dimanche 31 mars 2024

Climactualités - mars 2024

   Concentration de l'atmosphère en CO₂

Global Monitoring Laboratory - Carbon Cycle Greenhouse Gases (noaa.gov)

Moyenne mensuelle récente du CO₂ à l'observatoire de Mauna Loa.


Variation de la concentration en CO₂ depuis 1960.

Les lignes et symboles rouges représentent les valeurs moyennes mensuelles, centrées sur le milieu de chaque mois. Les lignes et symboles noirs représentent les mêmes valeurs, après correction pour le cycle saisonnier moyen.

Taux de croissance annuel moyen du CO₂ au Mauna Loa.

Le graphique montre les taux de croissance annuels moyens du dioxyde de carbone pour Mauna Loa. Les moyennes décennales du taux de croissance sont également représentées sous forme de lignes horizontales pour les années 1960 à 1969, 1970 à 1979, et ainsi de suite.

Voir aussi : Mauna Loa carbon dioxide forecast for 2023 - Met Office


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Divers graphiques montrant l'évolution du CO₂ et de la température au cours des âges.


Evolution du CO₂ et de la température depuis 540 millions d'années (source confex.com)



Changement en parties par million par 1000 ans (Source Climate Central)


Source Graphic: The relentless rise of carbon dioxide – Climate Change: Vital Signs of the Planet (nasa.gov)


Concentrations de l'atmosphère en CO2 depuis 500 millions d'années (source Earth.Org)


Evolution (estimation) de la température durant les 500 millions d'années passées (source Earth.Org)


Attention ! L'échelle des abscisses des deux derniers graphiques n'est pas la même !


Liens utiles (tirés de ens-lyon.fr) :


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ENSO

EL NIÑO WATCH AND LA NIÑA ADVISORY
EL NIÑO ADVISORY / LA NIÑA WATCH

El Niño—the warm phase of the El Niño-Southern Oscillation ("ENSO") climate pattern—continues in the tropical Pacific, but the atmospheric part of the pattern is weakening. Conditions are likely to shift to ENSO-neutral by April-June 2024, and the odds of La Niña developing in June-August 2024 have risen to 55%.

El Niño - la phase chaude de la configuration climatique El Niño-Oscillation australe ("ENSO") - se poursuit dans le Pacifique tropical, mais la partie atmosphérique de la configuration s'affaiblit. Il est probable que les conditions deviennent neutres pour l'ENSO d'ici avril-juin 2024, et les chances que La Niña se développe en juin-août 2024 ont augmenté jusqu'à 55%.


Index ENSO de 2015 à 2024 (source weather.plus)


Index ENSO de 1950 à 2024 (source weather.plus)


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Données de températures de la NOAA

Climate Change: Global Temperature | NOAA Climate.gov.


Température annuelle de surface comparée à la moyenne de 1901 à 2000.



FAITS MARQUANTS (PUBLIÉ LE 18 JANVIER 2024)

  • La température de la Terre a augmenté en moyenne de 0,11° Fahrenheit (0,06° Celsius) par décennie depuis 1850, soit environ 2° F au total.
    • Depuis 1982, le réchauffement est trois fois plus rapide : 0,36° F (0,20° C) par décennie.
  • L'année 2023 a été, de loin, l'année la plus chaude depuis le début des relevés mondiaux en 1850.
    • La température est supérieure de 2,12 °F (1,18 °C) à la moyenne du 20e siècle, qui est de 57,0 °F (13,9 °C).
    • La température a dépassé de 2,43 °F (1,35 °C) la moyenne de l'ère préindustrielle (1850-1900).
  • Les dix années les plus chaudes de l'histoire se sont toutes produites au cours de la dernière décennie (2014-2023).

Voir aussi l'évaluation du climat mondial en 2023 : Assessing the Global Climate in 2022 | News | National Centers for Environmental Information (NCEI) (noaa.gov)

La Terre a connu l'année la plus chaude jamais enregistrée ; le contenu thermique des océans supérieurs a atteint un niveau record, tandis que la glace de mer de l'Antarctique a atteint un niveau historiquement bas.

Faits marquants : 

  • La NOAA classe 2023 comme l'année la plus chaude dans son registre des températures mondiales, qui remonte à 1850. 
  • Il y a une chance sur trois que 2024 soit plus chaude que 2023 et 99 % de chances que 2024 se classe parmi les cinq années les plus chaudes jamais enregistrées.  

  • Le contenu thermique de la couche supérieure de l'océan - la quantité de chaleur stockée dans les 2000 premiers mètres de l'océan - a atteint un niveau record en 2023. 

  • L'étendue moyenne annuelle de la glace de mer arctique a été l'une des dix plus faibles depuis 1979, et l'étendue de la glace de mer antarctique a été la plus faible jamais enregistrée. 

  • En 2023, 78 tempêtes tropicales ont été recensées dans le monde, ce qui est inférieur à la moyenne, et 20 dans l'Atlantique Nord, ce qui est nettement supérieur à la moyenne.


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GISS L-OTI anomalies de températures vs 1881-1910

data.giss.nasa.gov

Ecarts de températures pour le mois de février 2024 par rapport à la période de référence 1881-1910.


Rappel des années précédentes avec leur classement :

  • année 2023 : 1.41 => 1
  • année 2022 : 1.13 => 6
  • année 2021 : 1.11 => 7
  • année 2020 : 1.24 => 3
  • année 2019 : 1.21 => 4
  • année 2018 : 1.08 => 8 
  • année 2017 : 1.17 => 5 
  • année 2016 : 1.26 => 2

L'année 2023 se classe donc largement en tête loin devant 2016.


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Elévation du niveau moyen des mers

Mean Sea Level: Aviso+ (altimetry.fr)

Niveau moyen global de référence (GMSL) basé sur les données des missions TopEx/Poseidon, Jason-1, Jason-2 et Jason-3 de janvier 1993 à aujourd'hui, après élimination des signaux annuels et semi-annuels et application d'un filtre de 6 mois. En appliquant la correction du rebond postglaciaire (-0,3 mm/an), l'élévation du niveau moyen des mers a ainsi été estimée à 3,6 mm/an avec une incertitude de 0,3 mm/an (mis à jour le 5/02/2024)


Sur les 10 dernières années :

Sur les 10 dernières années : 4,43 mm / an (source Aviso)


Sur les 5 dernières années :

Sur les 5 dernières années : 4,60 mm / an (source Aviso)


Résumé :

  • depuis 1993 (début des mesures)...........+3,61 par an ;
  • depuis 10 ans...................................+4,43 par an ;
  • depuis 5 ans....................................+4,60 par an.


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Polar Science Center

psc.apl.uw.edu

Evolution du volume de la banquise arctique de PIOMAS par rapport à la moyenne de la période 1979-2023.


11. Moyenne annuelle du volume de glace de mer de PIOMAS




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Polar Portal

Greenland: Polar Portal

  • Conditions de surface du Groenland :

Bilan de masse de surface du Groenland (journalier)

La carte illustre comment la surface de la calotte glaciaire du Groenland gagne et perd de la masse chaque jour. Cette différence entre les chutes de neige et le ruissellement est connue sous le nom de bilan massique de la surface. Elle est toujours positive au cours d'une année car toute la neige tombée ne s'écoule pas à nouveau de la calotte glaciaire.

Le bilan massique de surface n'est PAS identique au bilan massique TOTAL (c'est-à-dire le gain ou la perte globale de la calotte glaciaire), qui comprend également la masse perdue lorsque les glaciers vêlent des icebergs, la fonte des langues de glacier lorsqu'elles entrent en contact avec l'eau de mer chaude et les effets de friction et autres au fond de la calotte glaciaire.

Bilan de masse de surface du Groenland (cumul)

  • Changement de masse du Groenland :
Changement de masse et impact sur le niveau des mers.


La carte et le graphique montrent l'augmentation de la masse de glace lorsqu'il y a des précipitations, et la quantité de cette masse qui est perdue lorsque la neige et la glace fondent et lorsque des icebergs se détachent des principaux glaciers de sortie de la calotte glaciaire. La différence entre ces changements de masse au cours d'une année glaciologique (septembre-août) est appelée le bilan massique total de l'inlandsis groenlandais.

Tous les changements sont donnés par rapport à avril 2002.

Sur la base de ces données, on constate qu'au cours de la période 2003-2011, l'inlandsis groenlandais a perdu 234 km3 d'eau par an, ce qui correspond à une contribution annuelle à l'augmentation moyenne du niveau de la mer de 0,65 mm (Barletta et al. (2013).


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Arctic Data archive system (ADS)

ads.nipr.ac.jp/vishop/#/extent

Evolution de l'étendue de la banquise arctique.

Evolution de l'étendue de la banquise antarctique.

Evolution globale des deux banquises arctique et antarctique.

Voir également


Historique des Climactualités (l'Arctique est mentionné en premier ; en bleu les valeurs minimalesen jaune les maximales ; la valeur entre parenthèses est la variation par rapport à l'année précédente)

Valeurs en millions de km².

Moyenne des années 1980 à la même date : 15,26 + 4,96 = 20,23 (+1,92)

Mars 2024 : 14,12 + 4,19 = 18,31 (+0,57)
Février 2024 : 14,25 + 2,43 = 16,68 (+0,67)
Janvier 2024 : 13,56 + 2,63 = 16,19 (+0,55)
Décembre 2023 : 12,49 + 6,71 = 19,20 (+1,67)
Novembre 2023 : 10,01 + 12,38 = 22,39 (-1,04)
Octobre 2023 : 8,14 + 15,67 =23,81 (-0,98)
Septembre 2023 : 4,46 + 16,78 = 21,24 (-1,73)
Août 2023 : 4,56 + 16,37 = 20,93 (-1,64)
Juillet 2023 : 6,78 + 14,60 = 21,38 (-1,24)
Juin 2023 : 9,34 + 12,02 = 21,36 (-1,32)
Mai 2023 : 11,29 + 9,70 = 20,99 (-1,09)
Avril 2023 : 12,87 + 6,72 = 19,59 (-0,75)
Mars 2023 : 13,71 + 4,02 = 17,74 (-0,21)
Février 2023 : 13,97 + 2,04 = 16,01 (-0,30)
Janvier 2023 : 13,13 + 2,51 = 15,64 (-1,05)
Décembre 2022 : 12,13 + 5,41 = 17,53 (-1,29)
Novembre 2022 : 10,19 + 13,24 = 23,43 (-0,84)
Octobre 2022 : 8,10 + 16,69 = 24,79 (-0,15)
Septembre 2022 : 5,01 + 17,97 = 22,97 (-0,11)
Août 2022 : 5,06 + 17,51 = 22,57 (-1,05)
Juillet 2022 : 6,74 + 15,88 = 22,62 (-1,15)
Juin 2022 : 9,32 + 13,36 = 22,68 (-1,22)
Mai 2022 : 11,60 + 10,49 = 22,08 (-0,87)
Avril 2022 : 12,84 + 7,50 = 20,34 (-0,96)
Mars 2022 : 13,79 + 4,16 = 17,95 (-1,20)
Février 2022 : 14,14 + 2,17 = 16,31 (-0,44)
Janvier 2022 : 13,70 + 3,00 = 16,69 (-0,23)
Décembre 2021 : 12,50 + 6,32 = 18,82 (-0,32)
Novembre 2021 : 10,79 + 13,48 = 24,27 (+0,37)
Octobre 2021 : 7,97 + 16,98 = 24,94 (+0,99)
Septembre 2021 : 5,04 + 18,04 = 23,08 (+0,20)
Août 2021 : 5,05 + 18,57 = 23,62 (+1,14)
Juillet 2021 : 6,38 + 17,39 = 23,77 (+1,48)
Juin 2021 : 9,09 + 14,81 = 23,90 (+0,33) 
Mai 2021 : 11,29 + 11,66 = 22,95 (+0,54)
Avril 2021 : 12,82 + 8,48 = 21,3 (+0,78)
Mars 2021 : 13,62 + 5,53 = 19,15 (+0,65)
Février 2021 : 13,73 + 3,02 = 16,75 (-0,35)
Janvier 2021 : 13,43 + 3,50 = 16,92 (-0,13)
Décembre 2020 : 12,07 + 7,07 = 19,14 (+0,23)
Novembre 2020 : 9,71 + 14,19 = 23,90 (+0,77)
Octobre 2020 : 6,02 + 17,94 = 23,95 (-0,33)
Septembre 2020 : 4,08 + 18,81 = 22,88 (+0,22)
Août 2020 : 4,06 + 18,43 = 22,48 (+0,26)
Juillet 2020 : 5,78 + 16,51 = 22,29 (-0,17)
Juin 2020 : 9,18 + 14,39 = 23,57 (+0,80)
Mai 2020 : 10,83 + 11,58 = 22,41 (+1,35)
Avril 2020 : 12,60 + 7,92 = 20,52 (+1,30)
Mars 2020 : 13,56 + 4,94 = 18,50 (+0,94)
Février 2020 : 14,30 + 2,81 = 17,10 (+0,64)
Janvier 2020 : 13,63 + 3,42 = 17,05 (+0,56)
Décembre 2019 : 12,26 + 6,65 = 18,91 (+0,99)
Novembre 2019 : 9,85 + 13,27 = 23,13 (-0,67)
Octobre 2019 : 7,06 + 17,21 = 24,28 (+0,01)
Septembre 2019 : 4,31 + 18,35 = 22,66 (-0,03)
Août 2019 : 4,34 + 17,89 = 22,23 (-0,27)
Juillet 2019 : 6,08 + 16,39 = 22,46 (-0,65)
Juin 2019 : 9,09 + 13,68 = 22,77 (-1,01)
Mai 2019 : 10,88 + 10,18 = 21,06 (-0,61)
Avril 2019 : 12,56 + 6,66 = 19,22 (+1,07)
Mars 2019 : 13,73 + 3,83 = 17,56 (+0,19)
Février 2019 : 14,02 + 2,44 = 16,46 (+0,47)
Janvier 2019 : 13,48 + 3,01 = 16,49 (+0,35)
Décembre 2018 : 11,85 + 6,07 = 17,92 (-0,97)
Novembre 2018 : 10,54 + 13,26 = 23,8 (+0,48)
Octobre 2018 : 7,18 + 17,09 = 24,27 (-0,82)
Septembre 2018 : 4,68 + 18,01 = 22,69
Août 2018 : 4,8 + 17,7 = 22,5
Juillet 2018 : 6.67 + 16.44 = 23.11
Juin 2018 : 9.19 + 14.59 = 23.78
Mai 2018 : 11.02 + 10.65 = 21.67
Avril 2018 : 12.82 + 6.33 = 18.15
Mars 2018 : 13.87 + 3.50 = 17.37
Février 2018 : 13.68 + 2.31 = 15.99
Janvier 2018 : 12.68 + 3.46 = 16.14
Décembre 2017 : 11.76 + 7.13 = 18.89
Novembre 2017 : 10.07 + 13.25 = 23.32
Octobre 2017 : 7.82 + 17.27 = 25.09
Septembre 2017 : pas de stats


mercredi 13 mars 2024

Les sanctions contre la Russie marchent, c'est bien pour cela que les Russes demandent à ce qu'elles soient levées !

 Il est de bon ton de se moquer de Bruno Lemaire qui avait affirmé, en mars 2022, peu de temps après l'agression russe en Ukraine, « Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ».

Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'un Jacques Sapir, dans Valeurs Actuelles, déclare « L'erreur de Bruno Le Maire restera dans les annales » ?

Qu'y a-t-il de surprenant à ce qu'un clown comme Olivier Delamarche twitte « La seule véritable sanction qui pourrait provoquer l’effondrement de l’économie russe serait de t’envoyer comme ministre de l’économie là-bas » ?

En fait Bruno Lemaire a eu parfaitement raison, l'économie russe est en train de s'effondrer, mais il aurait dû être plus précis et ajouter que cela prendrait « un certain temps ».

On ne peut en effet que constater que jusqu'à présent la Russie arrive à tenir le coup, mais à quel prix !

Certes son PIB se porte plutôt bien, en apparence, puisque son taux de croissance aurait été de 2,2% en 2023, mais après une chute de -2,1% en 2022 !

Russie : taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) réel de 2014 à 2023, avec des estimations jusqu'en 2028 (source Statista)

Ce PIB aurait même progressé de 4,9% au deuxième trimestre 2023 sur un an d'après les Echos.

Il faut cependant rajouter que la Russie est entrée en économie de guerre, ce qui signifie que l'essentiel de sa production est destiné à partir en fumée dans le conflit avec l'Ukraine. Les Russes, eux, devront attendre, encore une fois « un certain temps », avant de cueillir les fruits d'un arbre en plutôt mauvais état.

Alors on peut gober le narratif du Kremlin, en écoutant par exemple en boucle un Xavier Moreau qui vous affirme sérieusement que la Russie a déjà gagné la guerre et que bien entendu son économie se porte comme un charme, mais on peut aussi essayer d'entendre un autre discours avec des arguments bien étayés, comme par exemple dans l'article On Russia Sanctions, European Populists Parrot the Kremlin's False Claims, chez foreignpolicy.com dont je vous offre la traduction.

Evidemment il va sans dire que les sanctions ne peuvent marcher que si elles sont maintenues autant de temps que nécessaire, c'est-à-dire jusqu'à la défaite pure et simple non pas de la Russie mais du régime mis en place par Vladimir Poutine. C'est pour cela qu'une élection de Donald Trump en novembre prochain pourrait éventuellement ficher tout en l'air...

L'Histoire jugera, et elle risque de ne pas être tendre envers ceux qui auraient permis au boucher du Kremlin de se sortir du mauvais pas dans lequel il s'est lui-même fourré.


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Les affirmations selon lesquelles les sanctions nuisent davantage à l'Europe qu'à la Russie sont erronées

Le Kremlin et ses amis occidentaux colportent un faux récit.

Par chroniqueuse à Foreign Policy et chargée de mission sur la géoéconomie au Conseil européen des relations étrangères.

La dirigeante française d'extrême droite Marine Le Pen rencontre le président russe Vladimir Poutine au Kremlin, à Moscou, le 24 mars 2017. MIKHAIL KLIMENTYEV/SPUTNIK/AFP VIA GETTY IMAGES


11 MARS 2024, 14H08


Étant donné que de nombreux partis populistes européens ont des penchants favorables à la Russie, il n'est peut-être pas surprenant qu'ils aiment souvent répéter les points de vue du Kremlin. Ces jours-ci, cela inclut l'appel à la levée des sanctions occidentales contre Moscou, comme l'ont demandé de nombreux partis européens allant de l'extrême droite à l'extrême gauche.

Le discours habituel qui sous-tend la demande de levée des sanctions contre Moscou est basique : le Rassemblement national français, l'Alternative pour l'Allemagne et le Premier ministre hongrois Viktor Orban affirment tous que les sanctions se sont retournées contre eux, nuisant aux économies européennes sans faire de mal à Moscou. Les partis populistes de l'Union européenne se préparant aux élections du Parlement européen en juin, ces discours ne feront que gagner en importance. Il est donc grand temps de démystifier ces affirmations erronées.

Le discours le plus populaire des politiciens favorables à la Russie est que les sanctions ruinent les entreprises et les consommateurs européens. L'affirmation la plus répandue, à savoir que les sanctions ont entraîné une hausse des prix de l'énergie (et de l'inflation) en Europe, est la plus facile à réfuter : C'est l'attaque de la Russie contre l'Ukraine et le chantage au gaz contre l'Europe qui ont déclenché la flambée des prix mondiaux des hydrocarbures au début de l'année 2022. Les pays occidentaux n'ont commencé à imposer des sanctions sur les exportations d'énergie de la Russie qu'en novembre de cette année-là, alors que les prix du pétrole et du gaz étaient déjà en recul.

Un autre argument consiste à dire que les sanctions pénalisent les entreprises européennes tournées vers l'exportation, qui ont perdu l'accès au marché russe. Toutefois, la réalité est probablement plus bénigne : La Russie n'a jamais été un marché important pour les entreprises de l'UE, les entreprises russes n'ayant acheté que 4 % des exportations de l'UE en 2021. Si l'on considère qu'environ la moitié des exportations de l'UE vers la Russie tombent sous le coup des sanctions, cela signifie que seulement 2 % des exportations de l'UE sont affectées, ce qui n'est pas un chiffre décisif.

Les données nationales du Centre d'études prospectives et d'informations internationales, un centre de recherche français, confirment cette évaluation. Elles montrent que l'impact des sanctions contre la Russie sur l'économie française est presque négligeable, avec seulement 0,8 % des exportations françaises, soit environ 4 milliards d'euros (4,4 milliards de dollars). À titre de comparaison, cela représente environ 0,1 % du PIB français. L'étude ne porte que sur la France, mais ces résultats ne seraient probablement pas radicalement différents dans d'autres économies de l'UE. Avec les entreprises allemandes, les entreprises françaises font partie de celles qui, en Europe, ont les liens les plus étroits avec la Russie. Cela laisse supposer que les entreprises de nombreux autres pays européens sont encore moins touchées.

Une autre version de l'affirmation favorable au Kremlin selon laquelle les sanctions écrasent les économies européennes repose sur l'idée que les entreprises européennes ont été forcées d'abandonner leurs investissements en Russie à cause des sanctions. Le Financial Times, par exemple, a calculé qu'entre le début de l'invasion totale de l'Ukraine et août 2023, les entreprises européennes ont enregistré des pertes d'environ 100 milliards d'euros (109,4 milliards de dollars) dans leurs activités en Russie.

Ce chiffre est peut-être exact, mais l'idée qu'il a beaucoup à voir avec les sanctions ne résiste pas à l'examen. À ce stade, les sanctions n'empêchent pas les entreprises européennes de faire des affaires en Russie, sauf dans certains secteurs spécifiques, comme la défense. Les pertes subies par les entreprises européennes en Russie ont deux autres causes. La première est que de nombreuses entreprises ont choisi de se retirer - par crainte des risques de réputation ou parce qu'elles ne veulent pas payer d'impôts russes et contribuer ainsi à la guerre de Moscou.

La deuxième cause de pertes est la multiplication des saisies d'actifs, le Kremlin obligeant de nombreuses entreprises européennes à vendre leurs actifs à un prix inférieur à leur valeur, parfois pour un seul rouble. En d'autres termes, même dans un monde hypothétique sans sanctions, les entreprises européennes qui ont parié sur le marché russe seraient aujourd'hui confrontées à des pertes considérables. Bien entendu, le Kremlin affirme que les expropriations ne sont qu'un moyen de rétorsion contre les sanctions. Cette argumentation ne fait que s'ajouter à la longue liste des affirmations bidon de Moscou, qui ne cherche qu'à se défendre contre l'agression occidentale.

Un autre argument que les politiciens populistes européens aiment colporter est que les sanctions européennes sur l'énergie russe ne sont pas seulement coûteuses - une affirmation fausse, comme nous l'avons vu - mais aussi inutiles. Il existe plusieurs versions de ce mythe, mais la plus populaire est que l'embargo pétrolier de l'UE et le plafonnement des prix du pétrole convenu par les pays membres du G-7 et de l'UE n'affectent pas les producteurs de pétrole russes parce qu'ils ont pu réacheminer des cargaisons de pétrole vers l'Inde.

En effet, les raffineurs indiens absorbent aujourd'hui la majeure partie des exportations de pétrole brut en provenance des ports russes de la Baltique, qui desservaient auparavant l'Europe. Ce point de vue occulte toutefois le fait que, pour Moscou, vendre du pétrole aux raffineurs indiens est beaucoup moins lucratif que de le vendre à l'Europe. Les routes maritimes vers l'Inde sont beaucoup plus longues (et donc plus coûteuses) que celles vers l'Europe. En outre, les acheteurs indiens sont capables de faire des affaires : Ils estiment qu'ils rendent service au Kremlin en compensant la perte du marché européen et ont donc droit à de fortes remises sur le pétrole russe.

Une étude de la Kyiv School of Economics montre que les dommages subis par la Russie sont loin d'être négligeables. Au cours des deux dernières années, le Kremlin a perdu environ 113 milliards de dollars en recettes d'exportation de pétrole, principalement en raison de l'embargo de l'UE sur le pétrole russe. L'année dernière, lorsque l'embargo de l'UE et le plafonnement des prix du pétrole du G-7/UE sont devenus pleinement effectifs, l'excédent commercial global de la Russie a diminué de 63 % pour atteindre 118 milliards de dollars, ce qui a limité les ressources financières du Kremlin pour mener la guerre en Ukraine.

Cette année risque de ne pas être meilleure pour les exportateurs de pétrole russes : Le mois dernier, le Kremlin a annoncé que les entreprises pétrolières devraient renoncer à une partie de leurs bénéfices pour compenser la baisse des recettes d'exportation de l'État. Pour des sociétés comme la compagnie pétrolière russe Rosneft, c'est la première fois que Moscou demande aux entreprises énergétiques nationales de contribuer directement au financement de l'effort de guerre.

Au fur et à mesure que l'application des sanctions s'intensifie, l'idée que les sanctions sont inutiles perd de sa crédibilité. Depuis octobre, les États-Unis ont imposé des sanctions à 27 pétroliers qui transportaient du pétrole russe en contournant le plafond des prix du pétrole fixé par le G7 et l'UE, une mesure qui interdit à toute entreprise basée dans l'un ou l'autre bloc de faire des affaires avec ces pétroliers. Cela met en évidence un changement radical dans l'interprétation des sanctions occidentales. Jusqu'à récemment, le plafonnement des prix ne s'appliquait que lorsqu'une compagnie maritime ou d'assurance basée dans le G7 ou l'UE était impliquée dans le transport du pétrole russe. Washington interprète désormais le lien avec les compagnies occidentales de manière beaucoup plus large.

Par exemple, les pétroliers battant pavillon libérien, qui représentent une part importante de la flotte fantôme russe, sont désormais soumis au plafonnement des prix du pétrole parce que le Liberia sous-traite ses opérations de pavillon à une société basée aux États-Unis. Parallèlement, les pays occidentaux ont intensifié la pression sur les raffineurs indiens afin de les inciter à renoncer aux approvisionnements russes. Au grand dam du Kremlin, ces efforts semblent efficaces : Depuis le début de l'année, les importations indiennes de brut russe ont progressivement chuté d'environ un tiers par rapport au pic atteint en mai 2023.

L'argument des populistes selon lequel les sanctions nuisent davantage à l'Europe qu'à la Russie ne tient pas la route. En réalité, l'impact de ces mesures sur les entreprises européennes est faible, tandis que la Russie est confrontée à des vents contraires de plus en plus forts alors qu'elle tente de détourner son brut de l'Europe.

L'affirmation selon laquelle les sanctions sont coûteuses et inefficaces est facile à réfuter, mais ce discours ne semble pas près de disparaître. Alors que les hommes politiques favorables à la Russie intensifient leur campagne pour le Parlement européen et d'autres élections, on ne peut que s'attendre à ce que ces points de discussion deviennent de plus en plus fréquents dans les semaines à venir. Si les sanctions n'avaient pas d'effet sérieux sur la Russie, le Kremlin et ses alliés occidentaux ne dépenseraient probablement pas autant d'énergie pour les affaiblir.


Agathe Demarais est chroniqueuse à Foreign Policy, chargée de mission sur la géoéconomie au Conseil européen des relations extérieures et auteur de Backfire : How Sanctions Reshape the World Against U.S. Interests. Twitter : @AgatheDemarais


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dimanche 10 mars 2024

Un Arctique libre de glaces en 2035, cela me rappelle quelque chose...

 Il y a presque 6 ans déjà, en juin 2018 je prévoyais un Arctique libre de glaces en 2035.

Dans Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 ! je montrais le graphique suivant adapté par mes soins avec l'aide de Paint :

Mon extrapolation jusqu'en 2035.


Je m'étais alors basé sur le graphique tiré du site Polar Science Center disponible à cette époque :

Fig.3 Monthly Sea Ice Volume from PIOMAS for April and Sep. (source psc.apl.uw.edu


Pour information voici le même graphique tel qu'on peut le voir aujourd'hui en mars 2024 :

Fig.3 Monthly Sea Ice Volume from PIOMAS for April and Sep. (source psc.apl.uw.edu)


Alors croyez-le ou non, mais quand je me livre au même exercice aujourd'hui j'obtiens ce résultat :

Ma nouvelle extrapolation en date du 10 mars 2024.


Je sais ce que vous pensez, que mon approche est similaire à celle d'un Didier Raoult tentant désespérément de prouver que l'hydroxychloroquine serait efficace dans le traitement d'une maladie apparue récemment, mais à la différence du druide des Calanques et de la Canebière réunies j'ai de solides études qui viennent appuyer mon doux délire.

D'abord, et je l'avais relaté en août 2020 dans L'Arctique libre de glaces en 2035 ?, un article scientifique intitulé Sea ice-free Arctic during the last interglacial supports fast future loss montrait ces prévisions :

Figure 4 Sensibilité climatique à l'équilibre et année de disparition de la glace de mer en septembre pour les modèles CMIP3, CMIP5 et CMIP6. La sensibilité climatique à l'équilibre est représentée en rouge (lignes), l'année de disparition de la glace de mer en bleu (cercles). 


Dans l'article les passages suivants font référence à l'année 2035 :

The predicted year of disappearance of September sea ice under high-emissions scenarios is 2086 for HadCM3 (CMIP3/5), 2048 for HadGEM2-ES (CMIP5), and 2035 for HadGEM3 (CMIP6) (Fig. 4).

L'année prévue pour la disparition de la glace de mer de septembre dans les scénarios à fortes émissions est 2086 pour HadCM3 (CMIP3/5), 2048 pour HadGEM2-ES (CMIP5) et 2035 pour HadGEM3 (CMIP6) (Fig. 4).

The ability of the HadGEM3 model to realistically simulate the very warm LIG Arctic climate provides independent support for predictions of ice-free conditions by summer 2035.

La capacité du modèle HadGEM3 à simuler de manière réaliste le climat très chaud de l'Arctique LIG apporte un soutien indépendant aux prévisions de conditions d'absence de glace d'ici l'été 2035.


Ensuite, plus récemment, en juin 2023 j'écrivais dans L'Arctique libre de glace dans les années 2030 ? :

une étude récente, publiée dans Nature Communications pas plus tard que le 6 juin dernier, c'est-à-dire hier si je ne m'abuse, sous le titre Observationally-constrained projections of an ice-free Arctic even under a low emission scenario, vient nous dire dans ses conclusions, je cite :

Results indicate that the first sea ice-free September will occur as early as the 2030s–2050s irrespective of emission scenarios. Extended occurrences of an ice-free Arctic in the early summer months are projected later in the century under higher emissions scenarios.

Les résultats indiquent que le premier mois de septembre sans glace de mer se produira dès les années 2030-2050, quels que soient les scénarios d'émissions. Des périodes prolongées d'absence de glace dans l'Arctique au début des mois d'été sont prévues plus tard dans le siècle dans le cadre de scénarios d'émissions plus élevés.


Enfin, encore plus récemment puisque cela date...du 5 mars 2024, une étude intitulée Projections of an ice-free Arctic Ocean ose nous dire ceci :

 Consistently ice-free September conditions (frequent occurrences of an ice-free Arctic) are anticipated by mid-century (by 2035–2067), with emission trajectories determining how often and for how long the Arctic could be ice free. 

Des conditions constamment libres de glace en septembre (occurrence fréquente d'un Arctique libre de glace) sont prévues pour le milieu du siècle (vers 2035-2067), avec des trajectoires d'émissions déterminant la fréquence et la durée pendant lesquelles l'Arctique pourrait être libre de glace.

Alors oui, je sais ce que vous allez me rétorquer, il s'agit d'une fourchette allant de 2035 à 2067, on peut donc considérer qu'il est peu probable que l'Arctique soit libre de glaces en septembre 2035, tout comme l'on peut estimer qu'il est également très peu probable que cela se produise en 2067 et encore moins après cette date.

Ce dont on peut par contre être quasiment sûr et certain c'est qu'au train où vont les choses un Artique libre de glaces verra le jour avant la fin de ce siècle.

On peut même être assurés qu'à la fin de ce siècle, donc en 2100, plusieurs mois de l'année verront un Arctique libre de glaces, la seule question restant à se poser étant « combien de mois ? ».

Tout cela aura des conséquences qu'il est impossible à prévoir dans les détails mais que l'on peut quand même essayer d'imaginer.

Je vais vous donner un seul exemple.

Dans Expliquez-nous... Le passage maritime du Nord-Est sur francetvinfo on nous montre la carte suivante :

Le passage du Nord-Est (en rouge) fait gagner plus de dix jours de trajet sur la route maritime du canal de Suez (en jaune). (FRANCETV INFO)


Comprenez bien qu'un Arctique « en grande partie libre de glaces » signifiera que quasiment toute l'année, soit douze mois sur douze, l'itinéraire montré ici en rouge sera disponible aux navires chinois pour acheminer vers l'Europe toute la quincaillerie dont ils se sont faits les spécialistes et que nous sommes dans l'impossibilité de fabriquer étant donné que nous avons détruit, pour longtemps, nos outils de production et qu'en plus nous n'avons plus la main d'oeuvre qualifiée en quantités suffisantes.

La conséquence de toute cela ? C'est simple, la quasi-faillite de l'état égyptien dont les redevances tirées de l'exploitation du canal de Suez représentent environ 20% du total des recettes économiques (voir Indicateurs et conjoncture - ÉGYPTE)

Je passe sur toutes les implications liées à l'exploitation de ressources diverses (minières, touristiques, halieutiques, etc.) dont tous les acteurs régionaux voudront profiter, en premier lieu la Russie, laquelle nous a habitués à l'utilisation de la force brute pour arriver à ses fins.

Mais le réchauffement climatique ne se limite pas à la perte de la banquise arctique qui sera finalement un léger détail dans le grand chambardement prévu.

Les ours polaires ont certainement quelques soucis à se faire, mais en 2100 qui se préoccupera encore de leur sort quand d'autres enjeux seront sur la table ?

L’ours polaire face au tragique sort de la banquise (source le crapaud)