mardi 20 novembre 2018

Jean Jouzel s'exprime sur Télérama

Nous devrions être fiers de compter en France un climatologue de l'envergure de Jean Jouzel, reconnu mondialement pour ses travaux sur les glaces de l'Antarctique, en collaboration avec un autre éminent scientifique, Claude Lorius, ayant permis de mieux comprendre les interactions entre CO2 et variations de températures.

Alors que certain mathématicien médiocre choisit de le dénigrer en pinaillant sur le prix Nobel reçu par le GIEC alors que Jouzel était vice-président de cet organisme, Télérama préfère se concentrer sur l'essentiel avec une interview dans laquelle le prix Nobel du GIEC n'est même pas évoqué par le journaliste, mais seulement et rapidement à la fin, par Jouzel lui-même qui souligne que
[l]a lutte contre le réchauffement  est un facteur de paix - c'était le sens profond du prix Nobel de la paix attribué en 2007 au GIEC et à Al Gore. Ne pas lutter est un facteur de chaos.
Mais le plus important de l'entretien se trouve avant, car cette référence au GIEC arrive en guise de conclusion, les tout derniers mots de Jouzel étant
Il est sidérant de voir que les dirigeants du monde agissent si peu.
Notons à ce propos qu'il est cocasse de constater que l'armada des climatosceptiques de tous bords ne cesse de répéter que le GIEC est un organisme purement politique, donc à la botte des politiques qui dicteraient aux scientifiques ce qu'ils doivent écrire dans chaque rapport en alarmant les populations afin de pouvoir justifier des taxes toujours plus élevées ; si c'était le cas on ne pourrait que convenir qu'il y a une incohérence certaine entre le but présumé du GIEC et les résultats lamentables qu'il obtient dans la réalité, les dirigeants du monde entier étant de toute évidence davantage préoccupés par le court-terme, qui est leur horizon électoral, que par le long-terme que même les populations qui votent ne mettent pas dans leurs priorités du moment.

Mais revenons à l'entretien de Jean Jouzel dans le Télérama de cette semaine.

Dans l'introduction de l'article, page 3, le journal résume la position de Jouzel en quelques mots :
Notre Terre bout ? Il n'est pas trop tard, mais presque, dit le climatologue. […]
Jouzel se garde donc une once d'optimisme dans un océan de pessimisme, mais à y regarder de plus près on s'aperçoit que les jeux sont pratiquement faits.

Le journaliste rappelle à Jouzel qu'en 2003 il était plus optimiste qu'aujourd'hui, celui-ci lui déclare :
Il n'était pas facile de répondre à la question qu'on nous posait : la canicule exceptionnelle de cet été-là était-elle liée aux activités humaines ? La prudence s'imposait. […]
Et il rappelle une vérité que je ressors moi-même chaque fois que c'est nécessaire :
[…] cette chaleur supplémentaire (un degré depuis le début du XXe siècle) que nous créons par nos émissions de gaz à effet de serre reste seulement pour 1% dans l'atmosphère. Plus de 90% vont dans l'océan. Le véritable test du réchauffement climatique, c'est l'océan.
Je suis heureux de voir que quand j'écris quelque chose sur mon blog cela ne fait que refléter ce que dit la science globalement et Jean Jouzel en particulier ; il confirme le 1% de chaleur additionnelle qui reste dans l'atmosphère (j'ai parfois lu 3% mais mon livre de référence parle bien de 1%) alors que « plus de 90% vont dans l'océan », en fait 93% si j'en crois mes mêmes sources ; de plus il confirme ce que je n'arrête pas de dire, à savoir que le climat se joue essentiellement dans les océans de la planète, l'atmosphère n'étant que la partie émergée de l'iceberg climatique dans laquelle on ne parle essentiellement que de conditions météorologiques (pour mémoire, en plus de l'atmosphère et de l'océan on trouve les surfaces continentales incluant la biosphère et la lithosphère pour le cycle du carbone, auxquelles il faut encore ajouter les surfaces englacées pour constituer l'ensemble que l'on appelle le système climatique terrestre)

Plus loin dans l'entretien Jean Jouzel explique des réalités que certains soi-disant « réalistes » feraient bien de prendre en compte afin d'éviter de se ridiculiser ; il nous fait un bref historique de ses travaux en Antarctique :
Au début des années 1980, [l]e forage de Vostok atteignait 2 kilomètres de profondeur, ce qui permettait d'atteindre des glaces vieilles de cent cinquante mille ans, donc de remonter jusqu'à la précédente période glaciaire. […] On a publié nos résultats en novembre 1987, ils ont vraiment fait du bruit, parce qu'ils montraient clairement qu'en période interglaciaire le taux de CO2 était nettement plus élevé que pendant la glaciation […]
Et à la remarque du journaliste « Certains continuent à nier aujourd'hui l'importance du CO2 dans les variations du climat…» Jean Jouzel répond :
La cause première des cycles climatiques […] ce n'est pas le CO2 […] mais les variations de l'orbite terrestre […] [le] CO2 […] ne joue qu'un rôle d'amplificateur […] La nouveauté, c'est que depuis un siècle et demi on a envoyé dans l'atmosphère […] des centaines de milliards de tonnes de CO2. Nous faisons donc à l'échelle terrestre, et à grande vitesse, une expérience chimique inédite ! »
Jean Jouzel ici ne fait que rappeler que si dans le passé la hausse de température précédait bien la hausse du CO2, cette dernière agissait comme une rétroaction positive et amplifiait le réchauffement initié par le léger surplus d'irradiation solaire ; cependant aujourd'hui ce sont bien nos émissions de gaz à effet de serre (CO2 et CH4 principalement) qui sont la cause première du réchauffement de 1°C que nous constatons depuis un siècle environ.

Il continue :
[…] pendant les périodes les plus chaudes de la Terre, la concentration en CO2 dans l'atmosphère  n'[a] jamais dépassé les 300 ppm. Or on est passé en seulement cent cinquante ans à plus de 400 ppm, du jamais-vu depuis huit cent mille ans. Et cela va continuer à monter…
Donc pendant 800 000 ans au moins, c'est-à-dire beaucoup plus que la durée d'existence de notre espèce, Homo sapiens, la concentration en CO2 a toujours été inférieure à 300 ppm, et depuis les débuts de la « révolution industrielle », soit il y a à peu près 150 ans, cette concentration a subitement augmenté pour atteindre aujourd'hui plus de 400 ppm, cela devrait faire réfléchir mais certains n'ont apparemment pas le courage, ou la lucidité, pour se poser les bonnes questions, ils préfèrent demeurer dans le déni.

A ce propos de déni, Jouzel nous apprend (en tout cas à moi) quelque chose d'intéressant :
Hélas, en France, François Mitterrand s'en fichait complètement [du protocole de Kyoto de 1997, entre autres], comme à peu près tous les socialistes, qui étaient sous la coupe de Claude Allègre.
Ainsi nous avons la confirmation du rôle délétère que peut avoir un seul individu narcissique, imbu de sa personne et surtout fort en gueule, sur la classe politique à laquelle il appartenait, pendant une période où les préoccupations des dirigeants étaient d'ordre social ou culturel plus que scientifique ; Mitterrand nous aura légué la BNF et la cinquième semaine de congés payés, mais il aura fait prendre à la France énormément de retard sur tout ce qui touche à la science en général et à la climatologie en particulier ; mais fallait-il en attendre davantage de la part d'un président qui consultait régulièrement une astrologue…?

Enfin Jean Jouzel confirme que la tendance n'est pas vraiment au beau fixe :
On est sur une tendance à 3 degrés, au moins d'ici à 2100, ce qui est extrêmement inquiétant ; je ne parle pas pour les générations futures, mais pour les jeunes d'aujourd'hui. […] Les mouvements migratoires vont s'amplifier.
Les jeunes d'aujourd'hui, s'ils sont encore en vie seront des vieillards à la fin du siècle, et effectivement les temps risquent d'être durs pour eux, mais on me dira qu'ils auront eu la possibilité de s'adapter pendant toute leur vie d'adulte en migrant par exemple vers des contrées plus clémentes, à condition bien sûr qu'ils en aient eu les moyens financiers et que leurs hôtes les aient acceptés, ce qui risque de ne pas être une partie de plaisir ; quant aux migrants des « pays du sud » ils viendront combler les trous que laisseront les plus fortunés et se chamailleront avec ceux qui n'auront pas eu la chance de pouvoir se mettre au frais (en Islande ou en Sibérie, des terres d'avenir parait-il) ce qui promet de belles empoignades.

D'ailleurs Jean Jouzel nous propose, pour lutter contre le réchauffement climatique, de relocaliser les emplois et de modérer les échanges internationaux ; à mon avis il n'est pas très réaliste, là…

Soyons « réalistes » et admettons le fait que tant que notre système économique actuel basé sur le capitalisme libéral et mondialisé perdurera aucun changement du type préconisé par Jean Jouzel ne pourra avoir lieu ; tant que le critère des hommes (et femmes) politiques sera la « croissance économique pour préserver le plein-emploi », symbolisé par le PIB, rien ne changera, point barre.

Le journaliste essaie de pousser Jouzel dans ses retranchements en lui posant la question qui tue : « Y a-t-il des raisons de croire que l'humanité va s'en sortir ? », ce à quoi il obtient cette réplique :
C'est loin d'être gagné. J'ai longtemps gardé un certain optimisme, je l'ai perdu. […] Mais je ne crois pas pour autant à l'effondrement de nos sociétés. 
Personnellement je n'y crois pas non plus, pour ce qui est du 21ème siècle.

Pour après rien n'est écrit, mais les raisons d'espérer sont vraiment faibles.

Le seul point positif qui me donne de l'espoir, c'est que je serai mort avant.

Pierre Boulle l'avait déjà prévu, c'était il y a cinquante cinq ans…


dimanche 18 novembre 2018

Encore un graphique pour les nuls, par Willis Eschenbach

Il y a plusieurs façons de prendre les gens pour des crétins, l'une d'elles consistant à leur présenter un graphique censé « prouver » quelque chose.

Petit rappel (sûrement pas exhaustif) de ce qui a pu être rapporté ici sur ce blog.

Nous commencerons avec notre meilleur client à ce jour, Benoit Rittaud, qui nous donnait des leçons de trucage de graphique que je reportais le 21 novembre 2017 dans Apprenons avec Benoit Rittaud comment manipuler des chiffres et truquer des graphiques avec notamment ce magnifique graphique à forme exponentielle :

Surface des forêts selon la Banque mondiale.

Ce graphique est l'archétype même, nous allons le voir, de la façon la plus simple qui soit de prendre ses lecteurs pour des cons ; on constate assez facilement que l'axe des y, l'ordonnée, démarre à zéro, ce qui a pour effet immanquable de ratatiner la courbe et faire croire aux gogos qu'il n'y a pas de variation significative.

Enchainons avec un précurseur, le sieur Bernard Beauzamy, dit Bozo le clown, lui aussi distingué mathématicien ayant un problème avec la représentation des chiffres dans un graphique, que j'avais épinglé le 22 mai 2016 dans Bernard Beauzamy, le nouveau clown du cirque Skyfall ? parce qu'il avait osé nous montrer ce graphique :

La courbe de tendance (droite de régression) a une pente de 0,0016 degré par an, soit 1,6°C d'augmentation en mille ans. Source : ncdc.noaa

Ici l'arnaque consiste à faire référence à un organisme réputé, la NOAA, pour lui faire dire qu'il y aurait une augmentation de la température de 1,6°C...sur une période de mille ans ! Mais Beauzamy n'avait pas osé trafiquer le graphique au point de faire commencer son axe des y par zéro, il tenait vraiment à paraitre sérieux en nous montrant que la température pouvait varier d'une année sur l'autre, sauf évidemment que son graphique sur une période de seulement douze années ne signifiait pas grand chose et ne présageait en rien de la tendance à long terme.

Mais revenons à notre cheval favori, celui qui les bat tous à plate couture, dont je dévoilais quelques techniques de manipulation le 22 novembre 2017 dans Quand un manipulateur dénonce la manipulation avec par exemple ce graphique évocateur tiré de son propre site :

Hausse des températures à la mode Christian Gérondeau.

Ce graphique est en fait une synthèse des deux précédents, il utilise la technique de l'axe des y qui part de zéro pour nous « démontrer » que la température n'a quasiment pas changé depuis 1880 et que donc dans les mille ans qui viennent nous n'avons pas trop de souci à nous faire (ce n'est pas clairement dit mais fortement suggéré)

Nous en arrivons maintenant à des choses plus subtiles, comme ce Ron Clutz que j'évoquais le 25 septembre dernier dans Comment trafiquer un graphique ? en montrant cet exquis assemblage :

Données NOAA à la sauce Ron Clutz.

Là-aussi l'idée à inoculer dans la boite crânienne de ceux qui ont encore de grandes capacités à combler afin de lester le haut du corps, c'est que la perte de glace n'est vraiment pas dramatique, vous voyez bien que la surface englacée ne diminue plus depuis une dizaine d'années, sauf évidemment qu'à l'analyse tout ce petit édifice ressemblant à un château de sable s'effondre dès que la marée monte sous la forme d'un billet de tamino que je vous laisse (re)découvrir si vous désirez avoir des détails, le but ici n'étant pas de réexpliquer ce que j'ai déjà écrit dans un autre billet.

On remarquera quand même que ce graphique lui-aussi commence par zéro sur son axe des y et que la courbe montre par conséquent un déclin très timide de 1979 à 2007 ; ce procédé a donc fait ses preuves et est utilisé à qui mieux mieux chaque fois que l'occasion se présente.

Et l'occasion s'est présentée récemment sur l'indémodable site de désinformation WUWT où l'on peut lire un article qui fera date, écrit pas Willis Eschenbach et intitulé The Picasso Problem.

Je ne pense pas utile de traduire le titre, dont la valeur scientifique n'échappera j'imagine à personne.

Dans cet article consacré à la sensibilité climatique le graphique suivant est proposé aux lecteurs lobotomisés habitués à fréquenter les sites qui les brossent dans le sens du poil :
Figure 3. HadCRUT global average actual surface temperature (the same data shown in Figure 2) and also the approximate average lunar temperature, in kelvin.

Ici nous touchons à la perfection en matière de sobriété dans l'enfumage des foules, c'est-à-dire dans la façon de montrer le moins possible tout en suggérant on ne sait quoi mais en étant persuadé que le lecteur saura de quoi l'on parle.

De nombreuses choses ne vont pas dans ce graphique, essayons de les lister succinctement :
  • l'axe des y commence par la valeur zéro (nous avons vu que c'est devenu un grand classique) ;
  • la température est exprimée en Kelvin, sachant que 0K équivaut à -273,15°C, une température jamais atteinte nulle part et que personne, même le scientifique le plus doué, n'a la moindre idée de ce que cela représente dans la « réalité » ;
  • on compare les températures de la Terre et de la Lune, dans un article consacré à la sensibilité climatique, sachant que sur la Lune le climat reste encore à inventer…

Et Eschenbach d'en conclure, triomphant :
Why does the global temperature change so little?

Oui vous avez bien lu, il se demande pourquoi la température globale change si peu !

On a l'impression qu'il surfe sur la vague déjà chevauchée par l'illustre prix Nobel Ivar Giaever dont j'avais relaté les exploits le 13 mai dernier dans Ivar Giaever, ou la déchéance d'un prix Nobel qui prend les gens pour des cons et qui avait marqué l'un de mes lecteurs fétiches (voir les commentaires du billet cité) qui était tombé les deux pieds joints dans le panneau ; dans une présentation qui restera dans les mémoires et ternira à jamais son CV Giaever avait montré ceci :

« A Albany il y a une différence d'à peu près 80°C entre l'été et l'hiver »

On admirera l'habileté du vieux singe à qui plus personne n'apprend à faire ses grimaces, il montre en effet un graphique correct mais en l'assortissant de commentaires qui en reviennent à utiliser la méthode de l'axe des y qui commence à zéro, il fallait le faire ! Il en déduit une augmentation de la température de 0,3 malheureux pourcents (en K ou en degrés Celsius c'est la même chose) et se permet en outre le luxe de remarquer que chez lui (pas en Albanie, pas folle la guêpe) la température peut varier de 80K entre la plus basse et la plus haute.

Il ne se rend pas compte, avec cet exemple, qu'il se tire une balle dans le pied, car il reconnait que la température habituelle à laquelle un homme comme lui peut être confronté dans sa vie de tous les jours présente une amplitude de seulement 80°C.

Si l'on part du principe que l'échelle de températures « à taille humaine » va de -40°C à +40°C, des valeurs que l'on peut rencontrer dans certaines régions assez régulièrement (dans le Canada ou la Russie pour la plus basse, au Moyen-Orient pour la plus haute), on devrait en réalité considérer que la base de départ pour un calcul correct en Kelvin serait donc 233K et irait jusqu'à 313K, la valeur 233K devrait par conséquent être la valeur zéro pour calculer correctement une augmentation « à échelle humaine » ; je laisse à chacun le soin de calculer l'augmentation que cela représenterait puisqu'avec cette échelle (toute personnelle je l'admets) nous passerions de +55 à +55,8 ce qui est tout de suite un peu plus significatif.

Mais pour en revenir à l'article de Willis Eschenbach, celui-ci s'étonne que la sensibilité climatique n'ait pas évolué dans les différents rapports du GIEC et qu'elle se situe toujours dans la fourchette 1,5-4,5°C depuis le tout premier rapport.

Je n'ai aucun avis sur la question, qui me dépasse totalement, mais je rappellerai mon billet du 10 juillet dernier, Leçon de cherry-picking avec Ross McKitrick , dans lequel je montrais l'historique des études sur la sensibilité climatique depuis le début du 21ème siècle, avec ce graphique plutôt parlant :

Historique des études publiées sur la sensibilité climatique à l'équilibre (ECS)

On voit que le GIEC a plutôt été prudent en restant avec sa fourchette de 1,5-4,5°C, puisque certaines études évoquent une ECS pouvant atteindre les 9°C dans le haut de leur fourchette !

Et on comprend pourquoi le GIEC demeure sur les mêmes bases, la majorité des études récentes reflétant justement une ECS proche de la fourchette 1,5-4,5°C.

Bref Willis Eschenbach est quand même un as dans l'entourloupe et la manipulation des cerveaux surmenés qui trônent entre les deux oreilles de ses lecteurs chéris, il nous donne la recette dans cette phrase pleine de bon sens que mon lecteur fétiche déjà mentionné va déguster à sa juste mesure :
You can’t use degrees Celsius or Fahrenheit for these calculations, because °C and °F have arbitrary zero points. You have to use the Kelvin scale, it’s the only one that works. Kelvin has the same size units as Celsius, just a different zero point, which is at minus 273.15°C (minus 459.67°F).
Vous ne pouvez pas utiliser de degrés Celsius ou Fahrenheit pour ces calculs, car °C et °F ont des points zéro arbitraires. Vous devez utiliser l’échelle Kelvin, c’est la seule qui fonctionne. Kelvin a les mêmes unités de taille que Celsius, juste un point zéro différent, qui est à moins 273,15°C (moins 459,67°F).
Voilà, tout est dit, on vous donne même le détail de l'arnaque, en vous intimant l'ordre (vous « devez ») d'utiliser l'échelle Kelvin car c'est la seule qui permette de vous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Et il parait qu'on appelle cela le climato « réalisme ».

Cela vous fait quoi de savoir que vous lisez ce blog dans une pièce à la température de 298K ?



vendredi 16 novembre 2018

L'Australie à l'épreuve du dérèglement climatique

Il y a en Australie des climatosceptiques qui font entendre leur voix, cela est probablement dû à des petites choses comme le fait que Rupert Murdoch est Australien et que pour lui un « climatosceptique » n'est pas un « négateur » (a denier) du changement climatique, ajouté au fait qu'il est l'une des plus grandes fortunes de la planète et possède nombre de médias qui tous, quel hasard, promeuvent le climatoscepticisme.

Des personnalités politiques telles que l'ancien premier ministre Tony Abbott sont également là pour enfoncer le clou, sans parler de quelques scientifiques plutôt insignifiants sur la scène internationale comme Jennifer Marohasy ou Joanne Nova qui chacune tient son petit blog de désinformation à l'attention des naïfs prêts à écouter religieusement tout ce qui leur fait du bien.

Mais l'Australie est un pays complexe qui en soi pourrait être considéré comme une planète en résumé de par sa diversité tant humaine que géographique (et climatique !)

Ainsi nous connaissons l'excellent blog HotWhopper (que l'on pourrait traduire par énorme mensonge brûlant) tenu par l'Australienne Miriam O'Brien qui s'est donnée pour tâche essentielle de démolir toutes les âneries produites par Anthony Watts sur son site WUWT, en argumentant et en expliquant pourquoi ce sont des âneries, faisant en l'occurrence du fact-checking ciblé, mais il faut dire que vu le nombre d'articles d'intoxication qu'est capable de produire le blog de l'ex monsieur météo américain il y a du pain sur la planche sans qu'il soit possible de tout réfuter étant donnée l'énormité de la tâche (rappelez-vous, il suffit de quelques secondes pour dire ou écrire une ânerie qui demandera peut-être plusieurs heures pour être réfutée, et les climatosceptiques en profitent pleinement)

Cependant la position de la communauté scientifique australienne, malgré quelques apparences trompeuses comme nous l'avons vu, est bien en phase avec le « consensus » scientifique qui nous dit que :
  • on constate un réchauffement climatique anormal, les valeurs actuelles de température et de concentration en CO2 n'ayant jamais été connues depuis qu'Homo sapiens peuple la planète ;
  • ce réchauffement climatique est provoqué quasi exclusivement par nos émissions de gaz à effet de serre : CO2 (dont la concentration est passée de 280 à près de 410 ppm, avec un forçage radiatif de 1,68W/m2 contre moins de 0,1W/m2 pour l'irradiance solaire), CH4 (deuxième gaz responsable du réchauffement climatique avec un forçage radiatif de près de 1W/m2) et N2O (298 fois plus puissant que le CO2, passé de 270 à 319 ppb mais heureusement en quantités trop faibles pour avoir un effet significatif) ;
  • ce réchauffement climatique va s'amplifier et poser de sérieux problèmes à notre descendance.

Ainsi quelques scientifiques australiens sont reconnus pour leur contribution à l'étude du climat (par ordre alphabétique) :

Comme on peut le constater, nos deux midinettes Jen et Jo font bien pâle figure et ne pèsent pas lourd face aux véritables experts en sciences de la Terre et du climat qui sont pourtant leurs compatriotes ; mais nous avons bien ici en France des Jean Jouzel ou Hervé Le Treut face à des Benoit Rittaud ou François Gervais, les premiers reconnus par la communauté internationale à leur juste valeur, les deuxièmes totalement insignifiants et se contentant de parader sur les médias locaux afin de vendre leur dernier bouquin (source de revenus additionnels qui sont toujours les bienvenus pour faire bouillir la marmite)

Pour en revenir à l'Australie, un récent rapport intitulé DELUGE AND DROUGHT: AUSTRALIA’S WATER SECURITY IN A CHANGING CLIMATE donne une idée actualisée de l'état complexe du sous-continent océanien ; ses quelques 80 pages contiennent de nombreuses cartes informatives dont voici un simple échantillon avec mes commentaires.

Figure 2: Major atmospheric circulation patterns at the global level. Source: Adapted from BoM (2018a).

Evidemment aucune mention des AMP (anticyclones mobiles polaires), ceux-ci étant simplement nommés « cellules polaires » comme dans toute la littérature scientifique sur la météo et le climat ; on voit que l'Australie est principalement impactée par des hautes pressions subtropicales causées par les descentes d'air des cellules de Hadley et de Ferrel, avec en surface des vents majoritairement venant du sud-est.

Table 2: Observed and future changes in Australia’s water cycle.
Ici il ne s'agit pas uniquement de prédictions, on voit les tendances passées depuis 1970 jusqu'à nos jours pour ce qui concerne le sud-ouest de l'Australie de l'ouest (WA) et depuis 1990 pour le sud-est de l'ile ; pour chaque sujet le passé est accompagné des prévisions, ainsi les précipitations sous forme de pluies (rainfall) sont en déclin dans le passé et vont continuer à décliner dans le futur ; l'écoulement des eaux (runoff) a lui aussi été en déclin et va continuer à décliner, davantage dans le sud-ouest que dans le sud-est ; le temps de sécheresse (time spent in drought) au contraire est en augmentation tant dans le passé que pour le futur.

Figure 7: Seasonal variations in rainfall across Australia. Source: (BoM 2018b). Note the wet summer season in the north, but higher rainfall in autumn and winter across the south.

Ces quatre cartes illustrent parfaitement la complexité du climat australien, avec un nord très exposé aux précipitations, surtout en été, alors que le sud est beaucoup plus sec avec des précipitations un peu plus abondantes en automne et en hiver ; le titre du chapitre où ces cartes sont incluses est d'ailleurs très explicite : « L'Australie est le continent habité le plus aride de la planète. Son cycle de l'eau est très variable, tant sur le plan géographique que saisonnier. »

L'explication des changements de régimes de précipitations entre l'été et l'hiver nous est donnée avec cette carte :

Figure 8: Movement of the sub-tropical ridge during winter (left) and summer (right). Source: BoM (2018a).

En été la dorsale (ridge) subtropicale se déplace vers le sud, asséchant le sud et provoquant d'importantes précipitations dans le nord, alors qu'en hiver, avec le déplacement de la dorsale vers l'équateur, c'est le sud qui bénéficie à son tour de quelques précipitations alors que le nord s'assèche de son côté.

Une autre carte, plus générale, nous montre l'influence des moussons ainsi que des épisodes El Niño :

Figure 9: Climate drivers that influence Australian rainfall. Source: BoM (2018a).

Ainsi, coincée entre le SAM (que l'on appelle aussi l'oscillation antarctique) au sud, ENSO à l'est, MJO au nord et IOD à l'ouest, l'Australie sans surprise présente un climat très contrasté qu'il est difficile de résumer en quelques phrases (et je ne vais pas m'y aventurer)

Un schéma très simple nous rappelle quelques principes de base que certains n'ont toujours pas assimilé, à savoir que plus la température augmente et plus l'air peut se charger en humidité :

Figure 10: The influence of climate change on the water cycle. Source: Climate Commission 2013.

Cela semble évident, pourtant il est toujours utile de le faire remarquer chaque fois que l'occasion se présente !

Et plus loin le rapport nous dit, page 20 :
Climate change has caused some regions to get wetter and some regions to get drier.
C'est-à-dire que le changement climatique provoque dans certaines régions un accroissement des précipitations et dans d'autres régions une augmentation des périodes de sécheresse.

Certains auteurs résument ce fait en disant « the Wet Get Wetter and the Dry Drier », soit l'humide devient plus humide et le sec plus sec.

Ce fort contraste amplifié par le réchauffement climatique est illustré avec la carte suivante :

Figure 12: Southern Australia has experienced a drying trend in the April – October period from 1996-2015. Source: CSIRO and BoM (2016).

Il s'agit bien d'observations pour la période 1996-2015 et non d'une quelconque projection issue d'un modèle climatique ; on voit très nettement la tendance à l'assèchement du sud et aux plus fortes précipitations au nord pour la période avril-octobre ; pour octobre-avril voici la situation :

Figure 13: Northern Australia has experienced very much above average rainfall during October-April (1995-2016).  Source: CSIRO and BoM (2016).

En hiver la Tasmanie et le sud-est présentent une très forte tendance à l'assèchement alors que la majorité de l'ile est plutôt en tendance inverse.

Mais un intéressant graphique nous est proposé pour illustrer le renforcement de la dorsale subtropicale entre 1950 et 2017, avec une nette tendance à l'augmentation de la pression atmosphérique au niveau de la mer durant cette période :

Figure 14: April – June mean sea level pressure over southern Australia, showing the effect of the strengthening of the subtropical ridge from 1950 to 2017. Source: BoM (2017).

Il faudrait que quelqu'un se dévoue (BenHague peut-être ?) pour expliquer à François Gervais que la pression atmosphérique ce n'est pas que de la météo, comme la température ce n'est pas que du climat, les choses sont un peu plus complexes que ce que notre distingué physicien retraité laisse entendre sur les ondes ou dans ses bouquins (voir François Gervais toujours sur la brèche, et toujours aussi ébréché )

Comme il faut s'y attendre, les très fortes précipitations sont en augmentation, par exemple dans les épisodes méditerranéens ou dans les ouragans de l'Atlantique ou les typhons du Pacifique ; ainsi ce graphique concernant les fortes précipitations en Australie :

Figure 15: Increase in heavy rainfall in Australia. Source: Gallant et al. 2014, reprinted in CSIRO and BoM (2015).

Toujours des observations, rien que des observations.

Et de manière tout aussi concomitante, certains graphiques montrent une pente inverse :

Figure 18: Annual total streamflow for Axe Creek at Longlea (Campaspe Basin), Victoria. Source: BoM (2015).

Donc les fortes précipitations augmentent, mais l'écoulement des cours d'eau diminue dans le même temps ; cet apparent paradoxe s'explique tout simplement par le fait que même si les fortes précipitations augmentent, les précipitations moyennes, elles, diminuent.

Le rapport indique d'ailleurs qu'une réduction de 1% des précipitations peut mener à une diminution de 2 à 3,5% de l'écoulement des eaux (Chiew 2006)

Mais dans le nord de l'Australie, dans la rivière Adélaïde, voici ce que l'on peut mesurer pour la même période :

Figure 19: Annual total streamflow for Adelaide River at Railway Bridge (Adelaide Basin), Northern Territory. Source: BoM (2015).

On vous le disait, plus humide au nord, là où c'est déjà humide, et plus sec au sud, là où c'est déjà sec.

Et les tendances ne sont pas près de s'inverser.

Cela dépendra évidemment de nos émissions futures, mais nous savons qu'elles ne vont pas baisser demain (ni après-demain) ; ainsi voici la situation projetée pour deux régions, l'est et le nord de l'Australie, en ce qui concerne les durées de sécheresse (la barre grisée représente la situation réelle en 1995) :

Figure 22: Changes in time spent in drought across Australia for five 20-year periods through the 21st century. Source: CSIRO and BoM (2015).

Et c'est guère plus reluisant pour les deux autres régions mentionnées dans le rapport que je vous laisse aller consulter si vous n'avez pas la flemme.

Et quand vous entendrez François Gervais vous dire que le CO2 c'est bon pour les plantes et que plus il y en a et plus cela profite à la végétation, vous pourrez vous remémorer ce schéma qui montre que dans la « réalité » c'est un peu plus compliqué que ça :

Schematic illustrating the classical definitions of drought and the associated processes. Precipitation deficits are the ultimate driver of most drought events, with these deficits propogating over time through the hydrological cycle. Other climate variables, particularly temperature, can also affect both agricultural and hydrological drought. Credit: Cook et al. (2018)

Mais il est vrai que si un professeur de physique à la retraite se montre incapable de comprendre ce genre de schéma, vous êtes excusé de ne pas y arriver vous-même.

Le rapport termine avec les impacts du réchauffement climatique sur la santé et l'agriculture que je vais vous épargner afin de ne pas trop vous saper le moral ; je ne vous montrerai qu'une photo vous faisant entrevoir ce que sera peut-être l'avenir de nos petits-enfants en de nombreux endroits.

Figure 25: Water contamination due to sewage overflows in New Zealand.
Extreme

Et il parait que la Nouvelle Zélande est un pays développé, je dis ça je dis rien.


mardi 13 novembre 2018

François Gervais toujours sur la brèche, et toujours aussi ébréché

Il y a des gens qui ont de la constance dans leurs actions et leurs idées, François Gervais est de ceux-là.

C'est la dernière mouture des climato-irréalistes qui nous informe qu'encore une fois notre physicien de l'Indre et de la Loire réunies est intervenu récemment sur les médias, et pas qu'une fois mais trois, dont une prestation sur Valeur Actuelles, montrant ainsi le penchant droitiste prononcé du courant climatosceptique (aux Etats-Unis on dirait le penchant conservateur, mais c'est la même chose)
Comme le dit le physicien François Gervais dans une interview, « malgré des projections non validées, le GIEC persiste dans l’alarmisme ».
Jeudi 1 novembre 2018, François Gervais participait à l’émission de France Inter de Laurent Goumarre sur le thème « Climat en Folie ». Parmi ses contradicteurs, Aymeric Caron, journaliste, Françoise Vimeux et Jean Jouzel.
Et c'est un habitué des lieux qui informe ses coreligionnaires de l'existence pas plus tard qu'hier de la troisième apparition de la momie :
18. geoff chambers | 12/11/2018 @ 15:02

Est-ce que quelqu’un a vu François Gervais chez Pascal Praud (l’heure des pros) sur C News ce matin? […] L’essentiel de l’interview est à https://www.youtube.com/watch?v=GUrYJ-1HYPM vers 15 minutes, mais Gervais avait déjà été insulté par les participants dans la séquence précédente
NB - quand un de ces énergumènes dit qu'un climato-irréaliste a été insulté, cela veut dire probablement qu'il a raconté des âneries et qu'on le lui a fait remarquer.

Nous passerons rapidement sur l'interview de VA dont nous ne retiendrons que la première phrase de Gervais :
Si une religion est une culture de foi, la Science est une culture de doute. Le scepticisme a toujours été une vertu cardinale en Sciences.
Tout est dit, la science du climat est une religion et monsieur Gervais fait partie de ceux qui doutent, peu importe qu'il ne doute en aucune manière que le CO2 soit bon pour les plantes avec ce superbe raccourci :
Le gaz carbonique, CO2, est la nourriture indispensable et irremplaçable de la végétation.
Monsieur Gervais ne sait apparemment pas qu'il y a bien d'autres choses qui sont bonnes pour la végétation et que le CO2 n'est que l'une d'elles, et que trop de CO2 associé à une température trop élevée ainsi qu'à des conditions exceptionnelles comme les sécheresses, ou les inondations, ou les vents violents, ou la grêle, entre autres, cela ne fait pas nécessairement bon ménage, mais monsieur Gervais tient à rassurer les agriculteurs et à ne pas trop compliquer le problème, après tout il est à la retraite et n'a plus toutes ses facultés pour se renseigner un minimum sur le sujet.

Un des premiers commentateurs a d'ailleurs une analyse très juste de la situation :
Aikongo - 11/10/2018 - 10:33

Inviter François Gervais pour parler du réchauffement climatique, c'est comme inviter un créationniste pour expliquer les lois de l'évolution. […]
Comme quoi il y a des personnes qui réfléchissent, même sur Valeurs Actuelles.

Voyons un peu les commentaires sur Skyfall concernant son intervention sur France Inter le jeudi 1er novembre.
4. Claude C | 8/11/2018 @ 16:32
Pour ce qui est de François Gervais sur France Inter, je trouve qu’il est gonflé de s’être prêté isolé à ce débat déséquilibré …
Débat déséquilibré ? Sans blague !

Face à lui il avait deux véritables climatologues, Jean Jouzel et Françoise Vimeux, alors que lui n'est qu'un physicien retraité n'ayant jamais rien publié sur le climat du temps où il était en activité, donc si je compte bien le climatoscepticisme était représenté à hauteur de 33%, soit plus de dix fois son importance réelle dans le monde scientifique !

Et qu'a-t-il dit d'important durant cette émission ? A la question « est-ce que ces conditions climatiques qui sont tout à fait particulières […] correspondent à un réchauffement, est-ce qu'il y a là quelque chose de grave ? […] le monde se meurt [citant Aurélien Barreau], vous êtes d'accord ? »
  • à 5:30 : Non. Je me considère comme bien vivant, et le monde aussi, là on est en train de parler de météorologie, pas de climat, euhhh, j'ai retrouvé un article d'il y a 150 ans […]
Heureusement qu'il y a François Gervais pour nous rappeler quelle est la différence entre météo et climat et nous ressortir un article d'il y a 150 ans pour nous « prouver » que ce que nous vivons aujourd'hui n'a rien d'exceptionnel, les Californiens, entre autres, apprécieront.

Puis voilà le professeur à la retraite qui refait surface et se souvient des cours qu'il donnait du temps de sa splendeur en nous parlant de l'invention de la météo par Torricelli avec son baromètre, ce qui n'a évidemment pas grand rapport avec le sujet du réchauffement climatique et des événements extrêmes que nous connaissons de plus en plus, mais il est toujours utile de noyer le poisson en étalant sa culture et en faisant croire que les autres ne sont que des ignorants que l'on éduque.

Tout cela pour nous dire que la météo ne dépend QUE de la pression atmosphérique, oubliant au passage d'autres facteurs comme la température ou l'humidité qui pour lui ne doivent être que des composantes non significatives que les prévisionnistes ignorent superbement car ce serait trop compliqué de les entrer dans leurs modèles.

Mais il accorde quand même à la température un rôle minime dans les phénomènes météorologiques, en enchainant de manière habile sur le climat et sur le GIEC :
  • à 6:40 : […] c'est la météo et ça dépend de la pression atmosphérique et très peu de ce qui est le critère selon le GIEC du climat, à savoir essentiellement la température moyenne de la Terre. […]
On croit rêver mais non, on a l'impression que François Gervais n'a pas lu le rapport du GIEC et qu'il pense que dans celui-ci on ne discute QUE de la température moyenne de la Terre !

On lui fera remarquer que c'est du côté climatosceptique que la température est « essentiellement » (pour reprendre ses propos) un indicateur du non-changement climatique, et pour couronner le tout, en n'évoquant que la température de l'atmosphère et en  laissant de côté celle de l'océan, alors qu'on sait que 93% de la chaleur additionnelle causée par nos émissions de gaz à effet des serre va s'y engouffrer, la part allant dans l'atmosphère étant évaluée à quelques pourcents (de 1 à 3% selon mes lectures)

Heureusement qu'il y a Jean Jouzel et surtout Françoise Vimeux pour apporter un éclairage scientifique afin de corriger la copie maladroite de François Gervais :
  • à 8:50 : […] l'augmentation de température que l'on observe, qui a une tendance linéaire, mais comme vous le disiez tout à l'heure il y a des périodes où finalement elle se stabilise pendant dix ans, après elle repart à la hausse, elle peut même diminuer, c'est ce que l'on voit sur les observations depuis le début du vingtième siècle et en fait ça c'est la variabilité interannuelle qui se superpose à une tendance au réchauffement. Et la température que l'on observe et qui augmente c'est un symptôme du dérèglement climatique, il n'y a pas que la température moyenne globale qu'il faut regarder, il y a par exemple tous les changements de pluies que l'on observe et pour lesquels on est très inquiets en particulier sur les régions tropicales […] les ouragans, les cyclones, on ne prévoit pas un nombre plus important d'ouragans et de cyclones, on prévoit des phénomènes beaucoup plus intenses, beaucoup plus pluvieux avec des risques qui vont être augmentés parce que la population en zones littorales on prévoit qu'elle augmente dans les décennies à venir […]
Ainsi il faut que ce soit une jeune chercheuse ayant eu son doctorat en 1999 qui fasse la leçon au vieux professeur fatigué François Gervais qui ne sait même pas ce que signifie la variabilité naturelle du climat (ou feint de ne pas le savoir) ! 

Et elle se permet de le contredire avec « il n'y a pas que la température moyenne globale qu'il faut regarder » en lui donnant un exemple avec les pluies, mais elle aurait certainement pu en donner bien d'autres si elle en avait eu le temps.

Sur Skyfall, sans surprise, les commentaires se suivent et se ressemblent dans la médiocrité qui est la marque de fabrique des intervenants réguliers.
5. Bernnard | 8/11/2018 @ 17:08

Claude C (#4),
Sur les médias publics (et les autres), ce sont toujours des débats déséquilibrés quand le sujet est le climat.
La couleur est généralement annoncée dans l’introduction du débat. Le climat change, quelle horreur !
Au mieux, l’opposant (il est souvent seul.) est ignoré. Au pire, il sert à faire valoir. 
7. JC | 8/11/2018 @ 22:14

Sur l’émission de France Inter : c’est fou comme la discussion sur des éléments scientifiques n’intéresse pas les gens autour de la table. Personne ne veut les entendre et en discuter.
La nana a quand même le toupet – et avec aisance et aplomb en plus – de dire à un moment que les modèles sont incapables de dire ce que deviendront les zones tropicales mais que ce sera quand même catastrophique !! (« pour certaines régions on manque de connaissances pour dire si ce sera des changements avec plus de pluie ou moins de pluie et là c’est très grave car ces pays ne savent pas à quoi s’adapter).
Le dénommé JC (pour Je Crois) ne fait pas dans la nuance, si la jeune chercheuse exprime un doute c'est qu'elle a du toupet ; que disait Gervais déjà ? (voir plus haut)
la Science est une culture de doute
Ben oui, si on manque de connaissances et qu'on ne sait pas s'il y aura trop ou pas assez de pluies cela n'est qu'un détail, les habitants des régions concernées n'ont qu'à attendre et ils verront bien ce qui va leur tomber sur la tête.

Pour la troisième intervention du professeur retiré des affaires (mais se rappelant quelques vagues notions qu'il régurgite mécaniquement sans trop comprendre ce qui sort de sa bouche) je ne dirai rien, je vous laisse regarder, moi j'en ai soupé de Gervais, surtout intervenant sur C-News dans une émission dont on peut très bien se passer sans porter atteinte à ses facultés mentales, bien au contraire, tous les intervenants étant aussi insignifiants l'un que l'autre, sans parler des « animateurs » qui ont oublié ce qu'était la conduite d'un débat.


dimanche 11 novembre 2018

La Californie, Trump, les incendies et le réchauffement climatique

La Californie est actuellement ravagée par de multiples incendies dont nous ne pouvons pas avoir idée ici en France, même si l'on habite dans le sud-est et que l'on a l'habitude de voir les Canadairs faire leurs rotations entre plans d'eau et zones en proie aux flammes. Là-bas la situation peut être qualifiée de dantesque.

Source Ouest-France

On pourrait également parler de situation exceptionnelle, sauf que tout cela n'a plus grand chose d'exceptionnel et il semblerait qu'on puisse évoquer maintenant une « nouvelle normalité ».

Déjà en 2016 une étude intitulée Impact of anthropogenic climate change on wildfire across western US forests avait clairement souligné la responsabilité du réchauffement climatique d'origine humaine dans l'augmentation des incendies dans l'ouest des Etats-Unis.

Changes in fire-weather season length and number of high fire danger days. Time series of mean western US forest (A) fire-weather season length and (B) number of days per year when daily fire danger indices exceeded the 95th percentile. Baseline period: 1981–2010 using observational records that exclude the ACC signal. Red lines show the observed record, and black lines show the record that excludes the ACC signal. Bold lines show the average signal expressed across fuel aridity metrics.
ACC = Anthropogenic climate change = Changement climatique d'origine humaine.

Voici les conclusions de cette étude :
Since the 1970s, human-caused increases in temperature and vapor pressure deficit have enhanced fuel aridity across western continental US forests, accounting for approximately over half of the observed increases in fuel aridity during this period. These anthropogenic increases in fuel aridity approximately doubled the western US forest fire area beyond that expected from natural climate variability alone during 1984–2015. The growing ACC influence on fuel aridity is projected to increasingly promote wildfire potential across western US forests in the coming decades and pose threats to ecosystems, the carbon budget, human health, and fire suppression budgets (13, 48) that will collectively encourage the development of fire-resilient landscapes (49). Although fuel limitations are likely to eventually arise due to increased fire activity (17), this process has not yet substantially disrupted the relationship between western US forest fire area and aridity. We expect anthropogenic climate change and associated increases in fuel aridity to impose an increasingly dominant and detectable effect on western US forest fire area in the coming decades while fuels remain abundant.
Bref, l'augmentation des températures ainsi que le déficit en humidité correspondant ont provoqué un doublement de l'occurrence des incendies observés par rapport à la seule variabilité naturelle du climat pour la période 1984-2015, et ce qui attend les forêts de l'ouest des Etats-Unis n'est pas particulièrement réjouissant ; l'étude datant de 2016, « ce qui attend les forêts » commence en fait dès l'année 2017 qui est maintenant du passé et que l'on peut donc contempler du haut de notre fin d'année 2018.

Pour mémoire, quand cette étude parut le site earth.columbia.edu nous parlait dans le même temps des incendies gigantesques (déjà, ou encore...) de juillet et août 2016 :

In July and August, the Roaring Lion fire devoured more than 8,000 acres of forest, along with over 60 homes and outbuildings in eastern Montana’s Bitterroot Range. Here, the fire burns through dense conifers, July 31, 2016. (Courtesy Mike Daniels)

L'un des co-auteurs (Park Williams) de l'étude était cité :
No matter how hard we try, the fires are going to keep getting bigger, and the reason is really clear. Climate is really running the show in terms of what burns. We should be getting ready for bigger fire years than those familiar to previous générations.
Malgré tous nos efforts, les incendies vont continuer à s’aggraver, et la raison est claire. Le climat est vraiment aux commandes en termes de ce qui brûle. Nous devrions nous préparer pour des années d'incendies plus importantes que celles des générations précédentes.
Nous étions donc parfaitement prévenus dès 2016 de ce qui allait se produire en 2017 et 2018 et de ce qui va très probablement continuer à arriver dans les années à venir.

Par exemple il suffit de jeter un œil sur wikipedia afin d'avoir une idée des multiples incendies ayant sévi dans l'Etat de Washington de mai à octobre 2017 :
The 2017 Washington wildfires were a series of wildfires that burned over the course of 2017, a year that set weather records for heat and aridity in both Western Washington and Eastern Washington
Les incendies de forêt de 2017 dans l'Etat de Washington étaient une série d'incendies de forêt qui ont brûlé au cours de 2017, une année qui a établi des records météorologiques de chaleur et d'aridité dans l'ouest et l'état de Washington.
La même année, l'Université de Columbia faisait part de ses préoccupations concernant les incendies californiens :
We are thinking of you in light of wildfires and the state of emergency recently declared in California. The Columbia community shares concern for those who may have loved ones facing evacuations and urgent conditions in several Northern California counties and in Orange County in Southern California
Nous pensons à vous à la lumière des incendies de forêt et de l'état d'urgence récemment déclaré en Californie. La communauté de Columbia partage les préoccupations de ceux qui pourraient avoir des êtres chers confrontés à des évacuations et à des conditions urgentes dans plusieurs comtés de la Californie du Nord et dans le comté d’Orange en Californie du Sud.
On verra plus loin que sur la côte est d'autres individus éprouvent beaucoup moins de compassion…

Toujours en 2017 sur npr.org on s'interrogeait sur la responsabilité du réchauffement climatique :
Wildfires are natural phenomena, and linking any one fire to climate change is difficult if not impossible. Nevertheless, "there is a link between a warmer, drier climate and wildfires," Balch says. For example, today's fire season is three months longer than it was in the 1970s, she says. Annually, there are far more large fires nationwide than there used to be.
Les feux de forêt sont des phénomènes naturels et il est difficile, voire impossible, de relier un seul incendie au changement climatique. Néanmoins, "il existe un lien entre un climat plus chaud et plus sec et des feux de forêt", a déclaré [Jennifer] Balch. Par exemple, la saison des incendies est trois mois plus longue que dans les années 1970, dit-elle. Chaque année, il y a beaucoup plus de grands incendies dans le pays qu'avant.
Et on rappelait également quelques évidences qui échappent toutefois à certains :
"It doesn't take a rocket scientist to figure out that forests burn when it's warm and dry, and we've seen more of those years recently," says John Abatzoglou of the University of Idaho.
"Il n'est pas besoin d'être sorcier pour comprendre que les forêts brûlent quand il fait chaud et sec, et nous avons vu davantage de ces années récemment", a déclaré John Abatzoglou de l'Université de l'Idaho.
Evidemment le réchauffement climatique n'est pas seul en cause, l'aménagement irrationnel du territoire a aussi une grande part de responsabilité, et les vents violents n'arrangent pas les choses, cependant sans la sécheresse causée par les fortes températures la situation serait bien moins grave que ce qu'elle est dans la réalité.

Et que la saison des incendies soit plus longue de trois mois que dans les années 1970 est tout de même un indice assez révélateur il me semble.

Venons-en maintenant à l'année 2018 en commençant en février avec cet article de futurity dans lequel on nous montre une carte des prévisions d'incendies allant jusqu'en 2039 :

Projected change in annual area burned for the period 2010–2039, with red colors indicating areas with the greatest increase in area burned annually in wildfires, and dark blue the least. (Credit: U. Arizona)

Assez symptomatiquement on s'aperçoit que la Bible Belt, là où Donald Trump va pêcher la majorité de son électorat, parait totalement à l'abri de tout incendie, si l'on excepte ceux provoqués par les extrémistes quand ils brûlent un noir ! (oui je sais, on ne brûle plus les noirs, on se contente de les butter avant qu'ils aient eu le temps de lever les bras et de crier don't shoot me please !)

Sur cette carte on voit que les incendies ne vont pas s'arrêter demain, ils s'atténueront très probablement là où ils n'auront plus grand chose à brûler mais le territoire Américain est vaste et beaucoup reste encore à faire, et pompier reste toujours un métier d'avenir (en contractant cependant une bonne police d'assurance)

Je parlais au début de « nouvelle normalité », voici ce que nous dit ce site juste avant de montrer la carte ci-dessus :
While it may have been an exceptional year in some respects, the researchers’ predictions suggest that years like 2017 are likely to become more common over time. States in the interior Western US, in particular, may face large increases in total wildfire area burned, potentially beyond anything that they have experienced in the past.
Même s’il s’agissait peut-être d’une année exceptionnelle à certains égards, les prévisions des chercheurs laissent penser que des années comme 2017 seront probablement plus communes au fil du temps. Les États de l'ouest des États-Unis, en particulier, pourraient être confrontés à une forte augmentation de la superficie totale des feux de forêt incendiés, pouvant aller au-delà de tout ce qu'ils ont connu dans le passé.
Nous voilà rassurés, n'est-ce pas ?

Si vous êtes intéressés par davantage de détails l'étude, intitulée Direct and indirect climate controls predict heterogeneous early-mid 21st century wildfire burned area across western and boreal North America, vous en donnera à la pelle, avec notamment cette carte :

Fig 2. Temporal trends (1972–2006) in instrumental seasonal climate and snow cover duration.
(a) Winter (JFM) temperature (°C), (b) spring (AMJ) temperature (°C), (c) summer (JAS) temperature (°C), and (d) LDPS (days/decade), based on the Theil-Sen median slope estimator. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0188486.g002
JFM = Janvier, Février et Mars.
AMJ = Avril, Mai et Juin.
JAS = Juillet, Août et Septembre.
LDPS = Last Date of Permanent Snowpack = Date du dernier manteau neigeux permanent

On s'aperçoit ainsi que ce sont les températures d'hiver qui ont le plus augmenté, suivies par celles du printemps, celles de l'été fermant la marche mais elles-aussi en augmentation sur la période 1972-2006. Quant aux jours de neige permanente ils sont en nette régression, qui s'en étonnerait ? (ah oui, les climato « réalistes », je les oubliais ceux-là) ; l'étude nous précise d'ailleurs :
Snow cover duration (LDPS) is projected to shorten by >50 days (ca. 10 days/decade) in some areas of the Colorado Plateau and Intermountain West, and by 25–35 days (5–7 days/decade) across the western US and British Columbia (Fig 6D)
La durée de la couverture neigeuse (LDPS) devrait diminuer de plus de 50 jours (environ 10 jours / décennie) dans certaines zones du plateau du Colorado et d'Intermountain West, et de 25 à 35 jours (5 à 7 jours / décennie) dans l'ouest des États-Unis et de la Colombie-Britannique (figure 6D)
Et de nous montrer les projections pour 2010-2039 :

Fig 6. Projected change in seasonal climate variables influencing AAB.
Changes are based are for the period 2010–2039 compared to the baseline period 1961–1990 based on an ensemble of A1B emission scenarios: (a) winter (b) spring, and (c) summer temperature (Δ°C); (d) LDPS (last day of permanent snow cover (in Julian date). https://doi.org/10.1371/journal.pone.0188486.g006

Pas vraiment rassurant en fait…

Plus tard dans l'année le site phys.org nous informait en mai que :
Heat is driving off clouds that dampen California wildfires.
La chaleur éloigne les nuages qui atténuent les feux de forêt en Californie.
Eh oui, les nuages sont indispensables pour apporter un peu d'humidité, faire pleuvoir et empêcher ou du moins atténuer les incendies de forêt, mais voilà, les températures élevées ont pour effet de chasser les gentils nuages afin de rendre le travail des pompiers encore plus difficile.

Low-level clouds over Los Angeles (seen here in early afternoon) and other urban areas of coastal southern California are becoming rarer, leading to increased fire risk. Credit: Park Williams/Lamont-Doherty Earth Observatory (Les nuages bas au-dessus de Los Angeles (ici en début d’après-midi) et d’autres zones urbaines de la côte sud de la Californie se font de plus en plus rares, ce qui augmente les risques d’incendie.)
Le même Park Williams que nous avons vu plus haut s'exprime ainsi :
Cloud cover is plummeting in southern coastal California. And as clouds decrease, that increases the chance of bigger and more intense fires. 
La couverture nuageuse est en chute libre dans la côte sud de la Californie. Et à mesure que les nuages diminuent, cela augmente les risques d'incendies plus importants et plus intenses.
Le chercheur explique aussi que :
[…] the decrease is driven mainly by urban sprawl, which increases near-surface temperatures, but that overall warming climate is contributing, too.
[…] La diminution est principalement due à l'étalement urbain, qui augmente les températures près de la surface, mais le réchauffement climatique y contribue également.
Ainsi l'effet d'ilot de chaleur urbain est bien réel, mais il ne fait qu'accompagner et amplifier le phénomène du réchauffement climatique qui est tout aussi réel ; dans tous les cas, la responsabilité humaine est clairement en cause : émissions de gaz à effet de serre + artificialisation des sols = réchauffement accentué et « fuite » des nuages accélérant le processus dans une boucle de rétroaction positive.

Nous en arrivons au mois de novembre avec ce premier article dans climateandlife.columbia.edu qui nous dit :
Yes, Climate Change is Making Wildfires Worse.
Oui, le changement climatique aggrave les feux de forêt.
On s'en serait douté mais il est toujours utile de la rappeler.

The Camp fire burning in northern California on November 8, 2018. (NASA Earth Observatory image by Joshua Stevens, using Landsat data from the U.S. Geological Survey.)

Plus récemment, pas plus tard qu'hier, le San Francisco Chronicle titrait :
Camp Fire is most destructive wildfire in California history: 9 dead, 6,713 structures incinerated.
Camp Fire est l'incendie le plus destructeur de l'histoire de la Californie : 9 morts, 6 713 structures incinérées.
Les trésors du Paradis...

Et nbcnews revoyait à la hausse le nombre de décès :
Death toll in California wildfires climbs to 25.
Le nombre de morts dans les incendies de forêt en Californie s'élève à 25.
Mais gageons que les « réalistes » qui sont « étreints de tristesse » à la mort d'un scientifique retraité insignifiant ne verseront pas une seule larme en apprenant le décès accidentel de 25 personnes, sans compter les disparus qui seraient une trentaine « seulement » ; après tout ce ne sont que des Américains vivant dans un Etat progressiste et ne niant pas le changement climatique, ils peuvent donc crever la bouche ouverte, pourquoi s'en soucier ?

On comprend d'autant mieux le détachement des Texans et autres Floridiens qui ont d'autres chats à fouetter avec les tornades et les ouragans, lesquels n'ont bien évidemment aucun lien avec le réchauffement climatique, cela va de soi.

Mais il y a des gens qui s'interrogent quand même sur les raisons de ces incendies et sur leur caractère si destructeur.

En août dernier le San Francisco Chronicle déjà cité titrait :
Scientists see fingerprints of climate change all over California’s wildfires.
Les scientifiques voient la marque du changement climatique partout dans les feux de forêt en Californie.
La carte suivante était montrée :

Un vent de changement. Un puissant jet-stream polaire est une bande unique de vent d'ouest rapide et de haute altitude qui se déplace autour du cercle polaire arctique. Il résulte de la rencontre entre la basse pression arctique et la haute pression plus chaude au sud. En juillet, un jet-stream affaibli et vacillant s'est divisé, provoquant des conditions météorologiques extrêmes et stagnantes.

Mais l'article expliquait également qu'il y avait d'autres causes que le réchauffement climatique :
Other factors are influencing wildfire as well, making it difficult to always draw such precise conclusions about the role of climate change. The nation’s longtime policy of wildfire suppression, for example, has created a dangerous buildup of vegetation that’s making fires more intense. Development in rural areas, meanwhile, is increasing the human toll.
D'autres facteurs influent également sur les feux de forêt, ce qui rend difficile de toujours tirer des conclusions aussi précises sur le rôle du changement climatique. La politique de lutte contre les incendies de forêt menée depuis longtemps par le pays, par exemple, a créé une dangereuse accumulation de végétation qui intensifie les incendies. Le développement dans les zones rurales, quant à lui, augmente le bilan humain.
Comme on le voit il n'est pas simple d'attribuer ces incendies à telle ou telle cause, mais en rejeter une d'elle parce qu'elle ne colle pas avec son idéologie et ses croyances n'est pas vraiment faire preuve de « réalisme ».

Sans le réchauffement climatique qui assèche l'air et la végétation, les autres facteurs que sont l'aménagement urbain et la gestion forestière ne prendraient pas autant d'importance, pas besoin d'être bac+30 pour comprendre cela.

Mais si l'on compte bien trois facteurs (le RCA, l'urbanisation délirante et la mauvaise gestion des forêts) expliquant cette claire aggravation des incendies de forêt, pour le futur l'un d'eux est nettement le plus inquiétant car c'est celui sur lequel on aura le moins d'influence ; si l'on peut assez facilement (tout étant relatif) régler le problème de l'urbanisation et de la gestion des forêts (il suffit de réfléchir un peu et de mettre des moyens somme toute pas si gigantesques que cela), par contre la hausse des températures n'est pas près de s'arrêter :
Nevertheless, climate researchers and fire experts agree that global warming is having an impact and that the impact will only grow. 
Néanmoins, les chercheurs en climatologie et les spécialistes des incendies s'accordent pour dire que le réchauffement planétaire a un impact et que cet impact ne fera que grandir.
Nous sommes d'accord et cela relève du simple bon sens.

Alors en parlant de bon sens venons-en à Donald Trump, puisque son nom figurait dans le titre de ce billet.

Nous avons vu qu'en août de cette année The Donald accusait les écolos d'être la cause des incendies de forêt en Californie (voir Les feux en Californie, c'est la faute des écolos !) ; il avait twitté pour dire une de ses habituelles âneries :
Les feux de forêt en Californie sont amplifiés et aggravés par les mauvaises lois environnementales qui empêchent l'utilisation massive de quantités d'eau facilement accessibles. Elles sont détournées [les quantités d'eau, pas les lois environnementales] dans l'océan Pacifique.
Il a été sèchement démenti par politifact ainsi que par climatefeedback, pour ne citer qu'eux.

Mais voilà qu'il récidive et en remet une couche en accusant cette fois le « management des forêts » et en menaçant les Californiens de leur couper les financements fédéraux pour mauvaise conduite !

Evidemment il est applaudi par tout le petit monde conservateur, comme on peut par exemple le constater avec zerohedge qui titre
Trump Threatens To Cut Wildfire Funding Unless Cali Ends "Gross Mismanagement Of Forests" 
Trump menace de réduire le financement des feux de forêt, à moins que la Californie ne mette fin à une "mauvaise gestion flagrante des forêts"
Avec cette mémorable introduction :
As the wildfires ravaging Northern and Southern California destroy billions of dollars worth of real estate, President Trump reminded the world in a Saturday morning tweet that global warming - which many (on the left in particular) have blamed for the fires - isn't the responsible for the fires. Rather, California's inept forest-management strategies have left the state vulnerable as drought-like conditions have transformed the state's densely packed forests into a bed of kindling, just waiting to be set off by a stray cigarette butt.
Alors que les feux de forêt dévastant le nord et le sud de la Californie détruisent des milliards de dollars en biens immobiliers, le président Trump a rappelé au monde samedi dans un tweet que le réchauffement climatique - que beaucoup (à gauche en particulier) ont blâmé pour les incendies - n'est pas le responsable des incendies. Au contraire, les stratégies de gestion forestière inepte de la Californie ont laissé l'État vulnérable, car des conditions semblables à la sécheresse ont transformé les forêts densément peuplées de l'État en un lit de bois d'allumage, n'attendant que d'être déclenchées par un mégot de cigarette égaré.
On remarquera que l'auteur de ce passage est un humaniste convaincu, puisque pour lui ce qui compte avant tout ce sont les « milliards de dollars en biens immobiliers » partis en fumée, les vies humaines n'étant que secondaires car non cotables en bourse.

Heureusement quelques lecteurs n'ayant pas oublié d'allumer leur cerveau ont réagi, par exemple celui-ci :
I'm guessing the 'gross mismanagement of forests' is Trump code for 'didn't open the state up for rampant logging by rapacious logging companies." I see why he used 4 words rather than my less pithy 12 words.
Je suppose que la « mauvaise gestion flagrante des forêts » est le code Trump pour dire « n’a pas ouvert l’Etat à une exploitation forestière effrénée par des entreprises forestières rapaces ». Je vois pourquoi il a utilisé 4 mots plutôt que mes 12 mots moins concis.
Ou celui-là :
Trump is using his control over discretionary spending to force California to cede control to the feds. I don't know if CA forests are mismanaged. I know zealots regularly spike trees. America's lumber companies love to talk about resource management. But I know this. Those guys would strip cut the entire pacific northwest given the opportunity. It's all bottom line and bonus driven. Most of us hate DC because of the Clinton graft, overseas wars, and the 9/11 treason. Probably a permanent loss of trust by 50% of the population and that's why Trump won. There are though in the federal bureaucracy extremely competent people in the various agencies whose gave us product labels, minimum standards of quality, and the strict enforcement necessary to provide for the public safety. If the Forest Service is a competent agency and if they agree with Trump then he's right to call out California.
Trump utilise son contrôle des dépenses discrétionnaires pour forcer la Californie à céder le contrôle au gouvernement fédéral. Je ne sais pas si les forêts californiennes sont mal gérées. Je sais que les fanatiques piquent régulièrement des arbres. Les entreprises forestières américaines aiment parler de gestion des ressources. Mais je sais ça. Ces gars-là décaperaient tout le nord-ouest du Pacifique, si l'occasion se présentait. Tout est axé sur les résultats et les bonus. La plupart d'entre nous haïssent DC à cause de la corruption de Clinton, des guerres à l'étranger et de la trahison du 11 septembre. Probablement une perte de confiance permanente de 50% de la population et c'est pourquoi Trump a gagné. Il existe cependant dans la bureaucratie fédérale des personnes extrêmement compétentes dans les différentes agences, qui nous ont fourni les étiquettes de produits, les normes de qualité minimales et l'application stricte nécessaire pour assurer la sécurité du public. Si le service forestier est une agence compétente et s’ils sont d’accord avec Trump, il a raison de critiquer la Californie.
Dans ce dernier exemple le commentateur a dû éteindre son cerveau en cours de route, dommage, parce qu'il avait plutôt bien commencé.

Evidemment les pompiers qui combattent les très nombreux incendies sur le terrain ne sont pas d'accord avec cette façon de voir les choses ; le site stuff.co.nz (entre autres) nous donne le point de vue des principaux intéressés qui ne font pas, eux, de politique sur le dos de gens qui ont tout perdu, et pour certains la vie :
California Professional Firefighters President Brian Rice said Trump was out of line."The president's message attacking California and threatening to withhold aid to the victims of the cataclysmic fires is ill-informed, ill-timed and demeaning to those who are suffering as well as the men and women on the front lines," Rice said in a statement.
Le président des pompiers professionnels de Californie, Brian Rice, a déclaré que Trump avait dépassé les bornes. "Le message du président attaquant la Californie et menaçant de suspendre l'aide aux victimes des incendies cataclysmiques est mal informé, mal venu et humiliant pour ceux qui souffrent ainsi que pour les hommes et les femmes qui sont sur les lignes de front ", a déclaré Rice dans un communiqué.
Et aussi :
"Mr. President, with all due respect, you are wrong. The fires in So. Cal are urban interface fires and have NOTHING to do with forest management. Come to SoCal and learn the facts & help the victims," the Pasadena Firefighters Association said on Twitter.
"Monsieur le président, avec tout le respect qui vous est dû, vous avez tort. Les incendies en Californie du sud sont des incendies d'interface urbaine et n'ont RIEN à voir avec la gestion des forêts. Venez en Californie du sud et apprenez les faits et aidez les victimes", l'association des pompiers de Pasadena a twitté.
Experts have also said forest management was not a factor in California's two most destructive fires: the Camp fire, which has burned more than 6000 structures this week in Paradise, and the Tubbs fire last year in wine country.

Forest thinning would not have stopped the Camp fire or Tubbs fire. Fuelled by dry grass growing amid scattered pine and oak trees, the Camp fire tore across land thinned by flames just 10 years ago. The Tubbs fire burned grassy oak woodlands, not Timberland.
Les experts ont également déclaré que la gestion des forêts n’était pas un facteur dans les deux incendies les plus destructeurs de la Californie : Camp fire, qui a brûlé plus de 6000 bâtiments cette semaine à Paradise, et l’incendie de Tubbs l’année dernière dans la région viticole.
L’éclaircissement des forêts n’aurait pas arrêté Camp fire ou l'incendie de Tubbs. Alimenté par de l'herbe sèche poussant au milieu de pins et de chênes dispersés, Camp fire a ravagé des terres éclaircies par les flammes il y a à peine 10 ans. L'incendie Tubbs a brûlé des bois de chênes verts, non destinés à l'exploitation forestière.
Que dire de plus sur Trump ?

Ah oui, il a annulé la visite d'un cimetière américain en France parce qu'il pleuvait.

Mais il y a quelque chose de sûr, c'est que Trump est un plus grand président que Macron :

Trump n'aime pas se mouiller.

Je dirais d'une dizaine de centimètres, au moins.