La fumeuse Association des Climato (ir)Réalistes, enfant du non moins fumeux mathématimancien Benoit Rittaud, a encore frappé fort avec Pourquoi les prophètes du changement climatique ne parviennent-ils pas à distinguer une observation (« Il fait chaud ») de son explication (« Pourquoi fait-il chaud ? ») ?, en se contentant de retweeter un site anglais qui inclut dans son nom le mot "science" alors qu'il n'a aucun échantillon de science à présenter à ses lecteurs. Déjà le début de l'article (voir ici) nous informe de ce qui va suivre :
Nobody denies that it's warm, and it might even get warmer. We live in an interglacial period, ffs.
Personne ne nie qu'il fait chaud, et il se pourrait même qu'il fasse encore plus chaud. On vit dans une période interglaciaire, bon sang.
On comprend immédiatement que l'auteur du texte imagine que s'il fait de plus en plus chaud c'est uniquement parce que, je le cite, « On vit dans une période interglaciaire », autrement dit le réchauffement est entièrement naturel, bordel (traduction alternative de ffs) !
Comme la loi de Brandolini me conseille de ne pas trop perdre de temps à répondre à des âneries qui ont été maintes fois réfutées, je préfère laisser à une IA, Perplexity en l'occurence, le soin de répondre avec arguments à l'appui.
*****
Le texte cité se présente comme une critique du consensus scientifique sur le changement climatique. À première lecture, il peut sembler rigoureux, car il distingue l’observation d’un phénomène de son explication. Mais cette apparente prudence se dissout rapidement dans une série d’erreurs factuelles, de raccourcis logiques et de procédés rhétoriques qui donnent une fausse impression de rationalité. Or, les grandes conclusions de la science du climat sont aujourd’hui très solides : le réchauffement est réel, il est principalement dû aux activités humaines, et l’augmentation du CO2 en est un moteur majeur (IPCC, Climate Change 2023: Synthesis Report, 2023 ; NOAA Climate.gov, « Climate change: atmospheric carbon dioxide », 2025).
Observation et explication
Le texte a raison sur un point de méthode : constater qu’il fait plus chaud n’est pas encore expliquer pourquoi. Mais il transforme aussitôt cette distinction en insinuation trompeuse, comme si aucune explication robuste n’existait. En réalité, l’attribution du réchauffement ne repose pas sur une simple corrélation, mais sur la convergence de plusieurs lignes de preuve : physique de l’effet de serre, observations satellitaires, mesures atmosphériques, reconstructions paléoclimatiques et études d’attribution. Le GIEC conclut explicitement que l’influence humaine a réchauffé l’atmosphère, l’océan et les continents, et que les concentrations de gaz à effet de serre observées aujourd’hui sont principalement dues aux activités humaines depuis 1750 (Evolving Assessments of Human and Natural Contributions to Climate Change).
Le mythe de la saturation
L’argument selon lequel le CO2 serait déjà « saturé » est l’un des plus fréquents dans les discours climatosceptiques, mais il est scientifiquement inexact dans sa version simplifiée. Oui, certaines bandes d’absorption sont fortes au centre, mais l’ajout de CO2 continue d’augmenter l’effet de serre en agissant sur les ailes des bandes d’absorption et sur l’équilibre radiatif global. Une synthèse de la NOAA rappelle que le CO2 est le principal gaz à effet de serre de longue durée de vie et que l’ajout de CO2 renforce l’effet de serre naturel (ON THE SATURATION OF GREENHOUSE EFFECT DUE TO ATMOSPHERIC CARBON DIOXIDE).
Le rôle humain
Le texte cherche aussi à minimiser la responsabilité humaine en s’appuyant sur une formulation du type « 4% de 0,04% ». Ce raisonnement est trompeur, car le climat dépend de flux et d’équilibres radiatifs, pas d’un simple pourcentage brut dans l’atmosphère. NOAA indique que le CO2 explique à lui seul une part majeure de l’augmentation du forçage radiatif exercé par les gaz à effet de serre d’origine humaine, et que cette hausse est mesurable à l’échelle planétaire (NOAA Global Monitoring Laboratory, Annual Greenhouse Gas Index ; NOAA Climate.gov, pages sur les niveaux actuels de GES). Autrement dit, la question n’est pas la proportion brute du CO2 dans l’air, mais le déséquilibre que les émissions humaines introduisent dans le système climatique. (Current GHG Levels | NOAA Climate.gov)
Les carottes de glace
L’auteur invoque les carottes de glace de Vostok pour affirmer que la température précède toujours le CO2, comme si cela invalidait le réchauffement anthropique. C’est un contresens. Dans les cycles glaciaires, un réchauffement initial lié à des variations orbitales peut effectivement précéder la hausse du CO2 ; mais le CO2 agit ensuite comme amplificateur du réchauffement. Une étude publiée dans Climate of the Past a montré que, dans l’Antarctique, la hausse du CO2 a suivi de moins de 400 ans le réchauffement régional dans certains cas, ce qui confirme son rôle d’amplification plutôt que de déclencheur unique (étude sur le décalage CO2-température en Antarctique, Climate of the Past, 2012).
Ce que disent les synthèses
Le texte affirme qu’il n’existerait « aucune preuve » d’un réchauffement anthropique. C’est l’inverse : les synthèses scientifiques convergent depuis longtemps vers cette conclusion. Le GIEC 2023 affirme que le réchauffement observé est sans équivoque et que l’influence humaine en est la cause principale (IPCC, 2023). Une étude publiée dans Nature Geoscience a estimé qu’au moins les trois quarts du réchauffement récent étaient d’origine humaine (Nature Geoscience, 2011). D’autres analyses de la littérature scientifique montrent également une très forte majorité d’articles soutenant l’origine anthropique du changement climatique (travaux sur le consensus scientifique, souvent cités dans les synthèses récentes : CNRS Le journal ; Wikipédia ; IPCC-AR6_WGI).
La rhétorique du soupçon
Quand le texte quitte le terrain des données pour parler de « culte », de « destruction des sociétés occidentales » ou de « maniaques », il ne réfute plus rien : il tente de disqualifier les institutions, les chercheurs et les politiques climatiques par l’insulte. Ce glissement est typique des discours de désinformation. Lorsqu’un argument ne tient pas sur le fond, il reste alors à faire passer le désaccord scientifique pour une guerre idéologique. Pourtant, les documents de synthèse disponibles vont tous dans le même sens : le climat se réchauffe, les activités humaines en sont la cause dominante, et le CO2 en est un facteur central (IPCC | United Nations).
Références
IPCC, Climate Change 2023: Synthesis Report (2023).ipcc
NOAA Climate.gov, « Climate change: atmospheric carbon dioxide » (2025).climate
NOAA Global Monitoring Laboratory, Annual Greenhouse Gas Index.climate
Nature Geoscience (2011), étude sur la part humaine dans le réchauffement récent.nature
Climate of the Past (2012), étude sur le décalage CO2-température en Antarctique.
*****
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire