inventé la loi commune à tous. Dans ce registre, l’actuelle administration a gracié dès son premier jour environ 1 500 participants à l’assaut du Capitole, y compris des condamnés pour violences contre des policiers ; le président reste le premier ancien chef d’État américain condamné au pénal (34 chefs de falsification de documents comptables) ; il a accepté d’un État étranger, le Qatar, un Boeing 747 de luxe pour faire office d’Air Force One ; et sa famille s’est lancée dans la cryptomonnaie. Que d’honneur, que de devoir.
5. « Si seulement les écoles enseignaient l’histoire »
L’article accuse les écoles et les enseignants de l’ignorance générale. Certes. Reste que l’administration a signé un décret visant à démanteler le département de l’Éducation et gelé des milliards de dollars de financements fédéraux à Harvard. Pour une civilisation qui prétend nourrir ses racines, l’arrosoir est étrangement vide.
6. L’Athènes de carte postale
Le Pnyx est effectivement le lieu où les Athéniens votaient. Mais les « premiers hommes et femmes de l’Occident » dont parle Rubio n’y votaient pas : ni les femmes, ni les esclaves, ni les étrangers. Cette même assemblée pratiquait l’ostracisme et a fini par condamner Socrate à boire la ciguë en 399 av. J.-C. pour impiété. Platon, lui, jugeait la démocratie athénienne fort peu enviable, et Aristote tenait l’esclavage pour naturel. Quant au panthéon : Charlemagne a fait exécuter des milliers de Saxons à Verden, et Cortés a conquis l’Empire aztèque. Le « thumos », cette ardeur dont parle Rubio, a bien des usages.
Et puisque l’on parle de connaissance de soi : le même Marco Rubio avait traité Donald Trump d’arnaqueur (« con artist ») pendant la primaire républicaine de 2016. Un grand orateur sait faire évoluer ses convictions.
Pour être honnête
Les défenseurs de l’administration feraient valoir que Trump a fini par signer la loi sur la publication des dossiers Epstein, que son plan vise à mettre fin à une guerre qui dure depuis 2022, qu’il a obtenu des alliés européens des engagements de dépenses militaires nettement plus élevés, et que le discours de Rubio vaut par ce qu’il dit, pas par la biographie de son patron. Ces arguments existent et méritent d’être entendus.
Et le discours a un mérite que personne ne conteste : rappeler que l’héritage gréco-romain est un trésor. C’est précisément pourquoi il serait dommage de le confier à ceux qui le brandissent en bannière sans le pratiquer. Connaissons-nous nous-mêmes, disait l’autre. On est toujours preneur de la notice.
Sources
- Axios, « Trump announces tariffs on 8 NATO allies in latest push to acquire Greenland », 17 janvier 2026 : https://www.axios.com/2026/01/17/trump-greenland-tariffs-nato-allies
- CBS News, « Trump says he will impose 10% tariffs on countries that send military forces to Greenland » : https://www.cbsnews.com/amp/losangeles/news/trump-greenland-military-tariffs
- Fortune / AP, « Republican and Democratic senators alike oppose Trump’s Ukraine peace plan », 22 novembre 2025 : https://fortune.com/2025/11/22/republican-democrat-senators-trump-russia-ukraine-peace-plan-putin-zelenskyy
- Naharnet, « Trump says time to move on from Epstein scandal » : Trump says time to move on from Epstein scandal — Naharnet
- ABC News, « Timeline: Trump administration responses in Epstein files release saga » : https://abc7news.com/post/trump-epstein-files-news-timeline-donald-administration-responses-jeffrey-release-sage/18158763/
- Epoch Times, « The War We Have to Win: Marco Rubio and the Fight for Western Civilization » : The War We Have to Win: Marco Rubio and the Fight for Western Civilization | The Epoch Times

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