vendredi 7 juin 2019

Comment faire dire à Alain Pavé le contraire de ce qu'il écrit, en une leçon avec Philippe Catier

Nous connaissons bien ce que nous appelons les « climatosceptiques », ces gens qui refusent la science représentée par le GIEC mais qui ne sont pas tous d'accord entre eux (certains nient tout réchauffement, d'autres acceptent l'idée mais trouvent que c'est une bonne chose, entre les deux il y a une infinité de positions toutes aussi délirantes les unes que les autres), il va falloir maintenant imaginer un nom pour ceux qui nient la possibilité d'une sixième extinction animale pouvant éventuellement inclure l'espèce humaine ; je propose d'appeler ces originaux des extinctosceptiques sur le même modèle que les climatosceptiques.

Il faut remarquer qu'extinctosceptiques et climatosceptiques se recrutent dans la même population, car il y a quelques liens entre le réchauffement climatique en cours et les problèmes rencontrés par de nombreuses espèces animales dans le même temps.

Dans les deux cas Homo sapiens (vous, moi) est clairement en cause :
  • par ses activités agricoles et surtout industrielles il génère des gaz à effet de serre qui entrainent une augmentation anormale de la température ;
  • par son comportement et son occupation des moindres recoins de la planète il met en danger les mondes animal et végétal (tout en abimant au passage le minéral)
Il faut noter que cela ne date pas de la révolution industrielle, dès que l'homme s'est installé et a cessé son activité de chasseur-cueilleur il a commencé son œuvre de destruction en déforestant afin de gagner notamment des terres agricoles, modifiant par là même les conditions climatiques locales, comme nous l'explique le site museedelhomme : 
L’Homme préhistorique du Paléolithique s’adapte aux contraintes environnementales et climatiques. Par contre, les nouveaux comportements de subsistance des sociétés préhistoriques à partir du Néolithique vont modifier durablement les paysages en surimposant l’impact de l’anthropisation aux effets du réchauffement climatique global. Les cultures pratiquées et/ou les phases de déforestation sont visibles sur les diagrammes polliniques.
De la même façon la mégafaune de l'Holocène a très probablement disparu suite à sa rencontre avec Homo sapiens comme l'explique wikipedia :
On observe que partout dans les zones actuellement tempérées (mais froides durant les dernières glaciations) la mégafaune et une partie des autres espèces a fortement décru de manière corrélée ou corrélable à l'apparition de l’homme ou plus exactement aux développements des populations humaines, notamment là où elles se sont sédentarisées.
Une étude parue en 2010 confirme ce fait pour la mégafaune d'Amérique du Sud, là où l'homme est arrivé en dernier sur la Terre (si l'on met de côté certaines iles perdues) :
South America lost more genera in the Quaternary megafaunal extinction than any other continent […] A total of 93 megafauna dates for 15 genera, and 110 archaeological dates on early human appearance, are robust enough to assess correspondence between last-appearance records of megafauna, first-appearance records of humans, and the Younger Dryas to Holocene climatic transition in six different regions of South America.
L'Amérique du Sud a perdu plus de genres dans la mégafaune du Quaternaire que tout autre continent [...] Un total de 93 dates de mégafaune pour 15 genres, et 110 dates archéologiques sur l'apparition humaine précoce, sont assez robustes pour évaluer la correspondance entre les enregistrements de dernière apparition de la mégafaune, ceux de première apparition humaine et les Dryas plus jeunes et la transition climatique holocène dans six régions différentes d'Amérique du Sud.
Ainsi la mégafaune d'Amérique du Sud n'a vraiment pas eu de chance, elle a dû faire face à la fois à un changement climatique (auquel elle aurait peut-être survécu) et à l'arrivée de nos lointains cousins qui avaient de toute évidence les mêmes velléités que nous, à savoir conquérir le plus d'espace possible dans une logique de « progrès civilisationnel ».

Pourtant les hommes de cette époque n'étaient pas vraiment nombreux et leur capacité de nuisance assez limitée, mais cela a de toute évidence suffi pour faire de gros dégâts, surtout envers des animaux très visibles de par leur taille, et donc extrêmement recherchés pour leurs qualités et quantités nutritionnelles, mais qui étaient très vulnérables, car plus un animal est gros et plus sa descendance directe est limitée ; par exemple la durée de gestation d'un mammouth était de 22 mois avec un seul petit par portée si l'on en croit le site tpemammouth ; pour s'en convaincre davantage mieux vaut un joli dessin qu'un long discours avec l'aide de vivredemain :
Divers facteurs, tels que la taille, déterminent la période de gestation (grossesse) pour les humains et les autres animaux. Une comparaison entre différentes espèces (source livescience reprise par vivredemain)

Mieux vaut donc être un rat plutôt qu'un éléphant, d'ailleurs aux dernières nouvelles les rats ne semblent pas en danger d'extinction, par contre les éléphants…

De la même façon les ours polaires ont quelques soucis à se faire, non plus uniquement à cause de l'homme de façon directe, par la chasse, mais par les effets que ce dernier a provoqués ; dans les années 1970 des réglementations ont été mises en place pour contrer la diminution inquiétante des populations d'ours à cause de la chasse, ce qui a permis de faire remonter leur nombre à environ 25 000 individus au total, ce qui prouve au passage que c'est en réglementant qu'on peut obtenir des résultats concrets et non en laissant libre cours aux lubies des humains, comme par exemple celle qui consiste à s'offrir un beau trophée à exposer dans son salon...Mais la banquise arctique fond de plus en plus, à cause de ce-que-vous-savez, limitant ainsi le territoire des ours polaires, cela plus la chasse qui est toujours autorisée, notamment au Canada et au Groenland, et l'avenir n'est pas très clair pour nos emblématiques ursidés.

Avec l'apparition des extinctosceptiques nous allons donc de plus en plus voir des arguments bidons afin de nous persuader que non les espèces animales ne sont pas en danger et que bien sûr l'homme lui-même a un magnifique avenir devant lui.

Ainsi nous en avons un exemple avec l'article publié chez notre ami Benoit Rittaud par un certain Philippe Catier, intitulé sobrement Biodiversité, dans lequel ce monsieur, parfaitement inconnu et dont on ignore totalement le CV, tente de catéchiser son public en présentant, inclus dans un livre d'Alain Pavé, un graphique qui serait, selon lui, la preuve irréfutable que la biodiversité se porte à merveille :
Après une première partie très argumentée scientifiquement (et un peu ardue…) concernant sa discipline (biométricien), [Alain Pavé] en vient à replacer les affirmations d’autorité et les contre-vérités volontiers diffusées par les médias. Je n’en livrerai qu’une courbe en exemple qui nous montre qu’à notre époque la biodiversité ne se porte pas si mal…
Tiré du livre Comprendre la diversité d'après mythesmanciesetmathematiques

On en reste baba, ce graphique nous montrerait donc « qu’à notre époque la biodiversité ne se porte pas si mal…» !

Moi j'y vois une courbe ascendante partant du lointain passé, il y a 542 millions d'années, pour arriver au « présent », sans que l'on sache vraiment ce que ce présent représente…

En principe quand un préhistorien ou un géologue parle du présent il s'agit de l'année 1950, on ne sait donc pas si l'auteur du livre grossièrement résumé par monsieur Catier fait terminer son graphique en 1950 ou à aujourd'hui, mais on peut avoir quelques doutes sur le fond de la pensée d'Alain Pavé tel que compris et restitué par notre péroreur.

Disons tout de suite que le graphique montré ci-dessus semble tiré...de Wikipédia !
Pendant le Phanérozoïque, la biodiversité a connu une évolution continue — mais non monotone (voir les différentes extinctions massives) — allant de peu à plusieurs milliers de genres (source wikipedia)
Je doute fort que Wikipédia ait tiré ce graphique du livre d'Alain Pavé, j'ai plutôt l'impression que c'est l'inverse qui s'est produit, par conséquent il s'agit d'un fort indice en faveur d'un « présent » qui s'arrêterait au milieu du 20ème siècle, donc ne tenant nullement compte de la situation actuelle.

On notera que durant cette ère Phanérozoïque plusieurs extinctions massives ont bien eu lieu et sont visibles sur le graphique :
  1. Extinction de l'Ordovicien-Silurien : 445 Ma ;
  2. Extinction du Dévonien : 380-360 Ma ;
  3. Extinction du Permien-Trias : 252 Ma ;
  4. Extinction du Trias-Jurassique : 200 Ma ;
  5. Extinction du Crétacé-Paléogène : 66 Ma.
On ne voit donc pas pourquoi il ne pourrait pas y avoir d'autres extinctions, penser le contraire relève du pur whishful thinking, ce que l'on appelle familièrement « prendre ses désirs pour des réalités ».

Evidemment la 6ème extinction dont on parle tant actuellement n'est pas quelque chose d'assuré et d'inévitable, il s'agit d'une probabilité qui repose sur des arguments scientifiques repris dans le dernier rapport de l'IPBES, l'équivalent du GIEC/IPCC pour la biodiversité ; pas étonnant par conséquent que les mêmes qui dénigrent le GIEC vont s'en donner à cœur joie avec l'IPBES !

Bon, il faut avouer que même le « Summary for policymakers » est assez imbuvable et qu'il est fort probable que beaucoup de « décideurs politiques » ne prendront pas la peine de le lire, tout comme ils le font avec l'équivalent du GIEC ; on retiendra les premiers messages-clés dès la page 2 :
Nature and its vital contributions to people, which together embody biodiversity and ecosystem functions and services, are deteriorating worldwide.
La nature et ses contributions vitales à l'homme, qui incarnent ensemble la biodiversité et les fonctions et services des écosystèmes, se détériorent dans le monde entier.
Direct and indirect drivers of change have accelerated during the past 50 years. 
Les moteurs directs et indirects du changement se sont accélérés au cours des 50 dernières années.
On comprend mieux pourquoi le graphique ci-dessus ne pouvait pas représenter la réalité de ce qui est en train de se passer depuis une cinquantaine d'années.

Le résumé pour décideurs nous montre qu'actuellement la situation est loin d'être catastrophique, elle est seulement très préoccupante :
Risques actuels d'extinction pour plusieurs groupes d'espèces (source ipbes)

On ne parle pas de l'homme, qui pour le moment ne court aucun risque sérieux d'extinction, seule sa civilisation basée sur la consommation irréfléchie étant menacée, on constate que les poissons ne semblent pas près de disparaitre, mais on peut faire confiance au génie humain pour s'échiner à réduire dans les décennies à venir la jolie partie verte qui représente les espèces non encore en danger.

Mais c'est la deuxième partie du tableau qui est réellement intéressante :
Extinctions depuis 1500 et déclins dans la survie d'espèces depuis 1980 (liste rouge) (source ipbes)

On remarquera le sort des coraux, qui sont en chute libre depuis une vingtaine d'années…

Maintenant si nous revenons à Alain Pavé qui aurait soi-disant prétendu dans son livre, Comprendre la biodiversité, « qu’à notre époque la biodiversité ne se porte pas si mal…» en reprenant les mots de Philippe Catier, voici comment il est présenté par son éditeur :
La biodiversité est aujourd'hui l'un des maîtres-mots de tout discours environnemental. Après une trentaine d'années de diffusion du terme, un examen attentif fait pourtant apparaître que son succès médiatique s'est accompagné d'un affaiblissement de sa validité scientifique. Ont surgi nombre d'arguments qui s'éloignent des faits avérés ou des analyses sérieuses, conduisant ainsi à un catastrophisme ambiant mal fondé.
Alain Pavé, dont la compétence scientifique dans le domaine est incontestée, propose une analyse critique novatrice et bienvenue, riche d'exemples concrets souvent surprenants, de l'escargot de Quimper à l'ours pas toujours blanc.
Loin de prendre le simple contre-pied des idées reçues et d'ouvrir la voie à un quelconque écoscepticisme, l'auteur montre que la prise en compte des réelles menaces qui pèsent sur le vivant demande une compréhension beaucoup plus fine de sa diversité et des mécanismes, évolutifs en particulier, qui la gouvernent et où l'aléatoire joue un rôle déterminant.
Il s'agit ici rien moins que de proposer une refondation du concept de biodiversité, à la mesure de son importance et de l'intérêt qu'on doit y porter. La pensée écologique ne pourra que profiter de ce changement de perspective.
On peine à voir dans cette présentation une quelconque négation des problèmes rencontrés par la biodiversité, il s'agirait plutôt de bien comprendre ce que signifie ce terme qui serait dénaturé et galvaudé notamment par les médias ; il est même question de « réelles menaces qui pèsent sur le vivant », nous sommes donc à l'exact opposé du message que tente de nous inoculer le sieur Philippe Catier avec la bénédiction de Benoit Rittaud !

D'ailleurs voici ce qu'écrivait Alain Pavé lui-même en 1995 dans MODÉLISATION DES ÉCOSYSTÈMES FORESTIERS : ENJEUX, PROBLÈMES ET APPROCHES
Les enjeux actuels (changements planétaires, érosion de la biodiversité, déforestation, renouvelabilité des ressources vivantes, etc.) conduisent à une amplification des études sur les grands écosystèmes à divers niveaux d'organisation, de l'individu à l'écosystème, voire au biome, et à diverses échelles de temps et d'espace, de l'heure au millénaire, de la parcelle à la région, voire au continent ou à l'océan.
D'après ce passage il ne me parait pas qu'Alain Pavé soit climatosceptique ou extinctosceptique, l'« érosion de la biodiversité » pouvant assez aisément être traduite pas la « diminution de la biodiversité », et c'était écrit en 1995, il y a près d'un quart de siècle donc !

Nous pouvons également lire, du même Alain Pavé, en 2009 dans Monde du vivant :
L’IUBS, de son côté, lance le programme Diversitas auquel le programme Environnement contribue. C’est une innovation à l’échelle mondiale car elle s’applique à décrire la biodiversité et en analyse surtout la dynamique. Cette problématique devient la deuxième préoccupation globale avec celle du changement climatique.
Nous sommes donc à des années lumières des propos tenus sur le blog pseudo-réaliste de Benoit Rittaud, l'optimiste béat qui voit tout en rose et se refuse à tout catastrophisme qui pourrait lui donner des boutons.

Mais notre mathématimancien de renom changera peut-être d'avis sur Pavé quand il apprendra qu'il a lancé dans la mare ceci :
Pour [Alain Pavé], les efforts scientifiques doivent d’abord porter sur la modélisation de la biodiversité. D’ici 5 à 10 ans, on devrait obtenir des modèles de la biodiversité à différentes échelles, du local au planétaire, à l’image de ce qui a été fait pour le climat.
Cependant il semblerait qu'Alain Pavé soit quelque peu critique de l'IPBES si l'on en croit ce qu'il écrit sur son blog :
On considère à juste titre que la question de la biodiversité est au moins aussi importante que celle du climat, mais on est loin d'avoir mobilisé une communauté scientifique de même ampleur tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Là, on est encore sur des bases conservationistes et même malthusiennes. Et ce n'est pas ce type d'article qui démentira cette constation, ni d'ailleurs les agitations médiatiques qui vont avec, ni encore les initiatives gouvernementales, comme la création de l'agence de la biodiversité. La Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité fait ce qu'elle peut, mais elle peut peu... comme l'IPBES (International Panel on Biodiversity and Ecosystem Services) au niveau international, sans commune mesure avec le GIEC... On patauge souvent dans une approche plus idéologique que scientifique.
Mais si c'était Alain Pavé qui sur le coup aurait...une approche idéologique ?

Qui vivra verra, stay tuned.


mercredi 5 juin 2019

Mark Armitage et Peter Ridd, les deux scientifiques incompris licenciés par leur université

Mark Armitage


Dans 97%, oui, mais pas de ce à quoi vous pensez ! j'ai mentionné le site fantaisiste etat-du-monde-etat-d-etre dont l'auteur dit à propos de lui-même qu'il avait créé le site pour « poursuivre [s]on travail de réflexion et de diffusion entamé il y a déjà presque une décennie. » ; il se proposait de « [c]ultiver le discernement et avoir un regard le plus objectif qui soit », mais dans le même temps il nous a prouvés dans 97% de chance d’une ère glaciaire d’ici 4 ans (entre autres billets que j'ai également cités) qu'il y a loin de la coupe aux lèvres et que ses honorables résolutions de nouvel an n'ont tenu que le temps de les rédiger plus peut-être quelques minutes en étant généreux.

Ainsi l'un de ses fumeux billets, daté de décembre 2014, s'intitulait Un scientifique découvre une [autre] preuve allant contre la théorie de l’évolution… et s’en retrouve licencié ; il y informait ses quelques lecteurs que 
En début d’année 2013, le chercheur Mark Armitage travaillait sur le site de l’excavation de Hell Creek dans le Montana, et il découvrit ce qu’il pensait être la plus grande corne de tricératops jamais exhumée sur le site.
Jusque là on se dit rien de bien nouveau, mais la suite est faite pour tenter de vous décoiffer :
De retour à CSUN (California State University, Northridge) et après examen de la corne sous un puissant microscope , Armitage fut fasciné par la découverte de tissus mous sur l’échantillon.
Bref, s'il y a des tissus mous sur la corne du tricératops, c'est bien évidemment que celle-ci date de quelques milliers d'années tout au plus…

Faut-il préciser à ce stade que Mark Armitage est...créationniste de son état, comme l'indique sa fiche creationwiki où l'on apprend entre autres choses :
He received his Masters Degree from the Institute for Creation Research Graduate School, and remains affiliated with the ICR, operating and maintaining a working electron microscopy lab there (SEM and TEM). He also serves on the Board of Directors for the Creation Research Society.
Il est titulaire d'une maîtrise de l'Institute for Creation Research Graduate School et demeure affilié à l'ICR, où il exploite et entretient un laboratoire de microscopie électronique (SEM et TEM). Il siège également au conseil d'administration de la Creation Research Society.
Voilà ce qui arrive quand on embauche un diplômé d'un institut qui est (ou plutôt était, puisque dissous en 2010)
an educational institution that fostered research and provided graduate-level training in fields of science that are particularly relevant to the study of creation apologetics.
un établissement d'enseignement qui encourageait la recherche et offrait une formation de deuxième cycle dans des domaines scientifiques particulièrement pertinents pour l'étude de l'apologétique de la création.
Pour ceux qui se demanderaient en quoi consiste « l'apologétique de la création » voici sa définition :
Défenses utilisées pour soutenir la croyance que l'univers et/ou la vie sur Terre ont été créés par une déité surnaturelle.
Est-il donc étonnant que notre bonhomme Armitage ait prétendu découvrir des tissus mous sur une corne de tricératops afin d'invalider la théorie de l'évolution ? Car cela voudrait en effet dire (d'après lui bien sûr) que les dinosaures ont vécu il y a pas si longtemps que cela et ont même cohabité avec les hommes, c'est aussi simple que ça !

Et notre rigolo de s'indigner parce que monsieur Armitage s'est fait virer de son université :
Il existe des exemples de scientifiques ayant découvert des preuves qui contredisent les théories actuelles solidement établies et qui se retrouvent sans travail.[…] Voici un exemple flagrant expliquant pourquoi de nombreux scientifiques ont peur de s’exprimer pour ne pas risquer leur place. […] Peu de temps après avoir annoncé sa découverte, Armitage fut licencié. Selon l’explication officielle du CSUN, on se passait des services d’Armitage en raison d’un manque de financement pour son poste.
 Ben oui c'est évident, pour notre zozo Armitage ne peut pas avoir été licencié pour incompétence ou, pourquoi pas, pour avoir falsifié ses travaux !

Je ne suis pas paléontologue mais je suis capable de me documenter un minimum et de réfléchir sur ce que je lis, alors en effectuant quelques recherches je suis tombé sur ce site qui me dit :
La formation de Hell Creek est une formation rocheuse intensément étudiée datant du Crétacé supérieur au début du Paléocène et portant le nom des zones d'exposition étudiées situées le long de la Hell Creek, près de Jordan, au Montana.
Première constatation, le site de fouille où notre Mark Armitage a trouvé sa corne de tricératops :
  • est intensément étudié, ce qui signifie qu'Armitage est loin d'être le seul à y avoir fait des découvertes ;
  • date d'il y a au moins :
    • Crétacé supérieur : 66 à 100,5 Ma
    • Paléocène : 56 à 66 Ma
On peut par conséquent être très étonné (non je rigole) qu'Armitage, un créationniste avéré et revendiqué, soit le seul parmi tous les paléontologues (et il n'est pas paléontologue…) à avoir trouvé un fossile avec présence de tissus mous, étrange ne trouvez-vous pas ?

Pour avoir une vue détaillée du site de fouille nous avons fossilguy qui nous en montre une photo :
Image showing the KT boundary. The Hell Creek is Cretaceous, while the Fort Union Group is Paleogene (source fossilguy)
Je n'avais aucune idée de ce que pouvait signifier KT boundary avant d'en lire la définition sur wikipedia :
The Cretaceous–Paleogene (K–Pg) boundary, formerly known as the Cretaceous–Tertiary (K-T) boundary,[a] is a geological signature, usually a thin band of rock. K, the first letter of the German word Kreide (chalk), is the traditional abbreviation for the Cretaceous Period and Pg is the abbreviation for the Paleogene Period. 
La limite Crétacé-Paléogène (K-Pg), anciennement connue sous le nom de limite Crétacé-Tertiaire (K-T),[a] est une signature géologique, habituellement une mince bande de roche. K, la première lettre du mot allemand Kreide (craie), est l'abréviation traditionnelle pour la période crétacée et Pg est l'abréviation pour la période paléogène.
Le Paléogène est lui défini ainsi :
Le Paléogène, sur l'échelle des temps géologiques, est la plus ancienne période géologique du Cénozoïque. Succédant à l'extinction du Crétacé et précédant le Néogène, il s'étend de 66,0 à 23,03 millions d'années avant le présent4. Le Paléogène est synonyme du Nummulitique défini par Adolphe d'Archiac.
Le Paléogène inclut donc le Paléocène, j'espère que vous suivez...

Le site nous précise également, et cela a son importance :
The Hell Creek Formation is one of the most famous dinosaur bearing formations in the world. It's the best sampled upper most cretaceous vertebrate assemblage in the world (Pearson et al., 2002) and, more importantly, it has been extensively studied for over 100 years. 
La Formation de Hell Creek est l'une des plus célèbres formations de dinosaures au monde. C'est le meilleur assemblage de vertébrés du crétacé supérieur échantillonné au monde (Pearson et al., 2002) et, plus important encore, il a été étudié en profondeur depuis plus de 100 ans.
« Etudié en profondeur depuis plus de 100 ans » et il aurait fallu attendre 2012 et Mark Armitage pour découvrir des tissus mous sur un fossile ?

En vérité ce qui est reproché à Armitage est essentiellement qu'il infère de sa découverte une Terre vieille de seulement 6 000 ans alors que des tissus mous ne prouveraient a priori rien d'autre que leur capacité à se conserver durant plusieurs dizaines de millions d'années, ce qu'explique le site ancient-origins :
While numerous examples of suppression of ‘academic freedom’ can be cited in which scientists have been discriminated against for presenting views that conflict with mainstream perspectives, Armitage made the ‘unscientific’ mistake of assuming that the dinosaur must be only several thousand years old simply because the process in which the cells were preserved was not understood by him. 
Bien que l'on puisse citer de nombreux exemples de suppression de la " liberté académique " dans lesquels des scientifiques ont fait l'objet de discrimination pour avoir présenté des points de vue contraires aux perspectives dominantes, Armitage a commis l'erreur " non scientifique " de supposer que le dinosaure ne devait avoir que plusieurs milliers d'années simplement parce que le processus par lequel les cellules étaient préservées n'était pas compris par lui.
Et de préciser que d'autres exemples existeraient de tissus mous découverts sur de vieux fossiles, préservés par le fer résidant dans le corps des dinosaures (d'après Mary Schweitzer), mais évidemment il ne fut jamais question de remettre en question la théorie de l'évolution pour si peu ! Quoi qu'il en soit on ne peut pas non plus ne pas penser à une possible contamination du fossile examiné, volontaire ou involontaire…(voir reddit)

Ce qui est quand même le plus surprenant dans l'affaire c'est que ce monsieur a poursuivi l'université en justice et que cette dernière aurait apparemment conclu un compromis en lui versant la modique somme...de 6 chiffres en récompense de ses efforts déployés devant les tribunaux, comme nous l'indique le site thecollegefix :
In a telephone interview Monday with The College Fix, Reinach declined to state the exact amount of Armitage’s settlement, only that it was a six-figure dollar amount, “a substantial settlement representing about 15 times his annual part-time salary.”
Lors d'une entrevue téléphonique lundi avec The College Fix, Reinach a refusé d'indiquer le montant exact du règlement d'Armitage, seulement qu'il s'agissait d'un montant à six chiffres, " un règlement important représentant environ 15 fois son salaire annuel à temps partiel ".
Un montant à six chiffres, cela peut aller de 100 000 à 999 999 dollars, et comme son salaire annuel à temps partiel devait se situer aux alentours de 20 000-30 000 dollars on peut estimer le gros lot à un montant d'environ 400 000 dollars, pas mal pour un simple assistant en charge du microscope de l'université, donc sans compétences particulières en paléontologie, mais il faut bien avouer que c'est en osant qu'on arrive à des résultats concrets !

Qui a dit que le crime ne payait pas ? Nous venons de voir avec un magnifique exemple que le jackpot pouvait être au rendez-vous d'une simple arnaque n'ayant demandé que peu d'investissements financiers, la majeure partie des frais ayant été certainement pris en charge par l'université (on se demande pourquoi les frais d'inscription sont si élevés aux US, maintenant on est fixés…), mais il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que de petits malins peuvent arriver à faire leur beurre à partir d'informations frelatées, il y a aussi en Australie que l'on peut voir ce genre de situation tragi-comique.


Peter Ridd


Le cas de Peter Ridd est beaucoup plus subtil que celui de Mark Armitage ; ce dernier n'était qu'un professeur assistant à l'université, donc sans grande envergure et sans légitimité autre que ce pourquoi il avait été embauché, à savoir s'occuper d'un microscope, par contre Ridd, lui, est d'un tout autre niveau, car selon Desmogblog (je n'ai pas trouvé de fiche Wikipédia à son nom…) 
Peter Ridd is a former professor at James Cook University in Australia. According to his profile at JCU, Ridd was a geophysicist with interests in “coastal oceanography, the effects of sediments on coral reefs, instrument development, geophysical sensing of the earth, past and future climates, atmospheric modelling.” 
Peter Ridd est un ancien professeur de l'Université James Cook en Australie. Selon son profil chez JCU, Ridd était un géophysicien qui s'intéressait à "l'océanographie côtière, les effets des sédiments sur les récifs coralliens, le développement d'instruments, la détection géophysique de la terre, les climats passés et futurs, la modélisation atmosphérique".
Mais il nous est aussi précisé que
“Peter Ridd raises almost all of his research funds from the profits of consultancy work which is usually associated with monitoring of marine dredging operation,” his profile noted. The Marine Geophysics Laboratory at JCU has been involved in consulting for a range of coal terminal projects in 2012, funds which go to PhD scholarship and the staff of the MGL. 
"Peter Ridd obtient la quasi-totalité de ses fonds de recherche grâce aux bénéfices des travaux de conseil qui sont généralement associés à la surveillance des opérations de dragage marin", note son profil. Le Laboratoire de géophysique marine de JCU a été impliqué dans la consultation pour une gamme de projets de terminaux charbonniers en 2012, des fonds qui vont aux bourses de doctorat et au personnel du MGL.
On peut vérifier cette dernière affirmation sur le site du Marine Geophysics Laboratory qui nous dit :
The Marine Geophysics Laboratory has existed at JCU since 1989. Borne of the research interests of Professor Peter Ridd, the laboratory is now active in both research and consulting. Our staff members come from a wide range of backgrounds but share a passion for science and a commitment to delivering internationally respected products and services.
Le Laboratoire de géophysique marine existe au JCU depuis 1989. Né des intérêts de recherche du professeur Peter Ridd, le laboratoire est maintenant actif à la fois en recherche et en consultation. Les membres de notre personnel proviennent d'horizons très divers, mais partagent une passion pour la science et un engagement à fournir des produits et des services respectés à l'échelle internationale.
Ce laboratoire a donc deux objectifs, deux raisons d'être :
  1. la recherche, ce que l'on ne peut pas lui reprocher ;
  2. le conseil, ce qui peut éventuellement poser quelques petits problèmes…
Coal Terminal Expansion Project at Hay Point (QLD) - source marine-geophysics-laboratory/services/consulting

Pour 2012, pas moins de 4 projets étudiés par ce laboratoire :
  • Coal Terminal Project at Dudgeon Point (QLD) 
  • Coal Terminal Expansion Project Abbot Point (QLD) 
  • Coal Terminal Expansion Project at Hay Point (QLD) 
  • Shipping Terminal Expansion Project Weipa (QLD)

Il est nécessaire ici de faire une pause et de considérer les informations suivantes :
L'évolution de la production des cinq principaux États, de 1980 à 2012 (source https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_production_de_charbon)
Les échanges de charbon dans le monde pour la période 2002-2030 (source slideplayer)
Flux commerciaux du charbon (source carbonbrief)
The world’s largest coal exporters 2000-2014 (Mt). Source: UN Comtrade Database. Chart by Carbon Brief using Highcharts.

Je pense que ces quelques graphiques sont utiles, voire indispensables, pour comprendre vraiment le contexte dans lequel nous naviguons quand nous parlons de monsieur Peter Ridd, dont l'une des activités est donc de « conseiller » les producteurs de charbon de son pays, l'Australie.

Loin de moi l'idée que Peter Ridd pourrait être «influencé » pas ses donneurs d'ordre, il est bien connu qu'un scientifique n'est jamais tenté de pencher dans le sens de celui qui le finance, Fred Singer ou Willie Soon sont là pour le confirmer !

Alors de quoi s'agit-il exactement ?

L'affaire est compliquée dans les détails, on va donc tenter de la résumer avec des grandes lignes à l'aide de Desmogblog :
  • Peter Ridd était donc professeur à l'université James Cook (JCU) ;
  • Il a été licencié en mai 2018 ;
  • Selon l'université, le motif de son licenciement ce sont « des manquements répétés au code de conduite de son employeur » (repeated breaches of his employment’s code of conduct) ;
  • Ridd prétend que « la Grande Barrière de corail est "en grande forme" et rejette les preuves que les activités humaines, y compris le dragage et le réchauffement climatique causé par l'homme, ont endommagé la merveille marine emblématique au niveau international » (the Great Barrier Reef is “in great shape” and dismisses evidence that human activities including dredging and human-caused global warming have damaged the internationally iconic marine wonder) ;
  • La position des scientifiques est au contraire que « des blanchissements consécutifs des coraux liés à des températures de surface record ont tué environ un tiers des coraux du récif » (back-to-back coral bleaching events linked to record-breaking sea surface temperatures have killed about one third of the reef's corals) ;
  • Peter Ridd est devenu un héro dans la communauté climatosceptique depuis qu'il a décidé de poursuivre son ancien employeur en justice (Climate science deniers have afforded Ridd hero status since he took his now-former employer to court over its attempts to censure him)

Alors que dit le code de conduite de l'université ? Entre autres que Peter Ridd aurait dû
behave in a way that upholds the integrity and good reputation of the University.
se comporter d'une manière qui préserve l'intégrité et la bonne réputation de l'Université.
La question à se poser à ce sujet est donc de savoir si Peter Ridd a bien attenté à la bonne réputation de l'université par ses propos.

En consultant la documentation on peut penser qu'effectivement par ses actions il n'a pas vraiment contribué à donner une bonne image de la James Cook University ; en effet ce qui lui est reproché n'est pas tant le fond que la forme, c'est-à-dire la façon avec laquelle il a essayé de faire passer son point de vue qui différait notablement de celui communément admis par la communauté scientifique ; ainsi dans un communiqué de presse de l'université on peut lire :
The University has not objected to Professor Ridd's right to comment on quality assurance.
However, the University has objected to the manner in which he has done this. He has sensationalised his comments to attract attention, has criticised and denigrated published work, and has demonstrated a lack of respect for his colleagues and institutions in doing so. Academic rebuttal of his scientific views on the reef has been separately published.
L'Université ne s'est pas opposée au droit du professeur Ridd de commenter l'assurance de la qualité.
Toutefois, l'Université s'est opposée à la manière dont il l'a fait. Il a dramatisé ses commentaires pour attirer l'attention, a critiqué et dénigré les travaux publiés et a fait preuve d'un manque de respect à l'égard de ses collègues et de ses institutions en le faisant. La réfutation académique de ses vues scientifiques sur le récif a été publiée séparément.
Car une question encore plus intéressante à se poser est bien celle de savoir si Peter Ridd a raison ou tort, et comme le confirme le communiqué de presse « la réfutation académique de ses vues scientifiques sur le récif a été publiée séparément » ; en effet, il n'y a aucun doute sur la responsabilité du réchauffement climatique dans la dégradation du milieu marin et notamment celui qui concerne les coraux, il suffit de faire une recherche avec Google Scholar pour s'apercevoir du très large consensus, pour ne pas dire l'unanimité des scientifiques sur ce sujet ; on peut citer quelques exemples récents, datant de 2019 :
Effects of bleaching-associated mass coral mortality on reef structural complexity across a gradient of local disturbance
rising ocean temperatures and associated coral bleaching threaten the structural integrity of these important ecosystems.
l'augmentation de la température de l'océan et le blanchissement des coraux qui y est associé menacent l'intégrité structurelle de ces écosystèmes importants.
Reconstructing Four Centuries of Temperature-Induced Coral Bleaching on the Great Barrier Reef
coral reefs are increasingly susceptible to ocean warming from anthropogenic climate change.
les récifs coralliens sont de plus en plus sensibles au réchauffement des océans dû au changement climatique anthropique.
A global analysis of coral bleaching over the past two decades
Thermal-stress events associated with climate change cause coral bleaching and mortality that threatens coral reefs globally. 
Les événements de stress thermique associés au changement climatique causent le blanchissement et la mortalité des coraux qui menacent les récifs coralliens à l'échelle mondiale.
Managing recovery resilience in coral reefs against climate-induced bleaching and hurricanes: a 15 year case study from Bonaire, Dutch Caribbean 
Coral reefs are among the world's most endangered ecosystems. Coral mortality can result from ocean warming or other climate-related events such as coral bleaching and intense hurricanes.
Les récifs coralliens comptent parmi les écosystèmes les plus menacés du monde. La mortalité des coraux peut résulter du réchauffement de l'océan ou d'autres événements liés au climat tels que le blanchissement des coraux et les ouragans intenses.

Face à ces quelques exemples la position partisane de Peter Ridd ne fait pas vraiment le poids et quand il affirme que la Grande Barrière est en « grande forme » (in great shape) on peut douter de sa sincérité.

Evidemment c'est à un véritable concert de louanges envers Peter Ridd que nous assistons quand nous lisons la presse climatosceptique, par exemple :
Peter Ridd Has Won – Because of You
Peter Ridd and Jennifer Marohasy speaking about the need for quality assurance in science in Sydney in February 2018 (source jennifermarohasy)
VICTORY: Climate skeptic scientist Peter Ridd wins big!
Peter Ridd versus James Cook Uni — Free Speech on trial in two weeks

Peter Ridd wins biggest victory on free speech in a generation

Peter Ridd has defeated the Climate Inquisition thanks to you
Peter Ridd, scientifique hétérodoxe, « puni » pour avoir réfuté la thèse de la destruction de la grande barrière de corail par le réchauffement climatique
Peter Ridd Wins Court Case
Galileo wins court case

 Mais il faut lire aussi, car beaucoup plus sérieux :

Cependant si vous désirez vous cotiser pour aider le pôvre Peter Ridd c'est râpé, les dons ne sont plus acceptés, ayant atteint l'objectif de la modeste somme de 260 000 dollars (australiens j'imagine)


Conclusion


Dans les deux cas mentionnés nos « héros » ont gagné leur procès, l'un empochant une très confortable somme qui va le mettre à l'abri des intempéries pendant un bon moment, pour l'autre on ne sait pas trop quel montant il aura engrangé grâce à ses efforts devant les tribunaux à défaut de pouvoir argumenter correctement devant ses pairs (apparemment à la date d'aujourd'hui l'indemnité que recevra Peter Ridd n'a pas encore été fixée)

Aucun des deux n'a « prouvé » quoi que ce soit, ni Armitage et sa Terre de 6 000 ans qui aurait été créée par Dieu et aurait fait coexister les dinosaures avec les humains, ni Ridd et sa prétendue bonne santé de la Grande Barrière de Corail qu'il est le seul à diagnostiquer (mais on attend toujours ses arguments, il se contente de dire que les études sur le sujet ne sont pas valables) 

S'ils ont gagné leurs procès respectifs c'est uniquement grâce à des arguments (ou arguties) juridiques qui mettent la liberté d'expression au-dessus de tout, y compris de l'intégrité morale et de la légitimité d'individus soit incompétents sur un sujet particulier et fortement influencés par des « forces » spirituelles, soit motivés par des « incitations » financières sur lesquelles un tribunal n'a pas à statuer.

Par exemple le juge Salvatore Vasta, dès la première page des raisons de son jugement, précise bien dans l'introduction que 
The clause in question is cl.14 of the James Cook University Enterprise Agreement. It is headed “Intellectual Freedom”. It, and it alone, is the focus of this judgement. 
La clause en question est l'article 14 de l'Accord d'entreprise de l'Université James Cook. Il s'intitule "Liberté intellectuelle". C'est elle, et elle seule, qui fait l'objet de ce jugement.
La conclusion est donc qu'un scientifique est libre de dire toutes les conneries qu'il veut, nous le savons très bien ici en France avec des phénomènes comme Allègre, Courtillot, Gervais ou Rittaud ; la seule chose qu'on leur demande, en principe, est de ne pas dénigrer leurs collègues, bien que même cela n'est pas vraiment puni par la loi, ou alors il faudrait me dire pourquoi les susmentionnés n'ont jamais été condamnés...mais il faut dire qu'ils sont astucieux et citent rarement des noms, préférant se cantonner à des généralités en se référant par exemple au GIEC, ce qui leur évite de nommer tous les scientifiques, et ils sont nombreux, dont les travaux sont reportés par cet organisme.




dimanche 2 juin 2019

Leçon de désinformation sur les tornades par Roy Spencer

Nous le savons tous depuis longtemps maintenant, pour Roy Spencer il n'y a pas de réchauffement climatique important et de toute façon celui-ci est essentiellement d'origine divin…, pardon, naturelle, donc l'homme n'en est absolument pas responsable par l'utilisation qu'il fait des énergies d'origine fossile que Dieu, pardon, que la nature a mis des millions d'années à constituer (en vérité je vous le dis, Dieu a mis beaucoup moins de temps que cela, il est tellement plus efficace que la nature, ne nous a-t-il pas créés seulement au bout de six jours ?)

Mais Roy Spencer est omniscient, il sait tout des phénomènes climatiques qu'il observe attentivement depuis son bureau situé en Alabama, cet Etat progressiste qui fut l'un des premiers à développer la culture du coton avec l'aide désintéressée de milliers d'esclaves, il en est resté quelques relents encore aujourd'hui et ce n'est pas étonnant qu'on dénombre dans la région un nombre impressionnant de créationnistes dont Roy Spencer pour qui « Les tornades récentes sont dues à un temps exceptionnellement froid. »

Pourquoi pas ? Bien que certains de ses lecteurs ne semblent pas partager son point de vue, surtout quand il affirme :
To claim that global warming is causing more tornadoes is worse than speculative; it is directly opposite to the clear observational evidence.
Prétendre que le réchauffement de la planète cause plus de tornades est pire que spéculatif ; c'est tout à fait contraire aux évidentes observations.
En effet, on lui fait remarquer :
Entropic man says:
May 29, 2019 at 12:12 PM
“To claim that global warming is causing more tornadoes is worse than speculative; it is directly opposite to the clear observational evidence.”
I dont recall any claims by climate scientists that global warming is causing more tornadoes. Is this another denier straw man?
"Prétendre que le réchauffement climatique cause plus de tornades est pire que spéculatif, c'est tout à fait contraire aux preuves d'observation."
Je ne me souviens pas que les climatologues prétendent que le réchauffement de la planète cause plus de tornades. C'est un autre homme de paille négationniste ?
Je passe sur les autres commentaires de lecteurs ayant un sens critique plus prononcé que le climatosceptique lambda qui fréquente le site de Roy Spencer avec assiduité, je me contenterai de seulement reprendre le graphique qu'il montre afin de nous « prouver » que le réchauffement climatique n'a rien à voir avec les tornades dont les Etats-Unis sont coutumiers (du moins une partie du territoire) :
Tornades fortes à violentes (F3+) aux États-Unis, de 1954 à 2018 (source NOAA reprise par drroyspencer)

Ce graphique semble parfaitement correct, il est même actualisé par rapport à celui qu'on peut visualiser sur le site de la NOAA qui s'arrête en 2014 :
Nombre annuel de tornades fortes à violentes (F3+) aux États-Unis, 1954 à 2014 (source noaa)

Bravo donc à Roy Spencer de nous donner des informations jusqu'en 2018, même s'il faudra attendre la fin de 2019 pour avoir une idée plus précise de la situation (il y a eu en mai un nombre impressionnant de tornades, et c'est bien pour cela que notre ami Spencer a cru bon d'intervenir…) ; seulement il y a un hic, le graphique ne représente (vous vous en seriez peut-être un peu douté) qu'une partie de l'histoire, celle que Roy Spencer veut nous montrer, en passant sous silence le reste, par exemple ce graphique tiré du site de la NOAA qu'il aurait pu montrer également à ses lecteurs :
Nombre annuel de tornades EF-1+ aux États-Unis, de 1954 à 2014 (source noaa)

Le premier graphique représente les tornades qualifiées de « fortes à violentes » sur l'échelle Fujita (Enhanced Fujita scale), au-dessus de EF3 (vents supérieurs à 135 mph), ce sont les moins nombreuses chaque année (heureusement) puisque Spencer lui-même nous dit que leur moyenne annuelle est de 56 de 1954 à 1985 pour passer à 34 de 1986 à 2018 ; par contre le deuxième graphique nous montre toutes les tornades au-dessus de EF1 (vents supérieurs à 85 mph) en omettant donc les tornades de très faible intensité nommées EF0 (vents de 65 à 85 mph), et là nous voyons que le nombre de tornades n'est pas du tout en diminution comme essaie de nous le faire croire notre prêcheur alabamesque.

Je serai bien intéressé de savoir quel est l'historique à aujourd'hui des tornades de classe EF0, les plus faibles, pour l'instant je n'ai trouvé que ce graphique tiré de cette étude :
Représentation graphique des dommages causés par les tornades sur l'échelle de Fujita (source noaa)

L'étude datant de 2002 ou 2003 l'échelle Fujita était l'ancienne qui a fait place en 2007 à l'échelle améliorée, cependant cela ne change rien à la constatation suivante : toutes les tornades sont sur la période 1970-2002 en nombre constant, sauf celles de faible intensité qui ont fait un bond à partir des années 1990 !

D'ailleurs en introduction l'étude nous montrait la fréquence de toutes les tornades aux Etats-Unis :
Fréquence des tornades depuis 1970.  La ligne noire représente l'analyse des tendances sur 5 ans (source noaa)

Dans ce graphique sont donc représentées toutes les tornades, sans exception, et on aimerait que Roy Spencer nous montre le même graphique actualisé jusqu'en 2018, lui qui a su trouver sur le site de la NOAA un graphique qui l'arrangeait bien.

Assez étrangement cette étude de la NOAA ne faisait à aucun moment allusion au réchauffement de la planète… cependant il est vrai qu'il existait dans le passé ce que l'on pourrait appeler un biais de comptage :
Tornado reports have been on a general increase since the late 1980s. Part of this is due to an aggressive effort to establish a large network of storm spotters. 
Les rapports de tornades sont en augmentation générale depuis la fin des années 1980. Cela s'explique en partie par les efforts énergiques déployés pour établir un vaste réseau d'observateurs de tempêtes.
Il y avait dans le passé des tornades non reportées, faussant ainsi les statistiques pour les périodes les plus anciennes, et c'est pour cela que le décompte ne commence qu'en 1970, car comme il est expliqué dans l'introduction :
This period does not include the tornado growth period that occurred as official records began to be kept in Tornado Data (through 1957) and Storm Data (in subsequent years.) Also, the years 1950-1969 were a growth period because it was the start of the public awareness and communication revolution that gave tornadoes increased publicity due to television news coverage and graphic depictions of tornadoes and tornado damage. 
Cette période [1970-2002] ne comprend pas la période de croissance des tornades qui s'est produite lorsque les données officielles ont commencé à être conservées dans Tornado Data (jusqu'en 1957) et Storm Data (dans les années subséquentes). De plus, les années 1950-1969 ont été une période de croissance parce que c'était le début de la révolution de la sensibilisation du public et des communications qui a donné aux tornades de la visibilité grâce aux reportages télévisés et aux descriptions graphiques des tornades et de dommages qu'elles ont occasionnées.
On peut donc considérer que le graphique des années 1970-2002 représente bien la réalité et il est étrange que Roy Spencer ignore totalement le fait que les tornades dans leur ensemble semblent montrer une courbe légèrement ascendante, on se demande bien pourquoi…

Mais un article écrit par quelqu'un peut-être un peu plus qualifié (ou plus honnête ?) que Roy Spencer nous dit que « La fin est en vue pour une période de conditions météorologiques extrêmes époustouflantes » en nous montrant ce graphique :
Comptage des tornades en cours (source pmarsh)

Ici aussi il me semble que l'on parle du total des tornades recensées, sans tenir compte de leur intensité, et l'auteur de ce graphique, le météorologue Patrick Marsh, twitte :
Just how "active" have the last 30 days been for tornadoes? We're currently sitting at 500 filtered *eyewitness tornado reports* during this time period.

Only four periods in the official database ever exceed 500 *observed* tornadoes in 30 days: 2003, 2004, 2008, and 2011.
Dans quelle mesure les 30 derniers jours ont-ils été " actifs " pour les tornades ? Nous en sommes actuellement à 500 rapports de tornade filtrés *témoins oculaires* pendant cette période.

Seulement quatre périodes de la base de données officielle dépassent 500 tornades *observées* en 30 jours : 2003, 2004, 2008 et 2011.
Mais 500 tornades, pour Roy Spencer, cela doit être « normal » si c'est Dieu qui l'a voulu, n'est-ce pas ?

Et si notre gourou alabamien nous dit que toutes ces tornades ont été causées par « un temps exceptionnellement froid », de façon à bien nous faire comprendre que le réchauffement climatique n'a pas à être invoqué (puisqu'un temps exceptionnellement froid disqualifie d'office le réchauffement climatique, hein !), nous avons une autre explication fournie par des gens un peu plus compétents qui nous disent dans « Étendue du nombre de tornades, temps violent depuis la fin avril, l'une des plus prolifiques en 8 ans » :
The jet has taken a persistent southward dive over the western U.S., sending impulses into the central U.S., where warm, humid air was in place to generate the instability to ignite severe thunderstorms and tornadoes.
Le jet a plongé en permanence vers le sud au-dessus de l'ouest des États-Unis, envoyant des impulsions vers le centre des États-Unis, où de l'air chaud et humide était en place pour générer l'instabilité nécessaire pour déclencher de violents orages et tornades.
Nous voyons là qu'il ne s'agit pas de réduire ces multiples tornades à « un temps exceptionnellement froid », puisque ce qui est en fait exceptionnel dans l'affaire c'est la forme du jet-stream, et surtout sa persistance à demeurer dans cet état-là :
La configuration du courant-jet qui a mené à la période prolongée d'orages violents, de tornades et de pluies diluviennes dans certaines parties du centre des États-Unis entre le milieu et la fin mai 2019. Cette tendance a également produit une chaleur record en mai dans le sud-est des États-Unis et un temps frais et humide dans une grande partie de l'Ouest.

Cela dit cette situation « anormale » nous permet tout de même de profiter de magnifiques points de vue :
Un orage de supercellules en rotation se déchaîne dans le ciel en fin de soirée près d'Imperial, au Nebraska, le lundi 27 mai 2019. La tempête a fait l'objet d'un échantillonnage exhaustif dans le cadre du projet de terrain TORUS, qui étudie les orages de supercellules ce printemps. Photo : Mike Coniglio, Laboratoire national des tempêtes violentes de la NOAA. (source wunderground)

Mais ne tirons pas de conclusions hâtives et écoutons Kerry Emanuel qui, dans « La série quotidienne de tornades a fait approcher les États-Unis d'un " territoire inexploré " », nous dit :
Dealing with tornadoes and climate change is absolutely complicated, there are relatively few papers that discuss tornadoes and climate because it's almost impossible to see any signal in the data; what's more the data of the current generation of radar technology goes back to only about 1990, a shorter period than that for good hurricane data.
La façon de considérer les tornades et les changements climatiques est très compliquée, il y a relativement peu de papiers qui traitent des tornades et du climat parce qu'il est presque impossible de voir le moindre signal dans les données ; de plus, les données de la génération actuelle de la technologie radar ne datent que de 1990 environ, une période plus courte que celle des bonnes données pour les ouragans.
Que disait donc Roy Spencer au fait ?
Prétendre que le réchauffement de la planète cause plus de tornades est pire que spéculatif ; c'est tout à fait contraire aux évidentes observations.

On devrait présenter Kerry Emanuel à Roy Spencer, ce dernier aurait certainement beaucoup à apprendre, un petit problème étant bien sûr que cela risquerait de heurter sa sensibilité de bon crét…, pardon, de bon chrétien.

Les créationnistes se déguisent en scientifiques, nous dit encyclotron

Eh oui, il ne faut pas trop demander à Roy Spencer, il a dû être biberonné aux images pieuses dans le culte du péché originel d'il y a 6 000 ans, alors les tornades pour lui c'est du pipi de chat.

Une tornade dans son bac.

PS - désolé d'avoir succombé à la petitchatomanie, mais je ne le ferai plus, promis juré !