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mardi 22 mars 2016

Les motivations des climatosceptiques

Je me suis souvent interrogé sur ce qui pouvait bien motiver quelqu'un à nier la réalité du réchauffement climatique anthropique (RCA) en présentant des arguments au mieux niais au pire fallacieux (du style "le climat a toujours changé" ou bien "le réchauffement s'est arrêté il y a 18 ans", entre autres)

En fait il n'y a pas une seule catégorie de "climatosceptiques" dans laquelle on trouverait les mêmes motivations, la réalité est beaucoup plus compliquée: le monde climatosceptique est une véritable armée mexicaine sans réel commandement unique, mais avec de nombreux "chefs" menant leurs troupes sur différents fronts dans une grande confusion; il y a ceux qui croient qu'il n'y a pas de réchauffement, ceux qui croient que nous connaissons en fait un refroidissement, ceux qui croient que si réchauffement il y a l'homme n'en est en rien responsable, ceux qui croient que si l'homme en est responsable ce n'est pas si grave que ce que l'on nous dit, ceux qui croient que de toute façon si c'est grave l'homme dans sa grande sagesse saura toujours se sortir d'affaire, ceux qui croient etc.

Et à chaque croyance correspond une motivation, quelque fois même plusieurs motivations s'entremêlent, se complètent et se renforcent, faisant du climatosceptique un animal bien difficile à cerner et, surtout, à convaincre (j'avais d'ailleurs émis de gros doutes sur la capacité d'un climatosceptique à être convaincu)

J'arrive jusqu'à présent à trouver cinq types de motivations qui sont d'ordre:
  1. religieux
  2. idéologique
  3. économique
  4. technologique
  5. politique
Si un lecteur arrive à en trouver d'autres qu'il veuille bien me le faire savoir, je complèterais la liste.

Motivations d'ordre religieux.

C'est aux USA que l'on verra ce genre motivations de la manière la plus éclatante; ce pays est en effet particulier: c'est une démocratie, l'une des plus importantes au monde, mais cependant cette démocratie est très fortement teintée de religiosité au point que le dollar (papier et pièces de monnaie) porte la mention "In God We Trust"; et on ne compte pas les mentions à Dieu dans les discours des présidents américains ou des candidats à la présidence, qui se terminent invariablement par "God bless you" ou "God bless America".
 
Et l'on sait également l'importance (croissante?) du créationnisme dans ce pays.
 
Or qui dit créationnisme dit toute puissance de Dieu qui a tout créé et qui commande (à) tout.
 
Si Dieu a créé tout ce qui nous entoure et commande aux éléments, alors il est évident qu'il fait du climat sa "chose" et ce serait présomptueux de penser que l'homme, sa création et donc également sa "chose", puisse avoir la moindre influence dessus.
 
S'il y a des sècheresses, des tempêtes, des tremblements de terre, des tsunamis, etc. c'est uniquement à Dieu que nous le devons.
 
Si vous en doutez vous pouvez par exemple regarder le site creation.com dans lequel vous trouverez toutes les réponses à vos questions; extraits:
  • [...] the evidence suggests that about 6,000 years ago God created the world with large amounts of carbon dioxide in the atmosphere.
  • Some secular geoscientists are aware of the higher CO2 levels in the past [...] Creation scientists, on the other hand, have in the Bible a much better foundation for understanding these things...
Et pour comparer créationnisme et climatoscepticisme, le site scienceetfoi.com peut vous donner quelques pistes.
 
Pour ce qui concerne la France ces motivations religieuses sont moins prégnantes, mais il est possible qu'elles existent sous forme "zombie"...

Motivations d'ordre idéologique.

L'idéologie en question (il n'y en a qu'une à ma connaissance) est celle qui concerne le libéralisme, ou peut-être devrait-on plutôt dire, le néolibéralisme.
 
Les libéraux adorent et chérissent notamment Frédéric Bastiat qui avait dit:
  • N'eût-ce pas été un beau et solennel spectacle que le Pouvoir né de la révolution de Février se fût adressé ainsi aux citoyens: « Vous m'avez investi de la Force publique. Je ne l'emploierai qu'aux choses dans lesquelles l'intervention de la Force soit permise; or, il n'en est qu'une seule, c'est la Justice. (...) N'attendez de moi que deux choses: Liberté, Sécurité, — et comprenez bien que vous ne pouvez, sans les perdre toutes deux, m'en demander une troisième (dans Harmonies économiques)
Et force est de constater que les libéraux d'aujourd'hui prennent le mantra "Liberté et Sécurité, rien d'autre" à la lettre quand ils font référence au rôle que devrait d'après eux avoir l'Etat. Celui-ci ne devrait donc se mêler de rien d'autre, et surtout pas de nous dire ce qu'il convient de faire ou de ne pas faire en matière environnementale: les acteurs économiques, pour les (néo)libéraux, sont les seuls aptes à juger de ce qui est bon pour l'homme.
 
Dans ces conditions réglementer ou, pire, taxer afin de limiter les effets du réchauffement climatique sont des aberrations qu'il convient de combattre par tous moyens, y compris si cela doit se faire au mépris de la réalité des choses: c'est comme cela que l'on accuse les scientifiques d'être au mieux des incompétents qui ne connaissent rien à leur sujet d'étude, au pire des charlatans véreux uniquement intéressés par leurs crédits de recherche; c'est la logorrhée habituelle que l'on peut rencontrer sur un site libéral comme Contrepoints, le grand frère de Skyfall (la consanguinité de Skyfall avec le libéralisme ne fait aucun doute, de nombreux articles étant écrits en commun sur ce site ainsi que sur Contrepoints)
 
Sur le site philosciences.com nous pouvons notamment lire:
  • De nos jours le libéralisme a pris une forme différente que l’on peut nommer néolibéralisme. Cette doctrine prône une réduction maximale du rôle de l’État associé au développement du marché dans tous les domaines.
  • De manière frontale, la doctrine néolibérale affirme la suprématie de l’économie et du marché sur les valeurs humaines.
  • Le néolibéralisme instaure et valorise l’individualisme, la compétition entre tous et l’on méprisera l’action collective et l’autorité publique puisqu’elles servent à instaurer des règles contraires à la liberté.
Par ailleurs, si l'on procède à un tour d'horizon des organisations dites libérales, on s'aperçoit qu'elles sont toutes climatosceptiques; voici quelques exemples emblématiques:
Le libéralisme en soi n'est pas plus méprisable que le communisme ou l'anarchisme, il n'a rien à voir avec le nazisme et on peut donc le respecter. Cependant, nier la réalité et injurier les scientifiques quand ils font leur travail sous le simple prétexte que les résultats ne s'accordent pas avec l'idéologie en question, c'est non seulement de la mauvaise foi, mais cela peut aussi être considéré comme un crime potentiel qui sera éventuellement jugé par ce que l'on a l'habitude d'appeler les générations futures, c'est-à-dire notre descendance.
 
A la limite on peut à ce stade confondre les deux premières motivations, religieuse et idéologique, car elles procèdent des mêmes systèmes de pensée (ou de non-pensée si l'on préfère)
 
Non seulement le libéral n'acceptera pas qu'on lui dicte ce qu'il faut faire, mais il refusera d'accepter le fait que l'homme, c'est-à-dire lui, soit responsable de problèmes causés par son activité débridée, il refusera donc en toute logique que l'on mette en place la moindre mesure destinée à résoudre (même très partiellement) ces problèmes qu'il aura pourtant provoqués.
 
S'il acceptait être la cause des problèmes et que l'Etat ou quelque organisme que ce soit (le GIEC par exemple) tirent la sonnette d'alarme et donnent des directives afin d'atténuer ou supprimer ces problèmes, alors tout son monde (néo)libéral s'écroulerait dans la minute, ce qu'il ne peut admettre.
 
Le libéral, comme le croyant religieux, est prisonnier de son dogme et de son catéchisme, il lui est quasiment impossible de s'en défaire.

Motivations d'ordre économique.

Les motivations économiques sont très souvent liées aux précédentes, celles d'ordre libéral, mais ce n'est pas une règle absolue, car on peut trouver des climatosceptiques en environnement plus "socialiste", là où les conditions de vie des gens sont intimement liées à des facteurs de production en relation avec le charbon, le pétrole, les mines, la déforestation, etc.

Par exemple il n'est pas sûr que les mineurs qui vont se retrouver au chômage suite aux modalités d’ouverture de nouvelles mines sur les terres fédérales américaines ne se rangeront pas dans le camp des climatosceptiques même s'ils ne sont pas foncièrement libéraux et se considèrent comme des personnes exploitées (exploitées au même titre que le charbon...)

Quoiqu'il en soit, les sommes en jeu dans l'exploitation des ressources dites fossiles, à savoir le charbon, le pétrole et le gaz, ainsi que l'industrie forestière (on devrait plutôt dire déforestière...) sont tellement immenses que les acteurs aux commandes ont les moyens financiers de notamment alimenter en fonds les organismes déjà cités dans le chapitre précédent sur les motivations idéologiques (Heartland, Marshall, Cato, etc.)

Non seulement les bénéfices de ces sociétés sont importants, mais de plus elles reçoivent des sommes colossales sous formes de subventions.

Quand vous avez une poule aux œufs d'or vous faites en sorte qu'elle ponde le plus longtemps possible, et si d'aventure cette poule procurait un quelconque désagrément à vos voisins, vous trouveriez mille excuses pour réfuter les accusations dont elle serait l'objet. De la même manière les industriels "fossiles" ne se privent pas de minimiser, voire de nier carrément les effets du réchauffement climatique provoqué en très grande partie par leur activité; avouer qu'ils sont responsables seraient en quelque sorte scier la branche sur laquelle ils se sont assis.

Ainsi Exxon savait dès 1981 que le changement climatique est une réalité:
  • Un courrier échangé entre l'université d'État de l'Ohio et un ex-expert d'ExxonMobil, Lenny Bernstein, montre que la firme était consciente du changement climatique dès 1981, sept ans avant que cela ne devienne un débat public...
  • Par la suite, la firme a pourtant financé une campagne climatosceptique pendant près trente ans, et dépensé plus de 30 millions de dollars pour nier l’existence d’un tel changement.
  • ExxonMobil Corporation, la première compagnie pétrolière mondiale, a financé en 2008 des recherches remettant en cause le réchauffement climatique.
  • Jusqu’à sa déclaration mercredi 8 juillet [2015], selon laquelle elle reconnaissait ce danger et cessait de financer des lobbies.
  • Ce changement de position intervient quelques mois après les révélations de financement de l'un des principaux experts climatosceptiques, Wei-Hock «Willie» Soon, par Exxon notamment, sans que celui-ci ait été déclaré dans ses papiers scientifiques.
En la matière on peut facilement utiliser l'adage "follow the money" afin de savoir à qui profite le crime: celui qui nie le réchauffement d'origine anthropique fait très probablement partie des responsables de ce réchauffement et en tire un certain bénéfice qu'il n'a pas intérêt à voir disparaître.

Motivations d'ordre technologique.

 Un mantra de certains climatosceptiques est que l'homme pourra (saura) toujours trouver des solutions aux problèmes qu'il rencontre; il en a toujours été ainsi, du moins croient-ils, donc pourquoi cela changerait-il?
 
Une première objection pourrait être celle-ci: dans le passé les progrès scientifiques ont été extrêmement lents et n'ont eu que peu d'impact sur la vie des gens; ce n'est que depuis l'avènement de la révolution industrielle que le progrès scientifique se fait vraiment sentir à l'échelle d'une vie humaine.
 
On parle donc du milieu du 19ème siècle, soit il y a à peine un siècle et demi.
 
Et c'est justement depuis cette période que le climat semble s'être emballé...
 
Par conséquent on n'a pas véritablement beaucoup de recul pour savoir si l'homme est réellement capable de réparer ses erreurs technologiques (on a vu avec plusieurs accidents de centrales nucléaire ce qu'il en était...)
 
Tout cela n'empêche pas certains climatosceptiques qui croient dur comme fer au génie humain d'être persuadés que nous arriverons à contrer les effets néfastes du réchauffement climatiques (à condition, diront-ils, qu'il y ait des effets néfastes!)
 
Parmi les partisans de la géo-ingénierie on trouve donc à la fois des scientifiques "sérieux" et des climatosceptiques qui se proposent de réparer la terre comme on répare une voiture défectueuse:
  •  la technologie de demain est censée résoudre les désordres engendrés par la technologie d'hier.

Ainsi un climatosceptique notoire comme Bjorn Lomborg peut-il proposer des solutions de géo-ingénierie dont vous trouverez une critique sur RealClimate:
  • Bjorn Lomborg’s Climate Consensus Center just released an un-refereed report on geoengineering
  •  In this report [...] they simply omit the costs of many of the potential negative aspects of producing a stratospheric cloud to block out sunlight or cloud brightening, and come to the conclusion that these strategies have a 25-5000 to 1 benefit/cost ratio.
  • That the second author works for the American Enterprise Institute, a lobbying group that has been a leading global warming denier, is not surprising, except that now they are in favor of a solution to a problem they have claimed for years does not exist.
Avant de réparer quelque chose, la moindre des choses est d'essayer de ne pas la casser, donc de faire de la prévention; mais pour faire de la prévention il faut une volonté supra-individus, ce qui peut gêner les intérêts de certains (voir plus haut)

Par ailleurs on constate qu'une grande partie des climatosceptiques militants est constituée d'ingénieurs ou de scientifiques "vieille école", nourris dans les années après-guerre par le mythe du progrès technologique et notablement du nucléaire comme source importante d'énergie et de production d'électricité. C'est notamment ce que nous confirme cet article sur francetvinfo se basant sur une étude du Commissariat général au développement durable:
  • Plus d'un tiers des Français sont climato-sceptiques. Et moins ils croient au réchauffement climatique, plus ils ont tendance à soutenir le nucléaire.
  • "Les partisans du nucléaire se recrutent surtout chez les climato-sceptiques", relève l'étude.
  • Parmi ceux qui estiment que le réchauffement n'est pas prouvé, 58% attribuent plutôt des avantages au nucléaire.
Il suffit d'ailleurs de consulter les commentaires d'articles publiés en ligne sur le sujet du réchauffement climatique pour s'apercevoir qu'une partie significative des intervenants ont bien des qualifications scientifiques, mais sans pour autant être spécialisés en climatologie (c'est-à-dire dans une discipline liée au climat comme la glaciologie, l'océanographie, la dendrologie, etc.), bref qui parlent du sujet en "experts" autoproclamés sans en avoir la moindre compétence.

Dans Comment reconnaître un climatosceptique, en sept contrevérités Sophie Chapelle nous dit:
  • Les « opinions » des climatosceptiques n’y sont pas entendues ? « Pour produire sa synthèse, le Giec ne prend comme données de base que les travaux qui sont publiés dans les revues scientifiques. Or, la plupart des travaux des climatosceptiques qui contestent l’existence du réchauffement climatique n’arrivent jamais à publication parce qu’ils ne sont pas sérieux », explique Antonin Pottier, qui a travaillé sur la rhétorique du discours climatosceptique.
C'est pour cela que l'on rencontre quantités d'ouvrages ou d'articles climatosceptiques écrits par des personnes ayant un certain bagage scientifique, mais n'ayant jamais rien publié dans des revues à comité de lecture, les seules valables aux yeux de la communauté scientifique.

Les climatosceptiques ont aussi pour dada de dénigrer systématiquement tout ce qui concerne les énergies dites renouvelables, ce que l'on appelle la transition énergétique:
  • Le sérieux et l’impartialité du Giec remis en cause, ce sont les politiques climatiques et de transition énergétique qui n’ont plus lieu d’être.
Pour ces climatosceptiques "scientifiques" il n'existerait donc que le nucléaire pour produire l'électricité dont nous avons (aurons) besoin, le vent, l'eau, le soleil, les profondeurs de la terre n'ont pas leur place dans le mix énergétique, ou si peu.

Ce n'est pourtant pas l'avis de l'ADEME sur la question:
  • plusieurs mix électriques sont techniquement possibles pour satisfaire la demande chaque heure de l'année [en 2030-2050] avec 80 ou 100% de renouvelables;
  • le coût des technologies doit continuer à baisser, surtout pour les technologies les moins matures, afin de permettre un mix équilibré entre les différentes filières de production d'électricité. Cette baisse de coût peut s'envisager grâce au progrès technologique, mais également via la mise en place de conditions de financement appropriées pour les énergies renouvelables.

Motivations d'ordre politique.

Dans le monde, comme cela a toujours été le cas dans l'histoire, c'est la politique qui a le dernier mot et qui en fait décide de tout, en prenant en compte le fait que le politique est souvent fortement dépendant
  • de la religion
  • de l'idéologie
  • de l'économie
  • et dans une faible mesure si on la compare aux trois précédentes, de la technologie.
C'est pour cela que je termine naturellement par les motivations politiques des climatosceptiques, puisqu'elles découlent de tout ce qui précède.
 
En effet, un homme (au sens générique) politique doit tenir compte de deux facteurs dans notre monde contemporain:
  1. l'électeur à qui il a affaire et qu'il devra convaincre de voter pour lui
  2. ses sources de financement
Cela ne s'applique évidemment pas aux dictatures (qu'elles soient évidentes ou masquées) mais seulement à nos démocraties, et notamment aux USA où les climatosceptiques sont légion par rapport au reste du monde moderne.
 
Que constate-t-on?
 
D'après le site novethic:
  • Les climato-sceptiques ne désarment pas : au Congrès à Washington, dans certaines administrations en Floride, ou encore dans les musées d'histoire naturelle, ils tentent d'imposer leur vision du monde au sein de l’administration américaine. Et ce avec le soutien financier des lobbys du pétrole, du gaz et du charbon.
  • Quand on lui demande si le changement climatique existe, le gouverneur républicain de Floride Rick Scott se garde toujours de répondre "non". Il préfère expliquer qu'il n'a pas d'avis arrêté parce qu'il n'est pas un scientifique.
  • dans l'édition 2009-2010 du rapport annuel sur les océans et les côtes de Floride, l'expression "changement climatique était mentionnée à 15 reprises. Dans l'édition 2014-2015, elle n'est plus mentionnée une seule fois. Entre les deux ? L'élection de Rick Scott.
  • Selon le think-tank progressiste Center for American Progress, au Congrès, 53% des représentants et 70% des sénateurs républicains sont ouvertement climato-sceptiques.
  • pour Greenpeace, les responsables sont connus : "Depuis 20 ans, en donnant massivement pour les campagnes électorales, l'industrie du gaz, du charbon et du pétrole pollue tout. Exactement comme l'industrie du tabac, au siècle dernier, a réussi à faire croire que fumer n'était pas mauvais pour la santé !", assène Connor Gibson.
  • Barack Obama, inquiet de l'image que cela peut donner des États-Unis, a lui-même pointé du doigt ces lobbys : "Vous avez des élus qui sont des complices des pétroliers ou des géants des industries fossiles et il y a beaucoup d'argent en jeu", n'a pas hésité à lancer le président américain dans une interview récente.
Par ailleurs on apprend avec le site bastamag (article de novembre 2012):
  • Aux États-Unis, le financement des campagnes électorales, que ce soit pour entrer à la Maison Blanche ou au Congrès, ne souffrent de quasiment aucune restriction, ni véritable obligation de transparence.
  • les dirigeants de sociétés cotées en bourse peuvent ainsi financer les campagnes, sans limites, via des comités d’action politique, appelés « Super PACs » (Lire notre article).
  • De grandes entreprises françaises participent à cet afflux massif de dollars. Leur objectif premier : empêcher toute mesure significative de lutte contre le changement climatique, et toute régulation environnementale en général. Leurs financements favorisent également la frange des républicains la plus réactionnaire.
  • Avec des donations déclarées de 728 000 dollars, au 1er octobre 2012, auprès de candidats au Sénat et au Congrès, les entreprises françaises se placent au quatrième rang des firmes étrangères qui interviennent financièrement dans les élections.
  • Ces versements profitent d’abord au camp républicain : le groupe pharmaceutique Sanofi, EADS (aéronautique et défense), Areva (nucléaire), Lafarge (BTP), GDF-Suez (énergie) et le groupe Louis-Dreyfus (négoce de matières premières) ont chacun versé entre 55 000 et 192 500 dollars à des candidats, en majorité républicains, via les « Super PACs » que ces entreprises ont créés [1].
  • Parmi les politiciens les plus prisés des entreprises françaises, on trouve par exemple John Shimkus, membre du Congrès pour l’Illinois. Il avait défrayé la chronique en 2009 en déclarant ne pas craindre la montée du niveau des océans parce que Dieu a promis à Noé que l’humanité ne serait plus jamais menacée par un déluge, selon la Bible...
Comme on le voit les financements "climatosceptiques" profitent essentiellement aux républicains, ce qui n'étonnera que les naïfs quand on se penche quelque peu sur les trois principaux protagonistes actuels:
    • Par ses positions, Cruz offre le jackpot conservateur : anti-avortement, ultra-climatosceptique, à droite du Likoud sur tout ce qui concerne Israël, anti-immigration à l'excès, favorable à l'accroissement des dépenses militaires, etc...
    • en mai 2014, Marco Rubio expliquait que pour lui, les lois visant à limiter les émissions de CO2 “n’auront aucun effet” sur le climat mais contribueront à “détruire l’économie américaine”.
    • "Je ne crois pas au changement climatique. (…) C’est juste la météo". Interrogé sur CNN jeudi 24 septembre, à la suite des appels du pape François depuis Washington à agir sur le climat, Donald Trump, chouchou des sondages des primaires républicaines pour l’élection présidentielle de 2016, a lancé une nouvelle bombe contre le consensus scientifique autour du dérèglement climatique qu’il qualifie de "canular".
Il faut quand même avoir conscience de l'importance du financement "climatosceptique", ce que nous révèle Stéphane Foucart dans l'article Les climatosceptiques qui valaient des milliards, basé sur une étude de Robert J. Brulle, Institutionalizing delay: foundation funding and the creation of U.S. climate change counter-movement organizations:
  • Outre-Atlantique, entretenir le doute sur la réalité du réchauffement anthropique peut être une activité lucrative. Elle fait vivre une centaine d'organisations de toutes sortes, qui parviennent à lever près d'un milliard de dollars chaque année.
  • Robert Brulle a d'abord identifié quatre-vingt-onze organisations qui portent dans les médias ou sur le Net un discours climatosceptique ou systématiquement opposé à toute action politique pour contrer le réchauffement.
  • Le sociologue américain montre que, depuis 2008, les dons se font de moins en moins de manière directe. « De 2003 à 2007, les Fondations Koch ou la Fondation ExxonMobil étaient lourdement impliquées dans le financement des organisations du contre-mouvement sur le changement climatique, écrit M. Brulle. Mais depuis 2008, elles ne font plus de contributions publiques. »
  • De manière concomitante, note-t-il, le Donors Trust (qui collecte les dons de fondations philanthropiques pour les redistribuer de manière opaque) prend une place centrale dans le dispositif.
  • Les trois quarts environ des sommes perçues par la galaxie climatosceptique américaine sont désormais intraçables.
Et quand un candidat est financé par "quelqu'un", que croyez-vous qu'il se passe, que ce soit aux USA, en France ou ailleurs?

Quant aux électeurs chargés de déposer leur bulletin dans l'urne, on apprend avec Envoyé spécial:
  • Plus d'un Américain sur deux ne croit pas que le changement climatique soit dû à l'action humaine. Ils sont parfois croyants, souvent républicains ou travaillant dans le secteur des énergies fossiles. Ils peuvent même être les trois en même temps. Portrait de l'Amérique climatosceptique.
  • Ces Américains qui ne croient pas au réchauffement climatique (plus d'un sur deux selon les enquêtes) sont parfois très croyants : penser que le changement climatique soit dû à l'action de l'homme, c'est presque un péché d'orgueil, car "Dieu contrôle le climat".
  • Et ils sont souvent des électeurs du parti républicain, farouchement opposés à toute idée de régulation des émissions de gaz à effet de serre.
La boucle est bouclée:
  • religion => idéologie => économie => technologie => politique => religion => etc.
 

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Pour aller plus loin sur le sujet:
 

3 commentaires:

  1. Excellent billet. En dehors de toutes considérations d'ordre religieux, accepter l'idée que l'homme peut influer de manière significative sur son environnement et surtout sur le climat c'est accepter le fait que notre mode de société a échoué et qu'il apporte plus d'inconvénients que d'avantages. Impensable pour beaucoup.

    Robert

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    1. Excellent "commentaire" d'un "excellent billet".

      Roberte

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    2. Et à part ça Roberte a quelque chose à dire sur l'article?

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