dimanche 5 avril 2020

Urgence hydroxychloroquine ? Minute papillon !


Il est souvent dit que la situation actuelle est suffisamment grave pour justifier l'administration d'un traitement comme l'hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19, même si ce médicament n'a pas fait ses preuves pour ce coronavirus d'un type totalement nouveau et qu'à la date d'aujourd'hui aucune étude sérieuse portant sur un grand nombre de malades n'a pu apporter le moindre élément.

L'essai clinique Discovery est actuellement en cours et les premiers résultats devraient être connus d'ici peu, cependant il faudra « un certain temps » avant d'avoir des données suffisantes pour se faire une idée précise ; voici ce qu'on pouvait lire le 20 mars dernier dans Coronavirus : Que faut-il savoir sur l’essai clinique piloté à Lyon ? :
Depuis le 22 mars, l’essai clinique a débuté dans les hôpitaux Bichat à Paris et au CHU de Lyon. « Les malades vont recevoir le traitement dans des délais extrêmement rapides », précise Bruno Lina, l’efficacité des molécules reposant notamment sur une administration précoce, dès l’apparition des signes d’infection. L’essai sera ensuite progressivement étendu aux autres hôpitaux.

De premiers résultats devraient être connus d’ici à une quinzaine de jours pour les premiers patients inclus dans l’essai. Mais pour qu’ils soient analysés et que suffisamment de données permettent de démontrer la supériorité d’une molécule pour lutter contre le coronavirus, il faudra attendre davantage de temps. « C’est difficile aujourd’hui de dire combien. On espère le plus rapidement possible afin de pouvoir élargir l’utilisation de ce produit », ajoute Bruno Lina.
Mais Discovery n'est pas le seul essai à avoir été lancé, loin de là ; le Vidal nous expliquait le 24 mars dans COVID-19 : un essai européen et un essai mondial pour évaluer plusieurs stratégies thérapeutiques :
Parmi les nombreuses études cliniques sur les traitements de l'infection à SARS-COV-2 initiées dans le monde et notamment en Chine, deux d’entre elles intéressent particulièrement les Français.
La première est un essai coordonné par l’Inserm, baptisé Discovery. Il s’agit d’un projet européen dont l’objectif est d’évaluer les stratégies thérapeutiques suivantes, toutes associées à un traitement symptomatique : le remdésivir, l’association lopinavir/ritonavir associée ou non à l’interféron bêta, l’hydroxychloroquine et le traitement symptomatique seul.
La seconde, Solidarity, est une étude menée par l’OMS à laquelle au moins 10 pays devraient participer et qui repose sur un protocole similaire.
Les Chinois ne sont pas restés les bras croisés, comme nous le dit Doctissimo dans Coronavirus Covid-2019 : quels traitements ? :
Un rapport³ regroupant toutes les données validées à ce jour dans les revues scientifiques par la Coreb (Coordination Opérationnelle Risque Epidémique et Biologique) explique qu'en Chine il y a actuellement 80 traitements potentiels à l'essai pour soigner le Covid-2019. Quinze études cliniques sont enregistrées regroupant plus de 2 000 patients. Parmi elles, la Coreb présente la synthèse d'étude des médicaments testés pour deux séries d'études ayant eu lieu l'une sur 99 patients et l'autre sur 138 patients hospitalisés.
Le rapport de la Coreb nous donne notamment la courbe actualisée au 23 mars de l'incidence de la maladie, à méditer :

Epidémiologie.

On voit bien non seulement la progression globale de la pandémie, mais également le transfert qui s'est effectué de l'Asie, maintenant presque sortie d'affaire, vers l'Europe puis plus récemment l'Amérique ; l'Afrique en bleu sur le graphique semble être le prochain candidat...

Une autre présentation devrait elle aussi nous faire réfléchir :

Présentation clinique concernant la Chine uniquement à la date du 24 février 2020.

On remarque tout de suite que la population la plus touchée est celle ayant entre 30 et 79 ans (87% de l'ensemble), ce qui ne nous renseigne pas vraiment avec une fourchette s'étendant sur une cinquantaine d'années… D'autres éléments intéressants sont les comorbidités qui sont loin d'être négligeables, 13% par exemple pour l'hypertension artérielle. Enfin les formes « modérées » représentent 81%, les « graves » 14% et les « critiques » seulement 5% (on verra que tous les cas critiques ne sont pas mortels…)

Comme les statistiques sur la Chine peuvent être prises avec des pincettes, voyons le cas de l'Italie qui devrait présenter davantage de fiabilité :

Présentation clinique concernant l'Italie uniquement à la date du 15 mars 2020.

Ici nous avons un peu plus de détails sur la population touchée : 
  • de 19 à 50 ans : 24%
  • de 51 à 70 ans : 37,3%
  • plus de 70 ans : 37,6%
C'est donc essentiellement au-dessus de 50 ans que se trouvent les personnes à risque, même si ce dernier n'est pas nul au-dessous de cet âge. Nous n'avons pas d'information sur les comorbidités mais nous pouvons penser qu'elles sont à peu près identiques à celles que l'on rencontre en Chine, cependant on notera un plus grand nombre de formes « graves » en Italie qu'en Chine (25% contre 14%) et donc moins de formes « bénignes ou modérées voire asymptomatiques » (70% contre 81%), les formes « critiques » étant identiques (5% dans les deux pays)


Considérons maintenant ce qu'on nous dit sur le faible taux apparent de mortalité qu'on observerait à Marseille par rapport au reste de la France et essayons de réfléchir un minimum (cela doit être dans nos cordes) à ce qui pourrait bien l'expliquer ; le site Made in Marseille nous donne quelques pistes dans Covid-19 : un taux de mortalité plus faible à Marseille ? :
Avec un taux de mortalité du Covid-19 estimé à 0,7 % par le professeur Raoult, l’impact du virus peut sembler moins virulent à Marseille. Une interprétation à relativiser, car le dépistage massif influence le résultat.
Alors réfléchissons ensemble avec les points suivants :
  • la région marseillaise a été l'une des dernières atteintes en France métropolitaine, le virus ayant d'abord sévi dans l'est et la région d'Ile de France ;
  • Marseille dispose de capacités sanitaires de premier ordre avec notamment l'IHU du professeur Didier Raoult ;
  • de nombreux marseillais inquiets pour leur santé sont venus en masse se faire tester chez Raoult ;
  • Raoult a bien évidemment admis dans son service et a traité rapidement les cas les plus susceptibles de poser problème (voir ci-dessus le rapport de la Coreb)
Dans ces conditions comment s'étonner de l'« efficacité » du professeur Didier Raoult ?

La seule question (à mon avis intelligente) à se poser est celle-ci : est-ce que la situation marseillaise peut être transposée à l'ensemble du territoire français et en allant encore plus loin à l'ensemble de la planète ? Si vous répondez oui à cette question c'est que vous avez mérité de faire partie du club des climatoréalistes.

Maintenant je vais vous poser une autre question : est-ce que vous pensez justifié d'administrer un traitement non validé (l'hydroxychloroquine ou n'importe quel autre traitement) à des personnes présentant quelques signes d'infection sachant que 70 à 81% d'entre elles (selon qu'on est Italien ou Chinois) ne développeront qu'une forme modérée et que parmi les autres cas plus graves voire critiques seuls 2,3% (données S&V d'avril) seront mortels ?

Tous les médicaments présentent des effets secondaires qui peuvent être plus ou moins rares ou fréquents, ainsi l'hydroxychloroquine ne semble pas particulièrement recommandée...pour les personnes âgées ! le site clubmedical nous dit :
Pour les personnes âgées: Ce médicament est traité par vos reins. Les personnes âgées ayant une fonction rénale réduite peuvent ne pas être en mesure de bien traiter ce médicament, ce qui peut augmenter le risque d’effets secondaires, y compris la vision. Les adultes plus âgés peuvent nécessiter des examens oculaires plus fréquents en prenant ce médicament pour surveiller les signes de dommages de vision.
Cela en complément des autres effets secondaires communs à toutes les personnes dont voici la liste :
Les plus fréquents :
  •  mal de tête 
  • vertiges 
  • la diarrhée 
  • des crampes d’estomac 
  • vomissement
Rien de bien méchant, mais :
Les plus graves :
  • vision floue ou autres changements de vision 
  • bourdonnements dans les oreilles ou la perte auditive 
  • angioedème, ou gonflement rapide de la peau 
  • urticaire 
  • légère ou sévère bronchospasme qui provoque des difficultés à respirer 
  • gorge irritée
  • saignements inhabituels ou ecchymoses 
  • peau de couleur bleu-noir 
  • faiblesse musculaire 
  • la perte de cheveux ou des cheveux qui devient plus léger 
  • changements d’humeur anormales
Sans compter les contre-indications avec d'autres traitements pour le cœur, le diabète, le paludisme et autres.

Cela fait beaucoup il me semble pour un médicament que certains conseillent d'utiliser d'urgence pour traiter une infection virale qui dans la majorité des cas n'entrainera pas de conséquence dommageable sans aucune intervention médicale ; d'autant plus que si les services du professeur Raoult sont très bien armés pour gérer le traitement ainsi que les patients à risque et ceux qui ne le sont pas, je ne suis pas complètement sûr que ce soit le cas en tout lieu, surtout dans la situation d'engorgement sanitaire que nous constatons un peu partout dans le monde là où le virus fait l'ascension de la courbe exponentielle.

J'entends et lis aussi des personnes disant qu'elles prennent de l'hydroxychloroquine depuis des années sans aucun problème, cela ressemble à s'y méprendre à un biais de raisonnement que l'on pourrait appeler le biais de témoignage individuel ; ce biais est utilisé volontairement par les charlatans qui usent de témoignages de personnes soi-disant guéries grâce à leur remède miracle, comme nous l'explique L’interprétation biaisée des témoignages individuels :
Il y a déjà longtemps que les scientifiques ne se contentent plus des témoignages individuels qui comportent de nombreux biais sans compter les fausses déclarations pour soutenir des théories contestées (n'importe quel rebouteux le plus farfelu sait présenter des témoins satisfaits de ses traitements). « Tout témoignage, même s'il est véridique et honnête, peut être biaisé ne serait-ce que par la puissance de l'effet placebo, qui se manifeste d'autant plus que la croyance en l'efficacité d'un produit ou d'une thérapeutique est forte, que l'engagement (public ou financier) du témoin est importante et que sa liberté (de choix et de décision) n'est pas remise en cause. »
Imaginons quelqu'un qui vous dirait : « Moi j'ai 87 ans, je conduis encore ma voiture, je bois deux à quatre verres de vin par jour et je n'ai jamais eu d'accident de ma vie ! » ; en déduiriez-vous que les personnes de 87 ans peuvent boire deux à quatre verres de vin par jour et prendre leur voiture sans qu'on n'enregistre la moindre hausse de mortalité dans cette catégorie de population ?

En résumé :
  • l'hydroxychloroquine n'est pas à mettre entre toutes les mains de médecins (les généralistes ne sont pas suffisamment qualifiés pour la prescrire à tout va) ;
  • elle n'est pas à administrer à n'importe quel patient ;
  • elle devrait être réservée aux cas qui semblent présenter le plus de risques, laissant les autres gérer le virus « naturellement » ;
  • chaque fois que c'est possible la population devrait être testée, le problème c'est que justement ce n'est pas possible partout actuellement ;
  • chaque fois que c'est possible on devrait porter un masque en toutes occasions où l'on est amené à rencontrer des gens, le problème c'est que justement il n'y a pas suffisamment de masques pour tout le monde ;
  • pour le moment le confinement est la SEULE solution envisageable à défaut d'autre chose plus satisfaisant ;
  • un grand merci à tous ceux qui ont provoqué le démantèlement de notre système de santé et la déréliction de notre personnel soignant.

Si j'ai oublié quelques points merci de me le faire savoir en commentaire.


Le coronavirus, non ! mais l'hydroxychloroquine, peut-être...






samedi 4 avril 2020

Sottisier de la semaine 14


https://www.contrepoints.org/2020/03/23/367262-coronavirus-confinement-ou-traitement


René Le Honzec, le dessinateur humoristique estampillé climato-irréaliste, ne voit comme solution que soit le confinement soit le traitement. Il ne lui est apparemment pas venu à l'esprit qu'il fallait les deux mais qu'il y avait également d'autres petites choses comme se laver régulièrement les mains ou se tenir à distance du moindre quidam. On l'a déjà dit, le Covid-19 n'atteint pas seulement les poumons, le cerveau peut lui-aussi être gravement endommagé.

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https://www.contrepoints.org/2020/03/27/367522-donald-trump-prepare-la-relance-economique-malgre-le-covid-19
Les craintes de Donald Trump sont fondées.
Moi j'aurais plutôt dit que les craintes des Américains [vis-à-vis de Trump] sont fondées, mais je ne suis pas écrivaillon pour le compte de Contrepoints.

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https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2020/03/29/double-aveugle/#comment-19196
Le 29 mars 2020 à 14 h 18 min, Benoît Rittaud a dit :

Il a toujours pas compris qu’on parlait de charge virale, Kahn ?
Le climatoclown Rittaud qui se permet de porter un jugement sur Axel Kahn...

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https://wattsupwiththat.com/2020/03/29/bloomberg-professor-sees-climate-mayhem-lurking-behind-covid-19-outbreak/
Professor Bendell thinks all the climate collapse will happen in the next decade. 
Le professeur Bendell pense que tout l'effondrement du climat se produira au cours de la prochaine décennie.
Eric Worrall est un crétin qui ne sait même pas lire correctement et encore moins comprendre ce qu'il a déchiffré avec ses pieds ; que dit le professeur Bendell ? Ceci :
Without an abrupt transformation of society, changes in the planet’s climate would bring starvation, destruction, migration, disease and war — the collapse of civilization — within a decade.
Sans une transformation abrupte de la société, les changements climatiques de la planète pourraient entraîner la famine, la destruction, la migration, la maladie et la guerre - l'effondrement de la civilisation - en l'espace d'une décennie.
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http://www.drroyspencer.com/2020/03/covid-19-deaths-in-europe-excess-mortality-is-down/
While there are still large uncertainties about how fast it spreads and how lethal it is (statistically, those are inversely related), I suspect we will ultimately realize that our response might well have done more harm than good to society as a whole.
Bien qu'il subsiste de grandes incertitudes quant à la vitesse de propagation et à la létalité (statistiquement, ces deux aspects sont inversement liés), je pense que nous finirons par nous rendre compte que notre réaction pourrait bien avoir fait plus de mal que de bien à la société dans son ensemble.
Dixit le grand climatocréationniste Roy Spencer qui a bien sûr demandé l'avis de tous les personnels soignants de la planète confrontés à un engorgement des services sanitaire comme on n'en a jamais vu.

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https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2020/03/30/sur-le-nouvel-article-du-bataillon-de-marseille/
Une fois pour toutes, donc, acceptons l’idée que la stratégie marseillaise consiste à guérir plus vite, à la fois pour soulager les hôpitaux et pour réduire les risques de contagion.
Benoit Rittaud doit certainement parler des risques de contagion d'accidents de trottinettes.
Dans cette logique, un groupe témoin serait un groupe sacrifié, éventualité inadmissible pour un médecin.
Benoit Rittaud ne sait donc pas que c'est pourtant ce qui se passe dans les essais en double aveugle qui se pratiquent depuis belle lurette...par des médecins ? Voir Étude randomisée en double aveugle :
On constitue donc deux groupes de patients, l'un prenant un traitement contenant le principe actif (le médicament), l'autre prenant un placebo (traitement sans principe actif, présenté généralement sous la même forme galénique). La répartition principe actif/placebo se fait de manière aléatoire et ni la personne prenant le traitement, ni la personne l'administrant ne savent s'il y a du principe actif (double insu). La levée du voile n'est faite qu'après le traitement statistique.
Il y a donc toujours un groupe témoin, mais ce n'est pas lui qui est à chaque fois…« sacrifié », et la démarche est parfaitement « admissible » par les médecins qui se prêtent à l'expérience.

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https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2020/03/30/sur-le-nouvel-article-du-bataillon-de-marseille/#comment-19239
Le 30 mars 2020 à 12 h 26 min, Climarco a dit :

Autre chose qui n’a rien à voir mais je ne sais pas où le dire si ce n’est ici :
Je me demande dans quelle mesure les îlots de chaleurs urbain ne vont pas fortement diminuer en mars à cause de l’absence d’activité dans les grandes villes et avec une forte conséquence sur la température globale ??
Celle-là je suis d'avis qu'il faudrait l'encadrer et l'exposer en bonne place dans le salon, c'est un véritable chef-d'oeuvre.

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https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2020/03/31/france-demographie-et-mortalite/
L’espérance de vie des personnes de 65 ans reflète convenablement l’allongement progressif de la durée de vie.
Tout cela probablement pour nous vanter les mérites de notre civilisation moderne basée sur les industries fossiles assurant le bien-être de tous qui se traduit donc par une espérance de vie en hausse, sauf que...How does U.S. life expectancy compare to other countries? :

Espérance de vie totale à la naissance en années, 1980-2017


Mince alors ! Et dire qu'il parait que les Etats-Unis sont en avance par rapport au reste du monde...

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http://www.skyfall.fr/2020/02/24/fil-info-de-sceptiques-2020/#comment-318197
213. the fritz | 1/04/2020 @ 16:07

amike (#211),
Un peu compliqué de temps en temps
Si on soutient le fait que les émissions de CO2 gouvernent les températures , si on en émet moins , la température baisse , d’accord ? Si comme après la pandémie les émissions auront baissé et que la température continue de monter , c’est que la corrélation ne marche plus ; après vous en déduisez ce que vous voulez
Moi ce que j'en déduis c'est que monsieur le fritz a un zéro pointé en climatologie.

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https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2020/04/02/report-de-la-cop26/#comment-19364
Le 2 avril 2020 à 11 h 13 min, jipebe29 a dit :

Je vais être très très méchant : il aurait été fort utile ne ne pas décaler cette COP26, car ainsi un grand nombre de celles et ceux qui nous pourrissent la vie avec ce délire d’urgence climatique auraient peut-être été mis sur la touche par ce virus qui, lui, agit dans le monde réel, contrairement aux prophéties foireuses de ces zinzins d’alarmistes… Plus de SG du Grand Machin, plus de Jouzel, plus de Hulot, plus de VMD, plus d’Aurélien Barreau, etc…etc… ce serait le rêve, non ?
Jean-Pierre Bardinet n'est pas très très méchant, par contre il est très très con.

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http://www.skyfall.fr/2020/01/30/bistrot-coin-2020/#comment-318603
889. AntonioSan | 2/04/2020 @ 19:03

Herté07 (#879),

Eve Fabre a reçu des financements de AXA Research Fund & Marie Skłodowska-Curie Actions (Commission Européenne).
Partners

Et c’est publie un 1er avril… Le probleme c’est qu’ils sont serieux. Mais The Conversation est un outil de propagande, au depart climatique et on retoruve parmi les fondateurs et soutiens le lobby climatique.
Monsieur Antoine a omis de citer les hommes lézards parmi les soutiens d'Eve Fabre. Ah oui, j'oubliais, elle a aussi reçu le support des fabricants de pastèques.

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https://mythesmanciesetmathematiques.wordpress.com/2020/04/01/covid-19-une-nouvelle-etude-penche-en-faveur-de-lhydroxychloroquine/#comment-19327
Le 1 avril 2020 à 8 h 29 min, Christophe Desmaris a dit :

Les plus grands contempteurs de l’hydroxychloroquine ont été persuadés de son efficacité avant tout le monde, depuis au moins le 13 janvier, date où elle a été classée en liste II [bla bla bla]
Des contempteurs qui louent les bienfaits de l'HCQ, il fallait la faire celle-là. Un autre commentateur (et non contempteur) lui fait remarquer le petit problème en le guidant vers la définition du Larousse :
Le 1 avril 2020 à 15 h 49 min, xc a dit :

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/contempteur/18562
Mais Cricri ne se laisse pas déstabiliser :
Le 1 avril 2020 à 16 h 20 min, Christophe Desmaris a dit :

C’est exactement ce que j’ai voulu dire. Vous avez bien lu.
 Errare humanum est, perseverare diabolicum. Surtout un 1er avril.

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vendredi 3 avril 2020

Match Raoult vs Caumes

Introduction


Dire que les avis sont partagés serait une bonne synthèse de la situation actuelle sur l'efficacité de l'hydroxychloroquine (HCQ) dans le traitement du Covid-19.

Il y a en France près de 68 millions d'infectiologues qui ont leur avis sur la question, j'ai choisi aujourd'hui de donner la parole à deux d'entre eux, pas forcément les plus qualifiés, mais à défaut d'autre chose j'ai pris ce que j'avais sous la main.

Professeur Didier Raoult


France Bleu laisse un certain Didier Raoult s'exprimer librement, voici ce qu'il nous dit en substance :
Nous avons le recul aujourd'hui sur un millier de personnes qui ont reçu le traitement hydroxychloroquine-azithromycine. Les choses se sont très bien passées. Nous avons eu à déplorer un décès qui est un homme de 84 ans. C'est tout pour l'instant. Après trois jours de traitement, ça nous permet d'avoir une véritable évaluation, donc on est très satisfaits.
Il ajoute :
Il ne faut pas improviser. Ce sont des médicaments. Globalement les résultats que l'on a sont très satisfaisants.
Et il termine en avertissant que le traitement ne doit pas être pris trop tard :
Quand il est trop tard, il est trop tard. Quand les gens sont en réanimation, quand ils ont des syndromes de détresse respiratoires, quand on est obligé de les intuber, ce n'est plus l'heure des antiviraux. On le sait aussi pour la grippe.
Oui, nous savons avec Didier Raoult que le Covid-19 et la grippe sont après tout bénins et font moins d'accidents que les trottinettes, pourquoi s'inquiéter ? Il faut rester enthousiastes !




Après ces propos rassurants Didier Raoult présente généreusement son équipe rapprochée, « oubliant » au passage le petit personnel, ceux qui ne sont pas « sous sa coupe » mais sont considérés comme de simples exécutants à qui « on ne demande pas de réfléchir mais de faire ce qu'on leur demande », mais après tout c'est lui le patron n'est-ce pas ?

Professeur Eric Caumes


Au tour de BFM TV de donner la parole à Eric Caumes, qui n'est que chef des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital de la Salpêtrière et dont on se demande ce qu'il peut bien avoir à raconter sur le sujet. Il nous dit notamment :
On a pas mal utilisé l'hydroxychloroquine dans mon service parce que c'était un des espoirs (et non un désespoir) et qu'il n'y avait aucune raison de ne pas en faire profiter les malades […] on n'a pas l'impression d'une efficacité en tout cas spectaculaire […] ce n'est probablement pas efficace […] Au jour d'aujourd'hui il y a beaucoup plus d'études qui montrent...parce que les Chinois ont quand même fait énormément de choses, il ne faut pas croire qu'ils se sont croisés les bras devant cette épidémie […] tous les médicaments dont on discute aujourd'hui, tous ont été évalués en Chine et il n'y a pas eu de recette miracle en Chine, sinon on le saurait. Pour l'instant en ce qui concerne l'HCQ, on a plus d'études qui montrent que ça ne marche pas que d'études qui montrent que ça marche.

Discussion


L'infectiologue amateur que je suis a écouté avec attention chaque partie mais au final il se rend compte que la balance qui lui permettait de peser le pour et le contre de chaque avis est cassée.


Conclusion


Démerdez-vous avec tout ça !


jeudi 2 avril 2020

Avis favorable à l'utilisation de l'hydroxychloroquine, vraiment ?

Lu aujourd'hui dans la feuille de chou qui fait les délices de mon sottisier :
884. Ecophob | 2/04/2020 @ 13:44

Herté07 (#879), cet article veut dire que les personnes que Raoult a sauvé comptent pour du beurre parce que le protocole de comptage n’était pas bon? Il y a déjà une publi de l’INSERm qui est sorti disant l’hydroxychloroquine ne marche pas, ce qui est bien le but: surtout ne pas faire de Raoult le climato-sceptique, le héro du Covid-19. Sauf que leur étude porte sur des malades à un stade trop avancé.
De toutes façons, les études étrangères donneront raison à Raoult. La FDA a déjà émis un avis favorable à son utilisation par tous les médecins, les bénéfices étant supérieurs aux risques.

Laissons pour le moment (nous y reviendrons à la fin) de côté la première partie de ce commentaire qui fait référence à un article de The Conversation, et focalisons-nous sur le dernier paragraphe que je reprends ici :
La FDA a déjà émis un avis favorable à son utilisation par tous les médecins, les bénéfices étant supérieurs aux risques.
Vraiment ?

On a déjà vu un crétin (dans Un peu plus sur Raoult (et après on arrête)) qui voulait à tout prix que je souhaite ardemment que le remède miracle du professeur Raoult ne marche pas, il écrivait ainsi à mon sujet, entre autres bêtises :
787. RobisBack | 28/03/2020 @ 9:01

[…] Il en est presque à souhaiter que le traitement Raoult ne marche pas tellement sa haine du climato-scepticisme est forte … Il ferait bien de se demander ce qu’il ferait s’il était atteint, ou une proche, par cette saloperie .. Je pense qu’il supplierait le médecin de le lui prescrire …[…]
J'ai déjà mentionné à de nombreuses reprises que je n'avais aucune idée si l'hydroxychloroquine (HCQ) allait « marcher » ou pas, je ne suis pas médecin et encore moins infectiologue, donc je ferme ma gueule sur le sujet et me contente de lire ce que disent les uns et les autres, ce qui ne m'empêche pas de m'interroger sur la « fiabilité » d'un médicament prescrit par un grand professeur qui s'est lamentablement planté peu de temps auparavant en minimisant de façon ridicule les risques de l'actuelle pandémie ; ce qui ne signifie nullement que Raoult ait tort sur l'HCQ, non, cela veut dire que les probabilités qu'il nous raconte (encore) des carabistouilles sont un peu plus élevées que la normale, c'est tout.

Mais là où je veux en venir, avant de passer au plat principal, c'est que si certains me reprochent, et reprochent aussi par exemple à l'INSERM (Cf le commentaire de Ecophob), de ne pas vouloir que l'HCQ soit la solution au Covid-19, on peut très facilement leur retourner la chose en constatant qu'il y en a, et Ecophob en fait partie, qui veulent absolument que ce médicament connu depuis des lustres fonctionne vraiment dans l'état actuel des choses ; ce que l'on peut traduire par « prendre ses désirs pour des réalités ».

Venons-en maintenant à ce fameux « avis favorable » de la FDA.

Selon Ecophob, donc, « La FDA a déjà émis un avis favorable à son utilisation par tous les médecins, les bénéfices étant supérieurs aux risques. »

Alors voyons un peu plus dans le détail ce que dit la FDA dans la lettre adressée au docteur Rick Bright, directeur du BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority) en décortiquant la première partie qui en fait résume sur moins de deux pages le reste du texte qui en compte près de six (mes commentaires en bleu) :
This letter is in response to your request that the Food and Drug Administration (FDA) issue an Emergency Use Authorization (EUA) for emergency use of oral formulations of chloroquine phosphate and hydroxychloroquine sulfate for the treatment of 2019 coronavirus disease (COVID-19) when administered by a healthcare provider (HCP)1 pursuant to a valid prescription of a licensed practitioner as described in the Scope of Authorization (section II) of this letter. 
La présente lettre fait suite à votre demande de délivrance par la Food and Drug Administration (FDA) d'une autorisation d'utilisation d'urgence (Emergency Use Authorization, EUA) pour l'utilisation en urgence de formulations orales de phosphate de chloroquine et de sulfate d'hydroxychloroquine pour le traitement de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) lorsqu'elles sont administrées par un prestataire de soins de santé (HCP)1 conformément à une prescription valide d'un praticien agréé comme décrit dans le Champ d'application de l'autorisation (section II) de la présente lettre.
Ainsi c'est la BARDA qui a été à l'origine de cette autorisation puisque c'est elle qui en a fait la demande ; on remarquera qu'à la date d'aujourd'hui 2 avril, soit cinq jours après rédaction de cette lettre et trois jours après publication sur le site de la FDA, le site de la BARDA ne fait toujours pas allusion à cette autorisation, mais c'est probablement encore trop tôt pour la mise à jour. On notera également que l'autorisation porte à la fois sur la chloroquine ET sur l'hydroxychloroquine et non pas seulement sur cette dernière molécule contrairement à ce que laisse entendre Ecophob, mais on mettra ceci sur le compte d'une déficience temporaire dans ses capacités de lecture et de compréhension.
The authorized chloroquine phosphate and hydroxychloroquine sulfate are limited to product supplied from the Strategic National Stockpile (SNS) to public health authorities2, pursuant to Section 564 of the Federal Food, Drug and Cosmetic Act (the Act) (21 U.S.C. 360bbb-3). 
Le phosphate de chloroquine et le sulfate d'hydroxychloroquine autorisés sont limités aux produits fournis par le stock national stratégique (SNS) aux autorités de santé publique2, conformément à la section 564 de la loi fédérale sur les aliments, les médicaments et les cosmétiques (la loi) (21 U.S.C. 360bbb-3).
On February 4, 2020, pursuant to Section 564(b)(1)(C) of the Act, the Secretary of the Department of Health and Human Services (HHS) determined that there is a public health emergency that has a significant potential to affect national security or the health and security of United States citizens living abroad, and that involves the virus that causes COVID-19.3 ,4
Le 4 février 2020, conformément à la section 564(b)(1)(C) de la Loi, le Secrétaire du Département de la santé et des services sociaux (HHS) a déterminé qu'il existe une urgence de santé publique susceptible d'affecter de manière significative la sécurité nationale ou la santé et la sécurité des citoyens des États-Unis vivant à l'étranger, et qui implique le virus qui cause le COVID-19.3 ,4
L'accent est mis ici sur l'URGENCE qui prévaut actuellement, ce qui prépare le reste...
Pursuant to Section 564 of the Act, and on the basis of such determination, the Secretary of HHS then declared that circumstances exist justifying the authorization of emergency use of drugs and biologics during the COVID-19 outbreak, pursuant to section 564 of the Act, subject to terms of any authorization issued under that section.5
Conformément à la section 564 de la loi, et sur la base de cette décision, le secrétaire du ministère de la santé a alors déclaré qu'il existait des circonstances justifiant l'autorisation de l'utilisation d'urgence de médicaments et de produits biologiques pendant l'épidémie de COVID-19, conformément à la section 564 de la loi, sous réserve des conditions de toute autorisation délivrée en vertu de cette section.5
Cela se précise, nous sommes en situation d'URGENCE, et la suite va nous informer sur ce que cela implique.
Chloroquine phosphate and hydroxychloroquine sulfate are not FDA-approved for treatment of COVID-19.
Le phosphate de chloroquine et le sulfate d'hydroxychloroquine ne sont pas approuvés par la FDA pour le traitement du COVID-19.
Cela relativise fortement l'« avis favorable », ces deux molécules ne sont donc toujours pas « approuvées » par la FDA pour le traitement du Covid-19, et on va comprendre pourquoi.
Some versions of chloroquine phosphate are approved by FDA for other indications—for prophylaxis and acute attacks of certain strains of malaria and for the treatment of extraintestinal amebiasis, but the chloroquine phosphate drug product covered by this letter has not been approved.
Certaines versions du phosphate de chloroquine sont approuvées par la FDA pour d'autres indications - pour la prophylaxie et les crises aiguës de certaines souches de malaria et pour le traitement de l'amibiase extra-intestinale, mais le produit pharmaceutique à base de phosphate de chloroquine couvert par cette lettre n'a pas été approuvé. 
Donc « certaines versions » du phosphate de chloroquine (ce qui exclut l'hydroxychloroquine ainsi que d'« autres versions » du phosphate de chloroquine) sont approuvées par la FDA, mais pour d'autres pathologies que le Covid-19.
Several versions of hydroxychloroquine sulfate are approved by FDA for prophylaxis of and treatment of malaria, treatment of lupus erythematosus, and treatment of rheumatoid arthritis. The safety profile of these drugs has only been studied for FDA approved indications, not COVID-19. 
Plusieurs versions du sulfate d'hydroxychloroquine sont approuvées par la FDA pour la prophylaxie et le traitement de la malaria, le traitement du lupus érythémateux et le traitement de la polyarthrite rhumatoïde. Le profil de sécurité de ces médicaments n'a été étudié que pour les indications approuvées par la FDA, et non pour le COVID-19.
Idem donc que ci-dessus en ce qui concerne le sulfate d'hydroxychloroquine.
Based upon limited in-vitro and anecdotal clinical data in case series, chloroquine phosphate and hydroxychloroquine sulfate are currently recommended for treatment of hospitalized COVID-19 patients in several countries, and a number of national guidelines report incorporating recommendations regarding use of chloroquine phosphate or hydroxychloroquine sulfate in the setting of COVID-19. 
Sur la base de données cliniques in vitro et anecdotiques limitées dans les séries de cas, le phosphate de chloroquine et le sulfate d'hydroxychloroquine sont actuellement recommandés pour le traitement des patients hospitalisés pour COVID-19 dans plusieurs pays, et un certain nombre de directives nationales font état de recommandations concernant l'utilisation du phosphate de chloroquine ou du sulfate d'hydroxychloroquine dans le cadre de COVID-19.
Ainsi la FDA évoque des « données cliniques in vitro et anecdotiques » et non des études sérieuses montrant ce que cela donne chez des patients atteints du Covid-19 pour appuyer son autorisation, mais rappelons-nous qu'il y a URGENCE !
FDA encourages the conduct and participation in randomized controlled clinical trials that may produce evidence concerning the effectiveness of these products in treating COVID-19.
La FDA encourage la conduite et la participation à des essais cliniques contrôlés randomisés qui pourraient produire des preuves de l'efficacité de ces produits dans le traitement du COVID-19.
Ainsi voici exactement le but poursuivi par la FDA avec son autorisation : « encourager la conduite et la participation à des essais cliniques », des ESSAIS CLINIQUES qui « pourraient » (notez le conditionnel) « produire des preuves de l'efficacité de ces produits dans le traitement du Covid-19 », lesquelles preuves font pour l'instant cruellement défaut !
FDA is issuing this EUA to facilitate the availability of chloroquine phosphate and hydroxychloroquine sulfate during the COVID-19 pandemic to treat patients for whom a clinical trial is not available, or participation is not feasible. 
La FDA publie cet EUA (Emergency Use Authorization) pour faciliter la disponibilité du phosphate de chloroquine et du sulfate d'hydroxychloroquine pendant la pandémie COVID-19 pour traiter les patients pour lesquels un essai clinique n'est pas disponible ou la participation n'est pas possible.
Nous voici clairement fixés : l'autorisation n'a pour but que de « faciliter la disponibilité » des deux molécules « pendant la pandémie Covid-19 », ce qui signifie notamment que lorsque cette pandémie sera derrière nous l'autorisation n'aura plus lieu d'être ; par ailleurs on ne traitera que « les patients pour lesquels un essai clinique n'est pas disponible ou la participation n'est pas possible », ce qui veut dire qu'il y a d'autres essais cliniques en cours dans le pays et que les deux molécules en question ne seront administrées que si l'on ne peut pas en administrer d'autres ! Dit autrement, ces deux molécules semblent n'être que des bouche-trous dans la démarche de recherche d'un traitement (en tout cas c'est ma lecture personnelle de ce passage)
Having concluded that the criteria for issuance of this authorization under 564(c) of the Act are met, I am authorizing the emergency use of chloroquine phosphate and hydroxychloroquine sulfate, as described in the Scope of Authorization section of this letter (Section II) for treatment of COVID-19 when clinical trials are not available, or participation is not feasible, subject to the terms of this authorization.
Ayant conclu que les critères de délivrance de cette autorisation en vertu de l'article 564(c) de la loi sont remplis, j'autorise l'utilisation d'urgence du phosphate de chloroquine et du sulfate d'hydroxychloroquine, tels que décrits dans la section Portée de l'autorisation de la présente lettre (section II) pour le traitement du COVID-19 lorsque les essais cliniques ne sont pas disponibles, ou que la participation n'est pas possible, sous réserve des conditions de la présente autorisation.
Ici on dirait que la FDA enfonce le clou afin qu'il soit bien clair qu'il existe de fortes limitations à l'usage des deux molécules, il est en effet rappelé avec insistance que l'autorisation pour le traitement du Covid-19 n'est possible que « lorsque les essais cliniques ne sont pas disponibles ou que la participation n'est pas possible », et en plus « sous réserve des conditions de l'autorisation ». On appelle cela ouvrir le parapluie en grand, juste au cas où il y aurait des problèmes...
Clinical trial data results, and any information derived from clinical trials, as well as clinical trial results from studies of other investigational medical products to treat COVID-19, will continue to inform this risk benefit assessment.
Les résultats des essais cliniques, et toute information dérivée des essais cliniques, ainsi que les résultats des essais cliniques des études d'autres produits médicaux expérimentaux pour traiter COVID-19, continueront à alimenter cette évaluation des risques et des bénéfices.
Ce que je comprends de ce dernier paragraphe c'est que tous les essais cliniques, y compris ceux qui utiliseront les deux molécules objets de l'autorisation, mais également tous les autres mettant en place d'autres traitements, alimenteront une base de données qui servira à évaluer au final quelle est la balance bénéfices/risques de chaque médicament (si vous avez une autre analyse merci de le faire savoir en commentaire)

Nous sommes donc très loin du résumé que nous en donnait Ecophob :
La FDA a déjà émis un avis favorable à son utilisation par tous les médecins, les bénéfices étant supérieurs aux risques.
Non seulement il ne s'agit pas de « tous les médecins » mais l'opinion que « les bénéfices [sont] supérieurs aux risques » ne reste qu'une opinion ; en effet, la FDA dit un peu plus loin dans sa lettre :
I have concluded, pursuant to Section 564(d)(2) of the Act, that it is reasonable to believe that the known and potential benefits of chloroquine phosphate and hydroxychloroquine sulfate, when used for the treatment of SARS-CoV-2 and used consistently with the Scope of Authorization of this letter (Section II), outweigh the known and potential risks of these products.
J'ai conclu, conformément à la section 564(d)(2) de la loi, qu'il est raisonnable de croire que les avantages connus et potentiels du phosphate de chloroquine et du sulfate d'hydroxychloroquine, lorsqu'ils sont utilisés pour le traitement du SRAS-CoV-2 et utilisés conformément au champ d'application de la présente lettre (section II), l'emportent sur les risques connus et potentiels de ces produits.
Par conséquent, en ce qui concerne les avantages et les risques de l'utilisation des deux molécules, c'est une seule personne (Denise Hinton) qui exprime sa propre opinion, en précisant qu'elle « croit raisonnablement » que les avantages pourraient l'emporter sur les risques, mais à part cela comme le dit Ecophob « la FDA a émis un avis favorable » ; je serais curieux de savoir si tout le monde à la FDA partage la même opinion que madame Hinton...


Entretemps si nous consultons le site de la FDA concernant les annonces à la presse, nous pouvons voir que le 1er avril l'organisme ne faisait aucune mention de la chloroquine dans Coronavirus (COVID-19) Update: Daily Roundup April 1, 2020. Affaire à suivre...


Pour en revenir à l'article qui a déclenché le commentaire indigent de Ecophob, à savoir Pourquoi sommes-nous aussi divisés sur la question de l’hydroxychloroquine ?, daté du 1er avril, il s'agit d'un papier objectif et factuel, n'entrant dans aucune polémique anti-ceci ou anti-cela mais expliquant plutôt bien les mécanismes en jeu dans le brouhaha médiatique que nous connaissons depuis une paire de mois.

L'auteure (Eve Fabre, Chercheure en Facteur Humain & Neurosciences Sociales chez Axa) nous explique ainsi les quelques biais à l'oeuvre, comme le biais de cadrage, le biais de commission, l'effet de halo, l'effet Dunning-Kruger, le biais de confirmation et le biais rétrospectif.

J'ai relevé quelques passages intéressants que je vous livre ci-après afin d'illustrer certains de ces biais :
[L']attitude anticonformiste [de Didier Raoult] a aussi sûrement contribué à accentuer cet effet de halo. Sa personnalité, son discours sur les réseaux sociaux, et enfin son apparent rejet du système plaisent beaucoup à certains Français, mécontents de la manière dont la crise est gérée par le gouvernement. Le professeur Raoult semble être devenu le porte-voix de ce mécontentement, et les scientifiques qui plaident la prudence sont vus comme des représentants corrompus du système.
Le déplacement de la polémique du monde scientifique à la société civile dans son ensemble a eu pour conséquence de brouiller le débat. L’effet Dunning-Kruger (encore lui) y est pour beaucoup.[…] une personne experte se comportera de manière moins confiante qu’une personne sans expertise.

[…] le fameux biais de confirmation […] décrit la tendance à sélectionner et à donner plus de poids aux informations qui confirment nos croyances. Sur les plateaux de télévision, on a pu voir des débats opposant un intervenant pro-hydroxychloroquine à un intervenant anti-hydroxychloroquine, alors qu’une majorité de scientifiques s’opposent à son usage. On observe une tendance similaire dans le traitement médiatique du changement climatique.
D’ici quelques semaines, le professeur Raoult aura connaissance, comme tout le monde, des résultats de l’étude Discovery.
Si ces résultats confirment ses déclarations, il pourrait alors tirer parti d’un phénomène appelé biais rétrospectif, qui décrit la tendance à rationaliser a posteriori un événement en le considérant comme prévisible, alors qu’il ne l’était pas au moment des faits.
Lisez l'article en entier, il le mérite et vous permettra de relativiser tout ce que vous entendez au sujet de la chloroquine et du professeur Raoult ; mais pour certains demeurés il sera « réchauffiste », ne riez pas, voici la preuve avec monsieur Herté07 :
879. Herté07 | 2/04/2020 @ 11:36

à voir cet article il est réchauffiste
C’est « l’expertise universitaire » qui l’écrit
Oui je suis d'accord, c'est vraiment à se cogner la tête contre les murs, mais on voit les dégâts que cela peut occasionner sur le cerveau, donc à ne pas recommander.


mercredi 1 avril 2020

Roselyne Bachelot réhabilitée, vraiment ?



Roselyne Bachelot tient sa revanche : un ancien journaliste vedette de TF1 fait son mea culpa

Un ancien journaliste dont tout le monde a oublié le nom fait son mea culpa, mais Roselyne Bachelot, au lieu de parader un peu partout la mine réjouie de se voir ainsi réhabilitée, fera-t-elle un jour le sien ?

On a pu la voir, hilare, dans l'émission C à vous, où elle s'est employée à « démonter les contradictions d'un urgentiste » :

Qu'est-ce que je me marre avec mon pote Patrick.

Christophe Prudhomme, l'urgentiste en question, aurait déclaré, en dénonçant l'« incurie du gouvernement » :
Gouverner c'est prévoir et rien n'a été préparé ! A l'issue de la crise, il faudra que les responsables passent à la caisse et payent !
Ce à quoi la Bachelot aurait rétorqué :
Je trouve vraiment que Monsieur Prudhomme est gonflé quand même.
Moi je trouve que c'est elle qui est particulièrement gonflée, et je ne suis pas le seul.

Frédéric Lordon, par exemple, qui écrit dans Opération Résiliation :
En 2012, André Grimaldi, chef de service à la Pitié, avertit déjà que la loi Bachelot est en train « d’anéantir le service public hospitalier » — ce sont les débuts de la managérialisation, l’introduction de la T2A (tarification à l’acte), l’avènement des directeurs-potentats à ratios.
En suivant le lien que Lordon fournit on arrive sur l'article de Grimaldi, intitulé La loi Bachelot a fait de l'hôpital une entreprise et daté du 3 avril 2012, dans lequel on peut retenir ces passages :
Hélas, la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé et Territoires), dite "loi Bachelot", loin de lutter contre [le] mal [qui ronge le système de santé français], l’a érigé en principe de "gouvernance". En effet, cette loi a supprimé "le service public hospitalier" pour le remplacer par "des établissements de santé aux statuts variables".
Elle a, au nom de la lutte contre les abus du pouvoir médical, supprimé tout pouvoir soignant pour donner tout le pouvoir aux gestionnaires. […] Le seul objectif fixé à cette immense machine bureaucratique est celui de la rentabilité promue par la généralisation de la tarification à l’activité (T2A).
Il y a donc huit ans on savait parfaitement à quoi s'en tenir avec Roselyne et le futur qui nous arrive aujourd'hui en pleine gueule était déjà tout tracé.

Le vrai visage de Roselyne Bachelot


PS - Et non ce n'est pas un poisson d'avril, what did you expect ?