samedi 15 décembre 2018

Ça chauffe (aussi) pour les glaciers de l'est Antarctique

Ceux qui ont suivi la saga du commissaire se souviennent peut-être de cette affirmation croquignolesque :
1978. AntonioSan | 1/11/2018 @ 20:49
[…]
Et que dire de ma prétendue « diversion » qui vaudrait son pesant de cacahuètes, que vient faire le « CO2 qui ne s’attaquerait qu’à l’ouest antarctique » là-dedans ? Monsieur Antoine fait mine de ne pas comprendre que le CO2 se répartit de façon homogène dans l’atmosphère de la planète et qu’il provoque une hausse de la température globale, notamment au niveau des océans, et que c’est justement l’océan qui borde l’Antarctique qui fait fondre les glaciers par leur base.
Sauf que ce fameux « CO2 qui se répartit de manière homogène » et qui « provoque une hausse de la température globale notamment au niveau des océans » et qui affecterait « justement l’océan qui borde l’Antarctique qui fait fondre les glaciers par leur base » ne fait fondre que les seuls glaciers de l’ouest antarctique, ne réchauffe que le seul ouest antarctique et non les autres 80% du continent qui se refroidissent modestement... […] 

On a déjà vu l'étendue de l'ignorance du commissaire ainsi que celle de ses certitudes, ces deux étendues étant intimement corrélées : moins il sait, plus il est persuadé qu'il a raison.

Ainsi il ne connait rien à la situation de l'Antarctique et se permet donc d'affirmer sans vergogne que l'est de ce continent ne serait pas touché par le réchauffement des eaux et que ses glaciers n'auraient par conséquent rien à craindre ; je faisais remarquer, dans Du fond des abysses... , qu'il suffisait de lire Wikipédia pour avoir ces précisions :
Au niveau de la côte [le glacier de Totten] forme une « langue glaciaire » importante près de la partie Est du cap Waldron, attentivement suivie par les spécialistes du climat et des glaciers notamment parce que ce glacier, pour des raisons encore mal comprises présente une vitesse de fonte en accélération et très supérieure à celle des autres glaciers de la partie Est de la calotte antarctique.

De nombreux indices montrent que la fonte de l'Antarctique n'est pas homogène. Les scientifiques qui étudient les effets du réchauffement climatique dans la région du Totten et dans l'Est-Antarctique craignent qu'un réchauffement de l'eau et la montée de la mer puissent accélérer la fonte de ce glacier, mais aussi déstabiliser une partie importante de la calotte glaciaire de l'Antarctique-Est.
Je citais également nationalgeographic :
For years, scientists thought that icy, remote East Antarctic glaciers were stable. But that may no longer be the case.

Mais voilà que nous en savons encore un peu plus sur la situation de l'est de l'Antarctique et de ses glaciers avec East Antarctica's glaciers are stirring où nous pouvons lire :
Nasa says it has detected the first signs of significant melting in a swathe of glaciers in East Antarctica. 
La Nasa dit avoir détecté les premiers signes de fonte significative dans une bande de glaciers de l'Antarctique oriental
L'Antarctique oriental, si je ne me trompe, correspond bien à la partie est de l'Antarctique.

Une carte nous montre la situation des glaciers de la côte est :

The glaciers in Vincennes Bay have shown the biggest change in behaviour since 2008

Ce n'est donc même pas Totten qui présente la pire tendance, mais la partie appelée Vincennes, sûrement à cause des chevaux qui font la course avec les glaciers :
Previously, scientists had been aware that the region's Totten Glacier was experiencing melting, most probably as a result of its terminus being affronted by warm water coming up from the deep ocean. Pretty much everything else in that part of the continent was considered stagnant, however.
Auparavant, les scientifiques savaient que le glacier Totten de la région était en train de fondre, probablement du fait que son terminus était gêné par les eaux chaudes venant de l'océan profond. Presque tout le reste de cette partie du continent était considéré comme stagnant.
Mais…
Marked change is detected in the Vincennes Bay and Denman areas just to the west, and in Porpoise Bay and on the George VI coast to the east.

Vincennes Bay - which includes the Underwood, Bond, Adams, and Vanderford glaciers - has the most pronounced loss in ice mass. Elevation is dropping at five times the rate it was in 2008 - with a total fall in height over the period of almost 3m. 
Des changements marqués sont détectés dans les zones de la baie de Vincennes et de Denman, juste à l'ouest, ainsi que dans la baie de Porpoise et sur la côte George VI à l'est.
La baie de Vincennes - qui comprend les glaciers Underwood, Bond, Adams et Vanderford - connaît la perte de masse de glace la plus prononcée. L’élévation est cinq fois plus rapide qu’elle était en 2008 - avec une chute totale en hauteur sur près de 3 m.
Là il me semble que le journaliste s'est mélangé les pinceaux avec l'est et l'ouest, Vincennes et Denman étant situés à l'est et Porpoise et George VI à l'ouest de Totten, ce que l'on peut mieux vérifier sur cette carte :

Totten has long been recognised as the fastest moving glacier in East Antarctica

Quand on regarde une carte de l'Antarctique, du moins une carte « habituelle » telle que celle représentée en haut à gauche, l'est est à droite et l'ouest à gauche.

Mais le plus important est la désignation du « coupable » que notre commissaire n'a toujours pas réussi à identifier malgré ses nombreuses (et infructueuses) années d'enquête :
Once again the melting culprit is likely to be warm water that is being pulled up from the deep by shifting sea-ice and wind patterns in the region.
Une fois de plus, le responsable de la fonte est probablement l’eau chaude tirée des profondeurs en raison de la modification des structures de la glace de mer et du vent dans la région.


Mais tout cela n'est pas vraiment nouveau, car déjà en 2016 une étude intitulée Seasonal evolution of supraglacial lakes on an East Antarctic outlet glacier nous donnait quelques indices ayant échappé à la sagacité du commissaire :
Supraglacial lakes are known to influence ice melt and ice flow on the Greenland ice sheet and potentially cause ice shelf disintegration on the Antarctic Peninsula. In East Antarctica, however, our understanding of their behavior and impact is more limited. [...] We mapped 7990 lakes and 855 surface channels up to 18.1 km inland (~670 m above sea level) from the grounding line and document three pathways of lake demise: (i) refreezing, (ii) drainage to the englacial/subglacial environment (on the floating ice), and (iii) overflow into surface channels (on both the floating and grounded ice). The parallels between these mechanisms, and those observed on Greenland and the Antarctic Peninsula, suggest that lakes may similarly affect rates and patterns of ice melt, ice flow, and ice shelf disintegration in East Antarctica.
Les lacs supraglaciaires sont connus pour avoir une influence sur la fonte des glaces et la circulation de la glace sur la calotte glaciaire du Groenland et potentiellement provoquer la désintégration de la banquise dans la péninsule Antarctique. En Antarctique oriental, cependant, notre compréhension de leur comportement et de leur impact est plus limitée. [...] Nous avons cartographié 7990 lacs et 855 canaux de surface jusqu'à 18,1 km à l'intérieur des terres (~ 670 m au-dessus du niveau de la mer) à partir de la ligne d'échouement et documentons trois voies de disparition du lac: (i) le regel, 2) le drainage vers le lac / environnement sous-glaciaire (sur la glace flottante) et (iii) débordement dans les chenaux de surface (sur la glace flottante et la glace terrestre). Les parallèles entre ces mécanismes, et ceux observés au Groenland et dans la péninsule Antarctique, suggèrent que les lacs pourraient également affecter les taux et les modèles de fonte des glaces, les écoulements de glace et la désintégration de la plate-forme de glace en Antarctique oriental.
Mais que disait le commissaire ?
[…] ce fameux « CO2 qui se répartit de manière homogène » […] ne fait fondre que les seuls glaciers de l’ouest antarctique, ne réchauffe que le seul ouest antarctique et non les autres 80% du continent qui se refroidissent modestement…

Que voulez-vous, quand vos seules lectures sont Picsou magazine et Pif le chien ce n'est pas étonnant de passer à côté de certaines informations intéressantes.

L'oncle Picsou donnant au commissaire AntonioSan quelques explications sur l'Antarctique.

jeudi 13 décembre 2018

Nous sommes foutus (mais ça on s'en doutait un peu)

Hier sur C8 soirée catastrophe avec le documentaire-débat La planète est-elle (vraiment) foutue ? à la fin duquel ont assisté quelques personnalités comme Aurélien Barreau ou Yan-Arthus Bertrand sous la houlette de Carole Rousseau.

Je n'insisterai pas sur l'utilité de ce genre de prestation animée par une présentatrice certes talentueuse mais qu'on n'attend pas vraiment dans le registre de l'information sur le changement climatique, sauf à considérer que l'on se place délibérément dans le sensationnel et que son seul désir est de faire de l'audience.

Le seul point positif dans l'affaire est qu'il n'y avait pas autour de la table pour le débat le moindre climatosceptique du genre Rittaud ou Gervais, on a au moins échappé au côté « irréaliste » en évitant des guignols qui seraient intervenus avec les mêmes arguments qu'ils ressassent depuis une décennie au moins.

On peut évidemment contester le point de vue carrément fin-de-mondiste du reportage, pas vraiment dénié par les intervenants qui faisaient preuve d'un optimisme...modéré…

Mais quand on lit Pierre Larrouturou dans le dernier Télérama qui, à la question « Vous êtes donc optimiste ? », répond franchement :
Non. Vu l'énormité des déséquilibres accumulés depuis quarante ans et l'inertie de nos dirigeants, le pire est le plus probable.
Difficile d'être plus clair.

Larrouturou faisait dans l'article référence au Club de Rome alors que dans l'émission sur C8 il était surtout question du rapport Meadows autrement appelé Les limites de la croissance (The Limits to Growth), mais il s'agit de la même chose, et ça ne date pas d'hier et de l'émission de C8, ça remonte à 1972 !

Donc 46 ans en arrière on savait déjà beaucoup de choses qui sont en train de se produire aujourd'hui sous nos yeux, et pourtant rien n'a été fait, bien au contraire.

Et ce n'est pas fini.

En France seulement, pays de la COP21, avec des présidents qui soi-disant étaient engagés, Hollande dans un premier temps puis Macron avec son fumeux Make our planet great again singeant les élucubrations du Donald d'outre-Atlantique, les émissions de CO2 ont enregistré en 2017 une hausse alors qu'elles étaient supposées diminuer ; j'ai plusieurs informations à ce sujet, dans l'émission il est question de 3% d'augmentation, Nicolas Hulot dans l'Express de ce jour évoque +2,7% pour 2017 sans que l'on sache s'il parle du monde ou de la France, et Le Figaro donne des chiffres approchants quoique différents :
  • pour le monde :
    • quasi stabilité de 2014 à 2016
    • +1,6% en 2017
    • +2,7% en 2018
  • pour la France :
    • +2% en 2017
Certains se veulent « rassurants » comme Philippe Ciais dont les propos sont repris dans ce numéro du Figaro :
Globalement, la tendance des émissions mondiales est à une croissance plus modérée qu'au début des années 2000. «Ce qui nous conduit plutôt vers une hausse de 3 °C vers la fin du siècle», précise Philippe Ciais.
Hum...rassurant, vraiment ?

On nous dit qu'à +1,5°C ce serait déjà très problématique et qu'à +2°C on frôlerait la catastrophe, alors +3°C serait rassurant ?

Arrêtons de tourner autour du pot et regardons la réalité bien en face, les yeux dans les yeux.

Les gilets jaunes nous montrent en quelque sorte en modèle réduit (i.e. au niveau franchouillard) le dilemme auquel nous sommes confrontés et qui s'est récemment concrétisé sous la forme d'une espèce de slogan :
La fin du monde ou la fin du mois.
Ne soyons pas naïfs, c'est bien le problème de fin du mois qui va l'emporter, malgré les marches pour le climat et les COP qui se tiennent dans des pays parmi les plus pollueurs de la planète !

Les espoirs de la COP21 de Paris sont sérieusement douchés par la réalité du terrain, et pas qu'en France ; si les Etats-Unis ont voté avec leurs pieds pour élire un clown à la tête de leur pays c'est bien que la majorité est peu concernée par ce qui peut se passer d'ici la fin de ce siècle, ce qui intéresse le républicain de base, hormis ses colts et ses fusils d'assaut pendus au salon et prêts à être décrochés par leur gosse de douze ans à tout moment, c'est de savoir qu'il va pouvoir aller à la pêche ou à la chasse avec son gros SUV et que pour cela Trump va favoriser l'extraction de la moindre goutte de pétrole se trouvant sous ses pieds (et si possible sous les pieds de son voisin) ; et chez les autres gros pollueurs comme la Chine ou l'Inde difficile de distinguer une sincère velléité pour décarboner leur économie, le Figaro toujours lui, nous expliquant :
[…] la hausse de 4,7 % des émissions attendue en 2018 dans l'empire du Milieu est liée à l'usage accru des centrales au charbon, qui constituent toujours la première source d'énergie du pays, et à une demande en hausse de pétrole (3,6 %) et de gaz naturel (17,7 %). Des mesures prises par Pékin pour soutenir l'économie et le secteur du bâtiment expliqueraient cette vive reprise des émissions. Malgré cette hausse, le pays respectait jusqu'en 2017 ses engagements pris lors de la COP21 pour limiter ses émissions. En Inde, la hausse attendue (6,3 %), est soutenue par l'expansion du charbon (7,1 %).
« Pour soutenir l'économie », voilà le hic, et voilà pourquoi on ne s'en sortira pas.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire nous sommes face à deux possibilités antagonistes et irréconciliables :
  • soit on tente d'éviter une dangereuse hausse des températures et l'on restreint drastiquement notre mode de vie, et dans ce cas notre système économique s'effondre, et nous avec ;
  • soit on continue à alimenter la machine avec nos énergies fossiles afin de maintenir notre niveau de vie, et dans ce cas nous finirons grillés.
Quand je dis « nous » il s'agit évidemment de l'espèce humaine, ou plus exactement de notre civilisation basée sur le productivisme et le consumérisme, le « nous » se réfère donc plutôt à notre descendance qui subira les conséquences des actes de ses ainés depuis les débuts de la révolution industrielle.

Mais comme je l'ai également dit par ailleurs, et je vais le répéter ici, notre descendance est aussi coupable que nous parce qu'à notre place elle aurait agi exactement de la même façon.

Et Groucho Marx ne disait-il pas fort à propos :
Pourquoi devrais-je me soucier de la postérité ? Est-ce que la postérité a jamais fait quelque chose pour moi ?




PS - ce billet se veut sarcastique, on est donc prié de ne pas le prendre au premier degré (quoique)


mercredi 12 décembre 2018

Trois ans et demi après

Mon lecteur adoré qui ne perd pas une miette de ce que j'écris, j'ai nommé le commissaire AntonioSan, sera content d'apprendre que trois ans et demi après avoir quitté mon entreprise en très bons termes je suis invité au repas de Noël organisé par mon ancien service :



J'ai bien sûr caviardé tout ce qui pouvait donner un indice au commissaire afin de trouver ma véritable identité, car je sais qu'il s'agit pour lui d'une obsession qu'il a clairement exprimée lors de ses interventions sur Skyfall :
1910. AntonioSan | 23/10/2018 @ 6:14
AntonioSan (#1904), En fait, le gars GeD se terre dans son mutisme quand on se rapproche trop de sa biographie… Allez encore un effort, Meteo France, zouave pres du Pont de… sa photo avec un galure sur la tronche devant des panneaux MF… Wikipedia… Allez vas-y mon jojo…
1970. AntonioSan | 31/10/2018 @ 21:08
AntonioSan (#1964), Ça devient franchement amusant… JojoD s’énerve: quatre lignes ici et c’est une logorrhée éruptive qui s’empare du têtard, qui dénie d’autant plus qu’on se rapproche de son identité, lui qui sème les photos avec galure sur le pif en rando ou bien devant les panneaux Météo France… Ça conserve la CGT!
Il faudra donc que le commissaire travaille encore un peu ses investigations afin de me percer à jour, je lui ai donné quelques éléments mais il n'en fait pas vraiment très bon usage, il doit être fatigué et ses facultés déductives ont pris un sérieux coup dans l'aile.

Il sera par contre heureux de voir à quel point je suis haï par les gens avec lesquels j'ai travaillé pendant plus de 20 ans pour certains, lui qui écrivait :
1955. AntonioSan | 30/10/2018 @ 18:55
rpf (#1948), A vomir ce type! Voila a quoi mene une carriere de technicien supérieur… 68 ans de haine recuite. A comparer avec celle de Bob et son humanisme… Y a pas photo.
1965. AntonioSan | 31/10/2018 @ 18:38
AntonioSan (#1955),[…] Pauvre petit techno en mesures qui a du se prendre nombre d’humiliations pendant sa carrière à faire le boulot pour des ingénieurs qui devaient garder la gloire pour eux… alors Super JojoD 68 ans se venge en faisant le mariole dans sa mare et s’improvise expert en atolls. Too funny.
1972. AntonioSan | 1/11/2018 @ 6:08
AntonioSan (#1969), […] C’était un bonhomme important notre JojoD. Et il faut que ça se sache. Il doit vraiment s’ennuyer ferme le pôvre. La gloire et maintenant, la retraite obscure.
Oui c'est vrai, une retraite obscure, too funny !

Tout ce que je souhaite à notre bien aimé commissaire c'est qu'il soit autant haï que je l'ai été moi-même.


Bonnes fêtes à tous par la même occasion, même si c'est encore un peu tôt !



lundi 10 décembre 2018

Glenn Tamblyn - explications sur les moyennes et les anomalies de températures

Ce billet est destiné uniquement à être une référence (pour moi et pour ceux qui peuvent trouver cela intéressant) concernant les méthodes de calcul des moyennes de températures ainsi que de l'utilité des anomalies de températures.

Je me base sur une série de quatre articles écrits par Glenn Tamblyn en 2011 sur le site Skeptical Science :
  1. Of averages and anomalies - Part 1A. A primer on how to measure surface temperature change
  2. Of averages and anomalies - Part 2A. Why surface temperature records are more robust than we think
  3. Of averages and anomalies - Part 1B. How the surface temperature records are built
  4. Of averages and anomalies - Part 2B. More on why surface temperature records are more robust than we think
La première partie est donc une introduction sur la façon de mesurer les changements de températures, la troisième partie détaille la méthodologie de construction des données de températures, enfin la deuxième et la quatrième parties expliquent pourquoi les données de températures de surface sont plus fiables que ce que l'on pense ou que certains voudraient nous faire croire (en privilégiant notamment les données issues des satellites)




dimanche 9 décembre 2018

Willis Eschenbach reconnait qu'il a tort, en fait non...

Belle opération de propagande de la part de Willis Eschenbach avec confession, les yeux dans les yeux, de s'être trompé, pour mieux rebondir et replonger dans l'erreur (délibérée ou non, c'est une autre question)

Dans Cooling Down The Land Eschenbach « informait » ses lecteurs (i.e. ses adorateurs) que les surfaces continentales étaient en train de se refroidir, en totale contradiction avec la littérature scientifique sur le sujet du climat qui nous dit que les terres se réchauffent plus vite que les mers.

A l'appui de cette surprenante assertion il fournissait le graphique suivant soi-disant émanant de l'organisme CERES :
Figure 1. Global average surface temperature, CERES satellite data.

A noter la tendance de 0,07°C par décennie, non significative !


Tamino a réagi quasiment immédiatement sur son blog avec cet article intitulé Cooling Down the What? dans lequel il se demande dans un premier temps d'où Eschenbach a bien pu trouver ses données CERES :
[…] where can I get this CERES global surface temperature product? Turns out CERES doesn’t make one […]
[…] Où puis-je obtenir ces données CERES pour la température de surface globale? Il s'avère que CERES n'en produit pas […]
Bien que mon lecteur chéri phi pense que Tamino n'est qu'un petit rigolo dans le cas présent ce dernier a très rapidement pointé du doigt l'étrangeté de l'assertion eschenbachienne en présentant son graphique « à lui » ajusté de manière à pouvoir être facilement comparé à celui d'Eschenbach :

Evolution des températures de 2000 à 2018 selon la NASA.

Et de remarquer dans la foulée :
Curiously, his graph says “Trend = 0.07°C/decade” and talks of a p-value that’s “not statistically significant.” Mine says the rate is 0.20 °C/decade, with a +/- of 0.09 °C/decade (that’s 2sigma), which is definitely statistically significant.
Curieusement, son graphique indique «Tendance = 0,07 ° C / décennie» et parle d’une valeur p qui n’est «pas statistiquement significative». Le mien dit que le taux est de 0,20 ° C / décennie, avec un +/- de 0,09 ° C / décennie (c'est-à-dire 2sigma), ce qui est statistiquement significatif.
Si on regarde bien les deux graphiques ils sont très proches l'un de l'autre, y compris dans les pics comme celui de 2016 à +15,8 ; on remarque qu'ils partent tous deux d'environ +15 en 2000 pour arriver entre 15,2 et 15,4 en 2018 ; on a du mal alors à comprendre comment deux « spécialistes » peuvent en tirer des conclusions diamétralement opposées :
  • Eschenbach : +0,07 par décennie, tendance non significative ;
  • Tamino : +0,20 par décennie, tendance significative.
Forcément l'un des deux au moins se plante.

Mais voilà, un jour seulement après avoir pondu son article Eschenbach avoue qu'il s'est lamentablement trompé dans Man, I Hate Being Wrong !

Cela ne vous fait pas penser à quelque chose ?

Oui oui, à l'« affaire » Resplandy que j'ai relatée ici et ici ; nous avons vu qu'il y avait une erreur reconnue publiquement par Ralph Keeling, l'un des co-auteurs de l'étude Resplandy.

Il semble donc que notre ami Eschenbach, s'étant rendu compte de sa bévue (peut-être a-t-il lu l'article de Tamino, je n'en sais rien et m'en fiche un peu) n'a pas voulu être en reste et a décidé qu'il était préférable d'avouer immédiatement et sans détour plutôt que de laisser pourrir la situation, sachant toutefois que parmi ses lecteurs adorés il ne s'en trouverait probablement pas un seul pour le reprendre et lui dire effrontément qu'il s'était trompé.

Nous avons par exemple ce genre de commentaire, typique d'un négateur de base :
eck
December 5, 2018 at 6:00 pm 
My innate sense has been that it’s actually been slightly cooler on average here in N. CA. for the past few years. Nice to see that I might have sensed correctly!
Mon sens inné a été qu’il fait en fait un peu plus froid en moyenne ici en Caroline du nord depuis quelques années. C'est bien de voir que j'aurais pu sentir correctement!
Le « sens inné » du lecteur de Willis Eschenbach est que celui-ci ne peut pas avoir tort puisque ce qu'il lui dit confirme ce qu'il ressent à son modeste niveau ; il est évident que pour le dénommé eck la science se joue à coups de témoignages individuels faisant état d'un « sens inné » qui ne peut mentir ; on comprend mieux les sensations de monsieur eck quand on lit la carte des anomalies de températures :

Voir mes climactualites

La Caroline du Nord se trouvant dans la zone de températures plutôt inférieures à la normale il est donc normal que monsieur eck trouve qu'il « fait un peu plus froid en moyenne » chez lui, on ne saurait le nier.

On peut se demander pourquoi Eschenbach s'est précipité pour 1/ pondre un article qu'il allait 2/ réfuter dans la foulée ; un adage dit qu'il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler, dans le cas présent il aurait donc dû réfléchir avant de publier le premier article, cela lui aurait évité de se ridiculiser avec le second.

Parce qu'en fait de reconnaissance d'erreur, dans ce second article Eschenbach ne reconnait que ce qui est le plus évident, par contre il persiste et signe pour le reste :
The trend of the CERES temperatures is quite similar to the MSU UAH trend over both land and sea, and to the trend of the Reynolds OI sea surface temperature. I suspect that this indicates that the station-based land trends are gradually affected over time by encroaching civilization—more blacktop, more roads, more auto traffic, more jet exhaust and more powerful jet engines at the airport stations, more air conditioners, more sewage plants, more buildings, taller buildings, the list of things that can bias temperatures upwards is long.
La tendance des températures CERES est assez similaire à celle du MSU UAH sur terre et sur mer, et à la tendance de la température de surface de la mer Reynolds OI. Je soupçonne que cela indique que les tendances des stations de surface sont progressivement affectées par l’intrusion de civilisations : davantage de points noirs, plus de routes, plus de circulation automobile, plus de jets et des réacteurs plus puissants dans les aéroports, plus de climatiseurs, plus d’égouts. usines, bâtiments, bâtiments plus hauts, la liste des choses qui peuvent biaiser les températures est longue.
Bon sang mais c'est bien sûr !

Les climatologues sont des idiots qui ne savent pas mesurer correctement les températures de surface et se laissent berner par les routes, les aéroports, les égouts ou les climatiseurs !

Et parce que ses données CERES sont très proches de celles de ses amis Spencer et Christy, alors il est évident qu'elles ne peuvent qu'être juste et les mesures par HadCRUT, GISS ou BEST ne peuvent qu'être fausses, cqfd.

Cependant il y a tout de même quelques commentateurs présentant un intérêt certain dans leurs interventions, comme Nick Stokes ou Steven Mosher, lequel répond aux affirmations d'Eschenbach ci-dessus :
Steven Mosher
December 7, 2018 at 2:20 am 
[citation]

I thought that once too a long time ago and so I compared the UAH maps with the berekeley earth maps.
AND included data about land cover. Most people think the stations are all in urban areas but its actually not true. In any case. While the selection of a single emissivity is fine for trends, it assumes that there is no change in emissivity over time or seasonally. in the exploratory work I did it seemed like a good portion of the divergence between land (SAT) and the satellites were in areas where the emmissivity changes:
ya, snow.
Je pensais également cela il y a longtemps et j'ai donc comparé les cartes UAH avec celles de la Terre de Berkeley.
ET j'ai inclus des données sur la couverture terrestre. La plupart des gens pensent que les stations sont toutes situées dans des zones urbaines, mais ce n’est pas le cas. Dans tous les cas. Bien que la sélection d'une seule émissivité convienne aux tendances, elle suppose qu'il n'y a pas de changement d'émissivité dans le temps ou selon les saisons. Dans les travaux exploratoires que j'ai effectués, il semblait qu'une bonne partie de la divergence entre la terre (SAT) et les satellites se situaient dans des zones où l'émissivité se modifiait:
ouais, la neige.
L'important dans ce commentaire est ceci : « La plupart des gens pensent que les stations sont toutes situées dans des zones urbaines, mais ce n’est pas le cas. » Cependant Willis Eschenbach prouve par ses affirmation qu'il fait partie des gens qui croient, et laissent croire, que les stations météo qui enregistrent les températures de surface sont toutes situées dans des zones où les conditions ne sont pas optimales ce qui produirait, d'après eux, un réchauffement « artificiel » qui n'aurait aucune base réaliste, alors que les satellites, eux, ne mentiraient pas !

Mais finalement le plus important dans tout cela est cette fausse affirmation de Willis Eschenbach qui prouve qu'il n'est pas près de reconnaitre ses erreurs :
• Man … I hate being wrong.
• Mec… Je déteste avoir tort.
Mais il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Il est aussi possible d'aller en acheter chez un bon opticien.