dimanche 25 août 2019

Retourne à l'école Benoit Rittaud !

Benoit Rittaud est du genre à voir, avec ses petits yeux persans, la moindre petite paille dans l'oeil de personnes qu'il continue de brocarder sur son blog avec l'aide d'un de ses ador..., pardon, l'un de ses lecteurs qui lui mâche le travail, ça donne des trucs comme Cyril Dion dans le texte, ou Dominique Bourg dans le texte, ou encore Olivier Faure dans le texte, un peu dans le même style que la vaste plaisanterie que constituait son Climathon (également appelé le climat-pour-les-cons), ce qui lui évite de parler d'un machin qu'il ne maitrise pas, à savoir le climat.

C'est bien de critiquer les gens sur un sujet dont on ne sait pas grand chose, mais c'est prendre le risque, à trop vouloir repérer les petites pailles, de ne même pas se rendre compte qu'on a soi-même une énorme poutre dans l'oeil (pour ceux qui ne connaitraient pas la parabole de la paille et de la poutre Wikipédia est votre amie)

On se souvient que Benoit Rittaud (avec ses petits yeux persans) avait enjoint à Greta de retourner sur les bancs de l'école, j'avais reporté l'affaire dans Mauvaise propagande à la mode Rittaud où l'on pouvait voir un Rittaud inhabituel mais tellement crédible dans son approche :
Benoit Rittaud, manifestement atteint de myopie, expliquant à ses élèves qu'il leur faut retourner en classe parce que la grève climat est une mauvaise idée (source mythesmanciesetmathematiques)

On se demande alors pourquoi les élèves devraient retourner en classe avec un professeur aussi mauvais que peut l'être Benoit Rittaud quand il tente quelque explication.

Il nous en donne la preuve (encore une fois, on commence à être habitués, non ?) avec ce superbe billet intitulé François Gervais interviewé par un média chilien.

Je ne sais pas ce que Gervais est allé faire au Chili, en tout cas il ne s'agit pas de la fuite de France d'un cerveau, sauf à considérer bien sûr que c'est le cerveau de Gervais qui déménage, on a plutôt l'impression d'assister à quelque chose qui ressemblerait à l'exportation de déchets toxiques dans un pays jugé sous-développé, ce qui est effectivement très gratifiant pour le peuple chilien qui est l'un des plus éduqués du continent sud-Américain.

Rittaud reprend une traduction du site algarrobodigital dans lequel on peut voir la grande maitrise de Gervais en matière de mathématiques :
El dióxido de carbono, CO2, queda muy atrás con una concentración de apenas 0,04%. Es efectivo que esta ha aumentado en 0,01% en el último siglo, en directo beneficio de la vegetación y las cosechas, siendo el CO2 su alimento tan indispensable como irremplazable. 
Le dioxyde de carbone, CO2, arrive loin derrière avec une concentration de seulement 0,04 %. Elle a certes augmenté de 0,01 % en un siècle, tout particulièrement au bénéfice de la végétation et des récoltes dont le CO2 est la nourriture aussi indispensable qu’irremplaçable.
Et après quoi le CO₂ arrive-t-il loin derrière ? Je vous le donne en mille, après la vapeur d'eau ! La même vapeur d'eau, gaz incolore, que Gervais arrive pourtant à voir s'échapper des cheminées des centrales à charbon, encore meilleur que Greta Thunberg le papi !

On passera sur l'élucubration d'un CO₂ qui serait « la nourriture aussi indispensable qu’irremplaçable » à la végétation, passant outre les autres éléments tout aussi indispensables que le CO₂ à la croissance d'un végétal, dont le moindre n'est pas l'eau, que Gervais n'est même pas capable de voir malgré le fait qu'elle soit bien visible, elle ! On lui fera remarquer au passage que les plantes en C3, qui sont les plus répandues sur la planète (95% des plantes vertes), sont également celles qui souffrent le plus...de la chaleur ! Par ailleurs seules les plantes en C4 bénéficient vraiment d'une augmentation de la température de l'air, car comme nous le précise Wikipédia :
Les plantes dites « en C4 » ont un avantage compétitif par rapport aux plantes qui réalisent la fixation du carbone « en C3 » lorsqu'elles sont soumises à la sécheresse, à la chaleur et à un faible taux d'azote N2 ou de dioxyde de carbone CO2. Lorsqu'elles sont cultivées dans le même environnement à 30 °C, les graminées en C3 perdent environ 833 molécules d'eau par molécule de CO2 fixée, tandis que celles en C4 en perdent seulement 277, ce qui leur offre un avantage dans les environnements arides1.
Et comme la température globale de la planète augmente...

Si l'on regarde attentivement la documentation sur le sujet on s'aperçoit assez vite que l'on est loin, très loin, du simpliste « CO₂ [qui serait] la nourriture aussi indispensable qu’irremplaçable [...] de la végétation » proféré par Gervais et repris comme un perroquet par Rittaud ; tous les deux feraient bien de revenir à l'école pour bosser leur cours de biologie, ils ont manifestement de grosses lacunes dans cette matière.

Mais pas que dans cette matière, en mathématique également !

En effet, je ne sais pas si vous avez remarqué mais Gervais (et donc Rittaud également qui avalise le discours de Gervais) ne sait pas effectuer correctement un calcul qu'un lycéen en troisième ou seconde, pas trop mauvais en maths, pourrait facilement résoudre ; ce calcul résulte du problème énoncé comme suit :
  • la concentration en CO₂ dans l'atmosphère terrestre était d'environ 280 ppm (parties par million) avant l'ère industrielle (grosso modo avant le 19e siècle) alors qu'elle est aujourd'hui de 410 ppm ; 
  • question : qu'elle est la variation en pourcentage de cette concentration entre le début de l'ère industrielle et aujourd'hui ?
Je vous donne gratuitement la réponse : 
  • (410 - 280) / 280 x 100 = 46,43% que nous arrondirons à 46% 
Et que nous dit Gervais sans être contredit le moins du monde par Rittaud ?
[La concentration en CO2] a certes augmenté de 0,01 % en un siècle [bla bla bla]
Non vous ne rêvez pas, il a bien dit 0,01%, c'est-à-dire quasiment 0%, soit une courbe presque horizontale dont on aurait beaucoup de mal à distinguer la faible pente !

Pensez-vous qu'un commentateur un peu plus lucide que les autres aurait fait remarquer cette grossière erreur de calcul ? Que nenni ! Même le dénommé Murps, soi-disant professeur de SVT n'a rien trouvé à redire, il se contente de régurgiter ses âneries habituelles :
Le 22 août 2019 à 23 h 08 min, Murps a dit :
« L’augmentation des températures moyennes est corrélée avec la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes »
Vos moyennes de températures ne valent pas un clou, n’ont aucune signification physique et leur traitement statistique est complètement caviardé. Le terme « phénomène climatique extrême » est trop vague, on peut y mettre ce que l’on veut.
Vous êtes dans un système de croyance.
Dans la cour de l'école où le dénommé Murps devrait revenir pour se remettre à flots il est coutume de dire « c'est celui qui dit qui l'est », et le « système de croyance » revient comme un boomerang dans la figure de celui qui l'envoie.

Je ne commenterai pas davantage le charabia de Gervais, le travail a déjà été fait (voir ici) et il est inutile de remuer le tas de merde que notre pataphysicien est allé déverser sur un blog alternatif chilien ; au fait, qui est celui qui interviewe Gervais ? C'est simple, il suffit de consulter son profil :
Nace en Santiago de Chile en diciembre de 1969. Dentro de sus exposiciones individuales destaca la del año 2000 en Canning House Gallery, Londres, Inglaterra, y las más recientes, en Argentina, en Galería María Elena Kravetz, Córdoba (julio 2009) y Galería Theo, Buenos Aires (agosto 2009). Ha participado además en una veintena de muestras colectivas, destacando las selecciones en los concursos Matisse (MNBA-1990), Proyectarte (1993-1995) y Marco Bontá (1995). Actualmente vive y trabaja en Algarrobo. Su obra se reparte en colecciones privadas de Chile, España, México, Inglaterra y USA. Ha publicado además las obras "El Centro" (teatro, 2009) y "La Doctrina de la Periferia" (novela, 2010)
Si vous ne comprenez pas l'espagnol ce n'est pas grave, le monsieur est né à Santiago du Chili et expose ses œuvres dans quelques pays essentiellement latins, bref c'est un (artiste ?) peintre (en bâtiments ?) dont voici la biographie en anglais pour ceux qui seraient vraiment intéressés par le bonhomme :
Established Chilean painter Pablo Salinas works in a sytle that transports viewers to a magical, almost surrealist, reality. [suit une liste de ses expositions]
Le peintre chilien bien établi Pablo Salinas travaille dans un style qui transporte le spectateur dans une réalité magique, presque surréaliste.
Vous avez compris maintenant ?

Une « réalité magique, presque surréaliste », il n'en fallait pas moins pour s'entretenir avec...un climatoréaliste !

Mais le plus comique réside peut-être dans un commentaire du même Pablo Salinas en réponse à un de ses lecteurs, voici ce qu'il dit en substance :
Respecto a la evidencia a la que él echa mano, esta no recibe mayores cuestionamiento por parte de sus detractores -se trata de alguien formado bajo una estricta formación científica; además, investigador de sobradamente sólida carrera de más de 50 años-.
En ce qui concerne les preuves qu'il [François Gervais] utilise, il ne reçoit pas de questionnement majeur de la part de ses détracteurs - il s'agit d'une personne ayant une formation scientifique stricte ; en outre, un chercheur avec une carrière plus que solide de plus de 50 ans.
N'appelle-t-on pas cela un argument d'autorité ? Venant de plus de quelqu'un qui n'en a absolument aucune sur le sujet ?

Tiens, en bonus je vous offre une photo du bel endormi sur son glacier en train de fondre, ce qu'il ne remarque même pas :
Pablo Salinas, réfléchissant profondément à ce que vient de lui apprendre François Gervais (source farolitoral) 

Attention Pablo au coup de soleil, ça peut endommager les neurones (mais c'est peut-être déjà trop tard) !

C'est donc en fait à cet individu que Benoit Rittaud offre une tribune sur son blog, j'avais dit un jour que son niveau baissait, mais il est quand même curieux de voir comment notre mathématimancien s'échine à vouloir s'enfoncer toujours un peu plus.


samedi 24 août 2019

Roy Spencer n'a pas mal au dos contrairement à ce que les bobologistes affirment

Roy Spencer, le célèbre télévangéliste satellitaire, nous narre ses problèmes de dos dans My Health Update (Watch Your Back, Moms) (Le point sur ma santé (Surveillez vos fesses, les mamans))

Bon okay, j'ai pris quelques libertés avec la traduction, « watch you back » se traduit surtout par « surveillez vos arrières » ou « faites gaffe », ou plus prosaïquement « surveillez votre dos » comme cela semble s'appliquer ici dans le compte-rendu météo corporelle de monsieur Spencer, quoi qu'il en soit permettez-moi de douter fortement de ses dires et allégations.

Tout d'abord disons-le carrément, comme le proclame urbi et orbi Benoit Rittaud, le mal de dos a toujours existé, par conséquent on ne voit pas ce qu'il y a d'exceptionnel dans le cas de Roy Spencer.

Et le trop méconnu praticien inhospitalier François Petit-Gervais l'a expliqué à de nombreuses reprises, c'est le soleil qui est responsable du mal de dos, et rien d'autre ! Celui-ci nous montre la parfaite corrélation entre le mal de dos et un cycle de 60 ans depuis 1880 :
La courbe du mal de dos en noir et rouge se superpose parfaitement aux cycles de 60 ans découverts par François Petit-Gervais (source ici)
Pour ceux qui s'étonneraient que des mesures par satellites puissent dénombrer les maux de dos dans le monde il suffit de savoir que Roy Spencer en est le spécialiste mondial (dixit Benoit Rittaud qui en connait un rayon de bicyclette sur le sujet) unanimement reconnu par Donald Trump, ce qui en dit suffisamment long et n'a pas besoin de davantage de développements.

Nous noterons qu'il existe depuis une vingtaine d'années une pause dans les maux de dos et certains vont même jusqu'à affirmer que ceux-ci vont décliner dans le proche avenir jusqu'à disparaitre complètement et faire place à une véritable joie de dos synonyme d'extase lombalgique due au progrès scientifique et aux centrales à charbon.

Tout cela vous parait peut-être un tantinet incohérent, mais nous parlons bien de Roy Spencer, n'est-ce pas ?



lundi 19 août 2019

L'Estagnas

Ce samedi 17 août il devait faire très beau et il a fait très beau !

Et très chaud faut-il aussi le préciser.

Je pensais que ce serait une balade « tranquille », en fait mes mollets s'en souviennent encore aujourd'hui deux jours après...

Le départ s'effectue du charmant village (si l'on daigne quitter la nationale qui mène vers l'Andorre…) de Mérens-les-Vals qui, comme son nom l'indique, se situe au carrefour de plusieurs vallées ; c'est dans celle du Nabre, au sud-est, que monte le sentier, en direction de la Porteille des Bésines que nous n'avons nullement l'intention de franchir, ni même d'atteindre.

L'objectif est le modeste (?) lac de l'Estagnas situé à 2030 mètres d'altitude, ce qui est bien assez quand on part du parking aux environs de 1070 mètres au-dessus des flots bleus, ce qui nous donne une dénivelée de mille mètres.

Voici d'ailleurs le profil GPS de la randonnée de ce jour :
Données GPS : vitesse, altitude et distance.
Données GPS : vitesse, altitude et temps.
Le GPS nous donne donc les statistiques suivantes :
  • distance : 12,9 km ;
  • temps total : 7hr 34min ;
  • temps en déplacement : 4hr 36min ;
  • temps à l'arrêt : 2hr 58min ;
  • dénivelée : entre 985 et 996 mètres.
Les vitesses sont évidemment fantaisistes la plupart du temps (vitesse maximale de 8km/h, faut pas rêver !) cependant on peut estimer la vitesse moyenne à environ 2,8km/h en ne comptant que le temps de marche, ce qui parait raisonnable surtout quand on sait que la dernière partie de l'ascension est très très raide...

Voici maintenant la carte prise sur le Google Maps de mon navigateur et non sur celui intégré à l'application ezTour d'Holux qui ne marche pas :
Points de départ et d'arrivée (source google.fr/maps)

Sur l'application voici ce que cela donne :
Application ezTour d'Holux.
Les seules choses qui marchent correctement sont donc :
  • le positionnement des photos, à condition de décaler l'horaire afin de faire correspondre photos et endroits où elles ont été prises (c'est prévu dans le menu) ;
  • les statistiques du trajet montrées plus haut.
Pour la carte que j'avais l'habitude de montrer c'est « For development purposes only » depuis que Google Maps est devenu payant en juillet 2018, ce qui est bizarre puisque Google Maps s'affiche correctement quand je le lance depuis mon navigateur Microsoft Edge comme on peut facilement le constater avec l'image juste au-dessus.

J'avais déjà envoyé une requête il y a plusieurs semaines au service support d'Holux et comme ils ne m'ont toujours pas répondu je viens d'en renvoyer une nouvelle, et je me demande si le problème ne vient pas d'eux et s'ils ne sont pas un peu embêtés pour trouver une solution...

Maintenant assez de bla bla, voici quelques photos pour vous faire saliver.

Le départ peut s'effectuer depuis le parking situé en contrebas de l'église romane ruinée de Mérens-les Vals, ce qui permet de la contempler sous tous ses angles.
 A noter qu'un autre parking existe un peu plus haut, mais les places sont limitées à une demi-douzaine de véhicules seulement.

Le sentier est tout d'abord sympa, on va vite comprendre pourquoi...

Environ un quart d'heure après le départ nous tombons sur une piscine à étages...d'eau chaude !

Mais il y a ceux qui se prélassent dans leur bain et ceux qui ne plaisantent pas.

Au-dessus de la forêt la vue vers la vallée permet d'apercevoir dans le lointain la station de ski de Bonascre.

Le saut du Nabre.

A partir de cet endroit les choses sérieuses vont vraiment commencer (photo prise en fait au retour)

Pour atteindre l'Estagnas il va falloir le mériter !

Le sentier montre presque à la verticale dans une espèce d'étroit pierrier entouré d'une dense végétation.

Vue plongeante sur la vallée du Nabre.

Un répit avant d'arriver au lac après une dernière courte montée dans les résineux.

Derrière nous des crêtes à près de 2400 mètres d'altitude (pics d'Aygue Longue et de la Girouneille)

Enfin la récompense, le petit lac de l'Estagnas, avec au-dessus la Porteille des Bésines.

Deux courageuses randonneuses s'attaquent à la Porteille avec comme objectif le refuge des Bésines sur son autre versant.

Symphonie en nuages et ciel bleu majeurs.


dimanche 18 août 2019

L'effondrement ne serait pas inéluctable, ouf on respire !

Six chercheurs se sont réunis pour écrire une tribune parue dans le monde : « Ecologie, climat : l’effondrement n’est pas inéluctable »

Parmi eux Jean Jouzel et Gaël Giraud, les seuls que je connaisse, ce qui me suffit pour m'interroger sur la pertinence d'une telle sortie destinée à rassurer le bon peuple ; en effet, si Jouzel est glaciologue et a donc de sérieuses connaissances en matière de climat, Giraud, lui, est économiste et...jésuite !

Je n'ai rien contre les jésuites et par ailleurs j'approuve tout ce que dit Giraud sur son sujet de prédilection, l'économie, mais je me demande si ses convictions religieuses n'influencent pas un peu son jugement dans les circonstances présentes...

Quant aux quatre autres que dire ? Alain Grandjean est économiste lui aussi, et polytechnicien, ce qui n'arrange pas forcément son cas ; Geneviève Ancel est nous dit-on cofondatrice des Dialogues en humanité, ce qui ne nous avance guère ; Isabelle Delannoy est « environnementaliste » et dirigeante fondatrice de DO Green - Economie symbiotique, ce qui nous fait une belle jambe ; et le dernier de la bande des six, Jacques Lecomte, est psychologue et président d’honneur de l’Association française de psychologie positive, et la psychologie positive étant par essence même l'antithèse de quelque chose de négatif on peut parfaitement comprendre que ce monsieur soit contre toute idée d'effondrement !

A noter tout de même, entre parenthèses, que certains apparentent la psychologie positive à la méthode Coué (même si les partisans positivistes s'en défendent) et qu'elle ne fait pas du tout l'unanimité dans la communauté...des chercheurs ! Elle serait une pseudo-science, rien que ça ! Bref encore un truc inventé par un Américain qui a probablement trouvé là une source de revenus non négligeables (qui n'en veut ?)

C'est pourquoi cette tribune me met mal à l'aise, car y voir Jouzel co-signer un texte doutant d'un quelconque effondrement en compagnie de gens dont on se demande comment on a pu leur attribuer le qualificatif de « chercheur » comme le fait Le Monde, il y a de quoi être...sceptique ! A ce compte-là un Benoit Rittaud aurait tout aussi bien fait l'affaire, il n'a aucune compétence particulière autre que les mathématiques, discipline dans laquelle il doit en principe de temps en temps chercher quelque chose, et comme il est certainement contre l'effondrement (l'effondrement ne passera pas par Benoit Rittaud, Benoit Rittaud lui balancera un atemi) il est la personne idoine pour apposer une croix au bas de ce genre de tribune.

Et elle nous dit quoi cette tribune ? En voici le préambule juste sous le titre de l'article :
La panique de la collapsologie est tout aussi paralysante que les doutes des climatosceptiques, affirment six chercheurs qui plaident dans une tribune au « Monde », pour une mobilisation concertée alliant militance citoyenne, décideurs politiques et entreprises.
Déjà, employer le mot « panique » et l'accoler à la collapsologie qui est, d'après Wikipédia, « l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder », est un très mauvais départ ; le Larousse définit la panique comme étant une « terreur soudaine et irraisonnée », ses synonymes étant effroi, affolement, épouvante...

Talleyrand aurait dit que tout ce qui est excessif est insignifiant, on peut donc considérer que le début de la tribune est insignifiant, ça commence plutôt mal.

Ensuite faire un parallèle entre les collapsologues et les climatosceptiques est assez malvenu, les premiers essaient d'envisager les problèmes futurs causés par notre civilisation industrielle productiviste dans laquelle la consommation débridée est considérée comme une sorte de graal, en cherchant des pistes pour justement éviter dans la mesure du possible l'effondrement civilisationnel qui pourrait en résulter, alors que les seconds ne font que nier des évidences vérifiées par la science afin de pouvoir continuer à saccager la planète tout en évitant le moindre remord (s'il n'y a pas de problème pourquoi s'en faire, telle est leur devise)

Et quelle solution dans le mode yakafokon proposeraint ces six « chercheurs » ? Rien d'autre que de « mobiliser » toute une série d'acteurs, ben voyons !

Plus bas le véritable début de la tribune ne fait pas dans la nuance :
Certes, un effondrement est possible ; mais, non, il n’est pas certain. Ses zélateurs peuvent le qualifier d’imminent, affirmer qu’il surviendra dans quelques décennies, sans toujours préciser ce dont il s’agit. En vérité, il n’y a sans doute pas un mais des effondrements partiels dont l’accumulation finirait par rendre impossible une vie humaine décente.
On est heureux qu'ils acceptent l'idée qu'un effondrement soit possible, mais affirmer qu'il n'est pas certain, sans apporter la moindre argumentation valable à l'appui (comme nous allons le voir dans un moment) et parler de « zélateurs » comme s'il s'agisait d'une secte, ce qui devrait plaire à Jared Diamond ou Pablo Servigne, tout en enfonçant des portes ouvertes avec « il n’y a sans doute pas un mais des effondrements partiels », tout cela ne fait pas très sérieux.

Et que nous mettent en avant nos six compères pour « prouver » que nous-autres Homo sapiens super développés savons tordre le cou à l'effondrement ? Ces quelques exemples à la limite du ridicule (j'en suis vraiment navré pour Jouzel) :
Or rien n’est inéluctable. Les exemples sont nombreux où des humains, conscients de situations dramatiques, agissent pour rétablir la situation et limiter les conséquences prévisibles de leurs erreurs. Le Japon de l’ère Tokugawa, au XVIIe siècle, a échappé à la déforestation de l’archipel grâce à une politique volontariste. La croissance du trou de la couche d’ozone, principal problème environnemental planétaire il y a une trentaine d’années, a été stoppée ; si nous restons vigilants, ce problème devrait être résolu vers 2060. Le Rhin, gigantesque égout à ciel ouvert il y a trente ans, est aujourd’hui dépollué de la source à l’embouchure.
On croit rêver, mais non, ils ont osé se ridiculiser en public !

En effet, mettre la déforestation qui aurait été stoppée au XVIIe siècle au Japon sur le même plan que les différentes crises actuelles qui sévissent au niveau mondial (changement climatique, surpopulation, chute de la biodiversité, risques systémiques liés à la finance mondialisée, etc.) est une vaste plaisanterie ; ce que les shoguns Tokugawas ont pu réaliser dans une société hautement hiérarchisée où le commun des mortels avait intérêt à filer droit, on voudrait donc que cela soit transposable dans notre société moderne basée avant tout sur l'égoïsme et la liberté en tout (à part quelques pays totalitaires qui de toute façon font cavalier seul et se fichent de l'état de la planète)

Et que dire de la couche d'ozone ? Si elle a été « sauvée » c'est uniquement parce qu'il existait des produits de substitution aux CFC facilement commercialisables ; imaginons un seul instant, pour la beauté de la démonstration, que les CFC aient été indispensables, c'est-à-dire qu'on n'ait eu à notre disposition absolument aucun autre produit capable de les remplacer dans nos réfrigérateurs et nos bombes aérosols, ou pour tous les autres usages pour lesquels ils étaient employés, qui peut croire un seul instant que toute l'industrie basée sur les CFC aurait simplement été rayée de la carte pour « sauver la planète » ?

Quant au dernier « argument » de notre sextuor il est dans la même veine que celui des Japonais du XVIIe siècle, si le Rhin a pu être dépollué c'est uniquement parce qu'il y avait un nombre limité d'acteurs, rien de comparable donc aux problèmes auxquels nous sommes confrontés qui sont quasiment tous étendus à l'échelle de la planète.

Je ne m'attarderai pas sur le reste de la tribune qui fait la part belle au dérèglement climatique alors qu'il n'est qu'une partie d'un tout encore plus complexe que ce que Jouzel peut apparemment imaginer, mais je ne peux m'empêcher de rigoler quand je lis ceci :
Les pouvoirs publics doivent agir avec réalisme et fermeté.
Effectivement, les pouvoirs publics peuvent agir « avec réalisme et fermeté » dans un monde...socialiste, ce gros mot que beaucoup assimilent facilement avec « communisme nord-coréen » !

Or que constatons-nous actuellement, une montée du socialisme ou bien une dérive vers le nationalisme et le repli sur soi ? Je vous laisse réfléchir un instant à la question en vous donnant quelques indices : Donald Trump, Jair Bolsonaro, Boris Johnson, Mateo Salvini, Narenda Modi, Shinzō Abe...


Et pour terminer je citerai seulement la fin de la tribune, sonnant comme un avertissement :
Le temps presse.
Tout est dit.


La mère Denis avait-elle davantage de bon sens ...que Jean Jouzel ?


jeudi 15 août 2019

C'est peut-être encore pire que ce que l'on pensait

Si l'on en croit certains les scientifiques dont les études sont résumées dans les rapports du GIEC seraient catastrophistes, en fait quand on regarde un peu l'évolution des informations sur le sujet du changement climatique on s'aperçoit que c'est la prudence qui prédomine chez la plupart des chercheurs, et au fur et à mesure que le temps passe les nouvelles études viennent généralement non seulement confirmer ce que l'on savait déjà, mais elles nous disent aussi bien souvent que la situation est un peu plus délicate (pour ne pas dire pire) que ce que l'on pensait.

Ainsi en ce qui concerne les glaces de nos hautes latitudes (aujourd'hui il ne sera pas question des glaciers alpins), tant au nord qu'au sud, les dernières nouvelles ne sont pas franchement rassurantes.


L'Arctique libre de glaces en septembre, mais en quelle année ?


Une climatologue américaine, Julienne Stroeve, au palmarès édifiant qui force le respect et incline à écouter ce qu'elle a à dire, se pose la question suivante : When Will All the Ice in the Arctic Be Gone? (Quand toute la glace de l'Arctique aura-t-elle disparu ?)

Cette scientifique a déjà publié en 2016 un papier intitulé Observed Arctic sea-ice loss directly follows anthropogenic CO2 emission (La perte de glace de mer observée dans l'Arctique suit directement les émissions anthropiques de CO2) dans lequel elle explique qu'il existe une corrélation étroite entre la hausse du taux de CO₂ (forcément anthropique puisque la nature équilibre les puits et les sources sur le long terme) et la baisse de l'étendue de la surface de la banquise en Arctique, ce que l'on peut observer avec ce double graphique :
Fig. 1 Relationship between September Arctic sea-ice area and cumulative anthropogenic CO2 emissions.

Dans le cadre A la ligne bleue épaisse représente la moyenne sur 30 ans de la banquise observée en septembre (au moment où elle est à son minimum), quant aux fines lignes rouges elles correspondent aux moyennes sur 30 ans des modèles CMIP5 ; les ronds bleus sont les valeurs annuelles observées en septembre de chaque année de 1953 à 1978, et les losanges bleus les valeurs annuelles observées en septembre de chaque année de 1979 à 2015.

Plusieurs constations me viennent à l'esprit à la vue de ce graphique du cadre A (je ne pige pas trop le cadre B qui ne concerne que les simulations, donc je ne vais pas en parler) :
  • les modèles sont très variables, certains sont nettement trop « optimistes », quelques uns sont plus « pessimistes », mais le gros de la troupe représente assez bien ce qui a été observé ;
  • les valeurs correspondant à la période 1953-1978 sont situées dans le haut, celles de la période 1979-2015 dans le bas, ce qui montre bien dans quel sens va l'évolution ;
  • tant les modèles que les observations arrivent à la conclusion qu'émissions de CO₂ et extension de la banquise sont intimement liées : plus le CO₂ s'accumule dans l'atmosphère suite aux émissions, et plus la banquise se rétrécit.
L'étude restait cependant très vague quant à la date à laquelle l'Arctique deviendrait libre de glaces en septembre :
Arctic sea ice is disappearing rapidly, leading to predictions of an ice-free summer in the near future.
La glace de mer de l'Arctique disparaît rapidement, ce qui laisse présager un été sans glace dans un avenir rapproché.
Un « avenir rapproché », on n'en saura pas plus, cependant on apprend que les modèles ont plutôt tendance à sous-estimer la fonte des glaces :
The observed linear relationship implies a sustained loss of 3 ± 0.3 square meters of September sea-ice area per metric ton of CO₂ emission. On the basis of this sensitivity, Arctic sea ice will be lost throughout September for an additional 1000 gigatons of CO₂ emissions. Most models show a lower sensitivity, which is possibly linked to an underestimation of the modeled increase in incoming longwave radiation and of the modeled transient climate response.
La relation linéaire observée implique une perte soutenue de 3 ± 0,3 mètre carré de surface de glace de mer en septembre par tonne métrique d'émission de CO₂. Sur la base de cette sensibilité, la glace de mer arctique sera perdue tout au long du mois de septembre pour 1000 gigatonnes supplémentaires d'émissions de CO₂. La plupart des modèles montrent une sensibilité plus faible, qui est peut-être liée à une sous-estimation de l'augmentation modélisée du rayonnement à ondes longues entrant et de la réponse modélisée du climat transitoire.
Les modèles sont ce qu'ils sont, ils sont tous dans l'erreur, ce qui est normal car aucun modèle ne peut prévoir exactement ce qui va se passer, cependant ils s'avèrent quand même utiles bien que certains, de toute évidence, sous-estiment les conséquences de nos émissions (d'autres les surestiment, mais ils sont moins nombreux)

Alors que nous apprend Julienne Stroeve dans son récent article publié le 14 août dernier dans Scientific American ?

Tout d'abord elle nous confirme bien que la perte de glace de la banquise est non seulement en accélération mais qu'elle est aussi plus importante que ce que les modèles avaient prédit :
Several recent reports have detailed the accelerated loss of summer sea-ice cover in the Arctic. In addition, the observed ice loss is generally happening faster than climate models have forecasted. 
Plusieurs rapports récents ont décrit en détail la perte accélérée de la couverture de glace de mer en été dans l'Arctique. De plus, la perte de glace observée se produit généralement plus rapidement que ne l'avaient prévu les modèles climatiques.
Mais ce qui est plus étonnant c'est la fourchette donnée par ces différents modèles :
we see a large spread in climate model simulations, with ice-free September conditions already happening in 2020 in some simulations but not until well beyond 2100 in others.
nous constatons une grande dispersion dans les simulations des modèles climatiques, avec des conditions de septembre exemptes de glace déjà en 2020 dans certaines simulations, mais pas bien au-delà de 2100 dans d'autres.
Soit un écart de 80 et quelques années entre modèles !

Cependant la climatologue nous avertit qu'en fait il ne s'agit pas simplement d'une question de temps, mais plutôt de variabilité naturelle du climat et de réchauffement causé par nos émissions anthropiques de CO₂ ; son hypothèse personnelle est que nous pourrions expérimenter un Arctique libre de glaces en septembre dans les 20-25 prochaines années, soit entre 2040 et 2045 grosso modo, quand nous aurons ajouté environ 800 milliards de tonnes métriques de CO₂ dans l'atmosphère.

Et ce n'est pas tout, car avec 1 800 milliards de tonnes supplémentaires l'Arctique sera probablement libre de glaces de juillet à octobre, soit pendant 3-4 mois de l'année (elle cite son étude de 2017)

Mais elle rêve quand elle écrit :
Sea-ice loss is not irreversible. So it is time to reframe our question and discuss ways in which we can limit the amount of additional CO₂ in the atmosphere in order to preserve summer ice cover in the Arctic. And perhaps more importantly, we must ask how much more sea ice we are willing to lose.
La perte de glace de mer n'est pas irréversible. Il est donc temps de recadrer notre question et de discuter des moyens de limiter la quantité de CO₂ supplémentaire dans l'atmosphère afin de préserver la couverture de glace estivale dans l'Arctique. Et peut-être plus important encore, nous devons nous demander combien de glace de mer de plus nous sommes prêts à perdre.
Evidemment cela ne se passera pas comme cela, personne ne se demandera « combien suis-je prêt à perdre de banquise arctique ? », les mêmes usual suspects n'ont que faire de la banquise qui fond, elle leur offre d'immenses opportunités (forages divers et nouvelles routes commerciales et touristiques, entre autres) et comme ils ont de l'argent et peuvent contrôler les politiques (en finançant leurs campagnes et en mettant leurs pions aux endroits clés comme le font si bien les Américains avec l'administration Trump) ils auront toujours une longueur d'avance sur les Greta Thunberg de la planète.

Pour terminer disons que ce qui est important concernant l'Arctique ce n'est pas tellement la surface perdue, mais surtout le volume de glace qui est lui beaucoup plus parlant et significatif :
Credit: Amanda Montañez; Source: Piomas Monthly Ice Volume Data, 1979–Present, Polar Science Center, University of Washington

Si le volume à fin septembre a légèrement augmenté entre 2010 et 2018, par contre celui d'avril est en constante diminution ; devinez ce que les climato-irréalistes retiendront d'un tel graphique.

Pour rappel (juste au cas où) j'avais prédit un Arctique libre de glaces en septembre...2035 ! Nous verrons bien si ma boule de cristal fait mieux que l'approche scientifique de Julienne Stroeve.


L'Antarctique fond de plus en plus vite lui aussi


Après Julienne Stroeve, au tour d'Eric Steig, un glaciologue lui-aussi bien placé au box office des scientifiques bossant sur le climat, qui se fend d'un article dans Real Climate intitulé The Antarctic ice sheet is melting and, yeah, it’s probably our fault. (La calotte glaciaire de l'Antarctique fond et, oui, c'est probablement notre faute)

Attention ! Alors que Julienne Stroeve nous parlait de la banquise arctique, c'est-à-dire de la glace d'eau de mer, Eric Steig, lui, nous entretient de la calotte de glace qui couvre le continent antarctique, ce n'est donc pas du tout la même chose, non seulement nous changeons de pôle en passant du Nord au Sud, mais nous changeons aussi de sujet, même si les deux sont liés par un réchauffement climatique commun.

Pour résumer succinctement à l'attention des retardataires qui seraient comme une poule qui découvre soudainement un couteau, il faut préciser que la fonte d'une banquise (qu'elle soit au nord ou au sud) n'entraine pas de hausse du niveau des mers (ou alors de manière indirecte et négligeable par le biais d'un réchauffement accru de l'eau ainsi libérée des glaces ce qui entraine sa dilatation et donc une certaine élévation) tandis que la fonte d'une calotte glaciaire, que ce soit au Groenland ou en Antarctique, va de facto rajouter de l'eau et donc faire monter le niveau des océans dans des proportions significatives.

Revenons à Eric Steig, qui vient de publier avec quatre autres chercheurs un papier intitulé West Antarctic ice loss influenced by internal climate variability and anthropogenic forcing (Perte de glace dans l'Antarctique occidental influencée par la variabilité du climat interne et le forçage anthropique) ; le papier est également disponible ici mais en payant pour lire plus que le résumé, et je me demande si Steig a ainsi le droit de diffuser gratuitement son article alors que cet article est payant chez l'éditeur PNAS...

Quoi qu'il en soit Steig tient à donner quelques informations de première main en complément de son étude afin de désamorcer d'éventuelles erreurs de transmissions dans les médias généraux (ou dans certains blogs qui ne manqueront pas de le dénigrer en déformant ce qui est écrit, ce à quoi nous commençons maintenant à être habitués)

Il nous dit notamment que
The key finding is that we now have evidence that the increasing loss of ice from the West Antarctic Ice Sheet is a result of human activities — rising greenhouse gas concentrations in particular.
La principale conclusion est que nous avons maintenant la preuve (ou de sérieux indices) que la perte croissante de glace de l'inlandsis de l'Antarctique occidental est le résultat des activités humaines, en particulier l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre.
Et cela nous rappelle étrangement les conclusions...de Julienne Stroeve !

Alors pourquoi avoir attendu autant de temps pour avoir finalement aujourd'hui la confirmation d'une corrélation entre activités humaines et pertes de glaces ?

En fait les scientifiques se doutent depuis fort longtemps qu'il y a un lien entre les deux, et Eric Steig cite Richard Alley qui aurait dit récemment à un journaliste de National Geographic :
It has been hard to imagine that the ice sat around happily for millennia and then decided to retreat naturally just as humans started perturbing the system, but the evidence for forcing by natural variability was strong.
Il est difficile d'imaginer que la glace soit restée assise joyeusement pendant des millénaires, puis qu'elle ait décidé de se retirer naturellement au moment où les humains ont commencé à perturber le système, mais les preuves du forçage par la variabilité naturelle étaient solides.
Eh oui, comme déjà dit dès le début de ce billet, les scientifiques sont prudents par nature (sic) et jusqu'à il y a peu « les preuves du forçage par la variabilité naturelle étaient solides », même si le mot anglais « evidence » peut très bien se traduire par autre chose que par « preuve », par exemple on peut aussi dire « indice », « signe » ou « témoignage », ce qui relativise tout de suite la phrase de Richard Alley !

Eric Steig nous précise même que les « opinions » des scientifiques sur la responsabilité humaine dans les pertes de glaces en Antarctique étaient de 50/50, alors que pour le Groenland il y a depuis longtemps un large consensus sur la question (dans le sens bien évidemment d'une responsabilité humaine)

Pour résumer (c'est Steig lui-même qui résume)
In short, glacier melt in West Antarctica has increased because more Circumpolar Deep Water (which is relatively warm) is getting from the ocean surrounding Antarctica onto the Antarctic continental shelf and reaching the floating ice shelves of the large outlet glaciers that drain the West Antarctic ice sheet into the ocean. 
En bref, la fonte des glaciers dans l'Antarctique occidental a augmenté parce que davantage d'eaux profondes circumpolaires (qui sont relativement chaudes) s'écoulent de l'océan entourant l'Antarctique vers le plateau continental antarctique et atteignent les plateformes de glace flottantes des grands glaciers qui drainent l'inlandsis ouest antarctique dans l'océan.
Il ajoute plus loin que si le phénomène ENSO a son importance sur le processus de fonte, il ne fait que se superposer à une influence à plus long terme :
What we argue, in brief, is that although ENSO does indeed dominate the wind variability in the Amundsen Sea on timescales from interannual to multi-decadal, there is also a longer-term trend in the winds, on which the ENSO-related variability is superimposed.
En résumé, nous soutenons que, bien que l'ENSO domine effectivement la variabilité des vents dans la mer d'Amundsen sur des échelles de temps allant de l'interannuel à plusieurs décennies, il existe également une tendance à plus long terme dans les vents, à laquelle se superpose la variabilité liée à ENSO.
Pour bien comprendre que la variabilité naturelle due à ENSO (i.e. El Niño/La Niña) existe bien sur une échelle de quelques années mais qu'à plus long terme il y a bien une tendance lourde qui se superpose et prend le dessus, Steig nous montre ce graphique tiré de son étude (figure 3a) :
Figure 1. Zonal wind speed (positive = westerly, negative = easterly) over the continental shelf edge in the Amundsen Sea, Antarctica, since 1920. Observations (ERA-interim data) are in blue. Model results in black (average) and gray (individual ensemble members) are from the tropical pacemaker (PACE) experiments with the CESM climate model, from Schneider and Deser (2017). The dashed line shows the average trend. From Holland et al., 2019.

Les hauts et les bas représentent la variabilité naturelle due à ENSO, mais la ligne noire ascendante en pointillés montre la tendance longue, allant d'une majorité de vents d'est au début de la période considérée, vers une majorité de vents d'ouest à partir des années 1980, quelque chose que la variabilité naturelle du climat peut très difficilement expliquer.

On pourrait penser que le trou dans la couche d'ozone a quelque chose à voir là-dedans, mais non, ou si peu :
The trend in the winds is small, and easily lost within the variability of individual model ensemble members, but it is robust (it occurs in all the ensemble members) and statistically significant. Moreover, we know its cause (at least in the model experiments): radiative forcing. Although these experiments also include radiative forcing changes resulting from the ozone hole, it’s clear that the trend in the winds begins well before ozone depletion begins in 1970s. Thus, the key forcing is greenhouse gases.
La tendance des vents est faible et facilement perdue à l'intérieur de la variabilité des membres individuels de l'ensemble du modèle, mais elle est robuste (elle se produit chez tous les membres de l'ensemble) et statistiquement significative. De plus, nous connaissons sa cause (du moins dans les expériences des modèles) : le forçage radiatif. Bien que ces expériences comprennent également des changements de forçage radiatif résultant du trou dans la couche d'ozone, il est clair que la tendance des vents commence bien avant que l'appauvrissement de la couche d'ozone ne commence dans les années 1970. Ainsi, les gaz à effet de serre sont le principal facteur de forçage.
Cependant Eric Steig tient a donner quelques mises en garde concernant les conclusions de l'étude, dont celle-ci qui n'est pas la moins importante :
we are far from proving that the ongoing ice loss from Antarctica can be attributed to human-induced climate change.
nous sommes loin de prouver que la perte continue de glace en Antarctique peut être attribuée au changement climatique induit par l'homme.
Prouver en italiques, car il ne s'agit ici que d'indices s'ajoutant à d'autres indices, et la période satellitaire étant relativement courte elle est forcément « polluée » par la forte variabilité décennale due à ENSO :
As we say in the paper, “Decadal internal variability therefore dominates ice-sheet and ocean variability during the modern observational era (since 1979), and will continue to dominate observations for decades to come.” We are not likely to find the smoking gun any time soon. 
Comme nous le disons dans cet article, " la variabilité interne décennale domine donc la variabilité de l'inlandsis et de l'océan pendant l'ère moderne d'observation (depuis 1979), et continuera à dominer les observations pendant des décennies à venir ". Il est peu probable que nous trouvions la preuve irréfutable dans un avenir rapproché.
Un détail pour finir, cette étude se focalise sur la partie ouest de l'Antarctique, et tout spécialement sur la côte qui fait face à la mer d'Amundsen :
La mer d'Amundsen (source wikipedia)

Alors se pose la question qui tue : est-ce que tout l'Antarctique est touché par la fonte des glaces ? Et la réponse courte est : OUI !

C'est Eric Rignot (et al. le 22 janvier 2019) qui nous l'explique dans Four decades of Antarctic Ice Sheet mass balance from 1979–2017 (Quatre décennies de bilan massique de l'inlandsis antarctique de 1979 à 2017) où quelques cartes nous donnent l'information dont nous avons besoin :

Ice mass balance of Antarctica using the component method (SMB, on grounded ice minus ice discharge, D, at the grounding line) for (A) 1979–1990, (B) 1989–2000, (C) 1999–2009, and (D) 2009–2017. The size of the circle is proportional to the absolute magnitude of the anomaly in D (dD = SMB1979−2008SMB1979−2008 − D) or SMB (dSMB = SMB − SMB1979−2008SMB1979−2008). The color of the circle indicates loss in dD (dark red) or dSMB (light red) versus gain in dD (dark blue) or dSMB (light blue) in billions of tons (10121012 kg) per year. Dark color refers to dD; light color refers to dSMB. Plots show totals for Antarctica, Antarctic Peninsula, West Antarctica, and East Antarctica. Background is the total mass balance spread into the drainage basins color-coded from red (loss) to blue (gain).

Pas besoin d'être bac+30 pour comprendre, d'après ces quatre cartes qui montrent chacune une décennie, que la fonte va en s'amplifiant : quand c'est rouge ça fond, quand c'est bleu c'est le contraire.

Durant la dernière décennie étudiée seules quelques rares portions avaient encore le courage de résister à nos émissions, mais on s'aperçoit que même l'est, que l'on croyait épargné, est lui-aussi touché par le retrait des glaces ; l'an dernier, en août 2018, nous le savions déjà avec une article publié dans National Geographic qui nous avertissait :
For years, scientists thought that icy, remote East Antarctic glaciers were stable. But that may no longer be the case.
Pendant des années, les scientifiques ont cru que les lointains glaciers de l'Antarctique de l'Est étaient stables. Mais ce n'est peut-être plus le cas.


Il va falloir s'habituer à utiliser des phrases selon le modèle « Pendant des années les scientifiques ont cru que [insérer ici ce que les scientifiques ont cru pendant des années] mais ce n'est peut-être plus le cas », avant de changer la dernière partie de la phrase par « mais ce n'est plus du tout le cas ».

Ainsi va la science et la connaissance, progressant en même temps que les dénégateurs disparaissent pour cause de dernier grand voyage...vers l'oubli...