dimanche 1 juillet 2018

L'Arctique à toutes les sauces

Mon précédent billet sur l'Arctique, Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 !, était évidemment à prendre au second degré, car je ne me permettrais pas de prétendre deviner quand la banquise boréale sera entièrement absente en septembre à partir d'un simple coup de crayon virtuel avec l'aide de Paint.

Certains ont pris ma « prédiction » pour argent comptant, comme par exemple ici :
par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:22 
rien que le titre m'a suffit :

Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 !

attention pas 2037 ou 32... manque plus que le jour, le 12 septembre ou le 25 septembre le suspens est total...

C'est merveilleux la nature il suffit de projeter des courbes pour y lire l'avenir.
c'est que la nature c'est simple comme une droite.
Plus besoin de science Paint suffit !
Le dénommé Troubaa n'en est pas à une ânerie près, il en rajoute d'ailleurs un peu plus loin :
par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:42
Meme en analyse financiere si la projection de courbe te donnaient des prévisions justes cela se saurait.
Et le climat est nettement plus complexe que la finance....

il n'y a rien de plus con que de projeter une courbe dans un système complexe…
Outre le vocabulaire approximatif (« le titre m'a suffit » ou « la projection de courbe te donnaient », qui ne sont que quelques exemples de ses difficultés de conjugaison) qui révèle une culture défaillante, la logique et la cohérence ne sont pas le fort de l'ami Troubaa.

En effet, dire que le climat est plus complexe que la finance ne signifie pas grand chose, les deux domaines ne pouvant pas être comparés comme on compare deux paires de chaussettes afin d'évaluer laquelle des deux sera la plus résistante dans le temps en tenant compte de leur prix ou de tout autre critère de choix comme la couleur ou la texture.

En finance il est bien plus hasardeux de projeter une courbe à partir d'une tendance que pour le climat ; ce dernier possède des caractéristiques bien plus stables et bien mieux connues des spécialistes pour permettre des projections assez fiables contenues dans une zone d'incertitude relativement faible, alors que la finance est tributaire de tellement de facteurs d'origines diverses, essentiellement d'ordre sociologique et politique, voire idéologique, que faire des prévisions financières à plus de quelques années s'apparente à un exercice divinatoire du style de la lecture de l'avenir à partir des entrailles de poulet.

Tamino (de son vrai nom Grant Forster) nous donne une leçon de statistiques appliquées à l'évolution des températures que l'on peut aisément transposer au problème de la diminution de la banquise arctique ; dans Weak Sauce from Climate Deniers il démonte sans grande difficulté les assertions d'un climatosceptique qui ne voyait aucune tendance dans l'augmentation des températures et ne distinguait que deux courtes périodes durant lesquelles il y aurait eu un réchauffement, même pas dû au CO2 :
“First of all: what persistent trend? Sorry but I can’t find one. What we see in the actual evidence is a roller coaster pattern of ups and downs. The only persistent upward trends occurred either early in the 20th century when CO2 emissions had only a small effect or late in the 20th century over a period of only 20 years.” 
"Tout d'abord : quelle tendance persistante ? Désolé mais je n'en trouve pas une seule. Ce que nous voyons dans la réalité est un modèle de montagnes russes de hauts et de bas. Les seules tendances persistantes à la hausse se sont produites au début du XXe siècle, lorsque les émissions de CO2 n'ont eu qu'un faible effet ou à la fin du 20e siècle sur une période de 20 ans seulement. "
La démonstration de Tamino tient en quelques graphiques dont voici le premier afin de planter le décor :

Température mondiale moyenne annuelle de la NASA

Chacun peut vérifier avec Wood for trees que ces températures enregistrées depuis 1880 sont cohérentes quand on prend plusieurs organismes en considération :

Evolution des températures depuis 1880 selon trois organismes indépendants.


Je n'ai pas pris en compte les données satellitaires (UAH et RSS) car elles ne commencent qu'en 1979 et ne mesurent pas que la surface ; on remarquera que le graphique de Tamino est bien plus clair car il montre une ligne rouge représentant la moyenne annuelle, rendant ainsi la lecture plus aisée ; cependant il n'en est pas moins juste (ni davantage d'ailleurs) que les trois courbes provenant de WFT, chacune montrant une augmentation proche du degré Celsius entre 1880 et aujourd'hui.

On remarquera également que le réchauffement climatique a vraiment « pris son envol » à partir des années 1970-80, après une pause de près de trente ans probablement due aux émissions de particules ayant un effet refroidissant sur l'atmosphère (la réglementation a permis du lutter contre ces particules, mais au détriment de la température qui s'est envolée…), c'est pourquoi Tamino prend comme point de départ de sa démonstration l'année 1975 pour tout d'abord nous montrer ce qu'est une tendance sur une période de 25 ans en se plaçant virtuellement en l'an 2000 :

Les données de 1975 à 1999 correspondent à une droite (par régression des moindres carrés) pour estimer la tendance

Il procède ensuite au même exercice, quasiment, que celui auquel je me suis livré de manière artisanale et non professionnelle pour extrapoler la date de fonte entière de la banquise arctique au mois de septembre, et il tire donc la droite de tendance suivante :

Estimation de ce qui se serait passé si la tendance n'avait pas changé.

Et il demande à ses lecteurs ce qui s'est passé dans la réalité...et donne la réponse avec ce graphique :

Les températures sont tombées dans la fourchette attendue. Une seule valeur est en dehors de la plage, et celle-ci (pour 2016) n'est pas loin et dépasse la limite.

Et pour enfoncer le dernier clou dans le cercueil climatosceptique il montre ce qu'aurait été une tendance zéro à partir de l'an 2000, comme le prétendent tant de négateurs patentés :

5 années sur 18 auraient des températures en dehors des limites «sans tendance».

Ainsi oui, il est parfaitement possible, en matière climatique, d'extrapoler des courbes à partir de droites de tendances, en tenant compte cependant, ce que je n'avais pas fait n'étant pas statisticien, d'intervalles de confiance (les écarts-types que j'ai étudié il y a fort longtemps…) qui permettent d'encadrer la projection dans une espèce de tunnel prédictif.

L'intervalle de confiance du GIEC s'étend d'ailleurs sur deux décennies, de 2040 à 2060 pour un Arctique « presque  » libre de glace, et de 2060 à 2080 pour un Arctique entièrement libre de glace : 

Source ipcc


Mais le dernier rapport du GIEC date de 2013 et ne comprenait pas les plus récentes études sur le sujet, dont une (When will the summer Arctic be nearly sea ice free? du 4 mars 2013) remettant en cause les projections d'un Arctique presque libre de glace en 2070 et dont voici le résumé :
  • The observed rapid loss of thick multiyear sea ice over the last 7 years and the September 2012 Arctic sea ice extent reduction of 49% relative to the 1979–2000 climatology are inconsistent with projections of a nearly sea ice‐free summer Arctic from model estimates of 2070 and beyond made just a few years ago. Three recent approaches to predictions in the scientific literature are as follows: (1) extrapolation of sea ice volume data, (2) assuming several more rapid loss events such as 2007 and 2012, and (3) climate model projections. Time horizons for a nearly sea ice‐free summer for these three approaches are roughly 2020 or earlier, 2030 ± 10 years, and 2040 or later. Loss estimates from models are based on a subset of the most rapid ensemble members. It is not possible to clearly choose one approach over another as this depends on the relative weights given to data versus models. Observations and citations support the conclusion that most global climate model results in the CMIP5 archive are too conservative in their sea ice projections. Recent data and expert opinion should be considered in addition to model results to advance the very likely timing for future sea ice loss to the first half of the 21st century, with a possibility of major loss within a decade or two.
    •  La perte rapide observée de glace de mer pluriannuelle épaisse au cours des sept dernières années et la réduction de 49% de la glace de mer dans l'Arctique en septembre 2012 par rapport à la climatologie de 1979-2000 ne concordent pas avec les prévisions du modèle arctique 2070 et au-delà fait il y a quelques années. Trois approches récentes des prédictions dans la littérature scientifique sont les suivantes: (1) extrapolation des données sur le volume de glace de mer, (2) en supposant plusieurs événements de perte plus rapides tels que 2007 et 2012, et (3) projections du modèle climatique. Les horizons temporels d'un été presque sans glace pour ces trois approches sont d'environ 2020 ou plus tôt, 2030 ± 10 ans et 2040 ou plus tard. Les estimations des pertes des modèles sont basées sur un sous-ensemble des membres de l'ensemble les plus rapides. Il n'est pas possible de choisir clairement une approche plutôt qu'une autre car cela dépend des poids relatifs attribués aux données par rapport aux modèles. Les observations et les citations appuient la conclusion que la plupart des résultats du modèle climatique global dans les archives CMIP5 sont trop conservateurs dans leurs projections de glace de mer. Des données récentes et l'opinion d'experts devraient être considérées en plus des résultats du modèle pour avancer le moment très probable pour la perte future de glace de mer à la première moitié du 21ème siècle, avec une possibilité de perte majeure dans une décennie ou deux.
Ainsi, ma prédiction « fantaisiste » de l'année 2035 devient immédiatement...moins fantaisiste !

Cependant certains pensent que l'Arctique ne connaitra probablement jamais une absence totale de glace, ainsi un dénommé Javier publie sur le site Climate etc un billet intitulé Nature Unbound IX – 21st Century Climate Change dans lequel il n'hésite pas à écrire dans son résumé :
  • The reduction in the rate of warming might continue until ~ 2035 followed by renewed warming, and temperature stabilization at about +1.5°C above pre-industrial. The pause in summer Arctic sea ice melting might also continue until ~ 2035. Renewed melting is probable afterwards, but it is unlikely that Arctic summers will become consistently ice free even by 2100.
    • La réduction du taux de réchauffement pourrait se poursuivre jusqu'en 2035, suivie d'un réchauffement renouvelé et d'une stabilisation de la température à environ + 1,5 ° C au-dessus du niveau préindustriel. La pause de la fonte de la glace de mer dans l'Arctique en été pourrait aussi se poursuivre jusqu'en 2035 environ. Une fonte renouvelée est probable par la suite, mais il est peu probable que les étés arctiques deviennent constamment exempts de glace même en 2100.

Javier est ce que l'on pourrait appeler un désinformateur professionnel, puisqu'il est aussi intervenu chez WUWT (par exemple ici ou ici), prouvant son implication dans la blogosphère climatosceptique américaine (peut-être un jour sera-t-il invité par Rittaud à une conférence des climato-irréalistes frenchies ?)

Et c'est grâce à de tels individus que de pauvres hères comme Troubaa, n'entravant pas grand chose au sujet, se permettent de débiter leurs niaiseries sur des forums.

par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:42
il n'y a rien de plus con que de projeter une courbe dans un système complexe…

Il n'y a surtout rien de plus con que de dire des conneries.


jeudi 28 juin 2018

Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 !

Je ne suis pas très doué en dessin, mais j'ai eu la fantaisie d'utiliser Paint pour prédire le moment où l'océan Arctique sera libre de glaces au mois de septembre, c'est-à-dire quand la superficie de la banquise est à son minimum annuel.

Pour cela je suis parti d'un des graphiques que je montre chaque mois dans mes Climactualités, voici le dernier en date :

Fig.3 Monthly Sea Ice Volume from PIOMAS for April and Sep. (source psc.apl.uw.edu) 

L'avantage de ce graphique est qu'il donne les valeurs absolues du volume de glaces en milliers de kilomètres cubes, avec en point de mire la valeur 0 qui signifie...Arctique libre de glace !

Oui je sais, il s'agit du volume de glace et je parlais au début de superficie de la banquise, mais si le volume est égal à zéro quelle est la valeur de la superficie…?

A main levée, en utilisant Paint, donc, voici ce à quoi j'arrive :

Extrapolation jusqu'en 2035, approximativement...

Je ne garantis pas la précision non seulement de l'alignement de mon tracé censé être dans le prolongement de la droite de tendance des valeurs du mois de septembre, mais aussi des espaces représentant les années (si vous avez mieux vous êtes les bienvenus pour me proposer votre version)

Maintenant comparons avec ce que dit le dernier rapport du GIEC, vous savez, le GIEC, cet organisme que certains considèrent comme essentiellement politique et destiné à faire peur au bon peuple afin, afin...euh afin on ne sait trop quoi, bref, voici ce qu'on peut voir dans le dernier rapport :

Source ipcc

Ainsi, d'après le scénario le plus pessimiste du GIEC, le RCP8.5 (forçage radiatif de 8,5W/m² pendant le 21ème siècle), l'océan Arctique ne serait libre de glaces...qu'après 2050 !

Mais il est vrai qu'il est précisé « confiance moyenne » (medium confidence), l'incertitude est donc relativement grande dans les deux sens.

Bref, j'ai hâte de lire le prochain rapport du GIEC (le 6ème) dont nous devrions recevoir une première mouture dès cette année, en principe en octobre, concernant l'impact d'un réchauffement global de 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels (voir par exemple theconversation)

1,5°C, la bonne blague ! Nous savons d'ores et déjà que les 2°C seront enfoncés au train où vont les choses ; dans Climats les auteures nous disent que nous nous acheminons vers 5°C au rythme des émissions actuelles, nous sommes donc prévenus, il faudra prendre en considération le fait que les conclusions du GIEC seront très probablement trop « conservatrices » et ajuster les chiffres en conséquence.

Le pire n'est pas toujours certain, aurait dit un certain Pedro Calderón de la Barca ; mais quand le pire montre le bout de son nez on peut choisir de le regarder droit dans les yeux ou bien de détourner le regard s'il dérange trop.

Le même Pedro Calderón de la Barca aurait également dit « Rien ne me paraît juste - qui contrarie mon bon plaisir », ce qui, en y réfléchissant bien, dépeint assez bien la pensée de ceux qui choisissent de détourner le regard.


mardi 26 juin 2018

Climactualités - juin 2018

Le 6 juin 2018 - A global slowdown of tropical-cyclone translation speed
https://www.nature.com/articles/s41586-018-0158-3#author-information

Abstract.
As the Earth’s atmosphere warms, the atmospheric circulation changes. These changes vary by region and time of year, but there is evidence that anthropogenic warming causes a general weakening of summertime tropical circulation1,2,3,4,5,6,7,8. Because tropical cyclones are carried along within their ambient environmental wind, there is a plausible a priori expectation that the translation speed of tropical cyclones has slowed with warming. In addition to circulation changes, anthropogenic warming causes increases in atmospheric water-vapour capacity, which are generally expected to increase precipitation rates9. Rain rates near the centres of tropical cyclones are also expected to increase with increasing global temperatures10,11,12. The amount of tropical-cyclone-related rainfall that any given local area will experience is proportional to the rain rates and inversely proportional to the translation speeds of tropical cyclones. Here I show that tropical-cyclone translation speed has decreased globally by 10 per cent over the period 1949–2016, which is very likely to have compounded, and possibly dominated, any increases in local rainfall totals that may have occurred as a result of increased tropical-cyclone rain rates. The magnitude of the slowdown varies substantially by region and by latitude, but is generally consistent with expected changes in atmospheric circulation forced by anthropogenic emissions. Of particular importance is the slowdown of 30 per cent and 20 per cent over land areas affected by western North Pacific and North Atlantic tropical cyclones, respectively, and the slowdown of 19 per cent over land areas in the Australian region. The unprecedented rainfall totals associated with the ‘stall’ of Hurricane Harvey13,14,15 over Texas in 2017 provide a notable example of the relationship between regional rainfall amounts and tropical-cyclone translation speed. Any systematic past or future change in the translation speed of tropical cyclones, particularly over land, is therefore highly relevant when considering potential changes in local rainfall totals.

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Le 13 juin 2018 : Trends and connections across the Antarctic cryosphere
https://www.nature.com/articles/s41586-018-0171-6

Abstract.
Satellite observations have transformed our understanding of the Antarctic cryosphere. The continent holds the vast majority of Earth’s fresh water, and blankets swathes of the Southern Hemisphere in ice. Reductions in the thickness and extent of floating ice shelves have disturbed inland ice, triggering retreat, acceleration and drawdown of marine-terminating glaciers. The waxing and waning of Antarctic sea ice is one of Earth’s greatest seasonal habitat changes, and although the maximum extent of the sea ice has increased modestly since the 1970s, inter-annual variability is high, and there is evidence of longer-term decline in its extent.
Around the Antarctic Peninsula, where air temperatures have risen sharply, more than 13,000 square miles of ice shelf area has been lost since the 1950s, according to the study. (source insideclimatenews)

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Le 13 juin 2018 : Extensive retreat and re-advance of the West Antarctic Ice Sheet during the Holocene
https://www.nature.com/articles/s41586-018-0208-x

Abstract.
To predict the future contributions of the Antarctic ice sheets to sea-level rise, numerical models use reconstructions of past ice-sheet retreat after the Last Glacial Maximum to tune model parameters1. Reconstructions of the West Antarctic Ice Sheet have assumed that it retreated progressively throughout the Holocene epoch (the past 11,500 years or so)2,3,4. Here we show, however, that over this period the grounding line of the West Antarctic Ice Sheet (which marks the point at which it is no longer in contact with the ground and becomes a floating ice shelf) retreated several hundred kilometres inland of today’s grounding line, before isostatic rebound caused it to re-advance to its present position. Our evidence includes, first, radiocarbon dating of sediment cores recovered from beneath the ice streams of the Ross Sea sector, indicating widespread Holocene marine exposure; and second, ice-penetrating radar observations of englacial structure in the Weddell Sea sector, indicating ice-shelf grounding. We explore the implications of these findings with an ice-sheet model. Modelled re-advance of the grounding line in the Holocene requires ice-shelf grounding caused by isostatic rebound. Our findings overturn the assumption of progressive retreat of the grounding line during the Holocene in West Antarctica, and corroborate previous suggestions of ice-sheet re-advance5. Rebound-driven stabilizing processes were apparently able to halt and reverse climate-initiated ice loss. Whether these processes can reverse present-day ice loss6 on millennial timescales will depend on bedrock topography and mantle viscosity—parameters that are difficult to measure and to incorporate into ice-sheet models.

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Le 13 juin 2018 : Basal channels drive active surface hydrology and transverse ice shelf fracture
http://advances.sciencemag.org/content/4/6/eaao7212

Abstract.
Ice shelves control sea-level rise through frictional resistance, which slows the seaward flow of grounded glacial ice. Evidence from around Antarctica indicates that ice shelves are thinning and weakening, primarily driven by warm ocean water entering into the shelf cavities. We have identified a mechanism for ice shelf destabilization where basal channels underneath the shelves cause ice thinning that drives fracture perpendicular to flow. These channels also result in ice surface deformation, which diverts supraglacial rivers into the transverse fractures. We report direct evidence that a major 2016 calving event at Nansen Ice Shelf in the Ross Sea was the result of fracture driven by such channelized thinning and demonstrate that similar basal channel–driven transverse fractures occur elsewhere in Greenland and Antarctica. In the event of increased basal and surface melt resulting from rising ocean and air temperatures, ice shelves will become increasingly vulnerable to these tandem effects of basal channel destabilization.


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ENSO
Le 26/06/2018 : climate.gov/enso
ENSO-neutral conditions are favored through Northern Hemisphere summer 2018, with the chance for El Niño rising to 50% during fall, and ~65% by winter 2018-19.


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GISS L-OTI anomalies de températures vs 1951-1980
26/06/2018 : data.giss.nasa.gov
Note: Gray areas signify missing data.
Note: Ocean data are not used over land nor within 100km of a reporting land station.

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Coral Reef Watch
NOAA Coral Reef Watch's most recent Four-Month Coral Bleaching Heat Stress Outlook is below. This figure shows the distribution of the lowest heat stress levels predicted by at least 60% of the model ensemble members. In other words, there is a 60% chance that the displayed heat stress levels will occur.

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Climate Prediction Center
26/06/2018 : cpc.ncep.noaa.gov


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Polar Science Center
26/06/2018 : psc.apl.uw.edu

Average Arctic sea ice volume in May 2018 was 22,400 km3. This value is the 4th lowest on record about 1600 km3 above the May record that was set in 2017 with 19,800 km3 . Ice volume was 34% below the maximum in 1979 and 20% below the mean value for 1979-2017. May 2018 ice volume sits just slightly above the long term trend line.

Fig.1  Arctic sea ice volume anomaly from PIOMAS updated once a month. Daily Sea Ice volume anomalies for each day are computed relative to the 1979 to 2017 average for that day of the year. Tickmarks on time axis refer to 1st day of year. The trend for the period 1979- present  is shown in blue. Shaded areas show one and two standard deviations from the trend. Error bars indicate the uncertainty of the  monthly anomaly plotted once per year.
Fig. 2 Total Arctic sea ice volume from PIOMAS showing the volume of the mean annual cycle, and from 2010-2018. Shaded areas indicate one and two standard deviations from the mean.

Fig.3 Monthly Sea Ice Volume from PIOMAS for April and Sep.
Fig 8 Comparison of Daily Sea Ice Volume Anomalies relative to 1979-2016.

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Arctic Data archive system (ADS)
26/06/2018 : ads.nipr.ac.jp

Service non disponible à la date du 26 juin (j'actualiserai l'information dès que possible)

Edit : apparemment les problèmes informatiques rencontrés par le site ont été résolus, voici les deux graphiques habituels à la date du 3 juillet :

Arctic Sea Ice Extent [million km2]

Antarctic Sea Ice Extent [million km2]

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C'est si vrai, en riant avec What on earth? comics !

Certains vont même jusqu'à dire que ce qu'il dit sort de son autre orifice…

Anthony Watts en plein travail.

C'est comme si.


L'Antarctique, le nouveau dada d'Anthony Watts ?

Il n'y a aucun mystère, il est maintenant bien établi que le site WUWT ne cherche pas vraiment à informer ses lecteurs sur l'actualité scientifique en matière de climat mais plutôt à systématiquement dénigrer le travail des climatologues.

Et quand ce site insiste sur un sujet particulier, nous pouvons nous douter que le sujet en question présente bien des problèmes et qu'il est donc nécessaire d'allumer des contre-feux afin de tenter de faire prendre à ses lecteurs des vessies pour des lanternes.

Ainsi depuis une quinzaine de jours nous assistons à une série d'articles concernant l'Antarctique, prouvant par là-même que cette région du monde, emblématique du changement climatique, mérite toute l'attention d'Anthony Watts, le désinformateur en chef, afin de saper le travail des scientifiques ; voici donc ce que j'ai pu relever, en espérant ne rien avoir oublié :
La technique employée est toujours quasiment la même, quand il ne s'agit pas d'un simple billet d'opinion (comme celui du 16 juin émanant d'un ingénieur à la retraite prétendant que la fonte serait due à l'activité volcanique) on part d'une étude scientifique qui vient de paraitre et on la tourne en ridicule en utilisant des « arguments » fabriqués pour en arriver à la conclusion qu'il n'y a vraiment pas de souci à se faire.

Prenons par exemple le dernier billet en date, celui qui reprend un article de AGU100 mentionnant des températures plus froides que prévues...dans de petites vallées au sommet de l'Antarctique !

Précisons quand même qu'il s'agit de toutes petites parcelles situées dans des petits creux à plus de 3500 mètres d'altitude et que les conditions, pour atteindre de telles températures extrêmes proches des -100°C (-98°C mesurés) sont un ciel clair et une atmosphère hyper-sèche pendant plusieurs jours, pas de quoi, donc, en tirer une généralité pour l'ensemble du continent Antarctique qui ne se limite pas à ces épiphénomènes ; évidemment l'information est intéressante, mais chacun peut constater ce qu'en fait Anthony Watts en titrant « Pire qu'ils ne le pensaient : l'Antarctique est plus froid que les scientifiques ne l'ont cru », c'est-à-dire en généralisant à l'ensemble de l'Antarctique ce qui n'est valable que sur une minuscule portion.

Evidemment vous ne verrez pas sur WUWT l'information selon laquelle en plein hiver austral des températures de +13°C (oui, plus 13°C) ont été enregistrées dans la péninsule antarctique et qu'environ un quart de la fonte annuelle de la glace de surface s'est produite en hiver à cause de l'effet (non, pas de serre) de foehn ; pour apprendre cela il suffit d'être abonné à Science et Vie qui en parle dans son numéro de juillet, page 24, en faisant référence aux travaux du Hollandais Peter Kuipers Munneke ; celui-ci a d'ailleurs écrit un billet de blog sur le sujet, intitulé Warm winds cause ice-shelf melt dans lequel il explique comment le foehn participe à la fonte des plateformes glaciaires.

L'Antarctique est un vaste continent composé essentiellement de deux parties, l'une située à l'est, la plus vaste et la plus froide car la plus élevée en altitude, et l'autre à l'ouest, comprenant la péninsule qui s'avance en direction de l'Amérique du sud ; c'est cette dernière partie qui présente des risques sérieux à prendre en compte, même si on ne peut pas vraiment faire grand chose pour empêcher ce qui s'y passe.

Ce qui distingue cette partie ouest du reste de l'Antarctique, ainsi d'ailleurs que du Groenland, c'est que la calotte glaciaire repose sur le fond marin et non sur le continent (Climats, Mélières et Maréchal, page 270) ; ainsi, « le réchauffement de l'océan et l'élévation des températures de surface (approfondissant les crevasses de glace par l'action de la fonte et du regel) ont été la cause de fragmentation menant à la désintégration de certaines plateformes qui freinaient l'écoulement des glaciers ».

Ainsi les plateformes Larsen se sont désintégrées, Larsen A en 1995, Larsen B en 2002 et Larsen C a perdu récemment 10% de sa superficie, soit l'équivalent d'un département comme la Corrèze ; à noter que Larsen C est la plus grande des trois avec 50 000 km2 et jusqu'à 350 mètres d'épaisseur de glace (source Wikipédia)

« Heureusement » Larsen C est apparemment « protégée » d'une chute brutale par le fond marin qui se relève et freine sa progression vers l'océan, comme le relève d'ailleurs WUWT dans son billet du 22 juin, en expliquant cocassement les raisons de ce soulèvement :
[…] regional uplift of the Earth in response to the thinning ice sheet (soulèvement régional de la Terre en réponse à l'amincissement de la calotte glaciaire)
Ainsi il est écrit noir sur blanc dans le site de désinformation WUWT que la calotte glaciaire s'amincit, alors que la plupart du temps le même site s'évertue à expliquer à ses lecteurs que l'Antarctique « gagne de la glace » !

Pourtant les observations sont là pour dire (ibid. page 270) que « pour la période 2002-2011, la glace perdue au Groenland est estimée à 215 ±60 Gt/an et à 147 ±75 Gt/an pour la calotte Antarctique. D'après le rapport du GIEC 2013, la contribution à l'élévation du niveau marin, sur la période 1993-2003, s'élève à […] ~0,6 mm/an pour l'ensemble des calottes groenlandaises et antarctique. »

Source climatechange2013

Mais si, comme le dit Anthony Watts, 99,989% de l'Antarctique ne fond pas, alors vous n'avez pas à vous inquiéter ; de la même manière, si 0,011% de votre maison menace de s'effondrer, surtout ne paniquez pas et ne vous pressez pas pour remédier à ce petit problème, même si ces malheureux minuscules 0,011% menacent d'inonder votre sous-sol et votre rez-de-chaussée, après tout il s'agit de quelque chose de vraiment insignifiant, n'est-ce pas ?


samedi 23 juin 2018

Il y a 30 ans, James Hansen entrait dans l'histoire

Il y a 30 ans aujourd'hui, le 23 juin 1988, James Hansen témoignait devant le congrès américain pour avertir (l'humanité ?) que le climat se réchauffait dangereusement et que c'était dû à l'activité humaine.

Cette même année il fit trois projections de températures selon trois scénarios d'émissions de CO2 :
  1. Scénario A : « business as usual » sur la même tendance que durant les années 1970-1980 sans aucune modération (+0,33°C par décennie) ;
  2. Scénario B : augmentation des gaz à effet de serre sensiblement constante par rapport à 1988 (+0,28°C par décennie) ;
  3. Scénario C : réduction drastique des gaz à effet de serre de manière que le forçage radiatif cesse d'augmenter à partir de l'an 2000 (+0,16°C par décennie).
Les 3 scénarios de James Hansen.
Et voici ce que donnent les trois scenarios dans le papier de James Hansen :

Les projections de James Hansen en 1988 selon trois scénarios.

Il est d'ailleurs cocasse de remarquer que ce graphique dessiné en 1988 s'arrête...en 2019 !

Alors puisque nous sommes presque en 2019 l'exercice intéressant est bien sûr de comparer les projections de James Hansen avec la réalité, ce que fait le site yaleclimateconnections en nous montrant une vidéo dans laquelle on peut vérifier l'évolution des températures comparée aux différentes projections effectuées, dont celles de James Hansen bien entendu :

Tout d'abord l'évolution des températures
Avant Hansen nous avions Wally Broecker en 1975.
C'est apparemment ce Wally Broecker qui « inventa » l'expression réchauffement climatique (global warming) cette même année 1975.

Puis Hansen entre en scène en 1981.

Et encore James Hansen en 1988 donc, l'année de son audition devant le Congrès.
Puis arrive le premier rapport du GIEC en 1990.

Suivi du deuxième rapport en 1995.
Puis du troisième rapport.

Du quatrième.

Et enfin  du cinquième et dernier.

En ce qui concerne les projections de 1988, on constate que l'évolution des températures est très proche du scénario B :

Le scénario B que James Hansen projeta en 1988, en bleu, et les observations en rouge.

Il y a bien eu une augmentation des températures d'à peu près 1°C entre 1960 et 2018 comme le projetait le scénario B.

Maintenant la question est de savoir si ce scénario B a été vraiment respecté et si, pourquoi pas, James Jansen aurait eu de la chance en tombant juste mais avec des calculs erronés ; rappelons que le scénario B simule une « augmentation des gaz à effet de serre sensiblement constante par rapport à 1988 ».

Je ne suis pas expert en la matière mais en consultant Wikipédia il me semble que l'augmentation de la concentration de CO2 depuis 1960 est restée relativement constante :

Bref, nous verrons bien en 2100 si les dernières projections du GIEC se réalisent, comme j'ai perdu les plans de ma machine à voyager dans le temps je ne peux me fier qu'aux modèles climatiques pour me donner un aperçu de ce que sera la fin de ce siècle.

Mais heureusement je ne serai plus là pour vérifier.



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