lundi 25 février 2019

La balade montéliote

Les habitants du petit village languedocien de Lamontélarié ne s'appellent pas les lamontélarois ou lamontélariens, non, ils s'appellent communément les montéliots, ce qui explique le titre de la randonnée de ce jour !

Le nom de Lamontélarié viendrait d'après Wikipédia de l'Occitan Montelier, sans aucune autre précision ; j'ai cherché ce que pouvait signifier ce mot mais n'ai rien trouvé dans les nombreux dictionnaires (dont celui-ci) à ma disposition, j'en déduis que Montelier était le nom du village « à l'époque » où l'occitan était la langue habituelle de la région, mais qu'il s'est transformé pour une raison que j'ignore en Lamontélarié qui n'est pas vraiment similaire même s'il a un air de famille, en tout cas cela explique parfaitement l'appellation de montéliots pour ses habitants.

Cependant pour ceux qui parlent couramment l'occitan il y a ce site Wikipédia...en occitan ! Il nous explique son origine ainsi :
Segon Dauzat e Rostaing, La Montelariá es una formacion romana, bastida sul nom d'òme Montel, amb doble sufixe -ar e -ia[4]. Pel nom «Montel», que siá de persona o non, probable que se tracta de Montèl (sufixe latin -ĕllus); una autra possibilitat seriá Montelh (sufixe -ĭlium), mas supausariá una despalatalizacion de -lh (supausariá que -lh se foguèsse simplificat en -l), coma dins la prononciacion en lengadocian modèrne, abans la formacion del nom de la parròquia o del vilatge. Notatz çaquelà lo gentilici monteliòt (montelhòt ?).

L'explicacion es un bocin diferenta per Ernèst Negre : lo nom vendriá d'un nom de persona Montélier [Montelièr], amb lo sufixe -ia, vengut [-jɛ] [5]. Se lo sufixe -ièr ven en efècte de -ariu, una tala formacion demandariá una seguretat lingüistica excepcionala als parlaires que fixèron lo nom, a una epòca (fin de l'Edat Mejana ?), que lo sufixe -ariu èra vengut -ièr dempuèi bèla pausa, per derivar lo nom segon las règlas de l'etimologia.
Voilà, je vous laisse vous débrouiller avec ça et en viens à l'objet de ce billet, cette fameuse balade montéliote.

Il faut dire que je n'ai pas l'habitude d'aller me promener si tôt en saison pour préparer mes randonnées plus sérieuses en montagne, en principe en février, et ce jusqu'en mars-avril au minimum, je me contente de mes footings dans la campagne autour de chez moi ou des longueurs de piscine à jouer des coudes avec les autres nageurs qui squattent la même ligne d'eau que moi, mais là, avec le beau temps chaud qui persiste maintenant depuis plus d'une semaine il aurait quand même été dommage de ne pas aller s'oxygéner dans une nature qui prend actuellement des airs plus que printaniers.

Le départ de la balade s'effectue à partir de la place de la mairie où l'on se garera facilement devant les panneaux indiquant les nombreuses possibilités qu'offre l'endroit, surtout pour les amateurs de VTT comme on peut le constater ici :

Parcours VTT.
Notre balade du jour est mentionnée dans le coin inférieur gauche, juste au-dessus du lac de La Raviège ; voici d'ailleurs le parcours qui nous intéresse :

On distingue le lac des Saints-Peyres au sud-ouest et le lac du Laouzas au nord-est.
Voici les données « techniques » issues de mon GPS :

Données GPS : élévation, distance et température.

Données GPS : élévation, durée et vitesse.
Comme on peut le voir :
  • température de 10 à 22°C (même s'il faut prendre cela avec précaution, la mesure n'étant pas faite dans des conditions optimales) ;
  • durée de la balade : près de 4 heures, avec une pause casse-croute incluse d'environ une demi-heure ;
  • distance : un peu moins de 14 kilomètres ;
  • dénivelée : un peu plus de 180 mètres entre le point le plus haut et le plus bas (mais bien davantage en dénivelée cumulée, sans être extraordinaire pour autant) 
Les données fournies par le topo-guide Le Tarn à pied (randonnée n°29 pages 80-81) sont les suivantes pour comparaison :
  • durée : 4 heures ;
  • distance : 13 kilomètres ;
  • dénivelée : de 691 m à 904 m (altitude mini et maxi)

La petite virgule tout au sud de mon parcours correspond au chemin aller-retour vers le hameau de Rouquié où j'ai déjeuné et fait une pause bronzage sur un banc public particulièrement bien exposé face au lac et en direction plein sud !

Comme d'habitude voici quelques photos plutôt représentatives du circuit.

Bourguet de Sol Mouli.
Les gelées matinales sont encore présentes à l'ombre, mais elles ne vont pas durer.
Les ruines du village abandonné de Sicardens.
Les habitants de ce village furent victimes en 1870 d'une épidémie de charbon, le dernier survivant est mort en 1902.

Une grande partie de la balade se déroule en forêt de ce genre.

Le lac de la Raviège et le hameau du Rouquié.
Après être parti de la mairie de Lamontélarié ou y revient par son église.

Pour terminer, il est intéressant de remarquer le changement de paysage entre le moment où le barrage de la Raviège a été construit, dans les années 1950, et aujourd'hui ; voici une vue datant du début des années 1960 : 

Panneau sur la place de la mairie.

samedi 23 février 2019

Le biais du survivant

J'ai piqué le titre de mon billet du jour à Ken Rice, le taulier du site ATTP qui dans Survivor bias nous explique un concept que j'avais déjà eu l'occasion d'effleurer par le passé dans le fil des commentaires d'un de mes articles.

En effet, dans Petite leçon de comptabilité à l'usage des terriens un de mes commentateurs m'affirmait sans rire ceci :
BenHague6 juillet 2017 à 09:51
Pour vivre moins idiot :
https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-strasbourg/michel-serres-les-trois-grandes-ruptures-historiques-entre-la?xtmc=michel%20serre&xtnp=1&xtcr=15
AU terme de votre brillante demonstration , comment expliquez vous que l 'esperance de vie moyenne dans le Monde ait progress'e de 20 a 30 ans depuis le siecle dernier ?
Ce à quoi j'avais répondu :
Géd6 juillet 2017 à 10:16
Posez-vous plusieurs questions.
La toute première : est-ce que, sans les fossiles, l'espérance de vie n'aurait pas progressé de la même façon ou même davantage ? On vous a dit et répété que corrélation n'est pas causation, alors méfiez-vous des conclusions hâtives.
Ensuite posez-vous les diverses questions existentielles mentionnées dans mon billet afin de juger si une éventuelle augmentation de l'espérance de vie due aux fossiles (ce qui reste à prouver) en vaudrait le coup.
« Pour vivre moins idiot »
Il faut en premier lieu rester modeste et reconnaître ses limites ; apparemment vous avez sauté le passage où j'écrivais « En ce qui me concerne, pour la question des fossiles, je ne sais pas si globalement ils ont été une bonne ou une mauvaise chose pour l'humanité. »
Et pour finir je suis sûr que les nombreuses victimes liées aux guerres dévastatrices qui ont été rendues possibles par les fossiles vous remercieront pour l'éternité de leur apprendre que l'espérance de vie aurait augmenté de 20 à 30 ans, ça leur fait une belle jambe, surtout à ceux qui n'avaient pas 20 ans quand ils sont morts.
Eh oui, c'est dans la dernière partie de ma réponse à BenHague que se trouve caché le « biais du survivant » auquel Ken Rice fait allusion ; combien de gens sont morts « à cause » des énergies fossiles ? Les survivants que nous sommes ont un peu trop tendance à les oublier et les passer par pertes et profits, car il est vrai que pour nous, les survivants, surtout les survivants qui vivent dans les pays riches, les choses sont plutôt meilleures que ce qu'elles étaient dans le passé, personne ne peut le nier et surtout pas moi qui me considère comme un survivant aisé dans un monde riche.

Par ailleurs, l'une des questions intéressantes à se poser que BenHague élude inconsciemment, c'est de se demander ce qu'aurait été l'espérance de vie aujourd'hui s'il n'y avait eu aucune révolution industrielle, c'est-à-dire si nous n'avions jamais utilisé la moindre énergie fossile ; affirmer qu'elle serait aujourd'hui de 20 à 30 ans inférieure à ce qu'elle est en réalité avec l'« aide » des énergies fossiles, c'est simplement affirmer quelque chose d'indémontrable, car nous ne saurons jamais ce qu'il en aurait été puisque nous n'avons pas de planète bis (ni même ter) et que par ailleurs il n'est pas possible de tout rembobiner jusqu'au début du 19ème siècle afin de faire tourner le système « sans » après l'avoir expérimenté « avec ».

Il suffit de regarder l'Histoire d'avant la révolution industrielle pour s'apercevoir que notre civilisation n'a pas attendu les énergies fossiles pour s'améliorer, le 18ème siècle étant au passage surnommé le Siècle des Lumières ! Qui peut croire un seul instant qu'en l'absence de toute révolution industrielle notre civilisation en serait restée là sans plus évoluer ?

Est-ce que Flemming a vraiment eu besoin de pétrole ou de charbon pour découvrir la pénicilline ? Je n'en ai pas l'impression.

Et est-ce que Jenner s'est servi de charbon ou de pétrole pour trouver le vaccin contre la variole ? C'était en 1796 et je n'ai pas le sentiment que la révolution industrielle avait déjà fait son apparition.

La médecine aurait donc selon toute vraisemblance continué de faire des progrès, pas les mêmes probablement que ceux que nous connaissons, mais rien ne dit que les savants et chercheurs n'auraient pas fait de découvertes encore plus formidables et qu'au final notre espérance de vie ne serait pas comparable, voire supérieure, à celle dont nous jouissons.

En tout cas ce dont nous pouvons être quasiment certains à 150% c'est que les deux guerres mondiales n'auraient pas eu lieu et n'auraient donc pas causé les immenses dommages qu'elles ont générés, car sans énergies fossiles pas de canons perfectionnés, pas de bateaux et sous-marins en acier, pas d'avions et de manière générale pas d'armes de destruction plus ou moins massive, nous en serions peu ou prou restés aux armes des guerres napoléoniennes à peine améliorées, faisant certes de gros dégâts sur les champs de bataille mais épargnant largement les populations civiles.

Les « bénéfices » des énergies fossiles sont avérés pour ce qui concerne les survivants que nous sommes, à condition toutefois d'être nés au bon endroit, et même là ce n'est pas forcément gagné, les pauvres des plus pauvres dans les pays dits riches pouvant en témoigner.

Ken Rice a motivé son billet par sa lecture rapide d'un ouvrage de deux climatosceptiques notoires, Matt Ridley et Steven Pinker, deux bisounours qui croient dur comme fer que notre civilisation industrielle basée, évidemment, sur les énergies fossiles, est la seule qui permette l'« épanouissement » du genre humain.

Steven Pinker est, d'après cet article du Point, « le penseur qui désespère les pessimistes » ; il prétendrait sans rire que :
[…] la raison, la science et l'humanisme ont, plus que tout autre projet intellectuel, réduit les souffrances de l'humanité, place aux graphes et aux chiffres. L'espérance de vie mondiale était de 30 ans en 1760 ? Elle s'élève à 71 ans aujourd.. [le reste pour les abonnées du Point]
Evidemment Pinker est qualifié de « libéral », cela vous étonne-t-il ?

Nous retrouvons ici le poncif de l'espérance de vie de 30 ans en 1760 et de 71 ans aujourd'hui », sans prendre aucun recul ni se demander, comme je l'ai fait plus haut, ce qu'aurait été cette même espérance de vie en de tout autres circonstances.

Quant à Matt Ridley, il s'agit d'un climatosceptique bien connu pour qui s'intéresse un minimum au climat ; chaud partisan du Brexit (ça vous étonne ?) il est surtout célèbre pour avoir amené la banque Northern Rock à la faillite en 2007 (ce qui constitua une première sur le sol britannique en 140 ans !) avant que celle-ci ne soit nationalisée, un comble pour un libéral de la trempe de Ridley ! (pour les sources voir ici, ici ou ici)

Le livre qu'a rapidement survolé Ken Rice est celui-ci : Do Humankind's Best Days Lie Ahead? ce que l'on peut traduire par Les meilleurs jours de l'humanité sont-ils à venir ?

Il ne fait aucun doute que la réponse courte des deux auteurs est : OUI !

Personnellement je n'ai aucun avis tranché sur la question, simplement de gros doutes sur notre capacité en tant que civilisation d'agir de manière « responsable » afin d'éviter un déclin qui pourrait préfigurer une chute comme beaucoup de civilisations dans le passé ont connue tout en se croyant éternelles.

Pour l'instant « tout va bien », comme dirait le bonhomme qui chute de son balcon et se dirige inexorablement vers le sol ; à quel étage sommes-nous rendus ? Aucune idée, le sol semble encore à bonne distance et donc pourquoi se faire du souci, hein ?

L'atterrissage c'est pour quand ?

jeudi 21 février 2019

L'Arctique se réchauffe, c'est une information non alarmiste !

Il est des moments de pur bonheur, par exemple quand on voit un climatosceptique se tirer en direct une rafale dans les pieds sans même s'en rendre compte.

Ainsi sur le forum quetedugraal nous avons ce commentaire :

par troubaa Hier à 21:04
une croix dans le calendrier : une information non alarmiste de komyo !

Pour compléter :
Température de l'arctique

Et de nous montrer dans la foulée ce graphique :

Daily mean temperature and climate north of the 80th northern parallel, as a function of the day of year.  (source ocean.dmi.dk)

Le dénommé troubaa répondait à Komyo qui présentait de son côté un lien menant vers Météo France où le graphique suivant est visible :

Figure 1 : extension mensuelle moyenne de la banquise arctique - janvier 1979 à 2019 - © NSIDC


Et donc à partir de ces deux informations notre ami troubaa en déduit que tout va bien et que l'information est « non alarmiste » selon ses propos.

Disons-le tout de suite, une information d'un organisme comme Météo France ou le DMI n'est ni alarmiste ni non alarmiste, le terme alarmiste ne veut strictement rien dire quand il s'agit d'une information factuelle présentant ce qui se passe dans la réalité ; le caractère alarmiste ou non alarmiste est créé uniquement dans le cerveau de celui qui regarde cette information et en déduit éventuellement les conséquences (ou les non conséquences)

Alors regardons bien les deux graphiques en question.

Le premier, celui que présente troubaa, montre l'écart entre les températures observées et la moyenne sur la période 1958-2002 (c'est comme le Port-Salut, c'est marqué dessus), et que voit-on ? On voit simplement que les températures observées durant les 50 premiers jours de 2019 sont systématiquement supérieures à la moyenne à l'exception de deux ou trois jours (difficile de distinguer nettement leur nombre) ; de plus les quelques jours où les températures ont été inférieures à cette moyenne l'ont été de très peu, on est quasiment proche de l'égalité, alors que les jours où les températures ont été supérieures à cette même moyenne l'ont été de beaucoup, la plupart se situant pas moins de 5°C (ou 5K c'est pareil) au-dessus, une paille !

Et troubaa d'en tirer probablement la conclusion qu'il n'y a pas lieu d'être « alarmé ».

Le deuxième graphique, celui présenté par Komyo et issu de Météo France, montre essentiellement deux choses :
  1. la moyenne de l'extension de la banquise arctique de chaque mois de janvier depuis 1979 ;
  2. la tendance de cette extension.
On remarque que l'extension au mois de janvier a subi des hauts et des bas et qu'actuellement, en janvier 2019 donc, nous assistons à une remontée, tout comme il y avait eu des remontées en 1985-86, en 1993, en 1997 et en 2006-07-08 ; mais si l'on est plus perspicace que troubaa on remarquera également les nombreuses « descentes » qui font que la tendance à long-terme, calculée depuis 1979, est clairement et sans contestation possible à la baisse ; mais troubaa, comme tout climatosceptique qui se respecte (et ne doutons pas que troubaa se respecte au plus haut point), ne regarde que la partie tout à fait à droite et ne retient que le commentaire suivant de Météo France :
Les conditions plus fraîches en janvier que les années précédentes (il faut remonter à 15 ans, janvier 2004, pour avoir un mois de janvier globalement plus froid en Arctique, d'après la Figure 3) ont sans doute permis d'avoir un bon taux d'accroissement quotidien de la glace durant le mois, de l'ordre de 51200 km² par jour, plus élevé que la normale.
Ses neurones pré-programmés pour ne retenir qu'un certain type d'information en concluent donc que le « taux d'accroissement quotidien de la glace [est] plus élevé que la normale » et la conclusion logique qu'en tire le centre névralgique qu'est son cerveau est naturellement que l'Arctique se porte bien puisque la banquise est en train de se reconstituer.

Et troubaa est conforté dans ses certitudes avec le dernier paragraphe qui lui dit :
Contrairement aux 4 hivers précédents, dont les trois derniers ont été marqués successivement par des vagues de chaleur exceptionnelles en pleine nuit polaire, cet hiver ne battra pas de record d'extension basse. Il est vraisemblable que la valeur maximale finale soit entre la 7e et la 10e extension maximales la plus basse.
Evidemment il aura zappé le titre dudit paragraphe : 
Un répit : pas de record d'extension basse cette année
Mais pour troubaa le mot « répit » ne doit pas avoir de signification particulière, donc pourquoi s'encombrer avec ce qu'il donne à réfléchir (réfléchir, encore un mot dont troubaa ignore le sens)

Mais qu'on ne m'accuse pas de ne donner qu'une partie de l'information fournie par troubaa, celui-ci en effet nous montre deux autres graphiques :

The plots show maps with sea ice thickness, and seasonal cycles of the calculated total arctic sea ice volume. The mean sea ice volume and standard deviation for the period 2004-2013 are shown with gray. The figures are based on calculations using DMI's operational ocean and sea ice model HYCOM-CICE. (source ocean.dmi.dk)

Sea ice extent in recent years for the northern hemisphere.
                       The grey shaded area corresponds to the climate mean
                       plus/minus 2 standard deviations.
(source ocean.dmi.dk)

Effectivement, l'année 2019 commence plutôt bien pour la banquise arctique, mais il n'y a rien d'étrange à cela et neven ne cache pas sa joie de constater que la glace arctique se porte à merveille en ce début d'année :
Good news! So far, the winter has been good for Arctic sea ice. The past three months have been relatively cool, especially when compared to the previous three winters, which broke all temperature records for the Arctic (see Zack Labe's excellent graph here). Of course, PIOMAS has responded in kind. With 3456 km3, January was well above the 3179 km3 average for the 2007-2018 period. And so, 2019 starts out as 7th lowest on record, a whopping 2500 km3 behind ranking leader 2017, almost doubling the gap since the end of November.
Bonnes nouvelles! Jusqu'à présent, l'hiver a été bénéfique pour la banquise arctique. Les trois derniers mois ont été relativement froids, surtout par rapport aux trois hivers précédents, qui ont battu tous les records de température pour l'Arctique (voir l'excellent graphique de Zack Labe ici). Bien entendu, PIOMAS a réagi de la même manière. Avec 3456 km3, janvier était bien au-dessus de la moyenne de 3179 km3 pour la période 2007-2018. Ainsi, 2019 commence au 7e rang le plus bas jamais enregistré, à 2500 km3 du leader du classement 2017, doublant presque l'écart depuis la fin du mois de novembre.
Ce qui nous vaut le graphique suivant que mes lecteurs fidèles connaissent bien :

Anomalie (écart) de volume (par rapport à la moyenne 1979-2018) de la banquise arctique et tendance d'après PIOMAS.

Nous retrouvons plus ou moins le graphique montré plus haut qui ne représentait que les mois de janvier depuis 1979, les mêmes considérations sont donc à prendre en compte (vous savez bien, l'histoire des hauts et des bas…)

Personne ne sait à l'heure actuelle :
  • quel sera le niveau de la banquise arctique pris sur la moyenne de la saison (si je ne me trompe pas le record est détenu par 2016 ou 2017) ;
  • quel sera le niveau de la banquise arctique à son plus bas, c'est-à-dire au mois de septembre (le record est toujours détenu par le mois de septembre 2012)
Pour l'instant la tendance est toujours à la baisse, le dernier mois se situant dans l'intervalle de confiance (à comparer avec d'autres périodes dont les plus hauts étaient situés nettement dans la partie gris clair)

Donc de tout cela je ne sais pas s'il faut s'« alarmer » ou non, je laisse aux compères de troubaa le soin de déterminer à partir de quel moment il faudra vraiment se faire du souci pour la santé de la banquise.


mercredi 20 février 2019

Le Réveilleur démonte à son tour François Gervais en tout petits morceaux

Il est bien connu qu'il suffit de quelques secondes à quelqu'un pour proférer une seule énormité qui demandera un temps infiniment plus important pour être réfutée, nous en avons la démonstration avec Le Réveilleur qui nous fournit une vidéo de 45 minutes qui ne traitera qu'une toute petite partie de la vidéo montrant François Gervais en train de désinformer son public afin de booster les ventes de son dernier bouquin que je ne vous conseillerai certainement pas de vous procurer (vous pouvez essayer de le voler ou de l'emprunter à un ami qui l'aurait acheté sans savoir de quoi il retourne, mais surtout, surtout, n'allez pas avec votre argent gagné à la sueur de votre front améliorer l'ordinaire d'un vieux professeur à la retraite qui tente d'arrondir ses fins de mois)

Pour votre information Le Réveilleur n'est pas un personnage de dessin animé, il s'agit d'une personne en chair et en os du nom de Rodolphe Meyer dont vous pouvez consulter ici la thèse de doctorat dans les sciences de l'environnement ; il se présente d'ailleurs lui-même ainsi sur son site :
Je suis diplômé d’une école d’ingénieur (l’ESPCI). Mon cursus inclut une année d’Erasmus en Norvège (NTNU) où j’ai plus spécifiquement étudié l’environnement. Entrer en contact avec les connaissances scientifiques sur ce sujet m’a convaincu que nos sociétés font face à de gros problèmes environnementaux qui vont beaucoup jouer sur leur développement futur.
Ainsi Rodolphe Meyer pourrait, au même titre que François Gervais, être « expert réviseur », la seule contrainte à ma connaissance étant qu'il faut faire état d'au moins cinq publications afin de pouvoir postuler, comme expliqué dans cette « notice » :
The process includes an online registration system for Expert Reviewers that requests: contact details, a description of expertise related to the Chapters that will be reviewed, a list of up to five most relevant publications, and highest academic degree. A personal and non-transferable user name and password is generated for each Expert Reviewer upon successful completion of the registration.
Comme Rodolphe est (encore) jeune je doute qu'il puisse produire ces cinq publications, mais cela ne saurait tarder !

Donc d'après son profil, que tout un chacun peut vérifier, notre Réveilleur est parfaitement compétent pour analyser, voire disséquer la vidéo de François Gervais et mettre celui-ci devant ses contradictions quand il ne s'agit pas d'oublis ou carrément de mensonges ; on ne sait d'ailleurs pas trop quoi penser de François Gervais sur le plan général ; s'agit-il d'un menteur éhonté ou de quelqu'un simplement incompétent que sa formation scientifique a entrainé sur la pente glissante de l'effet Dunning-Kruger qui fait croire à un individu qu'il possède des connaissances qu'il n'a manifestement pas ? Je ne trancherai pas la question et laisse mes lecteurs choisir entre les deux possibilités, même si j'ai ma petite idée sur le sujet.

En tout cas la vidéo du Réveilleur est parfaitement documentée et la recension des sources est clairement mentionnée ; il rappelle les trois vidéos sur Vincent Courtillot qui complètent celle dédiée à François Gervais, mais il mentionne aussi les deux billets de blog que j'ai consacrés à François Gervais, François Gervais passé à la moulinette de François-Marie Bréon où je reprenais les points relevés par François-Marie Bréon, et Des précisions stratosphériques sur le livre de François Gervais écrit par François-Marie Bréon lui-même en tant qu'invité.

Bien d'autres références sont mentionnées afin d'étayer la vidéo du Réveilleur, lequel n'hésite pas, quand il ne sait pas quelque chose, à le dire clairement, ce qui incite quelques commentateurs à fournir l'information manquante quand ils arrivent à la trouver ; évidemment le fil des commentaires est pollué par les inévitables trolls attirés par l'odeur du sang, cela fait partie du jeu et il faut faire avec, et le Réveilleur fait preuve d'une grande patience et d'une immense courtoisie là où un autre (ne me regardez pas comme ça, je ne parle pas de moi) enverrai l'importun se faire voir chez les hellènes.

J'attends avec impatience la deuxième vidéo promise par Rodolphe Meyer afin de voir ce que je peux rajouter ici (comme beaucoup de points ont déjà été vus sur mon blog, je ne reprendrai que ce que le Réveilleur a ajouté de son côté)

Stay tuned.


Décès de Wallace (dit Wally) Broeker

Voici une information que vous ne trouverez probablement pas sur certains sites que je ne nommerai pas mais que vous pouvez facilement imaginer (si vous me suivez régulièrement)

Il y a deux jours mourrait Wally Broeker, un géophysicien américain dont Ari Jokimäki nous donne la liste des papiers depuis 1957 jusqu'en 2018 !

Je ne sais pas si cette liste est exhaustive, mais on peut voir que dès la première année le tempo était donné avec un article focalisé sur...le CO2 ! (Lamont Natural Radiocarbon Measurements IV)

Une recherche sur Google Scholar donne pas moins de 3570 résultats (2860 si l'on ajoute la mention « climate ») à comparer avec les faméliques 1010 résultats de notre héros précédent, j'ai nommé Georges Geuskens, lequel, contrairement à Broeker, n'a jamais rien publié sur le sujet du climat.

Le dernier article mentionné par Jokimäki s'intitule CO2: Earth’s Climate Driver, soit en français « Le CO2 : moteur climatique de la Terre ».

Je n'ai pas accès à la totalité de l'article qui est derrière paywall et n'est pas encore accessible (même en utilisant l'application unpaywall aimablement recommandée par VB) cependant voici une traduction du résumé :
Alors que nous luttons pour faire face à l’accumulation continue de CO2 produite par la combustion de combustibles fossiles, pouvons-nous obtenir des indications à partir du registre géologique? Bien que notre capacité à reconstituer de manière fiable le contenu en CO2 atmosphérique du passé soit limitée aux 800 000 dernières années, nous disposons de preuves irréfutables du fait que ces gaz à effet de serre ont joué un rôle clé tout au long de l’histoire de la Terre. Cela a certainement compensé la plus faible luminosité du jeune Soleil. Il ne fait aucun doute que cela nous a sauvé de deux épisodes de boule de neige (snowball) ou a provoqué un bref réchauffement de 5 ° C au début de l'Éocène [i.e. il y a 56 millions d'années]. Ce qui est moins certain, c’est que la diminution de la teneur en CO2 atmosphérique a été à l’origine du refroidissement global qui a commencé il y a 50 millions d’années lorsque le sous-continent indien est entré en collision avec l’Asie. Enfin, il s'est associé au changement de saisonnalité, à la réorganisation de la circulation océanique et à la fertilisation du fer (iron fertilisation) pour générer les cycles glaciaires de 100 000 ans qui ont dominé le dernier demi-million d'années.   
Voilà donc un chercheur pour lequel la responsabilité du CO2 est clairement engagée dans les variations de températures (même s'il a quelques doutes sur un épisode particulier s'étant déroulé il y a 50 millions d'années...), quand sa concentration baisse les températures baissent, quand sa concentration augmente les températures font de même ; c'est pour cela essentiellement que vous n'en entendrez pas parler sur les sites « que vous imaginez » sauf pour le dénigrer et lui opposer des gens comme Geuskens pour qui, je le rappelle :
La théorie du réchauffement climatique d’origine anthropique basée sur l’existence d’un effet de serre n’a aucune justification ni théorique ni expérimentale.

Wikipédia nous dit que Broeker « a développé l'idée d'un "tapis roulant" global reliant la circulation de l'océan mondial et a apporté une contribution majeure à la science du cycle du carbone et à l'utilisation des traceurs chimiques et de la datation isotopique en océanographie. »

A noter que Broeker a reçu en 2006 le prix Crafoord en géoscience, soit 20 ans après...Claude Allègre qui l'a obtenu en 1986 dans la même catégorie ; la seule différence étant évidemment que ce dernier n'était pas du tout spécialisé dans l'étude du climat contrairement à Broeker.

Broeker avait donc un peu plus de 87 ans à sa mort et il est assez remarquable de constater que quasiment jusqu'à la fin il a continué ses recherches et publié dans des revues à comité de lecture (pas moins de 15 publications dans sa dernière décennie de vie !)