mercredi 1 juillet 2026

L'UPA entre histoire, mémoire et propagande : examen d'un texte militant

 Dans Comprendre la genèse du mythe de « l'Ukraine nazie » avec Oxana Melnychuk je relatais, avec l'aide de l'IA Perplexity, une publication d'Oxana Melnychuk ; celle-ci vient de publier sur Facebook un nouveau message afin de préciser des points qui n'auraient pas été compris par ses lecteurs :

Un article est attaché à cette publication Facebook, intitulé UPA. Entre deux feux, L'Ukraine dans la Seconde Guerre Mondiale

Comme il s'agit encore une fois d'un texte très long et que, de plus, je n'ai évidemment aucune compétence pour le critiquer, ce qui me demanderait de toute façon énormément de temps puisqu'il faudrait vérifier tous les points mentionnés (et il y en a beaucoup...) tout en ayant les connaissances en Histoire requises et indispensables, j'ai présenté à plusieurs IA le prompt suivant :

Peux-tu dans un premier temps me faire un résumé du texte qui suit puis rechercher d'autres sources sérieuses pouvant confirmer ou infirmer tout ou partie de ce qui y est dit : « Texte »

Toutes les IA consultées étaient d'accord entre elles à quasiment 100%, j'ai donc choisi Claude que j'ai trouvé la plus didactique et facile à lire (pour votre plus grand bonheur !)

*****

Je suis en train d'examiner un document historique concernant l'UPA/OUN pendant la Seconde Guerre mondiale qui semble provenir d'une source officielle ukrainienne, rédigé dans une perspective nationaliste pro-ukrainienne. Je dois vérifier les principales affirmations en consultant des sources fiables sur des sujets tels que l'histoire de l'OUN-UPA, le nombre de victimes du massacre de Volhynie, le rôle réel de Bandera, les allégations de provocation par le NKVD et les pertes globales de l'Ukraine pendant la Seconde Guerre mondiale.

Je prévois de rechercher le consensus historique sur plusieurs points controversés : les estimations du nombre de victimes en Volhynie, la collaboration de l’OUN-UPA avec les forces nazies, l’implication de Bandera dans les pogroms de Lviv, les tactiques d’infiltration documentées du NKVD, le nombre de victimes ukrainiennes et la loi de 2015 reconnaissant l’UPA en Ukraine. Je m’appuierai sur un nombre modéré de recherches afin d’obtenir une image raisonnable de ce que les historiens traditionnels concluent réellement sur ces questions.

Je vais d'abord vous faire un résumé, puis rechercher des sources sérieuses (historiens spécialisés, instituts de recherche) pour évaluer les points les plus contestés du texte — notamment le bilan de Volhynie, le rôle de Bandera dans les pogroms de Lviv, et les pertes ukrainiennes.

[Claude explique et détaille toutes les sources consultées, puis passe enfin au résultat de ses investigations]

Je vais structurer ma réponse en deux parties : d'abord un résumé du texte, puis une vérification des informations clés en citant les sources pertinentes, en veillant à paraphraser plutôt que de citer directement pour respecter les droits d'auteur.

Résumé du texte

Ce document retrace l'histoire de l'UPA (Armée insurrectionnelle ukrainienne) et de l'OUN pendant la Seconde Guerre mondiale, en insistant sur trois axes :

  1. Chronologie 1939-1960 : partage de la Pologne par le pacte germano-soviétique, invasion allemande de 1941, naissance de l'UPA en octobre 1942, guerre sur deux fronts (contre les nazis puis contre l'Armée rouge/NKVD) jusqu'au milieu des années 1950-1960.
  2. Trois figures (Bandera, Melnyk, Choukhevytch), présentées comme des résistants anti-totalitaires dont la mémoire aurait été « diabolisée » par la propagande soviétique puis russe — le texte minimise notamment la responsabilité de Bandera dans les pogroms de Lviv de 1941.
  3. Bilan humain : pertes ukrainiennes totales (8-10 millions), contribution militaire massive à l'Armée rouge (7 millions mobilisés), destructions matérielles, et l'idée que Moscou (Staline puis Poutine) aurait nié cette contribution pour justifier ses guerres contemporaines contre l'Ukraine.

Le texte traite aussi la tragédie de Volhynie (1943) comme un événement où le NKVD aurait largement instrumentalisé et aggravé un conflit ethnique préexistant, minimisant la responsabilité propre de l'UPA.

C'est un texte engagé, clairement écrit du point de vue ukrainien contemporain (probablement une source institutionnelle ou mémorielle ukrainienne). Voici ce que les recherches permettent de confirmer, nuancer ou contester.

Ce qui est largement confirmé

  • La chronologie générale (pacte Molotov-Ribbentrop, invasion de 1941, création de l'UPA en 1942, dissolution progressive jusqu'aux années 1950) correspond au consensus historique.
  • Les pertes démographiques ukrainiennes de l'ordre de 8 à 14 millions et la chute de population de ~41 à ~27 millions entre 1941 et 1945 sont cohérentes avec les statistiques officielles de la RSS d'Ukraine, qui montrent une population passant de 40,9 millions en janvier 1941 à 27,4 millions en janvier 1945. Les estimations varient toutefois beaucoup selon les sources (de 6,8 à 14 millions de morts directs), ce qui est normal vu l'état fragmentaire des archives soviétiques. Mfa
  • La contribution militaire ukrainienne à l'Armée rouge (des millions de mobilisés, des généraux, des Héros de l'Union soviétique) est également confirmée par plusieurs sources indépendantes, dont l'estimation de 6 à 7 millions d'Ukrainiens ayant servi dans l'armée soviétique sur un total d'environ 30 millions de soldats soviétiques mobilisés entre 1939 et 1945. Wikipedia
  • Les provocations du NKVD utilisant de fausses unités déguisées en UPA sont un fait documenté par l'historiographie sérieuse (pas seulement ukrainienne), même si — voir plus bas — cela n'explique pas l'intégralité des massacres.

Ce qui est présenté de façon orientée ou incomplète

1. La tragédie de Volhynie : le texte minimise nettement la responsabilité propre de l'UPA.

Le consensus des historiens occidentaux (McBride, Rudling, Motyka, Snyder, Katchanovski) est que les massacres de Volhynie constituaient une opération d'ethnic cleansing planifiée, décidée par le commandement local de l'UPA — pas seulement un dérapage de tensions ethniques exploité par le NKVD. L'historien Jared McBride, spécialiste de la région, affirme qu'il existe un consensus scientifique selon lequel il s'agissait d'un nettoyage ethnique plutôt que d'un génocide, mais cela n'enlève rien à la nature planifiée de l'opération : le village modèle de Janowa Dolina en Volhynie fut le site d'un massacre de l'UPA en avril 1943, et les unités de l'UPA tuaient les civils polonais à la hache plutôt qu'aux armes à feu pour donner l'apparence d'une révolte paysanne spontanée. Le rôle du NKVD dans l'aggravation du conflit est réel mais secondaire dans la littérature académique — ce n'est pas le facteur explicatif principal que suggère le texte. WikipediaVolhynia Massacre

Sur les chiffres, les estimations varient fortement mais convergent globalement autour de 50 000 à 100 000 morts polonais et 10 000 à 20 000 morts ukrainiens (les chiffres du texte — environ 30-39 000 morts polonais confirmés — sont en dessous de la plupart des estimations sérieuses). L'estimation basse de 35 000 morts polonais est jugée plus fiable que les estimations plus hautes par le politologue Ivan Katchanovski, mais les historiens polonais avancent généralement environ 100 000 morts, dont 40 000 à 60 000 en Volhynie. Le débat génocide/nettoyage ethnique est réel et documenté — la Pologne le qualifie officiellement de génocide depuis 2016, la plupart des historiens occidentaux et ukrainiens préfèrent « nettoyage ethnique ». WikipediaOpen Democracy

2. Bandera et les pogroms de Lviv : le texte va au-delà de ce que dit l'historiographie sérieuse.

Le texte affirme une « absence de responsabilité directe » de Bandera. C'est en partie vrai à titre individuel (il était emprisonné dès juillet 1941), mais le texte occulte la responsabilité organisationnelle de l'OUN-B qu'il dirigeait. Selon les travaux de l'historien John-Paul Himka, l'aile de l'OUN-B fidèle à Bandera, dirigée localement par Yaroslav Stetsko — décrit comme un antisémite virulent — a pris la tête du mouvement nationaliste à Lviv, et des milices formées sous l'égide de l'OUN-B ont participé activement aux violences de juillet 1941. Il existe un vrai débat historiographique — certains chercheurs comme Rossoliński-Liebe et Umland contestent l'implication directe de Bandera lui-même — mais présenter cela comme une simple « manipulation mémorielle soviétique » sans mentionner ce débat contemporain occidental (non soviétique) est trompeur. Wikipedia

3. Le NKVD comme explication structurante des tensions polono-ukrainiennes.

Si l'existence de groupes du NKVD déguisés en UPA est bien documentée, la littérature scientifique indépendante des deux camps nationaux n'en fait pas la cause principale du conflit, contrairement à ce que suggère fortement le texte.

En résumé

Le texte est globalement fiable sur la chronologie factuelle et les grands ordres de grandeur des pertes, mais adopte une grille de lecture militante (mémorielle ukrainienne officielle) qui :

  • minimise systématiquement la responsabilité propre de l'UPA/OUN-B dans les violences envers les civils polonais et juifs,
  • attribue une part disproportionnée de responsabilité aux manipulations soviétiques,
  • présente comme tranché ce qui reste un objet de débat historiographique actif, y compris entre historiens occidentaux non engagés dans le conflit mémoriel polono-ukrainien.

Pour une vue plus équilibrée, les travaux de Grzegorz Motyka, Timothy Snyder, Per Anders Rudling et John-Paul Himka (historiens indépendants des deux narrations nationales) offrent un contrepoint utile aux sources institutionnelles ukrainiennes comme à la version polonaise officielle de 2016.


*****

Quoi qu'il en soit, même si l'on peut considérer qu'Oxana Melnychuk adopte dans ses articles une position très pro-ukrainienne et donc excessivement subjective, ce que l'on peut parfaitement comprendre, il n'en reste pas moins que les événements qui se sont déroulés il y a plus de 80 ans ne peuvent en aucun cas justifier l'aggression de la Russie envers l'Ukraine et l'utilisation par les Russes (et pro-Russes de tout poil) d'éléments de langage faisant passer les Ukrainiens pour des nazis, ce qu'ils ne sont évidemment pas !