jeudi 28 mai 2026

Mai 2026 : quand une vague de chaleur « pas inédite » bat tous les records de l’Ouest

 Les climato-irréalistes toujours fidèles à eux-mêmes. Voici ce que l'on peut lire sur X :

#Canicule en France : épisode marquant, mais pas inédit. L’histoire météo française regorge de vagues de #chaleur extrêmes bien avant l’ère moderne #Climat #Météo 🌡️ 👇


Vague de chaleur : un épisode exceptionnel… mais pas inédit dans l’histoire météo française


Et devinez vers quoi aiguille l'image associée. Mais bien sûr, vers le site des climato-irréalistes où notre mathématimancien Benoit Rittaud officie régulièrement (normal c'est lui qui a créé l'ACR et en est le président)

Alors analysons sommairement tout ce fatras de désinformation (le tweet plus l'article qui y est associé)

Le texte reconnaît que l’épisode actuel est « remarquable par sa précocité » et par son extension inédite jusqu’aux régions du nord-ouest (Brest, Rennes, Nantes), avec des températures dignes d’un plein été et des nuits tropicales parfois inédites sur le littoral atlantique. Il admet même que cette vague de chaleur « sera probablement historique pour une fin mai ». Tout cela est parfaitement vrai mais est immédiatement démoli par ce qui suit :
mais cela ne signifie pas automatiquement qu’elle constitue, à elle seule, une preuve directe d’une origine anthropique.
Le cœur du message consiste donc à relativiser fortement cet événement par des explications qui semblent avoir du sens :
  • Exemples historiques mis en avant : La fin mai 1922 (35-37 °C dans de nombreuses villes, record absolu à Paris-Montsouris de 34,8 °C le 24 mai) et le printemps 1947 (33-35 °C fin mai). L’article insiste sur le fait que de tels épisodes existaient « bien avant l’augmentation récente du CO₂ ».
  • Explication météorologique : Un puissant dôme de chaleur avec subsidence et compression adiabatique sous l’anticyclone, mécanisme classique et ancien. A noter que le mécanisme météo n'exclut pas le facteur climatique. La compression adiabatique (l'air qui se réchauffe en descendant et en se comprimant) est effectivement un phénomène physique standard. Cependant, si l'air de départ qui entre dans le dôme est déjà plus chaud à l'échelle globale à cause de l'effet de serre, la compression adiabatique s'opère sur une base thermique plus élevée, ce qui pousse les thermomètres vers des sommets inédits.
  • Perspective longue : Références à l’Optimum climatique médiéval et à des périodes chaudes de l’Holocène avec des concentrations de CO₂ "nettement plus faibles qu'aujourd'hui". On précisera que ces variations passées étaient souvent régionales et non globales (contrairement au réchauffement actuel), et que leurs causes (cycles orbitaux, activité volcanique ou solaire) sont parfaitement connues et mesurées aujourd'hui, et elles n'expliquent absolument pas le pic de chaleur actuel.
L’article conclut que cet épisode « ne constitue pas, à lui seul, une preuve directe d’une origine anthropique », même s’il concède du bout des lèvres qu’« un climat globalement plus chaud puisse aujourd’hui amplifier certains extrêmes », ajoutant immédiatement après, comme pour se dédouaner, « mais l’épisode actuel reste avant tout lié à une configuration atmosphérique exceptionnelle. »

Il y a beaucoup de choses à dire sur ce texte, essayons d'en extraire les problèmes principaux, du moins ceux que j'ai repérés (il y en a peut-être d'autres) :
  • Alors que Météo-France qualifie l’épisode d’inédit, historique et sans commune mesure avec les précédents mai (record national de température moyenne battu à plusieurs reprises, centaines de records mensuels, précocité et intensité exceptionnelles pour la saison), l’article met l’accent sur « pas inédit » pour relativiser (voir Météo : épisode de chaleur inédit en mai | Météo-France)
  • Les cas de 1922 et 1947 concernent surtout l’Est et le centre, alors que l’originalité de 2026 réside précisément dans l’impact massif sur les régions océaniques de l’Ouest, habituellement beaucoup plus fraîches en mai. Sans compter qu'il n'y a pas que la France qui est touchée, le sud de l'Angleterre aussi, ainsi que l'Espagne et le Maroc.
  • Reconnaître que la variabilité naturelle permettait des extrêmes par le passé est exact. Mais cela n’infirme pas que le réchauffement anthropique rende ces événements plus fréquents, plus intenses, plus précoces et plus durables. L’article sépare artificiellement le mécanisme météo immédiat du contexte climatique de fond.
  • Les éléments de langage utilisés, comme par exemple « exceptionnel mais pas inédit », servent une ligne consistante de minimisation du rôle humain dans le changement climatique, en insistant sur les points qui vont dans le sens de la relativisation.
Pour conclure, l’article repose sur des faits réels (des chaleurs extrêmes ont existé avant) mais aboutit à une présentation trompeuse par omission et par cadrage. Le but est manifestement d’induire en erreur un lecteur non averti sur le caractère hors norme de cet épisode de fin mai 2026 — à la fois par sa précocité, son intensité record à l’échelle nationale et son extension géographique inédite vers l’ouest.

Les commentaires actuellement visibles restent au niveau habituel que l'on rencontre sur le site des climato-irréalistes, c'est-à-dire au ras des pâquerettes :

Inédit ou pas, j’aime avoir chaud et je déteste grelotter en Mai. C’est grave, Docteur?
Gémini (Intelligence Artificielle) a composé un petit poème pour cette belle occasion
« Quand le mois de mai ose les feux de l’été,
La canicule invite aux terrasses fleuries ;
On boit la lumière à pleine liberté,
Savourant l’éclat de ces heures bénies. »

Je ne suis pas entièrement d’accord avec l’explication donnée dans cette article et le terme « dôme de chaleur » ne me convainc pas totalement.
Pour simplifier, dans le passé l’anticyclone des Açores dominait la météo européenne. Quand il s’affaiblissait, il laisser passer les perturbations sur l’Europe de l’ouest, quand il gonflait, il repoussait les perturbations vers l’Europe du nord et nous amenait du beau temps. Cela correspondait avec un jet stream ondulant de manière modéré. Les situations de blocage météo était peu fréquentes.

Depuis une dizaine d’années, cette configuration s’efface assez régulièrement et on assiste souvent à la formation d’un anticyclone sur l’Europe de l’ouest ou centrale, ou même sur l’Europe du nord, lequel bloque une dépression sur l’atlantique au large des iles britanniques, et/ou de la France, ou encore de la péninsule ibérique. Les vents tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre autour des dépressions et inversement autour des anticyclones, cette configuration météo aspire l’air chaud situé au sud, et au sud se trouvent le Sahara et l’Afrique du nord pas réputés pour être des puits à froid. Ensuite l’air chaud se retrouve bloqué par l’anticyclone et on crève de chaud.
Cette situation de blocage météo correspond à un jet stream ondulant de manière très marquée et peu mobile sur des durées assez longues (5 à 15 jours).
Je trouve que cet article explique bien ce mécanisme : https://www.meteo-paris.com/actualites/pourquoi-la-france-chauffe-t-elle-plus-vite-que-le-reste-de-l-europe

Quand LeRescator s'essaie à de la poésie à deux balles avec l'aide de l'IA (car il est totalement incapable d'en produire lui-même) Hug tente une explication alors que s'il me lisait régulièrement il aurait vu que ce qu'écrit Météo Paris n'a rien d'original ; j'ai en effet à maintes reprises expliqué le phénomène lié au jet stream ; voir Chroniques du têtard mouillé: Résultats de recherche pour jetstream et notamment L'(an)alpha(bète) et l'oméga, article dans lequel notre "ami" Hug est à l'honneur. Comme quoi il ne semble pas avoir appris grand-chose depuis 2021. Pour son information, s'il venait à me lire, le débat scientifique actuel porte précisément sur le lien entre le réchauffement de l'Arctique et l'amplification de ces ondulations du Jet Stream. En clair, même le mécanisme de blocage que Météo-Paris décrit est soupçonné d'être aggravé par le changement climatique anthropique.


2 commentaires:

  1. Commentaire laissé sur le site des climato-irréalistes : « Article intéressant à décrypter, mais il faut plus qu’un commentaire pour le faire, un article est indispensable afin de détailler ses forces et ses faiblesses : https://sogeco31.blogspot.com/2026/05/mai-2026-quand-une-vague-de-chaleur-pas.html » ; nous verrons bien si le modérateur a le courage de le publier.

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    1. Comme prévu mon commentaire, qui est resté un petit moment en modération, a complètement disparu. Etonnant, non ?

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