mardi 10 juillet 2018

Leçon de cherry-picking avec Ross McKitrick

Le cherry-picking est cette technique qui consiste à sélectionner soigneusement ses données afin de montrer les résultats que l'on souhaite montrer.

Le climatosceptique canadien Ross McKitrick, celui-là même qui avait pensé « réfuter », avec son collègue et compatriote Stephen McIntyre, la courbe en crosse de hockey de Michael Mann, est un redoutable spécialiste de la cueillette de cerises et il nous le montre dans All those warming-climate predictions suddenly have a big, new problem (Toutes ces prédictions de réchauffement climatique ont soudainement un gros problème nouveau)

Je ne vais pas faire la critique de son article, je me contenterai de laisser la parole à Climate Feedback qui décortique le tissu de contrevérités de McKitrick dans Financial Post commentary misleads about warming effect of greenhouse gas emissions by cherry-picking studies (Le commentaire du Financial Post est trompeur sur l'effet de réchauffement des émissions de gaz à effet de serre en sélectionnant certaines études)

Un seul thème peut être relevé pour montrer à quel point McKitrick est peu digne de confiance et prend ses lecteurs pour des demeurés, c'est celui de la sensibilité climatique (la hausse de la température pour un doublement de la concentration en CO2, abrégée en ECS) ; en effet il affirme :
  • Their ECS estimate is 1.5 degrees, with a probability range between 1.05 and 2.45 degrees. If the study was a one-time outlier we might be able to ignore it. But it is part of a long list of studies from independent teams (as this interactive graphic shows), using a variety of methods that take account of critical challenges, all of which conclude that climate models exhibit too much sensitivity to greenhouse gases.
    • Leur estimation ECS est de 1,5 degrés, avec une gamme de probabilité comprise entre 1,05 et 2,45 degrés. Si l'étude était une aberration ponctuelle, nous pourrions peut-être l'ignorer. Mais elle fait partie d'une longue liste d'études menées par des équipes indépendantes (comme le montre ce graphique interactif), en utilisant une variété de méthodes qui tiennent compte des défis critiques, qui concluent que les modèles climatiques présentent trop de sensibilité aux gaz à effet de serre.
Il fait ici référence à une étude de Nicholas Lewis and Judith Curry, The Impact of Recent Forcing and Ocean Heat Uptake Data on Estimates of Climate Sensitivity (L'impact des données récentes sur le forçage et l'absorption de chaleur par les océans sur les estimations de la sensibilité au climat), publiée le 3 juillet dernier.

Ainsi d'après tout ce petit monde la sensibilité climatique ne serait que de 1,5°C, avec un généreux maximum de 2,45°C, et cette sensibilité somme toute modeste serait, d'après eux, confirmée par « une longue liste d'études menées par des équipes indépendantes » ; à l'appui de cette affirmation on nous propose de regarder un graphique qui nous dit tout sur le sujet :

SOURCES: CM1:ROE-BAKER 2007. EB1: ALDRIN ET AL 2012. EB2: RING ET AL 2012. EB3: LEWIS 2013. EB4: OTTO ET AL 2013. EB5. MASTERS 2014. EB6: LOEHLE 2014. EB7:SKELE ET AL 2014. EB8: JOHANNSEN ET AL 2015. EB9: LEWIS & CURRY 2015. EB 10: BATES 2016. EB11:CHRISTY & MCNIDER 2017. EB12: LEWIS & CURRY 2018.

On voit clairement dans ce graphique que le point le plus haut se situe à environ 2,5°C, la majorité étant dans la fourchette 1-2°C.

On serait tenté de leur faire confiance avec un tel graphique issu d'une équipe de choc et publié dans une revue scientifique à comité de lecture, sauf que…

Sauf que Climate Feedback n'est pas tout à fait d'accord avec cette présentation, car Andrew Dessler nous dit :
  • While several groups have indeed done this calculation, and they all get the same answer, these groups are basically doing versions of the same calculation with the same data. Thus, their agreement means much, much less than is suggested here. If there is a problem with the methodology, which several recently published papers have suggested, then all of them are wrong.
    • Alors que plusieurs groupes ont effectivement fait ce calcul, et ils obtiennent tous la même réponse, ces groupes font fondamentalement des versions du même calcul avec les mêmes données. Ainsi, leur accord signifie beaucoup, beaucoup moins que ce qui est suggéré ici. S'il y a un problème avec la méthodologie, ce que plusieurs articles publiés récemment ont suggéré, alors tous ont tort.
Donc les études mentionnées par Lewis et Curry et reprises par McKitrick sont le fait d'un nombre restreint de chercheurs ayant utilisé les mêmes données et fait les mêmes calculs qui, selon Dessler, se sont révélés douteux.

Mark Zelinka, lui, nous montre une liste impressionnante d'études ayant évalué l'ECS, et on ne peut pas vraiment dire que cette dernière se limiterait à un petit 1,5°C selon « une longue liste d'études menées par des équipes indépendantes »...


Voilà ce que j'appelle une « longue liste d'études menées par des équipes indépendantes », et on voit bien la différence avec la maigre sélection opérée par nos pieds nickelé (ils étaient trois)

Et pour bien se rendre compte en une image plus synthétique, Zeke Hausfather nous dit, avec graphique à l'appui :
  • This is only true if you selectively pick studies with low sensitivity. We recently looked at all climate sensitivity studies published using all different methods and found no evidence of an overall decline in estimated ECS in recent years:
    • Ceci n'est vrai que si vous choisissez sélectivement des études avec une faible sensibilité. Nous avons récemment examiné toutes les études de sensibilité au climat publiées en utilisant toutes les différentes méthodes et nous n'avons trouvé aucune preuve d'un déclin global de l'ECS estimée au cours des dernières années :

J'ouvre bien mes yeux et je constate que la toute dernière barre va de 3°C à 4,5°C à vue de nez, avec peu avant une autre barre allant de 4°C à 7,5°C !

Et il y a en tout 10 barres qui atteignent les 9°C !

Quant aux fameux 1,5°C qui seraient l'ECS moyenne d'après nos trois lascars, on s'aperçoit qu'en fait il s'agit plutôt d'un minimum…

Pour terminer sur ce sujet de l'ECS, le même Zeke Hausfather nous montre un dernier graphique encore plus synthétique :



Toutes les études résumées dans ce graphique nous montrent une ECS moyenne de 3°C, soit le double que celle avancée par nos climatosceptiques appointés (devinez par qui), et même s'il est bien précisé que toutes les études prises en compte ne sont pas parfaitement comparables il n'en reste pas moins que bien rares sont celles qui tournent autour des 1,5°C (on peut même en voir avec une ECS inférieure, en plissant bien les yeux)

Bref, sans surprise la note attribuée à McKitrick n'est pas fameuse :

Crédibilité scientifique = -1.0 !

Comme par hasard, nos pieds nickelés frenchies ne sont pas d'accord avec les appréciations données par Climate Feedback, en voici quelques exemples tirés du dernier bulletin climato-irréaliste :
  • La chasse aux fake news, c’est aussi bon pour le climat nous dit Theconversation.com. Le mécanisme est le suivant : Climate Feedback, un site créé par des scientifiques, évalue la crédibilité des informations dans le domaine du changement climatique. Les articles suspects les plus influents (identifiés en fonction de leur viralité sur les réseaux sociaux) seront revus et corrigés par les scientifiques réchauffistes experts du domaine, qui leur donneront une note de « crédibilité scientifique ». En somme, les milieux autorisés s’autorisent, comme le disait Coluche.
Ben voyons, ce sont des scientifiques « réchauffistes » qui notent les articles douteux dont se repaissent les fatigués du bulbe qui meublent leur longues journées d'inactivité (ils sont pour la plupart retraités) en tenant des discussions de café du commerce sur un site supposé être LA référence française en matière de climatologie, à égalité avec pensée unique.

Et comme le dit un habitué qui a son rond de serviette à la table commune :
2. Hug | 20/06/2018 @ 23:23
Usbek (#1),
Climate Feedback, ça vaut son pesant de partialité…

Ben voyons, parce que Skyfall est impartial, c'est bien connu !

Et un autre poivrot qui n'a pas fini de dégriser d'enchainer :
3. AntonioSan | 21/06/2018 @ 8:02

The Conversation est soutenu financierement par les Fondations vertes de milliardaires americains, les memes qui sont impliques dans l’astroturf avec Tides, Hewlett Foundation, Pew etc… et qui sabotent entre autres les projets energetiques canadiens.
Voir le site de Vivian Krause en anglais qui recense grace aux documents d’imposition americains l’influence deletere de ces fondations.
Aussi l’article d’Emmanuel Vincent, qui recoit d’ailleurs un soutien financier d’un centre nomme CITRIS initie par le tres verdatre Brown, Gouverneur de Californie est un essai afin de decredibiliser en francais Susan Crockford, une biologiste de l’Universite de Victoria dont les analyses exposent la pensee unique des pontes faisant carriere alarmiste sur le statut des ours polaires. Les specialistes comme Mitch Taylor qui ne suivirent pas la ligne dure furent fichus a la porte et les autres font attention… comme les temoignages recueillis par Crockford le montrent.

Climate feedback est la nieme incarnation de la propagande rechauffarde en pretendant offrir un regard neutre purement scientifique mais en impliquant bien sur les plus rechauffistes et alarmistes… Il suffit de voir comment The Conversation permit a certains auteurs de l’attaque de Crockford dans Biosciences d’en remettre une couche.
Ben voyons, là aussi c'est bien connu que Susan Crockford (qui ça ?) est une sommité en matière d'ours polaires, comme on peut le constater ici.

Mais le meilleur est pour la fin avec un retardataire (dans tous les sens du terme ?) qui s'enfonce en pensant faire un trait d'esprit :
8. Tamise | 29/06/2018 @ 9:18

Parmi les relecteurs de Climate Feedback figure un certain Michael Mann.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même.
A propos des abeilles: l’erreur pourrait être derrière la ruche.
Ben voyons, puisque Michael Mann fait partie des relecteurs c'est donc que ça ne vaut rien, et c'est quelqu'un qui accuse les apiculteurs d'être les responsables de leurs malheurs (là aussi, quand on nie le réchauffement climatique il y a de fortes chances pour que l'on nie que les néonicotinoïdes soient responsables de la mortalité des abeilles, tout se tient) qui pense également que Mann a été réfuté. Non il n'a pas été réfuté, sa courbe en crosse de hockey tient toujours la route, elle figure dans le dernier rapport du GIEC et j'en ai également montré quelques exemplaires dans un de mes articles récents.


L'exercice de révision des fake news est périlleux, car on peut se demander qui juge les réviseurs, qui évalue leur pertinence ; mais quand il s'agit de scientifiques reconnus, comme c'est le cas pour les relecteurs de Climate Feedback, alors la position la plus raisonnable est de leur faire confiance et de partir du principe que c'est plutôt de leur côté que la vérité a des chances de se trouver.

Ou alors il faut avoir un sacré bagage scientifique, et peut-être aussi un sacré culot, pour les contester en apportant des éléments d'argumentation solides et pas seulement des opinions émanant de son idéologie, quelle que soit cette idéologie.

Choisis ton camp camarade.


Jean-Pierre Bardinet donne toujours des signes de vie

Mais toujours aucun signe d'intelligence…

La planète Bardinet, si proche de nous mais pourtant si stérile, donne de ses nouvelles sur Contrepoints dans un article désopilant intitulé Des incohérences dans le discours de Nicolas Hulot.

On peut appeler cela l'hôpital qui se moque de la charité, ou projeter sur autrui ses propres tares, car en matière d'incohérences le sieur Bardinet sait de quoi il cause.

Nous avions déjà vu qu'il s'était fait remettre à sa place sur le site climato-conspirationniste WUWT par un ponte des lieux, le dénommé Willis Eschenbach qui avait avoué avoir bien ri à la lecture des premières lignes des fumeuses 22 contrevérités de Bardinet, montrant ainsi que celui-ci ne connaissait pas grand chose au sujet du climat.

Mais cela ne fait rien, Bardinet continue son petit bonhomme de chemin en racontant ses sempiternelles sornettes, par exemple :
Les incohérences de Nicolas Hulot : il croit que le CO2 est un polluant et oublie qu’il est gaz de la Vie (photosynthèse) et fait reverdir la planète. Son action sur la température est une hypothèse préconfigurée dans les statuts du GIEC, non prouvée scientifiquement.
Ben oui, le CO2 est bien un polluant du moment qu'il se trouve concentré dans l'atmosphère à des doses supérieures à la normale, ce qui entraine notamment la hausse des températures que Bardinet persiste, contre vents et marées, à nier.

On voit bien que Nicolas Hulot et le GIEC ne sont que les têtes de Turc que Bardinet s'est choisies pour essayer de faire passer son message simpliste qui consiste à dire :
  • il n'y a pas de hausse de température significative, donc pas besoin de s'inquiéter ;
  • le CO2 est le gaz de la vie, plus il y en a et mieux c'est ;
  • l'homme est totalement innocent de quoi que ce soit, il peut continuer à pomper autant de pétrole et à extraire autant de charbon qu'il veut, cela n'a aucun effet sur la planète ;
  • les énergies renouvelables c'est le mal absolu, elles ne servent à rien et en plus elles tuent les gentils oiseaux.

A ce sujet un lecteur lui fait remarquer :

Guido Brasletti8 juil. 11h06

Bon reprenons…
[…]
2. Les éoliennes tueuses d’oiseaux ? Quels sont les trois premiers prédateurs des oiseaux ? Les chats, les chasseurs et… les parois vitrées. Ca se chiffre en dizaines, voire centaines de millions ! Alors les éoliennes et leurs quelques milliers de morts par an… Vous voulez sauver des oiseaux ? Tuez un chat ou interdisez la chasse !
[…]
Mais heureusement que la ligue des chauffeurs de taxi vient à la rescousse de l'ami Bardinet en répondant à l'impertinent Brasletti :

joletaxi8 juil. 11h39

c’est bien, vous avez bien récité le chapitre zozoliennes, de la bible du club de la poele à frire.
Cependant, mais ce n’est pas une critique, juste une suggestion pour votre prochaine et inévitable petit tour de derviche tourneur vert, vous auriez pu conclure par la formule consacrée:
le vent et le soleil n’envoient pas de factures.
tiens un oiseau ,en voulant éviter un minou, sale bête, a échappé de justesse à ma calandre ( ils adorent les calandres ces idiots)mais s’est fracassé tout de même sur la vitre du bar tabac du coin( le gérant m’a confié qu’il en ramasse des dizaines tous les jours)
dans le même genre on m’a raconté qu’un type barbu marchait sur l’eau, comme quoi, il suffit de croire
Loin de moi l'idée de prendre la défense de Nicolas Hulot, mais le fait qu'il soit attaqué par des bouffons comme Bardinet me le rend plutôt sympathique, du coup.

Autre motif de satisfaction, que quelqu'un comme ce Guido Brasletti, qui semble avoir des choses intéressantes à dire, ait le courage, ou l'inconscience, de s'exprimer sur un site comme Contrepoints, le rendez-vous des piliers du bistrot du coin où l'on se fait massacrer par la meute des habitués des lieux.


samedi 7 juillet 2018

Coup de chaud sur la planète

Le trimestre avril-mai-juin 2018 est, selon Météo France, le deuxième plus chaud jamais enregistré depuis le début du 20ème siècle, juste 0,1°C de moins que le même trimestre de...2003, à 16,7°C !

2003, vous vous souvenez peut-être encore de cette année et de son exceptionnelle canicule.

Voici le graphique représentant les températures de cette période depuis 1899 :

Écart à la normale* de la température moyenne du trimestre avril-mai-juin 2018 en France - © Météo-France.

Vu autrement, on remarque aussi qu'en partant en 1899 d'une anomalie de -0,7 environ et en arrivant à +1,9 à vue de nez cela nous fait une hausse de température sur ce trimestre en particulier de...2,6°C, une paille !



En réalité il a fait spécialement doux (pour ne pas dire chaud) en avril, comme nous indique Météo France :
  • anomalie de +2,7 °C en avril
  • anomalie de +1,3 °C en mai
  • anomalie de +1,7 °C en juin.
Ces « anomalies » sont calculées par rapport à la période 1981-2010 ; évidemment elles ne concernent que la France et ne peuvent pas être transposées à la Terre entière, et rien ne dit que 2018 dans sa globalité présentera les mêmes caractéristiques, le reste de l'année pouvant être plus froid que la « normale », même si cette hypothèse est peu probable ; en effet nous avons commencé l'année en situation La Niña, rapidement convertie en « neutre » avec une possibilité de 50% d'un El Niño pour cet automne et de 65% pour cet hiver (source cpc.ncep.noaa) ; l'historique ENSO est comme suit :

Recent Pacific warm (red) and cold (blue) periods based on a threshold of +/- 0.5 ºC for the Oceanic Nino Index (ONI) [3 month running mean of ERSST.v5 SST anomalies in the Nino 3.4 region (5N-5S, 120-170W)]. For historical purposes, periods of below and above normal SSTs are colored in blue and red when the threshold is met for a minimum of 5 consecutive over-lapping seasons. (source cpc.ncep.noaa)

Comme on peut le voir, malgré la nette situation La Niña de ce début d'année, nous avons quand même connu des températures plutôt chaudes, et ce globalement ; même Roy Spencer est obligé de le reconnaitre avec son graphique de la température de la basse troposphère calculée (et non mesurée) à partir des satellites :

Global area-averaged lower tropospheric temperature anomalies (departures from 30-year calendar monthly means, 1981-2010). The 13-month centered average is meant to give an indication of the lower frequency variations in the data; the choice of 13 months is somewhat arbitrary… an odd number of months allows centered plotting on months with no time lag between the two plotted time series. The inclusion of two of the same calendar months on the ends of the 13 month averaging period causes no issues with interpretation because the seasonal temperature cycle has been removed, and so has the distinction between calendar months. (source drroyspencer)

A noter, pour ceux qui ne le savent pas, que les événements ENSO sont amplifiés dans les données provenant des satellites, les températures de surface montrant des pics moins prononcés ; voici ce que cela donne à partir de Wood for trees :

Anomalies des températures de surface pour gistemp, hadcrut et best, pour la période 1979-2018.

J'ai choisi la période 1979-2018 à dessein afin de pouvoir faire la comparaison avec les données UAH de Roy Spencer ; on remarque sans problème que les pics El Niño de 1998 et 2016 n'ont pas du tout la même importance, cependant, comme il s'agit d'événements temporaires ce qui importe est la tendance à très long terme ; en regardant les deux jeux de données (basse troposphère et surface) nous obtenons des variations relativement similaires :
  • basse troposphère : de -0,2 en 1979 à +0,3 en 2018 = +0,5°C ;
  • surface : de 0 en 1979 à +0,6 en 2018 = +0,6°C.
Et encore les +0,6 de 2018 ne sont que temporaires, attendons de voir ce que nous réserve le second semestre (évidemment les chiffres que je donne sont pifométriques et n'ont rien de scientifiques, ce qui compte ce n'est pas la précision au dixième de degré…)

Mais voilà, l'important n'est pas tellement ce que nous vivons actuellement, qui est somme toute parfaitement supportable et parfois même agréable quand on a la chance de résider dans des contrées dites tempérées (quoique celles-ci peuvent être sujettes à des événements...extrêmes…), non ce qui est vraiment important c'est ce que nous réserve l'avenir à plus ou moins long terme, sachant que cette notion de long terme est relative et dépend essentiellement de l'âge des individus ; en ce qui me concerne je ne me fais pas trop de souci, le long terme en question signifie probablement un temps où je serai 6 pieds sous terre, mais pour un jeune d'aujourd'hui qui sera centenaire en l'an 2100 cela veut dire des vieux jours problématiques si l'on en croit la récente étude parue en juin intitulée Palaeoclimate constraints on the impact of 2 °C anthropogenic warming and beyond (Contraintes paléoclimatiques sur l'impact du réchauffement anthropique à 2 ° C et au-delà) et dont voici le résumé :
  • Over the past 3.5 million years, there have been several intervals when climate conditions were warmer than during the pre-industrial Holocene. Although past intervals of warming were forced differently than future anthropogenic change, such periods can provide insights into potential future climate impacts and ecosystem feedbacks, especially over centennial-to-millennial timescales that are often not covered by climate model simulations. Our observation-based synthesis of the understanding of past intervals with temperatures within the range of projected future warming suggests that there is a low risk of runaway greenhouse gas feedbacks for global warming of no more than 2 °C. However, substantial regional environmental impacts can occur. A global average warming of 1–2 °C with strong polar amplification has, in the past, been accompanied by significant shifts in climate zones and the spatial distribution of land and ocean ecosystems. Sustained warming at this level has also led to substantial reductions of the Greenland and Antarctic ice sheets, with sea-level increases of at least several metres on millennial timescales. Comparison of palaeo observations with climate model results suggests that, due to the lack of certain feedback processes, model-based climate projections may underestimate long-term warming in response to future radiative forcing by as much as a factor of two, and thus may also underestimate centennial-to-millennial-scale sea-level rise.
    • Au cours des 3,5 derniers millions d'années, il y a eu plusieurs intervalles lorsque les conditions climatiques étaient plus chaudes que pendant l'Holocène pré-industriel. Bien que les périodes passées de réchauffement aient été différemment « forcées » que les changements anthropiques subséquents, ces périodes peuvent fournir des informations sur les impacts climatiques potentiels futurs et les rétroactions des écosystèmes, en particulier sur des échelles de temps centennales à millénaires qui ne sont souvent pas couvertes par les simulations climatiques. Notre synthèse basée sur l'observation de la compréhension des intervalles passés avec les températures dans la plage du réchauffement futur projeté suggère qu'il y a un faible risque de rétroaction incontrôlée des gaz à effet de serre pour le réchauffement climatique de 2 ° C au maximum. Cependant, des impacts environnementaux régionaux importants peuvent se produire. Dans le passé, un réchauffement moyen mondial de 1 à 2 ° C avec une forte amplification polaire s'est accompagné de changements importants dans les zones climatiques et la répartition spatiale des écosystèmes terrestres et océaniques. Le réchauffement soutenu à ce niveau a également conduit à des réductions substantielles des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique, avec des augmentations du niveau de la mer d'au moins plusieurs mètres sur des échelles de temps millénaires. La comparaison des observations paléo avec les résultats du modèle climatique suggère qu'en raison de l'absence de certains processus de rétroaction, les projections climatiques modélisées peuvent sous-estimer le réchauffement à long terme en réponse au futur forçage radiatif jusqu'à un facteur de deux, sous-estimant ainsi l'élévation du niveau de la mer du centenaire au millénaire.
Bref si l'on veut savoir les possibles impacts d'un réchauffement de 2°C d'ici 2100 par rapport à la période préindustrielle, il est correct de regarder dans le lointain passé ce qu'il est arrivé quand des changements de températures de la même ampleur sont intervenus.

Et il faut tenir compte de l'inertie du système climatique, car comme il est dit dans l'étude :
  • Even if future emissions are reduced, warming will continue beyond 2100 for centuries or even millennia because of the long-term feedbacks related to ice loss and the carbon cycle.
    • Même si les émissions futures sont réduites, le réchauffement se poursuivra au-delà de 2100 pendant des siècles ou même des millénaires en raison des rétroactions à long terme liées à la perte de glace et au cycle du carbone.
C'est un peu le principe du Titanic qui n'a pas pu éviter l'iceberg car il lui était impossible, sur sa lancée, de virer de bord suffisamment vite.

Pour faire court il s'avère que les modèles climatiques, que les climatosceptiques prétendent être catastrophistes, sous-estimeraient en réalité la hausse des températures ainsi que tout ce qui va avec, dont notamment la hausse du niveau des mers :
  • Many state-of-the-art climate models may underestimate both the rates and extents of changes observed in palaeo data. Models are calibrated based on recent observations, simplifying some pro-cesses (for example, the representation of clouds and aerosols) or neglecting processes that are important on long timescales under significantly warmer boundary conditions (for example, ice-sheet dynamics or carbon-cycle feedbacks). 
    • De nombreux modèles climatiques à la fine pointe de la technologie peuvent sous-estimer à la fois les taux et l'étendue des changements observés dans les données paléo. Les modèles sont calibrés sur la base d'observations récentes, simplifiant certains processus (par exemple, la représentation des nuages et des aérosols) ou négligeant les processus importants sur de longues périodes dans des conditions aux limites sensiblement plus chaudes (par exemple, dynamique des calottes glaciaires ou les rétroactions du cycle du carbone).
Pour les « conditions aux limites », voir mon billet Conditions initiales et conditions aux limites

Ainsi l'étude reconnait que les modèles climatiques sont imparfaits, ce que l'on savait déjà, mais surtout qu'ils sous-estiment très probablement l'ampleur du réchauffement climatique et ses conséquences ; c'est pourquoi il est utile, en parallèle à leur utilisation, de se pencher sur le passé :
  • This lack of potentially important feedback mechanisms in climate models underscores the importance of exploring warm climate intervals in Earth’s history. Understanding these past intervals may illuminate feedback mechanisms that set long-term climate and Earth system sensitivity (ESS), enabling an assessment of the possible impacts of warming on physical, biological, chemical and ecosystem services on which humanity depends.
    • Ce manque de mécanismes de rétroaction potentiellement importants dans les modèles climatiques souligne l'importance d'explorer les intervalles climatiques chauds dans l'histoire de la Terre. Comprendre ces intervalles peut éclairer les mécanismes de rétroaction qui déterminent le climat à long terme et la sensibilité du système terrestre, permettant une évaluation des impacts possibles du réchauffement sur les services physiques, biologiques, chimiques et écosystémiques dont dépend l'humanité.
Il est intéressant notamment de regarder la co-évolution de la concentration de l'atmosphère en CO2 et de la température au cours des âges, ainsi :

Evolution de la concentration en CO2 et de la température depuis 2000 ans.

Evolution de la concentration en CO2 et de la température depuis 12 000 ans.

Evolution de la concentration en CO2 et de la température depuis 160 000 ans.

Evolution de la concentration en CO2 et de la température depuis 800 000 ans.

Evolution de la concentration en CO2 et de la température depuis 4 000 000 d'années.

Dans ces graphiques la température (de surface) est en bleu, la concentration de CO2 en rouge.

Nous remarquons immédiatement la forme en crosse de hockey que nous devons à Michael Mann, lequel aurait soi-disant été réfuté selon nos amis climatosceptiques qui n'en perdent pas une pour dire une ânerie.

Le plus frappant est que pendant 800 000 ans le taux de CO2 n'a JAMAIS dépassé les 300ppm et qu'il faut revenir quasiment deux millions d'années en arrière pour trouver des concentrations similaires à celles que nous connaissons aujourd'hui (plus de 400ppm)

Nous voyons également que sur 800 000 il y a parfait parallélisme des courbes de température et de CO2 ; la seule différence entre aujourd'hui et les temps préindustriels c'est que durant ces derniers c'est la températures qui commençait à monter, entrainant une hausse du CO2 qui agissait comme rétroaction positive en amplifiant la hausse de température initiale, alors qu'aujourd'hui c'est exactement l'inverse qui se produit, à cause de nos émissions industrielles de CO2 (ainsi que notre usage des sols dans une moindre mesure) qui entrainent la hausse des températures.

Quant aux températures elles-mêmes on peut voir une amplitude d'environ 5°C, y compris sur les 4 derniers millions d'années, ce qui fait réfléchir quand on pense que certains scénarios envisagent une hausse de cette ampleur, mais sur un laps de temps infiniment plus court !

Dans le passé les auteurs de l'étude ont repéré trois époques :
  1. le HTM, ou Holocene Thermal Maximum (il y a environ 8 000 ans)
  2. le LIG, ou Last Interglacial (entre 129 et 116 milliers d'années)
  3. le MPWP, ou mid-Pliocene warm period (entre 3,3 et 3 millions d'années)
C'est seulement dans la troisième période que l'on rencontre des concentrations de CO2 supérieures à 450ppm, donc comparables à ce qui nous attend très prochainement.

L'étude considère donc les impacts qu'ont eu ces trois différentes périodes sur :
  • la glace continentale et le niveau des mers ;
  • les banquises ;
  • l'écosystème marin ;
  • la végétation.
Les réponses du système Terre sont synthétisées dans ce graphique :

Impacts et réponses des composants du système terrestre. La figure résume les déclarations dans les deuxième et troisième sections («Réponses du système terrestre pendant les intervalles chauds» et «Amplification et seuils: leçons paléo pour le futur») sous une forme extrêmement condensée (toutes les déclarations sont relatives à la période préindustrielle). Les réponses où d'autres raisons interdisent une déclaration robuste sont indiquées en italique. Des éléments de preuve supplémentaires qui ne sont pas applicables au réchauffement futur ou qui ne sont pas suffisants pour tirer des conclusions solides sont résumés dans les informations supplémentaires. Notez qu'il existe une variabilité spatiale et une incertitude significatives dans l'évaluation de chaque composant et, par conséquent, ce chiffre ne doit pas être mentionné sans lire le texte en détail.

Définitions de certaines abréviations:
  • GIS : Greenland Ice Sheet ;
  • WAIS : West Antarctic Ice Sheet ;
  • EAIS : East Antarctic Ice Sheet.
Un chapitre est dédié à la sensibilité climatique, c'est-à-dire la hausse de température pour un doublement de la concentration en CO2 ; on nous rappelle que d'après le GIEC elle est de 3,2 ± 1.3°C, mais que la sensibilité du système Terre (ESS pour Earth system sensitivity) serait plutôt de l'ordre de 3 à 5,6 °C en considérant les corrélations passées du Pléistocène ; les graphiques suivants sont présentés :

Réponse de la température et du niveau de la mer au forçage du CO2. a, Anomalies moyennes annuelles et globales de la température de l'air à la surface (par rapport à la période préindustrielle) en fonction des concentrations atmosphériques de CO2 (voir les tableaux supplémentaires 1 et 2). b, l'ESL augmente par rapport aux niveaux de CO2 (voir tableaux supplémentaires 8 et 10). c, augmentation de l'ESL par rapport aux anomalies de la température de l'air de surface. d, les taux de pointe d'ESL augmentent en fonction des anomalies contemporaines de la température de l'air de surface. Les diamants noirs montrent des simulations de scénarios futurs par deux modèles de complexité intermédiaire3, les triangles bleus sont des simulations d'équilibre d'ensemble modèle sous les conditions aux limites EECO10,135, les carrés verts montrent les réponses de simulation EECO dues aux variations des concentrations de CO2 seules, estimées en supprimant les effets associés les conditions aux limites de la surface planétaire par rapport au contrôle préindustriel, et les carrés rouges sont les paléo reconstructions (Tableaux supplémentaires 8-11). Le CO2 atmosphérique, les températures de l'air de surface et les valeurs au niveau de l'ESL sont moyennés sur une valeur de 10 000 à 12 000 dans les futures simulations (diamants noirs, a-c). Les taux maximaux d'élévation simulée du niveau de la mer se produisent plus tôt, entre les vingt-troisième et vingt-sixième siècles et sont comparés aux températures des modèles transitoires contemporains. Les flèches rouges en b et c indiquent les incertitudes minimales. Pour les niveaux d'ESL (b-d), les valeurs EECO incluent la fusion de l'inventaire moderne complet de la glace, plus les effets stériques (voir le tableau 10 supplémentaire pour plus de détails). Les changements dans la forme du bassin océanique sont exclus du calcul ESL EECO.

Définitions de certaines abréviations :

  • ESL : Eustatic Sea Level ;
  • EECO : Early Eocene Climatic Optimum.

Si l'on observe la courbe de Keeling et que l'on se livre à une simple règle de trois, en partant de 1960 avec un taux de 315ppm environ, pour arriver aujourd'hui à 410ppm (409,39ppm exactement à l'heure où j'écris) cela nous donne à la grosse louche 95ppm sur 58 ans, soit 545ppm (en arrondissant) en 2100 ; si l'on fait le même exercice en partant de l'an 2000 avec environ 370ppm, nous arrivons en 2100  avec une concentration de 630ppm (si je me suis trompé dans mes calculs merci de me corriger)

Courbe de Keeling, source wikipedia
Quand on sait que nous partons d'un taux préindustriel de 280ppm, le doublement est donc de 560ppm, ce qui fait qu'il est assez probable que nous l'aurons atteint en 2100, même si nous arrivions à réduire un peu nos émissions en cours de route (on peut toujours rêver, restons optimistes !) ; par conséquent l'augmentation de température se situerait peu ou prou dans la fourchette 3-5,6°C si l'on se base sur le passé.

Maintenant reste à savoir en combien de temps les effets indésirables se feraient sentir ; par exemple une montée des eaux de plusieurs mètres (on parle dans l'étude de...6 mètres…) ne se produirait certainement pas du jour au lendemain, mais plutôt de manière très progressive et pratiquement indiscernable sur l'échelle de vie d'un humain ayant une mémoire de poisson rouge ; c'est comme si l'on demandait à un individu à faible quotient intellectuel de se poster devant un arbre et d'évaluer sa progression dans le temps, il y a fort à parier que sa conclusion serait que l'arbre ne grandit pas puisqu'il ne le voit pas grandir !
  • [...] the LIG and MIS11.3 were characterized by prolonged warmer-than-present-day conditions in high latitudes, leading to melting of parts of Greenland and Antarctica. This ice-sheet melt contributed to a more than 6 m sea-level rise compared to pre-industrial, on time-scales of millennia, and caused significantly higher rates of sea-level rise compared to those of the last decades.
    • [...] le LIG et le MIS11.3 ont été caractérisés par des conditions prolongées plus chaudes qu'actuellement dans les hautes latitudes, conduisant à la fonte de certaines parties du Groenland et de l'Antarctique. Cette fonte de glace a contribué à une élévation du niveau de la mer de plus de 6 m par rapport à l'ère préindustrielle, à des échelles de temps de plusieurs millénaires, et a entraîné des augmentations significativement plus élevées du niveau de la mer par rapport aux dernières décennies.

Le MIS11 est une période il y a environ 400 000 ans durant laquelle le niveau des mers était 6 à 9 mètres plus haut qu'aujourd'hui, comme durant le LIG (dernier interglaciaire) il y a 120 000 ans ; à ces époques lointaines il fallait donc des millénaires pour provoquer des variations de plusieurs mètres du niveau marin, mais il est vrai que la température mettait également des millénaires pour varier de quelques degrés (par exemple, durant le LIG, il fallait 10 000 ans environ pour varier de 5°C, soit un degré tous les 2 000 ans, d'après le graphique montré plus haut)

Durant notre ère industrielle il nous a fallu à peu près 150 ans pour monter d'un degré, soit un rapport de 1 à 13 (150 contre 2000) qui apparemment n'inquiète pas grand monde puisque nous continuons à vivre en produisant et consommant quasiment « comme d'habitude », avec cependant quelques velléité de « faire un geste pour la planète » alors que la planète s'en sortira très bien sans nous.

Cela dit le beau temps étant revenu le moment est venu de préparer quelques belles balades en montagne, après avoir consacré quelques weekends à entretenir le jardin qui en avait bien besoin. 

Comme aurait dit l'autre : « après moi la montée des eaux », d'autant plus que je n'habite pas en bord de mer.

Comme je l'ai dit, il faut rester optimiste, surtout quand on n'a pas d'autre solution.


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dimanche 1 juillet 2018

L'Arctique à toutes les sauces

Mon précédent billet sur l'Arctique, Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 !, était évidemment à prendre au second degré, car je ne me permettrais pas de prétendre deviner quand la banquise boréale sera entièrement absente en septembre à partir d'un simple coup de crayon virtuel avec l'aide de Paint.

Certains ont pris ma « prédiction » pour argent comptant, comme par exemple ici :
par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:22 
rien que le titre m'a suffit :

Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 !

attention pas 2037 ou 32... manque plus que le jour, le 12 septembre ou le 25 septembre le suspens est total...

C'est merveilleux la nature il suffit de projeter des courbes pour y lire l'avenir.
c'est que la nature c'est simple comme une droite.
Plus besoin de science Paint suffit !
Le dénommé Troubaa n'en est pas à une ânerie près, il en rajoute d'ailleurs un peu plus loin :
par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:42
Meme en analyse financiere si la projection de courbe te donnaient des prévisions justes cela se saurait.
Et le climat est nettement plus complexe que la finance....

il n'y a rien de plus con que de projeter une courbe dans un système complexe…
Outre le vocabulaire approximatif (« le titre m'a suffit » ou « la projection de courbe te donnaient », qui ne sont que quelques exemples de ses difficultés de conjugaison) qui révèle une culture défaillante, la logique et la cohérence ne sont pas le fort de l'ami Troubaa.

En effet, dire que le climat est plus complexe que la finance ne signifie pas grand chose, les deux domaines ne pouvant pas être comparés comme on compare deux paires de chaussettes afin d'évaluer laquelle des deux sera la plus résistante dans le temps en tenant compte de leur prix ou de tout autre critère de choix comme la couleur ou la texture.

En finance il est bien plus hasardeux de projeter une courbe à partir d'une tendance que pour le climat ; ce dernier possède des caractéristiques bien plus stables et bien mieux connues des spécialistes pour permettre des projections assez fiables contenues dans une zone d'incertitude relativement faible, alors que la finance est tributaire de tellement de facteurs d'origines diverses, essentiellement d'ordre sociologique et politique, voire idéologique, que faire des prévisions financières à plus de quelques années s'apparente à un exercice divinatoire du style de la lecture de l'avenir à partir des entrailles de poulet.

Tamino (de son vrai nom Grant Forster) nous donne une leçon de statistiques appliquées à l'évolution des températures que l'on peut aisément transposer au problème de la diminution de la banquise arctique ; dans Weak Sauce from Climate Deniers il démonte sans grande difficulté les assertions d'un climatosceptique qui ne voyait aucune tendance dans l'augmentation des températures et ne distinguait que deux courtes périodes durant lesquelles il y aurait eu un réchauffement, même pas dû au CO2 :
“First of all: what persistent trend? Sorry but I can’t find one. What we see in the actual evidence is a roller coaster pattern of ups and downs. The only persistent upward trends occurred either early in the 20th century when CO2 emissions had only a small effect or late in the 20th century over a period of only 20 years.” 
"Tout d'abord : quelle tendance persistante ? Désolé mais je n'en trouve pas une seule. Ce que nous voyons dans la réalité est un modèle de montagnes russes de hauts et de bas. Les seules tendances persistantes à la hausse se sont produites au début du XXe siècle, lorsque les émissions de CO2 n'ont eu qu'un faible effet ou à la fin du 20e siècle sur une période de 20 ans seulement. "
La démonstration de Tamino tient en quelques graphiques dont voici le premier afin de planter le décor :

Température mondiale moyenne annuelle de la NASA

Chacun peut vérifier avec Wood for trees que ces températures enregistrées depuis 1880 sont cohérentes quand on prend plusieurs organismes en considération :

Evolution des températures depuis 1880 selon trois organismes indépendants.


Je n'ai pas pris en compte les données satellitaires (UAH et RSS) car elles ne commencent qu'en 1979 et ne mesurent pas que la surface ; on remarquera que le graphique de Tamino est bien plus clair car il montre une ligne rouge représentant la moyenne annuelle, rendant ainsi la lecture plus aisée ; cependant il n'en est pas moins juste (ni davantage d'ailleurs) que les trois courbes provenant de WFT, chacune montrant une augmentation proche du degré Celsius entre 1880 et aujourd'hui.

On remarquera également que le réchauffement climatique a vraiment « pris son envol » à partir des années 1970-80, après une pause de près de trente ans probablement due aux émissions de particules ayant un effet refroidissant sur l'atmosphère (la réglementation a permis du lutter contre ces particules, mais au détriment de la température qui s'est envolée…), c'est pourquoi Tamino prend comme point de départ de sa démonstration l'année 1975 pour tout d'abord nous montrer ce qu'est une tendance sur une période de 25 ans en se plaçant virtuellement en l'an 2000 :

Les données de 1975 à 1999 correspondent à une droite (par régression des moindres carrés) pour estimer la tendance

Il procède ensuite au même exercice, quasiment, que celui auquel je me suis livré de manière artisanale et non professionnelle pour extrapoler la date de fonte entière de la banquise arctique au mois de septembre, et il tire donc la droite de tendance suivante :

Estimation de ce qui se serait passé si la tendance n'avait pas changé.

Et il demande à ses lecteurs ce qui s'est passé dans la réalité...et donne la réponse avec ce graphique :

Les températures sont tombées dans la fourchette attendue. Une seule valeur est en dehors de la plage, et celle-ci (pour 2016) n'est pas loin et dépasse la limite.

Et pour enfoncer le dernier clou dans le cercueil climatosceptique il montre ce qu'aurait été une tendance zéro à partir de l'an 2000, comme le prétendent tant de négateurs patentés :

5 années sur 18 auraient des températures en dehors des limites «sans tendance».

Ainsi oui, il est parfaitement possible, en matière climatique, d'extrapoler des courbes à partir de droites de tendances, en tenant compte cependant, ce que je n'avais pas fait n'étant pas statisticien, d'intervalles de confiance (les écarts-types que j'ai étudié il y a fort longtemps…) qui permettent d'encadrer la projection dans une espèce de tunnel prédictif.

L'intervalle de confiance du GIEC s'étend d'ailleurs sur deux décennies, de 2040 à 2060 pour un Arctique « presque  » libre de glace, et de 2060 à 2080 pour un Arctique entièrement libre de glace : 

Source ipcc


Mais le dernier rapport du GIEC date de 2013 et ne comprenait pas les plus récentes études sur le sujet, dont une (When will the summer Arctic be nearly sea ice free? du 4 mars 2013) remettant en cause les projections d'un Arctique presque libre de glace en 2070 et dont voici le résumé :
  • The observed rapid loss of thick multiyear sea ice over the last 7 years and the September 2012 Arctic sea ice extent reduction of 49% relative to the 1979–2000 climatology are inconsistent with projections of a nearly sea ice‐free summer Arctic from model estimates of 2070 and beyond made just a few years ago. Three recent approaches to predictions in the scientific literature are as follows: (1) extrapolation of sea ice volume data, (2) assuming several more rapid loss events such as 2007 and 2012, and (3) climate model projections. Time horizons for a nearly sea ice‐free summer for these three approaches are roughly 2020 or earlier, 2030 ± 10 years, and 2040 or later. Loss estimates from models are based on a subset of the most rapid ensemble members. It is not possible to clearly choose one approach over another as this depends on the relative weights given to data versus models. Observations and citations support the conclusion that most global climate model results in the CMIP5 archive are too conservative in their sea ice projections. Recent data and expert opinion should be considered in addition to model results to advance the very likely timing for future sea ice loss to the first half of the 21st century, with a possibility of major loss within a decade or two.
    •  La perte rapide observée de glace de mer pluriannuelle épaisse au cours des sept dernières années et la réduction de 49% de la glace de mer dans l'Arctique en septembre 2012 par rapport à la climatologie de 1979-2000 ne concordent pas avec les prévisions du modèle arctique 2070 et au-delà fait il y a quelques années. Trois approches récentes des prédictions dans la littérature scientifique sont les suivantes: (1) extrapolation des données sur le volume de glace de mer, (2) en supposant plusieurs événements de perte plus rapides tels que 2007 et 2012, et (3) projections du modèle climatique. Les horizons temporels d'un été presque sans glace pour ces trois approches sont d'environ 2020 ou plus tôt, 2030 ± 10 ans et 2040 ou plus tard. Les estimations des pertes des modèles sont basées sur un sous-ensemble des membres de l'ensemble les plus rapides. Il n'est pas possible de choisir clairement une approche plutôt qu'une autre car cela dépend des poids relatifs attribués aux données par rapport aux modèles. Les observations et les citations appuient la conclusion que la plupart des résultats du modèle climatique global dans les archives CMIP5 sont trop conservateurs dans leurs projections de glace de mer. Des données récentes et l'opinion d'experts devraient être considérées en plus des résultats du modèle pour avancer le moment très probable pour la perte future de glace de mer à la première moitié du 21ème siècle, avec une possibilité de perte majeure dans une décennie ou deux.
Ainsi, ma prédiction « fantaisiste » de l'année 2035 devient immédiatement...moins fantaisiste !

Cependant certains pensent que l'Arctique ne connaitra probablement jamais une absence totale de glace, ainsi un dénommé Javier publie sur le site Climate etc un billet intitulé Nature Unbound IX – 21st Century Climate Change dans lequel il n'hésite pas à écrire dans son résumé :
  • The reduction in the rate of warming might continue until ~ 2035 followed by renewed warming, and temperature stabilization at about +1.5°C above pre-industrial. The pause in summer Arctic sea ice melting might also continue until ~ 2035. Renewed melting is probable afterwards, but it is unlikely that Arctic summers will become consistently ice free even by 2100.
    • La réduction du taux de réchauffement pourrait se poursuivre jusqu'en 2035, suivie d'un réchauffement renouvelé et d'une stabilisation de la température à environ + 1,5 ° C au-dessus du niveau préindustriel. La pause de la fonte de la glace de mer dans l'Arctique en été pourrait aussi se poursuivre jusqu'en 2035 environ. Une fonte renouvelée est probable par la suite, mais il est peu probable que les étés arctiques deviennent constamment exempts de glace même en 2100.

Javier est ce que l'on pourrait appeler un désinformateur professionnel, puisqu'il est aussi intervenu chez WUWT (par exemple ici ou ici), prouvant son implication dans la blogosphère climatosceptique américaine (peut-être un jour sera-t-il invité par Rittaud à une conférence des climato-irréalistes frenchies ?)

Et c'est grâce à de tels individus que de pauvres hères comme Troubaa, n'entravant pas grand chose au sujet, se permettent de débiter leurs niaiseries sur des forums.

par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:42
il n'y a rien de plus con que de projeter une courbe dans un système complexe…

Il n'y a surtout rien de plus con que de dire des conneries.