mardi 5 novembre 2019

Le toboggan des dépressions

Monsieur Antoine (eh oui, encore lui...) l'a bien dit :
4845. AntonioSan | 4/11/2019 @ 16:30

AntonioSan (#4841), Renforcement de la pression sur le Groenland a 1040 hPa d’apres EC:
https://weather.gc.ca/data/analysis/951_100.gif
https://www.wetterzentrale.de/maps/archive/2019/sat/SAT_1_201911041400_407.jpg
So much pour le rail des depressions annonce par Jourdain du Marigot qui confirme, s’obstine a demontrer qu’il n’a toujours rien compris a la circulation atmospherique de basses couches et a la meteo en general.
Ce commentaire venait en réponse à cette partie de mon billet intitulé Amélie jolie, Antonio pas beau :
Un jet-stream rectiligne agissant comme un rail sur lequel le train des dépressions n'a plus qu'à se laisser porter, je dis ça je dis rien, après tout je n'y connais rien en météo, le spécialiste c'est monsieur Antoine, hein !
En fait c'est vrai je n'y connais rien en météo, tout comme les prévisionnistes de Météo France qui délirent dans Météo : pluies tombées et à venir avec :
Un toboggan pour les dépressions atlantiques

La configuration météorologique actuelle, sans être exceptionnelle, est quand même remarquable avec la mise en place d'un jet-stream rapide et sinueux sur l'Atlantique, orienté à l'ouest-sud-ouest au large des côtes américaines avant de bifurquer au nord-ouest en arrivant sur l'Europe. Ce « tube » de vent fort à haute altitude (les vents peuvent y dépasser les 300 km/h) constitue une sorte de « rail » pour les dépressions et les perturbations atlantiques qui se succèdent à intervalle rapproché sur l'Europe occidentale et en particulier la France. Si ces dépressions ne rencontrent pas forcément les conditions favorables à des creusements tempétueux comme pour Amélie, elles entretiennent un temps très perturbé sur le pays.
Allez, pour faire plaisir à monsieur Antoine et lui permettre de se ridiculiser une fois de plus sur son site fétiche, je vous montre le « rail » des dépressions qui, parait-il, n'existe pas :
Régime des vents à 10 500 mètres d'altitude (source earth.nullschool)
Le « rail » se comporte en fait comme un tapis roulant, plutôt que comme un toboggan, étant mu par l'anticyclone situé sur les Açores (c'est peut-être pour cela qu'on l'appelle l'anticyclone des Açores…) ainsi que par la dépression positionnée sur notre beau pays et une grande partie de l'Europe de l'ouest.

Et l'anticyclone aperçu par monsieur Antoine sur le Groenland qui aurait un impact sur le temps qu'il fait chez nous ? Essayons de le repérer avec les pressions à la surface :
Pressions moyennes à la surface (source earth.nullschool)

Mince alors, j'ai beau écarquiller les yeux, il y a bien un peu de vent qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre au-dessus du Groenland, mais c'est à peine perceptible, et c'est cela qui nous enverrait toutes ces méchantes perturbations ? Ne serait-ce pas plutôt la dépression (en bleu) située à la pointe sud du Groenland, associée aux deux anticyclones situés au sud du jet-stream, dont le fameux anticyclone des Açores, plus évidemment la dépression toujours bien visible à 10 500 mètres d'altitude comme à la surface sur l'Europe de l'ouest, qui seraient responsables de la situation ?

Bref il va faire mauvais pendant un certain temps et à mon avis le Groenland n'y est pas pour grand chose, je dis ça mais je suis comme les gars de Météo France, je n'y connais rien, le spécialiste c'est monsieur Antoine n'est-ce pas ? Monsieur Antoine qui disait notamment à mon sujet :
[…] s’obstine a demontrer qu’il n’a toujours rien compris a la circulation atmospherique de basses couches et a la meteo en general.
C'est quand même beau la lucidité.

Crédit Le Chat.

lundi 4 novembre 2019

Roy Spencer est-il équilibré ?

Tout le monde connait Roy Spencer, le créationniste en chef qui est d'avis que Dieu est le seul à la manœuvre dans le changement climatique puisqu'il est le grand ordonnateur de toutes choses ici-bas.

Dans Does the Climate System Have a Preferred Average State? Chaos and the Forcing-Feedback Paradigm (Le système climatique a-t-il un état moyen préféré ? Le chaos et le paradigme de la rétroaction forcée) il se pose la question de savoir si son dieu permet au climat de trouver un équilibre dans un univers régi par le chaos :
I’d like to address the question of whether there really is an average state that the climate system is constantly re-adjusting itself toward, even if it is constantly nudged in different directions by the sun.
J'aimerais aborder la question de savoir s'il existe vraiment un état moyen vers lequel le système climatique se réajuste constamment, même s'il est constamment poussé dans différentes directions par le soleil.
On remarquera que sa question inclut le rôle du soleil mais pas du CO₂ d'origine anthropique, faut pas pousser Dieu le père dans les orties quand même !

Bref il se demande, si j'ai bien compris son raisonnement, s'il existe une telle chose que le forçage radiatif, de quelque nature qu'il soit mais de préférence de la part du soleil si ce concept a une quelconque réalité.

Et il pose dans la foulée ce que cela  signifie :
If there is such a preferred average state, then the forcing-feedback paradigm of climate change is valid.
S'il existe un tel état moyen préféré, alors le paradigme de la rétroaction forcée du changement climatique est valide.
Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce qu'il tente d'expliquer à ses lecteurs ; tout d'abord j'ai pensé qu'il acceptait donc explicitement de se représenter l'idée qu'il puisse ne pas y avoir de forçage radiatif et donc que dans ce cas ce qu'il appelle le « paradigme de la rétroaction forcée du changement climatique » serait invalidée ; en effet, si on raisonne en se disant que le système climatique tendrait vers un équilibre naturel au fil du temps mais que dans la réalité on constaterait qu'il ne parviendrait pas à cet équilibre divin, alors cela voudrait dire que nous les hommes serions responsables du déséquilibre ainsi constaté, quelque chose de totalement impensable pour un spencérien qui se respecte !

Mais à la relecture il me semble plutôt comprendre que son « paradigme de la rétroaction forcée du changement climatique » est ce qui ferait que le système climatique atteindrait cet équilibre naturellement, sans aucune intervention humaine...Il écrit en effet ceci qui « clarifie » un tantinet son élucubration du jour :
In that system of thought, any departure of the global average temperature from the Nature-preferred state is resisted by radiative “feedback”, that is, changes in the radiative energy balance of the Earth in response to the too-warm or too-cool conditions. Those radiative changes would constantly be pushing the system back to its preferred temperature state.
Dans ce système de pensée, tout écart de la température moyenne globale par rapport à l'état préféré de la nature est empêché par le "feedback" radiatif, c'est-à-dire les changements du bilan énergétique radiatif de la Terre en réponse à des conditions trop chaudes ou trop froides. Ces changements radiatifs ramèneraient constamment le système à son état de température préféré.
Dans cette dernière phrase on comprend que le « feedback » (ou rétroaction) radiatif permettrait à la nature de garder son équilibre et que par conséquent le système climatique, grâce aux « rétroactions forcées » (ma traduction de forcing-feedback que DeepL traduit également par forçage de rétroaction ou forçage en retour ainsi que de bien d'autres expressions), parviendrait ainsi à trouver un équilibre naturel.

Comme je ne suis pas sûr et certain de mon interprétation de la prose de quelqu'un que je sais être une personne bien orientée idéologiquement (i.e. religieusement et politiquement) je demande à tout un chacun de me dire si vous avez de votre côté compris différemment, et je ne vous en voudrais pas si vous divergez de ma compréhension de ce que Spencer a bien pu vouloir dire avec ses circonvolutions !

Il enchaine en précisant son point de vue personnel sur la question :
I am of the opinion that the F-F paradigm does indeed apply for at least year-to-year fluctuations, because phase space diagrams of the co-variations between temperature and radiative flux look just like what we would expect from a F-F perspective. I touched on this in yesterday’s post.

Where the F-F paradigm might be inapplicable is in the context of long-term climate changes which are the result of internal fluctuations.
Je suis d'avis que le paradigme F-F s'applique effectivement aux fluctuations d'une année à l'autre, car les diagrammes spatiaux de phase des co-variations entre la température et le flux radiatif ressemblent exactement à ce que l'on pourrait attendre dans une perspective F-F. J'en ai parlé dans le post d'hier.

Là où le paradigme F-F pourrait être inapplicable, c'est dans le contexte des changements climatiques à long terme qui sont le résultat de fluctuations internes.
Je dois avouer que je suis un peu (euphémisme) perdu dans toutes ces considérations, surtout venant d'un climato « sceptique » avéré qui s'échine à vouloir prouver à tout prix que les températures n'augmentent pas tant que ça, en tout cas moins que ce que dit son concurrent RSS qui pourtant exploite exactement les mêmes données en provenance des satellites mais les traite différemment, et qui également veut nous convaincre que la part de CO₂ anthropique dans l'air est insignifiante et ne présente aucun danger pour l'avenir de notre civilisation bénie des dieux, pardon, bénie de Dieu !

Alors pour me sortir de cette ornière je me retourne vers des choses plus simples à comprendre, comme par exemple ce graphique montrant les températures depuis très très longtemps :
D'après François Gervais - L'urgence climatique est un leurre (voir François Gervais passé à la moulinette de François-Marie Bréon)
Ce schéma est tiré de la célèbre vidéo de François Gervais, par conséquent on peut lui faire confiance, n'est-ce pas ? (oui c'est ironique, vous avez bien compris)

Et que constate-t-on ? On constate que dans les temps anciens (ici jusqu'à 600 millions d'années en arrière) le CO₂ et la température avaient tendance à faire le yoyo avec de grandes variations, puisque le CO₂ a pu varier de 7 000 ppm à son maximum jusqu'aux 280 ppm qu'on lui connait de l'ère préindustrielle, alors que la température a évolué dans le même temps dans une fourchette d'une dizaine de degrés Celsius.

Dans mon vieux billet intitulé Frédéric Decker contaminé par Hacène Arezki ? je montrais ce graphique de la température moyenne globale :

Évolution des températures moyennes globales depuis 500 millions d'années (source Histoire du climat avant 1850)

Là-aussi nous voyons de grandes variations de températures dans le lointain passé, mais nous voyons aussi plus précisément que dans le graphique sommaire de Gervais que plus nous nous approchons du temps présent et plus les températures ont eu tendance...à trouver leur équilibre, du moins jusqu'au milieu du 19ème siècle !

Mais si vous regardez attentivement vous remarquez tout à fait à droite, marquées avec des ronds rouges sur la barre verticale des ordonnées, les températures prévues en 2050 et 2100 ; de toute évidence il y a pour cette période du proche futur (2100 c'est demain, les enfants d'aujourd'hui seront pour beaucoup d'entre eux toujours vivants à cette date) une brusque rupture de l'équilibre « patiemment » construit par dame Nature essentiellement durant les 10 000 dernières années, celles qui ont justement vu l'éclosion de ce que l'on appelle la civilisation humaine avec le passage du statut de chasseur-cueilleur à celui d'agriculteur-éleveur conquérant de territoires sur lesquels installer sa domination sur plus faible que lui.

On peut même aller beaucoup plus loin dans le passé afin de se rendre compte que l'état d'équilibre a mis un sacré bout de temps à s'installer sur Terre ; dans CO₂ et températures pour les nuls je montrais ce graphique :
Graphique issu du site climatonégateur iceagenow avec la mention dans le cadre noir des 800 000 dernières années (approximativement)

D'après ce graphique il y a 4,6 milliards d'années, soit peu après la création de la Terre, l'écart entre température et CO2 était maximal, mais s'est réduit très progressivement avec de très nombreux soubresauts dus à divers phénomènes que je ne détaillerai pas ici (voir Voyage à travers les climats de la Terre de Gilles Ramstein) car ce n'est pas le sujet ; mais nous voyons que durant les 800 000 dernières années le CO₂ et la température moyenne de la Terre ont plutôt été en harmonie, toutefois en continuant à se chercher comme l'ont montré les carottes de glace de l'Antarctique rapportées par Claude Lorius et analysées par Jean Jouzel :
Analyse d’une carotte de glace du site Vostok (Antarctique) Source : Petit & al. Nature, 399, juin 1999 (tiré du site conferences-climat-energie.ch)

Ainsi petit à petit il y a bien un équilibre naturel qui s'est constitué après de très nombreux mouvements de balancier, un peu comme un pendule qui oscille fortement au début puis finit par s'arrêter au bout d'un certain temps.

Est-ce que cet équilibre aurait duré « pour toujours » sans intervention humaine, à mon avis c'est peu probable si l'on tient compte du fait que de toute façon notre planète court à sa perte, elle sera tôt ou tard mangée par le Soleil et entre-temps il peut se passer énormément de choses ; cependant on ne peut que constater que depuis 10 000 ans, je le répète, le climat de la Terre semblait avoir atteint un équilibre quasi-parfait, avec de légers hoquets faisant varier sa température d'environ une paire de degrés au maximum, générant ainsi quelques périodes un peu plus froides ou un peu plus chaudes que la « normale » sans que cela ne mette vraiment en péril le genre humain.

Alors je laisse les réflexions de Roy Spencer me passer un peu au-dessus de la tête, surtout quand il se lance dans les concepts de « conditions initiales » et « conditions aux limites » en tenant pour acquis que dans le long terme le chaos finit toujours par s'imposer, il écrit par exemple :
But what if the climate system undergoes its own, substantial chaotic changes on long time scales, say 100 to 1,000 years?
Mais que se passerait-il si le système climatique subissait ses propres changements chaotiques importants sur de longues périodes, disons de 100 à 1 000 ans ?
On sent bien que Spencer ne croit pas aux conditions aux limites (boundary conditions) et notamment au forçage radiatif dû au CO₂ anthropique, pour lui le chaos naturel, ou plutôt divin, est seul à la manœuvre, autrement il ne poserait pas ce genre de question qui montre sa conception des choses.

Pour terminer sur ce thème des conditions initiales et aux limites je renvoie à mon billet intitulé Conditions initiales et conditions aux limites dans lequel Christophe Cassou expliquait tout cela, en montrant notamment ceci, entre autres graphiques :
Distinction entre météo et climat (tiré de Conditions initiales et conditions aux limites, la source originelle n'étant plus accessible)

Ce qui nous fait penser tout simplement que Roy Spencer ne sait pas faire la différence entre la météo et le climat !

Alors pour bien se représenter vers quoi nous nous dirigeons, à savoir une brusque rupture d'équilibre, regardons vers le proche futur en ayant toujours à l'oeil le passé récent afin de nous rendre compte de ce que cela signifie :
Temporal evolution of CO2 and climate forcing (source Future climate forcing potentially without precedent in the last 420 million years, tiré de Bientôt le climat le plus chaud depuis un demi milliard d'années…)

Dans les scénarios médians (les RCP4.5 et 6) la projection de température (dans le graphique du bas il s'agit de watts par mètre carré) nous amène bien au-delà de ce que nous avons pu connaitre depuis...20 millions d'années, une paille !

Donc en définitive pas la peine de se farcir le long laïus de Roy Spencer qui est probablement destiné à rendre ses lecteurs encore plus confus que ce qu'ils sont déjà, mission accomplie avec à ce jour près de 130 commentaires pour couper les cheveux en quatre, avec celui-ci que l'on peut considérer comme une petite perle (d'inculture bien sûr) :
Stephen P Anderson says:
November 1, 2019 at 6:41 AM
We don’t have a warming problem-we have a cooling problem.
Tout est dit, pas la peine d'en rajouter.


Itinéraire d'un AMP putatif

Je vous propose ici le dernier épisode de la courte saga commencée avec le pittoresque commentaire de monsieur Antoine dont je reprenais la substantifique moelle dans Et il insiste le bougre ! et que je vous remontre ci-après pour le cas où vous l'auriez oublié :
4836. AntonioSan | 2/11/2019 @ 17:30

Anatomie d’un AMP de trajectoire méridienne originaire du détroit de Béring sur le Pacifique Nord, qui devrait atteindre la latitude d’Hawaii sous peu (progression du front de l’AMP d’environ 10 degrés de latitude en 48 heures):
En surface:
Image satellite IR: https://weather.gc.ca/data/satellite/goes_pac_1070_m_2019@11@02_15h00m.jpg
A noter que l’AMP précédent de même trajectoire a déjà atteint l’équateur météorologique infirmant les modèles tri cellulaires de circulation de basse couche qui prétendent stopper l’air polaire aux latitudes moyennes, alors qu’il y a clairement continuité de la masse d’air du pole jusqu’à l’équateur. [bla bla bla]
Comme Titi avait cru voir un gros minet monsieur Antoine avait cru voir un AMP qui, d'après sa vision spectroscopico-télégénique, devait se retrouver sous peu au niveau de l'équateur météoro-illogique après avoir descendu en rappel le méridien qui partait du détroit de Béring, car il ajoutait dans le même commentaire (c'est moi qui souligne en gros rouge qui tache) :
L’image du 01-11-2019 5:30 UTC montre parfaitement les nuages convectifs liés au creusement de la dépression en face avant de l’AMP et l’intersection d’une bande nuageuse d’altitude WNW-SSE emmenée par un jet, qui éventuellement disparaitra, alors que l’AMP lui continue sa course vers l’équateur.
Ben voyons !

Alors nous avons déjà vu les deux jours précédents que monsieur Antoine avait confondu une dépression avec un anticyclone en nous montrant cette image censée représenter son AMP :
Image montrée par monsieur Antoine le 2/11 à 17h30 (source weather.gc.ca)
Le même jour je montrais la situation des pressions de surface sur le Pacifique nord, exactement au même endroit, entre le détroit de Béring au nord et les iles Hawaï au sud :
Pression atmosphérique moyenne à la surface le 2/11 (source earth.nullschool)

On y voit l'énorme dépression que monsieur Antoine a confondu avec un anticyclone, ainsi que trois véritables anticyclones, deux situés à l'ouest à peu près à la même latitude que la dépression, le troisième étant lui positionné au nord-est au large de la Californie, du Canada et de l'Alaska.

On pourrait éventuellement se dire que monsieur Antoine parlait de l'un des deux anticyclone mentionnés à l'ouest, pourquoi pas, alors il est intéressant de suivre leur parcours, vous ne trouvez pas ? Donc voici la même image mais prise cette fois le lendemain, c'est-à-dire hier, déjà montrée dans Amélie jolie, Antonio pas beau :
Pressions moyennes à la surface le 3/11 (source earth.nullschool)

On remarque que les deux anticyclones se sont légèrement déplacés, mais pas en direction de l'équateur, non, mais plutôt vers l'est, en direction de la dépression, cependant sans que cela soit vraiment perceptible ; l'autre anticyclone est toujours au même endroit au large des côtes américaines et canadiennes.

Maintenant nous sommes le 4 novembre, et que nous dit la carte des pressions de ce jour ? Elle nous montre ceci :
Pressions moyennes à la surface le 4/11 (source earth.nullschool)
Et que voit-on ?

Que les deux anticyclones à l'ouest de la dépression semblent...s'éloigner de l'équateur ! Quant au troisième il est toujours fermement accroché à son statut d'anticyclone américain puisqu'il n'a pas bougé d'un centimètre de la place qu'il occupait il y a deux jours (un centimètre sur la carte, hein !)

Et quand on regarde la carte des vents à l'altitude du jet-stream on comprend un peu mieux :
Régime des vents à 10 500 mètres d'altitude le 4/11 (source earth.nullschool)
Comme on s'y attendait un peu, la dépression est toujours coincée dans le creux barométrique (trough) duquel elle ne s'échappera pas, l'anticyclone « américain » ne remontera pas plus haut que ce que lui permettra la crête barométrique (ridge) qui le cantonne pour l'instant là où il stagne, quant à nos deux petits anticyclones vagabonds ils sont eux aussi pris en tenaille dans une boucle du jet-stream les empêchant d'aller plus haut mais aussi les maintenant à bonne distance de l'équateur, qu'il soit météorologique ou géographique.

Je ne sais pas si les « modèles tri cellulaires de circulation de basse couche qui prétendent stopper l’air polaire aux latitudes moyennes » selon monsieur Antoine sont infirmés comme il le prétend, par contre ce dont je suis sûr et certain c'est que sa démonstration s'est perdue dans le triangle des Bermudes qui n'est même pas situé dans cette région.

Ainsi aucun « AMP précédent de même trajectoire [n']a déjà atteint l’équateur météorologique » sauf dans l'imagination fertile du monsieur météo improvisé qui balance à son auditoire des cartes à la pelle afin de bien l'enfumer, persuadé qu'il est que ses adorateurs n'iront pas vérifier ce qu'il raconte puisqu'ils n'y comprennent rien eux-mêmes et n'ont pas l'intention de creuser davantage le sujet.

Donc non, « il [n']y a [pas] clairement continuité de la masse d’air du pole jusqu’à l’équateur », les images ci-dessus confirment bien que les masses d'air restent confinées dans des bandes délimitées essentiellement par les contours du jet-stream, ne lui en déplaise (et je sais que ça lui déplait)

Pour moi fin de la série, je passe à autre chose et laisse monsieur Antoine inventer d'autres belles histoires à raconter aux petits enfants avant de s'endormir.

*****

Mise à jour du 5 novembre.
Pressions moyennes à la surface le 5/11 (source earth.nullschool)
Régime des vents à 10 500 mètres d'altitude le 5/11 (source earth.nullschool)

L'anticyclone « américain » semble se partager en deux avec une partie un peu plus au sud, quant aux deux anticyclones à l'ouest de la grosse dépression centrale c'est le contraire, ils ont fusionné, celui situé au nord ayant été comprimé entre deux dépressions qui ont dû l'obliger à migrer vers le sud et à se fondre avec son petit copain.

Toujours aucune velléité d'atteindre l'équateur, ils continuent à faire de la résistance pour contredire monsieur Antoine.

Je précise que dans les cartes ci-dessus j'ai tenté de repérer tous les endroits où je remarquais une rotation dans le sens des aiguilles d'une montre pour signaler un anticyclone (lettre A) ou dans le sens inverse pour désigner une dépression (lettre D) ; je n'ai donc pas repéré dans ces cartes les hautes ou basses pressions qui ne sont pas suffisantes à elles seules pour définir respectivement une circulation anticyclonique ou une dépression.

*****

A suivre ?


dimanche 3 novembre 2019

Amélie jolie, Antonio pas beau

Suite à mon précédent billet dans lequel je relevais une toute petite anomalie, à savoir que monsieur Antoine (AntonioSan pour les intimes) semblait confondre un anticyclone (ce qu'il appelle un AMP) avec une dépression, voici son laconique commentaire :
4840. AntonioSan | 3/11/2019 @ 0:58

AntonioSan (#4836),

Pas la peine de montrer tout le blabla qui encombrerait inutilement la page
Comme prévu, le marigot débonde…
Comme on peut le voir il a pris cette fois ses précautions et n'a pas jugé bon de développer par du blabla inutile, quelques lignes lui suffisent accompagnées de l'inévitable émoti-con qui lui sert d'argumentation.

Alors que nous dit la situation aujourd'hui au-dessus du Pacifique nord ?
Pressions moyennes à la surface (source earth.nullschool)

Si l'on compare cette image avec celle que j'ai montrée hier on s'aperçoit que les deux petits anticyclones situés à l'ouest ont dérivé très légèrement vers l'est et que l'anticyclone beaucoup plus conséquent au large des côtes californiennes est quasiment toujours à la même place, donc pas la moindre trace du moindre déplacement vers l'équateur du moindre anticyclone comme le prédisait monsieur Antoine :
4836. AntonioSan | 2/11/2019 @ 17:30

Anatomie d’un AMP de trajectoire méridienne originaire du détroit de Béring sur le Pacifique Nord, qui devrait atteindre la latitude d’Hawaii sous peu (progression du front de l’AMP d’environ 10 degrés de latitude en 48 heures):
En surface:
Image satellite IR: https://weather.gc.ca/data/satellite/goes_pac_1070_m_2019@11@02_15h00m.jpg
A noter que l’AMP précédent de même trajectoire a déjà atteint l’équateur météorologique infirmant les modèles tri cellulaires de circulation de basse couche qui prétendent stopper l’air polaire aux latitudes moyennes, alors qu’il y a clairement continuité de la masse d’air du pole jusqu’à l’équateur. [bla bla bla]
Et pas beaucoup de chance pour que tous ces anticyclones proviennent du pôle nord si l'on regarde la carte montrant le jet-stream :
Régime des vents à 10 500 mètres d'altitude (source earth.nullschool)

On voit que les hautes pressions sont cantonnées au sud du jet-stream, elles ont donc une origine subtropicale ; quant aux deux dépressions au nord du jet-stream elles ne descendront pas beaucoup plus au sud, car elles sont bloquées par le puissant courant d'altitude ; on voit encore d'ailleurs au passage l'étrange (pour monsieur Antoine) corrélation entre ce qui se passe à la surface et les conditions météorologiques à plus de 10 kilomètres au-dessus de nos têtes.

Maintenant regardons justement ce qui se passe vraiment au-dessus de nos têtes en ce moment avec la tempête Amélie :
Pressions moyennes à la surface (source earth.nullschool)
Régime des vents à 10 500 mètres d'altitude (source earth.nullschool)

Là encore, étrange similitude entre la surface et la haute troposphère, bizarre non ?

On voit nettement que les différentes dépressions visibles à la surface se reflètent assez bien à l'altitude du jet-stream ; cependant au sud de ce dernier la correspondance n'est pas parfaite, les deux anticyclones au centre de l'Atlantique se traduisent à 10 500 mètres par un anticyclone et une légère dépression, pas vraiment de quoi remettre tout le principe de correspondance en cause, après tout il peut y avoir quelques exceptions comme dans toute règle.

La Chaine Météo a mis à jour hier son article intitulé Tempête Amélie : le sud de la France frappé dimanche :
Les conditions météo se dégradent fortement. Au milieu d'un vaste système dépressionnaire qui concerne tout l'ouest de l'Europe, plusieurs dépressions secondaires se creusent et concernent la France avec un coup de vent au nord samedi et une tempête nommée "Amélie" dans la nuit de samedi à dimanche et dimanche dans le sud de la France.
Effectivement on peut très bien voir sur les cartes ci-dessus « plusieurs dépressions secondaires [qui] se creusent et concernent la France », comme le montrent également les cartes suivantes :
Prévisions pour samedi et dimanche (source actualite.lachainemeteo)
Les prévisions pour dimanche étaient parfaitement exactes, on remarque notamment l'imposante dépression au-dessus du Royaume-Uni confirmée par ce que l'on peut constater aujourd'hui même.

L'article de la Chaine Météo poursuit :
- Risque de tempête : au passage des dépressions du proche atlantique en direction des îles britanniques, et générant un flux océanique très dynamique, le vent d'ouest à sud-ouest souffle de plus en plus fort sur les côtes de la Manche et de l'Atlantique. Rappelons que les mois d'octobre et de novembre ne sont pas statistiquement les plus tempétueux de l'année et que les tempêtes sont plutôt rares.
Mince alors, voilà qui ne va pas plaire à monsieur Antoine, aucune mention du moindre AMP et de plus la situation actuelle est qualifiée d'exceptionnelle puisque statistiquement parlant cette période n'est pas propice aux tempêtes de ce genre !

Mais ce n'est pas tout :
-Lundi pourrait être marqué par le passage d'une troisième dépression sur la France. Son intensité et sa trajectoire présentent cependant encore des doutes importants. Elles seront précisées dans nos prochains bulletins. Cette dépression marquerait en outre l'amorce d'un nouveau rafraîchissement.  
Effectivement si l'on regarde la carte des pressions à la surface on voit bien qu'une dépression est encore très à l'ouest et arrive possiblement dans notre direction, ou peut-être pas, les iles britanniques pouvant être les seules touchées (bien fait pour les brexiteurs !)

Pour la semaine prochaine il ne faut pas s'attendre à une réelle amélioration :
La tendance pour la semaine prochaine est fiable et confirme la persistance du courant perturbé pour encore quelques jours. La journée de lundi pourrait être très perturbée avec le passage d'une nouvelle dépression sur la France. Dans ce contexte, le risque de coup de vent approchant localement le seuil de la tempête n'est pas exclu. Les pluies seront abondantes. Après un mois d'octobre déjà bien arrosé, elles seront de bonne augure et serviront à recharger les nappes phréatiques après une longue période estivale très sèche. En certaines régions déjà bien arrosées, ces pluies abondantes pendant trois jours pourraient même conduire à des débordements de cours d'eau, en particulier au nord-ouest de la France.
Et qu'est-ce qui pourrait bien expliquer la « fiabilité » de la prévision sur la semaine prochaine ? Peut-être ceci :
Le jet-stream au-dessus de l'Atlantique nord (source earth.nullschool)

Un jet-stream rectiligne agissant comme un rail sur lequel le train des dépressions n'a plus qu'à se laisser porter, je dis ça je dis rien, après tout je n'y connais rien en météo, le spécialiste c'est monsieur Antoine, hein !

Le train des dépressions est en route, il est annoncé...pour la semaine prochaine !


samedi 2 novembre 2019

Et il insiste le bougre !

Ahurissant, tout simplement ahurissant !

Voici ce que notre météochirologue nous pond aujourd'hui :
4836. AntonioSan | 2/11/2019 @ 17:30

Anatomie d’un AMP de trajectoire méridienne originaire du détroit de Béring sur le Pacifique Nord, qui devrait atteindre la latitude d’Hawaii sous peu (progression du front de l’AMP d’environ 10 degrés de latitude en 48 heures):
En surface:
Image satellite IR: https://weather.gc.ca/data/satellite/goes_pac_1070_m_2019@11@02_15h00m.jpg
A noter que l’AMP précédent de même trajectoire a déjà atteint l’équateur météorologique infirmant les modèles tri cellulaires de circulation de basse couche qui prétendent stopper l’air polaire aux latitudes moyennes, alors qu’il y a clairement continuité de la masse d’air du pole jusqu’à l’équateur. [bla bla bla]
Pas la peine de montrer tout le blabla qui encombrerait inutilement la page, concentrons-nous sur le fameux AMP que monsieur Antoine a cru apercevoir et qu'il montre fièrement à sa communauté ; voici l'image qu'il nous donne à voir avec son lien :
Dixit monsieur Antoine : Anatomie d’un AMP de trajectoire méridienne originaire du détroit de Béring sur le Pacifique Nord, qui devrait atteindre la latitude d’Hawaii sous peu (progression du front de l’AMP d’environ 10 degrés de latitude en 48 heures)

Maintenant repérons le détroit de Béring et les iles Hawaï ainsi que les hautes et basses pressions :
Détroit de Béring au nord, iles Hawaï au sud-est, et une magnifique dépression entre les deux !

Pour établir cette carte je me suis aidé du site que mes lecteurs fidèles connaissent bien :
Pression atmosphérique moyenne à la surface (source earth.nullschool)
Mais le plus beau c'est évidemment pour la fin avec la situation du jet-stream, ce que tout le monde attendait !
Régime des vents à 10 500 mètres d'altitude (source earth.nullschool)

Et on remarque que comme on pouvait s'y attendre la grosse dépression au centre est dans un creux barométrique (trough) alors que l'anticyclone important au large des côtes californiennes est lui situé sous une crête barométrique (ridge) et ne peut donc pas provenir du pôle nord ; à noter que les deux petits anticyclones qu'on peut remarquer à la surface plus à l'ouest ne sont pas réellement visibles au niveau du jet-stream, mais qu'ils sont situés quand même au sud de celui-ci et ont donc également une origine subtropicale.
Que conclure de tout cela ?
Monsieur Antoine parle de « trajectoire méridienne », ce qui signifie que son AMP en provenance d'après lui du détroit de Béring suivrait le même méridien que celui-ci, or ce que l'on trouve sur cette trajectoire est une magnifique dépression, tout le contraire donc d'un anticyclone !

Je dois avouer que je me fais de plus en plus de souci pour la santé mentale de celui qui se targue d'apprendre la météo à des gens qui n'ont jamais compris grand chose à tout ce qui touche au climat.

Si vous êtes généreux vous pouvez proposer directement un don sur le site Skyfall afin de permettre à monsieur Antoine de suivre une thérapie qui pourrait le délivrer enfin de son problème de dérive incontinente, merci pour lui.