lundi 6 juillet 2020

Trump partira-t-il s'il est battu en novembre ? (première partie)

La question posée dans le titre de ce billet peut sembler incongrue ; en effet, les Etats-Unis sont une démocratie avec des institutions apparemment solides et on ne voit pas trop comment quelqu'un qui ne remporterait pas le suffrage des électeurs (des grands électeurs en fait dans le cas de ce pays) pourrait se maintenir au pouvoir, il serait, pense-t-on, considéré comme illégitime et forcé de laisser la place au vainqueur.

Les Etats-Unis ne sont pas la Côte d'Ivoire où un président despote, Laurent Gbagbo, avait cru pouvoir se maintenir malgré sa défaite aux élections de 2010, provoquant une crise institutionnelle apparemment résolue aujourd'hui.

Pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraitre, les Etats-Unis ne sont pas à l'abri d'un schéma « Ivoirien » comme je vais tenter de le montrer dans deux billets dont le présent article constitue la première partie.

Je ne suis en rien spécialiste en géopolitique et beaucoup de choses m'échappent, je donnerai donc mes impressions personnelles provenant de certaines lectures dont je vous ferai profiter dans la deuxième partie ; ce sera à vous de juger si je délire ou si quelques éléments factuels viennent à l'appui de mes craintes que vous pourrez éventuellement partager (dans ce domaine bien malin qui peut dire ce qui se produira réellement en novembre prochain et lors des mois qui suivront...)

Tout d'abord on constate qu'aujourd'hui c'est Joe Biden qui mène la course en tête selon divers sondages dont voici un échantillon :


La gestion calamiteuse du covid-19 par Trump, ainsi que l'assassinat de George Floyd par un policier, sont certainement pour quelque chose dans sa chute dans les sondages, cependant on aurait tort de croire que c'en est fini de lui et que Biden sera le prochain président élu avec une confortable avance.

Comme le rappelle le Huffington Post dans son article du 25 juin (voir ci-dessus) l'écart de 14 points ne doit pas faire illusion et le résultat est « à prendre avec des pincettes » :
Ces résultats sont toutefois à prendre avec prudence, le New York Times rappelant qu’en 2016, Hillary Clinton devançait Donald Trump dans les sondages nationaux, ce qui ne l’a pas empêché de perdre face à lui.
Et de préciser dans la foulée :
L’élection se jouant au nombre de grands électeurs récoltés en remportant différents États, ces sondages sur tout le territoire sont en effet beaucoup moins fiables. Pas moins de quatre sondages de juin 2016, cinq mois avant l’élection, avaient donné 10 à 12 points d’avance sur Hillary Clinton.
10 à 12 points d'avance en 2016 pour Clinton, 14 points en 2020 pour Biden dans le dernier sondage, tout cela nous incite à la méfiance, il reste en effet encore quatre mois avant l'élection du 3 novembre prochain et beaucoup de choses peuvent se passer entretemps, notamment la « perte de mémoire » d'une grande partie de l'électorat ainsi que sa propension à croire celui qui lui semble sur le moment être le plus apte à mener le pays ; or Trump a toujours un avantage sur Biden en matière d'économie, un sujet très sensible dans ce pays basé sur la libre entreprise et le rôle minimum de l'Etat, il suffirait donc que les performances économiques soient simplement un peu « meilleures » que prévues pour que ce soit porté au crédit du Donald et que ce dernier emporte la mise si d'un autre côté la pandémie due au coronavirus est en plus en voie d'extinction, ou du moins présente elle aussi des effets moins « négatifs » en octobre que ce qu'on pourrait craindre aujourd'hui (et on souhaite quand même que dans quatre mois le nombre de morts sera bien inférieur à celui qu'il est actuellement !) ; enfin mon petit doigt me dit qu'en octobre l'« effet George Floyd » ne sera plus qu'un lointain souvenir...

A ce stade on peut alors envisager quatre hypothèses de travail :
  1. Donald Trump l'emporte largement face à Joe Biden ;
  2. Joe Biden l'emporte largement face à Donald Trump ;
  3. Donald Trump l'emporte d'une courte tête face à Joe Biden ;
  4. Joe Biden l'emporte d'une courte tête face à Donald Trump.


Donald Trump l'emporte largement face à Joe Biden


Disons-le tout de suite, ce scénario, tout comme le suivant, n'a pas beaucoup de chances de se produire, sauf événement exceptionnel qu'il est impossible de deviner à l'heure actuelle.

L'écart entre Biden et Trump ne peut que se réduire, d'abord parce que ce dernier conserve une base d'adorateurs indéfectibles qui voteront pour lui quoi qu'il fasse et quoi qu'il dise, ce qui fait que de toute façon l'écart ne peut en aucune façon s'agrandir encore davantage ; ensuite parce que Biden est un gaffeur professionnel et qu'il ne fait pas le poids face à un hâbleur et menteur professionnel tel que Trump, capable de dire des énormités avec une telle conviction qu'on est souvent obligés d'aller vérifier si ce qu'il dit est vrai, ce que beaucoup de gens ne prennent même pas la peine de faire par paresse intellectuelle. Dans un duel télévisé entre les deux (et il y en aura) le match est inégal, nous aurons d'un côté un ancien bégayeur surnommé la « machine à gaffes » et de l'autre un ancien agent immobilier (oui je sais, je caricature) capable de proposer de la neige à un Inuit en le persuadant que cela lui sera fort utile, à votre avis qui a le plus de chances de sortir gagnant d'une telle confrontation dans laquelle tous les coups seront permis (que Biden retiendra alors que Trump les lâchera sans délicatesse aucune) et où celui qui aura fait preuve de la plus grande assurance pourra laisser l'impression à beaucoup qu'il est le plus apte à gérer le pays ?

Quoi qu'il en soit, si ce scénario devait se réaliser la question en titre (Trump partira-t-il s'il est battu en novembre ?) serait sans objet, Trump serait effectivement le prochain président et Biden ne pourrait rien faire d'autre que d'accepter sa défaite et retourner dans son EPHAD pour caresser les fesses des mémés et des infirmières (avec probablement une préférences pour celles-ci), un exercice dans lequel il se montrerait plus efficace que devant un journaliste ou un public (oui je sais, je force le trait)


Joe Biden l'emporte largement face à Donald Trump


Dans ce scénario également peu probable, pour les raisons évoquées plus haut, il serait difficile à Trump de contester le résultat, il pourrait maugréer et prétendre que de nombreux votes ont été truqués (il excelle dans cet exercice), cependant si les écarts sont significatifs en faveur de Biden dès le soir du 3 novembre, il pourra difficilement arguer qu'il faut attendre les votes par correspondance qui pourront arriver plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard afin d'entériner le bilan définitif, puisque ce sont justement ces votes par correspondance dont il conteste dès à présent la validité :
Donald Trump voit toujours en cette méthode [i.e. les votes par correspondance] une façon détournée de truquer les élections au profit des démocrates. ‘Les États-Unis ne peuvent pas avoir tous les bulletins de vote par correspondance. Ce sera la plus grande élection truquée de l’histoire’, a-t-il tweeté dimanche. Il a affirmé que les citoyens commettront des fraudes en récupérant des bulletins de vote envoyés par la poste, en les dupliquant par milliers et en falsifiant des signatures.
Par conséquent si dès le 3 novembre les votes sont clairement et de manière significative en faveur de Biden ce dernier sera le prochain président et Trump ne pourra que repartir la queue entre les jambes, son argument des votes par correspondance truqués tombant à plat et ne lui servant strictement à rien.


Donald Trump l'emporte d'une courte tête face à Joe Biden


Dans ce scénario-là on peut penser que Biden agirait comme l'a fait Al Gore en 2000 quand il fut battu d'une très courte tête par George W. Bush après un imbroglio juridique portant sur 537 électeurs de Floride ; Al Gore fit une déclaration (à lire dans The Guardian du 14 décembre 2000) dans laquelle il montre que son patriotisme est supérieur à une querelle portant sur quelques centaines d'électeurs de Floride attribués à Bush de manière très discutable :
I say to president-elect Bush that what remains of partisan rancour must now be put aside, and may God bless his stewardship of this country.
Je dis au président élu Bush que ce qui reste de rancœur partisane doit maintenant être mis de côté, et que Dieu bénisse sa gestion de ce pays.
Je ne vois pas en effet Biden se livrer à une bataille juridique risquant de mettre en péril les institutions du pays et la continuation de l'Etat dans le cas où l'affaire ne serait pas réglée lors de la passation de pouvoir effective en janvier 2021.

Par contre...

Joe Biden l'emporte d'une courte tête face à Donald Trump


Ce scénario est certainement le plus susceptible de présenter des difficultés pouvant mener à une grave crise institutionnelle.

On ne peut en effet pas imaginer que dans pareil cas Donald Trump lâcherait le morceau aussi facilement que le ferait Biden et comme l'a fait vingt ans plus tôt Al Gore face à George W. Bush.

Ce que l'on peut dès à présent envisager est ce qui suit : les résultats du 3 novembre prochain donnent un court avantage à Trump ou au contraire à Biden ; tout dépend alors du résultat des votes par correspondance qui tarderont à arriver (de plusieurs jours à plusieurs semaines) :

  • si Trump est en tête ce jour-là il prétendra avoir gagné les élections et refusera d'admettre la validité des votes par correspondance qu'il jugera truqués ;
  • si Biden est en tête ce jour-là Trump trouvera une raison ou une autre pour contester le résultat, et si les votes par correspondance sont en sa faveur il les acceptera alors que s'ils sont plutôt en faveur de Biden il les contestera.
Quoi qu'il en soit un faible écart en sa défaveur lui donnera des raisons d'activer tous les leviers possibles et (in)imaginables à sa disposition, et on peut lui faire confiance pour les utiliser tous sans exception, provoquant ainsi ce qui pourrait s'avérer comme étant la première crise institutionnelle majeure qu'aurait à connaitre le pays.

La suite au prochain numéro.


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