lundi 27 décembre 2021

Nous sommes bien seuls (bis repetita)

 Les marronniers peuvent fleurir même en hiver. Ainsi en décembre dernier, dans Nous sommes bien seuls..., j'écrivais au sujet de notre petitesse vis-à-vis de l'immensité de l'Univers, et voilà que le lancement du téléscope James Webb vient de m'inciter à en rajouter une louche.

Dans Le télescope James-Webb part à la recherche d‘extraterrestres on nous dit le plus sérieusement du monde :

Le supertélescope James-Webb [...] permettra notamment aux scientifiques de déterminer s’il y a de la vie sur d’autres planètes.

Certes, certes.

Mais entre une vie constituée de bactéries ou d'algues et ce que nous connaissons aujourd'hui sur Terre il y a comme un gouffre...intergalactique !

Déjà ça a mal commencé pour la (très chère) lunette astronomique en quête de « quelque chose » ailleurs dans le cosmos ; en effet, on vient juste de se rendre compte qu'il n'y a très probablement jamais eu de vie sur Vénus comme on l'apprend dans La vie sur Vénus n'a peut-être jamais été possible :

Certains scientifiques avançaient que la vie aurait été possible sur Venus, dans un lointain passé. Mais une nouvelle étude suggère que les conditions n’auraient jamais été réunis pour rendre ce miracle possible…

Le magazine Epsiloon en parle dans son dernier numéro de janvier 2022 ; pages 46 et 47 on nous dit l'air contrit :

Las ! Même Vénus, la plus parfaite jumelle de la Terre, n'a jamais pu abriter la vie.

On remarquera le passage du conditionnel (n'auraient jamais...) à l'indicatif (n'a jamais...), avec arguments à l'appui. Qu'on en juge :

  • Distance au Soleil :
    • Terre : 147 095 000 km
    • Vénus : 107 477 000 km
  • Rayon (en proportion) :
    • Terre : 1
    • Vénus : 0,9499
  • Densité (en proportion) :
    • Terre : 1
    • Vénus : 0,815
  • Température moyenne :
    • Terre : 13,7°C
    • Vénus : 450°C
  • Espèces vivantes recensées (estimation à deux ou trois près) :
    • Terre : de 3 à 100 millions
    • Vénus : 0

Ainsi, malgré des conditions de départ quasiment identiques, il a suffi que Vénus soit plus proche du Soleil que la Terre de « seulement » 40 millions de kilomètres pour qu'elle soit incapable d'abriter la moindre vie.

Et mon petit doigt vient juste de me dire que pour Mars on ira assez probablement vers le même genre de désillusions !

Pourtant Mars a abrité des océans, susceptibles d'accueillir la vie comme la Terre a pu le faire, mais c'était il y a plus de 3 milliards d'années, et depuis Mars est totalement stérile, même si certains se prennent encore à rêver qu'il puisse y en avoir encore, cachés sous la surface comme on se l'imagine dans Les scientifiques ont peut-être découvert où se cachent les océans disparus de Mars :
[Eva Scheller] est l’auteure principale d’un nouveau rapport portant sur l’étude des eaux disparues de la planète. On sait effectivement que celle-ci avait abrité des lacs et des océans dans un passé très lointain. La question est donc de savoir où sont passées toutes ces eaux. Certes, les théories existantes suggèrent une vaporisation dans l’espace, mais Scheller et ses collègues pensent que ce n’est pas tout à fait le cas.

Pauvre petite Eva, je suis par avance désolé pour la grosse déception qu'elle va avoir quand tout concordera pour dire qu'effectivement toute l'eau a bien disparu dans l'espace ; mais si elle a cependant raison, ce qu'on ne peut pas totalement écarter d'un revers dédaigneux de la main, so what ?

Oui parce que réfléchissons ensemble un peu. La vie serait apparue sur Terre il y a environ 4 milliards d'années (à quelques semaines près) comme nous l'enseigne François Raulin dans cette vidéo visible dans l'article de Futura Science Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? :

François Raulin, professeur de chimie à l'université Paris Est - Créteil donne son explication des origines de la vie. © S-F-Exobiologie, Dailymotion

Faisons rapidement les calculs : les océans disparaissent de la surface de Mars il y a quelques 3 milliards d'années, soit un milliard d'années après leur appartition sur Terre, cela laisse à la vie environ un milliard d'années pour apparaitre sur Mars et se développer, sachant que pour arriver à notre espèce Homo Sapiens il a donc fallu pas moins de 4 milliards d'années à partir des formes primitives de la vie.

Evidemment je fais l'hypothès (audacieuse je sais) que les océans seraient apparus en même temps sur les deux planètes, mais rien ne dit que ce soit le cas, je n'étais pas présent quand cela s'est produit donc je ne peux faire que des suppositions. Cependant même si l'eau était présente sur Mars quelques millions d'années plus tôt que sur la Terre je ne vois pas ce que cela changerait au problème. « Problème » qui est que probablement (souvenez-vous que c'est mon petit doigt qui me susurre à l'oreille, ne prenez donc pas ça pour argent comptant) aucune vie digne de ce nom n'a pu avoir la moindre chance de prospérer sur Mars, une planète pourtant supposément située dans la zone dite « habitable » tout comme Vénus et bien évidemment la Terre ! 

Mais Epsiloon nous montre dans un excellent graphique que Vénus ne figure plus que dans une « zone qu'on pensait jusqu'ici habitable », il n'y a donc plus, dans le système solaire, que deux planètes incluses dans la « zone habitable confirmée ». Ce graphique a pour principal intérêt de nous dévoiler qu'en définitive très peu de planètes sont aptes à une éventuelle vie.

Mais il y a vie et vie.

Comme je l'ai dit plus haut il y a loin, très loin de la simple bactérie à Homo sapiens ; mais ce n'est pas tout, en fait Homo sapiens ne doit son existence (prouvable par le fait que je suis en train d'écrire ces lignes et que vous les lisez) qu'à un extraordinare concours de circonstances, à un véritable miracle, le mot « miracle » sous ma plume n'ayant aucune connotation religieuse et signifiant simplement que notre apparition peut se chiffrer en terme de probabilité par un zéro suivi d'une virgule précédant elle-même une quantité gigantesque de zéros supplémentaires éventuellement close par un chiffre quelconque quelque part sur la droite en-dehors de la feuille de papier.

Si vous n'en êtes pas convaincu il faut vous faire à cette idée que je vais illustrer en deux temps ; d'abord à l'aide du magazine Epsiloon, ensuite en me référant à un livre que j'ai terminé récemment, The ends of the world.

Conditions préalables à l'existence de la vie en se référant à la Terre

Epsiloon nous les fournit pages 51 à 53 sous forme d'encadrés ; j'en donne ici les titres, pour les textes et les détails achetez le magazine ou abonnez-vous :

  1. Une tectonique qui stabilise le climat
  2. Une orbite particulière
  3. Une étoile (le Soleil) atypique
  4. Une rarissime (sic) collision originelle
  5. Une géante (Jupiter) qui joue les gardiennes
  6. Une histoire paisible
  7. Une atmosphère parfaite
  8. Des océans idéaux
  9. Un champ magnétique protecteur
C'est d'ailleurs ce qui fait dire à l'astrophysicien François Forget, je cite (page 5 du numéro 7 d'Epsiloon) :
Pas impossible que les circonstances qui ont permis à la Terre de conserver un climat propice à la vie nécessitent une somme improbable de coïncidences.
Donc rien que pour recevoir les conditions propices à la vie il a fallu comme on peut le constater une série d'éléments favorables qui défie l'imagination et qu'on a quelque peine à envisager qu'elle se reproduise en l'état ailleurs dans l'espace. Evidemment d'autres planètes dans l'Univers ont pu bénéficier de conditions similaires leur permettant d'avoir une chance de voir apparaitre la vie, le problème est que, d'une part la probabilité est forte que ces planètes soient tellement lointaines qu'on n'en saura jamais rien, et que d'autre part pour atteindre le niveau de vie que nous connaissons actuellement sur Terre il a fallu une autre série de circonstances extraordinaires !

Les obstacles que la vie a dû franchir pour en arriver jusqu'à maintenant


Le livre The ends of the world (TEOTW) nous narre les principales grandes extinctions d'espèces que la Terre a connu depuis sa création, avec dans l'ordre (avec l'aide de futura-sciences) en mentionnant le pourcentage de disparition estimé :
  1. Extinction de l'Ordovicien il y a 445 millions d'années
    1. Futura : 60 à 70%
    2. TEOTW : 86%
  2. Extinction du Dévonien il y a 360 à 375 millions d'années
    1. Futura : 75%
    2. TEOTW : 75%
  3. Extinction du Permien il y a 250 millions d'années
    1. Futura : 95%
    2. TEOTW : 96%
  4. Extinction du Trias il y a 200 millions d'années
    1. Futura : 70 à 80%
    2. TEOTW : 80%
  5. Extinction de Crétacé il y a 66 millions d'années
    1. Futura 75%
    2. TEOTW : 76%

Cela fait ainsi beaucoup d'extinctions dont les causes probables sont les suivantes d'après Futura :
  1. période glaciaire courte mais intense.
  2. épuisement de l'oxygène dans les océans.
  3. impacts d'astéroïdes, activité volcanique.
  4. multiples, toujours en débat.
  5. impact d'un astéroïde.
Si l'on réfléchit bien on comprend assez facilement qu'il aurait suffi qu'un des paramètres ayant causé ces différentes extinctions ait été légèrement différent pour que la suite soit elle-même totalement autre que ce que nous avons connu ; pour le dire autrement, changez un seul paramètre d'un petit iota et je n'existe tout bonnement pas. Et vous non plus.


Et pour finir sur une note optimiste, voici un passage du livre sur lequel je vous laisserai méditer (c'est page 5) :
[It's] pretty clear that times of high carbon dioxide  and especially times when carbon dioxide levels rapidly rose — coincided with the mass extinctions. Here is the driver of extinction.
[Il] est clair que les périodes de forte concentration de dioxyde de carbone - et surtout les périodes où les niveaux de dioxyde de carbone ont rapidement augmenté - ont coïncidé avec les extinctions massives. Voici le moteur de l'extinction.
C'est un certain Peter Ward qui s'exprime ainsi. Comme par hasard il est l'auteur d'un livre intitulé Rare Earth: Why Complex Life Is Uncommon in the Universe, traduction : La Terre rare : Pourquoi la vie complexe est peu répandue dans l'univers.

Je n'ai pas lu ce livre mais je pense que mon immense biais de confirmation va m'inciter à le commander.

Voilà c'est fait.


5 commentaires:

  1. Bonjour
    Remarque : Un chiffre qui porte à réfléchir, si on cumule les extinctions depuis l'Extinction de l'Ordovicien il y a 445 millions d'années, il reste entre 0.01 % et 0.04 % des espèces initialement présentes sur Terre. Il ne reste vraiment pas grand chose !
    Suivant les sources que vous proposez : TEOTW (0.14*0.25*0.04*0.2*0.24 = 6.7 E-5) ou Futura (0.4*.025*0.05*0.3*0.25= 3.75 E-4)

    D'autre part vous écrivez : 
    5) Extinction de Crétacé il y a 66 millions d'années
    5.  impact d'un astéroïde.
    En ce qui concerne cette dernière extinction, il y a un débat entre les scientifiques pour savoir quelle est la part respective de l'éruption volcanique des trapps du Deccan (Inde) et  la chute de la météorite géante au Mexique. La chronologie de ces événements est également délicate à définir. La chute de la météorite aurait pu être le coup de grâce ?  Quelques sources ci dessous:

    https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/paleontologie-asteroide-volcans-cause-extinction-dinosaures-2470/"Mais ce qui jette le trouble, c'est que la Terre a connu quatre autres extinctions de masse. Et pour trois d'entre elles, des éruptions volcaniques massives ont été reconnues. Elles auraient provoqué des changements climatiques suffisants à faire presque entièrement disparaître la vie sur notre Planète. C'est pourquoi les chercheurs se demandent encore si les émissions de gaz provenant d'éruptions volcaniques déclenchées dans la région des trapps du Deccan (Inde) auraient pu également jouer un rôle dans l'extinction des dinosaures."

    https://www.nationalgeographic.fr/sciences/les-volcans-seraient-les-principaux-responsables-de-lextinction-des-dinosaures"Deux nouvelles études s’accordent à dire que des éruptions volcaniques ont sans doute joué un rôle dans l’extinction massive des dinosaures. Mais le diable est encore dans les détails."

    https://www.geo.fr/environnement/les-dinosaures-ont-ils-ete-tues-par-des-eruptions-volcaniques-une-etude-relance-le-debat-194705https://www.persee.fr/doc/raipr_0033-9075_2013_num_186_1_4473_t1_0120_0000_2

    Salutations
    Saumon

    Une blagounette sur la datation :" Un touriste américain a demandé à un gardien du musée l'âge d'un tyrannosaure. Le gardien a répondu "66,000,007" ans, monsieur. "Le touriste a digéré cela, et a posé la question "comment pouvez-vous en être si sûr ?"Réponse:" Lorsque j'ai rejoint le musée, on m'a dit qu'il avait 66,000,000 ans, et j'y suis depuis sept ans."

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    1. La blagounette est remarquable !

      Dans le livre TEOTW il y a l'hypothèse que la chute monstrueuse de la météorite (ou comète, peu importe) aurait déclenché les fameuses éruptions elles-aussi monstrueuses des Trapps du Deccan. En tout cas il ne fait guère de doute que les deux événements sont concomittants et il parait assez peu probable qu'il ne s'agisse que d'une simple coïncidence...Voir par exemple https://mathislecorbot.com/2018/05/21/trapps-du-deccan-ou-meteorite-de-chicxulub%e2%80%89/

      Même s'il y a controverse sur le sujet ce n'est pas ce qui change quoi que ce soit à ma démonstration, je pense que vous l'avez compris.

      Au passage bonne fêtes à vous, profitez aussi des derniers jours de 2021 qui vont s'avérer plus que doux pour la saison, une occasion peut-être de mettre le nez dehors et pratiquer son activité physique favorite !

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    2. Ah j'oubliais, il ne reste pas 0,01 à 0,04% des espèces initialement présentes sur Terre, elles ont toutes disparu mais quelques unes ont réussi à évoluer et à survivre pour donner la diversité actuelle, le véritable « miracle » est là !

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  2. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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    1. A force de tirer sur l'élastique l'ami Robert l'a cassé et l'a pris dans la figure, ce qui lui vaut un séjour prolongé en chambre de repos (c'est ici Poubelle)

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