dimanche 27 octobre 2019

Des incendies monstres en Californie, encore !?

Il est difficile de ne pas être au courant, cette année encore la Californie est la proie des flammes, ainsi on peut lire dans l'article Incendies en Californie: nouveaux ordres d'évacuation, des vents "potentiellement historiques" attendus (voir aussi 'Potentially historic': dangerous winds expected as fires burn across California) :
La zone sera en alerte rouge à partir de samedi soir jusqu'à lundi matin du fait de vents violents, qui rendent les conditions météo extrêmement propices à la propagation rapide des incendies, ont prévenu les services météorologiques, qui parlent d'un événement climatique "potentiellement extrême et historique".
Oui vous avez bien lu, les services météo locaux parleraient d'un « événement climatique "potentiellement extrême et historique".» ; voir le bulletin qui stipule clairement :
This event looks to be the strongest since the 2017 wine country fires and potentially a historic event given the strength and duration of the winds.
Cet événement s'annonce comme le plus fort depuis les incendies de 2017 et potentiellement un événement historique compte tenu de la force et de la durée des vents.
Après les gigantesques feux de l'an dernier (vous vous souvenez de Paradise, cette ville rayée de la carte ?) qui étaient déjà « extrêmes et historiques », nous voilà à nouveau face à des feux toujours « extrêmes et historiques », cela commence à être lassant à la longue.

Les climatologues attribuent l'importance de ces feux (et non les feux eux-mêmes qui ont toujours eu lieu) à la sécheresse amplifiée par le réchauffement climatique ; c'est d'ailleurs ce qui est prévu pour le futur : des températures en hausse => sécheresses plus sévères, et cela se confirme d'année en année.

Evidemment le départ de ces feux est souvent d'origine purement humaine, une ligne électrique, un mégot mal éteint, un déséquilibré qui passait par là…, et l'urbanisation couplée à un mauvais entretien des forêts rendent la situation encore plus difficile, ce qui fait que ceux qui s'autoproclament climatoréalistes vont une nouvelle fois dire que le réchauffement climatique n'a rien à voir là-dedans, niant toute responsabilité à la hausse générale des températures qui ne peut pourtant qu'être un facteur aggravant, ce que n'importe quel boyscout ayant tenté d'allumer un feu sait par expérience : plus il fait chaud et sec et plus le bois est susceptible de partir facilement, il s'agit là d'une loi physique incontournable à la portée d'un enfant de huit ans.

Pourtant certains adultes semblent toujours ne pas avoir compris et cela est apparemment le cas de Cliff Mass qui, dans son article intitulé Very Serious Wind Situation in Northern California This Weekend (Des vents très violents dans le nord de la Californie cette fin de semaine), se contente donc de remarquer que des vents violents soufflent en ce moment, sans bien entendu parler une seule seconde d'un quelconque problème de réchauffement climatique ; la seule chose qui importe pour lui c'est le vent (c'est lui qui souligne en gras) :
Looking at the latest forecast model output reveals a scary situation developing over northern California for late Saturday and Sunday, where strong, dry offshore winds will provide a major wildfire hazard.
L'examen des dernières prévisions du modèle révèle une situation effrayante dans le nord de la Californie pour la fin de samedi et le dimanche, où des vents forts et secs du large constitueront un risque majeur d'incendie de forêt.
Il est vrai que des vents violents ne peuvent qu'être eux-aussi un facteur aggravant, là également le boyscout pourra vous dire qu'en soufflant sur les brindilles il va faire démarrer le feu, et si vous avez une cheminée chez vous vous savez qu'avec un soufflet vous pouvez attiser les flammes très facilement, comprendre cela est donc à la portée de n'importe qui ; cependant ce qui parait moins évident pour Cliff Mass et beaucoup d'autres personnes c'est qu'une forêt dans un air un peu plus chaud et donc un peu plus sec prendra feu un peu plus facilement, mais allez leur expliquer ce qu'un boyscout a appris sur le terrain dès l'âge de huit ans.

Mais il y a plus étrange concernant l'article de Cliff Mass, c'est quand il écrit :
The set up is classic, and the first sign of the event is passing through Washington State at this very moment. An upper level trough is moving southward overhead, with cold air and higher pressure sweeping into Washington State. 
La configuration est classique, et le premier signe de l'événement passe par l'État de Washington en ce moment même. Un creux de niveau supérieur se déplace vers le sud, avec de l'air froid et une pression plus élevée dans l'État de Washington.
Moi je veux bien, après tout le spécialiste météo c'est Cliff Mass, il doit savoir de quoi il parle, cependant il me semblait, jusqu'à présent, qu'à un creux barométrique (trough) était associée une dépression (low pressure) et non un anticyclone (high pressure), lequel va de conserve avec une crête de haute pression (ridge), ce qui est confirmé par exemple sur le site weatherops :
Broadly speaking, troughs and ridges are properties of the pressure field and they can easily be seen on a weather map. Troughs are found near low pressure areas while ridges are found near high pressure. Below is an example of what they tend to look like. 
D'une manière générale, les creux et les crêtes sont des propriétés du champ de pression et peuvent facilement être vus sur une carte météorologique. Les creux se trouvent près des zones de basse pression tandis que les crêtes se trouvent près des hautes pressions. Voici un exemple de ce à quoi ils ressemblent.
Un creux barométrique à gauche et une crête de hautes pressions à droite.

Dans l'hémisphère nord les dépressions (L) tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre alors que les anticyclones (H) tournent dans l'autre sens.

Comme je suis curieux et aime vérifier ce qu'on me dit j'ai utilisé une fois de plus le site earth.nullschool afin de regarder le régime des vents à différentes altitudes telles que proposées en hectopascals (hPa), à savoir (voir Wikipédia pour les correspondances) :
  • 250 : 10 500 mètres
  • 500 : 5 500 mètres
  • 700 : 3 000 mètres
  • 850 : 1 500 mètres
  • 1000 : quelques mètres au-dessus de la surface
  • surface : laissez-moi deviner
Voici ce que donnent les cartes, sachant que le petit rond vert est situé exactement au milieu de l'anticyclone repéré à 250 hPa, soit 10 500 mètres d'altitude, et nous verrons bien si la situation à cette altitude se reflète, ou pas, sur la situation des vents aux autres altitudes ainsi qu'à la surface.
A 250 hPa (10 500 mètres d'altitude) il y a bien un creux barométrique (trough) un peu au-dessus de l'endroit où Cliff Mass le situe, sur l'Etat de Washington, mais c'est bien d'une dépression qu'il s'agit, les hautes pressions étant situées au large, au niveau du petit rond vert ; l'Etat de Washington voit à cette altitude de forts vents d'ouest (il s'agit en fait du jet-stream)

A 500 hPa (5 500 mètres d'altitude) le creux barométrique est situé quasiment au même endroit que 5 000 mètres plus haut, ainsi que le petit rond vert, toujours au centre de l'anticyclone.

A 700 hPa (3 000 mètres d'altitude) le rond vert est toujours centré sur l'anticyclone avec un léger décalage, et le régime des vents est toujours de nord-ouest comme sur les images ci-dessus ; l'Etat de Washington est dans une situation dépressionnaire contrariée à l'est par des vents venant du nord.

A 850 hPa (1 500 mètres d'altitude) le rond vert est à nouveau décalé par rapport au centre de l'anticyclone, mais cette fois dans l'autre sens, cependant les hautes pressions sont bien toujours dans les environs ; sur l'Etat de Washington c'est un vent du nord qui souffle.
A 1 000 hPa (quelques mètres au-dessus de la surface) le rond vert est un peu plus décalé, mais il reste quand même inclus dans les hautes pressions ; sur l'Etat de Washington c'est toujours un vent du nord qui souffle.
Enfin à la surface c'est à peu près la même situation qu'à 1 000 hPa, ce qui parait logique, non ?

J'ai évidemment choisi ces altitudes parce que ce sont celles qui sont proposées par le site et vous pouvez vous-même vous amuser en regardant la région du monde qui vous intéresse.

Je ne prétends pas donner de leçons à Cliff Mass, je constate seulement des choses qui me paraissent incohérentes dans ses explications.

Mais une chose est quand même assez évidente, c'est que la situation à 10 kilomètres d'altitude est très semblable à celle qui règne à la surface, du moins en ce qui concerne l'anticyclone au large des côtes américaines, le rond vert servant de référence est là pour témoigner ; quant au creux barométrique nettement observé dans le méandre du jet-stream à 10 kilomètres d'altitude, il se reflète à la surface avec des vents venant du nord.

Je ne m'étendrai donc pas sur les explications de Cliff Mass concernant les « Diablo winds » :
The perfect set up for strong easterly/northeasterly dry winds over the region...known as Diablo Winds. 
La configuration parfaite pour des vents forts et secs de l'Est et du Nord-Est sur la région....connus sous le nom de Diablo Winds.
Cela concorde avec les vents venant du nord (et un peu de l'est) que l'on constate sur les cartes dynamiques ci-dessus ; comme ils descendent des montagnes (et notamment du mont Diablo, d'où le nom) ils se réchauffent par compression de l'air déplacé et perdent de leur humidité, ce qui les rend particulièrement dangereux quand ils arrivent sur une végétation déjà elle-même gravement atteinte par la sécheresse.

Si des amateurs météo passent par là ils peuvent laisser un commentaire pour m'expliquer la situation et éclaircir ce qu'a bien voulu dire Cliff Mass qui sur le coup m'a perturbé avec son creux lié à des hautes pressions...

Evidemment les thuriféraires de feu Marcel Leroux peuvent passer leur chemin avec leurs AMP à la noix censés tout faire y compris la lessive et le café.



samedi 26 octobre 2019

Peter Ridd et la Grande Barrière de corail

Benoit Rittaud, en bon samaritain qu'il est, prend la défense de deux causes perdues, à savoir Susan Crockford (je vous en dirai plus sur elle bientôt) et Peter Ridd (voir La parole aux bannis, épisode 2 : Peter Ridd si vous avez du temps à perdre)

Ce dernier est un physicien qui a été viré de l'Université James Cook où il enseignait, j'imagine la physique, mais le motif de son licenciement est lié à ses prises de position sur...la Grande Barrière de corail qui borde les côtes est de son pays !

On peut a priori se demander si un physicien est légitime pour avoir une opinion sur quelque chose qui concerne la biologie marine et l'océanographie, deux domaines dans lesquels sa compétence reste à prouver si l'on en croit Google Scholar ; en effet ses études portent sur la mangrove, les sédiments apportés par les rivières ou d'autres choses dans le même style, mais rien sur le climat global et bien entendu rien sur les effets du réchauffement climatique, ce qui est normal puisque Peter Ridd non seulement n'est pas climatologue mais de plus nie tout effet du réchauffement climatique sur l'état des coraux.

En fait selon Desmogblog ses compétences résideraient en « coastal oceanography, the effects of sediments on coral reefs, instrument development, geophysical sensing of the earth, past and future climates, atmospheric modelling » (océanographie côtière, effets des sédiments sur les récifs coralliens, développement d'instruments, détection géophysique de la terre, climats passés et futurs, modélisation atmosphérique), mais on reste sceptique sur ses qualités quand on remarque qu'il n'est par exemple pas du tout cité dans les études de Terry Hughes, un véritable spécialiste en biologie marine, ce que n'est pas du tout Peter Ridd.

Or Terry Hughes est lui-même professeur à l'Université James Cook, la même université qui a licencié Peter Ridd, et on comprend un peu pourquoi !

Terry Hughes est l'auteur de nombreux papiers concernant la Grande Barrière, par exemple :
Dans le dernier papier cité voici les organismes d'appartenance des différents auteurs :
1Australian Research Council Centre of Excellence for Coral Reef Studies, James Cook University, Townsville, Queensland, Australia. 2College of Science and Engineering, James Cook University, Townsville, Queensland, Australia. 3Eco-Logical, Brisbane, Queensland, Australia. 4Hawai‘i Institute of Marine Biology, University of Hawai‘i, Kaneohe, HI, USA. 5Department of Biological Sciences, Macquarie University, Sydney, New South Wales, Australia. 6Murray-Darling Basin Authority, Canberra City, Australian Capital Territory, Australia. 7Australian Institute of Marine Science, Townsville, Queensland, Australia. 
Comme on peut facilement le constater tous les auteurs appartiennent à des organismes compétents et donc légitimes pour donner des résultats et émettre des opinions fortement argumentées en relation avec le sort des coraux face aux contraintes qu'ils ont à subir ; l'Université James Cook est largement représentée avec pas moins de 13 co-auteurs, dont aucun évidemment ne s'appelle Peter Ridd ! Celui-ci n'est même jamais cité, ses travaux sont donc totalement ignorés par les chercheurs, on peut alors comprendre le ressentiment d'un homme qui doit se croire (peut-être à très juste raison) mis sur la touche pour ses idées iconoclastes.

Pour comprendre un peu plus ce qui se passe il suffit de savoir que Peter Ridd a bien évidemment reçu le soutien du site WUWT qui dans An Ecologist’s Plea to Dr. Terry Hughes: The Public Needs Robust Science Regards Coral Bleaching, Not Fearmongering!, sous la plume d'un véritable négationniste climatique en la personne de Jim Steele, nous dit notamment ceci :
[…] Uncritically blaming global warming, is bad science. Organisms are only affected by local conditions, not a chimeric global average. Believing global warming accounts for everything, Hughes failed to see the critical natural factors that locally drove the Great Barrier Reef 2016 bleaching event.
[…] Blâmer sans critique le réchauffement climatique est de la mauvaise science. Les organismes ne sont affectés que par les conditions locales et non par une moyenne globale chimérique. Croyant que le réchauffement climatique est responsable de tout, Hughes n'a pas vu les facteurs naturels critiques qui ont été à l'origine du blanchissement de la Grande Barrière de Corail en 2016.
Nous voyons ici à l'oeuvre la mécanique du climatonégationnisme dans toute sa splendeur ; comme si toute l'équipe de Terry Hugues (et cela en fait du monde) était composée de crétins congénitaux incapables de voir les éventuelles conditions locales ayant influencé le sort des coraux de la Grande Barrière ; comme si Terry Hugues et son équipe étaient partis du postulat que seul le réchauffement global était en cause sans tenir aucun compte des conditions locales !

En regardant le dernier papier de Hugues et en recherchant le mot « local » on trouve pas moins de 10 occurrences ; par exemple il est fait mention de « deux cyclones locaux » et une des références cite
19. Figueiredo, J., Baird, A. H. & Connolly, S. R. Increased local retention of reef coral larvae as a result of ocean warming. Nat. Clim. Change 4, 498–502 (2014)
Ainsi les conditions locales paraissent avoir bien été prises en considération, contrairement à ce qu'essaie de nous faire croire Jim Steele.

On pourra m'objecter que l'article de Jim Steele date de 2017 alors que le papier de Hughes où j'ai repéré les 10 occurrences du mot « local » date lui de 2019, mais le papier auquel fait référence Steele est derrière un paywall, cependant même sur la page donnant le résumé on peut trouver pas moins de 4 occurrences du mot « local » ! Par exemple dans les références citées :

10. Leahy, S. M., Kingsford, M. J. & Steinberg, C. R. Do clouds save the great barrier reef? Satellite imagery elucidates the cloud-SST relationship at the local scale. PLoS One 8, e70400 (2013)
25. van Hooidonk, R. et al. Local-scale projections of coral reef futures and implications of the Paris Agreement. Sci. Rep. 6, 39666 (2016)
Et dans les lectures additionnelles :
Variable interaction outcomes of local disturbance and El Niño-induced heat stress on coral microbiome alpha and beta diversity 

Jamie M. McDevitt-Irwin
, Melissa Garren […] Julia K. Baum Coral Reefs (2019)
Il est bien évident que les chercheurs (je parle bien sûr de Terry Hughes et son équipe) ont tenu compte des conditions locales, mais qu'ils ne pouvaient évidemment pas passer sous silence les effets du réchauffement climatique qui embarrassent tellement des gens comme Jim Steele, Anthony Watts ou Peter Ridd, ainsi qu'un benêt suiveur tel que Benoit Rittaud qui donne la parole à ce dernier comme s'il s'agissait d'un martyr de la cause climato-irréaliste.

Sans (trop de) surprises Peter Ridd a reçu le support de l'IPA, un groupe qui proclame en toutes lettres
The Institute of Public Affairs is an independent, non-profit public policy think tank, dedicated to preserving and strengthening the foundations of economic and political freedom.
L'Institut des Affaires Publiques est un groupe de réflexion indépendant et sans but lucratif sur les politiques publiques, qui se consacre à la préservation et au renforcement des fondements de la liberté économique et politique.
La « liberté économique » commande notamment que les industriels peuvent faire ce qu'ils veulent sans aucune contrainte administrative, c'est clairement indiqué ici :
The IPA supports the free market of ideas, the free flow of capital, a limited and efficient government, evidence-based public policy, the rule of law, and representative democracy. Throughout human history, these ideas have proven themselves to be the most dynamic, liberating and exciting. Our researchers apply these ideas to the public policy questions which matter today.
L'IPA soutient le libre marché des idées, la libre circulation des capitaux, un gouvernement limité et efficace, une politique publique fondée sur des preuves, la primauté du droit et la démocratie représentative. Tout au long de l'histoire de l'humanité, ces idées se sont révélées être les plus dynamiques, libératrices et passionnantes. Nos chercheurs appliquent ces idées aux questions de politique publique qui comptent aujourd'hui.
Tout le monde a bien compris que pour l'IPA les réglementations pouvant concerner la lutte contre le réchauffement climatique ne sont que des entraves à « la libre circulation des capitaux » et c'est bien pour cela que Peter Ridd a reçu l'appui amical de cet organisme chargé d'apporter le bonheur au peuple australien ; ce groupe a donc financé Peter Ridd afin de lui payer tous ses frais de justice contre l'Université James Cook qui n'avait pas les moyens de lutter financièrement et a dû s'incliner.

Pas de surprise non plus de voir Jennifer Marohasy dans la boucle, celle-ci se faisant fort de prouver à la Terre entière qu'une nouvelle « théorie du climat » existe avec le bouquin qu'elle édite (certainement pas sur ses deniers personnels si vous voulez mon avis) ; Marohasy a en effet, en plus de son titre de Directrice Environnement à l'IPA, été embauchée par Ridd pour être présidente de l'AEF, une organisation « charitable » dont le but est de « protéger l'environnement, tout en préservant la primauté du droit, les droits de propriété et la liberté de l'individu », ce que l'on traduit aisément pas « préserver la liberté de faire n'importe quoi » afin de résumer en peu de mots l'objectif réel de tous ces personnages à la botte des industriels locaux.

Mais pour Benoit Rittaud
Peter Ridd est, avec Susan Crockford, l’autre scientifique récemment banni de son université pour avoir exprimé un avis politiquement incorrect sur la situation d’une espèce animale emblématique de la soi-disant « crise climatique » : la Grande Barrière de Corail.
Il trouve que les interventions de Ridd sont « dévastatrices », on ne saurait mieux dire tellement elles ne font que montrer ce que nous savons déjà, que tous ces messieurs, pour la plupart au crâne dégarni ou parsemé de rares cheveux blancs et ayant étudié un peu de science dans les années 1950-60 pour ensuite occuper diverses fonctions dans l'industrie, appartiennent au passé dans lequel ils restent englués ; mais comment leur en vouloir quand on sait que toute leur vie a été dédiée aux dieux du pétrole, du charbon ou du gaz, il est alors difficile quand on regarde en arrière de renier tout ce qui a empli son garde-manger, on ne mord pas la main qui vous a si généreusement nourri, on la lèche sans se lasser en se remémorant le bon vieux temps où l'on ne discutait pas du réchauffement de la planète.

On ne retiendra de l'intervention de Peter Ridd relatée par son fidèle serviteur Benoit Rittaud que
La Grande Barrière de Corail, ce joyau de l’Océan, va bien.
Circulez braves gens, il n'y a pas à s'inquiéter outre mesure, on vous dit qu'elle va bien, alors croyez-le nom d'un chien !

En attendant le site coralreefwatch de la NOAA nous donne les indications du blanchiment des coraux à différents horizons :
Régions qui connaissent actuellement des niveaux élevés de stress thermique qui peuvent causer le blanchiment et la mortalité des coraux.

Donc aujourd'hui la Grande Barrière n'est pas concernée, mais...

Distribution des niveaux de stress thermique les plus faibles prévus par au moins 60 % des membres de l'ensemble modèle. En d'autres termes, il y a 60% de chances que les niveaux de stress thermique affichés se produisent.
Cette dernière carte est issue de prévisions à 4 mois que l'on peut consulter en détail ici.

On voit que la Grande Barrière est en situation « warning », autrement dit en simple alerte, les niveaux d'alerte plus élevés concernant d'autres étendues maritimes essentiellement situées dans le Pacifique. Mais...

Le satellite de la NOAA Coral Reef Watch montre le stress thermique maximal pendant le troisième événement mondial de blanchiment des coraux. Les régions qui ont subi le stress thermique élevé qui peut causer le blanchissement du corail, du 1er juin 2014 au 31 mai 2017, sont affichées.

Nous avons donc ici la situation passée concernant la période juin 2014-mai 2017, et l'on voit très nettement que la Grande Barrière se situait en niveau d'alerte 1 ou 2 ; étant donnée le caractère global du phénomène, difficile de prétendre que ce qui a touché la Grande Barrière n'était qu'un phénomène local...

On se souviendra que les années 2015, 2016 et 2017 ont été les plus chaudes jamais enregistrées, une coincidence ? Peut-être pas, mais pour Rittaud et sa clique il ne fait aucun doute que cela n'a strictement aucun rapport avec la santé des coraux, c'est bien pour cela qu'ils ont invité Peter Ridd, pour s'en persuader davantage !

Comment se construit le cerveau d'un climato-irréaliste (ici celui de Benoit Rittaud en cours de formation)

jeudi 24 octobre 2019

C'était mieux après

Je ne sais pas quel but poursuivait l'Afis en publiant sur son site un article intitulé C’était mieux avant… vraiment ? qui reprenait sans trop de commentaires quelques graphiques tirés d'un autre site (mais sans dire de quel article il s'agissait) ; cependant l'Afis notait en introduction ce qui ressemble à un avertissement, lequel avertissement sera passé complètement inaperçu pour les lecteurs peu attentifs :
Bien entendu, il ne s’agit pas de réduire à ces quelques graphiques l’évolution des sociétés à l’échelle de la planète durant ces dernières décennies, mais de rendre compte d’évolutions souvent ignorées des opinions publiques occidentales.
Certes, mais publier les graphiques en question avec ce simple bémol n'est pas à mon avis suffisant de la part d'un site qui se targue de lutter contre la désinformation, ainsi qu'il est expliqué ici :
L’Association française pour l’information scientifique (Afis), créée en 1968, se donne pour but de promouvoir la science et d’en défendre l’intégrité contre ceux qui, à des fins lucratives ou idéologiques, déforment ses résultats, lui attribuent une signification qu’elle n’a pas ou se servent de son nom pour couvrir des entreprises charlatanesques.

L’Afis est une association d’intérêt général ouverte à tous. Elle est indépendante et sans lien d’intérêt financier ou idéologique avec quelque entité que ce soit : gouvernement, parti politique, entreprise, etc.
Ainsi que penser de ce graphique ?
Morts à la guerre de 1946 à 2016.
Nous partirons du principe que ce graphique, comme tous les autres graphiques, présentent des données correctes, mais quand même, que peut-on tirer comme conclusion de ce graphique et que veut nous signifier l'Afis en nous le montrant?

Il est cependant dommage qu'aucun lien ne permette d'atteindre directement les données ayant servi à construire ce graphique, j'ai cherché sur le site UCDP-PRIO qui est mentionné en source, il y a énormément de données chiffrées mais je n'ai vu aucun graphique de ce type, ou alors ils sont très bien cachés, donc j'imagine que l'auteur de celui que nous montre l'Afis l'a construit lui-même à partir des données qu'il a piochées ; par contre je suis tombé sur celui-ci à mettre en parallèle avec celui de l'Afis :
Conflits de 1975 à 2018 (source ucdp)

Hum...

Sur ce graphique, tiré par moi exactement du même site indiqué en source par l'Afis, on voit le nombre de conflits
  • basés sur la violence d'Etats (en rouge clair)
  • basés sur une violence non-étatique (en rouge foncé)
  • basés sur une violence unilatérale (en rose)
Le moins que l'on puisse dire c'est que de 1975 à 2018 les conflits de toutes natures n'ont pas l'air de diminuer...et on se demande quel peut être le nombre de victimes correspondant à ces conflits, mais le site ne nous en dit rien, ou alors c'est encore une fois très bien caché !

On voit donc très vite que le graphique montré par l'Afis présente un gros biais de sélection, tout d'abord il commence par l'immédiat après-guerre mondiale, une période troublée pendant laquelle il n'est pas étonnant que les conflits aient été nombreux, entrainant ainsi de nombreuses victimes, ce qui donne l'impression que le nombre de victimes a chuté brutalement alors que la seconde guerre mondiale pèse lourdement sur le début de la courbe à gauche ; en vérité si l'on corrige la courbe de l'effet post-seconde guerre mondiale on s'aperçoit que finalement le nombre de victimes a assez peu varié, surtout qu'il faudrait pour être parfaitement honnête prendre une plus longue période, par exemple, au hasard, depuis le debut de l'ère industrielle ! Et là peut-être obtiendrions-nous...une courbe en forme de hockey ! Ensuite il montre très peu de victimes dans les années 2000 alors que l'autre graphique indique une nette augmentation des conflits à partir de 2010 sans que les années 2000 aient été particulièrement « calmes ».

En cherchant un peu sur le Net je tombe sur le site du SIPRI qui fournit lui-aussi un graphique dans un article intitulé 6. Armed conflict data trends :
Regional distribution and total number of armed conflicts, 2006–15 (source sipri)

Il s'agit d'un rapport de 2016, donc il est normal que le graphique s'arrête à 2015 ; à la lecture des différentes courbes, là non plus on ne voit pas, pour la période 2006-2015, de réelle tendance à la baisse du nombre de conflits dans le monde, ce serait même plutôt le contraire.

Cependant quand les conflits sont en baisse cela n'a rien à voir avec les progrès de notre civilisation, il s'agit tout simplement d'un moindre interventionnisme de la part des états puissants comme les Etats-Unis, comme il nous est expliqué juste après le graphique ci-dessus :
The decline in the number of battle-related deaths since 1979 was mainly driven by the decrease in foreign involvement in the armed conflicts of East Asia.
La diminution du nombre de décès liés aux combats depuis 1979 s'explique principalement par la diminution de l'implication étrangère dans les conflits armés de l'Asie de l'Est.
On rappellera que la guerre du Vietnam s'est terminée en 1975, soit peu avant la date mentionnée...

Mais les conflits peuvent très bien reprendre à d'autres endroits et pour d'autres raisons :
An exacerbation of the pattern of foreign involvement in armed conflict in the Middle East is the most realistic potential driver of a reversal of peace.
L'exacerbation de l'implication étrangère dans les conflits armés au Moyen-Orient est le moteur potentiel le plus réaliste d'une inversion de la tendance à la paix.
Quant au nombre exact de victimes, notamment civiles, c'est toujours le flou artistique le plus complet :
The obligation of states to record casualties, particularly regarding the protection of civilians, remains largely unfulfilled. Accounting for military deaths has been a long‑standing practice of states, but close attention to civilian deaths is either rare or inconsistent, and there are growing calls for every casualty in situations of armed conflict to be properly recorded.
L'obligation des États d'enregistrer les victimes, en particulier en ce qui concerne la protection des civils, reste largement insatisfaite. La comptabilisation des morts militaires est une pratique de longue date des États, mais il est rare ou peu fréquent que l'on accorde une attention particulière aux décès de civils, et l'on demande de plus en plus que chaque victime en situation de conflit armé soit dûment enregistrée.
Alors oui, que penser du graphique de l'Afis avec ces incertitudes sur les morts civiles ainsi que tous ces éléments complémentaires ? On remarquera que les conflits sont encore nombreux sur Terre actuellement comme le montre Wikipédia :
  • Conflits                                        Morts en 2018                 Morts en 2019 (à date)
  • Afghanistan (cumul 1,2-2M)              36 000                           41 700
  • Mexique (cumul 115k)                       22 500                           17 600
  • Syrie (cumul 570k)                             23 000                            8 500
  • Yemen (cumul 60-80k)                       25 700                           20 900
Il ne s'agit que des 4 principaux conflits ayant faits le plus de morts, à ceux-là il convient d'en ajouter une myriade (environ une cinquantaine) ayant provoqué l'année dernière, en 2018, entre 0 morts (IRA, avec un cumul de 146 morts depuis le début du conflit) et près de 4 900 morts (Irak, avec un cumul de 288 000 morts depuis le début du conflit) ; en ce qui concerne le cumul des morts de tous ces conflits relativement récents pour la grande majorité, on doit arriver à quelque chose comme 4 800 000 en hypothèse basse (j'ai compté uniquement les valeurs les plus basses quand une fourchette était mentionnée) ; si l'on compte l'hypothèse haute du seul conflit concernant l'Afghanistan, il faut ajouter 760 000 morts, on doit donc arriver aux environs de 5 600 000 morts dans le haut de la fourchette.

Etant donnée la complexité du sujet, lequel est bien sûr multifactoriel (qu'est-ce qui déclenche exactement un conflit ?), le graphique présenté par l'Afis ne veut strictement rien dire, en tout cas il ne nous informe pas sur grand chose et ne permet même pas, comme ils l'écrivent, « de rendre compte d’évolutions souvent ignorées des opinions publiques occidentales ».

Les autres graphiques sont de la même veine, pas la peine de tous les passer en revue, ils sont tous exagérément simplificateurs et cachent les nombreux détails « qui tuent » quand on prend le temps de les analyser.

On comprendra que l'Afis a voulu passer le message que la vie était meilleure aujourd'hui que ce qu'elle était il y a plusieurs décennies, soit, mais en agissant ainsi l'association s'est embourbée dans les sophismes de généralisation et simplification outrancières ainsi que de conclusion hâtive, selon le schéma suivant :
  • quelques courbes montrent une amélioration générale des conditions de vie des habitants de la planète => le progrès technique (ou autre chose) en est responsable => cela va continuer ainsi sur la même tendance => soyez heureux braves gens de vivre aujourd'hui plutôt qu'hier et soyez assurés que demain sera encore meilleur !
Et un qui a dû lire l'article de l'Afis, c'est monsieur Laurent Alexandre, qui dans  La décroissance, on a essayé entre 1940 et 1944 nous fait un quasi point Godwin !

Rappelons que le point Godwin est atteint quand on vérifie la loi de Godwin qui stipule ceci :
Plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.
On peut considérer que Laurent Alexandre « discute » bien sur internet avec ses lecteurs sur son site de l'Express, même si ses lecteurs ne peuvent pas lui répondre, et que la comparaison avec les nazis ou Adolf Hitler est presque atteinte puisqu'il évoque la période de l'occupation allemande !

En principe le point Godwin est atteint quand quelqu'un a épuisé tous ses arguments face à un contradicteur et qu'il lui lance à la figure un « vous êtes un nazi » ou quelque chose d'approchant ; dans le cas présent Alexandre n'a pas beaucoup d'arguments à présenter pour « prouver » que l'on vit mieux aujourd'hui que durant les siècles passés, ce qui n'a échappé à personne, ou du moins à pas grand monde, alors il se lance dans des explications oiseuses pour nous dire notamment ceci :
Une majorité de Français souhaitent la décroissance. Selon un sondage Odoxa, 54 % d'entre eux pensent qu'il faut changer fondamentalement notre mode de vie, nos déplacements et réduire drastiquement notre consommation pour résoudre les questions écologiques. Ils ont la mémoire courte : nous avons déjà connu la décroissance. 
Entre 1940 et 1944, nous avons eu un formidable laboratoire de la décroissance : la richesse par habitant baisse alors de 30 à 40 %. Tout est rationné : alimentation, tissu, produits industriels, transports. L'occupation allemande bloque les échanges commerciaux, ce qui fait chuter l'activité économique, affaiblit le pouvoir d'achat et généralise la pénurie.
On a l'impression que Laurent Alexandre tente ici de nous montrer que son QI est bien égal voire inférieur à 80, comme nous l'avons déjà vu dans Laurent Alexandre, le nouvel étalon de l'intelligence de notre temps ? ; en fait son QI est probablement égal à celui d'une moule s'accrochant contre vents et marées au rocher de ses idées préconçues.

Ainsi penser qu'une majorité de français souhaitent revenir au temps de l'occupation allemande est prendre littéralement les gens pour des crétins des Alpes.

On peut parfaitement être pour une réduction de son mode de vie, à condition que la réduction porte sur tout le monde, et pas seulement sur les plus pauvres !

Si les très riches étaient beaucoup moins « très riches » ils seraient encore suffisamment riches, ce qui pourrait permettre aux plus pauvres d'être vraiment beaucoup moins « plus pauvres », les inégalités seraient considérablement réduites et cela ne nous ferait pas revenir aux années 1940-44.

Quant au changement fondamental de notre mode de vie il s'agit d'une nécessité absolue avant que cela devienne une obligation qui s'imposera bien évidemment d'abord aux moins fortunés d'entre nous ; mais monsieur Alexandre, nous l'avons vu, raisonne à gogol années dans le futur, c'est un véritable visionnaire vivant dans un monde parallèle qu'il ne partage pas avec le commun des mortels, c'est normal il a fait l'ENA, il ne faut donc pas trop lui en demander.

Sans surprise il a combattu avec le révolutionnaire Alain Madelin dont il partage très probablement le même ADN, et son premier métier d'urologue lui a bien servi pour devenir le fut-urologue préféré des français qui voient ce que la petite Greta Thunberg est incapable de voir malgré ses yeux perçants, à savoir un horizon radieux jonché de pétales de roses (on appelle cela le transhumanisme pour ceux qui ne sont pas au courant)

Laurent Alexandre en pleine introspection (source longlonglife)

mardi 22 octobre 2019

L'Amérique induite en erreur

Un nouveau rapport vient d'être publié dans la même veine que les Marchands de doute écrit il y a bientôt 10 ans par Naomi Oreskes et Erik Conway ; Oreskes est d'ailleurs co-autrice du rapport avec John Cook, Geoffrey Supran, Stephan Lewandowsky, et Ed Maibach.

Voici l'introduction de ce rapport intitulé America misled (L'Amérique induite en erreur)

*****

Au cours des dernières décennies, l'industrie des combustibles fossiles a soumis le public américain à une campagne de désinformation bien financée et bien orchestrée sur la réalité et la gravité des changements climatiques d'origine humaine. L'objectif de ce réseau de dénégation a été de troubler le public et les décideurs afin de retarder l'action climatique et de protéger ainsi les intérêts du secteur des combustibles fossiles et de défendre des idéologies conservatrices libertaires et de libre marché. 

Les tactiques de déni et de temporisation de l'industrie des combustibles fossiles viennent directement du manuel de stratégie de l'industrie du tabac. Par conséquent, le public américain s'est vu refuser le droit d'être informé avec précision sur les changements climatiques, tout comme il s'est vu refuser le droit d'être informé sur les risques du tabagisme par l'industrie du tabac.

Alors que les entreprises de combustibles fossiles attaquaient la science et appelaient les politiciens à « remettre à zéro l'alarme », les dommages causés par le climat se sont aggravés, y compris l'intensification des tempêtes, les sécheresses, les dégâts forestiers et les feux de forêt, qui ont tous causé des pertes importantes en vies humaines et des coûts pour le peuple américain.

La désinformation climatique a de nombreux effets négatifs. Elle réduit la compréhension du public à l'égard des changements climatiques, diminue l'appui à l'action climatique, annule l'information exacte, polarise le public selon des lignes politiques et renforce le silence climatique (le manque de dialogue public et de conversation privée sur les changements climatiques). 

Les négationnistes du climat ont un impact direct sur la communauté scientifique (et, en retour, sur sa capacité à servir le bien public) en forçant les climatologues à répondre aux demandes de mauvaise foi et en provoquant indéniablement un effet dissuasif en poussant les scientifiques à sous-évaluer leurs résultats scientifiques.

Les stratégies proposées pour lutter contre la désinformation climatique comprennent des mécanismes politiques, la transparence financière, des stratégies juridiques et la sensibilisation de l'opinion publique. La sensibilisation consiste à expliquer comment et pourquoi les négationnistes induisent en erreur, afin de neutraliser l'influence de leur désinformation.

Ce rapport explore les techniques utilisées pour induire le public américain en erreur sur le changement climatique et décrit trois façons de s'immuniser contre la désinformation :

  1.  Communiquer des faits (c'est une condition nécessaire mais insuffisante face à la désinformation).
  2.  Révéler des sources trompeuses (expliquer pourquoi, comment et de qui provient la désinformation).
  3.  Expliquer les techniques de négationnisme (expliquer les sophismes et les tactiques utilisées pour induire les gens en erreur).

*****

Le rapport est court et facile à lire pour qui maîtrise un minimum l'anglais (si ce n'est pas le cas il est toujours temps de vous y mettre;)

Il ne faut cependant pas en attendre des miracles dans l'immédiat, le livre Les Marchands de doute date de 2010 et pas grand chose a changé depuis.


lundi 21 octobre 2019

Cliff Mass tombe le masque

On s'en doutait un peu mais maintenant c'est bon, on a compris.

Dans The Real Climate Debate monsieur Cliff Mass se fait fort de nous enseigner à tous en quoi consiste le véritable « débat réel », rien que ça !

Nous savons dorénavant, surtout après avoir constaté que son billet était repris tel quel par WUWT, que nous pouvons classer monsieur Mass dans la catégorie des bons gros climatosceptiques, et de la pire espèce qui plus est, car la plus sournoise !

En effet, quand nous avons affaire à quelqu'un qui nie carrément l'effet de serre et toute la physique des deux siècles passés qui va avec, au moins nous sommes prévenus, nous savons que nous sommes en présence d'un idiot qui soit n'a rien compris et fait ses petits calculs dans son coin sur un bout de la nappe de sa salle à manger, soit a parfaitement compris mais joue à l'idiot qui n'a rien compris pour des motifs que j'ai déjà évoqués (notamment ici il y a longtemps déjà) et sur lesquels on ne va pas s'appesantir.

Cliff Mass, quant à lui, est du genre subtil, il accepte (ou feint d'accepter, allez savoir) la science et donc la réalité de l'effet de serre dû au CO₂ que nous émettons, mais il nous dit que ce n'est pas grave car, tenez-vous bien, le génie humain se chargera de trouver des solutions à ce petit problème qui n'est que passager.

Pour lui ce n'est pas le CO₂ qui est le véritable problème, mais, tenez-vous bien encore une fois pour ne pas tomber à la renverse, ce sont les « communistes » qui veulent empêcher les honnêtes gens comme lui de trouver les solutions géniales qui sortiront nécessairement du marché libre et sans entrave, avec la grâce de Dieu par dessus le marché !

Vous croyez que j'exagère ? Oui, peut-être, un tout petit peu, pas tellement que ça à la réflexion, en fait non je pense que je suis en dessous de la vérité en résumant le billet que monsieur Mass vient de pondre en gloussant de plaisir telle une poule qui aurait retrouvé son couteau.

Le mieux est de reprendre quelques uns de ses morceaux, les meilleurs parce que vous le valez bien et je sais que ça va vous faire plaisir, alors allons-y gaîment.

Cela commence très très fort :
The real climate debate is not between "believers" and "deniers".

And not between Republicans and Democrats.

The real debate is certainly not over whether global warming, spurred by increasing greenhouse gases, is a serious problem that must be addressed. Both sides of the real climate debate agree on that.
Le vrai débat sur le climat n'est pas entre "croyants" et "négationnistes".

Et pas entre républicains et démocrates.

Le vrai débat n'est certainement pas de savoir si le réchauffement de la planète, provoqué par l'augmentation des gaz à effet de serre, est un problème grave qui doit être traité. Les deux côtés du vrai débat sur le climat sont d'accord là-dessus.
J'ai laissé la traduction automatique de « deniers » en « négationnistes » ; j'aurais pu corriger, puisque c'est ce que je fais systématiquement en relisant le texte en français et en le comparant à l'original, et j'avais le choix entre « réfractaires, dénégateurs, opposants, contestataires et quelques bizarreries comme renégats ou...nippons ! »,  mais j'ai choisi de garder la première proposition fournie par deepl qui est en général jamais très éloignée du sens correct.

On notera dès l'entrée l'énorme biais cognitif de monsieur Mass qui évoque un « débat » et parle de « croyants » et de « négationnistes » en faisant intervenir la politique (on se demande bien pourquoi…) avec les « républicains » et les « démocrates », uniquement pour nous faire croire que les gens à qui il s'adresse sont plus intelligents que la moyenne et ne tombent pas dans le piège manichéen qui consiste à classer les gens en deux parties, l'une blanche et l'autre noire, sauf...

Sauf qu'il nous prend pour des crétins quand il assure sans rire que « les deux côtés » sont entièrement d'accord sur la base scientifique qu'il rappelle brièvement avec « le réchauffement de la planète, provoqué par l'augmentation des gaz à effet de serre, est un problème grave qui doit être traité. »

Sans blague !

Si vous n'êtes pas tombé de votre chaise à la lecture de ces inepties c'est sûrement que vous n'y avez trouvé rien à redire et dans ce cas je ne sais pas ce que l'on peut faire pour vous (une trépanation, peut-être, avant l'amputation du cerveau ?)

Mais continuons la lecture de la prose cliffmassienne, car elle vaut le détour :
The real rebate (sic) is between two groups:

1. A confident, non-political group that believes technology, informed investments, rational decision making, and the use of the best scientific information will lead to a solution of the global warming issue. An optimistic group that sees global warming as a technical problem with technical solutions. I will refer to these folks as the ACT group (Apolitical/Confident/Technical)

2. A group, mainly on the political left, that is highly partisan, anxious and often despairing, self-righteous, big on blame and social justice, and willing to attack those that disagree with them. They often distort the truth when it serves their interests. They also see social change as necessary for dealing with global warming, requiring the very reorganization of society. I call these folks the ASP group (Anxious, Social-Justice, Partisan).
Le vrai débat est entre deux groupes :

1. Un groupe confiant et apolitique qui croit que la technologie, les investissements éclairés, la prise de décision rationnelle et l'utilisation des meilleures données scientifiques permettront de trouver une solution au problème du réchauffement planétaire. Un groupe optimiste qui voit le réchauffement climatique comme un problème technique avec des solutions techniques. J'appellerai ces gens le groupe ACT (Apolitique/Confiant/Technique).

2. Un groupe, principalement de gauche politique, très partisan, anxieux et souvent désespéré, bien-pensant, insistant sur la responsabilité et la justice sociale, et prêt à attaquer ceux qui sont en désaccord avec eux. Ils déforment souvent la vérité quand elle sert leurs intérêts. Ils considèrent également que le changement social est nécessaire pour faire face au réchauffement de la planète, ce qui exige une réorganisation de la société. J'appelle ces gens le groupe ASP (Anxieux, Socialiste, Partisan).
Si vous ne vous êtes pas effondré de rire à la lecture de ces deux groupes caricaturaux c'est que vous êtes sacrément résilient et qu'il vous en faut plus pour vous déstabiliser, autrement si vous vous tordez de douleur sur votre carpette en vous tenant les côtes ne vous inquiétez surtout pas, c'est normal et ça va vous passer.

Je ne sais pas si c'est la peine d'aller plus loin, nous nous sommes déjà bien amusés, n'est-ce pas ?

J'imagine que je fais partie du groupe ASP selon les critères de monsieur Mass, bien que je sois parfaitement apolitique et confiant d'une part, et de sensibilité socialiste de l'autre.

Oui apolitique car je n'ai jamais milité ni manifesté, je me contente de voter pour faire mon devoir de citoyen, bien content de ne pas vivre sous une dictature tout en étant parfaitement conscient des limites de ce que l'on appelle la démocratie (qui est le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres selon ce qu'aurait dit Churchill) ; confiant car je ne me fais pas de souci pour ma modeste personne, je sais que je serai mort quand les choses sérieuses commenceront, alors pourquoi paniquerai-je ? Et enfin de sensibilité socialiste car nous vivons en société jusqu'à preuve du contraire et seule une entente entre tous les membres de cette société pourrait (au conditionnel) nous sortir du guêpier dans lequel nous nous sommes nous-mêmes fourrés (régimes communistes compris) en y mettant une « bonne » volonté hors du commun !

Par contre je ne vois pas en quoi la technique serait la panacée qui nous sauverait, tant il est vrai que c'est la technique, du moins une certaine technique, qui nous a mis dans le pétrin, et comme on ne trouve pas les solutions avec les mêmes outils qui ont créé les problèmes il est évident que dans notre cas si nous continuons « comme si de rien n'était » la technique ne fera qu'amplifier nos difficultés, certainement pas les résoudre ; l'anxiété, elle, se fait étrangement discrète, car il suffit de consulter les sondages pour s'apercevoir que les gens ont davantage peur du terrorisme ou du chômage que du réchauffement climatique, lequel parait trop lointain pour vraiment affoler les populations (lesquelles ne sont pas anxieuses mais révoltées quand elles manifestent, mais monsieur Mass ignore la révolte et préfère parler d'anxiété) ; enfin on s'interroge sur la santé mentale de Cliff Mass quand il parle d'attitude partisane pour décrire le groupe dont font partie l'immense majorité des scientifiques de la planète, comme si des gens comme Lindzen, Christy, Curry ou Soon n'avaient pas, eux, ce côté partisan qui les caractérise pourtant si bien.

Le plus comique est quand Mass oppose les propos d'une certaine Jaimie Margolin à ceux d'un certain Mr Backer, directeur (ce n'est pas une plaisanterie) de l'American Conservation Coalition, dont le mot d'ordre affiché en grand sur leur site est « We're giving conservatives a voice on the environment », soit Nous donnons aux conservateurs une voix sur l'environnement !

Par conservateurs il faut bien entendu comprendre « de droite », donc essentiellement Républicains, mais à part cela Cliff Mass nous dit que le « débat » ne doit pas être politique, le « bon groupe » est celui qui est apolitique, il s'agit des A/C/T, ceux qui sont confiants en l'avenir tels ces jeunes bien habillés, bien coiffés et tout sourire qui composent ce groupe apolitique (mdr) créé récemment en juin 2017 pour faire croire au bon peuple que même chez les Républicains on peut aussi trouver des jeunes dynamiques dont le regard est résolument tourné vers un avenir meilleur !

Cela-dit la déclaration de Benji Backer tient la route, c'est beau comme du Rimbaud et tellement rassurant, au point qu'on se demande si ces jeunes ne seraient pas par hasard manipulés par leurs ainés comme on dit qu'une certaine Greta le serait de son côté, mais non, cela ne se peut pas, cela ne peut pas être possible, ils sont tous si mignons !

Et Cliff Mass ne s'y trompe pas quand il écrit :
Mr. Backer, leader of the American Conservation Coalition, a conservative/moderate group of young people supporting action to protect the environment, approaches the problem in a radically different way. Instead of despair, there is optimism, recommending more scientific and technical research, a bipartisan attack on the problem, a rejection of an apocalyptic future, the building of new energy industries with potential benefits for the American economy, and a dedication to follow the science and not political expediency. 
M. Backer, chef de l'American Conservation Coalition, un groupe de jeunes conservateurs/modérés qui soutiennent l'action pour protéger l'environnement, aborde le problème d'une manière radicalement différente. Au lieu de désespoir, il y a de l'optimisme, recommandant plus de recherche scientifique et technique, une attaque bipartisane contre le problème, le rejet d'un avenir apocalyptique, la construction de nouvelles industries énergétiques avec des bénéfices potentiels pour l'économie américaine, et une volonté de suivre la science et non l'opportunité politique. 
Oui vous avez bien lu, « la construction de nouvelles industries énergétiques avec des bénéfices potentiels pour l'économie américaine », pour le reste du monde ils n'ont qu'à se débrouiller, hein !

Et si vous n'êtes pas totalement convaincu, Cliff Mass vous porte l'estocade avec :
In many ways, the ASP group appears to be a religious movement, not unlike the many millennialist movements of the past. As other groups in the past, they predict an apocalyptic future (including fire and brimstone!) and that one must "believe" in their viewpoint or be rejected as a "denier." The ASP folks have a holy viewpoint that comes from authority (they claim based on the views of 97% of scientists). There is no debate allowed, the science is "settled." Sounds like religious dogma.
À bien des égards, le groupe ASP semble être un mouvement religieux, un peu comme les nombreux mouvements millénaires du passé. Comme d'autres groupes dans le passé, ils prédisent un avenir apocalyptique (y compris le feu et le soufre !) et qu'il faut "croire" en leur point de vue ou être rejeté comme un "négateur". Les membres de l'ASP ont un point de vue sacré qui vient de l'autorité (ils prétendent se baser sur les opinions de 97% des scientifiques). Il n'y a pas de débat autorisé, la science est "réglée". On dirait un dogme religieux.
C'est vrai quoi, il n'y a pas de débat aujourd'hui sur le fait que la Terre est ronde et qu'elle tourne autour du Soleil, on dirait effectivement un dogme religieux, Cliff Mass a tout compris !

Avec des personnalités comme lui c'est sûr, nous sommes sauvés, les solutions techniques seront trouvées, on va tordre le cou à ce satané réchauffement climatique avec l'aide de véritables scientifiques comme Spencer, Lindzen ou Curry, c'est écrit dans les astres, il suffit de bien regarder par une nuit sans lune et tout s'illuminera.

Amen.