mardi 24 juillet 2018

Feux d'artifice sur la planète

L'année 2018 a déjà donné des signes de surchauffe, c'était en Australie lors de l'été austral, et le 7 janvier nous apprenions avec le Figaro que
[…] les états du Sud et de l'Est de l'Australie […] connaissent des températures caniculaires qui dépassent les 40°.
Sydney a connu « l'une des journées les plus chaudes jamais recensées » et le bureau de la météorologie (CSIRO) nous informe que la température a augmenté de « seulement » (c'est moi qui ajoute ce mot) un degré Celsius depuis 1910, ce qui montre (à mon humble avis) l'impact que peut avoir un petit degré d'augmentation, à condition bien sûr de ne pas regarder ailleurs ou enfoncer sa tête dans le sable (au risque de se faire botter le cul au passage)

Quelques mois auparavant, en octobre 2017, ces mêmes Australiens, qui se sentent probablement un peu concernés par le réchauffement climatique, nous avertissaient avec cet article titré Climate scientists from two leading Australian universities say more extreme heatwaves are inevitable even if global CO2 targets are met (Les climatologues de deux grandes universités australiennes affirment que les vagues de chaleur extrêmes sont inévitables même si les objectifs mondiaux en matière de CO2 sont atteints) dont l'introduction donne le tempo :
Australia’s most populous cities could be hit by heatwaves of up to 50 degrees by the year 2050 even if the world succeeds in limiting global warming to two degrees above pre-industrial levels, climate scientists have warned. 
Les villes les plus peuplées d'Australie pourraient être touchées par des vagues de chaleur allant jusqu'à 50 degrés d'ici 2050, même si le monde parvient à limiter le réchauffement climatique à deux degrés au-dessus des niveaux pré-industriels, ont averti les climatologues.
Ainsi une augmentation « moyenne » de 2°C pourrait entrainer des pointes de 3,8° au-dessus des températures actuelles.

Une des scientifiques, Sophie Lewis, précise que « les températures plus chaudes nuiraient à la santé humaine, aux infrastructures et aux écosystèmes fragiles comme la Grande Barrière de Corail » et que « les canicules seraient plus intenses et plus durables ».

Et rappelons, pour ceux qui l'auraient oublié ou n'auraient pas fait attention, que l'année a commencé avec une La Niña, après un très fort El Niño en 2015 suivi par deux années 2016-2017 de transition :

El Nino & La Nina (source columbia.edu)

Difficile donc de mettre sur le dos d'ENSO d'éventuelles températures « au-dessus de la moyenne »...

Mais ce qui est arrivé en Australie cet hiver (pour nous) n'était apparemment qu'un avant-gout de ce que nous vivons actuellement alors que nous sommes clairement en situation ENSO « neutre », avec un possible El Niño (65% de chances) pour l'automne prochain, ce qui au demeurant ne devrait pas nous rassurer sur le niveau des températures de l'année 2019 si celle-ci se trouvait à son tour en position de fort El Niño comme en 1998 ou en 2015 !

Rappelons, pour faire très très simple, que le phénomène El Niño n'est qu'un échange de chaleur entre l'atmosphère et l'océan, mais comme nous vivons principalement dans les premières couches de l'atmosphère, à moins d'être un émule de Jacques Mayol, nous ressentons particulièrement les évolutions de la température qui nous concerne, alors que le système Terre, lui, qui comporte les trois réservoirs que sont les océans, l'atmosphère et les surfaces continentales, n'est pas impacté par cette variabilité naturelle du climat (jusqu'à preuve du contraire l'homme n'est pour rien dans ce phénomène)

Or donc, après ce préambule australien, voilà que nous sommes à notre tour touchés cet été, dans l'hémisphère nord, par quelques épisodes qui devraient nous faire réfléchir.

Il y a bien sûr ces fortes chaleurs au Japon qui ont fait 80 morts si l'on en croit (sic) La Croix qui titre Canicule au Japon, au moins 80 morts :
Des températures inédites ont été atteintes à travers le pays, notamment dans la ville de Kumagaya (préfecture de Saitama), au nord de Tokyo, qui a battu, dans le pays, le record national ce lundi 23 juillet avec un thermomètre affichant 41,1 degrés celsius. Des records ont également été observés dans 13 autres stations d’observation à travers le pays.
Oui vous avez bien lu, « des températures inédites », et je confirme que CNN s'en est fait l'écho par le biais de son présentateur météo ; voici par exemple le genre de carte que l'on pouvait voir aujourd'hui sur la chaine américaine :

Source edition.cnn

Et ce n'est par terminé, la vague de chaleur est prévue de continuer comme nous en informe La Croix :
Les autorités japonaises ont émis de nouveaux avertissements, lundi 23 juillet, face à la vague de chaleur qui se poursuit sur le Japon […]
Les Japonais vont même jusqu'à s'inquiéter pour les prochains Jeux Olympiques de 2020 :
Les records de températures atteints cette année ravivent les inquiétudes pour les jeux olympiques de 2020 qui auront lieu à Tokyo en plein cœur de l’été, du 24 juillet au 9 août. « Les dispositions que nous prendrons contre la chaleur seront un des piliers du succès des JO de Tokyo », a estimé lundi la gouverneure de la capitale, Yuriko Koike.
Mais l'été boréal avait en fait commencé au Canada, car dès le 10 juillet Le Parisien titrait Canicule au Québec : 70 morts et une polémique sur l’équipement des hôpitaux :
Selon le ministère de la Santé québécois, 70 personnes seraient décédées des suites de la vague de chaleur survenue ces derniers jours. Les températures sont revenues à la normale.
Ainsi un pays développé comme le Canada ne sait pas faire face à un épisode exceptionnel de canicule alors qu'ils n'ont aucun problème apparent avec les froids extrêmes qu'ils connaissent en hiver, tout comme la France, pays tempéré par excellence, n'avait pas su gérer correctement la canicule de 2003 ; mon petit doigt me dit que le Canada va commencer à prendre le sujet au sérieux…

Le site maxisciences nous avait bien avertis avec Canicule : des records de chaleur enregistrés à travers le monde dès le début du mois de juillet :
Le début du mois de juillet a vu les records de chaleur se multiplier dans le monde entier et, plus surprenant, dans l'hémisphère nord en particulier. Le mercure a affiché jusqu'à 32°C en Irlande et 36,6°C à Montréal au Canada, une température historique jamais enregistrée en 147 ans de relevés.
« Dans le monde entier », donc pas uniquement au Canada, car il y avait aussi :
L’Irlande, l’Écosse et le Canada comptent au rang des pays qui payent le plus lourd tribut.
Mais aussi :
À Denver [USA], le mercure a grimpé jusqu’à 40,5°C. Mount Washington et Burlington ont connu respectivement 15,5 et 26,6 °C, soit les températures les plus élevées jamais enregistrées, selon The Washington Post.
Et un météorologue n'hésite pas à écrire :
C’est absolument incroyable et certainement l’une des vagues de chaleur les plus intenses jamais vue dans l’hémisphère nord.
Mais une vieille connaissance climatosceptique, Fred Decker, l'ami d'Hacène Arezki, le copain de Benoit Rittaud, n'est pas de cet avis :
[…] le météorologue Nick Humphrey fait une grossière erreur de débutant : prendre un phénomène météorologique ponctuel, tel que ces pics de chaleur en plusieurs endroits de l’hémisphère Nord, pour évoquer une tendance climatique globale.
On lui laissera la responsabilité de ce point de vue qui se respecte mais qui me semble malmené par l'actualité récente.

Et on peut rester « sceptique » (sic) quand Decker nous explique ces nombreuses canicules par :
[…] des blocages anticycloniques « bien situés » pour envoyer des bouffées de chaleur entre les îles Britanniques et le nord de la Russie ou encore de l’est étasunien à la Baie d’Hudson.
On peut comprendre que des anticyclones jouent un rôle dans les fortes chaleurs, mais prétendre que le réchauffement climatique n'y serait pour pas grand chose et que la situation actuelle n'aurait rien d'anormal est quand même fort de café ; mais nous sommes fixés quand Decker ajoute plus loin :
[…] l’histoire nous apprend que les précédentes périodes chaudes furent… très positives : l’optimum médiéval, entre 800 et 1300, période à peu près aussi chaude qu’aujourd’hui, a permis l’essor de l’Europe et de l’Asie grâce à des rendements agricoles régulièrement excellents.
Voilà, c'est clair, non ?

Cela rassurera certainement les Japonais, les Australiens, les Canadiens, etc. qui ne connaissent pas leur bonheur, sans oublier les autres qui « bénéficient », si l'on en croit l'ami Fred, de conditions particulièrement favorables pour les rendements agricoles.

Ainsi la Suède voit ses forêts dévastées par des incendies auxquels elle était tellement habituée jusqu'à présent qu'elle fait appel à l'aide internationale afin de les combattre ! Et Sciences et Avenir donne la parole à Jean Jouzel (qui était un peu trop timoré selon moi dans une récente émission de télé) dans Incendies en Suède : un avant-goût de ce qui attend l'Europe, prévient Jean Jouzel :
D'inhabituels feux de forêts font rage en Scandinavie, et plus particulièrement en Suède. Le réchauffement climatique est en cause, explique le climatologue Jean Jouzel.
Voilà qui est clair ici aussi, non ?

Et je dois dire que cela me fait plaisir de voir Jouzel mouiller la chemise et accepter de prendre des risques (d'être dénigré par qui-vous-savez)

 Et Jouzel de préciser :
Les conditions climatiques relevées au nord du cercle polaire sont exceptionnelles. C'est une situation qui cumule à la fois une température record (32°C au cercle polaire le 17 juillet 2018 !, NDLR) et une sécheresse persistante. Les causes sont météorologiques : Il y a une situation de blocage anticyclonique, qui empêche la survenue de précipitations... ce qui amplifie la sécheresse.
Et d'ajouter plus loin :
Les pays scandinaves ne sont pas préparés à ces feux de forêts, c'est inédit pour eux.
« Inédit », tout comme les températures relevées au Japon qui sont elles aussi « inédites » (voir au début), cela fait beaucoup d'inédit, non ?

Mais ce n'est pas tout, comment ne pas parler de la Grèce qui connait un véritable drame avec « soixante morts en moins de 24 heures », selon Courrier International qui titre Grèce. La presse sous le choc après les incendies qui ceinturent la capitale :
Provoqués par la vague de chaleur que traverse le pays depuis plusieurs jours, les incendies qui se sont déclarés lundi 23 juillet au soir dans la région d’Athènes ont coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes en l’espace de quelques heures. Partout dans la presse grecque, les flammes meurtrières font la une.
Et pourtant s'il y a un pays sensibilisé aux feux de forêts c'est bien la Grèce qui, avec notamment le Portugal, entre autres, en connait chaque année d'importants, contrairement aux pays scandinaves qui vont devoir se mettre au diapason.


Alors à qui se fier ? A Frédéric Decker qui nous dit que la marquise peut dormir tranquille, son château étant en parfait état ? Ou à Jean Jouzel qui nous prévient de ce qui va se passer ?

En attendant de répondre à cette question épineuse, le Met Office nous informe que ça va continuer, au Royaume Uni !
Very hot conditions are expected to persist across eastern and southeastern parts of the UK through the working Week. 
Des conditions très chaudes devraient persister dans les parties est et sud-est du Royaume-Uni pendant la semaine de travail.
Et pour ne pas être en reste Météo France nous avertit pour notre douce contrée :
Alors que débute sur l'Hexagone un épisode de fortes chaleurs, une deuxième vague de chaleur pourrait concerner notre pays la semaine prochaine.

Si vous le voulez bien nous en resterons là sans tirer de conclusions définitives et attendrons 
  1. le mois d'août pour tirer le bilan de juillet
  2. le mois de janvier 2019 pour tirer le bilan de 2018
Et pour vous rafraichir un peu voici un cadeau de ma part, à partager sans modération :

Aves le son c'est encore mieux.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire