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mercredi 27 janvier 2021

Encore un exemple de désinformation de la part de Pierre Gosselin

 Puisque nous sommes lancés pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?

Précédemment nous avons vu dans Pierre Gosselin (No Trick Zone) lance un message à l'attention des gogos comment un charlatan s'y prenait pour gruger les gros naïfs du genre de monsieur Antoine qui, sur Skyfall, « informe » ses con-génères en leur fournissant gracieusement et régulièrement des liens vers NoTricksZone, l'église de désinformation dans laquelle officie le prêtre Pierre Gosselin.

Au passage signalons que la traduction de « no tricks zone » est, vous ne le devinerez jamais, « zone de non-tricherie », comme quoi les charlatans peuvent avoir de l'humour en se foutant ouvertement de la tronche de ceux qu'ils empapaoutent.

Pour les autres articles que j'ai pu écrire sur Gosselin et son site de désinformation vous pouvez aller voir ici.

Aujourd'hui nous allons considérer un article récent datant du 22 janvier dernier dans lequel, vous n'allez jamais le croire, c'est le soleil qui explique tout !

Dans Japanese Climate Scientist Kyoji Kimoto: “Climate Change Governed By The Sun”, CO2 Lesser Role! Gosselin introduit (rappelez-vous qu'il est spécialisé en empapaoutage) ainsi son sujet du jour :

Hundreds of publications show how climate in many regions around the world varies in sync with solar activity. More evidence is provided by Japanese climate scientist Kyoji Kimoto.

Des centaines de publications montrent comment le climat varie dans de nombreuses régions du monde en fonction de l'activité solaire. Le climatologue japonais Kyoji Kimoto en fournit d'autres preuves.
Je tiens à vous rassurer immédiatement, je ne vais pas passer en revue les « centaines de publications » qui selon Gosselin nous prouveraient que quand c'est le jour quelque part dans le monde il y a davantage de soleil qu'ailleurs où c'est la nuit, nous savons pertinemment de quoi il retourne, il nous a chanté à plusieurs reprises la même mauvaise rengaine (voir par exemple Bientôt un consensus à 100% ?) avec les « nombreuses » publications qui remettraient (d'après lui bien sûr) en cause le rôle de l'homme dans le réchauffement climatique ; non cette fois je me concentrerai uniquement sur un seul graphique qui nous montrera que ce gars pue la manipulation à plein nez et que seuls les enrhumés du cerveau croient que ça sent la rose.

Regardons le chapitre 3 qui nous dit ceci :

3. Arctic sea ice extent

Connolly et al. (2017) showed the variation of Arctic sea ice extent due to solar activity change in line with the climate periods above.

Connolly et al. (2017) ont montré la variation de l'étendue de la glace de mer arctique due au changement de l'activité solaire en fonction des périodes climatiques ci-dessus.

 

Fig. 4: Variation of Arctic sea ice extent, Connolly et al., 2017)


On remarquera qu'un bon charlatan tel que Pierre Gosselin se garde bien de fournir un lien vers l'étude d'où est soi-disant tiré ce graphique, on ne sait jamais, ses lecteurs pourraient avoir l'idée idiote d'aller vérifier d'un coup de click, c'est bien trop dangereux ! Il se contente de mentionner « Connolly et al., 2017 » en se doutant que personne n'ira rechercher le papier en question.

Sauf que je suis moins fainéant que le lecteur lambda de Pierre Gosselin, je ne m'appelle pas AntonioSan et ne suis pas apprenti monsieur météo chez Skyfall ; je suis donc en mesure de vous donner le lien dans lequel vous trouverez la véritable figure non trafiquée, il s'agit de Re-calibration of Arctic sea ice extent datasets using Arctic surface air temperature records (sealevel.info) et la figure en question se trouve à la page 1336 du Hydrological Sciences Journal, la voici :

Figure 11. Comparison of our all-Arctic summer sea ice extent reconstruction with several other estimates in the literature: (a) Walsh dataset-derived summer extents; (b) Pirón and Pasalodos (2016) September extents; (c) Alekseev et al. (2016) September extents; (d) CMIP5 modelled September extents; (e) our summer reconstruction.

Traduction de la légende :

Figure 11. Comparaison de notre reconstruction de l'étendue de la glace de mer d'été dans tout l'Arctique avec plusieurs autres estimations de la littérature : (a) Étendues estivales dérivées de l'ensemble de données de Walsh ; (b) Étendues de septembre de Pirón et Pasalodos (2016) ; (c) Étendues de septembre d'Alekseev et al. (2016) ; (d) Étendues de septembre modélisées par CMIP5 ; (e) notre reconstitution de l'été.

Il est également possible de consulter le papier lui-même : Full article: Re-calibration of Arctic sea ice extent datasets using Arctic surface air temperature records (tandfonline.com) 

Ainsi notre clown Pierre Gosselin a choisi de ne montrer, on se demande bien pourquoi, que le graphique (c) provenant de l'étude d'Alekseev datant de 2016 ; et on remarquera plusieurs choses :

  • la légende du graphique de Gosselin est trompeuse puisqu'elle fait croire que le graphique serait celui de Connolly alors qu'il est d'Alekseev ;
  • le graphique habilement sélectionné par Gosselin est de manière très surprenante celui qui fait apparaitre autour de l'année 1940 une étendue de banquise arctique identique à celle d'aujourd'hui... 
  • le véritable graphique de Connolly est celui du bas, reproduit dans la figure 12 ci-après :
Figure 12. Comparison of annual Arctic sea ice extent trends during the pre-satellite era with the satellite era. Periods of general sea ice growth and periods of general sea ice melt are indicated at the bottom of the figure.

Traduction de la légende :
Figure 12. Comparaison des tendances annuelles de l'étendue de la glace de mer arctique pendant l'ère présatellite avec l'ère des satellites. Les périodes de croissance générale de la glace de mer et les périodes de fonte générale de la glace de mer sont indiquées au bas de la figure.
Et là oh surprise, le pic de l'année 1943 se situe légèrement au-dessus de l'année 2005 après laquelle la banquise n'a cessé de se réduire comme peau de chagrin.

Maintenant se pose la question de savoir si ce graphique est cohérent avec les fameuses « périodes climatiques ci-dessus » évoquées par Pierre Gosselin dans son article ; les voici ces fumeuses périodes :

Fig. 1: aa-index graph: Zebro, J-L et al., Journal of Advanced Research (2013),4, 265-274

Là encore aucun lien, à la place une vague référence au Journal of Advanced Research dans lequel vous êtes priés d'aller chercher vous-même l'info dans la botte de foin ; je n'ai pas pris cette peine me doutant que l'ami Gosselin avait de ses petits doigts musclés rajouté des segments rouges sur un graphique soigneusement choisi en ignorant tout ce qui pourrait ébranler tout l'édifice (on  n'est jamais trop prudent), quoi qu'il en soit même en faisant confiance à ce graphique je défie quiconque de trouver un parallélisme avec celui de Connolly, le vrai Connolly bien entendu. 

Quant au papier de 2016 d'Alekseev, je n'ai réussi à trouver que ce lien : (PDF) IMPACT OF ATMOSPHERIC HEAT AND MOISTURE TRANSPORT ON ARCTIC WARMING IN WINTER (researchgate.net) ; mais comme c'est écrit en russe et que de surcroit je ne vois nulle part dans le papier la moindre mention du graphique dont il est question je passe mon tour et me contenterai de citer ce que dit Connolly dans ce passage :

because the Alekseev et al. (2016) reconstruction is essentially an inverse Arctic summer temperature index, it cannot be used for studying the relationship between Arctic sea ice extent and surface air temperatures outside the satellite era (as that would lead to circular logic). Also, it discards all of the pre-satellite era direct observations of Arctic sea ice incorporated in the Walsh and Zakharov datasets.

Comme la reconstruction d'Alekseev et al. (2016) est essentiellement un indice inverse de la température estivale de l'Arctique, elle ne peut être utilisée pour étudier la relation entre l'étendue de la glace de mer arctique et les températures de l'air à la surface en dehors de l'ère des satellites (car cela conduirait à une logique circulaire). En outre, elle écarte toutes les observations directes de la glace de mer arctique de l'ère présatellite incorporées dans les ensembles de données de Walsh et Zakharov.

J'en déduis donc que les données pré-1979 figurant dans le graphique d'Alekseev faussement attribué à Connolly par Pierre Gosselin sont à prendre avec des pincettes tellement longues qu'on ne peut même pas les tenir. C'est clair et net, ce graphique ne tient même pas compte des observations directes avant la période des satellites, c'est dire...

Qu'ajouter de plus ?

Ah oui, Gosselin nous montre également un journal de 1971 dans lequel un scientifique aurait prédit un futur âge de glace :

Fig. 2: Washington Post, July 9, 1971.

C'est bien joli mais le scientifique n'avait pas tout à fait tort !

En effet, si on lit avec attention l'article on s'aperçoit qu'il prévoyait une baisse des températures qui serait due aux fines particules (fine dust) que l'humanité envoyait dans l'air depuis le début de la révolution industrielle ; peut-être que la chute de 6 degrés (Celsius ou Fahrenheit ? On ne sait pas) causée par le « voilage » de la lumière du soleil était un peu exagérée, c'est possible, mais ce qui est certain c'est que les normes environnementales ont permis de réduire drastiquement la pollution atmosphérique ; comme par hasard le Clean Air Act date de 1970 et la majorité des réglementations environnementales date des années 1970, ce qui au passage est cohérent avec la reprise de la hausse des températures à la fin de cette décennie :

Evolution des températures des deux hémisphères et globale (source HadCRUT)

On remarquera assez aisément que la reprise de la hausse des températures est nettement plus marquée dans l'hémisphère nord que dans le sud, puisque c'est au nord que la pollution atmosphérique sévissait le plus !

C'est donc grâce à des scientifiques tels que ce S.I. Rasool que des réglementations ont été mises en place afin de limiter la pollution de l'air, ce qui a eu l'effet kiss-cool de nettoyer le ciel (et nos poumons) mais de permettre aux gaz à effet de serre de fonctionner à merveille.

Ainsi Pierre Gosselin se tire une balle dans le pied en apportant lui-même ce genre d'information, mais je ne suis pas sûr que ses lecteurs habituels aient bien entendu la détonation pourtant assourdissante.

Molière avait très justement remarqué que « Il n’y a point de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. »


lundi 24 février 2020

Le clown Pierre Gosselin y croit encore


Le temps qui passe est impitoyable pour les climatosceptiques qui s'aventurent à prédire un refroidissement de la planète, la preuve avec Pierre Gosselin.

En 2011 il eut l'inconscience de parier que la décennie 2011-2020 serait plus froide que la précédente, c'était dans Climate Bet For Charity - Will the next 2011-2020 decade be warmer than the previous 2001 – 2010 decade?

Traduction : Pari climatique pour une action caritative - La prochaine décennie 2011-2020 sera-t-elle plus chaude que la précédente 2001 - 2010 ?

Rien de bien répréhensible puisque le perdant du pari devra payer une certaine somme à une organisation caritative en faveur des enfants « en détresse », sans définir exactement de quelle organisation il s'agit :
The loser of the bet will have to pay the amount pladged to a charity for children in dire need, such as Children Hospice International or Doctors Without Borders.
Le perdant du pari devra verser la somme promise à une organisation caritative pour les enfants en détresse, telle que Children Hospice International ou Médecins sans frontières.
Médecins sans frontières qualifiée d'organisation caritative en faveur des enfants en détresse, pourquoi pas...

Bref le « réchauffiste » Rob Honeycutt s'est engagé pour 5 200 dollars, apparemment à titre personnel, c'est-à-dire sur ses propres deniers, alors que Gosselin ne s'est engagé lui qu'à hauteur de 2 000 dollars (à la date du 10 janvier 2011) qu'il compte bien récupérer auprès de ses lecteurs auxquels il demande de mettre la main à la poche (pas folle la guêpe) :
I hope that more readers here will pledge some money for this bet. Again it would be nice to have the warmists pay the full $5200 they’ve pledged thus far. Right now us coolists have about $2000, and so we need to get more coolist bets. Minimum bet is $10.
J'espère que d'autres lecteurs ici présents s'engageront à verser un peu d'argent pour ce pari. Une fois encore, il serait bon que les réchauffistes versent la totalité des 5200 dollars qu'ils ont promis jusqu'à présent. En ce moment, nous, les refroidistes, avons environ 2 000 $, et nous devons donc obtenir d'autres paris refroidistes. Le pari minimum est de 10 $.
De cela je comprends que Gosselin s'imagine que ses lecteurs vont aller jusqu'à combler l'écart de 3 200 dollars qui le sépare de Honeycutt, il a dès le début quelques touches qui font ding ding dans son virtuel tiroir-caisse :
Viv Evans 11. January 2011 at 11:55 AM | Permalink | Reply

Pierre, another $50-00 from me – for the cool side.

Betting on cool is cool, no?
Pierre, encore 50-00 $ de ma part - pour le côté cool.
Parier sur le côté cool, c'est cool, non ?
Mort de rire, l'humour des climato-gogos m'a toujours pris de court tellement il semble décalé, comme une dinde qui se réjouirait de passer les fêtes de Noël en famille.

Pour calculer de manière non-équivoque les températures à prendre en considérations les deux parieurs ont convenu ce qui suit :
It has been agreed to use a composite of RSS and UAH lower troposphere temperature – close to the earth’s surface. The result will be accepted without quibbling, as it is agreed that it’s the best we’ve got. The average of the two will decide the bet!
Il a été convenu d'utiliser un composite de la température de la basse troposphère RSS et UAH - proche de la surface de la terre. Le résultat sera accepté sans chicaner, car il est convenu que c'est le meilleur que nous ayons. C'est la moyenne des deux qui décidera du pari !
Prendre les températures dérivées des mesures satellitaires pouvait sembler risqué pour le « réchauffiste » Honeycutt, surtout avec les données fortement biaisées de UAH, pourtant celui-ci a accepté le pari sur ces bases-là tellement il était certain...de ne pas perdre !

Alors, maintenant que nous sommes en 2020 à dix mois de l'échéance du pari, que donnent les températures de chaque décennie ? La page The Decadal Global Climate Bet du site Kiwi Thinker spécialement créée pour l'occasion nous fournit les dernières courbes, et le moins que l'on puisse dire c'est que...ça chauffe pour les fesses de Pierre Gosselin :

Mise à jour à 9 ans : Décembre 2019 (mois 108/120)

La décennie en train de s'achever est mentionnée en vert, la précédente en rouge, voyez-vous une différence ?

Pierre Gosselin, lui, croit encore qu'il va gagner son pari, voici les derniers échanges sur son blog :
Jake 24. January 2020 at 6:08 PM | Permalink | Reply

So have yall paid up yet? Last 5 years have been the hottest 5 on record, pretty much statistically impossible for you to win at this point.
P Gosselin 24. January 2020 at 6:41 PM | Permalink | Reply

Not yet. Will act when all the data are in.
Je vous traduis ?
Alors, vous avez tous payé ? Les cinq dernières années ont été les cinq années les plus chaudes jamais enregistrées, il vous est statistiquement impossible de gagner à ce stade.
Pas encore. Nous agirons lorsque toutes les données seront disponibles.
Mais Gosselin, droit dans ses bottes, avait justifié peu de temps auparavant sa « possible » défaite :
P Gosselin 3. March 2019 at 11:15 AM | Permalink | Reply

It’s highly unlikely that the current decade will be cooler than the previous…the 2015/2016 El Nino spoiled it for the coolists. Of course the warmists will insist it’s CO2, when in fact it’s natural ocean cycles.
Il est très peu probable que la décennie actuelle soit plus froide que la précédente... le El Nino de 2015/2016 a gâché les choses pour les refroidistes. Bien sûr, les réchauffistes insisteront sur le fait qu'il s'agit de CO2, alors qu'en fait, il s'agit des cycles naturels des océans.
C'est à cela qu'on reconnait un crétin ou un désinformateur professionnel (voir Malfaisant ou stupide ? Les deux types de négateurs du changement climatique), confronté aux évidences et mis devant le fait accompli représenté dans le cas présent par des données factuelles qu'il a lui-même choisies préalablement en étant persuadé d'avoir raison, il trouvera toujours des excuses boiteuses pour essayer de se sortir du trou dans lequel il s'enfonce inexorablement.

Le Niño de 2015-2016 est certes visible en abscisses aux mois  60-72, mais depuis nous sommes passés dans un registre ENSO neutre, variant d'un léger La Niña à un léger El Niño :
Index ENSO de 2010 à 2019 (source weather.plus)

Mais Pierre Gosselin a-t-il seulement compris qu'ENSO faisait partie de la variabilité naturelle du climat, laquelle s'équilibre très rapidement au fil du temps ?

Peut-être le sait-il parfaitement, et dans ce cas il n'est pas si stupide qu'il en a l'air, donc...

Test : si vous ne voyez aucune anomalie c'est que vous êtes probablement un lecteur régulier de Pierre Gosselin.


mardi 26 janvier 2021

Pierre Gosselin (No Trick Zone) lance un message à l'attention des gogos

 Nous connaissons bien ici Pierre Gosselin, ce désinformateur spécialisé dans la transformation des vessies en lanternes à l'attention des gros nigauds du genre de monsieur Antonio qui boit ses écrits illico, comme par exemple ici :

Fil info de sceptiques 2018 - Changement Climatique (skyfall.fr)

2501.  AntonioSan | 29/12/2018 @ 20:07 

Eh oui…
http://notrickszone.com/wp-con.....s-2018.png


Eh oui, et ça m'avait permis de remettre les choses à l'endroit dans Pour finir l'année avec le sourire (ou le fou rire éventuellement) afin de déniaiser les éventuels adeptes de la secte qui seraient passés par là (on peut toujours rêver)

Recenser tous les commentaires de monsieur Antoine dans lesquels il fait référence à Gosselin est quasiment mission impossible, je ne m'y aventurerai donc pas, et puis à quoi sert de tirer sur une ambulance aux pneus crevés qui vient de couler une bielle, ça peut amuser un moment mais comme on dit les plaisanteries les plus courtes...

Aujourd'hui nous allons parler d'un article récent du sieur Gosselin que monsieur Antoine a certainement lu avec avidité, Study Shows Arctic Sea Ice Reached Lowest Point On Modern Record… In The 1940s, Not Today! (Une étude montre que la glace de mer de l'Arctique a atteint son point le plus bas dans les annales modernes... Dans les années 1940, pas aujourd'hui !)

Et comme toujours en pareil cas nous nous poserons la question à deux volets qui nous vient immédiatement à l'esprit : est-ce que Gosselin est sérieux ou bien prend-il vraiment ses lecteurs pour des cons ? Dans le premier cas c'est un simple imbécile, dans le second c'est un charlatan, je vous laisse choisir ce qui vous semble le plus pertinent comme réponse.

Je vais faire court (je n'ai pas piscine mais c'est pareil)

Gosselin reprend dans son article une affirmation d'un certain Kenneth Richards selon laquelle la banquise arctique aurait été moins étendue en 1940 que ce qu'elle est aujourd'hui, et pour cela il nous montre ce graphique arrangé par ses soins :

Graphique montré par Gosselin.

Et il nous dit immédiatement après :
As the chart above shows Arctic sea ice volume in fact reached a low point in the 1940s, before adding 10,000 cubic kilometers (equivalent to 5 million sq km of 2-meter thick sea ice) by 1980. Such a massive rise means there had to have quite a bit of cooling there.
Comme le montre la carte ci-dessus, le volume de la glace de mer arctique a en fait atteint un point bas dans les années 1940, avant d'ajouter 10 000 kilomètres cubes (l'équivalent de 5 millions de km2 de glace de mer de 2 mètres d'épaisseur) en 1980. Une telle augmentation massive signifie qu'il a dû y avoir un certain refroidissement.
Petit problème : le graphique ne dit pas du tout ce que Gosselin prétend qu'il nous dit !

Il ne s'agit pas en effet du volume de la banquise arctique qui serait représenté par ce graphique, mais tout simplement de ce que les auteurs appellent « the wavelet » que l'on traduit en français par vaguelette !

Bien évidemment le terme exact scientifique n'est pas vaguelette, peut-être peut-on le traduire plutôt par quelque chose comme « ondelette » ; voici ce qu'explique Nick Stokes en réaction à cet article de Gosselin repris chez WUWT :
 January 24, 2021 4:00 pm

As usual from Kenneth Richard, a total misreading of the paper. The graph shown is not a historical record of sea ice volume, and the paper doesn’t say it is. As so often, the featured graph has been taken out of a much larger tableau of graphs, and the caption provided comes from KR’s imagination, not the paper. A time axis has been pasted on from somewhere else. It is in fact a modelled reconstruction of the temporal variability, not the volume itself. As to how it relates to the data, as the Methods say
“For the variability analysis, the trend and seasonal cycle are removed from the time series (pan-Arctic SIV and gridded SIT) so that we focus on the interannual variability.”

But even the data is a simulation, using CESM1:
” In practical terms, we will use the last 200 years of this simulation. The historical period has one ensemble member covering the 1850–2005 period and 30 ensemble members over 1920–2005.”

One final clue; they publish an analogous graph for 2005-2100 in the adjacent panel.

Comme d'habitude de la part de Kenneth Richard, une mauvaise lecture totale du document. Le graphique présenté n'est pas un relevé historique du volume de la glace de mer, et le papier ne le dit pas. Comme souvent, le graphique présenté a été extrait d'un tableau de graphiques beaucoup plus vaste, et la légende fournie provient de l'imagination de KR, et non du papier. Un axe du temps a été collé à partir d'un autre endroit. Il s'agit en fait d'une reconstruction modélisée de la variabilité temporelle, et non du volume lui-même. Quant à la façon dont il se rapporte aux données, comme le disent les Méthodes

"Pour l'analyse de la variabilité, la tendance et le cycle saisonnier sont retirés des séries chronologiques (VIS panarctique et SIT quadrillé) afin que nous nous concentrions sur la variabilité interannuelle".

Mais même les données sont une simulation, en utilisant le CESM1 :

” Concrètement, nous utiliserons les 200 dernières années de cette simulation. La période historique compte un membre d'ensemble couvrant la période 1850-2005 et 30 membres d'ensemble sur 1920-2005".

Un dernier indice : ils publient un graphique analogue pour 2005-2100 dans le panel adjacent.

Ainsi le graphique représente, si je comprends correctement, la « variabilité interannuelle », après avoir éliminé « la tendance et le cycle saisonnier » ; de plus il s'agit non pas d'observations mais du résultat de calculs provenant de modèles, ce qui a un certain charme quand on sait que « ces gens-là » n'ont aucune confiance dans les modèles climatiques !

Le véritable graphique issu de l'étude (voir Brief communication: Arctic sea ice thickness internal variability and its changes under historical and anthropogenic forcing), exempt de tout trafficotage à la Gosselin, est le suivant :

Véritable graphique (source The Cryosphere (copernicus.org))

Et voici la légende complète sans omission :

Figure 1Wavelet analysis applied to the Arctic sea ice volume anomaly over the pre-industrial (200 years preceding the historical integration) (a), historical (1850–2005) (b) and future (2006–2100) (c) periods. Each panel (a–c) presents the sea ice volume anomaly time series (top), wavelet power spectrum (bottom left) and time-integrated power spectrum from the wavelet analysis (bottom right). Morlet is used as a wavelet mother. The red lines denote the 95 % significance levels above a red noise background spectrum, while the crosshatched areas indicate the cone of influence where edge effects become important. White areas in the wavelet power spectrum represent values out of the range defined by the colour bar. Horizontal black lines depict the 8- and 16-year periods. Multi-member wavelet analysis (d). The red dots depict wavelet spectrum local maxima for all members. The blue and dashed red lines show the mean normalised wavelet spectrum and 95 % confidence spectrum for all members, respectively. The black line represents the number of wavelet spectrum local maxima at each period.

Traduction (approximative...) :
Figure 1 Analyse par ondelettes appliquée à l'anomalie du volume de la glace de mer arctique sur les périodes préindustrielle (200 ans avant l'intégration historique) (a), historique (1850-2005) (b) et future (2006-2100) (c). Chaque panneau (a-c) présente la série chronologique de l'anomalie du volume de la glace de mer (en haut), le spectre de puissance des ondelettes (en bas à gauche) et le spectre de puissance intégré dans le temps de l'analyse des ondelettes (en bas à droite). Morlet est utilisé comme une mère d'ondelettes. Les lignes rouges indiquent les niveaux de signification à 95 % au-dessus d'un spectre de bruit de fond rouge, tandis que les zones hachurées indiquent le cône d'influence où les effets de bord deviennent importants. Les zones blanches dans le spectre de puissance des ondelettes représentent les valeurs en dehors de la plage définie par la barre de couleur. Les lignes noires horizontales représentent les périodes de 8 et 16 ans. Analyse d'ondelettes multi-membres (d). Les points rouges représentent les maxima locaux du spectre d'ondelettes pour tous les membres. Les lignes bleues et rouges pointillées montrent respectivement le spectre moyen normalisé des ondelettes et le spectre de confiance à 95 % pour tous les membres. La ligne noire représente le nombre de maxima locaux du spectre d'ondelettes à chaque période.
Sur twitter, à la suite du tweet de Kenneth Richards certains commentateurs ne se sont pas laissés piéger, par exemple :

He doesn’t seem to have read the paper. The data were detrended so they could focus on the variability. It’s not really surprising that they see no trend when they’ve removed it!
Il ne semble pas avoir lu le papier. Les données ont été corrigées afin de pouvoir se concentrer sur la variabilité. Il n'est pas vraiment surprenant qu'ils ne voient aucune tendance lorsqu'ils l'ont supprimée !


A noter que dans l'article donné en lien par ce dernier commentateur (voir Arctic Sea Ice Volume Variability over 1901–2010: A Model-Based Reconstruction in: Journal of Climate Volume 32 Issue 15 (2019) (ametsoc.org)) le graphique suivant est sans ambiguïté aucune :

Volume total de la glace de mer (×1000 km3) de PIOMAS-20C et PIOMAS en septembre et avril.

On voit nettement qu'en septembre 1940 la banquise avait un volume d'environ 13-14 mille kilomètres cubes, à comparer avec septembre 2020 et ses 4 200 km3 de moyenne (voir Climactualités - octobre 2020), soit une baisse d'une dizaine de milliers de km3 !

Mais à part cela pour Pierre Gosselin, et très probablement pour monsieur Antoine le gogo de service sur Skyfall, « le volume de la glace de mer arctique a en fait atteint un point bas dans les années 1940 »



La bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence, infiniment plus profonde. L'intelligence a des limites, la bêtise n'en a pas. (Claude Chabrol)


mardi 13 août 2019

Le Groenland se refroidirait d'après Pierre Gosselin


Préambule


En consultant mon fil d'informations sur Facebook je tombe ce matin sur cet article intitulé Europe’s record heat melted Swiss glaciers (La chaleur record de l'Europe a fait fondre les glaciers suisses) ; un glaciologue suisse du nom de Matthias Huss est mentionné, il aurait dit dans un tweet :
Absolutely exceptional for a period of only 14 days in total!
Absolument exceptionnel pour une période de seulement 14 jours au total !
Il évoquait le fait que les glaciers suisses auraient perdu la bagatelle de 800 millions de tonnes métriques (metric tons) durant les deux seules canicules de juin et juillet derniers, alors vérifions tout de suite s'il a bien écrit cela :
Les #glaciers suisses ont perdu environ 0,8 milliard de tonnes de neige et de glace rien que pendant les deux vagues de chaleur de fin juin et de la semaine dernière. Absolument exceptionnel pour une période de seulement 14 jours au total ! Et l'été n'est pas encore fini..... (source twitter.com/matthias_huss)
Je ne sais pas pourquoi l'article parle de tonnes métriques plutôt que de tonnes tout court, si quelqu'un a la réponse qu'il se fasse connaitre, mais apparemment il s'agit de la même chose, Matthias Huss en tout cas n'a pas rajouté le moindre « métrique » dans son tweet ; bref le problème n'est pas là, il est que cette perte de glace lui a paru « absolument exceptionnelle », et on peut penser qu'en tant que glaciologue il doit savoir de quoi il parle.

Mais il y a encore plus intéressant pour notre propos du jour (l'objet de ce billet en  fait), en effet, dans les « réponses » au tweet de Matthias Huss on trouve celle-ci qui a attiré notre attention :
Tandis que les glaciers d'Islande et du Groenland s'étendent à nouveau....(source twitter.com/poynton_j)

Donc un contestataire (un climatoréaliste ?) arrive avec ses gros sabots (normal, c'est un garçon de la campagne…) afin de moucher le nez du spécialiste Matthias Huss et lui asséner un sous-entendu lourd de sens avec...le blog de l'inénarrable Pierre Gosselin !

Alors allons faire un tour chez notrickszone où nous allons apprendre médusés que
A new analysis of recent trends for the Greenland ice sheet reveals that since 2012 there has been an abrupt slowing of melt rates and a trend reversal to cooling and ice growth.
Une nouvelle analyse des tendances récentes de la calotte glaciaire du Groenland révèle que, depuis 2012, il y a eu un brusque ralentissement des taux de fonte et un renversement de tendance vers un refroidissement et la croissance des glaces.
Ceci est évidemment le résumé de l'article de Pierre Gosselin alias notrickzone, pas le titre d'un des articles qu'il prend comme référence qui s'intitule Unusual weather resulted in an atypical melting season in the Arctic (Des conditions météorologiques inhabituelles ont entraîné une saison de fonte atypique dans l'Arctique)

J'ouvre ici une courte parenthèse : No trick zone peut se traduire approximativement par zone sans astuce/piège/trucage/etc. ; le gars veut donc nous faire croire qu'en allant sur son site on ne sera pas enfumé comme on pourrait l'être avec, au hasard, un rapport du GIEC ou une vidéo du Réveilleur, mais j'ai déjà montré à plusieurs reprises (il suffit de taper gosselin dans la zone recherche de mon blog) qu'il s'agit en réalité d'un clown de plus qui veut faire prendre à ses lecteurs des vessies pour des lanternes. Est-il payé pour cela ? On peut se poser la question comme on se la pose pour des gens comme Anthony Watts, JoAnne Nova, Benoit Rittaud ou Judith Curry, entre autres, et la réponse qui vient spontanément à l'esprit est que s'ils ne sont pas payés alors ce sont de véritables imbéciles qui bossent gratuitement pour le compte de gens qui sont bien contents d'avoir de tels représentants pour diffuser leurs contrevérités (voir aussi à ce sujet Jean-Pierre Bardinet, le VRP du climato-scepticisme)

Revenons maintenant à nos moutons.

Dans l'article de Gosselin il y a un certain nombre d'informations qui ne sont même pas (toutes) fausses ; il y a l'article que j'ai cité, émanant d'un site sérieux, le polarportal, on y trouve aussi une étude intitulée Broad-scale ocean cooling across the continental shelf in Northwest: Does it reach Greenland's glaciers through the fjords? (Refroidissement à grande échelle de l'océan sur l'ensemble du plateau continental dans le nord-ouest : atteint-il les glaciers du Groenland en passant par les fjords ?), ou une autre titrant Contrasting temperature trends across the ice-free part of Greenland (Tendances contrastées des températures dans la partie exempte de glace du Groenland) plus quelques autres que je ne vais pas reprendre pour ne pas encombrer (mais vous êtes parfaitement libre d'aller voir par vous-même)

Je n'ai pas tout vérifié (je compte sur BenHague pour le faire et me trouver le petit détail qui tue) et je me contenterai donc du tout premier document, celui du site danois dont le titre entier est je le rappelle le suivant :
Polar Portal Season Report 2018
Unusual weather resulted in an atypical melting season in the Arctic
Portail polaire - Rapport de saison 2018
Des conditions météorologiques inhabituelles ont entraîné une saison de fonte atypique dans l'Arctique.
Il faut être quelqu'un de tordu comme Pierre Gosselin pour tirer comme conclusion de cet article scientifique que « depuis 2012, il y a eu un brusque ralentissement du rythme de fonte et un renversement de la tendance au refroidissement et à la croissance des glaces » comme il le souligne en gras sous le titre général qui attire le chaland avec Greenland Has Been Cooling In Recent Years – 26 Of Its 47 Largest Glaciers Now Stable Or Gaining Ice (Le Groenland s'est refroidi ces dernières années - 26 de ses 47 plus grands glaciers sont maintenant stables ou ont gagné de la glace)

Que nous dit réellement le site danois en la matière ? Lisons d'abord le résumé figurant directement sous le titre :
The 2017-18 season in the Arctic has once again been extraordinary. A cold summer with high levels of precipitation has benefitted the Ice Sheet, whilst glaciers have continued the development seen during the last six years in which they have more or less maintained their area. The sea ice, on the other hand, has been more vulnerable, with high sea temperatures and warm winds leading to a large area north of Greenland being ice-free in two separate periods – February and August respectively. 
La saison 2017-18 dans l'Arctique a une fois de plus été extraordinaire. Un été froid avec de fortes précipitations a profité à l'inlandsis, tandis que les glaciers ont poursuivi le développement observé au cours des six dernières années, au cours desquelles ils ont plus ou moins maintenu leur superficie. La glace de mer, par contre, a été plus vulnérable, les températures élevées de la mer et les vents chauds ayant fait qu'une grande partie de la zone située au nord du Groenland a été libre de glace en deux périodes distinctes - février et août respectivement.
Nous voyons immédiatement que le « renversement de la tendance au refroidissement et à la croissance des glaces » de Pierre Gosselin est en fait un simple maintien durant six ans de la superficie des glaciers, mais surtout que la banquise, elle, et Gosselin se garde bien de le mentionner, « a été plus vulnérable » en raison de températures d'eau de mer élevées et de vents chauds qui ont permis à une zone située au nord (pas au sud !) du Groenland d'être libre de glace de manière tout à fait exceptionnelle !

Evidemment vous l'avez compris (enfin, ceux qui ne font pas semblant d'avoir compris) Gosselin ne reprend des références qu'il cite dans son article que les éléments, et uniquement eux, qui vont dans le sens qu'il lui plait de montrer à ses lecteurs, tout en ignorant tout ce qui pourrait nuire à sa « démonstration ».

Il ne vous parlera pas, par exemple, de ce qui crève les yeux car c'est écrit en gros dès la première page :
The heatwave in Europe and the cold Greenlandic summer are connected through the Atlantic “seesaw” 
La canicule en Europe et le froid de l'été groenlandais sont reliés par la "balançoire" atlantique.
On fera remarquer que l'article a été écrit...le 20 mai 2019, soit bien avant que les deux canicules ne sévissent sur la France, dont la dernière qui a voyagé (malgré les dénégations de certains) jusqu'au Groenland en passant pas la Scandinavie et l'Islande (voir Confirmation) ; la balançoire atlantique produit donc du froid sur le Groenland et du chaud dans le même temps sur l'Europe, le tout s'équilibrant peu ou prou, mais on a vu récemment que le chaud pouvait atteindre le Groenland de manière marquée (c'est le moins qu'on puisse dire avec la pluie de records qui en a résulté)

Donc le Groenland serait plutôt froid ces derniers temps alors que l'Europe serait plutôt chaude, comme l'indique l'article :
Many people in the Northern Hemisphere – and in particular northern Europe – will remember the record-breaking heat and drought of the summer of 2018. In contrast, Greenland had a rather cold and snowy summer, particularly in June and at the end of August, when a major storm dumped large amounts of snow on the Ice Sheet.
Beaucoup de gens dans l'hémisphère Nord - et en particulier en Europe du Nord - se souviendront de la chaleur et de la sécheresse record de l'été 2018. En revanche, le Groenland a connu un été plutôt froid et enneigé, en particulier en juin et à la fin août, lorsqu'une tempête majeure a déversé de grandes quantités de neige sur l'inlandsis.
L'article nous informe également que les Danois connaissent ce phénomène de balançoire depuis très longtemps (en 1770 avec des indices dès 1230) car ils avaient observé que quand il faisait très froid au Danemark l'hiver au Groenland était doux, et inversement, d'où le qualificatif de balançoire ; et 2018 était un clair exemple de ce phénomène illustré de manière très convaincante avec cette carte :
Figure 1: Temperature anomaly for May 2018 relative to the average for 1981-2010. Credit: Copernicus Climate Change Service / ECMWF (source polarportal)

On y voit nettement la formation en oméga (Ω) au-dessus de l'Europe, provoquant un blocage de l'air chaud sous ce « dome » mais aussi de l'air froid qui reste stationnaire sur le Groenland notamment.

Maintenant que nous avons vu la situation globale avec ce quasi-équilibre entre Groenland et Europe (selon le principe pourrait-on dire des vases communicants) qui ne prouve donc rien de particulier, surtout pas que le monde s'acheminerait vers un nouvel âge de glace (thèse que Gosselin essaie de faire passer par tous les moyens à sa disposition y compris cet article inepte qui ne donne qu'une version des faits) ou que le Groenland lui-même se mettrait subitement à regagner de la glace pour ne plus en perdre (ce dont Gosselin encore une fois tente de convaincre ses benêts de lecteurs), voyons en détail ce que nous dit le site danois sur sa possession dont il surveille jalousement le moindre des mouvements, et pour cela regardons les cartes qu'il met à notre disposition sur le site polarportal.dk/en/greenland.


Conditions de surface

Conditions de surface le 11 août 2019.

On remarque tout de suite que la courbe bleue est généralement, sur la période 2018-2019, au-dessous de la moyenne 1981-2010, par conséquent on se demande où est ce fameux « brusque ralentissement du taux de fonte » évoqué par Gosselin...

A noter également que les conditions de surfaces font le bilan uniquement des gains et pertes de la calotte elle-même, sans tenir compte du déversement des glaciers dans la mer (ce que l'on appelle le vêlage, calving en anglais), ce qui est clairement précisé dans le texte de droite :
It does not include the mass that is lost when glaciers calve off icebergs and melt as they come into contact with warm seawater. 
Cela ne comprend pas la masse perdue lorsque les glaciers vêlent les icebergs et fondent lorsqu'ils entrent en contact avec l'eau de mer chaude.
En complément de la courbe la carte montre en couleurs les endroits où le bilan est négatif (en rouge, ça fond) ou positif (en bleu, la neige tombe plus que ça ne fond) et le moins que l'on puisse dire est que le rouge l'emporte haut la main sur la journée du 11 août ! Alors voyons en cumulé depuis le 1er septembre 2018 :
Conditions de surface du 1er septembre 2018 au 11 août 2019.

Cette fois la situation est un peu plus contrastée, de larges zones bleues apparaissent clairement au sud-est, d'autres sont disséminées un peu partout comme des confettis, essentiellement sur la partie est de l'ile, mais on arrive à en trouver un peu à l'ouest, cependant ce qui domine encore largement sur l'ensemble du Groenland c'est bien la couleur rouge, voire rouge très foncé, indiquant un bilan de masse nettement négatif, même s'il s'est fait battre fin juin début juillet par l'année 2012 qui avait vu le record d'extension minimale de la banquise arctique en septembre ; quoi qu'il en soit la saison 2018-2019 est dans la partie basse de la moyenne 1981-2010, alors que 2012 était au dehors encore plus bas (ce qui signifie au passage qu'une ou deux saisons étaient plus basses que 2018-2019)

Donc là non plus, en cumulé, on ne voit pas sur cette saison de tendance au « brusque ralentissement du taux de fonte », et de plus il ne s'agit que du bilan de surface qui ne prend pas en compte le vêlage des glaciers, autrement...!

La carte suivante nous montre où a eu lieu la fonte (au minimum d'un millimètre à la surface) du jour précédent :
Fonte du 11 août 2019.

Le graphique au bas de la carte indique le pourcentage de surface ayant expérimenté une fonte jour après jour, et on remarquera le splendide pic fin juillet début août correspondant à la vague de chaleur que nous avons généreusement léguée au Groenland ; à remarquer également que si en mai et début juin la fonte était plutôt timide par rapport à la moyenne 1981-2010, par contre c'est à un « brusque redressement » que nous assistons ensuite courant juin, ce qui n'a pas dû manquer de surprendre notre ami le charlatan Pierre Gosselin au point qu'il a oublié d'en parler dans son blog (cela dit si vous arrivez à trouver un article entre le 20 mai et aujourd'hui dans lequel il ferait amende honorable merci de me le faire savoir, je ne me suis pas donné la peine de tout passer en revue...)

A l'heure actuelle on ne sait pas ce que va devenir ce bilan de masse et quelle sera la situation en septembre avant que le froid ne revienne, mais mon petit doigt me dit que l'année 2019 ne devrait pas être très éloignée de 2012, nous verrons bien.

Cela dit d'autres années ont enregistré des pics comme celui observé fin juillet 2019, ce n'est donc pas uniquement ce critère-là qui doit conduire à nous inquiéter !

Passons rapidement sur la carte suivante.


Positions du front glaciaire

Principaux glaciers du Groenland.

Si vous voulez connaitre l'évolution d'un glacier en particulier vous cliquez dessus et vous obtenez par exemple ceci pour le plus connu d'entre eux, le Jakobshavn :
Evolution du front glaciaire du Jakobshavn de 1980 à 2014, photo prise le 23 mars 2000.

Evolution du front glaciaire du Jakobshavn de 1980 à 2014, photo prise le 11 juin 2000.

En vert le front glaciaire à la fin septembre 1980 et en rouge à fin septembre 2000 ; le cadre bleu figure sa position à la fin de la saison 2014.

Sur la deuxième photo prise en juin 2000 le front est légèrement plus avancé que la ligne rouge qui figure son retrait maximum de septembre de la même année.

Quatorze ans plus tard le front s'est considérablement retiré :
Evolution du front glaciaire du Jakobshavn de 1980 à 2014, photo prise le 30 septembre 2014.

Il est en fait très difficile de le repérer tellement il se confond avec la banquise, mais on comprend un peu pourquoi quand on lit ce passage sur Wikipédia :
Les icebergs qui se détachent du glacier sont souvent si grands (jusqu'à un kilomètre de hauteur) qu'ils ne peuvent pas flotter sur le fjord et se retrouvent bloqués pendant des années jusqu'à ce qu'ils soient brisés par la force du glacier et les icebergs en amont du fjord.
C'est pourquoi apparemment le front glaciaire est mentionné dans un rectangle bleu tellement il doit être compliqué pour les spécialistes de dire par où passe précisément la ligne de front ; pour l'heure actuelle voici ce que cela donne :
Evolution du front glaciaire du Jakobshavn de 1980 à 2019, photo prise le 24 juin 2019.

Ici il semblerait que le front soit bien visible, peut-être parce nous ne sommes qu'au 24 juin et qu'en septembre la situation devient moins claire...? En tout cas si quelqu'un note un accroissement du glacier en tendance lourde (= longue) qu'il me le dise et ne se contente pas de me dire qu'en 2017 ou 2018 le glacier a un peu grossi.


Modification de la masse et de la hauteur

Changement de masse du Groenland entre juin 2006 et janvier 2017.

Ici nous avons le changement total de masse incluant la perte des glaciers qui se déversent (= vêlent) dans la mer, avec dans le graphique du bas l'impact sur le niveau des mers ; à noter que 100 gigatonnes de glaces perdues équivalent à une montée des eaux de 0,28 millimètres, et nous voyons qu'entre 2002 et 2017 le niveau marin a monté globalement de 10 millimètres uniquement à cause de la perte de glaces du Groenland durant cette période (ce qui donne à peu près 0,63 mm par an). Il est précisé qu'entre 2003 et 2011 le Groenland a perdu un total de 234 km³ d'eau, ce qui a contribué à une élévation annuelle du niveau des mers de 0,65 mm (voir Barletta et al. (2013) qui considère également l'Antarctique en plus du Groenland)

Evolution de l'épaisseur de la calotte glaciaire du Groenland entre 2014 et 2018.

Cette carte montre à l'évidence que l'épaisseur diminue un peu partout sur l'ile, essentiellement sur la côte ouest, certaines parties de la côte est allant en sens opposé ; à noter le gros point rouge qui se situe à l'emplacement du glacier Jakobshavn que nous avons déjà vu plus haut, indiquant que non seulement le front de ce glacier recule fortement dans le temps mais que son épaisseur diminue également, ce qui est le sort de presque tous les glaciers de la planète. Le centre de l'ile devient très légèrement plus épais en raison très probablement de chutes de neiges importantes qui ne sont pas évacuées vers la mer par les glaciers et/ou qui ne fondent pas suffisamment durant la saison estivale (à rapprocher de la carte du bilan de masse qui ne tient pas compte du vêlage des glaciers)

Evolution de la masse de glace du Groenland entre 2002 et 2017 dans les 8 bassins de drainage.

On peut constater la grande disparité qui existe dans différentes régions du Groenland, celle qui enregistre les plus grande pertes étant le bassin de drainage 8 situé au nord-ouest de l'ile (ce qui corrobore les informations des autres cartes montrées plus haut) alors que le bassin de drainage 2 au nord-est est quasiment stable sur la période.

Terres gelées

Evolution de la température à 20 cm et 1 m de profondeur dans deux régions du Groenland (nord-ouest et sud-est)

Ces courbes montrent que le permafrost (ou pergélisol en français) se réchauffe partout, du moins dans les deux régions considérées où les courbes de températures sont bien supérieures à la moyenne 1990-2013.

Il est possible de consulter les trois sites indiqués par des cercles noirs, voici par exemple celui de la station d'Ilulissat, celle située le plus au nord des trois :
Profil thermique de la station d'Ilulissat.
La limite du permafrost se situe à 1 mètre de profondeur, là où la courbe rouge des températures maximales croise 0°C ; au-dessous de cette profondeur le sol reste gelé en permanence, au-dessus il fond et regèle chaque année en fonction des saisons, c'est la couche appelée la couche active (active layer) ; plus bas se trouve une troisième couche où la température redevient positive en raison de la chaleur géothermale, ce que montre le schéma suivant :
Profil thermique typique du sol dans une zone affectée par le pergélisol.
La ligne verticale en pointillés représente le zéro degré Celsius, la courbe bleue les températures minimales et la courbe rouge les températures maximales, la verte étant la moyenne.


Et pour les glaciers de nos chères Alpes ?


Pour en revenir à Matthias Huss, l'auteur du tweet ayant généré comme effet collatéral la stupide intervention d'un garçon de la campagne qui aurait mieux fait de rester tranquille dans son coin au lieu de se ridiculiser en public, Matthias Huss donc est l'un des auteurs d'une étude intitulée Modelling the future evolution of glaciers in the European Alps under the EURO-CORDEX RCM ensemble (Modélisation de l'évolution future des glaciers dans les Alpes européennes sous l'ensemble EURO-CORDEX RCM) dans laquelle on peut voir ces graphiques :
Sensibilité du volume (a) et de la surface (b) pour les deux scénarios RCP2.6 et RCP8.5 entre aujourd'hui et la fin du siècle.

Ce que nous apprennent ces courbes c'est que quoi que nous fassions aujourd'hui et dans le futur les glaciers évolueront de manière quasiment identique jusqu'au milieu de ce siècle ; ensuite cela dépendra de nos décisions : soit nous persistons à émettre du CO₂ et autres gaz à effet de serre comme nous le faisons actuellement (scénario RCP8.5 assez peu probable mais dans le domaine du possible) et la courbe rouge montre qu'en l'an 2100 il ne restera plus grand chose de nos glaciers (Alpins dans le cas présent), soit nous consentons à faire quelques efforts qui sont apparemment au-dessus de nos capacités (scénario RCP2.6 hautement irréaliste) et les glaciers continueront de toute façon à fondre comme neige au soleil à cause de leur grande inertie, mais nous aurions encore un peu de glaçons à mettre dans notre whisky.

Comme la réalité se situera probablement entre ces deux scénarios extrêmes à chacun de se faire une idée, en ce qui me concerne je ne pense pas vivre au-delà de l'an 2050, alors...


Et en Antarctique ?


Global Warming Is Changing the Winds Off Antarctica, Driving Ice Melt (Le réchauffement de la planète modifie les vents au large de l'Antarctique, entraînant la fonte des glaces) nous explique qu'il y a « davantage de preuves que le réchauffement de la planète causé par l'homme, plutôt que la simple variabilité naturelle, est à l'origine de l'accélération de la perte de glace de l'Antarctique occidental » selon Eric Rignot (au sujet de West Antarctic ice loss influenced by internal climate variability and anthropogenic forcing), mais on va encore nous dire que Rignot n'y connait rien parce qu'il n'invoque aucun anticyclone mobile polaire à l'appui de ses dires, faute inexcusable aux yeux de climato-irréalistes n'ayant inventé ni l'eau chaude ni le fil à couper les cheveux en quatre.


Pour terminer sur une note optimiste


Afin de ne pas pourrir le reste de votre journée après la lecture de tout ce qui précède (je parle aux deux ou trois qui ont eu le courage d'arriver jusqu'ici) j'ai spécialement sélectionné deux articles qui j'en suis sûr vous réchaufferont le cœur :
'Ecological grief': Greenland residents traumatised by climate emergency (Deuil écologique' : Les habitants du Groenland traumatisés par l'urgence climatique) dans lequel vous apprendrez que « les habitant(e)s de l'île ont du mal à concilier l'impact du réchauffement planétaire et le mode de vie traditionnel » et que « l'Arctique est un indicateur de l'impact inégal du réchauffement climatique sur les systèmes sociaux et économiques. Alors que les pays s'efforcent de limiter les risques futurs et le réchauffement global à 1,5°C (soit une augmentation de 2,7°F), de nombreux habitants de l'Arctique et du Groenland vivent déjà dans des climats régionaux qui ont changé plus que cela, en moins d'une vie » ; mais certains vous diront que les gens qui vivent à des hautes latitudes sont contents du réchauffement climatique, faudrait savoir, hein !
Et
Greenland’s Rapid Melting Is a Hugely Underplayed Story (La fonte rapide du Groenland est une histoire largement sous-estimée) où l'on tient à vous rassurer : « Il est officiellement temps de paniquer. (Ou au moins faire plus attention.) »

Loin de moi l'intention de vous faire paniquer (est-ce que je panique moi ?) ni même de vous enjoindre de faire plus attention (à la marche ?), vous faites comme vous le sentez et si par hasard vous avez froid vous savez maintenant qu'il faut vous rendre en Antarctique pour trouver des températures plus clémentes.