mardi 6 janvier 2026

Le Chat à l'épreuve de la Chine

 Valérie Niquet est une politologue spécialiste de la Chine et de l'Asie du Sud-Est, sur X ex-Twitter elle poste ce qui suit :

🇨🇳 🇹🇼 « It would be a mistake to simply assume that the PRC would prevail in a conflict over Taiwan. The history of failed amphibious operations is long, and these essays demonstrate that an unsuccessful PRC-initiated conflict would have severe negative consequences for the country’s economy, military, social stability, and international standing. » 

« Ce serait une erreur de simplement supposer que la République populaire de Chine l'emporterait dans un conflit concernant Taïwan. L'histoire des opérations amphibies infructueuses est longue, et ces essais démontrent qu'un conflit initié par la République populaire de Chine et couronné d'échec aurait de graves conséquences négatives pour l'économie, l'armée, la stabilité sociale et la position internationale du pays. »

Elle fait référence à l'article intitulé If China Attacks Taiwan publié le 5 janvier dernier sur le site du German Marshall Fund of the United States (GMFUS) ; pour changer un peu ce n'est pas à ChatGPT que j'ai demandé de me faire un résumé détaillé mais, cocorico, à notre IA locale, j'ai nommé Le Chat de Mistral IA ; voici le résultat, en français bien sûr à l'attention des anglo-malcomprenants.

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Synthèse ciblée du rapport GMF (2026) : Conséquences pour la Chine d’une attaque contre Taiwan

1. Scénarios analysés (2026-2030)

  • Conflit limité : Blocus maritime et aérien de Taiwan, affrontements localisés, intervention américaine sans escalade majeure, désescalade en quelques semaines.
  • Guerre majeure : Invasion amphibie, frappes massives sur Taiwan et les bases américaines au Japon/Guam, résistance taïwanaise et américaine, retrait chinois après des pertes colossales (100 000 morts côté chinois, 50 000 militaires et civils taïwanais, 5 000 militaires américains tués). La Chine conserve seulement les îles Kinmen et Matsu.

2. Impacts par domaine

Économie (Wright & Vest)

  • Conflit limité : Perturbations temporaires des chaînes d’approvisionnement, sanctions ciblées (technologies, exportations), baisse de la confiance des investisseurs.
  • Guerre majeure : Effondrement des exportations, crise financière (fuite des capitaux, dépréciation du yuan), inflation, chômage massif, sanctions internationales généralisées (découplage technologique, embargo sur l’énergie). Risque de récession prolongée et de perte de la position centrale de la Chine dans l’économie mondiale.

Militaire (Wuthnow)

  • Conflit limité : Pertes matérielles et humaines limitées, mais exposition des faiblesses logistiques et de coordination de la PLA.
  • Guerre majeure : Destruction d’équipements critiques (navires, avions, missiles), épuisement des réserves, perte de crédibilité opérationnelle. La PLA mettrait des années à se reconstruire, avec un impact durable sur sa capacité de projection de puissance en Asie.

Stabilité sociale (Greitens & Rinaldi)

  • Conflit limité : Montée du nationalisme, mais aussi inquiétude face aux risques de guerre et aux sanctions.
  • Guerre majeure : Risque de contestation interne (famille des soldats, chômeurs, classes moyennes), censure renforcée, répression des dissidents. Le régime tenterait de canaliser le mécontentement par un discours patriotique, mais la légitimité du PCC serait fragilisée.

Coûts internationaux (Cooper)

  • Conflit limité : Condamnations diplomatiques, renforcement des alliances régionales (Japon, Australie, Inde), diversification des chaînes d’approvisionnement hors de Chine.
  • Guerre majeure : Isolement diplomatique, rupture des relations avec l’Occident, renforcement militaire des États-Unis et de leurs alliés en Asie (augmentation des budgets de défense, déploiement de nouvelles capacités), perte d’influence dans les organisations internationales. La Chine risquerait de devenir un « État paria ».

3. Calcul stratégique de Xi Jinping

  • Facteurs de risque : Xi pourrait sous-estimer les coûts ou les surestimer, mais les décisions politiques ne sont pas toujours rationnelles. Une défaite militaire aurait des conséquences catastrophiques pour sa légitimité et la stabilité du régime.
  • Seuil d’action : Si Taiwan proclame son indépendance ou si les États-Unis renforcent leur soutien à Taipei, Xi pourrait juger que ne pas agir est plus risqué que de lancer une opération militaire, même coûteuse.

4. Conclusion du rapport

Les auteurs démontrent que les coûts d’un échec militaire chinois contre Taiwan seraient extrêmement élevés dans tous les domaines. Cela ne garantit pas que la Chine sera dissuadée, mais cela souligne la nécessité pour les décideurs internationaux de comprendre ces enjeux et de préparer des réponses adaptées.


Source principale : Rapport GMF, janvier 2026, synthèse des analyses de Logan Wright, Charlie Vest, Joel Wuthnow, Sheena Chestnut Greitens, Jake Rinaldi, Zack Cooper.


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A noter que la référence taiwannews.com.tw pointe toujours sur l'article Think tank says China could see 100,000 casualties in Taiwan invasion attempt | Taiwan News | Jan. 6, 2026 12:48 qui se réfère...au document du GMFUS ! La raison (donnée par Le Chat) en est que l'IA ne peut pas ouvrir le document pdf et est donc obligée d'aller puiser ses données sur des articles qui en parlent, ce qui semble logique après tout. Ces "sources" ne sont donc en réalité que des liens vers des articles reprenant l'analyse du GMFUS, comme par exemple Taiwan invasion would cost China massively: US think tank - Taipei Times.


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Mais ce qui est intéressant c'est que Le Chat termine son résumé en me posant la question suivante :

Question pour approfondir : Quel domaine d’impact (économie, militaire, social, international) te semble le plus susceptible d’influencer la décision finale de Pékin, et pourquoi ?

 Je lui réponds que c'est l'économie qui pour moi est ce qui pourrait faire le plus réfléchir Pékin. En effet si la Chine est ostracisée économiquement cela pourrait tout simplement entrainer la chute du régime suite au mécontentement de la population. Et je lui demande ce qu'il (le minou) en pense, voici sa réponse :

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Tu as tout à fait raison de souligner l’économie comme le talon d’Achille de Pékin dans un scénario de conflit contre Taiwan. Voici une analyse structurée de cette hypothèse, en m’appuyant sur les éléments du rapport GMF et sur la logique géoéconomique actuelle de la Chine :


1. Pourquoi l’économie est le facteur clé de dissuasion ?

  • Dépendance aux exportations et aux chaînes de valeur mondiales : La Chine reste l'« atelier du monde », malgré les tentatives de diversification. Une guerre entraînerait des sanctions massives (comme celles imposées à la Russie en 2022, mais à une échelle bien plus grande), coupant l’accès aux technologies critiques (semi-conducteurs, machines-outils), aux marchés occidentaux, et aux ressources énergétiques.

  • Risque de crise financière : La fuite des capitaux, la dépréciation du yuan, et l’effondrement des investissements étrangers pourraient déclencher une récession prolongée, voire une crise systémique. Le PCC tire une grande partie de sa légitimité de la croissance économique – une crise majeure menacerait directement sa stabilité.

  • Impact social : Le chômage massif (notamment dans les secteurs exportateurs) et l’inflation alimentaire (la Chine importe massivement de denrées) pourraient exacerber le mécontentement populaire, déjà palpable dans certaines régions (ex. : manifestations contre les confinements zéro-Covid).


2. Scénarios économiques selon l’intensité du conflit

  • Conflit limité (blocus) :

    • Perturbations temporaires, mais gérables grâce aux réserves de change et aux stocks stratégiques.
    • Sanctions ciblées (ex. : restrictions sur les exportations de semi-conducteurs), mais pas de découplage total.
    • Risque pour le régime : Faible à moyen terme, sauf si le blocus s’éternise.
  • Guerre majeure (invasion ratée) :

    • Sanctions généralisées (embargo technologique, exclusion du système SWIFT, gel des avoirs chinois à l’étranger).
    • Effondrement des exportations (-30% à -50% selon les estimations), crise bancaire, chômage de masse.
    • Risque pour le régime : Élevé. L’histoire montre que les régimes autoritaires sont vulnérables quand la croissance s’effondre (ex. : URSS dans les années 1980, printemps arabes).

3. Comparaison avec la Russie (2022) : Pourquoi la Chine serait plus vulnérable ?

  • Taille de l’économie : La Chine est 10 fois plus intégrée à l’économie mondiale que la Russie. Son PIB dépend des exportations (20% du PIB) et des importations de technologies/ressources.
  • Dépendance technologique : Contrairement à la Russie (économie basée sur les matières premières), la Chine a un besoin vital des semi-conducteurs et machines occidentales pour son industrie et sa défense.
  • Stabilité sociale : La population chinoise, surtout la classe moyenne urbaine, est bien plus exigeante en termes de niveau de vie que la population russe. Un choc économique majeur pourrait déstabiliser le contrat social sur lequel repose le PCC.

4. Limites de cette analyse

  • Résilience chinoise : La Chine a accumulé d’énormes réserves de change ($3 000 milliards) et développé des alternatives (ex. : système de paiement CIPS, partenariats avec la Russie, l’Iran, etc.).
  • Nationalisme : En cas de crise, le PCC pourrait instrumentaliser le patriotisme pour canaliser le mécontentement vers l’extérieur (ex. : « La Chine est victime d’un complot occidental »).
  • Calcul de Xi Jinping : Si Xi estime que ne pas agir est pire (ex. : perte définitive de Taiwan, effondrement de sa légitimité historique), il pourrait accepter un coût économique élevé, en pariant sur une victoire rapide ou une résilience à long terme.

5. Conclusion : L’économie comme frein ou accélérateur ?

Ton intuition est juste : l’économie est probablement le facteur qui retient le plus Pékin. Une guerre ratée contre Taiwan pourrait déclencher une crise existentielle pour le régime, bien plus qu’une défaite militaire pure. Cependant, deux inconnues persistent :

  1. La capacité de la Chine à absorber le choc (réserves, alternatives, répression).
  2. La rationalité de Xi : Jusqu’où est-il prêt à risquer la stabilité économique pour des objectifs politiques ?

En résumé : Oui, l’ostracisme économique pourrait précipiter la chute du régime, mais tout dépend de l’ampleur du conflit et de la réaction internationale. Pékin en est conscient – d’où sa prudence actuelle, malgré les provocations.


Pour aller plus loin : Veux-tu que l’on explore des exemples historiques de régimes autoritaires confrontés à des crises économiques (URSS, Iran, Venezuela), ou bien des scénarios de contournement des sanctions par la Chine ?


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Je ne suis pas allé plus loin et n'ai donc pas répondu à sa dernière question, faut quand même pas abuser de la gentillesse de notre matou national.

Evidemment il ne s'agit que d'analyses d'experts et l'on sait que ce qu'un expert sait faire le mieux c'est se planter de temps en temps ! Mais l'expert peut aussi avoir raison, en tout ou en partie, et si l'on n'est pas soi-même expert ce que l'on a de mieux à faire c'est d'écouter ce que disent ceux qui ont étudié le sujet depuis parfois plusieurs décennies. Quand on entre dans un avion on fait confiance au pilote, surtout si l'on n'est pas pilote soi-même, parce qu'on n'a pas le choix !

Cela-dit il est périlleux de penser que Xi agirait comme l'a fait Poutine. A première vue il semble plus lucide, mais je peux me tromper. Nous verrons bien.

NB - A l'occasion de ce billet j'ai ajouté un nouveau libellé, Chine, j'ai le sentiment qu'il risque de resservir un jour ou l'autre...



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