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dimanche 26 juin 2016

Le Brexit vu par Sapir

Que les britanniques aient eu raison ou tort de voter majoritairement pour une sortie de l'Union européenne est une question digne d'intérêt, en fait peu de gens ont une idée claire de ce que seront les années prochaines quant aux conséquences de ce choix ; intuitivement je pense qu'il s'agit d'une très mauvaise décision dont les effets à moyen ou long terme peuvent être dévastateurs, non seulement pour le Royaume Uni mais aussi pour l'Union européenne qui n'avait pas besoin de cela pour plus mal se porter !

Mais quand un économiste ayant pignon sur rue se permet de donner son avis avec une orientation biaisée, on est en droit de se poser quelques questions.

Ainsi quand Jacques Sapir, russophile et eurosceptique convaincu (il milite pour une sortie de l'euro, pourquoi pas), publie un billet à chaud sur le sujet il est intéressant de se pencher sur ses "arguments".

Sous le titre BREXIT (et champagne) il nous donne son point de vue dont nous allons examiner quelques éléments.

  • Le vote du jeudi 23 juin est un moment historique capital. Il est aussi un grand moment pour la démocratie.
On a du mal à voir en quoi le référendum britannique sur la sortie de l'Union européenne constitue un "grand moment pour la démocratie".

Jacques Sapir ne saurait-il pas (ou feindrait-il de l'ignorer ?)  que David Cameron avait fait la promesse de ce référendum durant sa précédente campagne afin de s'assurer le soutien du parti de droite (extrême) UKIP dont le leader, Nigel Farage, est un admirateur de notre Marine Le Pen nationale ?

Par ailleurs, quand on sait que le Brexit a été activement supporté depuis de très longues années par les tabloïds anglais (surtout The Sun et The Daily Mail) qui touchent infiniment plus de lecteurs que des titres comme The Guardian ou The Financial Times, réservés, eux, à une "élite" cultivée et cosmopolite, on se demande ce qui se passe dans la tête de Jacques Sapir quand il évoque un processus démocratique essentiellement basé sur un électorat accro à une presse people des plus rétrogrades qui soit dans le monde...

A mon avis cela s'appelle du populisme, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus détestable dans un processus démocratique.

  • En votant à 51,9% pour une sortie de l’Union européenne les électeurs britanniques ont donné une leçon de démocratie au monde, et à votre humble serviteur, et probablement changé notre futur.
Effectivement, quand on envisage les futures élections américaine et française, avec des individus comme Donald Trump et Marine Le Pen venant jouer dans la cour des grands au risque d'être soit élus soit de simplement peser négativement dans les débats, on peut considérer avec Jacques Sapir que le référendum britannique tel qu'il s'est tenu est bien "une leçon de démocratie" à l'attention de ceux qui justement veulent saper (et pas sapir) les fondements de nos démocraties (qui, faut-il le rappeler, sont les systèmes politiques les plus mauvais à l'exception de tous les autres...)

  • Il faut ici saluer la décision du Premier-ministre britannique, M. David Cameron, de laisser les positions divergentes s’exprimer, que ce soit au sein du parti conservateur ou au sein du gouvernement.
Ben oui, quand on est un eurosceptique affirmé comme Jacques Sapir on ne peut que "saluer la décision" inepte de David Cameron qui s'est tiré une balle dans le pied en toute beauté en voulant tout bonnement se faire réélire et en croyant que la promesse de référendum ne l'engagerait pas tant que cela puisqu'il était persuadé que le Remain l'emporterait ! Et Cameron est un joueur né comme les aime apparemment Jacques Sapir, dont on pourra également se demander dans quelques années Que reste-t-il de Jacques Sapir ?
    • David Cameron, Premier ministre de sa toujours gracieuse Majesté et parieur fou  qui pour la deuxième fois en deux ans a fait « tapis » mais qui, cette fois, a tout perdu.
    • Cameron est l’archétype du mec super brillant à l’efficacité politique redoutable. Pour arriver haut et vite il utilise la seule méthode qui marche, celle des coups politiques. Il tente, risque tout et gagne encore et toujours …
    • L’homme aime prendre des risques : s’allier avec les Lib Dem de Nick Clegg en 2010 alors qu’ils étaient ses plus farouches adversaires, donner une chance aux Écossais de devenir indépendants en 2014 en organisant un référendum gagner de justesse, faire voter le mariage gay par une majorité de droite …
    • Cameron est un parieur fou ! Il le démontre encore en janvier 2013, apparaissant à la une de The Economist, grimé en joueur de poker, cigare à la bouche et grosse bague à la main, verre de whisky sur la table.

    • Le Premier ministre britannique vient tout juste de jouer son va-tout : il promet, s’il est réélu en 2015, d’organiser un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne.
Saluons donc tous ici avec Jacques Sapir le grand parieur fou David Cameron qui a donné une leçon de démocratie à la terre entière !

  • De même il convient de saluer la maturité des électeurs britanniques ...
Il faut ici se pincer pour se persuader qu'on ne rêve pas en lisant Jacques Sapir nous vanter la "maturité des électeurs britanniques" !

En fait il n'a pas tout à fait tort quand il parle de "maturité" si l'on considère ce mot comme synonyme de grand âge et de quasi-sénilité ; voyons quelques statistiques sur les votes exprimés :
  • 66% des 18-24 ans ont voté «in»
  • 58 % des 50-64 ans ont opté pour le «out», et 62% des plus de 65 ans.
  • dans les villes étudiantes comme Cambridge, Oxford, York, Liverpool, Manchester ou Bristol, le «remain» est arrivé largement en tête.
Mais il est vrai que les 18-24 ans manquent de maturité, ils auront celle-ci uniquement dans 20 ou 30 ans quand leurs ainés qui ont voté pour le Leave seront morts et n'auront plus à subir les conséquence de leur manque de lucidité ; bonne chance aux futurs ex-jeunes immatures qui auront à gérer l'inconséquence des lecteurs du Sun.

  • On a pu remarquer comment les milieux financiers faisaient une campagne hystérique pour que le Royaume-Uni reste dans l’Union européenne.
Oui bien sûr, on peut comprendre Jacques Sapir que j'approuve entièrement sur ce point là, les milieux financiers méritent ce qui leur arrive, il ne leur restera plus qu'à émigrer sur Francfort s'ils veulent continuer à nous embobiner avec leurs magouilles, ce qu'ils ne se priveront pas de faire Brexit ou pas Brexit. Et est-il vraiment certain qu'avec la sortie du Royaume Uni de l'Union européenne les "milieux financiers" tant honnis (à juste titre) par Jacques Sapir quitteront la City de Londres ? Wait and see...

  • Mais, on a pu aussi voir que les électeurs ne se laissaient pas outre mesure impressionner par l’argent ni les arguments d’autorité déversés dans les médias.
Celle-là elle est bien bonne et il faudrait l'encadrer ; les électeurs (enfin, certains électeurs, les vieux et les ruraux) ne se seraient pas laissé impressionner par les arguments déversés par The Sun ou The Daily Mail ? Vraiment ?

  • L’agitation sur les marchés financiers va durer quelques jours, puis va se calmer quand les opérateurs prendront actes du fait que ce vote n’interrompra certainement pas les flux de marchandises ni la production. La Norvège et la Suisse ne font pas partie de l’UE et ne s’en portent pas mal, si l’on en croit les statistiques économiques.
Ici Jacques Sapir se transforme en madame Irma, prédisant que la sortie de l'Union européenne n'aura finalement pas d'impact sur l'économie du Royaume Uni (d'ailleurs quel Royaume Uni, avec ou sans l'Ecosse et l'Irlande du Nord ?), ce qu'il ignore en fait complètement comme la totalité des économistes qui ne savent jamais que bien prévoir ce qui s'est déjà passé.

Et de voir encore une fois un économiste tel que Jacques Sapir citer la Norvège et la Suisse en exemple de pays qui "ne se portent pas si mal d'être en dehors de l'UE" ne peut que jeter le discrédit sur cette profession d'économiste qui ressemble de plus en plus à une discipline ésotérique où les affirmations d'autorité remplacent les théories et hypothèses que l'on rencontre dans les véritables sciences comme la physique ou la chimie.

Il suffit de comparer la population de ces deux pays avec celle d'autres pays comme la France ou le Royaume Uni pour s'apercevoir qu'on ne parle pas vraiment de la même chose ; idem avec des pays comme le Danemark ou l'Islande souvent cités en exemple dans telle ou telle circonstance ; mais c'est vrai que l'économie d'une ville comme Carcassonne est parfaitement comparable avec celle d'une métropole comme Marseille ou Lyon, et que dire du budget de Pézenas si on le compare avec celui de Paris, c'est exactement pareil ma pauvre dame !

  • Le vote britannique ne survient pas par hasard et c’est un tribut à l’ampleur du déni de réalité des élites européistes que ce vote ait pu constituer une telle surprise.
Ici je ne donnerais pas totalement tort à Jacques Sapir, nous n'avons pas les hommes et femmes politiques que nous mériterions au niveau européen, mais en vérité la faute à qui ?

Si les "élites européistes" qu'évoque Jacques Sapir sont celles que nous avons élues pour nous représenter, qui doit-on sermonner ? Idem avec Patrick Balkany qui est sans cesse réélu avec toutes les casseroles qui lui pendent au cul, qui est le véritable responsable sinon l'électeur qui met son bulletin dans l'urne et le reconduit dans ses fonctions ? De la même façon qui doit-on blâmer si nos "élites européistes" qui siègent à Strasbourg ne sont pas à la hauteur, sachant que nous n'y envoyons que des seconds couteaux ou des responsables politiques eurosceptiques avérés tels que les Le Pen père et fille ?

Quant aux fonctionnaires de Bruxelles, peut-on les qualifier d'élites européistes, eux qui ne font que leur boulot qui consiste à faire appliquer lois et règlements votés par ceux que nous avons élus ! Les critiquer me fait immanquablement penser au GIEC en matière climatique, les climatosceptiques tentant de faire croire que c'est cet organisme qui a décrété qu'il y avait un réchauffement de la planète et qu'il n'avait pour but que d'opérer une gouvernance mondiale en matière énergétique... De la même manière les eurosceptiques tentent d'accréditer la thèse que ce serait Bruxelles qui serait à l'origine de tous nos maux (même s'il y a quand même pas mal de choses à améliorer sans forcément jeter le bébé avec l'eau du bain)

  • Les réglementations européennes ont été le cheval de Troie de la dérégulation et de la financiarisation des économies nationales.
Entièrement d'accord, mais encore une fois qui a voté les "règlementations européennes" ? Va-t-on nous faire croire que ce sont les "élites européistes" de Bruxelles qui sont à l'origine de ces règlementations ? Et pour ce qui est des "élites européistes" que nous avons envoyées à Strasbourg qui est le véritable responsable ?


Pour finir je ne peux m'empêcher de citer Donald Trump qui à mon avis a une influence bien plus grande que Jacques Sapir quand il parle à son public :
  • Je pense que c’est extraordinaire, je pense que cela va être extraordinaire. C’est fantastique.

Ah non, finalement je vais finir sur ces britanniques qui ont voté Leave et le regrettent déjà, le meilleur étant quand même ceux qui ont interrogé Google avec ces questions subtiles qui en disent long sur la "leçon de démocratie" donnée à la Terre selon Jacques Sapir :
  • Qu’est-ce que l’Union européenne ?
  • Sommes-nous à l’intérieur ou en dehors de l’Union européenne ?
  • Sommes-nous européens ?
Il n'est pas interdit d'en rire.


 

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