dimanche 17 octobre 2021

Leçon d'économie à l'attention de Jean-Marc Jancovici

 Dans Jean-Marc Jancovici n'est pas économiste, et ça se voit !, publié il y a près de quatre ans déjà, je me permettais, moi petit têtard pataugeant dans ma petite mare, de mettre en doute les compétences de Jean-Marc Jancovici en matière économique. Aujourd'hui je ne changerai quasiment aucun mot de ce billet, surtout après avoir lu un article d'un certain Louis Fréget, qui dans son profil nous dit :

Diplômé du bachelor et du master de recherche en économie de Sciences Po Paris, je suis actuellement doctorant en économie de la santé et de l'éducation à l'Université de Copenhague au Danemark. Je suis affilié à VIVE, le centre danois pour la recherche en sciences sociales, qui évalue l'impact de politiques publiques pour informer le gouvernement danois et le grand public.

L'article en question, publié le 30 juillet dernier sur le blog de Louis Fréget (Comment faire mentir les chiffres), s'intitule Jean-Marc Jancovici et le meilleur modèle macroéconomique du monde.

Je suis tombé dessus un peu par hasard, en suivant un fil Twitter commençant chez Cédric Villani dans lequel un commentateur lui faisait remarquer ceci :

Replying to
Monsieur , cette corrélation est une corrélation fallacieuse. On ne peut pas faire de régression linéaire sur une série temporelle. Voir ce billet d’ pour plus d’explications :
fairementirleschiffres.com
Jean-Marc Jancovici et le meilleur modèle macroéconomique du monde
Ces derniers temps, j’entends souvent la même musique. Quand j’annonce que je suis doctorant en science économique, on me parle de Jean-Marc Jancovici (JMJ)...

Ce commentaire venait à la suite d'un graphique montré par Villani :

5/7 Également un joli graphique qui nous rappelle que la corrélation entre consommation d'énergie mondiale et PIB mondial est quasiment UNE DROITE jusqu'ici. Les tenants de la croissance verte croient que cette loi va subitement cesser d'être valable, comme par miracle...
Graphique montré par Cédric Villani.

Donc si j'ai bien compris :

  • Cédric Villani avance (affirme ?) que la consommation d'énergie mondiale est intimement corrélée au PIB mondial, les deux marchant parfaitement de pair ;
  • Gabin Guilpain informe Villani que son graphique est trompeur et l'invite à consulter l'article de Louis Fréget « pour plus d'explications ».

En ce qui me concerne je ne sais pas si on peut ou non faire une « régression linéaire sur une série temporelle », mes connaissances en mathématiques étant très limitées, mais ce que j'ai trouvé d'intéressant dans l'histoire c'est justement l'article qui nous parle de Jean-Marc Jancovici et de son « meilleur modèle macroéconomique du monde ».

Tout d'abord il faut que je vous rassure, Jancovici ne dit pas que des bêtises, loin de là !

Pour faire bref voici ce que Janco nous dit à longueur de conférences : tout ce qui nous entoure et qui n'est pas naturel a été produit grâce à de l'énergie. Vous pouvez vous-même faire l'expérience en regardant tous les objets de votre quotidien, il ont forcément été fabriqués en utilisant de l'énergie, ou bien ont utilisé de l'énergie pour être acheminés jusqu'à chez vous. Imaginez un seul instant que les énergies fossiles, que ce soit en provenance du charbon, du gaz ou du pétrole, venaient à disparaitre instantanément, et vous pouvez aussi si vous le voulez y ajouter l'énergie nucléaire et ne garder que les énergies dites « renouvelables » pour satisfaire tous nos besoins, alors vous vous rendrez compte que nous serions dans une panade inimaginable !

Avant la révolution industrielle toutes les énergies étaient renouvelables, le vent et l'eau faisaient tourner les pales des moulins et le bois était brûlé pour se chauffer ou pour construire des objets en métal par exemple ; pour le reste c'était la force musculaire, humaine ou animale, qui était utilisée.

Nous avons donc pendant quelques dix mille ans fonctionné comme cela, ce qui explique la stagnation de ce que l'on appelle aujourd'hui le PIB, censé représenter notre production de richesse...

Puis vint la révolution industrielle avec tout d'abord l'utilisation du charbon puis du pétrole et du gaz, ce qui a permis en un peu plus de deux siècles une augmentation quasi exponentielle de ce PIB comme on peut le voir avec ces graphiques :

PIB mondial par habitant (en dollars de 1990) - source Cairn.info

Evolution et chiffres du PIB de 1500 à 1913 en France, Royaume-Uni, Allemagne, Etats-Uni, Japon, Chine et Inde. Source unblog.fr)

Evolution et chiffres du PIB de 1913 à 2006 en France, Royaume-Uni, Allemagne, Etats-Uni, Japon, Chine et Inde. Source unblog.fr)


Pour résumer, nous sommes devenus accros aux énergies fossiles, ou plus exactement à l'énergie tout court, mais les « fossiles » représentent l'essentiel de notre consommation et elles ne donnent pas vraiment de signes de faiblesse...comme nous l'indique Le monde de l'énergie :
Les combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz), sources de l’essentiel du réchauffement climatique, représentaient toujours 80,2% de la consommation d’énergie finale en 2019, contre 80,3% en 2009, pointe ce réseau d’experts dédié aux renouvelables.
Ainsi Jancovici a parfaitement raison en pointant du doigt notre immense dépendance à l'énergie et notamment aux énergies fossiles, et il a également parfaitement raison de nous avertir que dans un futur finalement pas très éloigné nous devons nous attendre à de gros problèmes liés à une production d'énergie qui ne sera plus en phase avec les besoins sans cesse grandissants de notre civilisation que certains nomment « thermo-industrielle ».

Il est en cela secondé par Matthieu Auzanneau qui, dans Métaux critiques, charbon, gaz, pétrole : nous entrons dans les récifs, nous met en garde en élargissant le problème avec l'inclusion de tous les métaux et « terres rares » dont nous sommes de plus en plus friands :
Non seulement les symptômes de limites physiques à la croissance se multiplient, mais ils se conjuguent, faisant entrevoir des impasses et des risques de bouleversement géostratégiques mortels.

Empruntant la voie d’une électrification massive de l’industrie et des transports, la sortie des énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon) peut aisément se heurter à des limites dans le développement des mines de certains métaux indispensables, à commencer peut-être par le bon vieux cuivre.
A noter que Jancovici est président du Shift Project dans lequel Auzanneau occupe la fonction de directeur, il est donc normal qu'ils aient le même point de vue sur le sujet, et notamment sur quelque chose...qui fait débat...

En effet, tous deux, et c'est sur ce point que je ne suis pas d'accord avec eux, affirment que les crises économiques passées ont été causées par des pénuries d'énergie (essentiellement charbon et pétrole) ! En cela ils sont rejoints par Gail Tverberg dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Dans mes différents billets sur ce sujet je contestais fortement cette approche, car selon moi ces deux crises en particulier avaient d'abord été de nature financière, pour se transformer rapidement en crises économiques, ce qui avait évidemment entrainé une baisse de la consommation tant des ménages que des entreprises, et par conséquent une baisse également de la demande en énergie.

On ne voit d'ailleurs pas pourquoi en 1929 et en 2008 on aurait eu un manque d'énergie qui aurait entrainé les crises économiques correspondantes alors que dans les années qui ont suivi les économies se sont assez rapidement refait une santé ; à d'autres époques il y eut aussi d'autres crises économiques dans lesquelles l'énergie était impactée, par exemple en 1973 et 1979 avec les chocs pétroliers qui ne doivent rien à un manque de pétrole, ou plus récemment en 2020 avec le Covid-19 itou.

Mais je me sentais un peu seul et un peu « petit » face à des géants tels que les susnommés !

C'est là qu'intervient Louis Fréget avec son article intitulé Jean-Marc Jancovici et le meilleur modèle macroéconomique du monde venant apporter de l'eau à mon petit moulin.

Cet article est long et très pointu, je n'en ferai donc pas de résumé ni vraiment de compte-rendu, je me contenterai de quelques remarques, mais vous êtes bien sûr invité à le lire en entier si vous avez le moindre doute sur la pertinence de la contre-argumentation de Louis Fréget mettant à mal la thèse de Jancovici.

Tout d'abord dès le début Fréget plante le décor avec notamment ceci :
ce serait par exemple la réduction de l’approvisionnement énergétique (et notamment en pétrole) qui aurait causé la crise de 2008 et le ralentissement qui en a suivi
On notera le conditionnel (ce serait) employé par Fréget, ce qui déjà nous indique un net scepticisme quant à cette thèse selon laquelle la crise de 2008 aurait été provoquée par une « réduction de l’approvisionnement énergétique ». Et il enchaine avec :
[Jancovici] va parfois jusqu’à expliquer la baisse tendancielle de la croissance depuis 40 ans dans certains pays développés comme l'ltalie ou la France par une pénurie énergétique
D'où le « meilleur modèle macroéconomique du monde » qui lierait énergie et PIB comme la misère du monde serait liée à ceux qui n'ont pas eu la chance de naitre au bon endroit (là c'est moi qui fais cette analogie qui vaut ce qu'elle vaut)

Fréget nous rappelle que Jancovici prévoyait, en 2010, qu'il y aurait « une récession en moyenne tous les trois ans », ce qui ne semble pas s'être avéré, d'autant plus que la récession due au Covid-19 en 2020 ne peut en aucun cas être imputée à un problème énergétique !

De la même façon Jancovici aurait prédit en 2012 (mais le lien fourni par Fréget ne marche pas) une stagnation du PIB européen dans les cinq ans qui allaient suivre, or voici ce que nous dit le site Statista pour la période allant de 2008 à 2018 : 

Produit intérieur brut (PIB) exprimé en prix courants dans l'Union européenne de 2008 à 2018(en billions d'euros)

On ne peut pas vraiment dire que de 2012 à 2017 le PIB ait stagné, ce que fait remarquer Fréget :
Entre 2012 et 2017, le PIB en dollars en parité de pouvoir d’achat, c’est-à-dire corrigé des biais liés à la variation des prix et aux variations du taux de change par rapport au dollar, a crû de 6% en France et de 9% dans l’Union Européenne (Source: Banque Mondiale).
Et c'est à ce moment qu'intervient le fameux « meilleur modèle macroéconomique du monde » de Jancovici que Fréget nous présente ainsi :

Le meilleur modèle macroéconomique du monde : une droite.


Ici je pose mon joker, car Fréget réfute l'assertion de Jancovici selon laquelle cette droite est censée prouver que PIB et énergie sont intimement liés, il nous précise ainsi :
La consommation d’énergie une année prédit très bien le PIB de cette même année.
Mais il enchaine immédiatement avec :
Un statisticien pourrait faire remarquer qu’on ne peut utiliser la méthode statistique que JMJ emploie (les moindres carrés ordinaires) pour analyser le type de données en question - des séries temporelles, des données qui suivent une seule même entité comme un pays au cours du temps. En effet, lorsque les deux indicateurs suivent une tendance significative (comme ici à la hausse), employer la même méthode que JMJ tend à produire des corrélations fallacieuses ou au mieux à les gonfler artificiellement.
Je n'ai pas lu l'article en lien, trop compliqué pour moi, je suis donc incapable de comprendre pourquoi la démonstration de Jancovici est vérolée, par contre je pige parfaitement l'exemple donné dans la foulée par Fréget (qui doit bien se douter que c'est quand même un peu compliqué à expliquer...) :
On pourrait aussi noter que le temps de parole d’un candidat à la présidentielle est très corrélé au nombre de votes qu’il reçoit. Le temps de parole d’un candidat à la télé prédit très bien sa part de voix aux élections. [...] Vous l’avez peut-être deviné à ce stade : l’un des problèmes est celui de la poule ou de l’oeuf. Est-ce que les candidats reçoivent plus de votes parce qu’ils ont eu plus de temps de parole, ou alors est-ce que les médias leur donnent plus de temps de parole parce qu’ils sont plus populaires ?
Les histoires de poule et d'oeuf je connais, j'en avais notamment parlé dans Jean-Marc Jancovici n'est pas économiste, et ça se voit ! :
Il est assez compliqué au vu de ces tableaux de dire qui de l'oeuf ou de la poule a commencé le premier, mais certains indices comme on l'a vu permettent de penser que le pétrole et le charbon ont eu des problèmes à cause de problèmes préalables en économie
J'en viendrais presque à me demander si Fréget ne m'aurait pas lu par hasard...mais en tout cas il explique les choses bien mieux que moi :
La causalité peut aller dans les deux sens entre PIB et énergie. C’est qu’on appelle en économétrie un biais de simultanéité, dont je parle aussi dans cet article sur le confinement. Certes, quand la production d’énergie se contracte, ceci peut tout à fait contraindre la production. Mais symétriquement, une économie en récession consomme moins d’énergie. On peut construire un raisonnement analogue avec une économie en croissance. Une corrélation énergie-économie pourrait s’expliquer complètement par l’effet du PIB sur l’énergie, celui de l’énergie sur le PIB, ou par un mélange des deux.
Bref les choses sont donc un peu plus compliquées que ce que pense Jancovici en montrant son « meilleur modèle etc. ».

Par exemple, et il me semble que Jancovici n'en a jamais parlé, à moins que cela m'ait échappé, pour produire aujourd'hui un point de PIB il nous faut moins d'énergie que ce qu'il nous fallait dans le passé pour produire ce même point de PIB, on appelle cela le progrès technique, ce que résume un auteur cité par Fréget (un certain Paul Romer, « prix Nobel » d'économie en 2018) :
L’histoire humaine nous enseigne cependant que la croissance économique résulte de meilleures recettes, et non simplement de la préparation des mêmes plats. Ces nouvelles recettes (...) génèrent en général plus de valeur économique par unité de matière première.
Et Fréget résume les choses ainsi :
La croissance économique est bien plus qu’une utilisation de plus en plus intensive d’un stock de ressources donné. C’est un processus par lequel on trouve de nouvelles façons d’agencer des matières premières d’une manière qui augmente la valeur totale des échanges.
Plus loin Fréget nous parle des « effets d'anticipation » que Jancovici semble ignorer superbement avec son « meilleur modèle etc. » :
Si les hommes anticipent un phénomène, ils peuvent y réagir avant qu’il se produise.[...] Dans notre cas, les pétroliers ont intérêt à tenter d’anticiper les retournements de la conjoncture ou a minima à réagir à la baisse de demande d’énergie. Lorsque la croissance du PIB ralentit, la demande de pétrole décroît, ce qui tend à réduire le prix du baril. Pour juguler cette baisse des prix, les offreurs ont alors tout intérêt à restreindre l’offre, en ralentissant leur vitesse d’extraction pour réduire leurs stocks stratégiques.
Ainsi Jancovici serait victime d'une illusion, d'un mirage, en confondant la cause et l'effet parce qu'il aurait ignoré notamment le phénomène d'anticipation bien compréhensible de la part d'un pétrolier qui prévoirait une crise économique dans un futur proche et ajusterait sa production en conséquence.

Un peu plus loin Fréget nous embrouille un peu plus :
Que dit la littérature empirique sur lien causal entre énergie et PIB ?

Elle n’est pas tranchée du tout. Parfois, c’est bien la production d’énergie qui semble causer le PIB à court et moyen-terme, mais, parfois c’est l’inverse. Et puis parfois, il semble que la causalité va dans les deux sens. Comme le notent Kalimeris et al. (2016): “les résultats de la littérature sur le lien énergie-économie ne pourraient pas être plus loin d’un consensus, puisqu’on y trouve des indices sur les quatre hypothèses possibles sur le lien énergie-économie à une fréquence presque égale.”
Et de conclure :
Malgré toute sa complexité et ses contradictions, cette littérature sur le lien énergie-PIB montre une chose: l’économie est trop complexe pour être expliquée par un seul facteur. L’hypothèse d’une relation universelle et univoque de l’énergie vers le PIB est rejetée par les données. C'est sans doute ce qui explique l’échec des prédictions de JMJ que je mentionnais au début.
Je vous laisse lire l'article en entier si vous en avez le courage et les compétences pour le comprendre, ce qu'il faut retenir c'est que pour le passé rien ne dit, contrairement à ce qu'affirme Jancovici, que les crises économiques et financières aient été causées par des problèmes énergétiques, au contraire, la plupart du temps ces crises ont eu pour conséquence de faire baisser la production énergétique étant donné que quand l'activité économique diminue les besoins en énergie suivent la même route.

Par contre Jancovici aura raison un jour ou l'autre, il suffit en effet d'être patient pour voir arriver le moment où l'énergie viendra à manquer au regard des besoins de l'humanité, alors un ajustement s'opérera, et il sera d'autant plus douloureux que nous ne nous y serons pas préparés correctement.

Il est d'ailleurs cocasse de constater le porte-à-faux entre énergie et réchauffement de la planète ; nous sommes drogués à l'énergie, qui est essentiellement carbonée et donc génératrice d'effet de serre additionnel, donc soit nous n'arrivons pas à nous sevrer rapidement et nous allons souffrir des conséquences du réchauffement climatique, soit nous adoptons des mesures drastiques et arrivons à limiter ce réchauffement, mais au prix de problèmes économiques qui seront extrêmement difficiles à gérer, sachant qu'il est plus que probable que nous préfèrerons préserver notre cher PIB afin d'éviter tout trouble social, mais qu'au final nous aurons la double peine : le réchaufffement et la grosse récession économique synonyme de régression de nombreuses décennies en arrière.

Je ne peux pas prouver ce que j'avance, mais je le sais, car c'est mon petit doigt qui me l'a dit. Et on ne plaisante pas avec mon petit doigt.

*****


Voir aussi afin de se rassurer :

Les ressources mondiales d’uranium ne suffiront pas à alimenter la filière nucléaire au-delà de quelques décennies. Au-delà, seul le déploiement de nouvelles technologies pourrait permettre à l’atome de participer significativement au mix énergétique mondial, comme nous l’expliquent des physiciens spécialistes de la question.
La plupart des candidats à l’élection présidentielle prétendent concilier la poursuite de la croissance et la préservation de l’environnement. Une récente note de l’Agence européenne pour l’environnement souligne l’incompatibilité de ces deux projets, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».


mardi 12 octobre 2021

La dérive de l'incontinent amiral de Lorgeril

 Michel de Lorgeril est selon Wikipédia un « médecin français, chercheur (CNRS) et nutritionniste. »

Selon l'intéressé lui-même il serait plus précisément « Expert international en cardiologie et nutrition – Membre de la Société Européenne de Cardiologie ».

En aucun cas il n'est donc précisé, que ce soit par Wikipédia ou par l'intéressé lui-même, qu'il serait spécialiste des vaccins ou des infections virales, car autrement on le qualifierait d'infectiologue ou de virologue ; il n'est pas davantage spécialiste des épidémies, il n'est donc pas épidémiologiste.

Pourtant depuis peu de temps Michel de Lorgeril s'est autoproclamé spécialiste en Covid-19 et en vaccins, ce qui lui permet de donner régulièrement son avis depuis l'apparition de la pandémie et notamment depuis que l'on a découvert des vaccins contre le SARS-CoV-2.

A cela il faut rajouter qu'il a écrit 9 (neuf !) livres sur les vaccins que l'on peut consulter sur la page Collection ‘Vaccins’ dans laquelle on peut lire une déclaration tout en nuances :

Alors que la propagande vaccinaliste (et obligationiste) institutionnelle et académique bât (sic) son plein et que la désinformation médiatique explose partout outrageusement et honteusement, il est urgent de poser son sac, son chapeau et réfléchir.

Cette seule phrase explique beaucoup de choses concernant le « bon » docteur de Lorgeril qui se compare souvent à un amiral, sans se douter qu'un amiral ça peut dériver vers des récifs et même couler corps et bien avec tout son équipage (i.e. ses suiveurs et laudateurs)

Dans « Plus vaccinés que vaccinés » mais quand même infectés par le COVI-19… il nous apporte une fois de plus la démonstration de son grand talent en matière de n'importe nawak. 

Il nous conte l'histoire d'une petite communauté montagnarde du Colorado dans laquelle la plupart des habitants étaient entièrement vaccinés mais qui pourtant aurait été victime, je le cite, d'une « flambée de covid-19 alors que, jusque là, les quelques centaines d’habitants (de rudes montagnards) y avaient échappé. »

Et pour faire bonne mesure il nous donne le lien vers un article en anglais, A Colorado Town Is About as Vaccinated as It Can Get. COVID Still Isn't Over There. (Une ville du Colorado est aussi vaccinée qu'elle peut l'être. Le COVID n'est toujours pas là.) !

On admirera tout d'abord la contradiction entre ce que dit le titre (le Covid n'est toujours pas là) et ce que dit l'article lui-même, car effectivement il y a bien eu des cas de Covid parmi tous ces gens ultra-vaccinés. Mais comme le suggère habilement de Lorgeril posons notre sac et réfléchissons.

Tout d'abord nous lisons ceci :

The biggest concentration of COVID cases happened at an RV park and a music festival driven indoors by rain.
La plus grande concentration de cas de COVID s'est produite dans un parc pour camping-cars et un festival de musique poussé à l'intérieur par la pluie.

Il faut quand même ajouter qu'il y avait eu un afflux massif de personnes de l'extérieur dont le statut vaccinal n'était pas connu :

there's what Gallegos described as "the tsunami of tourism" — the daily influx of people arriving on the historical railroad from Durango and the dusty jeep trails through the mountains. Many of those visitors are of unknown vaccination status.
il y a ce que Mme Gallegos a décrit comme "le tsunami du tourisme" - l'afflux quotidien de personnes arrivant par le chemin de fer historique depuis Durango et les pistes poussiéreuses en jeep à travers les montagnes. Parmi ces visiteurs, beaucoup ont un statut vaccinal inconnu.
Je ne sais pas qui est cette Gallegos mais il doit s'agir d'une commerçante ou d'une édile, elle est encore citée plus loin :
"It makes sense that coming out of 3 or 4 weeks of just jamming tourism, people were starting to get sick who work in the restaurants, at the RV parks," Gallegos said. "And then you bring all the locals condensed together for a couple of nights of concerts and it was just the trifecta."
"Il est logique qu'après trois ou quatre semaines de tourisme intense, les gens qui travaillent dans les restaurants et sur les aires de camping-car commencent à tomber malades", a déclaré Mme Gallegos. "Et puis vous réunissez tous les locaux concentrés pour deux nuits de concerts et c'était juste le tiercé gagnant."
Et la parole est donnée à une épidémiologiste, une vraie, pas comme de Lorgeril :
Julia Raifman, a Boston University School of Public Health epidemiologist who is following state pandemic policies, isn't surprised COVID can attack a place like San Juan County despite high vaccination rates.
Julia Raifman, épidémiologiste à l'école de santé publique de l'université de Boston, qui suit les politiques de l'État en matière de pandémie, n'est pas surprise que le COVID puisse attaquer un endroit comme le comté de San Juan malgré des taux de vaccination élevés.

Et l'épidémiologiste d'expliquer ce que de Lorgeril n'est pas capable de comprendre :

Data shows the vaccines protect against death and hospitalization due to COVID. But even effective vaccines are no match for the transmissibility of Delta. "Even in the best-case scenario — if vaccines reduce transmission by 80% — you're actually twice as likely to get COVID now than you were in July," Raifman said, due to the virus's recent proliferation. "It's impossible statistically to achieve herd immunity with the Delta variant."
Les données montrent que les vaccins protègent contre les décès et les hospitalisations dus au COVID. Mais même des vaccins efficaces ne sont pas à la hauteur de la transmissibilité du Delta. "Même dans le meilleur des cas - si les vaccins réduisent la transmission de 80 % - vous êtes en fait deux fois plus susceptible de contracter le COVID aujourd'hui qu'en juillet", a déclaré Raifman, en raison de la récente prolifération du virus. "Il est statistiquement impossible d'atteindre une immunité de groupe avec le variant Delta".

Il ne s'agit pas là d'un scoop, tout le monde (sauf de Lorgeril de toute évidence) sait aujourd'hui que les vaccins n'évitent pas complètement la transmission du virus, surtout du variant Delta, mais qu'ils protègent efficacement contre les hospitalisations et les décès. D'ailleurs à ce sujet une étude récente vient de paraitre, Covid-19 : une étude française confirme l’efficacité des vaccins sur plus de 22 millions de personnes, et le Monde nous dit en substance :

« Les personnes vaccinées de 50 ans et plus ont neuf fois moins de risque d’être hospitalisées ou de mourir du Covid-19 que les non vaccinées », et cela, jusqu’à cinq mois après avoir reçu une seconde dose des vaccins Pfizer, Moderna ou AstraZeneca.

Seulement voilà, nous sommes chez de Lorgeril, c'est comme si nous étions chez Rittaud et que le sujet soit le réchauffement climatique, il ne faut pas s'attendre à voir beaucoup de neurones scintiller dans le noir abyssal. Ainsi un lecteur s'aventure :

JB 12/10/2021 À 09:56

Que pensez-vous de cette étude parue hier dans Le Monde ?
Covid-19 : une étude française confirme l’efficacité des vaccins sur plus de 22 millions de personnes
https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/10/11/covid-19-une-etude-francaise-confirme-l-efficacite-des-vaccins-sur-plus-de-22-millions-de-personnes_6097870_3244.html

Est-elle de nature à vous convaincre ou à convaincre ceux qui hésitent encore à se vacciner ?

La réponse ne surprendra pas grand monde (sic) :

Michel de Lorgeril 12/10/2021 À 11:06

Des visiteurs de ce blog en ont déjà parlé et j’ai moi-même dit ce que je pensais du principal auteur, le malheureux Zureik…
Elle devrait convaincre enfin tout individu sain d’esprit et disposant encore d’un minimum d’esprit critique que le journal Le Monde participe à plein temps à une entreprise de manipulation… au minimum de ses lecteurs, au pire de tous les médias qui, faute d’inspiration et de culture (ou de curiosité), répètent les idioties du Monde !
Sont-ils (les rédacteurs) et sommes-nous « dans les mains de persuadeurs professionnels ?
Bref, si vous voulez éviter d'être manipulé surtout ne lisez pas le Monde, buvez au contraire les paroles d'évangile du docteur de Lorgeril, le seul qui sache de quoi il retourne, la preuve :
Jean 12/10/2021 À 12:59

Ce qui est génial dans cette étude d’Epi-phare, ils ont étudié 7,2 millions de Français de plus de 75 ans, quand on vérifie les données 2021 sur le site de l’INSEE, il n’y a que 6,5 millions de personnes qui ont plus de 75 ans en France… Ça laisse songeur.
Michel de Lorgeril 12/10/2021 À 14:24

Chacun des séniors (très fidèles à la vaccination) est compté plus d’une fois…
Sans blague !

Alors reposons notre sac et réfléchissons. D'où viennent les 6,5 millions de personnes de plus de 75 ans  avancées par l'ami Jean qui n'est en rien contredit par le maitre des lieux ? Elles viennent très probablement du site de l'INED où l'on peut voir ce tableau :

Population par groupe d’âges au 1er janvier 2021


On y voit bien une population âgée de plus de 75 ans de 6 280 950 au 1er janvier 2021, ce qui correspond assez bien aux 6,5 millions de Jeannot, mais on remarquera le (p) qui signifie qu'il s'agit de données provisoires, tout comme pour 2019 et 2020...Bref ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, d'autant plus que quelqu'un qui a moins de 75 ans un jour peut très bien en avoir plus de 75 le lendemain ! Et si nous réfléchissons un peu nous voyons que les gens de 75 ans sont nés en 1946, et que nous dit la pyramide des âges ?

Pyramide des âges au 1er janvier 2021


Mince alors ! On s'aperçoit qu'il y a un sacré décrochage pour l'année 1946, le début du baby boom avec une explosion des naissances ! Est-ce donc si étonnant que de nombreuses personnes comptabilisées « provisoirement » dans les moins de 75 ans début 2021 se retrouvent soudainement avoir plus de 75 ans à un moment donné cette année-là ? Ce n'est que pure conjecture de ma part, je ne suis pas démographe (comme de Lorgeril qui nous cache ce savoir-faire) et ne fais que réfléchir tout haut en même temps que j'avance.

Maintenant revenons sur la soupe servie par de Lorgeril :
La population est couverte à plus de 90% par un vaccin [plus de 85% avec la double dose] et pourtant la flambée survient. Donc, le vaccin n’a pas empêché la transmission d’une personne à l’autre et l’infection de tout un chacun.
C'est bien ce que je pensais, de Lorgeril ne se tient pas au courant des dernières nouvelles, il ne sait toujours pas que les vaccins anti-Covid-19 n'empêchent pas la transmission du virus, à moins qu'il ne nous serve ici un splendide sophisme de l'épouvantail (strawman en anglais) puisque aucun spécialiste sérieux n'a jamais affirmé que c'était le cas.

Mais le meilleur est ici :

Ce que nous ignorons toutefois [soit la journaliste ne le sait pas, soit elle ne veut pas le dire] c’est combien de cas sérieux sont survenus dans cette petite ville touristique où essentiellement résident des montagnards (plutôt jeunes) et travaillant dans les sports de montagnes et le business qui va avec ; donc à très faible risque de faire des formes sévères.
Ben voyons ! Imaginons un instant qu'il y ait eu des cas graves, voire des morts, c'est bien le travail d'une journaliste de nous cacher la vérité n'est-ce pas ?

Je me pose la question : est-ce que de Lorgeril ne serait pas un petit peu complotiste sur les bords ?

Mais laissons-lui le mot de la fin :
La flambée n’est finalement survenue que lorsque la population fut très vaccinée.
Étrange !
Je n’en tire aucune conclusion, je constate !
Euh, oui, mais il oublie tous les touristes qui ont afflué tel un tsunami, dont beaucoup ne devaient pas être vaccinés et devaient avoir oublié les « gestes barrières ».

Moi non plus je ne tire aucune conclusion, je constate mais je ne trouve pas cela si étrange après tout.


*****

Voir également :

lundi 11 octobre 2021

La Montagne d'Alaric - Roc de l'Aigle

 Nous étions supposés arriver au Roc dit de l'Aigle, un endroit qui, selon le topoguide de visorando, est « assez difficile à repérer sur la longue crête plane », et j'étais donc très content en pensant l'avoir trouvé :

Un rocher en forme...de bec d'aigle !

Mais il semblerait, après avoir examiné ma trace GPS a posteriori, que j'aie raté ce fameux Roc dont je n'ai toujours pas idée où il peut bien se trouver !

Voici la vue satellite où l'on peut voir mon léger détour pour aller visiter ce petit bout de rocher alors que le véritable Roc de l'Aigle se perche en fait un peu plus au sud :

Données GPS avec vue satellite.

Mon incursion infructueuse se situe juste au-dessus de la marque du kilomètre 5, alors que le Roc de l'Aigle me nargue une centaine de mètres plus loin (cependant sur le terrain tout se ressemble !)

Mais reprenons dans l'ordre, depuis le début ; tout d'abord nos performances comparées aux données de visorando :

Données personnelles.

  • Visorando :
    • Durée : 6h45
    • Distance : 16,65km
  • Polar :
    • Durée : 5h58
    • Distance : 17,25km

L'écart en distance correspond à la partie entre les kilomètres 7 et 8 (point 7 du topoguide) en raison d'un itinéraire modifié eu égard à la dangerosité (pour des randonneurs peu aguerris toutefois) du raccourci mentionné par visorando :
La dernière centaine de mètres, effectuée sur des petits cailloux qui roulent sous les pieds, est particulièrement abrupte et difficile.

Donc cet itinéraire est marqué d'une croix sur le terrain et nous sommes invités à suivre le GR qui part sur la droite, ce qui rallonge le parcours de plus de six cent mètres ; par ailleurs nous avons économisé un peu de calories en nous contentant de regarder de loin les ruines du prieuré de Saint-Michel-de-Nahuze :

Deux murs se font face, qui va remporter la joute ?

Si vous voulez avoir un aperçu de ce à quoi ressemble le raccourci, vous êtes servis :

La dégringolade rime avec rigolade. Ou pas.

Et au-dessus c'est guère mieux, donc il est préférable de préserver ses chevilles (ou son arrière-train) en évitant ce passage acrobatique, d'autant plus que le GR est très agréable et l'excédent de route bitumée pas dégueu non plus, alors pourquoi se priver ?

Autrement à part ça le vent était de la partie et se faisait remarquer, la preuve :


Vous noterez au passage que j'avais un peu de mal à garder mon équilibre...

Mais pour en revenir peut-être au plus important, les incendies ont quelque peu changé la physionomie des lieux :

Dès le départ on se doute que le paysage a subi comme un léger lifting...

On est vite fixés, quelque chose s'est passé ici il n'y a pas longtemps, peut-être l'an dernier ou l'année d'avant, car des pousses vertes couronnent les cimes.

Ici il semblerait que le feu soit beaucoup plus récent, probablement de cette année...

Vue d'en haut, la plaine et ses coulées calcinées.

Au retour nous sommes de l'autre côté du vallon et c'est le même décor de désolation.

Maigre consolation, les vignes ont l'air de se porter à merveille :

Vignes aux couleurs de l'automne débutant.

Le chemin de retour s'effectue essentiellement entre garrigues et vignes, avec quelques accompagnements pour faire passer la monotonie de la marche sur chemin (presque) plat :

Au début c'est plat et replat avec quelques faux plats.

Mais ça joue aux montagnes russes vers la fin...

De succulentes plantes dont je vous laisse chercher le nom.

Une amanite ovoïde (si vous n'êtes pas d'accord merci de vous manifester)

De magnifiques arbousiers vous tendent leurs tendres fruits en forme de petites boules hérissées de piquants soyeux.

La route fleurie vous ramène gentiment vers votre point de départ.


En résumé, balade relativement sportive, avec quelques raidillons heureusement pas très longs et une descente un peu technique nécessitant un minimum d'attention ; à éviter par vent très fort, même si vous ne risquez pas grand chose étant donnée la largeur du chemin ; par contre en plein été le vent sera un allié appréciable, bien que pouvant se faire trop discret durant la marche retour quand vous cheminez le plus souvent complètement à découvert...


En complément :

Accès routiers.

Vue terrain.



vendredi 1 octobre 2021

Le singe aveugle et sourd, mais bavard !

 Je reçois un commentaire de ce cher Robert (voir dans L'Université Catholique de Louvain, un repère de climato-neuneus ?) :

En fait, Coppens vous dément formellement...

https://www.youtube.com/watch?v=tQbCNl18vLY&t=1874s

Comme d'habitude Robert n'est pas très convaincant, c'est ce que nous allons voir de ce pas.


Tout a commencé en mai 2017 avec mon billet intitulé  L'homme, ce sacré animal ! ; dans ce billet le sujet était le développement du cerveau humain et le lien avec la consommation de viande. Je citais notamment un article de Science & Vie écrit par le journaliste scientifique Thomas Cavaillé-Fol, et figurez-vous que celui-ci était intervenu en commentaire pour préciser un point qu'il avait reconnu être un peu confus ; extrait :

Thomas Cavaillé 8 août 2017 à 11:57

Bonjour,
Je me permets de préciser... [...]
Bref votre confusion vient du fait que la duplication et la mutation sont deux événements totalement différents (bien que la mutation n'ait pu avoir lieu que grâce à la duplication, puisqu'il faut obligatoirement que le rôle du gène initial soit préservé)
Mais c'est bien parce que mon article n'est pas assez clair que naît cette confusion :) j'en suis désolé et espère avoir pu me rattraper un peu ici,
Bien cordialement,

Thomas Cavaillé-Fol
Je cite ce passage pour le mettre en parallèle avec ce que Robert avait posté le 25 mai alors qu'on ne lui demandait rien :
Anonyme 25 mai 2017 à 00:08

Géd

Nous n'avons pas dévié des grands singes nous sommes des grands singes quant à votre site... permettez moi d'être sceptique sur sa fiabilité
[...]
Robert
On considèrera à sa juste valeur son appréciation sur la fiabilité de mon site alors que je citais quelques extraits de la revue Science &Vie et notamment ceci :
nous savons que ARHGAP11B était présent chez les hommes de Néandertal et de Denisova, car nous avons pu séquencer leurs ADN, répond Wieland Huttner. Cela veut dire qu'il est apparu il y a au moins 500000 ans, date vers laquelle nos lignées se sont séparées. Il est par contre absent dans tout le reste du règne animal, même chez les grands singes ; il est donc plus jeune que notre séparation d'avec ceux-ci, il y a une dizaine de millions d'années.

Vous remarquerez donc « notre séparation d'avec [les grands singes] » dans la bouche d'un scientifique du nom de Wieland Huttner, un professeur d'université allemand pour qui il ne fait guère de doute que nous ne sommes plus des grands singes.


Et c'est là que ça se complique, surtout pour Robert bien entendu (pour moi c'est relativement simple)


Il y a des scientifiques, essentiellement des paléontologues et plus précisément des paléoanthropologues, qui sont d'avis divergents sur la question de savoir, ou plus exactement de prétendre que l'homme est un singe, ou pas.

Nous avons le chouchou de Robert, Pascal Picq, qui affirme avec conviction que l'homme est bien un singe, et même un grand singe politique. Soit.

Mais à l'opposé nous avons des gens comme Jonathan Marks ou John Hawks qui disent le contraire, ce dernier n'y allant pas par quatre chemins dans Humans aren't monkeys. We aren't apes, either. :

I don’t know why so many people who accept and promote evolution have such a dim view of phylogenetic systematics.
How else to explain why I so often hear the canard, “Humans are apes”?
Je ne sais pas pourquoi tant de gens qui acceptent et soutiennent [la théorie de] l'évolution ont une vision si vague de la systématique phylogénétique. Comment expliquer autrement pourquoi j'entends si souvent le bobard, « Les humains sont des [grands] singes » ?
Et puis il y en a qui sont entre les deux, un peu comme des Normands qui n'arriveraient pas à se décider, p’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non, on sait pas trop, faut voir, on n'est pas sûr...et dans cette catégorie se trouve justement Yves Coppens, celui-là même dont Robert me refile la conférence de 2019 à Clermont-Ferrand, conférence que je vous conseille d'ailleurs de visionner en entier car c'est toujours un plaisir d'écouter un spécialiste comme Coppens vous expliquer les choses en langage familier avec ses anecdotes croustillantes pour mieux faire passer la choucroute.

Il se trouve que j'ai ressorti de ma bibliothèque un ouvrage paru en 2014, Pré-ludes, que j'ai déjà cité à plusieurs reprises, mais comme ça n'a pas l'air d'imprimer dans le cerveau de certain mammifère obtus (i.e. un âne) je vais en remettre ici une couche de plus, et même plusieurs couches puisque c'est nécessaire ; voici quelques passages avec la référence à la page (comme ça les fainéants pourront aller directement vérifier si ce que j'écris est vrai) :
  • page 50 : L'ancêtre commun des grands singes africains et des hommes [...]
Premier indice : Coppens fait ici une très nette distinction entre d'une part les grands singes africains et d'autre part les hommes ; pour le dire autrement dans cette phrase il ne considère pas les hommes comme faisant partie des grands singes africains. Ce n'est pas moi qui ai écrit ça, c'est Coppens, on est d'accord ?
  • page 53 : Ces grands cousins (il parle des chimpanzés, des bonobos et des gorilles) n'étant véritablement observés dans leur milieu que depuis un petit demi-siècle, l'étonnement ne cesse de grandir face à ce que l'on découvre et porte naturellement à l'exagération, comme lorsqu'on déclare : « Le singe est un homme » ou « L'homme est un singe », deux propositions tout aussi abusives l'une que l'autre.
Ainsi pour Coppens il est « exagéré » et « abusif » de dire que l'homme est un singe, est-ce que c'est pour emporter ou bien vous consommez sur place ? Et pour finir en beauté :
  • page 55 : Ma grand-mère me disait : « Si toi tu descends du singe, moi pas ! » Mais si Grand-mère, toi aussi, et le chimpanzé auquel tu pensais est bien de ta famille ! Mais ta dignité d'humaine pensante est sauve puisque, à partir d'un même potentiel nerveux, en un même laps de temps, les singes et nous avons accompli des destins bien séparés. 
Voilà, « les singes et nous », mais Robert n'a toujours pas compris et se prend encore pour un singe, on dirait qu'il n'a pas de dignité, en tout cas moins que la Grand-mère d'Yves Coppens !

Pour en revenir à la vidéo de celui-ci, très intéressante comme je le disais plus haut, le passage qui a troublé Robert est le suivant :

à 30:25 : Les primates ce sont les petits singes, les grands singes et nous.

Il redit cette phrase deux fois, en nous distinguant donc des singes, petits ou grands, et conclut par « on en fait partie hein », ce que l'on peut comprendre par « nous faisons partie des primates », ce sur quoi je suis entièrement d'accord.

Puis vient immédiatement ceci, en bredouillant quelque chose d'inintelligible : « notre famille c'est la [?] des singes, c'est comme ça » !

Si vous arrivez à comprendre quel est le mot qu'il emploie là où je mets [?] c'est que vous êtes très fort, peut-être est-ce à nouveau le mot « famille » ou bien autre chose...cependant quand on bredouille quelque chose comme le fait ici Coppens c'est en principe qu'on n'est pas entièrement convaincu...

Il enchaine avec « nous voilà chez les petits singes » et plus loin « notre origine finalement ce sont ces petits singes qui se sont mis à grimper dans les arbres et à manger des fruits » ; par la suite il n'emploiera plus jamais le mot « singe », il dira humain et préhumain ou bien hominidés (voir vers 1:34:00 en réponse à une question) ; et là encore je suis d'accord à 100%, notre origine c'est bien les petits singes arboricoles qui en sont restés encore aujourd'hui à se balancer de branche en branche en poussant des ouh ouh ouh pour communiquer avec leurs congénères !


Evidemment il ne fait aucun doute que nous soyons issus, nous autres les humains, d'un grand singe qui est donc notre lointain aïeul ainsi que celui des chimpanzés et bonobos, un grand singe dont nous n'avons retrouvé aucune trace mais qui a laissé dans l'esprit de Robert des bribes de singeries qui le font dénigrer ce qu'est devenu l'espèce humaine après un long parcours semé de multiples embuches pour finalement en arriver à l'Homo sapiens, cet « homme sage » capable de peindre la Joconde, de composer la Cinquième, d'écrire Don Quichotte et accessoirement de déclencher deux guerres mondiales, bref tout ce qui fait sa particularité le distinguant de nos cousins...les singes !