jeudi 9 novembre 2017

Quelques graphiques tirés du rapport fédéral Américain - première partie

Ainsi donc un rapport américain vient de sortir pour nous informer que le climat est en train de changer, ce dont certains ne se sont pas encore rendu compte.

Le site InsideClimate News nous en fait un excellent résumé et je ne vais pas tenter de l'imiter, je voudrais simplement reprendre les différents chapitres du rapport (Climate Science Special Report) en ne montrant que les graphiques que je considère comme intéressants et "pas trop techniques".

Ce qui est étrange c'est que ce rapport, écrit par des scientifiques (cela va de soi mais mieux vaut le préciser...) et qui a été communiqué par 13 agences fédérales, rien que ça, a été également approuvé par l'administration Trump dont un porte-parole n'a rien trouvé de mieux que dire dans la même phrase que ce rapport était une "analyse scientifique rigoureuse" et, un peu plus loin, que "le climat changeait sans cesse"... ; mais il est vrai que la cohérence n'est pas la vertu cardinale des climatosceptiques, capables de dire tout et son contraire pourvu que ce soit en opposition avec le consensus scientifique, donc nous ne nous attarderons pas sur cette bizarrerie de la ratification du rapport par des gens qui par ailleurs nient toute responsabilité de l'activité humaine dans le réchauffement climatique.

A noter que ce rapport peut avantageusement être rapproché de celui produit par l'Organisation Météorologique Mondiale et intitulé The State of the Global Climate in 2017 (L'état du climat mondial en 2017) ; ce rapport est très concis et comprend quelques graphiques très parlants dont voici un échantillon :


Etat du climat mondial en 2017 - faits marquants.

Etat du climat mondial en 2017 - risques climatiques, événements extrêmes et impacts associés.


Etat du climat mondial en 2017 - nombre croissant de catastrophes climatiques durant la période 1980-2016.

On remarquera notamment que les désastres géologiques (tremblements de terre, tsunamis, éruptions volcaniques) qui ne sont pas liés au réchauffement climatique sont plutôt stables...

Mais voici donc maintenant le rapport américain en images ; pour chaque chapitre je mentionne ses conclusions principales et rajoute les graphiques intéressants qui ne figureraient pas déjà dans le résumé.

Résumé


(à gauche) La température moyenne annuelle mondiale a augmenté de plus de 1,2°F (0,7°C) pour la période 1986-2016 par rapport à 1901-1960. Les barres rouges indiquent des températures supérieures à la moyenne de 1901-1960 et les barres bleues indiquent des températures inférieures à la moyenne. (à droite) Changement de température de surface (en °F) pour la période 1986-2016 par rapport à 1901-1960. Le gris indique des données manquantes. À partir des figures 1.2. et 1.3 du chapitre 1.
L'étendue probable de la contribution humaine à l'augmentation de la température moyenne globale sur la période 1951-2010 est de 0,6 à 0,8°C (1,1 à 1,4°F) [...] Les contributions probables du forçage naturel et de la variabilité interne à l'échelle mondiale des changements de température au cours de cette période sont mineures (confiance élevée).
Les deux panneaux ci-dessus montrent l'historique annuel et une gamme d'émissions de carbone futures plausibles en unités de gigatonnes de carbone (GtC) par an (à gauche) et le changement de température observé et futur qui résulterait d'une série de scénarios futurs par rapport à la moyenne 1901-1960, basée sur l'estimation centrale (lignes) et une plage (zones ombrées, deux écarts-types) simulées par l'ensemble complet des modèles climatiques globaux CMIP5 (à droite).
Il y a eu des changements marqués dans les températures extrêmes à travers les États-Unis contigus. Le nombre de records de hautes températures établis au cours des deux dernières décennies dépasse de loin le nombre de records de basses températures. (Très haute confiance)
Ces cartes montrent la variation en pourcentage de plusieurs mesures de précipitations extrêmes par région NCA4, y compris (en haut à gauche) les précipitations quotidiennes maximales sur des périodes consécutives de cinq ans; (en haut à droite) la quantité de précipitations tombant dans les événements quotidiens qui dépassent le 99e centile de tous les jours de précipitations non nulles (1% supérieur de tous les événements de précipitations quotidiens); (en bas à gauche) le nombre d'événements de deux jours dont le total des précipitations dépasse la plus grande quantité de deux jours qui devrait se produire, en moyenne, seulement une fois tous les cinq ans, tel que calculé sur 1901-2016; et (en bas à droite) le nombre d'événements de deux jours dont le total des précipitations dépasse la plus grande quantité de deux jours qui devrait se produire, en moyenne, seulement une fois tous les cinq ans, tel que calculé sur la période 1958-2016. Le nombre dans chaque cercle noir est le pourcentage de changement sur toute la période, soit 1901-2016 ou 1958-2016. Notez que l'Alaska et Hawai'i ne sont pas inclus dans les cartes 1901-2016 en raison d'un manque d'observations dans la première partie du 20ème siècle. (Source de la figure: CICS-NC / NOAA NCEI).
Le panneau supérieur montre le niveau moyen observé et reconstitué de la mer pour les 2 500 dernières années. Le panneau du bas montre le niveau moyen de la mer projeté pour six scénarios futurs. Les six scénarios - couvrant une gamme conçue pour informer une variété de décideurs - vont d'un scénario bas, compatible avec la poursuite du taux d'élévation du niveau de la mer au cours du dernier quart de siècle, à un scénario extrême, en supposant une perte de masse rapide de la calotte glaciaire de l'Antarctique. Notez que la plage sur l'axe vertical dans le graphique du bas est environ dix fois plus grande que dans le graphique du haut.
Les occurrences annuelles des inondations dues aux marées (jours par an), également appelées inondations de jour ensoleillé ou de nuisance, ont augmenté dans certaines villes côtières des États-Unis. La figure montre les dépassements historiques (barres orange) pour deux des emplacements - Charleston, SC et San Francisco, CA - et les projections futures jusqu'en 2100. Les projections sont basées sur la continuation de la tendance historique (bleu) et sous la médiane RCP2.6 , 4.5 et 8.5 conditions.
L'étendue et l'âge de la banquise en septembre pour le (haut) 1984 et (milieu) 2016, illustrant des réductions importantes de l'étendue de la glace de mer et de l'âge (épaisseur). Le graphique à barres en bas à droite de chaque panneau illustre la surface de glace de mer (unité: million de km2) couverte dans chaque catégorie d'âge (> 1 an), et les barres vertes représentent l'étendue maximale pour chaque tranche d'âge. L'année 1984 est représentative des caractéristiques de la banquise de septembre au cours des années 1980. Les années 1984 et 2016 sont sélectionnées comme paramètres dans la série chronologique ; un film de la série chronologique complète est disponible à l'adresse svs.gsfc.nasa.gov. (en bas) La tendance de l'étendue des glaces de la mer arctique à l'ère satellite de 1979 à 2016 pour septembre (unité: million mi2).


Chapitre 1: Notre climat globalement changeant

Principale conclusion 1
Le climat mondial continue de changer rapidement par rapport au rythme des variations naturelles du climat qui ont eu lieu à travers l'histoire de la Terre. Les tendances de la température moyenne mondiale, de l'élévation du niveau de la mer, de la chaleur des océans, de la fonte des glaces, de la glace de mer arctique, de la profondeur du dégel saisonnier du pergélisol et d'autres variables climatiques fournissent des preuves cohérentes d'une planète qui se réchauffe. Ces tendances observées sont robustes et ont été confirmées par plusieurs groupes de recherche indépendants dans le monde entier. (Très haute confiance)

Principale conclusion 2
La fréquence et l'intensité des épisodes de fortes chaleurs et de fortes précipitations augmentent dans la plupart des régions continentales du monde (niveau de confiance très élevé). Ces tendances sont en accord avec les réponses physiques attendues d'un climat en réchauffement. Les études sur les modèles climatiques sont également cohérentes avec ces tendances, bien que les modèles tendent à sous-estimer les tendances observées, en particulier pour l'augmentation des précipitations extrêmes (confiance très élevée pour la température, confiance élevée pour les précipitations extrêmes). La fréquence et l'intensité des événements de température extrêmement élevée augmenteront probablement à l'avenir à mesure que la température mondiale augmentera (confiance élevée). Les événements de précipitations extrêmes continueront très probablement à augmenter en fréquence et en intensité dans la majeure partie du monde (niveau de confiance élevé). Les tendances observées et projetées pour certains autres types d'événements extrêmes, tels que les inondations, les sécheresses et les tempêtes violentes, ont des caractéristiques régionales plus variables.

Principale conclusion 3
De nombreux éléments de preuve démontrent qu'il est extrêmement probable que l'influence humaine ait été la cause dominante du réchauffement observé depuis le milieu du XXe siècle. Les études formelles de détection et d'attribution pour la période de 1951 à 2010 constatent que le réchauffement de la température moyenne à la surface mondiale observé se situe au milieu de la gamme des contributions humaines probables au réchauffement au cours de cette même période. Nous ne trouvons aucune preuve convaincante que la variabilité naturelle peut expliquer la quantité de réchauffement climatique observée au cours de l'ère industrielle. Pour la période s'étendant au cours du siècle dernier, il n'y a pas d'autres explications convaincantes soutenues par l'étendue de la preuve observationnelle. Les changements de la production solaire et la variabilité interne ne peuvent contribuer que marginalement aux changements observés du climat au cours du siècle dernier, et nous ne trouvons aucune preuve convaincante de cycles naturels dans les observations qui pourraient expliquer les changements climatiques observés. (Très haute confiance)

Principale conclusion 4
Le climat mondial devrait continuer de changer au cours de ce siècle et au-delà. L'ampleur du changement climatique au-delà des prochaines décennies dépendra principalement de la quantité de gaz à effet de serre (piégeant la chaleur) émis dans le monde et de l'incertitude restante sur la sensibilité du climat terrestre à ces émissions (très haut niveau de confiance). Avec des réductions significatives des émissions de gaz à effet de serre, l'élévation moyenne annuelle de la température mondiale pourrait être limitée à 2°C  (3,6°F) ou moins. Sans des réductions importantes de ces émissions, l'augmentation des températures mondiales moyennes annuelles par rapport aux périodes préindustrielles pourrait atteindre 9°F (5°C) ou plus d'ici la fin de ce siècle (confiance élevée).

Principale conclusion 5
La variabilité naturelle, y compris les épisodes El Niño et d'autres types récurrents d'interactions océan-atmosphère, a un impact sur la température et les précipitations, surtout au niveau régional, sur des mois ou des années. L'influence globale de la variabilité naturelle est toutefois limitée à une petite fraction des tendances climatiques observées au cours des décennies. (Très haute confiance)

Principale conclusion 6
Les records climatiques à plus long terme au cours des siècles et des millénaires indiquent que les températures moyennes au cours des dernières décennies dans une grande partie du monde ont été beaucoup plus élevées et ont augmenté plus rapidement au cours de cette période qu'au cours des 1700 dernières années ou plus, période pour laquelle la distribution globale des températures de surface peut être reconstruite. (Grande confiance)

Cette image montre des observations à l'échelle mondiale à partir de neuf variables différentes qui sont des indicateurs clés du réchauffement climatique. Les indicateurs (énumérés ci-dessous) montrent tous des tendances à long terme compatibles avec le réchauffement planétaire. Entre parenthèses figurent le nombre d'ensembles de données représentés dans chaque graphique, la durée couverte par les ensembles de données combinés et leur période de référence d'anomalie (le cas échéant), et la direction de la tendance : température de surface de l'air (4 jeux de données, 1850-2016 par rapport à 1976-2005, augmentation) ; température de surface de la mer (3 jeux de données, 1850-2016 par rapport à 1976-2005, augmentation) ; niveau de la mer (4 jeux de données, 1880-2014 par rapport à 1996-2005, augmentation) ; température troposphérique (5 jeux de données, 1958-2016 par rapport à 1981-2005, augmentation) ; la teneur en chaleur des océans, 700 m supérieurs (5 jeux de données, 1950-2016 par rapport à 1996-2005, augmentation) ; humidité spécifique (4 jeux de données, 1973-2016 par rapport à 1980-2003, augmentation) ; couverture de neige de l'hémisphère nord, mars-avril et annuelle (1 jeu de données, 1967-2016 par rapport à 1976-2005, diminution) ; étendue de la glace de mer arctique, septembre et annuel (1 jeu de données, 1979-2016, diminution) ; bilan massique cumulatif des glaciers (1 jeu de données, 1980-2016, diminution). Plus d'informations sur les ensembles de données peuvent être trouvées dans les métadonnées d'accompagnement. (Source des chiffres : NOAA NCEI et CICS-NC, mise à jour de Melillo et al., 2014, Blunden et Arndt 2016).
Le panneau A montre les anomalies annuelles de la température moyenne par rapport à une ligne de base de 1901-1960 pour la température de surface moyenne mondiale et la température troposphérique moyenne mondiale. La variabilité à court terme se superpose à un signal de réchauffement à long terme, notamment depuis les années 1960. Le panneau B montre la tendance linéaire de périodes chevauchantes courtes (12 ans) et plus longues (25 ans) tracées au moment du centre de la période de tendance. Pour la période plus longue, les tendances sont positives et presque constantes depuis environ 1975. Le panneau C montre l'indice annuel moyen d'oscillation décennale du Pacifique (PDO). Les tendances de température à court terme montrent une tendance marquée à être plus faible pendant les périodes d'indice PDO généralement négatif, indiqué par l'ombrage bleu. (Source des données : adapté et mis à jour de Trenberth 2015 et Santer et al., 2017, panneau B, © American Meteorological Society.) Utilisé avec permission.
Comparaison des anomalies de température moyenne globale (°F) des observations (jusqu'en 2016) et de l'ensemble multimodèle CMIP5 (jusqu'en 2016), en utilisant la période de référence 1901-1960. L'ensemble multimodèle CMIP5 (gamme orange) est construit à partir des données de température de surface mélangée (régions océaniques) et de température de l'air de surface (régions terrestres) des modèles, masquées lorsque les observations ne sont pas disponibles dans l'ensemble de données GISTEMP. L'importance de l'utilisation de données de modèles mixtes est présentée dans Richardson et al. La courbe orange solide et épaisse est la moyenne de l'ensemble du modèle, formée à partir de l'ensemble sur 36 modèles des moyennes d'ensemble du modèle individuel. La région ombrée montre la gamme d'écart-type +/- deux des moyennes annuelles des membres de l'ensemble des 36 modèles CMIP5. Les lignes pointillées montrent la gamme des valeurs maximales et minimales pour chaque année parmi ces membres de l'ensemble. Les sources des trois indices d'observation sont: HadCRUT4.5 (rouge) : metoffice.gov.uk ; NOAA (noir) : ncdc.noaa.gov ; et GISTEMP (bleu) : https://data.giss.nasa.gov/pub/gistemp/gistemp1200_ERSSTv4.nc. (NOAA et HadCRUT4 téléchargés le 15 février 2017 ; GISTEMP téléchargé le 10 février 2017). (Source des données : adapté de Knutson et al., 2016).
Reconstitutions de températures par proxy pour les sept régions du réseau PAGES 2k. Les anomalies de température sont relatives à la période de référence 1961-1990. Si ce graphique était tracé par rapport à 1901-1960 au lieu de 1961-1990, les changements de température augmenteraient de 0,27°F (0,47°F). Les lignes grises autour des estimations de la valeur attendue indiquent des plages d'incertitude telles que définies par chaque groupe régional (voir PAGE 2k Consortium et Informations supplémentaires connexes). Notez que les changements de température au cours du dernier siècle ont tendance à se produire à un rythme beaucoup plus rapide que les périodes précédentes. Les valeurs bleu turquoise sont tirées du registre d'observation de surface HadCRUT4 pour les terres et les océans des années 1800 à 2000.
(Source des données : adapté du PAGES 2k Consortium 2013).
Changements dans la température de l'hémisphère Nord à partir des observations de surface (en rouge) et des proxies (en noir, plage d'incertitude représentée par l'ombrage) par rapport à la température moyenne de 1961-1990. Si ce graphique était tracé par rapport à 1901-1960 au lieu de 1961-1990, les changements de température seraient supérieurs de 0,47°F (0,26°C). Ces analyses suggèrent que les températures actuelles sont plus élevées que celles observées dans l'hémisphère Nord, et probablement au niveau mondial, au moins au cours des 1700 dernières années, et que la dernière décennie (2006-2015) a été la décennie la plus chaude jamais enregistrée. (Source des données : adapté de Mann et al., 2008).

Y a-t-il eu un "hiatus" dans le réchauffement climatique?
Ce qu'on appelle le « hiatus de réchauffement climatique » : Depuis NCA3, de nombreuses études ont étudié les causes du ralentissement signalé de l'augmentation de la température moyenne mondiale près de la surface d'environ 2000 à 2013. Le ralentissement, qui s'est terminé avec la chaleur record 2014-2016, semble avoir été causé par une combinaison de variabilité interne, principalement dans l'échange de chaleur entre l'océan et l'atmosphère, et par des variations à court terme des facteurs de forçage externes, tant humains que naturels. Sur des échelles temporelles plus longues, pertinentes pour le changement climatique induit par l'homme, il n'y a pas de hiatus, et la planète continue de se réchauffer à un rythme soutenu comme le prédisent la physique atmosphérique fondamentale et l'augmentation bien documentée des gaz piégeant la chaleur.


A suivre dans un prochain billet.




Chapitre 2: Les facteurs physiques du changement climatique


Chapitre 3: Détection et attribution des changements climatiques


Chapitre 4: Modèles climatiques, scénarios et projections



Chapitre 5: Circulation à grande échelle et variabilité climatique




Chapitre 6: Changements de température aux États-Unis




Chapitre 7: Changement de précipitations aux États-Unis



Chapitre 8: Sécheresses, inondations et feux de forêt



Chapitre 9: Tempêtes extrêmes


Chapitre 10: Changements dans la couverture terrestre et la biogéochimie terrestre


Chapitre 11: Les changements dans l'Arctique et leurs effets sur l'Alaska et le reste des États-Unis


Chapitre 12: Hausse du niveau de la mer


Chapitre 13: Acidification des océans et autres changements océaniques


Chapitre 14: Perspectives sur l'atténuation du changement climatique


Chapitre 15: Surprises potentielles: Combinaisons extrêmes et éléments de basculement



Annexe A: Jeux de données d'observation utilisés dans les études sur le climat

Annexe B: Stratégie de pondération du modèle


Annexe C: Méthodologies de détection et d'attribution



mercredi 8 novembre 2017

Le point de vue des assureurs

Le New York Times, dans un article intitulé A Broke, and Broken, Flood Insurance Program (Un programme d'assurance en faillite, et en morceaux), nous conte les déboires des assurés Américains qui, de plus en plus, ne parviennent pas à se faire rembourser correctement leurs sinistres liés aux inondations dans ce doux pays que sont les USA (vous savez, ce pays où les armes circulent en grandes quantités et sont censées "protéger" les citoyens, du moins si l'on en croit monsieur Trump...)

L'article commence d'ailleurs très fort :
  • In August, when Hurricane Harvey was bearing down on Texas, David Clutter was in court, trying one more time to make his insurer pay his flood claim — from Hurricane Sandy, five years before.
    • En août, alors que l'ouragan Harvey s'abattait sur le Texas, David Clutter était au tribunal, tentant une fois de plus de faire payer à son assureur sa demande d'inondation, suite à l'ouragan Sandy, cinq ans auparavant.
La raison des problèmes des nombreux "David Clutter" (plus de 5 millions de ménages aux USA...) tient essentiellement au fait que les assureurs privés  refusent de couvrir les dégâts liés aux inondations, et c'est donc au secteur public qu'échoit la charge d'opérer ce genre de remboursement, via le National Flood Insurance Program (Programme national d'assurance contre les inondations) créé en 1968 ; ce programme oblige en principe les emprunteurs à s'assurer contre les risques d'inondations, les propriétaires ayant remboursé leurs emprunts étant donc libres de s'assurer ou non.

Pour diverses raisons (expliquées dans l'article de Wikipédia) les habitations dans les zones à risques sont davantage susceptibles d'être occupées par des personnes à bas revenus ou des infirmes ; par ailleurs, le Gouvernement subventionne et donc encourage ces habitants à résider dans ces zones à risques, ce qui entraine :
  • [...] properties that flooded 17 or 18 times that were still covered under the federal insurance program" without premiums going up.
    • [...] des propriétés qui ont été inondées 17 ou 18 fois et qui étaient toujours couvertes par le programme fédéral d'assurance «sans augmentation des primes».
Le problème est donc tout simplement que le programme en question se retrouve...en faillite, comme le précise le NYT :
  • The government-run National Flood Insurance Program is, for now, virtually the only source of flood insurance for more than five million households in the United States. This hurricane season, as tens of thousands of Americans seek compensation for storm-inflicted water damage, they face a problem: The flood insurance program is broke and broken.
    • Le programme national d'assurance contre les inondations, géré par le gouvernement, est pour l'instant la seule source d'assurance contre les inondations pour plus de cinq millions de foyers aux États-Unis. Cette saison des ouragans, alors que des dizaines de milliers d'Américains demandent à être indemnisés pour les dégâts causés par les tempêtes, ils font face à un problème : le programme d'assurance contre les inondations est en faillite (broke) et brisé (broken).
  • The program, administered by the Federal Emergency Management Agency, has been in the red since Hurricane Katrina flooded New Orleans in 2005. It still has more than a thousand disputed claims left over from Sandy. And in October, it exhausted its $30 billion borrowing capacity and had to get a bailout just to keep paying current claims.
    • Le programme, administré par l'Agence fédérale de gestion des urgences, est dans le rouge depuis que l'ouragan Katrina a inondé la Nouvelle-Orléans en 2005. Il reste encore plus d'un millier de revendications contestées provenant de Sandy. Et en octobre, il a épuisé sa capacité d'emprunt de 30 milliards de dollars et a dû obtenir un plan de sauvetage juste pour continuer à payer ses demandes d'indemnisation actuelles.
Un graphique présenté par le NYT est particulièrement éloquent :

By The New York Times | Source: Federal Emergency Management Agency. Note: Paid flood loss claims for 2017 are estimated.


La hausse des sinistres est bien connue et sans surprise : 
  • [...] relentless coastal development and the increasing frequency of megastorms [...]
    • [...] un développement côtier implacable et la fréquence croissante des méga tempêtes [...]
Le « développement côtier » est bien sûr à 100% de la responsabilité des hommes, quant à « la fréquence croissante des méga tempêtes » si le taux n'est pas de 100% il en est très proche.

Je passe sur les détails techniques du système d'assurance tel qu'il est actuellement et tel qu'il est envisagé pour remédier aux problèmes de bouclage financier, ce n'est pas vraiment le sujet de mon billet, ce qui est plus intéressant est de savoir ce que pensent les assureurs du risque climatique.

Les assureurs, et peut-être plus encore les réassureurs qui assurent les assureurs, ne sont pas par nature des petits plaisantins, ce sont des gens qui ont le souci de bien évaluer les risques, c'est leur métier, et en cela ils sont assez imperméables à toute tentative d'enfumage, même si bien sûr il peut leur arriver de commettre des erreurs, qui n'en commet pas ?

Ils dépensent d'ailleurs beaucoup d'argent, non pour soudoyer quelques scientifiques afin qu'ils leur disent ce qu'ils voudraient éventuellement entendre (ce qui serait ridicule de leur part), mais pour s'assurer (sans jeu de mot) que les risques qu'ils prennent en assurant des individus ou des entreprises ne sont pas susceptibles de leur faire couler la baraque.

Les assureurs ne sont ni philanthropes, ni joueurs de casino, ce sont des personnes rationnelles qu'on peut critiquer parce qu'ils nous prennent notre argent et se font parfois attendre avant de nous rembourser, mais en aucun cas ce ne sont des crétins qui cèderaient à une quelconque "religion du climat" afin par exemple de justifier une augmentation de leurs primes ; le fait que les assureurs privés rechignent à couvrir les inondations (aux USA) et que l'agence fédérale qui le fait se retrouve en grande difficulté tendrait plutôt à prouver que soit les primes ne sont pas assez élevées, soit les remboursement sont trop élevés, soit les deux mon capitaine.

Pour information, voici, pour les années 2003 à 2016, les bénéfices distribuables aux actionnaires, en millions de dollars, de la société Zurich :
Vous pouvez de votre côté faire le même exercice et trouver les bénéfices distribuables de la société d'assurance de votre choix, puis me dire si vous voyez une augmentation "anormale" desdits résultats.

Pour Zurich on constate une augmentation franche de 2003 à 2007, puis une chute les années suivantes, avec des dents de scie et une année noire, 2015.

Cela nous montre que les sociétés d'assurance, si elles augmentent parfois leurs primes, ont également des remboursements accrus du fait de risques eux-mêmes en augmentation ; prenons l'exemple des voitures dont les primes peuvent augmenter plus vite que l'inflation, mais dont les réparations coûtent de plus en plus cher, leur sophistication et l'électronique embarquée y étant probablement un peu pour quelque chose ; pour les inondations on peut penser qu'il en est de même, davantage de monde sur des zones qui sont de plus en plus à risque à cause d'événements climatiques de plus en plus violents, cela ne peut entrainer qu'une augmentation des remboursements de sinistres.

Les assureurs font un peu comme le système climatique qui tente de trouver un équilibre entre les entrées et les sorties ; pour les assureurs si les sorties l'emportent sur les entrées leur bénéfice baisse ; pour le système climatique si davantage de chaleur y entre par rapport à ce qui en sort cela ne peut que se traduire par une augmentation des températures, qui entraine une augmentation du niveau des mers provoquant des ondes de tempêtes plus fortes, ainsi qu'une augmentation de la quantité d'eau contenue dans l'air, le tout contribuant à augmenter les dommages causés aux populations qui s'agglomèrent de plus en plus dans les zones à risques.

Un passage de l'article du NYT nous donne deux sources intéressantes :
  • Environmental groups, though, argue it’s worse to repeatedly repair doomed houses on flood-prone sites as oceans warm and sea levels rise. The Natural Resources Defense Council argues that the flood-insurance program should buy such properties so the owners can move somewhere safer.
    • Les groupes environnementaux, cependant, font valoir qu'il est pire de réparer à plusieurs reprises des maisons condamnées sur des sites sujets aux inondations alors que les océans se réchauffent et que le niveau de la mer augmente. Le Conseil de défense des ressources naturelles soutient que le programme d'assurance contre les inondations devrait acheter ces biens immobiliers afin que les propriétaires puissent se déplacer quelque part en toute sécurité.
Le premier lien cité renvoie sur un document à l'attention des réassureurs intitulé Warming of the Oceans  and Implications for  the (Re)insurance Industry (Réchauffement des océans et conséquences pour l'industrie de la (ré) assurance) et produit par The Geneva Association.

Dans l'introduction on peut notamment lire :
  • There is now evidence that, over recent decades, the climate has changed and we have already reached a “new normal” for many climate-and weather-based (extreme) indices (IPCC, 2012). Even former “sceptics” of climate change have started to admit that global warming is detectable and that it is most likely attributable to human emissions of greenhouse gases (GHG) (Muller, 2012). In fact, this is true not only for the land surface of our planet, but also for the globalocean.
    • Il y a maintenant des preuves que, au cours des dernières décennies, le climat a changé et nous avons déjà atteint une «nouvelle normalité» pour de nombreux indices climatiques- et météo- extrêmes (GIEC, 2012). Même les anciens «sceptiques» du changement climatique ont commencé à admettre que le réchauffement climatique est détectable et qu'il est très probablement attribuable aux émissions humaines de gaz à effet de serre (GES) (Muller, 2012). En fait, cela est vrai non seulement pour la surface terrestre de notre planète, mais aussi pour l'océan mondial.
Il faut croire que certains "sceptiques" du changement climatique ne sont toujours pas convaincus, mais passons...

Je ne ferai pas un résumé du document, qui comporte une trentaine de pages, mais je montrerai quelques graphiques, selon le principe bien connu du dessin qui vaut mieux qu'un long discours.

Time series of monthly mean temperature abnormally above the 14oC isotherm (blue) and 220  (orange) for (a) Global Ocean, (b) Atlantic Ocean, (c) Pacific Ocean, and (d) Indian Ocean. The thick lines show these data after a 5-year low-pass filter has been applied. These data have been selected to have identical geographical coverage for the 14oC and 220m analyses. Also shown are the annual temperature anomalies with error bars (black) for the upper 300m of the Global Ocean (L05). Source: Palmer et al., 2007
A number of observation-based estimates of annual ocean heat content anomaly for the 0-700 m layer. Differences among the time series arise from: input data; quality control procedure; gridding and infilling methodology (what assumptions are made in areas of missing data); bias correction methodology; and choice of reference climatology. Anomalies are computed relative to the 1955–2002 average. Source: Palmer et al., 2010.

The global sea-level budget from 1961 to 2008. (a) The observed sea level using coastal and island tide gauges and (b) observed sea level and the sum of components.
 Source: Church et al., 2011.
Catastrophes climatiques dans le monde - nombre d'événements et tendance.
Catastrophes climatiques dans le monde - pertes totales (en vert) et assurées (en bleu) avec tendances.

Alors que penser de ces graphiques qui semblent montrer une assez nette corrélation entre augmentation des températures, augmentation de la chaleur contenue dans les océans, augmentation du niveau des mers, augmentation des événements climatiques extrêmes et augmentation des pertes engendrées ainsi qu'assurées ?

Est-ce que cette Geneva Association se permettrait de fournir aux réassureurs des documents trafiqués, et dans quel objectif si c'était le cas ?

Et si tout simplement ces documents représentaient la dure réalité à laquelle nous allons faire face ? A savoir que nous devons nous attendre à davantage d'événements extrêmes et donc à davantage de problèmes pour assurer les dégâts qu'ils vont causer (du moins on peut s'inquiéter sérieusement pour les Américains, enfin, les Américains les moins riches, c'est-à-dire ceux qui vont également se multiplier dans le futur...)


Le deuxième document mentionné par le NYT, paru en juillet de cette année et intitulé Seeking high ground: how to break the cycle of repeated flooding with climate-smart flood insurance reforms (À la recherche d'un terrain d'entente : comment briser le cycle des inondations répétées grâce à des réformes intelligentes de l'assurance contre les inondations liées au climat), rappelle les défauts du système Américain :
  • The National Flood Insurance Program (NFIP) was designed to help Americans recover from flood disasters, but it can also unintentionally trap homeowners who would prefer to move somewhere safer. Instead of moving, many policyholders find themselves rebuilding their homes again and again. Across the United States, more than 30,000 “severe repetitive loss properties” (SRLPs) have been covered under the NFIP. These properties have flooded an average of five times, according to FEMA data acquired by NRDC through a Freedom of Information Act request.
    • Le National Flood Insurance Program (NFIP) a été conçu pour aider les Américains à se remettre des inondations, mais il peut également involontairement piéger les propriétaires qui préfèreraient se déplacer quelque part en toute sécurité. Au lieu de déménager, de nombreux preneurs d'assurance se trouvent contraints à reconstruire leur maison encore et encore. À travers les États-Unis, plus de 30 000 «pertes répétitives sévères» (SRLP) ont été couvertes par le NFIP. Ces propriétés ont été inondées en moyenne cinq fois, selon les données FEMA récupérées par le NRDC à travers une demande de Freedom of Information Act.
Mais le plus intéressante, pour notre propos, c'est ce tableau (dans lequel il faudrait rajouter les données de 2017...) :

Tempêtes ayant causé des pertes catastrophiques pour le NFIP.
Mais aussi et surtout cette carte :

The top states, ranked by both the number of properties and total damages, are Louisiana (7,223 properties, $1.22 billion in damages),  Texas (4,889 properties, $0.96 billion), New Jersey (3,246 properties, $0.66 billion), New York (1,802 properties, $0.40 billion),  Florida (1,601 properties, $0.37 billion), and Missouri (1,526 properties, $0.19 billion).

Cette carte devrait rappeler des souvenirs à certains de mes lecteurs, car elle ressemble étrangement à ce que j'avais montré dans mon billet du 10 août dernier, Il parait qu'il va faire froid... ; comme par hasard les régions présentant les plus fortes anomalies de températures (côte sud-est) sont très proches de celles qui sont le plus exposées aux événements extrêmes, mais ce ne peut être qu'un hasard, n'est-ce pas monsieur BenHague ?


Je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne je fais davantage confiance dans ce genre de documents que dans les élucubrations de deux énergumènes pérorant sur une radio de seconde zone.

Mais il est vrai qu'il est plus facile d'impressionner des endoctrinés qui ont la fainéantise de ne pas vérifier ce qu'on leur raconte plutôt que d'argumenter en citant les sources de ce qu'on avance.

Vous remarquerez que j'ai cité toutes les sources, qu'elles proviennent d'études revues par les pairs, ou qu'elles émanent d'organisations qu'il est difficile de suspecter de "religiosité ou de marxisme"...

A moins bien sûr de considérer que les assureurs et tous les chercheurs du monde entier fassent partie d'une vaste conspiration, après tout pourquoi pas ?





lundi 6 novembre 2017

François Gervais et Benoit Rittaud sont fâchés avec les mathématiques !

Aussi incroyable que cela puisse paraître François Gervais et Benoit Rittaud commettent une erreur de débutant, une erreur que l'ont peut encore faire au lycée mais impardonnable pour un étudiant en licence de mathématiques ou de gestion ; et que dire de deux éminents scientifiques dont l'un se targue d'être mathématicien...

Dans mon précédent billet j'avais évoqué l'entretien, entre ces deux éminents membres du comité scientifique (sic) du Collectif des climato-irréalistes, qui a eu lieu le 20 octobre dernier sur Temporium radio, titré Eloge du CO2, et dont on peut tirer ce court extrait (le reste est du même acabit, nul besoin de s'éterniser et perdre son temps) :
  • à 2:50 : [...] le taux, la concentration de gaz carbonique dans l'air a augmenté, parce qu'on brûle du pétrole, du charbon, des gaz naturels, c'est vrai, mais elle a augmenté de combien ? De 0,03% à 0,04%, en un siècle... Alors est-ce que cette augmentation de 0,01% [...]
C'est François Gervais qui parlait, et Benoit Rittaud n'est pas intervenu pour rectifier la grossière erreur de mathématique commise par son copain, peut-être pour ne pas le gêner, peut-être parce que lui-même, Benoit Rittaud, mathématicien de son état, n'a même pas relevé cette erreur évidente pour quelqu'un comme moi qui n'a jamais trop aimé les chiffres, bien qu'il en ait fait son métier...

Le calcul est pourtant fort simple : (0,04 - 0,03) / 0,03 = +33,33%, ou +0,01 point de pourcentage.

Confondre un point de pourcentage supplémentaire avec une augmentation en pourcentage est je pense très mal noté dans un devoir d'économie, la science dans laquelle on trouve probablement le plus de références de ce genre (variations du PIB, de l'inflation, de la dette, du chômage, etc.), mais il faut croire qu'en mathématiques on ne connaît pas la notion de point, cependant chacun remarquera qu'il y a quand même un gouffre entre +0,01% et +33,33%, on ne parle tout simplement pas de la même chose.

De là à penser que ce qu'a dit François Gervais et a été avalisé par Benoit Rittaud était voulu, afin d'imprégner dans l'esprit de l'auditeur l'idée que la hausse du taux de CO2 était insignifiante, il y a un pas que je n'hésite pas à franchir, doutant fortement de l'incompétence de nos deux compères.

On remarquera également la subtilité d'utiliser des pourcentages en lieu et place des parties par millions (ppm), cela permet d'abord de faire des arrondis faciles (de 0,03% au lieu de 0,028%, à 0,04% au lieu de 0,040447% au 4/11/2017) ; en vérité, si l'on utilise les valeurs correctes, en ppm donc, on obtient une hausse de (404,47 - 300) / 300 = +34,82%, en prenant comme point de départ le naufrage du Titanic, alors que le taux pré-industriel était plus proche de 280ppm (ce qui nous donnerait alors quelques 44% d'augmentation...)

Source Graphic  NOAA Annual Greenhouse Gas Index (AGGI)

Ainsi pour François Gervais et Benoit Rittaud la courbe bleue qui monte quasiment comme une fusée représente une augmentation de 0,01%...

Ou comment prendre les gens pour des crétins (oui je sais, je me répète)





Climato-surréalisme

  • A partir du moment ou on comprend qu il ne s agit pas d un phenomene scientifique, economique ou politique mais de l emergence d une religion au sens litteral du terme avec ses dogmes, ses mythes, ses saints et ses pretres alors tout s eclaire ..
    Un clergé se met en place et des liens se mettent en place avec les pouvoirs et contre pouvoirs existants ….
L'auteur de ces lignes se reconnaitra, il fréquente régulièrement mon blog et se permet ce genre de divagations sur un site dont je ne donnerai pas la source de manière à lui éviter davantage le ridicule ; cependant s'il souhaite se dénoncer qu'il le fasse donc, dans les commentaires, mais je lui conseillerais de faire profil bas, car même si le ridicule ne tue pas, à ce qu'on dit, trop s'exposer à lui n'est pas franchement malin, l'Internet a de la mémoire et tout ce qui s'y lit est appelé à rester public pendant un "certain" temps.

Mais il y a mieux que de comparer la climatologie à une religion avec « ses dogmes, ses mythes, ses saints et ses prêtres », il y a ceci qu'on peut lire dans un mémorable Entretien avec István Markó où l'on voit un présumé journaliste faire les questions et en même temps donner les réponses pour ne demander à son interlocuteur que de simples confirmations :
  • Grégoire Canlorbe : L’activisme climatique passe pour le cheval de Troie du Marxisme, une manière pour ses adeptes d’avancer masqués, dans la sempiternelle guerre sainte que le Marxisme réclame en vue d’établir le totalitarisme communiste. Pourtant, ce fut bien Margaret Thatcher, égérie du libéralisme conservateur, qui donna le coup d’envoi au GIEC. Comment vous l’expliquez-vous ?
Et bien sûr la réponse de l'intéressé qui fuse :
  • István Markó : Plus précisément, Margaret Thatcher, quoique chimiste de formation et donc consciente du caractère mensonger d’une telle allégation, a été la première à avancer l’excuse du problème climatique posé par le CO2 pour parvenir à ses fins politiques. [...]
On s'y perd un peu, la climatologie est-elle une nouvelle religion, ou un stratagème marxiste de l'ex-URSS, ou encore une dérive du libéralisme issu de l'ère Thatcher ?

Il est d'ailleurs comique de voir la science climatique positionnée dans les camps religieux et libéral dans lesquels le climatoscepticisme se vautre ostensiblement, mais il est aussi cocasse de la voir située en même temps derrière le rideau de fer, comme si Lénine, Mao ou Castro, on ne sait pas trop qui en fait, avaient imaginé que faire croire au monde que les températures montaient dangereusement était le meilleur moyen de mieux l'asservir.

Alors que penser de l'article paru dans RealClimate et intitulé El Niño and the record years 1998 and 2016 (El Niño et les années record 1998 et 2016) ?

Nous y voyons tout d'abord une courbe des anomalies de températures depuis 1880 avec une estimation plaçant 2017 en 2ème ou 3ème position parmi les années les plus chaudes :


Gavin Schmidt : With update thru September, ~80% chance of 2017 being 2nd warmest yr in the GISTEMP analysis (~20% for 3rd warmest).

Gavin Schmidt, au passage, montre à un de ses commentateurs "sceptiques" le graphique suivant :


Evolution des températures depuis plus de 20000 ans et projection jusqu'en 2100.

Mais revenons à l'article de RealClimate qui évoque spécifiquement les deux Niños de 1998 et 2016, avec ce graphique qui les distingue :


Fig. 1 GISTEMP global temperature data, in 12-months running average (anomalies relative to the first 30 years). The data are available monthly and averaging over 12 months removes a considerable amount of month-to-month ‘noise’. Showing only calendar-year averages would lose some information – e.g. it would only fully show peaks in temperature if by chance the maxima aligned with the calendar year.

Plus intéressant encore, celui-ci qui zoome sur les deux phénomènes :

Fig. 2 The two El Niño peaks in global temperature from Fig. 1, zoomed in and overlayed by shifting the 2016 peak back in time by 14 years and down by 0.4 °C. The darker red curve is the 2016 peak, as in Fig. 1.

Comme il est dit dans la légende, le Niño de 2016 a été superposé sur celui de 1998 et a donc été "bougé" de 18 années vers la gauche et de 0,4°C vers le bas ; on peut ainsi remarquer leur similitude, avec néanmoins une différence notable, c'est que celui de 2016 tarde à se refroidir, contrairement à celui de 1998 qui avait franchement piqué du nez...

Stefan Rahmstorf, l'auteur de l'article, ne tire pas de conclusion hâtive et se garde bien d'en déduire qu'il y aurait accélération du réchauffement climatique, car les périodes en question sont trop courtes pour tirer des conclusions sur le long-terme, cependant il nous oblige à constater qu'il n'y a de toute évidence pas de signe que le réchauffement se ralentisse en regardant ces courbes, contrairement à ce que l'on peut lire dans la presse climatosceptique chez les usual suspects (le réchauffement serait en pause depuis 20 ans)

Alors je me pose quelques questions que l'auteur du commentaire mentionné en tête de ce billet devrait se poser s'il était moins conditionné par son idéologie et ses croyances qu'il projette volontiers sur les autres.

D'abord, les courbes ci-dessus sont soit justes soit fausses, il n'y a guère de place pour un "juste milieu", elles ne peuvent être justes à 50% et fausses à 50% (ou avec n'importe quelle autre proportion) ; si elles sont justes, alors cela veut dire qu'il faut vraiment s'inquiéter (contrairement à Benoit Rittaud et François Gervais qui nous font benoitement et franchement l'éloge du CO2 sur Temporium radio) car si l'on fait un calcul bête et méchant 0,4°C sur 18 ans cela nous donne 2,22°C sur un siècle, donc plus de 3°C entre 1880 et 2100, et cela sans compter avec une fort possible accélération due à de vilaines rétroactions positives ; par contre si elles sont fausses alors d'autres questions émergent immédiatement.

Si elles sont fausses il y a là-aussi une alternative avec essentiellement deux choix possibles sans autres possibilités autrement que marginales : soit les climatologues sont sincères, et alors ce sont des crétins incompétents qui ne savent pas calculer ni estimer correctement et nous induisent en erreur avec leurs catastrophiques prédictions ;  soit ces mêmes climatologues sont parfaitement compétents mais nous mentent en trafiquant leurs données et en manipulant les résultats afin de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ; il est possible et même probable qu'il y ait également des climatologues à la fois incompétents et mensongers, mais à mon avis il s'agit d'une petite minorité non significative, car on ne trouvera pas beaucoup de scientifiques capables de salir leur nom pour la postérité en falsifiant leurs travaux, et quand ils le font ils se font démasquer tôt ou tard, ils le savent tous à moins d'être totalement inconscients en pensant que personne ne se rendra compte de leurs turpitudes.

Cela m'amène donc à me demander, dans l'hypothèse où les climatologues seraient des tricheurs, pourquoi prendraient-ils donc le risque de tromper le monde en produisant des travaux qui montreraient des courbes falsifiées ?

A ceci s'ajoute le fait qu'il faudrait une conspiration internationale des scientifiques afin de montrer partout sur la planète des résultats quasi identiques, car tous les organismes donnent des hausses de températures du même ordre :

Figure 2 Trends in global temperature according to changepoint analysis. Included data sets are NASA GIStemp, NOAA, HadCRUT4, Cowtan and Way, and Berkeley Earth. Source iopscience

Cela fait beaucoup de monde qui soit est incompétent, soit nous trompe sans vergogne...

Mais encore une fois si l'on nous trompe, pourquoi ?

En fait il faut se poser deux questions :
  1. Pour quelle raison nous faire croire que les températures augmentent dangereusement ?
  2. Qui financerait tous ces scientifiques fraudeurs ?
Pour la première question je n'ai aucune réponse valable, puisque à part l'argent je ne vois pas ce qui motiverait un scientifique pour truquer ses recherches et faire croire quelque chose qui n'existe pas ; et de l'argent il en faudrait beaucoup pour corrompre autant de scientifiques...

Mais si on se focalise sur la deuxième question, liée donc à l'argent qui servirait à acheter les chercheurs pour leur faire dire n'importe quoi, on peut quand même s'étonner du comique de la situation et éclater au final d'un grand éclat de rire.

Car qui serait susceptible de financer les Jouzel, Mann, Rahmstorf, Schmidt ou Emanuel, entre autres (je ne vais pas tous les citer) ?

Les écolos ?

Quand on voit le score des écolos un peu partout dans le monde, l'idée qu'ils puissent avoir le moindre impact, idéologique ou financier, nous arrache un sourire narquois.

Certaines organisations non gouvernementales comme Greenpeace ?

Pour information, le budget annuel de Greenpeace pour 2016 était de 342 millions d'euros.

Comparons ce budget avec le chiffre d'affaires et le bénéfice de certains grands groupes dédiés aux "fossiles" :
  • Exxon Mobil : en 2016, CA de 205 milliards (pas millions...) de dollars et bénéfice de 7,8 milliards (pas millions...) de dollars ;
  • British Petroleum : en 2015 CA de 226 milliards de dollars et perte de 6,5 milliards de dollars (mais en 2009 les bénéfices étaient de 16,6 milliards de dollars) ;
  • Shell : en 2016 CA de 240,2 milliards de dollars et bénéfice de 4,6 milliards de dollars ;
  • Total : en 2015 CA de 143,4 milliards de dollars et bénéfice de 5 milliards de dollars.
Ce ne sont que quelques exemples, pris dans le classement des 25 plus grands groupes mondiaux, sachant que leurs dépenses de lobbying et leurs cotisations à divers organismes destinés à les défendre sont incluses dans leurs charges d'exploitation, donc que les bénéfices mentionnés sont nets et en grande partie distribuables à leurs actionnaires.

L'important ici n'est pas de donner avec précision les résultats financiers de chacun de ces groupes, on pourrait en faire l'historique et on en arriverait toujours à la même conclusion, à savoir que les montants en jeu du côté des industriels des "fossiles" sont immensément plus grands que les maigres ressources dont disposerait n'importe quelle ONG pour financer une armée de scientifiques afin que ceux-ci, comme un seul homme (pas d'écriture inclusive sur mon blog...), produisent les résultats qu'on leur demanderait de produire.

Je ne suis personnellement au courant que d'un seul cas de financement avéré d'un scientifique qui avait été mandaté par ses mécènes afin de conclure dans le sens qui leur plaisait, il s'agit de Willie Soon ; circonstance aggravante, celui-ci avait "omis" de mentionner ses conflits d'intérêts.

Mais d'autres "marchands de doutes" sont notoirement financés pour désinformer le public, tels Anthony Watts, Fred Singer ou encore Christopher Monckton ou Marc Morano.

Par contre je n'ai pas connaissance que des climatologues acceptant les conclusions du GIEC (normal, puisqu'ils en sont à l'origine !) soient financés par des ONG telles que Greenpeace, ou par des partis politiques d'obédience écologique (ou écologiste) ou communiste ; et encore moins libérale...

Quant à supposer que le Vatican financerait le GIEC... C'est vrai qu'il en aurait les moyens, et c'est peut-être ce que croit (du verbe croire, pas penser) notre commentateur éclairé mentionné au début.