Avec la
nouvelle vidéo (description et sources
ici) de Rodolphe Meyer, alias
le Réveilleur, nous avons désormais la preuve irréfutable que François Gervais est un menteur qui n'hésite pas à produire des graphiques truqués pour tromper son audience dans la conférence qu'il a tenue en décembre 2018 et qui a été diffusée par le site
Solidarité et Progrès.
Nous en avions quelques indices (pas moins de 60 !) qui avaient été relevés par François-Marie Bréon et dont j'avais fait le compte-rendu dans
François Gervais passé à la moulinette de François-Marie Bréon, mais aujourd'hui plus aucun doute est possible, même si
la première vidéo du Réveilleur ne semblait pas pouvoir affirmer catégoriquement que nous avions affaire à un charlatan.
Il est en effet peu probable, pour ne pas dire qu'il est certain que François Gervais ne pouvait pas ignorer que ce qu'il présentait était très fortement biaisé afin d'aller dans le sens qu'il désirait que l'assemblée comprenne, à savoir que le CO² n'avait pas vraiment beaucoup d'influence sur la hausse des températures.
Ainsi, à partir de 32:09 François Gervais présente le graphique suivant :
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| L'évolution du consensus sur la sensibilité climatique selon François Gervais. |
Et voici ce que dit François Gervais lors de la présentation de ce graphique (in extenso de façon à ne pas m'accuser de cherry-picking)
[…] la sensibilité climatique. Alors ça c'est extraordinaire, on parle toujours d'un consensus entre les scientifiques...Comment ! vous êtes climatosceptique ? Mais c'est pas possible, il y a un consensus de tous les scientifiques là-dessus ! Il y a un consensus, eh ben regardez ça se voit tout de suite, j'ai reporté en fonction de l'année de publication [un gloussement audible dans la salle à ce moment] la sensibilité climatique qui est inscrite dans des revues internationales à comité de lecture. Alors effectivement en 2000 euhhhh 2001 il y en a un qui a publié 6 degrés, d'autres qui ont publié 3 degrés, ensuite il y a encore des valeurs...alors je précise il y a deux types de valeurs, les rouges et les noires, les rouges c'est la sensibilité climatique à l'équilibre (ndlr = ECS), c'est-à-dire de combien serait l'échauffement de la Terre si le taux de CO² doublait dans l'atmosphère, c'est toujours la même définition, MAIS une fois qu'on aura atteint l'équilibre, quand est-ce qu'on aura atteint l'équilibre ? dans plusieurs centaines d'années, parce que ça dépend de la dynamique des océans...donc on calcule déjà une sensibilité climatique à un moment où on s'en fiche complètement puisque ce sera plusieurs siècles plus tard ! Alors je préfère la valeur de la sensibilité climatique qu'on appelle transitoire (ndlr = TCR) parce que elle c'est au moment où le taux de CO² double dans l'air, c'est beaucoup plus logique pour voir effectivement ce qui risquerait de se passer […]
Avant d'attaquer le vif du sujet il est nécessaire de faire ici une pause et d'analyser cette première partie du discours de Gervais.
Tout d'abord notons que tout n'est pas faux dans ce qu'il dit, ce qui rend son exposé encore plus dangereux, car dans ce cas les parties volontairement biaisées vont passer beaucoup plus inaperçues.
Ensuite admirons le magnifique
strawman (
argument de l'homme de paille ou épouvantail en français) qui consiste à laisser entendre que la communauté scientifique aurait prétendu adhérer à un consensus concernant la sensibilité climatique alors qu'il n'en a jamais été question, et aujourd'hui encore, sur ce point précis (nous allons le voir plus loin) de nombreuses études donnent des ECS différentes, mais dans une fourchette représentant la marge d'incertitude que Gervais se garde bien d'indiquer.
Faisons enfin remarquer que l'ECS ne produit pas l'essentiel de ses effets « dans plusieurs centaines d'années » mais bien au bout de quelques décennies, les variations ultérieures pour arriver à l'équilibre définitif étant peu significatives, comme on peut le constater sur ce graphique tiré du site de
Clive Best :
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| Fig 1: Response temperature curve for GISS Model 2 following a sudden doubling of CO2 in 1958. and fit described in the text. The e-folding time is 15 years. |
Dans cet exemple (choisi chez un climatosceptique modéré qui publie chez
Judith Curry…) la température augmente de 4°C en quarante ans environ, et n'atteint les 4,4°C d'ECS que bien plus tard ; par conséquent parler d'ECS a du sens contrairement à ce que prétend Gervais (si quelqu'un a des précisions à donner sur le sujet qu'il/elle n'hésite pas)
Voici quelques références récentes (dont Wikipédia) concernant la sensibilité climatique :
Mais reprenons la vidéo de Gervais là où nous l'avions laissée (à 33:25) :
Bon dans tous les cas si on fait une régression linéaire sur ça...alors c'est ce qu'on appelle le consensus ! Donc vous voyez ça va de 0 à 6 degré [il ricane à ce moment] c'est un consensus [il écarte les bras en grand] parait-il, bon, moi je veux bien, drôle de définition du consensus, bon toujours est-il que effectivement les scientifiques continuent à travailler et que la tendance [il accentue fortement ce mot], voyez en particulier le GIEC pour la sensibilité à l'équilibre a dit entre 1,5 et 4,5 la moyenne c'est 3 degrés, mais la plupart des valeurs qui ont été publiées depuis sont nettement en-dessous ! Et le GIEC n'a pas fait de rectificatif par rapport à son rapport AR5, au contraire, on vient de le voir, il a repris les mêmes valeurs ici euhhhhh [il cherche sur son PC] je sais plus où c'est ! On l'avait vu tout à l'heure, voilà ici, il a repris les mêmes valeurs données par les modèles du rapport AR5 sans tenir compte de tous les travaux qui ont été publiés depuis. Normalement il est censé le faire dans le rapport AR6 qui est prévu pour sortir en 2022. On verra...mais pour l'instant les scientifiques, majoritairement, disent on est nettement en-dessous des valeurs du GIEC.
Nous allons nous arrêter là, car je pense qu'il n'est pas nécessaire d'aller plus loin pour démontrer la supercherie manifeste de Gervais (si ça vous tente vous pouvez continuer à condition d'être capable d'endurer ses euhhhh ainsi que ses mensonges) ; en effet, il reproche au GIEC d'être resté sur une ECS de 3°C en moyenne (avec une incertitude allant de 1,5 à 4,5) alors que,
d'après lui, « les scientifiques, majoritairement, disent on est nettement en-dessous des valeurs du GIEC ».
C'est à ce moment de sa vidéo que le Réveilleur nous montre le graphique que j'avais déjà produit dans mon billet
François Gervais passé à la moulinette de François-Marie Bréon :
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| Compilation des études de la sensibilité climatique depuis le début des années 2000. |
Je présume que c'est François-Marie Bréon qui a fourni cette information au Réveilleur en lui donnant sa source,
carbonbrief, ce qui montrerait que mon blog sert à quelque chose, ce dont je me réjouis au passage, puisque Bréon lui-même y a découvert ce graphique qu'il ne connaissait pas (il y en a beaucoup d'autres, mais celui-ci est particulièrement parlant et explicite)
On comprend mieux avec ce graphique pourquoi le GIEC a toujours repris la valeur médiane de 3°C, comme le dit très justement Gervais, mais on peut douter que dans le rapport AR6 on y voie une valeur inférieure !
En fait ce graphique rassemble TOUTES les études sur la sensibilité climatique, alors que le graphique de Gervais n'en recense que quelques unes, et comme par hasard celles qui montrent une sensibilité beaucoup plus faible, de l'ordre de seulement 1°C !
C'est là que le Réveilleur a fait un super boulot, dont j'aurais été bien incapable, mais que Gervais, physicien et professeur à la retraite, aurait pu et dû effectuer avant de se lancer dans ses explications fumeuses, à condition évidemment qu'il ait été parfaitement honnête ; car comment imaginer qu'un tel monsieur ayant apparemment toute sa tête ait pu se tromper à ce point ?
Je vous laisse écouter les explications du Réveilleur (
à partir de 25:00 et jusqu'à 30:30 environ) et je ne reprendrai que ce qu'il dit à partir de 29:47 :
Si on demandait à un élève de master de donner une représentation de l'évolution de la sensibilité climatique au fil du temps et qu'il manquait plus des deux tiers des papiers, que des papiers sans rapport aient été utilisés, que des valeurs étaient mal reportées, que l'incertitude n'était pas représentée, qu'un indice revenait deux fois et que la multitude d'erreurs aboutit à une figure qui montre le contraire de ce qu'elle devrait, cet élève aurait zéro, cette figure est soit une incroyable erreur soit une manipulation grossière, en tout cas on ne peut pas du tout s'y fier.
Ainsi François Gervais n'a même pas un niveau de master puisqu'il aurait un zéro pointé étant donné que tout ce que le Réveilleur attribue à « un élève » s'applique en vérité au graphique tiré de sa conférence ! (et ce graphique truqué figure dans
un de ses papiers publié dans une revue à comité de lecture…)
Je ne commenterai pas davantage, j'invite mes lecteurs à visionner en entier les deux vidéos du Réveilleur, il explique très clairement les choses et malgré un débit de parole rapide on arrive quand même à suivre ; pensez que pour réfuter moins de dix points parmi les soixante relevés par Bréon le Réveilleur a dû s'employer dans deux longues vidéos, on comprend qu'il en ait un peu marre et souhaite passer à autre chose, ce qu'il avoue à la fin de sa deuxième vidéo, et on ne va pas lui en vouloir.
A noter qu'un autre vidéaste s'est chargé de quelques autres points litigieux de la logorrhée gervaisienne, il s'agit de
Curieux 2 Savoir, mais je l'ai trouvé moins clair que le Réveilleur, cependant il est intéressant à regarder, son exposé complète celui de Rodolphe Meyer et permet d'enfoncer «
another nail in the coffin » climatosceptique.