mercredi 27 mai 2026

Gemini répond à Gemini

 Mon dernier article a suscité le commentaire suivant :

salut l'ami Géd, permets moi d'être perplexe et d'apporter mon obole avec Gémini (Intelligence Artificielle) à qui j'ai posé la question "l'abandon du RCP 8.5 est-il une mauvaise nouvelle pour les écologistes?"
voici SA réponse
Politiquement et psychologiquement, OUI, on peut dire que c'est une mauvaise nouvelle pour l'écologie politique, même si cela peut paraître totalement paradoxal.
En fait, la mort du RCP8.5 crée un vrai dilemme pour le discours écologiste, et ce pour trois raisons principales :
1. La perte de "l'arme d'intimidation massive"
Comme le souligne le texte de Benoît Rittaud avec ironie, le RCP8.5 servait d'épouvantail. En communication publique, il est beaucoup plus facile de mobiliser les foules, de lever des taxes ou d'imposer des réglementations strictes en agitant le spectre d'une apocalypse à +5°C ou +6°C (le scénario "Mad Max").
Quand la science officielle dit : "Ce scénario n'est plus crédible", les écologistes perdent leur argument le plus percutant. Ils doivent désormais convaincre de l'urgence avec un scénario entre +2,5°C et +3°C. C'est certes une perspective très sombre, mais elle frappe moins les esprits que la fin du monde en direct.
2. Une crise de crédibilité face aux "climato-réalistes"
C'est le point qui agace le plus le camp écologiste. Pendant des années, les climato-réalistes ont hurlé dans le désert que le RCP8.5 était absurde parce qu'il prévoyait une consommation de charbon irréaliste. On leur répondait qu'ils étaient "dans le déni".
Aujourd'hui, le fait que les comités scientifiques officiels donnent raison (techniquement) aux sceptiques sur ce point précis est un coup dur. Cela permet à des figures comme Benoît Rittaud de dire : "Vous voyez, nous avions raison d'analyser les chiffres plutôt que de céder à la panique, et les écologistes vous ont exagéré le danger." Pour les écologistes, voir leurs opposants marquer un point idéologique est une très mauvaise nouvelle.
3. Le piège du "Tout ça pour ça ?"
Le grand danger pour le discours écologiste est le relâchement de l'opinion publique. Si le grand public retient le message : "Le scénario du pire s'éloigne grâce au boom du solaire et de l'électrique", la réaction naturelle risque d'être : "Parfait, la technologie et le marché s'en occupent, on peut arrêter de nous parler de sobriété obligatoire, de taxes carbone et de décroissance."
Or, pour les mouvements écologistes profonds, la transition technologique actuelle ne suffit pas ; ils prônent un changement radical de modèle de société. La fin du RCP8.5 désarme l'argument selon lequel "le système actuel mène à l'effondrement immédiat".

Le paradoxe en une phrase :
C'est une excellente nouvelle pour la planète (l'humanité va souffrir moins que prévu), mais c'est une mauvaise nouvelle pour le marketing de l'urgence écologique, car il devient plus difficile de justifier des mesures radicales quand le spectre de l'apocalypse s'estompe.

voilà, l'ami
Il est inutile de dire que je suis entièrement d'accord avec monsieur (ou madame ?) Gémini, étant donné qu'ayant un peu travaillé le sujet et m'étant documenté à des sources dignes de confiance (ce qui exclut automatiquement, entre autres, Le mone, Médiapart ou les sites loufoques de la Secte ecolocollapso, cela va de soi) il ne m'apprend rien que je ne connaisse déjà. Et quand une IA que vous interrogez confirme non seulement ce que la communauté des scientifiques pense et écrit mais aussi ce que vous en avez retenu, c'est quand même un bon signe que vous ne délirez pas et que vous êtes sur le bon chemin.

J'ai décidé de jouer le jeu en posant à Gemini lui-même la question (ou prompt) suivante :

Quelqu'un a posé la question suivante à une IA : « l'abandon du RCP 8.5 est-il une mauvaise nouvelle pour les écologistes? » ; peux-tu analyser la réponse suivante de l'IA et me dire si ce qui est écrit est correct : « [voir ci-dessus] »

Le prompt ne comprenait évidemment pas la dernière partie commençant par « voilà l'ami etc. », le texte cité se terminant par « l'apocalypse s'estompe. »

Comme vous pouvez le constater je ne disais pas à Gemini que le texte émanait...de Gemini, cela afin de ne pas l'influencer. Par ailleurs mon prompt était neutre, sans aucune connotation idéologique, contrairement à notre fantôme qui a cru bon d'inclure le mot "écologiste" dans sa question, comme si les écologistes avaient réellement leur mot à dire dans la définition des scénarios du GIEC. 

La réponse de Gemini à ma question comporte des éléments qui risquent de ne pas plaire à mon interlocuteur du moment, car ils ne vont pas exactement dans son sens (je vous laisse chercher de quels éléments il s'agit, ce n'est pas très compliqué)

Voici donc ce que Gemini a répondu à ma requête.

*****

L'analyse fournie par cette IA est globalement très pertinente et factuellement correcte sur le plan de la communication et de la sociologie politique. Elle décrit avec précision un débat qui a réellement agité la communauté des climatologues et les mouvements écologistes au début des années 2020.

Pour rappel, le RCP 8.5 (et son successeur le SSP5-8.5) est un scénario de modélisation climatique qui prévoyait une augmentation massive de l'utilisation du charbon et une absence totale de politiques climatiques, menant à un réchauffement de +4°C à +5°C d'ici 2100. Aujourd'hui, la communauté scientifique (dont le GIEC) s'accorde à dire que ce scénario est devenu hautement improbable, grâce au déploiement des énergies renouvelables et aux engagements mondiaux actuels.

Voici une analyse point par point de la réponse de l'IA :

1. La perte de l'argument de l'apocalypse (Correct)

L'IA a raison : le RCP 8.5 a souvent été qualifié par les scientifiques eux-mêmes de scénario "business-as-usual" (scénario de référence si l'on ne changeait rien), alors qu'il s'agissait en réalité d'un scénario du pire.

  • La nuance scientifique : Passer d'une projection à +5°C à une projection à +2,5°C ou +3°C reste une catastrophe écologique majeure (vagues de chaleur mortelles, effondrement de la biodiversité, montée des eaux).

  • Le point de vue politique : L'IA voit juste. Psychologiquement, un monde à +2,5°C ressemble à une "dégradation gérable" pour le grand public, là où +5°C évoquait l'effondrement de la civilisation. Mobiliser l'opinion publique sur un scénario intermédiaire est nettement plus complexe.

2. La crise de crédibilité et le rôle des critiques (Correct)

Ce point est tout à fait exact. Des climatologues de premier plan (comme Zeke Hausfather ou Glen Peters) ont mené la charge pour demander l'abandon du RCP 8.5, expliquant qu'il n'était plus réaliste.

  • En France, des figures de l'association des climato-sceptiques (comme Benoît Rittaud, mentionné dans le texte) ou des promoteurs du "climato-réalisme" ont effectivement utilisé cette réévaluation pour affirmer que les modèles climatiques étaient globalement exagérés.

  • Même si les sceptiques se trompent en disant que le danger global est écarté, ils ont marqué un point technique sur la surévaluation du charbon dans ce scénario précis. Cela a créé un inconfort pour les mouvements écologistes qui s'appuyaient sur ces chiffres maximaux.

3. Le piège du solutionnisme technologique (Très correct)

C'est le cœur du problème pour l'écologie politique (notamment les courants de la décroissance ou de la sobriété choisie).

  • Si le scénario du pire s'éloigne, c'est en grande partie grâce au boom du photovoltaïque, de l'éolien et des véhicules électriques.

  • Cela valide la thèse du "capitalisme vert" ou du solutionnisme technologique : l'idée que le marché et l'innovation peuvent résoudre la crise sans que nous ayons besoin de changer radicalement de système économique. Pour l'écologie politique profonde, qui lie la crise climatique aux dérives du capitalisme, la perte du RCP 8.5 affaiblit l'argument de la nécessité d'une rupture systémique.

Ce qui manque ou mériterait d'être nuancé

Si la réponse de l'IA est solide, elle adopte un ton légèrement cynique (en parlant de "marketing de l'urgence" ou d' "arme d'intimidation"). Pour être parfaitement juste, il faut ajouter deux nuances :

  1. Les boucles de rétroaction : Même si nos émissions n'atteignent pas le niveau du RCP 8.5, certains scientifiques craignent que des éléments naturels (dégel du permafrost, perte de la forêt amazonienne) ne s'activent et nous poussent quand même vers des températures très élevées. Le risque d'un emballement existe toujours, même avec moins d'émissions humaines.

  2. Le soulagement de nombreux écologistes : L'IA présente "les écologistes" comme un bloc monolithique déçu de perdre un argument. En réalité, beaucoup d'activistes et de scientifiques se sont réjouis de voir le RCP 8.5 s'éloigner, car l'éco-anxiété et le catastrophisme ambiant commençaient à paralyser l'action publique plutôt qu'à la stimuler.

En résumé

Ce que cette IA a écrit est vrai. L'abandon du RCP 8.5 est une excellente nouvelle pour l'avenir de l'humanité, mais il prive l'écologie politique d'un récit d'effondrement imminent, rendant le débat sur la transition plus technique, plus politique, et moins "évident" aux yeux du grand public.

*****

Au passage on pourra remarquer que certains passages, comme « En France, des figures de l'association des climato-sceptiques (comme Benoît Rittaud, mentionné dans le texte) ou des promoteurs du "climato-réalisme" ont effectivement utilisé cette réévaluation pour affirmer que les modèles climatiques étaient globalement exagérés », invalide ce qu'affirmait un autre commentateur et que je reproduis ici :

[...] Quant à l’analyse par « IA », on se marre. Toutes les IA sont gavées de données « autorisées », dit autrement elles ne peuvent que recracher les thèses alarmistes… – pour le moment – [...]

En l'ocurence Gemini a "recraché" Benoit Rittaud et plutôt avec un ton positif, comme si notre mathématimancien était une source fiable d'information sur le sujet du climat, ce qu'il n'est évidemment pas.

En fait les IA sont influencées par la façon dont on leur pose les questions, mais aussi par la connaissance qu'elles ont des personnes qui les utilisent. Si un climato-irréaliste interroge une IA, de plus avec un prompt "orienté", il y a de grandes chances qu'elle ira en grande partie dans son sens, ce que notre fantôme a prouvé. Mais quand le prompt reste neutre alors la réponse est beaucoup plus nuancée, comme on peut le voir ci-dessus.

Je ne me suis pas amusé à poser la même question à d'autres IA, si vous voulez vous pouvez vous aussi jouer le jeu, mais à condition de rester neutre et factuel. Je sais, ça risque d'être difficile pour certains.


5 commentaires:

  1. "le RCP 8.5 a souvent été qualifié par les scientifiques eux-mêmes de scénario "business-as-usual" (scénario de référence si l'on ne changeait rien), alors qu'il s'agissait en réalité d'un scénario du pire."

    Gemini a ici raison et met le doigt (si je puis dire) sur le vrai problème. En fait il ne s'agit pas "des scientifiques", mais d'une petite caste financée par l'ONU ou de l'argent public, et dont l'idéologie socialo-communiste l'emporte sur leur intégrité professionnelle…

    Lors de dédicaces j'ai rencontré à plusieurs reprises des scientifiques universitaires qui m'avouaient ne pas oser parler de leurs intimes convictions, et ne pas oser critiquer des travaux très orientés, afin d'une part de ne pas perdre des financements pour leurs propres recherches, et d'autre part perdre leur boulot car comme tout le monde ils ont des "crédits sur le dos". Et tous de parler de l'idéologie gauchiste très marquée dans les universités, où les résultats des travaux fournis pour le Giec ou autre sont décidés à l'avance, et si les données ne corroborent pas l'idéologie, alors il n'y a pas de publication.

    C'est d'ailleurs ce qui a été mis à jour via le ClimatGate, ou via les reviewer des rapports de l'IPCC qui n'ont jamais de réponses, contrairement aux principes qui prévaux dans les publication peer to peer.

    Pour le reste, le monde sort d'un PAG et donc se réchauffe, normalement, les glaciers reculent et on trouve des restes de nos ancêtres (eux ont connu des montagnes sans glaces), la faunes et la flore changent ou disparaissent, bientôt il y aura de la vigne en Suède comme ce fut le cas au XIIe par exemple, puis, dans quelques décades ou siècles, on repartira sur un cycle froid.

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    1. C’est fascinant, quand une étude va dans le sens souhaité, c’est de la science, autrement c’est une conspiration “socialo-communiste” mondiale impliquant universités, revues scientifiques, agences météo, académies des sciences et des dizaines de milliers de chercheurs de pays dont certains ne sont pas exactement connus pour leur passion du collectivisme…
      Sur le fond, oui, le scénario RCP 8.5 a parfois été présenté abusivement comme un “business as usual”, alors qu’il correspond plutôt à un scénario haut d’émissions ; Gemini a raison sur ce point. Mais corriger une exagération n’implique pas que tout le reste est faux.
      Quant au “Climategate”, quinze ans après toutes les enquêtes indépendantes ont conclu qu’il n’y avait pas eu de fraude scientifique organisée, malgré des pratiques de communication parfois discutables.
      Enfin, invoquer la vigne médiévale en Suède ou le fait qu’on sort d’une période froide ne répond pas à la question centrale : le réchauffement actuel est-il explicable par les seuls cycles naturels ? La littérature scientifique dominante répond non.
      Et pour finir sur l’argument d’autorité : vous êtes chef d’entreprise et “scientifique de formation”, membre de l’Association des climato-(ir)réalistes ; je n’ai pas trouvé de parcours de climatologue, glaciologue, physicien du climat ou chercheur publiant dans le domaine. Être d’accord ou non avec le GIEC est une chose ; remplacer des publications par des soupçons de grand complot idéologique en est une autre.
      Quant au passage « des scientifiques universitaires m’avouaient en dédicace… », c’est un témoignage anecdotique invérifiable qui ferait rire n’importe quel scientifique sérieux.

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    2. Passons les partied sur le climatgate et sur la dédicace... pour aller directement à votre dernière assertion. Le PAG est fini depuis 1850 et si l'on regarde les courbes de températures moyennes mondiales sur 2000 ans, nous sommes revenue à cette température moyenne au début des années 1900. Depuis, le réchauffement n'a strictement plus rien à voir avec le PAG. Quant à votre hypothèse de refroidissement, aucune étude sérieuse , hormis celles basée uniquement sur de la statistique, ne valident cela. Certains études montrent même que le prochain "refroidissement" pourrait reculer de 50 000 ans, ce qui pourrait paraitre une bonne nouvelle, mais cela veut dire également qu'entre temps le thermostat risque de grimper.

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    3. Vous semblez rire bcp, du moins lorsque vous ne comprenez pas...

      Quant à "la conspiration mondiale impliquant universités, revues scientifiques, agences météo, académies des sciences et des dizaines de milliers de chercheurs de pays" : dois-je vous rappeler l'héliocentrisme ? Là où la presque totalité des scientifiques et des universités du monde connu dans la droite ligne des mathématiciens de l'antiquité, refusait cette théorie, par convention, conformisme, idéologie, et peur de perdre la face après des siècles à enseigner une fausse doctrine... Vous connaissez visiblement mal la nature humaine !

      Mais bon, rassurez-vous -ou pas-, le vent change... L'IPCC retire sont scénario fétiche, la Chine a divisé par 2 ses déclarations d'émission, les politiques ne parlent plus du climat (sauf en France / curieusement un pays socialiste...), la mort thermique annoncé depuis 1988 ne pointe pas le bout de son nez, et enfin, même l'émission la Terre au carré sur l'inénarrable service public France Inter, qui je vous rassure continue son travail de propagande, reconnaît du bout des lèvres que finalement tout le monde s'est peut être emballé pour pas grand chose...

      Respirez, tout va bien, nos ancêtres ont fait face à des variations climatiques...

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    4. Monsieur Laurentie,
      Je ne ris pas, et contrairement à ce que vous pensez je comprends mieux les choses que vous : je note simplement, certes avec un ton un peu ironique, que l’idée d’un complot mondial réunissant des dizaines de milliers de chercheurs de pays très différents reste hautement improbable. La comparaison avec l’héliocentrisme ne tient pas : cette théorie a été validée par des preuves accumulées qui ont fait évoluer la science. Le réchauffement actuel repose sur des mesures convergentes (bilan radiatif, isotopes du carbone, rétroactions observées) et un consensus très large dans la littérature. Sur les points concrets : le scénario RCP 8.5 a effectivement été présenté trop souvent comme scénario central ; les scénarios intermédiaires prévoient quand même 2-3 °C d’ici 2100 si les émissions ne baissent pas fortement.
      La Chine reste le premier émetteur mondial (~30-35 %) ; les émissions globales continuent d’augmenter, même si le rythme ralentit.
      Le réchauffement mesuré (~1,5 °C), la hausse du niveau des mers et l’augmentation de certains extrêmes sont observés. Le rythme et la signature (CO₂ fossile) diffèrent des variations naturelles passées.

      Personne de sérieux n’a annoncé la « mort thermique » de l’humanité, mais minimiser le sujet ne le fait pas disparaître. Mieux vaut discuter adaptation + innovation technologique + baisse progressive des émissions, sans catastrophisme ni déni.

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