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mercredi 7 juillet 2021

Christian Gérondeau se fait dézinguer par Valérie Masson-Delmotte

 Ce dimanche 4 juillet l'émission d'« information » (prière de ne pas vous esclaffer) Les points sur les i sur CNews, présentée par un apprenti journaliste, un certain Thomas Lequertier, assisté notamment de l'immense essayiste Ivan Rioufol, donnait la parole à Christian Gérondeau dont le seul but était de toute évidence de faire la promo de son nouveau torch..., pardon bouquin, dont je ne donnerai pas le titre ici pour des raisons purement éthiques.

Nous recevons ce soir Christian Gérondeau, il dénonce la religion écologiste...

Vous comprenez maintenant pourquoi je parle d'un « apprenti journaliste » ? Si vous ajoutez à cette entame le fait qu'aucun contradicteur ne fera face à Gérondeau et que Rioufol se comportera en laudateur de l'ex-monsieur circulation des années 1970, vous aurez un tableau parfait de ce qu'est l'information à la mode CNews.

Je ne vais pas ici réfuter toutes les inepties régurgitées par Gérondeau, d'abord parce que selon la loi de Brandolini il me faudrait dépenser trop de temps et d'énergie et que le monsieur n'en vaut vraiment pas la peine, mais surtout parce que quelqu'un d'infiniment plus qualifié que moi s'y est attelé dans un fil Twitter ; en effet, Valérie Masson-Delmotte nous livre, dans Signalement effectué au @csaudiovisuel concernant une émission de télévision propageant un ensemble spectaculaire de fausses informations concernent l'état des connaissances scientifiques sur le climat, le niveau des mers, la démarche scientifique du GIEC. https://t.co/i30h28u2L1 https://t.co/8aVl9MPFV8", une démonstration de la tentative de manipulation présentée sur la chaine bolloréenne comme une vérité incontournable.

Plusieurs thèmes ont été abordés par Gérondeau, ils sont mentionnés brièvement au début par Masson-Delmotte (VMD) :

[...] ensemble spectaculaire de fausses informations concernent l'état des connaissances scientifiques sur le climat, le niveau des mers, la démarche scientifique du GIEC
Mais la scientifique se concentre sur un seul point :
Exemple spectaculaire, la figure présentée dans cette émission pour illustrer la confrontation entre l'évolution de la température observée, et les simulations réalisées il y a 20 ans. Regardez bien le point "2020" ajouté à la figure du rapport du GIEC de 2001.
Graphique montré par Gérondeau.

Il faut quand même noter ici que Gérondeau utilise ce graphique pour démontrer, d'après lui, la grande incertitude qui existerait dans la communauté scientifique au sujet de l'évolution des températures jusqu'en 2100, sans préciser qu'il s'agit de différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, mais là n'est pas le plus important.

VMD nous rappelle ceci :
Une figure similaire avait été produite par le même essayiste en 2015 (sans le coloriage bleu).
Graphique montré par Gérondeau en 2015.


VMD poursuit :
Reprenons la figure initiale de 2001, qui présentait la réponse de modèles de climat de l'époque, à différents scénarios d'émissions de gaz à effet de serre (la plage de réponse, pour chaque scénario, est à droite). Source, https://ipcc.ch/report/ar3/wg1/summary-for-policymakers/
Graphiques issus du rapport AR3 de 2001.


VMD donne ensuite la variation de la température globale telle que constatée depuis :
Quelle a été l'évolution de la température observée à la surface de la Terre depuis 20 ans? (ici, par rapport à 1850-1900) Source, https://public.wmo.int/en/our-mandate
Evolution des températures par rapport à la période préindustrielle (le zéro sur le graphique)


Vient ensuite une comparaison entre les données HadCRUT5 et les projections effectuées en 2001 :
Prenons les données HadCRUT5 (disponibles ici, https://metoffice.gov.uk/hadobs/hadcrut5/…) et comparons-les aux projections de 2001. Je montre une comparaison en prenant comme la moyenne de 21 ans centrée en 1990 (à gauche) ou seulement 1990 (à droite)
Evolution des températures par rapport à 1990.


Vient maintenant l'instant de vérité, la comparaison avec le graphique montré par Gérondeau :
Observez bien les différences avec ce qui a été projeté pendant cette émission de télévision...
A gauche le graphique de Gérondeau, à droite le bon.

La conclusion de VMD ?
Le réchauffement tel qu'il est observé, et ses multiples caractéristiques, avait été correctement anticipé depuis plus de 20 ans, et même davantage. Voir aussi : https://carbonbrief.org/analysis-how-well-have-climate-models-projected-global-warming… ou https://realclimate.org/index.php/climate-model-projections-compared-to-observations/
Mais comme VMD est bien plus sérieuse que Gérondeau, et surtout immensément plus compétente sur le sujet du climat, elle propose également de se renseigner sur les autres thèmes évoqués dans l'émission :
Pour en savoir plus sur le caractère inédit du réchauffement actuel par rapport aux connaissances en paléoclimatologie, ce fil reste d'actualité :
Depuis des décennies, les paléoclimatologues extraient des archives naturelles (sédiments de lacs, marins, coraux, anneaux d'arbres, carottes de glaces etc), développent méthodes de datation et d'analyse biologique et physico-chimique pour en extraire l'information climat (1/...)
Et sur la montée du niveau des mers et ses enjeux :
Les connaissances les plus récentes (http://ipcc.ch/report/srocc) montrent une accélération du rythme de montée du niveau des mers actuel, à 3,6 mm / an sur la période 2006-2015, du fait d'une augmentation de la perte de masse du Groenland (x2) et de l'Antarctique (x3 / 1997-2006).
Enfin, je précise que la démarche scientifique est au coeur de l'élaboration des rapports du GIEC, qui sont le fruit du travail de centaines de scientifiques, qui passent en revue les éléments des connaissances scientifiques, et de milliers de relecteurs.

Alors après tout cela on peut s'interroger en se posant la question habituelle à double entrée :
  1. est-ce que Gérondeau est un crétin qui ne sait pas s'informer correctement malgré sa formation de polytechnicien ?
  2. ou bien est-ce que Gérondeau sait parfaitement qu'il raconte des âneries et ne poursuit en fait qu'un seul but ?
Si vous choisissez la deuxième réponse, qui a légèrement ma préférence, il convient donc de déterminer quel est ce « but » que Gérondeau poursuivrait en s'exhibant sur une chaine qui n'a pas vraiment la réputation de vouloir honnêtement informer son public.

Est-ce la volonté d'« exister » encore à plus de 80 ans, Gérondeau préférant se bercer d'illusions plutôt que de moisir dans un EHPAD de province où il finirait paisiblement ses jours en écoutant du Luis Mariano en bonne compagnie ?

Parmi les 208 résidents, certains réclament Luis Mariano, d'autres Charles Trenet ou Johnny Hallyday.

Ou bien sont-ce de vulgaires considérations marchandes visant à faire la promotion de ses bouquins, lesquels doivent bien lui assurer un revenu permettant d'ajouter un peu de beurre dans ses épinards ?

Probablement un peu des deux si vous voulez mon avis, cependant l'hypothèse de la connerie n'est pas non plus à écarter complètement.

Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer.


mercredi 22 novembre 2017

Quand un manipulateur dénonce la manipulation

Il faut le voir pour le croire, mais il a osé.

Benoit Rittaud a osé publier sur son blog un billet écrit par son copain Rémy Prud'homme, intitulé Comment 15 000 scientifiques manipulés nous manipulent.

Le plus fort c'est que sur un point (le reste j'ai pas le temps de commenter et je m'en fous à vrai dire tellement c'est du blabla) je lui donne entièrement raison !

En effet il nous montre un graphique tiré de l'appel des quelques 15000 scientifiques dont on peut trouver l'original ici sous le titre World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice.

Le graphique qui chagrine nos compères est le suivant :

Total forest, source mythesmanciesetmathematiques

Il a été tiré de cet ensemble de graphiques figurant dans l'étude incriminée :

Figure 1. source academic.oup.com

Dans la légende le sous-graphique (e) n'est bizarrement pas mentionné autrement que par le pourcentage de diminution : -2,8%.

Si je suis d'accord avec nos deux lascars pour dire que la pente de la diminution des forêts est excessive, les -2,8% ressemblant plutôt sur le graphique à quelque chose comme -200% (chute de 2 carrés pour une progression horizontale d'un seul carré), je remarque qu'il ne fait aucune allusion aux autres courbes dont certaines pourraient aussi prêter le flanc à la critique, par exemple celle sur la population qui montre une pente à 100% (ou 45° si vous préférez) ce qui est manifestement exagéré ; mais il faut dire que pour la population ça l'arrange plutôt, puisque d'après ces messieurs l'augmentation de la population est une excellente chose.

Mais il y a mieux.

Dans un autre récent billet (Nouvelle vidéo climato-réaliste) Benoit Rittaud nous faisait la réclame du livre de Christian Gérondeau, un autre de ses potes, en nous donnant le lien vers une vidéo très "parlante"...dans laquelle on peut voir notamment le graphique suivant :

Hausse des températures à la mode Christian Gérondeau.

Avec le commentaire surréaliste suivant :
  • [Si on adopte] des échelles normales et en incluant l'année 2017 les variations enregistrées depuis près d'un siècle et demi deviennent minimes [...]

Vous vous rappelez la leçon numéro 3 de mon précédent billet intitulé Apprenons avec Benoit Rittaud comment manipuler des chiffres et truquer des graphiques ? Eh bien la voici illustrée de façon admirable au cas où vous n'auriez pas compris ce que je vous avais déjà expliqué ; pour nos compères la température n'a quasiment pas évolué depuis un siècle et demi, alors pourquoi s'inquiéter, je vous le demande.

Courez donc acheter le livre de Christian Gérondeau si vous désirez ardemment vous faire enfumer (pour rester poli), c'est aux Editions du Toucon et ça ne coûte que les 20 euros dont vous ne savez pas quoi faire.


Rémy Prud'homme, lui, termine par :
  • Quelques minutes de réflexion suffisent pour montrer que tout cela nous éloigne beaucoup des pratiques scientifiques les plus élémentaires. [...] nous sommes ici davantage en présence d’une opération de lobbyistes que de savants.

Quelle lucidité de sa part pour décrire admirablement le comportement de Rittaud, Gérondeau et le sien !



mardi 19 février 2019

Les clones d'Ivar Giaever

J'ai évoqué il y a quelques jours le dénommé Georges Geuskens (dans La théorie du RCA n'est pas justifiée, c'est monsieur Geuskens qui vous le dit et vous pouvez le croire (si vous êtes croyant)) qui se proposait de révolutionner la science climatique avec cette assertion sortie de son chapeau :
La théorie du réchauffement climatique d’origine anthropique basée sur l’existence d’un effet de serre n’a aucune justification ni théorique ni expérimentale.
VB précisait ceci dans son commentaire :
VB15 février 2019 à 23:39
Georges Geuskens, chimiste spécialisé dans les polymères, a accédé à l'éméritat en 1999, ce qui signifie qu'il devrait avoir aujourd'hui dans les 85 ans. J'ai parcouru son article. C'est clairement écrit par un scientifique qui s'est aventuré trop loin de son domaine d'expertise. Avec de temps en temps une petite pique à l'attention des climatologues qui n'auraient rien compris au sujet. On dirait du Jacques Henry.
Le problème comme toujours avec ce genre de billet, c'est qu'il peut être cité par des pseudo-sceptiques lambda comme références, avec le bonus que c'est écrit par un Professeur, avec plein de formules compliquées et de x et de y.
En vérité, si l'on s'« amuse » à rechercher sur Google Scholar en tapant « georges geuskens climate » on n'obtient que...48 résultats, et le seul où son nom apparait clairement dans le résumé de recherche sur la première page ne permet même pas de le retrouver dans l'article en question (si vous y arrivez écrivez-moi)

Occurrence de Georges Geuskens sur la première page de recherche sur Google Scholar.

Mais il faut dire que « certaines pages ne font pas partie de la section consultable du livre », on va donc en déduire que le sieur Geuskens n'est pas visible à moins d'acheter le bouquin dans lequel il est supposé être mentionné.

Par contre si l'on tape uniquement « georges geuskens » sans aucune autre précision on obtient un impressionnant nombre de...1010 résultats !

Et effectivement une lecture rapide nous montre que monsieur Geuskens est bien spécialisé dans les polymères comme expliqué par VB.

Je ne sais pas quel est le rapport qu'il peut y avoir entre les polymères et le climat, cependant on ne peut que remarquer que Georges Geuskens, durant sa carrière professionnelle, n'a JAMAIS publié la moindre étude concernant de près ou de loin le climat.

En cherchant un peu ce qui peut rapprocher les polymères du CO2 j'ai trouvé ce site avec le titre « Polymères CO2-Philes CO2-Phobes » qui décrit la compatibilité toute relative entre ces deux éléments ; ainsi il y a des cas où les deux vont bien ensemble et d'autres où ils se font la gueule ; on nous dit que
Les polymères CO2-philes/CO2-phobes permettent de :
  • Former des émulsions de liquides insolubles dans le CO2 dense (CO2 liquide ou CO2 supercritique)
  • Disperser des particules solides dans le CO2 dense
  • Stabiliser des latex dans le CO2 dense
  • Décontaminer/nettoyer des matrices solides ou des effluents liquides
  • Recycler des métaux nobles/critiques (métaux stratégiques)
  • Elaborer des catalyseurs supportés
Quelques domaines d'application sont ensuite mentionnés, dont l'« énergie » et l'« environnement », termes suffisamment vagues pour pouvoir éventuellement inclure une petite composante attribuable au climat.

On peut penser que monsieur Geuskens, après avoir passé sa vie à travailler sur les polymères, a dû se dire, ayant fait le tour de la question et la retraite étant arrivée, qu'il pourrait pourquoi pas passer un peu de son temps libre à causer du climat en essayant de mobiliser ses connaissances sur les polymères acquises après de nombreuses années ; et être frappé de plein fouet sans même sans apercevoir d'un magnifique syndrome de Dunning-Kruger, que l'on appelle également effet de surconfiance ou plus exactement biais cognitif de surestimation de ses compétences !

Cela rappelle notre vieil ami le prix Nobel de physique Ivar Giaever dont j'ai déjà parlé dans Ivar Giaever, ou la déchéance d'un prix Nobel qui prend les gens pour des cons ; là aussi, quand on cherche les références de Giaever concernant le climat on ne trouve rien du tout, sauf les conférences qu'il a pu donner après avoir pris sa retraite et dans lesquelles il se montre sous un jour climatosceptique.

Il faut croire que ces conférences du maitre ont eu leur petit effet, puisque sur le blog de Georges Geuskens un certain J.C Maurin, professeur agrégé de physique (excusez du peu), montre qu'il a bien appris sa leçon avec un article intitulé A propos des indicateurs de température par satellites (1/2).

Cet article est plutôt bien fait et assez agréable à lire il faut l'avouer ; les explications du début me semblent être pertinentes et aller « dans le bon sens » (à vérifier cependant, si VB veut bien s'y coller…), mais cela se gâte très sérieusement vers la fin avec ce surprenant graphique :

 Figure 4c. [3] On a utilisé pour les figures 2a, 2b, 3a, 4a et 4b une représentation sous forme « d’anomalie » en usage chez les climatologues, mais cela correspond à un fort zoom sur l’échelle verticale. Une représentation, rarement utilisée, est celle faisant apparaître l’indicateur de température sans zoom sur l’axe vertical→ Fig. 4c. Sous cette forme, la hausse +0.5K ou +0.2% ou +0.16 K/décennie est peu évidente, et on distingue à peine les phénomènes ENSO.

Etonnant, non ?

Cela ne vous rappelle pas quelque chose ?

Ben oui, Ivar Giaever qui nous avait pondu ceci :

Pour Ivar Giaever la hausse de 0,8K (ou 0,8°C) représente une augmentation de...0,3% !

Et je faisais le rapprochement avec un graphique qu'avait présenté Christian Gérondeau, autre figure du climatoscepticisme déclinant :

Hausse des températures selon Christian Gérondeau (source mythesmanciesetmathematiques)

L'idée est simple, faire apparaitre, à l'aide d'un artifice, la hausse de la température comme la plus faible possible, et si on peut la représenter sous la forme d'une ligne droite parfaitement plate pourquoi se gêner !

On remarquera toutefois que Gérondeau ne parlait pas en pourcentages et faisait démarrer son graphique quasiment au zéro degré Celsius, ce qui permettait de discerner, en regardant très attentivement, les variations de température sur la période, évidemment fortement aplaties du fait de la manipulation des données figurant sur l'axe vertical des ordonnées.

Giaever et Maurin sont, eux, bien plus malins que Gérondeau et poussent la manipulation au bout de la logique
  • en parlant en (degrés) Kelvin et non en degrés Celsius ;
  • en traduisant la hausse de température à partir de la base la plus éloignée possible qui soit.

Je m'explique.

Prenons comme exemple ce que montre Ivar Giaever, pour lui une augmentation de 0,8K représenterait donc une augmentation de « seulement » 0,3% ; le calcul est extrêmement facile à effectuer : 0,8 / 288 x 100 = 0,28% exactement que Giaever arrondit généreusement à 0,3%.

Maintenant rapprochons-nous le plus près possible du zéro absolu, le 0K, et voyons ce que représente alors la même augmentation de 0,8K ; comme la division par zéro est impossible prenons comme base de départ 0,01K et calculons donc : 0,8 / 0,01 X 100 = 8 000% !!!

Soyons plus raisonnables et partons de 10K, nous avons : 0,8 / 10 X 100 = 8%

Avec 100K comme base de départ on arrive logiquement à dix fois moins que ci-dessus : 0,8 / 100 X 100 = 0,8%

Est-il nécessaire de continuer ?

Comme on peut le constater plus nous nous éloignons de l'origine de l'échelle de grandeur utilisée (ici le Kelvin) et plus la hausse d'une même quantité absolue va apparaitre minime en pourcentage d'augmentation, on comprend donc mieux pourquoi le Kelvin a été choisi par nos deux manipulateurs expérimentés.

Ce qui est cocasse c'est que Georges Geuskens (ou JC Maurin, ou un autre, on ne sait pas trop qui se cache derrière SCE-info), dans un autre article, répond à notre ami Robert :




Dans les grandes lignes, les mesures satellitaires, en place depuis ± 1979, sont en accord avec les mesures thermométriques : un léger réchauffement de la basse atmosphère est observé. Nous ne contestons nullement ce réchauffement.
Il faut cependant faire attention à l’axe des Y sur les figures. Si vous l’étirez, comme ce qui est généralement fait par les alarmistes (exemple sur le lien que vous donnez), la hausse des températures devient très spectaculaire.












Oui, vous avez bien lu, « il faut […] faire attention à l'axe des Y sur les figures » !

On admirera également la terminologie, avec « les alarmistes » pour représenter en réalité les scientifiques dans leur immense majorité, on imagine qu'ils apprécieront le jugement de valeur qui est porté à leur encontre.

Quant à « la hausse des températures [qui] devient très spectaculaire » voyons un peu à quoi elle ressemble d'après le lien fourni par Robert :

L’OMM confirme que les quatre dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées (source OMM)























Depuis le début du 20ème siècle la température est montée d'environ 1 degré, ce que l'on peut effectivement qualifier de « spectaculaire » puisque une telle augmentation rapide n'est jamais intervenue depuis que l'homme existe sur la planète.

Le graphique présenté, qui comporte de plus les données de cinq organismes différents dont les courbes sont remarquablement cohérentes entre elles (encore un complot des Illuminati ou des Khmers verts), représente correctement la réalité avec une échelle des ordonnées parfaitement adaptée puisqu'elle embrasse la totalité des mesures observées (de -0,2 à +1,2) alors que les graphiques manipulés des sieurs Maurin et Gérondeau présentent des vides monstrueux qui n'ont pour but que d'aplatir les courbes représentées.

On notera que Giaever, tout en présentant ses explications « à la mode » de Gérondeau et Maurin, montre, lui, un graphique correct, certainement pour ne pas saper totalement le peu de crédibilité qui lui reste (sur le sujet du climat bien entendu)

Le site de Geuskens est redoutable, il a toutes les apparences du sérieux dû à un éminent professeur, mais les conclusions qu'il tire dans ses billets vont à l'encontre du bon sens et, bien sûr, du consensus sur le changement climatique.

Pas étonnant qu'il soit devenu le chouchou des skyfalleux endeuillés par la perte de leur gourou adoré ; voici quelques perles glanées récemment :

3962.  Cdt Michel e.r. | 15/02/2019 @ 4:42
rpf (#3961),
Georges Geuskens est professeur émérite de la Facultés des Sciences de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), pour moi la meilleure de Belgique (ici, libre fait référence au libre-examen, alors qu’en général on oppose l’enseignement libre à l’enseignement officiel)

AMHA, le site Science, climat et énergie devrait être repris en colonne de gauche sur la page Accueil de Skyfall. […]

3981.  MichelLN35 | 18/02/2019 @ 18:56
Merci de votre signalisation de Monsieur Geuskens, je vais discuter avec lui et lui soumettre mes réflexions sur température et thermométrie. Je pense que Pierre Beslu que vous m’avez fait connaître et avec lequel j’ai beaucoup échangé, serait aussi intéressé par les idées du Professeur Geuskens.

3982.  TL | 18/02/2019 @ 19:42
MichelLN35 (#3981)
C’est un régal de consulter les articles de ce site. Je retrouve avec émotion l’esprit de PU et la volonté de rendre accessible des données scientifiques à des non initiés.
Je suis fan et remerciez les auteurs pour la qualité de ce site.

Certains sont cependant un peu plus lucides que les autres…

3987.  volauvent | 19/02/2019 @ 10:29
[…]
Il semble que le cher professeur n’ait même pas étudié son sujet pour le réfuter.
D’autre part, il fait, comme beaucoup du « club » des tueurs de dragon, référence à un autre professer (Maurin,) pour sous entendre que l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère n’est pas d’origine humaine. Si on va sur l’article en question, on voit que F Engelbeen, avec sa patience infinie, réfute une fois encore cette élucubration.
[…]


Tout cela nous promet encore de franches rigolades !




dimanche 13 mai 2018

Ivar Giaever, ou la déchéance d'un prix Nobel qui prend les gens pour des cons

Parfois en naviguant sur le net on trouve de véritables pépites.

Ainsi je suis tombé par hasard sur cette vidéo d'une conférence tenue le 1er juillet 2015 par un certain Ivar Giaever dont j'ignorais jusqu'ici l'existence.

Il se trouve que ce monsieur a reçu, en compagnie de deux autres lauréats, le prix Nobel de physique en 1973 pour leurs travaux sur, je cite, « les phénomènes de tunnellisation dans les solides », ce qui ne semble pas avoir un quelconque rapport avec le réchauffement climatique, qu'il soit ou non d'origine humaine.

En fait si j'interroge Google Scholar avec la requête « Ivar Giaever climate » j'obtiens 167 malheureux résultats dans lesquels je n'ai pu trouver un seul papier signé ou cosigné par ce monsieur concernant le sujet du climat ; par contre j'en ai trouvé un faisant référence à Ivar Giaever en compagnie de...Christopher Monckton !
[...] there is a consistent undercurrent of doubt among the general public [...] fueled by high‐profile climate change deniers [...] Ivar Giaever [...] and Christopher Monckton [...]
Etre mis sur le même plan que Christopher Monckton ne peut pas être considéré particulièrement comme une marque de sérieux, donc...

Donc notre avis sur ce Nobel d'un autre âge est conforté à la lecture de l'article que lui consacre Desmogblog :
Le 14 septembre [2011], le célèbre physicien lauréat du prix Nobel, Ivar Giaever, a annoncé sa démission en tant que membre de l'American Physical Society (APS). La raison ? Son grief à propos de leur position sur le réchauffement de la planète, qu'ils croient, à juste titre, définitivement réel et d'origine humaine.
La méfiance envers ce scientifique est renforcée quand on voit qu'il est le bienvenu chez Fox News, le célèbre site d'informations « alternatives » (aka fake news)
Giaever a été refroidi à la déclaration sur la théorie du réchauffement par une ligne affirmant que "la preuve est incontestable".
Ainsi Ivar Giaever fait partie de ces rares scientifiques qui nient soit que le réchauffement climatique est réel, soit qu'il est causé par l'homme, soit qu'il est un danger pour les générations futures.

Mais finalement nous ne sommes plus étonné de grand chose quand nous voyons que notre Nobel a son rond de serviette au Heartland Institute...

Par ailleurs Wikipedia nous confirme que
On 13 September 2011, Giaever resigned from the American Physical Society over its official position. The APS Fellow noted: "In the APS it is ok to discuss whether the mass of the proton changes over time and how a multi-universe behaves, but the evidence of global warming is incontrovertible?"
Giaever is currently a science advisor with American conservative and libertarian think tank, The Heartland Institute.
Et nous avons d'autres indices nous permettant d'affirmer que les propos d'Ivar Giaever doivent être reçus avec la plus grande des prudences, par exemple cet article de Marc Morano dans lequel nous pouvons voir la lettre que Giaever a adressée concernant sa démission de l'APS, avec en copies des noms comme William Happer ou Fred Singer !
From:Ivar Giaever [ mailto:giaever@XXXX.com]  
Sent:Tuesday, September 13, 2011 3:42 PM 
To:kirby@aps.org 
Cc:Robert H. Austin; ‘William Happer’; ‘Larry Gould’; ‘S. Fred Singer’; Roger Cohen 
Subject:I resign from APS

Pour en revenir à la vidéo, il faut noter que ce n'était pas la première fois, en 2015, que Giaever s'exprimait lors d'une conférence « Lindau Nobel », car j'en ai trouvé au moins une autre datant de 2012 que je ne commenterai pas mais qui était faite du même bois.

On pourrait dire que s'agissant des interventions d'Ivar Giaever, les conférences devraient prendre le nom de « Lindau Noob » pour mieux définir le personnage, ce que je vais démontrer dès maintenant en commentant les diapos présentées en 2015 (dans la légende, entre guillemets, je mentionnerai quelques bouts de phrases glanés ici ou là, vous êtes bien sûr libre de visionner la vidéo en entier afin de profiter de toutes les subtilités que je n'ai pas reproduites faute de place)

Et ça commence fort avec une tentative d'enfumage force 10 afin de bien assommer l'auditeur dès le début (ça peut marcher avec certains qui après ne se posent plus de questions, étant tout de suite convaincus par l'orateur)

« A Albany il y a une différence d'à peu près 80°C entre l'été et l'hiver »

Le procédé, ou plutôt la supercherie est connue depuis très longtemps et utilisée par de nombreux charlatans comme Christian Gérondeau qui nous montrait ce graphique représentant une variante :

Hausse des températures à la mode Christian Gérondeau.
L'astuce consiste tout simplement à partir de zéro comme base de calcul afin de rendre toute variation insignifiante ; ainsi notre Nobel de désinformation nous dit que la température n'aurait augmenté que de 0,3% en partant du calcul suivant : 0,8 / 288 x 100 = 0,3% (en fait 0,28%, mais il est grand seigneur et arrondit généreusement) ; normalement le calcul correct devrait plutôt être quelque chose comme suit : 0,8 / 15 x 100 = 5,33% si l'on retient comme base de calcul la température moyenne de la Terre (15°C grâce à l'effet de serre) et là on s'aperçoit que la variation est un peu plus significative...

L'autre supercherie consiste à parler de températures minimales et maximales à un endroit donné, Albany dans le cas présent, en prétendant que puisqu'à cet endroit on peut avoir 80K (ou 80°C, c'est la même chose ici) d'écart entre minis et maxis alors les 0,8K (ou 0,8°C) d'augmentation ne pèsent pas lourd ; ou comment prendre les gens pour des crétins.

Mais il n'y a pas qu'Albany sur la planète.

« 8 thermomètres pour le continent, ce n'est rien »

Ici notre Nobel d'à peu près nous montre un magnifique planisphère exagérant outrancièrement l'importance des pôles (Nord comme Sud) ; voici deux représentations de notre monde respectant plus fidèlement les proportions de chaque continent :

Projection de Fuller (source wikipedia)


Projection de Mollweide (source wikipedia)
Cela nous permet de relativiser la « rareté » des stations d'observation en Antarctique par rapport au reste du monde, sachant que dans les pays développés il y en a même bien plus que les 2643 mentionnées, de nombreux patelins et particuliers ayant leur propre station météo enregistrant les températures ; mais pour avoir des mesures suffisamment fiables les 2643 sont pléthoriques, les USA sont sur-représentés ainsi que l'Europe et l'est du continent asiatique, ce qui est largement suffisant pour établir des moyennes pondérées à l'échelle du globe, même en n'ayant « que » 8 stations en Antarctique, lesquelles arrivent à donner une vue correcte de la situation à cet endroit : 

Températures en Antarctique (source commons.wikimedia)
Par ailleurs que signifie l'interrogation factice : What is the optimal temperature? (Quelle est la température optimale ?) ; cette question est une tentative de diversion (un red herring en anglais) car elle n'est pas posée par les climatologues qui ne font que constater l'augmentation « anormale » des températures depuis un siècle (et des poussières) ; il n'y a donc pas de réponse à la question stupide de ce Nobel avarié ayant manifestement dépassé la date limite de consommation.

On ne peut que constater que les 15°C de température moyenne de la Terre ont permis à la civilisation humaine de se développer et qu'aujourd'hui on nous promet 3°C de plus pour la fin de ce siècle, ce qui nous donnerait une moyenne de 18°C qui aurait peu de chance d'être qualifiée d'« optimale » si tant est que cet adjectif ait un sens (cette température sera optimale pour certains, beaucoup moins pour d'autres...)

Mais en est-on à 3 ou 4°C près ?

« Comment peut-on mesurer la température pour l'ensemble de la planète ? »
Où l'on voit que Ivar Giaever ne se considère pas lui-même comme un « denier », c'est-à-dire comme un climatosceptique (en parlant poliment) ni évidemment comme un « alarmist », mot forgé justement par les négat... pardon par les climatosceptiques pour désigner le camp de la science.

Et tout Nobel qu'il est, il semble ne pas savoir qu'aucun climatologue n'a jamais prétendu « mesurer » la température moyenne de la planète, puisqu'il est matériellement impossible de la mesurer (avec quoi ?) ; cette température moyenne n'est qu'une...moyenne de températures ! Et donc oui, on peut calculer cette moyenne avec une certaine précision.

Par ailleurs, comme j'ai déjà eu à plusieurs reprises l'occasion de l'expliquer, les climatologues se servent essentiellement d'anomalies de températures plutôt que de températures absolues, et encore moins d'une moyenne de températures absolues ; et d'ailleurs notre Nobel improvisé en climatologie nous fournit ensuite la démonstration que lui aussi se sert d'anomalies de températures pour soi-disant nous « démontrer » que la Terre ne se serait pas réchauffée durant les 19 dernières années :

« Durant les 19 dernières années la température n'a pas augmenté »

Ce graphique bien connu, puisqu'il s'agit d'une fabrication signée Christopher Monckton, représente incorrectement la réalité puisqu'il commence en 1997, avec tout de suite après l'important El Niño de 1998 qui permet de relever la partie gauche de la courbe afin de la rendre plate comme une limande ; de plus il ne prend en compte qu'un seul jeu de données issues des satellites qui sont « travaillées » et « retravaillées » ; pourquoi ne pas montrer les données issues des thermomètres, bien plus fiables que celles issues des calculs et recalculs satellitaires ? Enfin ce graphique mélange la variabilité naturelle du climat avec l'influence humaine via le CO2 que nous émettons.

Cette « argumentation » est facilement réfutable, par exemple ici : 23dd 
Les variations annuelles de température sont sujettes à plusieurs influences qui peuvent masquer provisoirement la tendance globale.

Figure 1 : On voit nettement apparaître une hausse des températures dès lors que l’on adopte une vision plus large que celle commençant en 1998. Si l’on commence en 1850, en 1975, ou à toute autre date, la hausse est nette. La hausse apparaît également si l’on démarre après 1998. Même en démarrant en 1998, les moyennes sur les dix dernières années font apparaître une hausse.
Figure 2 : Ce graphique fait apparaître les trois plus fortes influences à moyen terme sur le climat : MEI pour l’influence d’El Nino, AOD pour les aérosols, projetés notamment par les volcans, TSI pour le rayonnement solaire. On voit que l’année 1998 est caractérisée par un fort El Nino, pendant que l’activité solaire décroit depuis 2003
(Source : Global temperature evolution 1979-2010, Foster & Rahmstorf, Environmental Research Letters, 2011).
Figure 3 : Températures ajustées permettant de corriger les influences de court terme dues aux variations du cycle solaire, de l’ENSO et des éruptions volcaniques. Ont voit nettement apparaître l’augmentation régulière des températures due à l’augmentation des GES et qui continue sans faiblir après 1998
(Source : Global temperature evolution 1979-2010, Foster & Rahmstorf, Environmental Research Letters, 2011).

Ainsi, en éliminant les influences naturelles et temporaires qui font varier le climat sur de courtes périodes, on obtient une courbe qui monte assez régulièrement.

Mais au fait, elle monte pourquoi cette courbe ?


« Ce n'est pas vrai, ce n'est absolument pas vrai »
Nous avons déjà vu plus haut ce qu'il faut penser du bobard de « la température qui n'a pas augmenté depuis 1998 » ; ajoutons à ce que j'ai déjà dit que plus de 90% de la chaleur additionnelle va dans les océans, quelques pourcents se retrouvent dans les sols et le reste dans l'atmosphère, ce qui fait peu au final mais représente quand même près de 1°C depuis un siècle.

Mais nous avons le Groenland qui nous dit...qui nous dit quoi au fait ?

« D'où viennent ces données ? »
Que viennent faire ces statistiques soigneusement sélectionnées (cherry-piquées) prétendant nous « prouver » que des températures extrêmes ont eu lieu dans les années 1920-30 au Groenland ? C'est certainement vrai (on va lui faire confiance sur ce coup) mais totalement hors-sujet : le réchauffement climatique est GLOBAL et des températures locales, où qu'elles soient enregistrées, ne signifient absolument rien.

Absolument rien car le climat a toujours changé, n'est-ce pas ?

« Le climat a toujours changé »
Ici aussi, que vient faire la relation Réchauffement climatique => Changement climatique ? Le climat a toujours changé, aucun climatologue ne va le nier, ce sont d'ailleurs les paléo-climatologues qui nous ont renseigné sur ces changements climatiques dans le lointain passé en nous en expliquant les causes ; mais les mêmes paléo-climatologues nous disent que ce qui se passe actuellement est inédit, tout simplement à cause de l'influence humaine.

Mais, mais, mais, on vous a pourtant dit... 

« Pourquoi parle-t-on de changement climatique ? »
Ivar Giaever insiste et s'enfonce encore davantage dans le déni, il irait même jusqu'à nier qu'il n'y a plus de changement climatique si l'on considère sa double question et la réponse qu'il apporte : Changement climatique ? Pourquoi ? Les températures n'ont pas changé depuis environ 19 ans.

C'est comme le niveau des mers, hein ! 

« Il n'y a aucune montée des eaux inhabituelle »

Pas de montée inhabituelle du niveau des mers (répété au cas où l'on n'aurait pas bien compris) ? Ce n'est pas exactement l'avis d'une spécialiste de la question :
[...] la mer monte de façon significative, à une vitesse de l’ordre de 2 mm par an, soit 20 fois plus vite qu’au cours des derniers siècles. Cette hausse du niveau de la mer, d’environ 20 cm au total au cours du 20e siècle, est une des conséquences du réchauffement climatique observé depuis plusieurs décennies. [...] au cours des 12 dernières années, le niveau moyen global de la mer s’est élevé de près de 3 mm par an (figure 1), valeur significativement supérieure de celle mesurée par les marégraphes au cours du 20e siècle.
Figure 1 – Courbe d’évolution du niveau de la mer depuis 1993 (source Anny Cazenave, CNRS)
Evidemment, en présentant un graphique montrant l'évolution du niveau des mers depuis 8000 ans notre Nobel d'approximations essaye de « prouver » qu'il n'y a rien d'exceptionnel puisque vous voyez, la courbe est quasiment plate sur sa droite ! Quant à la courbe depuis l'an 1880 elle permet de présenter la hausse « brutale » du niveau des mers comme une augmentation linéaire et donc « habituelle » ; au passage on remarquera l'incohérence du propos en montrant à gauche une courbe horizontale censée nous faire comprendre qu'il n'y aurait aucune hausse de nos jours, et sur la droite une courbe démarrant par un « plat » (de 1880 à 1910) puis continuant par une nette montée de 20 cm en un siècle, et de conclure que non il n'y a rien d'inhabituel dans tout cela !

Et cerise sur le gateau (ou le gâteux) notre Nobel à la mémoire qui flanche « oublie » de nous dire que nous sommes passés de 2mm à 3 mm par an depuis les années 1990.

Tout comme pour les ouragans où il nous sort son tableau à lui :

« Je ne fabrique pas ces faits »

Comme notre Nobel retraité n'est pas spécialiste de la question des ouragans, je renvoie à mon billet Que dit Kerry Emanuel sur Harvey, Irma, Maria, et les autres...?  dans lequel on peut notamment voir ce graphique (excusez la piètre qualité) :

Ouragans majeurs dans l'Atlantique Nord comptabilisés durant la période 1851-2016.
Giaever a choisi de ne montrer que les ouragans touchant les côtes américaines, « oubliant » tous les autres qui se sont perdus dans l'océan Atlantique mais qui auraient pu eux-aussi toucher terre si les vents leur avaient été plus favorables ; on notera aussi que Kerry Emanuel a l'honnêteté de reconnaître qu '« avant 1970 on a raté beaucoup de tempêtes » qui n'ont pas été enregistrées, les satellites n'ayant fait leur apparition que récemment ; on notera également que le graphique de Giaever s'arrête en 2005, le pauvre ne pouvait pas prévoir ce qui s'est passé par la suite...

Et il insiste dans les événements extrêmes, sujet sur lequel il pourrait discuter des heures durant sans en avoir la moindre connaissance tellement il est génial :

« Ce que disent les gens n'est pas vrai »
Pour les tornades idem que pour les ouragans, Giaever n'est en rien spécialiste de la question et tente de nous dire que les climatologues prétendraient que les tornades s'intensifieraient avec le réchauffement climatique, sauf qu'il n'en est rien, le sujet étant débattu, cependant il semblerait que la saison des tornades s'avancerait (voir par exemple Global Warming May Spawn More Southeast US Tornadoes)

Et maintenant un petit détour par son pays natal, la Norvège :

« Pour économiser sur la plate-forme ils sont électrifiés depuis la terre »
Ici on se perd en conjectures sur la signification de cet « argument » ; Giaever nous dit que la plate-forme pétrolière est alimentée depuis la côte alors qu'elle aurait la possibilité de générer son électricité elle-même avec tout le gaz à sa disposition ; il en déduit que c'est parce que l'électricité issue depuis la côte serait moins chère que celle qui serait produite in situ, mais personnellement je pencherait plutôt vers l'hypothèse de la sécurité de la plate-forme, car j'imagine que produire de l'électricité entrainerait des risques dans un environnement où la moindre étincelle peut provoquer une catastrophe ; par ailleurs générer de l'électricité dans un tel environnement « explosif » exige, quand l'alimentation ne peut se faire depuis la côte (cas d'une plate-forme isolée et trop loin des côtes), des solutions techniques qui sont en général coûteuses ; voir par exemple library :
[...] l’alimentation électrique des plates-formes offshore par des câbles sous-marins est une solution à la fois économique et écologique qui, de surcroît, renforce la sécurité opérationnelle.
Autrement dit, la plate-forme que nous montre Giaever est alimentée depuis la côté parce que c'est tout simplement plus pratique.

Après la Norvège, nous descendons en territoire connu :

« Bla, bla, bla, bla...»

Notre Nobel en épistémologie de comptoir fait un caca nerveux sur le terme « incontrovertible » que l'on peut traduire par indéniable ou incontestable ; il est assez étrange qu'il butte sur ce mot alors qu'il a lui-même reconnu, sans avoir été soumis à la torture, que la température avait augmenté de 0,8°C depuis un siècle... On peut par conséquent en déduire qu'il est d'accord pour dire que « indéniablement » la température a bien augmenté. Il semble cependant faire une fixation sur le mot « evidence » qui signifie preuve mais qu'on peut aussi traduire par indice ou faisceau d'indices équivalent quasiment à une preuve (c'est comme en criminologie, quand il y a de nombreux indices concordants on finit par les qualifier de preuve pour condamner le coupable) ; ainsi le faisceau d'indices est tel que oui nous pouvons dire que le réchauffement climatique est bien une réalité, et ajouter, car cela a été prouvé formellement, que le CO2 additionnel est bien d'origine humaine, et que oui, c'est bien ce CO2 additionnel d'origine humaine qui est à l'origine du réchauffement climatique constaté, toutes les autres options ayant été considérées et écartées :

Évolution de la température moyenne terrestre modélisée en fonction des différents forçages radiatifs possibles au cours du XXe siècle, comparée aux évolutions de température observées. (source wikipedia)
Un forçage radiatif positif est un renforcement de l’effet de serre et un réchauffement ; un forçage radiatif négatif entraîne un refroidissement (augmentation de l’albédo). Ceci correspond à des calculs tenant compte des concentrations dans l’atmosphèrea 5  (Source wikipedia)

Et comme les phénomènes d'attribution n'ont plus aucun secret pour lui (n'oublions pas qu'il a passé une demi-journée sur Google avant de décréter que le RCA était un canular) le voici nous posant l'énigme du jour (la réponse à la fin de ce billet en retournant votre écran) :

« Bla, bla, bla again and again...»
Mais qu'est-il donc passé dans la tête de notre Nobel d'imagination débridée pour nous balancer ce pseudo-argument provenant d'un certain Ilan Samson dont je ne suis pas parvenu à trouver la moindre référence ? Là aussi, si un lecteur connaît cet Ilan Samson et en quoi consiste son « problème » il est le bienvenu dans la partie commentaires.

Pour finir en beauté, notre ami tente de nous faire verser une larme à la vue de sa petite famille :

« Le climat a toujours changé et nous pouvons contrôler cela »

Nous touchons ici la fin, et le fond, du laïus de notre Nobel égaré-dans-un-domaine-qu'il-ne-maitrise-manifestement-pas ; il nous conseille d'« apprendre à vivre avec le changement », merci de l'info qui jusqu'à présent m'avait échappée !

Mais le clou c'est quand il compare le changement climatique avec son petit cas personnel, en nous montrant comment lui et sa femme ont changé en quelques décennies ; cependant ce qu'il « oublie » (encore une fois) de dire c'est qu'un jour lui et sa femme seront morts, donc le changement peut dans certains cas amener à une conclusion funeste et le devenir de l'humanité peut tout à fait se comparer au devenir de notre Nobel à la mémoire qui flanche et dont l'aspect actuel peut légitimement donner quelques signes d'inquiétude.

Quant à son affirmation gratuite selon laquelle il laisserait le monde en meilleure forme que quand il est arrivé, c'est comme pour les toilettes publiques dont la propreté après le passage de certains individus nous fait voir qu'il y a loin entre ce que l'on pense ou souhaite (l'écriteau scotché au-dessus de la cuvette) et le résultat obtenu (le contenu de la cuvette ainsi que ses abords)

Et pour finir nous voyons quel est le message réel véhiculé par notre Nobel à la solde de qui vous savez : foutons la paix à Big Oil et laissons-le mener son business comme il l'entend, sans entrave d'aucune sorte, et surtout sans aucune règlementation !

Mais la dernière image nous informe tout de même avec quelles pincettes (de très longues) il faut recevoir la leçon de notre Nobel de désinformation :


Eh oui, le Lindau Nobel Laureate Meetings semble se désolidariser de notre ami le prix Nobel, cet organisme ayant même en 1995 clairement signifié dans quel camp il se situait lors d'une « déclaration de Mainau » ; extrait :
Although there remains uncertainty as to the precise extent of climate change, the conclusions of the scientific community contained in the latest IPCC report are alarming, especially in the context of the identified risks of maintaining human prosperity in the face of greater than a 2 °C rise in average global temperature.
Cette déclaration fut signée par plus de 70 lauréats du prix Nobel (36 l'ont signée sur le moment, suivis par 35 autres quelques mois plus tard) faisant face aux quelques Nobels climatosceptiques dont Ivar Giaever fait partie (il doit se sentir bien seul) ; la liste des lauréats ayant signé cette déclaration est visible sur le site mainaudeclaration

As of 1 February 2016, 76 Nobel Laureates have expressed their support of the Mainau Declaration 2015 (source mainaudeclaration)

Nous pouvons d'ailleurs visionner la conférence de Sherwood Rowland lors de l'édition 2006 dans laquelle on ne verra pas à la fin l'avertissement dont a « bénéficié » Ivar Giaever ; on remarquera que la présentation de Sherwood Rowland est plus technique que celle d'Ivar Giaever, mais il faut dire que si l'on veut désinformer son public mieux vaut utiliser de grosses ficelles bien visibles et compréhensibles de tout le monde, suivant le principe qui veut que « plus c'est gros et plus ça passe »

En fait le dessin que nous fournit Skeptical Science dans l'article dédié au monsieur qui est le sujet de ce billet en dit suffisamment long sur le genre de techniques utilisées pour embobiner le public :



Traduction libre pour les non-anglophones : 
Vous essayez de prédire le comportement de <système compliqué>? Modélisez-le simplement comme un <objet simple>, puis ajoutez des termes secondaires pour expliquer les <complications auxquelles je viens de penser>. 
Facile, non? 
Alors, pourquoi <votre domaine> a-t-il besoin d'un journal entier, de toute façon?

Les étudiants en sciences humaines peuvent parfois être agaçants, mais il n'y a rien de plus désagréable qu'un physicien rencontrant un nouveau sujet.
Le « physicien rencontrant un nouveau sujet » est parfaitement reconnaissable et je pense inutile de vous préciser de qui on parle.


Heureusement que le « Lindau Nobel Meetings » accueille aussi de véritables scientifiques, comme 
Sherwood Rowland ou Mario Molina, cela relève le niveau.

Et comme nous le dit opinion.latimes :
As The Times says, the findings "were met with scorn by the chemical industry and even by many scholars. For a decade, Rowland and Molina persevered to prove their hypothesis, publishing numerous scientific papers and speaking to sometimes hostile audiences at scientific conferences. It took almost 15 years for the international scientific community and chemical industry to accept the pair's findings." Comme le Times le dit, l'industrie chimique et même de nombreux chercheurs se sont heurtés au mépris de ces résultats : pendant une décennie, Rowland et Molina ont persévéré pour prouver leur hypothèse, publiant de nombreux articles scientifiques et s'adressant à des auditoires parfois hostiles lors de conférences scientifiques. Il a fallu près de 15 ans à la communauté scientifique internationale et à l'industrie chimique pour accepter les conclusions de la paire. "
Rappelons que Rowland et Molina, avec Josef Crutzen, obtinrent le prix Nobel de chimie en 1995 « pour leurs travaux sur la chimie de l'atmosphère, particulièrement en ce qui concerne la formation et la décomposition de l'ozone » ; on peut donc penser qu'ils sont « un peu plus » qualifiés qu'Ivar Giaever pour nous parler du climat, mais ce n'est qu'un avis personnel que je partage avec moi à défaut d'autre chose.

Evidemment les difficultés auxquelles ils ont dû faire face vis à vis de l'industrie chimique sont à rapprocher du débat actuel autour du réchauffement climatique et les assauts que Big Oil mène contre des chercheurs comme Michael Mann (entre quelques autres, mais Mann est la victime de la Serengeti Strategy et donc la principale cible visée)

Maintenant la question qui tue : est-ce qu'Ivar Giaever a été payé pour ces conférences ?

Réponse courte (je n'ai pas le temps pour la longue) :
  • si oui il n'est pas si sénile que ça ;
  • si non, alors c'est un idiot utile.
Et je peux prouver qu'entre lui et Rowland et Molina il y a au moins un idiot utile dans l'affaire, car ils ne peuvent pas avoir tous trois raison, Giaever de son côté et Rowland et Molina du leur ; comme leurs prises de position sont radicalement différentes, c'est soit Giaever qui a raison, soit les deux autres (qui ont la même conviction sur le sujet), une autre hypothèse étant qu'ils aient tous trois tort, mais alors où serait la vérité ?

Comme il y a deux spécialistes de l'atmosphère contre un non-spécialiste (la tunellisation dans les solides ne me semblant pas avoir un lien avec l'atmosphère, ou alors très très ténu) je vous laisse vous faire votre propre opinion, en ce qui me concerne c'est plié et emballé.


Et pour terminer ce (plutôt long) billet, considérons un instant le cycle de vie d'un physicien dont on ne donnera pas le nom :

H/T smbc-comics


A lire, réfutation des « arguments » de Ivar Giaever :
Où trouver Ivar Giaever sur la Toile ? Essentiellement sur des sites fachos et/ou libéraux :

Que du beau monde.