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lundi 26 octobre 2015

Benoit Rittaud, le mathématicien égaré

Benoit Rittaud était promis à un bel avenir.

Mathématicien de formation, il a  écrit un certain nombre d'ouvrages dont les mémorables Le fabuleux destin de V2 (nous attendons toujours avec impatience la suite qui pourrait s'appeler A la recherche de racine cubique) ou Faut-il avoir peur des maths?  (qui lui servit certainement de support de réflexion pour son récent La peur exponentielle) qui lui vaudront un jour l'attribution de la médaille Fields (après tout Cédric Villani l'a eue, alors pourquoi pas lui?)

Mais voilà, Benoit Rittaud dut à un certain moment de sa jeune existence être frappé par le syndrome de-la-grosse-tête-et-des-chevilles-qui-enflent et se mit à sombrer dans un doux délire qui le fit basculer du côté ésotérique et pseudo-scientifique de sa discipline, un peu comme un autre mathématicien maintenant à la retraite, Yves Lignon, dont le parcours est étrangement similaire : tous deux mathématiciens donc, maitres de conférence (ce qui n'a jamais été une preuve de sérieux), auteurs de nombreux ouvrages très décriés essentiellement destinés à un public "averti" (i.e. déjà acquis à leur cause) mais surtout utiles pour améliorer l'ordinaire (car il faut bien faire bouillir la marmite et il n'y a pas de petits profits)

Ainsi Benoit Rittaud devint devin.

Il se procura une boule de cristal afin de lire l'avenir, puisqu'il n'était pas capable de le faire avec les nombres.

Vous ne me croyez pas?

Pourtant c'est Benoit Rittaud lui-même qui l'avoue à plusieurs reprises dans des articles publiés sur le site moribond Skyfall (ou Skyfal, ou Skyfail, on ne sait plus trop comment l'écrire)

Ainsi en janvier 2010 Benoit Rittaud nous gratifie d'un article intitulé Prophétie de cauchemar dans lequel il nous dit notamment "Voici une prophétie de mon cru, sous la forme d’une interview imaginaire" ; suit un dialogue entre un journaliste (il s'agit en fait de la représentation mentale de Benoit Rittaud) et un supposé représentant du GIEO (avatar du GIEC qui bien sûr n'a jamais existé que dans l'esprit de Benoit Rittaud) dont nous pouvons extraire cet intéressant échange :
  • le journaliste (i.e. Benoit Rittaud) : Il reste que, contrairement aux prévisions du GIEC, la température de la Terre a brutalement chuté depuis trois ans, au point que l’on prévoie (sic) désormais d’en revenir d’ici quinze ans aux niveaux de l’ère préindustrielle…
  • le représentant du GIEO : Le nom anglais du GIEC était International Panel on Climate Change : il s’agissait de s’intéresser aux changements climatiques, et non au réchauffement. Qui peut nier, précisément en raison de l’évolution actuelle de la température, que le climat se modifie ? Quoi qu’il en soit, je ne souhaite pas m’attarder sur des polémiques stériles. Il me semble bien plus important et plus urgent de me tourner vers l’avenir
On doit préciser que l'interview en question est supposée se tenir le 12 octobre 2014, soit 4 ans et demi après la prophétie de Benoit Rittaud.

Si l'on effectue un simple calcul approximatif on s'aperçoit que Benoit Rittaud avait prévu, sur la foi de sa boule de cristal, une chute brutale des températures pour les années 2011 et suivantes.

Il y a tout à parier que Benoit Rittaud, enfin je veux dire la boule de cristal de Benoit Rittaud s'est fiée, la sotte, sur ce genre de graphique :

En partant de 1998, année exceptionnellement chaude à cause d'un El Niño non moins exceptionnel, pour arriver à 2009 (l'article date de janvier 2010) on obtient une magnifique courbe descendante!

C'est quand même ballot de la part d'un mathématicien de la trempe de Benoit Rittaud, qui plus est maitre de conférence et auteur de nombreux livres pour enfants, de s'égarer (d'où le titre de mon article) à ce point en se fiant à une courbe représentant une dizaine d'année seulement pour en déduire une tendance à long terme et se planter comme un débutant (et je ne suis même pas sûr qu'un étudiant en première année de licence de maths puisse commettre ce genre d'erreur)

Pour y voir plus clair il faut prendre de la hauteur, ou du recul si on préfère, et par exemple Benoit Rittaud aurait pu demander à sa boule de cristal de lui montrer cette courbe ci :
Il aurait alors bien vu que depuis 1880, date de début des mesures, jusqu'en 2009, il y avait bien une hausse continue des températures avec de temps en temps des "plateaux", voire des "baisses" temporaires, comme celle de la fin des années 1990 et du début des années 2000 que le GIEC qualifia de "hiatus" dans son dernier rapport (et je vous parie ma chemise que dans le prochain rapport du GIEC ce "hiatus" aura disparu, puisque le GIEC collecte les toutes dernières avancées de la science et que nous avons maintenant suffisamment de recul pour comprendre ce "hiatus" que les climato-sceptiques qualifient de "pause" voire même de "pic" avant un nouvel âge glaciaire!)

Pour y voir encore plus clair on peut enfin regarder ce que donne le même graphique mais en allant jusqu'en 2015 puisque nous y sommes :
Toujours pas la moindre baisse visible, la boule de cristal de Benoit Rittaud est peut-être atteinte de myopie...

Et si vous préférez les données RSS qui ne sont pourtant disponibles que depuis 1979, cela donne ceci :

Vous voyez une baisse vous? Il faudrait peut-être que Benoit Rittaud explique à sa boule de cristal (ou l'inverse?) ce qu'est une régression linéaire, moi je n'y connais rien et serais bien incapable d'en donner une définition, je me fie seulement à la logique qui me dit que quand on monte un escalier il y a de temps en temps un palier, ce n'est pas pour autant que j'en déduis que l'escalier s'arrête de monter...

Mais ce n'est pas tout, Benoit Rittaud, en septembre 2014 cette fois, continua de faire confiance à sa boule de cristal et publia un article, intitulé L'Organisation météorologique mondiale enterre le réchauffement climatique, qui fera date dans l'histoire de la voyance extraclimatolucide ; voici quelques extraits (mes commentaires entre parenthèses) :
  • Je ne pensais pas que ma boule de cristal était si efficace (Benoit Rittaud vit dans un monde parallèle où la lucidité n'existe pas)
  • Ce qui vient de se passer, je l’ai annoncé il y a quatre ans, en ne me trompant que d’un mois.(ah bon! nous venons de voir ce qu'il en était...)
  • Ainsi, qu’on se le dise : les carbocentristes ont désormais déserté le terrain du réchauffement climatique, au profit de l’acidification des océans (la boule de cristal de Benoit Rittaud ne sait donc pas que réchauffement climatique et acidification des océans sont intimement liés, par conséquent, contrairement à ce qu'elle susurre à l'oreille de son maitre, on continuera longtemps, très longtemps, à parler de réchauffement climatique et d'acidification des océans, entre autres! )
Sa boule de cristal a inspiré d'autres articles à Benoit Rittaud, mais on ne va pas s'appesantir davantage sur les défauts et dysfonctionnements de l'appareil, il semblerait d'ailleurs que depuis quelque temps cette boule de cristal n'apparaisse plus, peut-être son propriétaire s'en est-il finalement débarrassé, à moins qu'il l'ait envoyée à la révision pour lui changer l'huile et refaire les niveaux, qui sait?

Bref, nous tenons en la personne de Benoit Rittaud le digne successeur de Vincent Courtillot, qui lui-même avait repris le flambeau lâché par Claude Allègre pour cause de grosse fatigue.

Mais qu'est-ce qui motive en fait un mathématicien à se fourvoyer dans un domaine qui n'est pas le sien et à aller à contre-courant de la quasi totalité des scientifiques spécialisés dans l'étude du climat, qu'ils soient glaciologues, océanographes, dendrologues, paléo climatologues, biologistes, etc.?

Benoit Rittaud n'étant pas un expert en ce domaine de la climatologie, il reste donc deux hypothèses comme pour notre ami Jean-Pierre Bardinet :
  • c'est un menteur/charlatan/escroc, c'est à dire quelqu'un qui sait pertinemment qu'il trompe son monde mais le fait pour poursuivre un objectif précis : gagner plus d'argent grâce à la vente de ses livres
  • c'est un idiot utile, c'est à dire quelqu'un qui croit savoir mieux que les spécialistes et se laisse leurrer par des scientifiques pseudo-sceptiques tels que Fred Singer qui ne sont motivés que par leur idéologie néo/ultra libérale.
Il est d'ailleurs assez significatif que Benoit Rittaud soit essentiellement reconnu dans la sphère libérale francophone (il est totalement inconnu ailleurs), il a son wikiberal mais pas de wikipedia à l'horizon!

Il publie régulièrement sur Contrepoint et on peut le voir ou l'entendre dans quelques autres medias clairement libéraux comme l'Opinion ou Libertarien TV.

Il n'a même pas le courage de montrer son côté climato-sceptique sur son profil Futura-science  qu'il termine par des considérations philosophico-surréalistes à la limite de propos de café du Commerce :
  • La surabondance d'informations invérifiables mises en ligne par des personnes mal renseignées est un problème majeur posé à cet outil par ailleurs irremplaçable qu'est Internet. L'esprit « démocratique » de certains sites (comme une encyclopédie ouverte bien connue), s'il part d'une bonne intention et peut à l'occasion produire d'excellentes choses, est en retrait par rapport à l'idée que je me fais du savoir en général. 
    À mon sens, et tant pis si cela peut paraître rétrograde, nous ne sommes pas tous égaux devant la connaissance et la meilleure volonté du monde des amateurs ne peut pas se substituer valablement aux connaissances des spécialistes (même si les compétences de ceux-ci ne doivent surtout pas être idéalisées).

On ne peut pas mieux décrire que Benoit Rittaud himself ses propres errements en matière de sciences du climat!


Pour terminer cet article déjà trop long, que penser du livre phare de Benoit Rittaud, Le mythe climatique?


D'abord je dois avouer que je ne l'ai pas lu et ne compte pas le faire; en effet, pourquoi irais-je payer 149 euros (oui vous avez bien lu, le livre est proposé à ce prix sur Amazon! Ajout du 28/02/2016 : le livre a subi une importante décote, il est maintenant proposé à 50 euros sur Amazon, bientôt on vous donnera de l'argent pour vous le procurer. Ajout du 15/11/2016 : le prix a chuté à 14,98 euros, la descente aux enfers continue !) pour apprendre ce que je sais déjà de ce que Benoit Rittaud tente de vendre comme arguments en faveur de ses thèses foireuses que tout le monde connaît par cœur (que ce soit via Skyfall/Contrepoints ou dans les émissions de télé auxquelles il a participé)


Je me contenterai donc de diriger tout lecteur intéressé vers trois liens permettant d'avoir un avis sur la question :
  • un article sur iceblog.over-blog dont voici quelques extraits:
    • c'est que B.Rittaud, dans une vision des choses et un vocabulaires très belliciste,  semble persuadé que les sceptiques ont désormais « gagné », que le « sol se dérobe sous les pieds » des climatologues sous "les coups de boutoirs de l'arméee des sceptiques", et se dit étonné de la soudaineté de cette récente victoire
    • sans doute B.Rittaud a-t-il l'impression, comme il le dit sur le plateau d'Arrêt sur images, qu'il est désormais « branché d'être climato-sceptique ».  Chacun sait l'importance que le fait d'être branché a dans la validité des théories scientifiques 
    • On retrouve en fait surtout dans ce livre un espèce de gros condensé de la blogosphère climatique, version sceptique: pêle-mêle, références à ClimatAudit, Wattsupwiththat, pensee-unique, skyfal, liens vers les videos de Courtillot, Leroux, vers les « pétitions de 30000 scientifiques qui contestent le réchauffement climatique » , les 450 articles « sceptiques »...
    • c'est en toute logique qu'on retrouve comme chapitres « scientifiques » principaux du livre, les « tubes » du scepticisme:
      - la crosse de hockey est brisée
      - la T° globale n'existe pas ( ou ne veut rien dire, ou est fausse..)
      - le CO2 suit la T° dans les carottes de glace
      - les modèles ne sont pas fiables
    • Cf le passage assez ridicule sur le décalage CO2/T° dans les carottes de glaces, censé poser un "problème fondamental" aux climatologues, dont l'explication – les GES agissent comme une rétroaction (avec l'albédo) sur le forcage orbital – semble simplement « trop compliquée » pour être vraie à B.Rittaud, et le résultat d'une « imagination sans limite » qu'on ne peut accepter.
    • Moins drôle, il y a aussi de longs passages pas très clairs – et par conséquent, au final, pas très sains - sur la pseudo-science, Popper, l'absence de preuves, les modèles qui sont des « oracles » et les climatologues pas très différents des « mediums » etc..,
    • On notera aussi, en toute cohérence avec le reste, l'absence totale de physique (forcage radiatif, effet de serre ?), et, au sortir du livre, il semble que la position de l'auteur soit « on ne sait rien », "c'est complexe", et « bah, la T° peut bien varier toute seule, non ?»
  • une interview de Jean Jouzel :
    • C’est un livre qui n’apporte aucun argument scientifique nouveau et étayé et qui mélange parfois des considérations pseudo-philosophiques qui n’ont pas grande pertinence dans le débat. Je ne vois pas notamment l’intérêt de digresser sur le pari de Pascal.
    • Il reprend des arguments largement débattus et même si certains sont exacts, il ne fait pas avancer la science.
    • (au sujet de la température moyenne critiquée par Benoit Rittaud) Je ne vois absolument pas pourquoi on ne pourrait pas faire de moyenne mondiale. C’est comme si on disait qu’il n’y avait aucun sens à déterminer un âge moyen au motif que les gens seraient par exemple plus vieux dans le sud qu’au nord de la France. Cette courbe a un sens du point de vue du climatologue même si pour chacun d’entre nous c’est la température dans la région où l’on vit qui est perçue. En ce qui concerne la température moyenne on lui attribue une incertitude largement inférieure au dixième de degré.
    • (au sujet de la stagnation des températures) C’est vrai qu’il y a une pause. Il faut toutefois rappeler que ces six dernières années sont les plus chaudes depuis plus de cent ans. Plus chaudes que les années 1990, elles-mêmes plus chaudes que les années 1980. (il faut noter que l'interview date de 2010, depuis on sait qu'il n'y a pas eu vraiment de pause et encore moins de stagnation...)
    • Ceci étant, il est nulle part écrit que les températures doivent augmenter tous les ans avec la régularité du métronome et coller à l’augmentation de la concentration de CO2.
  • notes de lecture d'un certain hprevot :
    • Le livre commence et se termine fort bien. Le rappel historique sur l’affaire des « canaux » de la planète Mars invite à se méfier des emballements fondés sur des interprétations hasardeuses de ce que l’on observe.
    • Puis l’auteur présente de façon parlante les « armées » en présence dans le combat d’opinion au sujet de l’influence sur le climat des émissions de gaz carbonique dues à l’activité humaine : carbocentristes », « solaristes », « océanistes », géologues et mathématiciens. De mon point de vue, il est heureux que, dans ces matières compliquées, le débat soit vivant et que les hypothèses se multiplient. C’est ainsi que progresse la science. (il me semble que le dénommé hprevot confond "opinion" avec "démarche scientifique")
    • Le chapitre sur la façon dont on a été dessinée la fameuse courbe en forme de crosse de hockey qui montre une très forte croissance des températures après plusieurs siècles de stabilité me paraît assez convaincant. Le livre explique clairement les artefacts qui ont conduit à cette courbe. D’ailleurs, le GIEC ne l’utilise plus. (je ne sais pas si le GIEC ne l'utilise plus*, par contre cette courbe a été confirmée à plusieurs reprises par des équipes indépendantes)
    • Puis Benoît Rittaud conteste l’idée même d’une température moyenne de la basse atmosphère –celle où vivent les hommes. Mais cette contestation, au fond, n’apporte pas grand-chose. (on ne le lui fait pas dire...)
    • Il écrit (p. 93) : «  Si cette idée que la ‘température globale’ telle qu’on la considère aujourd’hui est donc trop mal définie pour qu’on puisse l’utiliser aveuglément, on ne peut pour autant lui dénier toute valeur. Un élément parmi d’autres dans ce sens est la théorie solariste : s’il s’avère que la courbe de l’activité solaire est corrélée à celle de la ‘température globale’, alors cela prouvera bien que cette dernière possède une signification » -fin de citation ; je poursuis « tandis que si elle est corrélée aux émissions de CO2, elle n’en a pas ». On retrouve en plusieurs endroits des « dérapages logiques » de ce genre. (pourtant Benoit Rittaud est mathématicien, la logique il devrait connaître...)
    • avant toute analyse, l’idée d’une rétroaction positive via le CO2 est déclarée « saugrenue ». (car Benoit Rittaud donne son "opinion" et seulement son "opinion" sur le sujet, et son "opinion" est que la rétroaction est "saugrenue")
    • Le pari de Pascal est analysé et critiqué. On peut se demander ce qu’il vient faire ici. (une sorte d'argument d'autorité de la part de Benoit Rittaud...)
    • Qu’un mathématicien pense river son clou à Pascal avec un raisonnement comme celui que nous tient B. Rittaud ! Tout se passe comme si son raisonnement était guidé par la conclusion qu’on veut lui trouver. (là j'ai décroché, j'ai dû m'endormir dans ces circonvolutions pseudo-métaphysiques)
    • Puis, B. Rittaud rappelle qu’il faut comparer le coût de l’action à celui de l’inaction, ce qui est assez évident. En fait tout ce chapitre sur les probabilités n’apporte pas grand-chose. (je pense que Benoit Rittaud ferait un très mauvais actuaire...)
    • A noter un autre procédé littéraire de B. Rittaud : il parle d’abord de « stagnation » des températures dans les dix dernières années, puis évoque en même temps une baisse (on peut observer une très légère baisse selon la façon dont est calculée la température), puis il ne parle que d’une baisse. Par ailleurs, il fait d’abord remarquer que cette stagnation sur dix ans n’est pas significative, puis il s’y réfère à mainte reprise en oubliant cette réserve. (maintenant il faudrait actualiser ce commentaire avec la constatation que les températures n'ont jamais vraiment arrêté d'augmenter!)
    • Un rappel à la prudence. Il montre « à l’insu de son plein gré » que cette prudence doit s’exercer à l’égard de tous et de soi-même. J’ai dit en effet comment B. Rittaud s’est laissé aller à des approximations et même des contradictions.
    • Se disant « sceptique », il se montre en réalité fort convaincu. (c'est bien pour cela que personnellement je préfère parler de pseudo-sceptiques)
    • B. Rittaud oublie que, quelques pages plus tôt, il a cru efficace d’utiliser ironiquement le « rasoir d’Occam » pour se défaire d’explications qui le gênaient en invoquant le motif qu’elles sont, selon lui, trop complexes. (ah le fameux rasoir d'Occam tellement utilisé à tort et à travers pour faire intello...)
    • (et ledit hprevot se livre à une parabole que je trouve très pertinente afin de déconsidérer l'attitude des climato-sceptiques qui consiste à dire qu'il ne faut rien faire tant qu'on n'en sait pas assez) : Un jeune couple doit acheter une voiture pour accompagner ses enfants à l’école. Leur budget les oblige à acheter une voiture d’occasion. Chez le vendeur de voitures, ils en voient deux apparemment identiques en tout point ; l’une coûte 1000 € de moins que l’autre. Ils s’accordent pour la choisir mais le vendeur leur dit : « je dois vous prévenir que cette voiture présente un défaut. Il y a une chance sur deux qu’elle s’embrase brutalement ; on ne sait pas d’où vient le défaut ; les chercheurs continuent de chercher. Si elle s’embrasait, ce serait si rapide que vous auriez du mal à en extraire à temps vos enfants ». Notre jeune couple choisit évidemment de dépenser 1000 euros de plus. (personnellement je préfère le parallèle avec la maison ou la voiture que tout un chacun assure, même si le risque est jugé infime...)
    • Il y a un point sur lequel je suis bien d’accord : éviter que le pouvoir politique utilise l’effet de serre et le réchauffement climatique pour nous « faire la morale ». (là je ne sais pas où hprevot est allé chercher qu'on cherchait à "nous faire la morale", comme si informer les citoyens d'un danger potentiel était "leur faire la morale"; dans ce cas il faut arrêter toutes les campagnes de prévention des accidents de la route, contre le tabagisme, etc. ; je suspecte hprevot d'être lui-même un libéral réfractaire à toute action publique)
    • Mais B. Rittaud n’avance pas d’arguments qui convainquent d’abandonner l’idée que les émissions de gaz carbonique ont un effet significatif sur l’atmosphère ; rien non plus pour justifier de ne pas prendre de précaution. Plus grave : comme je l’ai montré, il se contredit lui-même et pratique, volens nolens je ne sais, la désinformation. Dans un ouvrage qui se présente comme scientifique et pondéré, c’est plus que regrettable
Ces différents commentaires suffisent à me convaincre que l'achat du livre de Benoit Rittaud Le mythe climatique n'est pas à ranger dans mes priorités du moment.

Ajout du 28/11/2015
* La courbe en crosse de hockey a bien été reprise dans le dernier rapport du GIEC!











jeudi 19 octobre 2017

Une minute pour désinformer, par Benoit Rittaud

Benoit Rittaud a le don pour se produire sur des chaines télé ou radio confidentielles où il peut laisser libre cours à sa totale incompétence en matière de climat, le seul et unique but étant de faire de la promo pour ses bouquins, lesquels lui procurent probablement un petit complément de revenus lui permettant de mettre un peu de beurre dans ses épinards.

Sa dernière sortie avait lieu le 16 octobre dernier sur temporiumradio, une radio de très grande écoute comme chacun le sait.

La radio, sur son site internet, nous informe que Benoit Rittaud va nous expliquer (interdit de rire svp) pourquoi l'"alarmisme ambiant" est certainement exagéré...

Je ne résiste pas à la tentation de vous retranscrire intégralement la virgule radiophonique de Benoit Rittaud, car elle vaut son pesant de cacahuètes et pourra être dans le futur remontée des profondeurs abyssales où elle se trouve actuellement afin de pouvoir la mettre face aux dures réalités qui seront difficiles à nier (quoique même dans cent ans il y en aura toujours pour nier que le réchauffement climatique soit d'origine humaine, comme on trouve des gens pour nier encore aujourd'hui la théorie de l'évolution ou, dans un autre domaine, que des génocides ont bien été perpétrés...)

Benoit Rittaud expliquant le tranquille réchauffement de la planète (avec tous mes remerciement à wikipedia)


Voici donc, sans coupure, le texte lu par Benoit Rittaud.

    • Le tranquille réchauffement de la Terre. On entend dire partout que la Terre se réchauffe, que l'année dernière a pulvérisé le record de température et donc que les climatoréalistes qui contestent le rôle de l'homme dans l'évolution du climat auraient non seulement tort mais tort de façon évidente. En réalité la température terrestre évolue de façon complexe. Tout d'abord oui la Terre s'est réchauffée au 20ème siècle de quelques dixièmes de degrés, très peu de gens le nient, même si l'ampleur de ce réchauffement est l'objet de discussions. Il est difficile de reconstituer la température de la Terre il y a un siècle, à l'époque les mesures disponibles étaient rares et souvent imprécises. Quoiqu'il en soit ce réchauffement au 20ème siècle est de l'ordre de quelques dixièmes de degrés, ça n'est pas beaucoup et ça n'a rien d'exceptionnel. Ce qu'il faut remarquer en revanche c'est que depuis le début de notre siècle, le 21ème, ce réchauffement a beaucoup ralenti, au point qu'on peut le considérer comme négligeable depuis 15 ou 20 ans, et là un gros problème pour la théorie selon laquelle nos émissions de gaz à effet de serre réchaufferaient la planète, nous n'avons jamais émis autant de gaz carbonique que ces dernières années et pourtant la Terre ne se réchauffe presque plus. Bien sûr comme cette stabilité vient après le léger réchauffement du 20ème siècle, il est vrai que ces dernières années ont été les plus chaudes depuis plus d'un siècle, mais ça ne prouve pas que la Terre continue à se réchauffer, ça montre simplement que la stabilité actuelle fait suite à une période de réchauffement. De la même façon on peut dire que les 10 dernières années vécues par un trentenaire sont celles où sa taille est la plus grande sans qu'on puisse dire pour autant qu'il continue à grandir. Il se trouve quand même que 2014 puis 2015 et enfin 2016 ont tour à tour battu le record de température, ça a pu laisser penser à certains que la tendance à la hausse était revenue, on sait pourtant qu'il s'agit là d'une hausse ponctuelle due à un phénomène océanique parfaitement naturel appelé El Niño, il n'a rien à voir avec les activités humaines. En 2017 ses effets se sont dissipés et la température est redescendue à son niveau d'avant, à peu près stable. On est bien loin des tendances inquiétantes qui nous sont promises un peu partout. Personne ne sait si la température va rester stable ou bien si elle va recommencer à monter, certains pensent qu'elle pourrait même baisser pendant quelques années, les choses seront sans doute plus claires vers 2030, jusque là il faudra attendre, la science ce n'est pas toujours spectaculaire, le plus souvent c'est une école de patience. 
On remarquera d'abord que la "minute pour comprendre" se traduit en fait par 2 minutes et demie pour dire n'importe quoi tout en ayant l'air sérieux. Le texte comprend quelques rares vérités qui, à l'aide de certains éléments de langage, font office de liant pour servir une soupe indigeste à l'attention des naïfs prêts à l'avaler sans se poser de questions. Nous avons ainsi, comme "rares vérités" et "éléments de langage" :
  • l'année dernière a pulvérisé le record de température (c'est un fait, difficile pour Rittaud de le contester)
  • En réalité la température terrestre évolue de façon complexe (personne n'a jamais dit le contraire)
  • très peu de gens le nient (pourtant parmi ces gens il y a des admirateurs de Benoit Rittaud)
  • à l'époque les mesures disponibles étaient rares et souvent imprécises (c'est la vérité, mais c'est prendre les scientifiques pour des cons que de penser qu'ils sont incapables de reconstituer la température de périodes lointaines avec une marge d'erreur acceptable)
  • nous n'avons jamais émis autant de gaz carbonique que ces dernières années (ben oui, et alors ?)
  • Il se trouve quand même que 2014 puis 2015 et enfin 2016 ont tour à tour battu le record de température (c'est quand même ballot, non ?)
  • phénomène océanique parfaitement naturel appelé El Niño (oui, et alors ?)
  • la science ce n'est pas toujours spectaculaire (oui, et alors ?)

On voit bien que dans ce texte Benoit Rittaud enfile toujours les mêmes perles dont il fait la collection et qu'il ressort chaque fois qu'il en a besoin :
  • les climatoréalistes qui contestent le rôle de l'homme dans l'évolution du climat (c'est beau de la part de Rittaud d'admettre aussi clairement qu'il nie l'impact de l'homme dans le réchauffement climatique)
  • la Terre s'est réchauffée au 20ème siècle de quelques dixièmes de degrés (oui mais de combien de dixièmes de degrés parle-t-on ? dix dixièmes cela fait un degré si je ne me trompe pas...)
  • l'ampleur de ce réchauffement est l'objet de discussions (de discussions essentiellement chez les climatosceptiques, pas chez les scientifiques)
  • ce réchauffement au 20ème siècle est de l'ordre de quelques dixièmes de degrés, ça n'est pas beaucoup et ça n'a rien d'exceptionnel (ah bon ! Benoit Rittaud n'est donc pas au courant de la courbe en crosse de hockey ? Ah mais oui, bien sûr qu'il est courant, mais il vous dira que cette courbe est fausse et que Mann a manipulé les données, tout comme les nombreuses autres équipes indépendantes qui ont confirmé ses travaux d'ailleurs)
  • depuis le début de notre siècle, le 21ème, ce réchauffement a beaucoup ralenti (sans blague ! et le fait que 90% de la chaleur additionnelle se retrouve dans les océans dont la température a continué d'augmenter ça ne compte pas ?)
  • gros problème pour la théorie selon laquelle nos émissions de gaz à effet de serre réchaufferaient la planète (là on est fixés sur la position "scientifique" de Benoit Rittaud)
  • la Terre ne se réchauffe presque plus (pour Benoit Rittaud "la Terre" se limite à son environnement immédiat, s'il a un peu froid c'est bien la preuve que la Terre se refroidit, non ? Les autres régions de la planète, les océans, tout ça ne compte pas et ne fait pas partie du petit monde de Benoit Rittaud)
  • il est vrai que ces dernières années ont été les plus chaudes depuis plus d'un siècle, mais ça ne prouve pas que la Terre continue à se réchauffer (c'est vrai quoi, les années sont toujours plus chaudes que les précédentes mais ça ne prouve absolument rien, hein !)
  • dire que les 10 dernières années vécues par un trentenaire sont celles où sa taille est la plus grande sans qu'on puisse dire pour autant qu'il continue à grandir (quel rapport avec la température de la planète ? Aucun, le trentenaire arrête naturellement de grandir, comme tout le monde, mais la Terre n'est pas un trentenaire, cela a dû échapper à Benoit Rittaud)
  • ça a pu laisser penser à certains que la tendance à la hausse était revenue (ben non mon Riri, la tendance à la hausse n'est pas revenue, puisqu'elle n'est jamais partie ! C'est quand même bizarre qu'un mathématicien de la trempe de Benoit Rittaud ne sache pas ce qu'est une tendance...)
  • hausse ponctuelle due à un phénomène océanique parfaitement naturel appelé El Niño (c'est bizarre là-aussi que Rittaud passe totalement sous silence que les températures avec le El Niño de 2015 ont été nettement plus élevées que celles du El Niño de 1998 qui était pourtant considéré comme très important...Et si l'on fait abstraction de ces événements naturels que donne la tendance des températures ? Je vous le donne en mille, elle n'est pas franchement à la baisse ou à la stagnation)
  • En 2017 ses effets se sont dissipés et la température est redescendue à son niveau d'avant, à peu près stable (sans blague ! On peut se demander où Rittaud prend ses informations)
  • certains pensent qu'elle pourrait même baisser pendant quelques années (mais oui mais oui, nous nous acheminons lentement mais sûrement vers un nouvel âge glaciaire, c'est bien connu, et puis aussi, c'est vrai que dans le passé il n'y a jamais eu de baisses passagères suivies de hausses plus importantes, Benoit Rittaud considère vraiment ses lecteurs/auditeurs comme des crétins de première classe)
  • les choses seront sans doute plus claires vers 2030 (ah bon et pourquoi donc attendre 2030 ? en quoi "les choses" seront plus claires en 2030 qu'aujourd'hui ? En 2030 nous aurons des graphiques qui nous montreront quasiment la même tendance, avec des creux et des pics comme ceux qu'on peut constater sur les courbes de températures depuis que des relevés fiables existent, alors qu'est-ce qui aura changé pour nous donner une vision plus "claire" ?)

En fait l'explication au scepticisme de Benoit Rittaud nous est donnée dans le dernier billet de moyhu où l'on peut voir ceci :

Températures de septembre 2017 : écarts par rapport à la moyenne 1951-1980
On voit bien la tâche bleue juste sur la tête de Benoit Rittaud et de tous ses adorateurs, expliquant leur "sensation climatique" du moment.

Et pour terminer avec quelques images servant à "illustrer" le texte de Benoit Rittaud, voici ce que j'ai pu trouver :

Source ipcc chapitre 5 de l'AR5-WG1 ; évolution des températures durant les deux derniers millénaires.
Que disait Benoit Rittaud déjà ?
  • ce réchauffement au 20ème siècle est de l'ordre de quelques dixièmes de degrés, ça n'est pas beaucoup et ça n'a rien d'exceptionnel.

Source ipcc chapitre 8 de l'AR5-WG1 ; forçages radiatifs.

Que disait Benoit Rittaud déjà ?
  • les climatoréalistes qui contestent le rôle de l'homme dans l'évolution du climat

Source ipcc rapport de synthèse AR5 ; accumulation d'énergie dans le système climatique terrestre.
Que disait Benoit Rittaud déjà ?
  • Le tranquille réchauffement de la Terre
Effectivement, Benoit Rittaud a raison, si l'on regarde attentivement, avec de bonnes lunettes si besoin, on s'aperçoit que l'atmosphère terrestre n'a pas beaucoup évolué ces dernières décennies, alors pourquoi s'inquiéter ?



mardi 16 février 2021

Flash-back de février - Benoit Rittaud

 Après avoir passé en revue quelques chapitres de la bible francophone du « scepticisme » climatique avec Jacques Duran (voir Flash-back de janvier - Jacques Duran), l'un des premiers prophètes nationaux (avec Claude Allègre) du climato-irréalisme, étudions aujourd'hui le cas du messager et aruspice Benoit Rittaud, celui qui s'est apparemment donné pour mission de propager la bonne parole un peu partout et par tous les moyens possibles, ses livres bien sûr, mais aussi son blog et ses (trop) nombreuses apparitions sur des chaines TV périphériques ou dans des vidéos YouTube qui, comme chacun le sait, sont les endroits où maintenant se fait la science, que ce soit d'ailleurs sur le climat ou sur le Covid-19 comme nous le verrons plus loin.

Rittaud semble par contre complétement absent sur Facebook et Twitter, ce dont je ne pourrais en aucun cas le blâmer, mais par contre il est abondamment cité par d'autres, comme par exemple chez Réseau International quand on fait sa promotion pour un de ses passages sur CNews où il était opposé à l'immense scientifique...Laurent Joffrin !

Notons également qu'il a son rond de serviette chez Contrepoints et Valeurs Actuelles, des organes de presse « libres » dont la mission est bien sûr de « réinformer » les pauvres moutons que nous sommes, nous qui croyons bêlement (sic) aux institutions scientifiques comme le GIEC, l'OMM ou l'OMS pour ne citer que ces trois-là. On aura compris que Benoit Rittaud est surtout un pourfendeur de tout ce qui est « institutionnel », pour lui seule compte la parole d'« indépendants » qui sont les Galilée de notre temps, les moutons noirs vilipendés par les méchants qui tirent les ficelles depuis leurs bureaux cossus en fumant leurs gros cigares.

Rittaud est probablement celui que j'ai le plus souvent mentionné sur mon blog, et cela essentiellement pour deux raisons : tout d'abord il est celui qui s'expose le plus médiatiquement dans la sphère francophone, donc il est normal que je porte mon attention sur lui afin de démonter les fadaises qu'il aligne comme une grenouille de bénitier fait défiler les perles sur son chapelet ; ensuite il y a une raison toute personnelle à mon « acharnement » à son égard, bien que depuis quelque temps je me sois un peu lassé de lui je dois bien avouer. En effet, il y a de cela quelques années, une dizaine peut-être tout au plus, j'ai commencé à m'intéresser à la chose climatique en prenant la petite porte du climato « scepticisme », notamment après avoir lu quelques livres de Claude Allègre, que je prenais alors pour quelqu'un de sérieux (tout le monde peut se tromper). J'étais passé naturellement chez Jacques Duran et son site Pensée unique, qui m'avait impressionné au premier abord (tout le monde peut s'illusionner dans un moment de faiblesse), puis sur des sites comme Skyfall et bien entendu Mythes, Mancies § Mathématiques, que je prenais alors pour des références en la matière (tout le monde peut se planter lamentablement), mais cela n'a pas duré très longtemps. Comme je suis curieux et ne me contente pas de ce que l'on me raconte, j'avais la mauvaise habitude d'aller vérifier ce que je voyais écrit et qui était présenté pareillement qu'une parole d'évangile, parfois avec comme seule référence un site tel que Pensée unique ou alors un obscur blog anglophone citant lui-même d'autres blogs du même tonneau ;  bref ça tournait en boucle, en circuit fermé, avec pour point commun principal le dénigrement systématique des scientifiques « officiels » ainsi que de l'organisme chargé de recenser et résumer leurs travaux, à savoir le GIEC.

Ajoutez à tout cela des délires complotistes et idéologiques (les deux vont très souvent ensemble) selon lesquels « on » nous mentirait afin de nous asservir et nous taxer, plus quelques petites douceurs que j'ai oubliées.

Toutes ces « anomalies » dans mon parcours vers un peu plus de connaissances sur le sujet de climat m'ont assez vite convaincu que j'avais affaire soit à de parfaits crétins, soit à des charlatans qui poursuivaient un but particulier, par exemple vendre sa camelote, pardon je voulais dire ses bouquins, ce qui est notamment le cas de Benoit Rittaud ; je ne sais pas évidemment combien Rittaud touche en droits d'auteur pour ses bouses, pardon ses livres, mais on peut se livrer à une estimation à partir des indications fournies par iggybook :

entre 1 et 1,5€ pour chaque livre vendu en grand format.

Sur le poche les droits d'auteurs descendent autour de 5%, sur un prix de vente plus faible, donc l'auteur touchera plutôt 30 à 40 centimes par livre.

 Pour faire simple prenons 1€ par livre vendu, et au vu du nombre de livres écrits par Rittaud (voir Edistat, statistiques des ventes de livre en France) estimons qu'il en aurait vendu au total 100 000, ce qui lui ferait un revenu de 100 000 euros qui viendrait s'additionner à sa maigre solde d'enseignant-chercheur, ce qu'on appelle mettre un peu de beurre dans ses épinards ; on me retorquera que ses livres sur le climat sont minoritaires, mais je répondrais que sa visibilité médiatique, essentiellement liée à son climato « scepticisme », est susceptible de lui apporter des lecteurs y compris sur ses livres traitant d'autres sujets, les mathématiques par exemple ! Et notons au passage une chose qui a une certaine importance, c'est que si Rittaud s'était rangé du côté de la science, la vraie, il aurait eu beaucoup moins de succès, et cela pour une simple raison, c'est qu'il est totalement incompétent et donc illégitime pour parler du climat, personne ne se serait donc intéressé à lui et il n'aurait pas pu faire la promotion de toute sa littérature. Capisci ?

Alors on me demandera comment je sais que Rittaud raconte des idioties, eh bien nous allons pour cela faire un petit retour en arrière sur quelques déclarations du monsieur nous montrant de manière évidente que nous sommes bien en présence soit d'un imbécile faisant le jeu des désinformateurs professionnels (qui doivent bien rigoler en le lisant), soit d'un maquignon cherchant uniquement à vendre sa marchandise afin d'arrondir ses fins de mois, soit...si quelqu'un à une autre hypothèse qu'il veuille bien nous le faire savoir, ma porte est grande ouverte.

Benoit Rittaud en extase va vous révéler les grands mystères du climat (source YouTube)

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The big freeze

Dans Benoit Rittaud, le mathématicien égaré, mon tout premier article consacré à notre héros du jour, je mentionnais une magnifique prédiction qui semblait tout droit sortie d'un chapeau de prestidigitateur ; Rittaud avait en effet commis le 11 janvier 2010 (retenez bien cette date) un article sur Skyfall intitulé Prophétie de cauchemar. Il y mettait en scène, dans ce qu'il appellera plus tard (nous verrons plus loin) un pastiche, un « représentant de l'Union Européenne au sein du GIEO » interrogé par un journaliste qui de toute évidence n'a pas inventé l'eau chaude ; ah oui, précision importante, ladite scène est censée se dérouler le 12 octobre 2014, soit près de quatre ans plus tard ; et voici un extrait de cette interview imaginaire :

Monsieur Untel, vous êtes représentant de l’Union Européenne au sein du GIEO, qui s’est réuni pour la première fois cette semaine, à Paris. Quelle est la mission du GIEO ?

Le GIEO est le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution de l’Océan. Sa mission est d’informer sans parti pris les décideurs sur l’évolution actuelle des océans à l’échelle du globe, déterminer la part d’origine humaine de cette évolution, en discerner les conséquences potentielles et proposer des stratégies d’adaptation.

Dès le premier échange on voit que Benoit Rittaud croyait (je n'ose pas dire pensait) qu'un organisme international, le GIEO, serait créé pour étudier uniquement les océans. Premier plantage, aucun organisme de ce genre n'a été créé à l'heure actuelle (je rappelle que nous sommes en 2021) ; à ma connaissance il n'existe que l'OMI créée en 1982, soit 6 ans avant le GIEC, en prenant la suite de l'OMCI qui datait, elle, de 1948 ! 

Un peu comme le défunt GIEC, le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat ?

Tout à fait. La mission du GIEC ayant pris fin avec son cinquième et dernier rapport remis cette année (après ses rapports de 1990, 1995, 2001 et 2007, NdlR), nous avons estimé qu’il aurait été dommage de perdre toute l’expérience accumulée par ce groupe. Au sein du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, il a donc été décidé de lui donner une nouvelle vie. Le phénix qui figure sur le logo du GIEO est là pour le rappeler.

Deuxième plantage, et de taille, le GIEC est toujours bien vivant et nous attendons son 6ème rapport qui devrait paraitre, si tout va bien, en 2022 ;  entretemps plusieurs rapports auront été publiés, notamment un sur les océans en septembre 2019, intitulé Rapport spécial du GIEC sur les océans et la cryosphère dans le contexte du changement climatique.

Le GIEC avait tout de même été très critiqué, dans ses méthodes comme dans ses résultats…

Honnêtement, je ne comprends pas les reproches faits au GIEC. Le GIEC a défendu l’idée que les émissions humaines de gaz carbonique étaient dangereuses pour l’avenir de la planète : le GIEO reprend mot pour mot cette thèse, la replaçant dans un contexte océanique plutôt que climatique.

Du grand n'importe quoi, on ne parlera plus de plantage mais simplement de gros délire.

Il reste que, contrairement aux prévisions du GIEC, la température de la Terre a brutalement chuté depuis trois ans, au point que l’on prévoie désormais d’en revenir d’ici quinze ans aux niveaux de l’ère préindustrielle…

Le nom anglais du GIEC était International Panel on Climate Change : il s’agissait de s’intéresser aux changements climatiques, et non au réchauffement. Qui peut nier, précisément en raison de l’évolution actuelle de la température, que le climat se modifie ? Quoi qu’il en soit, je ne souhaite pas m’attarder sur des polémiques stériles. Il me semble bien plus important et plus urgent de me tourner vers l’avenir.

Troisième plantage, encore plus phénoménal que le deuxième, avec cette « révélation » que la température de la Terre aurait « brutalement chuté » à partir, donc, de l'année 2011 (trois ans avant octobre 2014 et un an après la prophétie rittaudesque de janvier 2010), et que de plus d'ici 2030 on en reviendrait « aux niveaux de l'ère préindustrielle » ! Mais d'où Rittaud avait-il sorti cette fadaise de la taille d'un mammouth (Claude Allègre sors de ce corps de pachyderme !) ? Ma thèse est qu'il se serait inspiré des élucubrations d'un certain Don Easterbrook qui avait d'ailleurs présenté en mai 2010 le graphique suivant lors d'une conférence du Heartland Institute :

Les projections de refroidissement de Don Easterbrook (source Heartland Institute)

A ce sujet voir la déconstruction de cette imbécillité ici : Don Easterbrook's Heartland Distortion of Reality (skepticalscience.com)

Comme je l'ai mentionné dans le Fadaisier de la semaine 4 la température actuelle est parfaitement en ligne avec les projections...du GIEC !

on remarquera au passage qu'aujourd'hui la température est bien en phase avec les projections du GIEC mentionnées sur ce graphique : +0,5°C en 2020 par rapport à 2009 selon Roy Spencer lui-même. Bien joué Easterbrook !

C'est donc en 2020 un écart de près d'un degré que l'on peut constater entre le réel et ce que prédisait Easterbrook, lequel était repris bêtement en 2010 par Benoit Rittaud qui sur le coup aurait été davantage inspiré de faire confiance à un organisme « officiel ». Mais notre animal a du répondant et ne s'en laisse pas compter, ainsi sur Contrepoints, en 2016, voici une partie des échanges entre lui et moi :

Géd11 nov. 12h36

Une fois de plus Benoit Rittaud prend ses désirs pour des réalités.

Il s’est déjà planté à plusieurs reprises en prévoyant notamment en 2010 une chute brutale des températures pour les années 2011 et suivantes, on a vu ce qu’il en était [...]

Benoît Rittaud11 nov. 15h17

Une fois de plus, Géd me fait dire ce que je ne dis pas. Je n’ai jamais « prévu une chute brutale de la température en 2010 pour les années 2011 et suivantes » [...] 

Géd11 nov. 15h47

Benoit Rittaud pris en flagrant délit de mensonge.

Ce que j’affirme est parfaitement documenté, chacun peut s’en assurer en consultant son site Skyfall où il a écrit de sa main que les températures allaient brutalement chuter après 2010 (il le fait dire en fait à un journaliste censé parler en 2014 : « Il reste que, contrairement aux prévisions du GIEC, la température de la Terre a brutalement chuté depuis trois ans, au point que l’on prévoie désormais d’en revenir d’ici quinze ans aux niveaux de l’ère préindustrielle…» ; l’article date de janvier 2010 et le journaliste en question n’est personne d’autre que Benoit Rittaud incarné) [...]

Benoît Rittaud11 nov. 15h50

Géd, l’article que vous citez est un pastiche. Je sais que vous me détestez, mais faites quand même un effort pour comprendre, quand vous me lisez…

Ainsi Rittaud se défend en prétendant que son article de janvier 2010 ne serait qu'un simple pastiche et qu'il n'aurait jamais eu l'intention de faire passer le message que les températures allaient chuter incessamment sous peu. Sauf que nous avons vu que le refroidissement en question était bien prévu au même moment par les charlatans/désinformateurs du genre de Don Easterbrook, ne serait-donc que pure coïncidence ? Que nenni, si l'on en croit le tout premier commentaire de l'article sur Skyfall :

1.  Laurent Berthod | 12/01/2010 @ 0:14 

Je cite l’article :

« Il reste que, contrairement aux prévisions du GIEC, la température de la Terre a brutalement chuté depuis trois ans »

C’est-ce que, dans son article du Mail Online, dit Richard North à propos des derniers hivers en Grande-Bretagne. J’ai moi-même observé un hiver un peu plus froid chaque année ces trois dernières années dans le nord Vaucluse. J’en ai fait un petit article humoristique sur mon blog, avec quand même dans l’idée de susciter quelques doutes chez mes lecteurs sur ce que racontent les réchauffistes.

[...]

Vous pouvez lire le reste des commentaires, à aucun moment vous n'en trouverez un seul qui viendra relever que le billet de Rittaud aurait été un pastiche, tous les lecteurs d'alors étaient bien évidemment persuadés que le refroidissement allait se produire ! Mais continuons la lecture de notre interview fantasmée par le chamane Rittaud :

Cet avenir, il réside donc pour beaucoup dans l’Océan ?

Une grosse part de nos émissions de gaz carbonique est absorbée par l’Océan, abaissant ainsi son pH, c’est-à-dire que cela le rend plus acide. Les conséquences de cette acidification sont multiples, et potentiellement très graves à l’échelle du globe. Tous les modèles s’accordent à dire que, d’ici cinquante ans, la biodiversité marine risque de s’effondrer. Le patrimoine naturel de la planète est en danger, et il nous revient, à nous humains qui en sommes la cause, de prendre les mesures qui s’imposent.

Nous abordons ici le problème de l'acidification des océans, d'où la suite...


L'acidification de la boule de cristal

Quatre ans après le précédent foirage sur un hypothétique refroidissement de la planète, voilà que notre mathématimancien chéri se fend sur Skyfall d'un article intitulé L’Organisation météorologique mondiale enterre le réchauffement climatique ;  ici pas question de pastiche puisque c'est la boule de cristal de Benoit Rittaud qui est affirmative :

Je ne pensais pas que ma boule de cristal était si efficace. Ce qui vient de se passer, je l’ai annoncé il y a quatre ans, en ne me trompant que d’un mois. Mais commençons par le commencement — ce qui, en l’occurrence, requiert paradoxalement de prendre les choses dans l’ordre chronologique inverse.

« Il y a quatre ans », Rittaud fait donc référence à son billet de janvier 2010 que nous avons relaté plus haut en terminant sur l'acidification des océans. On notera au passage la grande efficacité de la boule de cristal, si une voyante extra-cupide en cherche une d'occasion elle pourra toujours contacter son propriétaire actuel qui la conserve soigneusement dans le formol.

Ainsi notre magicien d'opérette en arrive à la conclusion suivante :

En bon promoteur du développement durable, l’OMM est donc en train de recycler le gaz carbonique : la Terre ne se réchauffant plus, l’OMM passe aussi discrètement que possible à autre chose. Les +6°C en 2100 dont on nous parlait encore il y a peu sont passés par pertes et profits : la « Pause » dans la hausse des températures qui dure depuis plus de 15 ans est passée par là.

Ainsi, qu’on se le dise : les carbocentristes ont désormais déserté le terrain du réchauffement climatique, au profit de l’acidification des océans. Et, je vous le disais en introduction, ma boule de cristal me l’avait prédit en janvier 2010.

Sublime n'est-ce pas ? Nous avons donc ici même le quatrième plantage, de dimension pharaonique, de notre élucubrateur patenté.

Il est bien évident que l'OMM n'a jamais « déserté le terrain du réchauffement climatique au profit de l'acidification des océans », si Benoit Rittaud avait lu des livres sérieux sur le climat il saurait que les deux sont intimement liés selon la correspondance suivante :

  • Emissions anthropiques de CO₂ => augmentation des températures de l'atmosphère + acidification des océans.
En effet, les océans captent environ 30% de nos émissions de CO₂ :

Les océans, puits de carbone© L'Esprit Sorcier (source Ifremer)

Donc le pH des océans s'abaisse, tendant ainsi vers l'acide, d'où le terme d'acidification.

Mais voilà, les océans se réchauffent aussi comme nous l'explique Johan Lorck dans Océans : un réchauffement de plus en plus profond :
une très grande part de la chaleur excédentaire piégée par les émissions de gaz à effet de serre est stockée dans les océans : environ 93%. 
Et les océans se réchauffant cela entraine une plus grande difficulté à absorber le CO₂...comme nous l'explique l'Ifremer :
Avec le réchauffement climatique, les océans eux aussi se réchauffent, rendant plus difficile la dissolution du CO2 dans les mers. Si moins de CO2 est absorbé par l’océan, ce gaz à effet de serre va stagner dans l’atmosphère, ce qui accentuera d’autant le réchauffement de la planète.

Et pour ce qui est de l'Organisation Météorologique Mondiale, censée selon Benoit Rittaud abandonner le réchauffement climatique au profit de l'acidification des océans, voici un communiqué récent datant du 23 novembre 2020 dans lequel on peut lire dès les premières lignes :
Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le ralentissement industriel dû à la pandémie de COVID-19 n’a pas permis de freiner l’augmentation record des niveaux de gaz à effet de serre, lesquels emprisonnent la chaleur dans l’atmosphère, font monter les températures et intensifient les conditions météorologiques extrêmes, la fonte des glaces, l’élévation du niveau de la mer et l’acidification des océans.
Ce qui nous amène naturellement au troisième chapitre de ce Flash-back de février.


Benoit Rittaud ne voit pas une exponentielle quand il en a une sous les yeux

Ici nous allons atteindre plus que le sublime, quasiment le nirvana, car il est impossible de faire mieux en matière d'incompétence que ce que nous a montré Benoit Rittaud en mars 2020, à l'orée de ce qui allait s'avérer être une simple grippette faisant moins d'accidents que les trottinettes à roulettes pour gens bêtes.

Il faut à ce stade rappeler une fois de plus que Benoit Rittaud est supposé être mathématicien, spécialiste qui plus est des exponentielles puisque c'est apparemment un sujet qu'il a longuement bossé si l'on en croit sa propre présentation sur le site de l'université de Paris-13 :

Représentations de la croissance exponentielle (présentation)

        Benoît Rittaud & Jean-Marc Rohrbasser, Les modèles de croissance de population jusqu'au XVIIIe siècle, une archéologie des suites à croissance exponentielle, Éditions de l'INED (à paraître).

        Benoît Rittaud, La Peur exponentielle, Presses universitaires de France (2015).

        Benoît Rittaud, "Une approche de la croissance exponentielle par l'introduction d'une virgule glissante", Annales de didactique et de sciences cognitives 18 (2013), 91-113.

        Benoît Rittaud, "Les utopies exponentielles", Actes des 4e rencontres internationales Jules Verne (2012).

        Benoît Rittaud, "Les grains sur l'échiquier : entre intuition, calcul et mystique", Short proceedings du colloque "La didactique des mathématiques : approches et enjeux. Hommage à Michèle Artigue" (2012). Lire l'article.

Difficile de trouver plus expert que Rittaud en matière d'exponentielle, n'est-ce pas ?

Pourtant au début de la pandémie il a consacré une série de pas moins de 5 articles sur le sujet du Covid-19, et dans le dernier billet, intitulé Coronavirus : décès et pyramide des âges, il nous montre le graphique suivant :

L'exponentielle à la mode de Benoit Rittaud.

Et de conclure benoitement, à partir de ce simple graphique :

ce sont les trois derniers jours qui sont en-dessous de l’interpolation exponentielle (il n’y en avait que deux hier), ce qui renforce l’éventualité que nous soyons désormais assez près du point d’inflexion de la logistique, selon un rythme normal. En un sens, il ne s’est donc rien passé aujourd’hui, seulement une évolution de l’épidémie qui n’a rien d’imprévisible et ne se prépare pas à atteindre des sommets catastrophiques.

Si Benoit Rittaud avait été épidémiologiste on aurait pu éventuellement lui accorder une certaine confiance, sur le moment, mais on se serait vite rendu compte qu'il s'agissait d'un très mauvais épidémiologiste ; en effet, voici la courbe à ce jour des décès dus au Covid-19 en France :

Décès en France dus au Covid-19 (source data.gouv.fr)

Mais laissons la parole finale à un véritable épidémiologiste, le professeur Antoine Flahault, qui s'exprimait dans Les prévisions de Ferguson, qui ont conduit de nombreux pays à se confiner, étaient-elles fantaisistes ? – Libération (liberation.fr) :

La phase initiale d'une épidémie, c'est une fonction mathématique exponentielle. Or une exponentielle, ça va à l'infini. On sent très bien qu'en fonction des scénarios que vous allez avoir, certains paramètres vont laisser courir l'exponentielle beaucoup plus loin que d'autres, et donc vous allez avoir une forme de catastrophisme presque inhérent à ces modèles mathématiques.

Benoit Rittaud, lui, est plutôt du genre « rassuriste », et s'il avait été en charge de prendre des décisions politiques suite à ses divagations exponentielles, on peut se demander combien de morts supplémentaires nous aurions aujourd'hui à comptabiliser dans le graphique ci-dessus. Je vous laisse réfléchir.


Il en va en matière de climat comme en matière de santé, il y a ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez et savent correctement extrapoler ce qu'ils constatent au présent, et puis il y a les autres qui regardent le passé pour en conclure qu'il ne faut surtout rien changer, puisqu'il est évident que notre niveau de vie a singulièrement augmenté depuis les débuts de l'ère industrielle, alors pourquoi donc cela s'arrêterait-il ?

Mais ne vous inquiétez pas, Benoit Rittaud vous montre la voie :

Benoit Rittaud, l'homme qui arrive à entrevoir le bout de son nez.