dimanche 27 août 2023

Message de Scott Duncan à l'attention de monsieur Antoine

 Mes vieux lecteurs savent qui est monsieur Antoine, pour les nouveaux qui l'ignoreraient c'est très bien comme ça, continuez à l'ignorer et vous verrez votre vie n'en sera pas bouleversée pour autant.

Ce monsieur Antoine, aka AntonioSan, un fidèle du site de patascience Skyfall, est un fan de Marcel Leroux, l'inventeur malheureux des AMP qui n'a jamais réussi à caser sa création nulle part ailleurs que chez quelques climato-benêts.

Si vous voulez avoir une petite idée du sérieux des "analyses" de monsieur Antoine je vous propose par exemple Un opticien (même non qualifié) est demandé chez Skyfall de toute urgence !, c'est court et suffisamment instructif (mais vous pouvez aussi consulter toute la bibliothèque...Résultats de recherche pour antoniosan)

Une fois de plus nous allons ici mettre à mal (ou plutôt encore et toujours tirer sur une idée zombie) la théorie farfelue des AMP en constatant que c'est bien le jet stream (ou courant-jet) qui fait la pluie et le beau temps sous nos latitudes (et probablement sous bien d'autres) et non d'hypothétiques anticyclones provenant du territoire du père Noël.

Et c'est Scott Duncan qui nous le montre dans un tweet :

Heatwave going out with a bang in Europe. Watch how the jet stream digs aggressively into Southern Europe. The atmosphere is primed for severe weather - unfolding right now...

La canicule s'achève en beauté en Europe.

Observez comment le courant-jet s'enfonce agressivement dans le sud de l'Europe. L'atmosphère est prête à accueillir des phénomènes météorologiques violents - qui se déroulent en ce moment même...



Et je confirme avec mon site préféré :

Régime des vents au géopotentiel 250hPa (source nullschool.net)

Nous sommes donc actuellement, le dimanche 27 août 2023, sous l'influence d'une coulée fraiche du jet stream manifestement en provenance du nord-ouest, et l'anticyclone au nord de la Scandinavie ne semble pas nous être d'un réel secours ; quant à voir ce dernier descendre vers nous il ne faut pas trop y compter même si monsieur Antoine aimerait bien qu'il le fasse afin de confirmer sa religion.

En tout cas, si l'on fait tourner l'application aussi loin dans le futur qu'on le peut on arrive à la date du 1er septembre :

Prévision du régime des vents au géopotentiel 250hPa au 1er septembre 2023 (source nullschool.net)

Si cette prévision est avérée nous aurions alors en France un temps beaucoup plus calme et ensoleillé.

Vous remarquerez les lettres A (pour Anticyclone ou hautes pressions) et D (pour Dépression ou basses pressions) afin de vous montrer, une fois de plus, que le courant-jet délimite les deux systèmes en constituant une barrière infranchissable : les anticyclones restent au sud des boucles du jet stream et les dépressions, cela va sans dire, demeurent au nord.

J'ai également mentionné une flèche rouge afin de vous permettre de visualiser le chemin de l'anticyclone qui se trouve actuellement au nord de la Scandinavie ; sans surprise il se dirige vers l'est, force de Coriolis oblige, et n'est donc pas près de franchir le jet au grand désespoir de monsieur Antoine.

Je compte sur l'ami fritz (il se reconnaitra) afin de transmettre à monsieur Antoine, lequel boude dans sa cabane au Canada (il doit avoir chaud aux fesses, mais c'est uniquement la faute aux incendiaires hein !)


samedi 26 août 2023

L'homme, le singe et le petit Robert

 Il parait qu'Alfred Camus aurait un jour dit « Mal nommer les choses, c'est ajouter du malheur au monde. »

Il est donc important de bien nommer les choses, le monde étant déjà assez malheureux comme ça.

Prenons par exemple le dictionnaire Le Robert et consultons deux mots au hasard :

  • Homme : 
    1. Être (mâle ou femelle) appartenant au règne animal, mammifère primate de la famille des hominidés, seul représentant du genre Homo (Homo sapiens). ➙ anthropo-. Hommes fossiles : espèces disparues de la famille de l'homme actuel. L'homme de Cro-Magnon. L'être humain actuel.
    2.  L'être humain, en général. Les hommes ou (collectif) l'homme. ➙ humanité. Les droits de l'homme. Les dieux et les hommes. ➙ créature, mortel.Le fils de Dieu fait homme, le Fils de l'homme : le Christ.
  • Singe :
    1.  Mammifère (primate) à face nue, au cerveau développé, aux membres préhensiles à cinq doigts. ➙ simien ; pithéc(o)- ; simiesque.Mâle de l'espèce. Un singe et une guenon.
    2.  locution Malin comme un singe, très malin.Payer en monnaie de singe, par de belles paroles.Faire le singe : faire des singeries.proverbe On n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace : on n'apprend pas les ruses à une personne pleine d'expérience.
    3.  au figuré Personne laide.
    4.  Imitateur ; personne qui contrefait.
Et tant que nous y sommes consultons également le mot hominidé qui qualifie l'homme (mais pas le singe) :
  • Sciences Grand primate hominoïde (famille des Hominidés qui comprend l'homme, ses ancêtres fossiles et dans la classification actuelle, certains grands singes comme le gorille et le chimpanzé).
En lisant attentivement ces trois définitions on remarque qu'à aucun moment le (petit) Robert ne suggère le moins du monde qu'un homme puisse être un singe, et réciproquement. Le singe et nous appartenons tous deux au règne animal, ce qui n'est pas contestable, tout comme est avéré le fait que nous sommes également tous deux des mammifères primates. Nous notons aussi que le mot singe peut s'appliquer à un homme, mais seulement de manière figurée, généralement de manière péjorative.
Pourtant certains scientifiques, et pas des moindres, Pascal Picq par exemple, affirment sans nuances que l'homme est un singe (voir Au tableau Pascal Picq ! / L'homme est un singe sur YouTube)

Pourquoi pas.

Cependant d'autres scientifiques, et pas des moindres, Yves Coppens par exemple, sont (était pour Coppens) plus que dubitatifs, voire carrément hostiles à cette "théorie", comme John Hawks.

Pour Yves Coppens « L'homme ne descend pas du singe, mais d'un singe », ce qui signifie qu'il n'en est plus un, qu'il a évolué ; et il précisait sa pensée auprès des enseignants :

dans tous les systèmes de classification des êtres vivants, il est tout à fait clair, tout à fait admis, que l’homme fait partie du groupe des primates. Que sont les primates ? Les singes, les primates, ce sont les petits singes, les grands singes et les hommes. 

Et de préciser :

Alors, il est tout à fait évident que les hommes qui n’ont que trois, quatre millions d’années, les pré-humains, qui n’ont que huit à dix millions d’années descendent forcément de primates, il n’y a pas d’autre route, et donc descendent de singes. 

Et à la question « Donc on peut encore dire des singes qu’ils sont nos cousins, c’est notre famille ? » il répond :

A la fois nos ancêtres et nos cousins.

Ce qui ne souffre ici encore aucune contestation possible.

John Hawks, j'ai déjà eu l'occasion de le dire à plusieurs occasions, est bien plus catégorique et direct que Coppens, il parle carrément de "bobard" (voir L'homme et le singe again) pour qualifier cette lubie relativement récente qui consiste à vouloir à tout prix nous rabaisser au niveau d'un bonobo.

Il se trouve que pas plus tard qu'hier Hawks a publié sur Twitter (non je n'écrirai jamais X) ceci :

It is weird to keep seeing stories about an ancient ape found in Anatolia and named after Anatolia where the stories call it a “European ape” and talk about evolution of ape ancestors in Europe. nature.com/articles/s4200

Il est étrange de continuer à voir des histoires sur un ancien singe trouvé en Anatolie et nommé d'après l'Anatolie, alors que les histoires l'appellent "singe européen" et parlent de l'évolution des ancêtres des singes en Europe.
Alléché par le sujet contenant le mot "singe" je vais voir l'article publié dans Nature, A new ape from Türkiye and the radiation of late Miocene hominines (Un nouveau singe de Turquie et la diffusion des hominines de la fin du Miocène). On y parle d'un singe datant de 8,7 millions d'années, nommé Anadoluvius d'après la région où il a été découvert en Turquie, l'Anatolie. Je ne me positionnerai pas sur la réflexion de John Hawks qui semble s'étonner qu'on appelle ce singe de cette façon alors que pour lui il s'agirait d'un simple "singe européen". Ce qui m'a intéressé dans l'étude c'est que non seulement à aucun moment les auteurs ne suggèrent que l'homme serait un singe, mais ils montrent le magnifique schéma que voici :

Fig. 5 : Phylogénie des taxons inclus dans l'analyse.

On nous y voit, nous le genre Homo, dans une bulle nettement séparée de celle des chimpanzés (Pan) et des gorilles (Gorilla) ; on notera également que nulle part le mot singe (ape) n'est mentionné, et pour cause, comme je l'ai répété à de multiples reprises ce mot appartient au langage commun et ne devrait pas avoir sa place dans une étude scientifique, sauf qu'il est quand même utilisé une cinquantaine de fois dans le texte de l'étude en question...

Il faut croire que les scientifiques utilisent ce mot "singe" par facilité, afin de désigner un ensemble d'animaux ayant vécu ou vivant encore sur terre, mais il n'est jamais clair s'ils incluent l'homme ou non, sauf quand ils parlent de "singes non-humains" dans une tentative de se dépatouiller du problème de la meilleure manière possible, cette façon maladroite de désigner les singes voulant signifier que nous serions également des singes !

Nous voyons par la même occasion avec ce schéma très parlant qu'il n'y a aucun chemin bien tracé qui nous sépare des singes, les traits ne sont pas continus, beaucoup de chainons sont manquants, même s'il ne fait aucun doute que nous sommes bien parents avec les chimpanzés et les gorilles, simplement on ne connait pas tous les intermédiaires qui nous relient à eux.

Anadoluvius, le nouvel impétrant sujet de l'étude, figure dans une bulle située quelque part dans le Miocène tardif, entre 5 et 10 millions d'années avant la naissance du petit Robert (à quelques semaines près) et on comprend qu'il a engendré beaucoup plus tard ceux que nous appelons les gorilles (nous l'avons échappé belle) ; notre lien de parenté avec cet individu est donc très lointain, notre ancêtre commun semblant issu de la belle bulle verte qui a côtoyé la lignée en orange ayant donné nos orang-outangs (Pongo) d'aujourd'hui.

En allant plus loin dans nos investigations nous pouvons consulter la définition que donne Wikipédia du mot Orrorin :
Orrorin tugenensis est une espèce éteinte d'hominines âgée d'environ 5,9 millions d'années (Miocène supérieur)
Et tant que nous y sommes il est bon de rappeler la définition du mot hominine (ou Hominina) :
Les Hominina sont une sous-tribu d'hominidés qui inclut le genre Homo et les genres éteints apparentés, tels que les Australopithèques ou les Paranthropes. Cette sous-tribu rassemble toutes les espèces de la lignée humaine, qui s'est séparée de la lignée des chimpanzés (Panina) il y a au moins 7 millions d'années. Le caractère le plus notable reconnu aux Hominina est la bipédie, alors que les chimpanzés et les gorilles sont quadrupèdes.
Il est intéressant de chercher dans ces définitions le mot singe afin de voir ce qu'il en est, et nous avons ceci :
  • Locomotion [...] le fémur [d'Orrorin est] plus épais en partie inférieure qu'en partie supérieure, comme chez les Hominidés actuels et fossiles, alors que c'est le contraire pour les grands singes africains
  • Historique [des Homininés] il est probable que l'Afrique était autrefois habitée par des singes disparus étroitement apparentés au gorille et au chimpanzé [...] un singe presque aussi grand que l'homme, à savoir le Dryopithèque de Lartet, qui était étroitement apparenté à l'anthropomorphe gibbon, existait en Europe lors du Miocène supérieur 
On y voit que les auteurs font une distinction entre l'homme et le singe en les opposant, signe que les choses ne sont pas très claires dans tous les esprits...

Et pour enfoncer le clou nous avons deux schémas dans lesquels on serait bien en peine de trouver le mot "singe" :

Classification phylogénétique




Histoire évolutive des Homininés


Une référence mentionnée par Wikipédia nous amène aussi vers un site où nous trouvons l'article intitulé Homme et Singe. Parenté. Séparation. dans lequel on peut lire :
L’Homme n’est pas un singe évolué. Dans la grande famille des primates supérieurs, notre branche (les hominidés) s’est séparée de celle des gorilles, bonobos et chimpanzés, nos plus proches parents.
Et d'ajouter :
A quel moment la lignée des grands singes et la lignée des hominidés se sont-elles séparées ? Officiellement, cette séparation remonterait à environ 7 millions d’années.
De manière évidente l'auteur (ou autrice ?) n'est pas partisan de la théorie de Pascal Picq et consorts, cependant je ne sais pas quelle confiance on peut accorder à cette personne étant donné qu'on ne sait rien d'elle...

Concernant Ardipithecus, qui figure avec Orrorin dans la même bulle verte qu'Homo dans le merveilleux schéma mentionné plus haut, je suis "tombé" pas de ma chaise mais sur un article de futura-sciences intitulé Ardi, plus vieille que Lucy, éclaire les origines de l'Homme et écrit en octobre 2009 où l'on peut lire ceci :
Avec ses 4,4 millions d'années, la petite Ardi devient le plus ancien hominidé dont on dispose du squelette complet. Elle nous en apprend beaucoup sur nos ancêtres et sur nos cousins les grands singes.
Ah, les grands singes sont donc nos cousins, ce qui est indéniable. Et l'auteur, un certain Jean-Luc Goudet, titulaire d'un doctorat en physiologie animale, décédé en 2018, de se poser une question existentielle :
La question était de savoir si les  aux hommes et à nos plus proches cousins actuels, les chimpanzés et les bonobos (les panidés), ressemblaient davantage à des singes. Dans l'affirmative, la branche humaine aurait évolué en acquérant des caractères propres tandis que la lignée des grands singes aurait été plus conservatrice.
Pour Jean-Luc Goudet aussi les choses étaient entendues : il y a deux lignées distinctes ayant abouti à ce que l'on observe aujourd'hui, à savoir d'un côté les grands singes et de l'autre les humains.

Je ne suis pas là pour dire que untel a raison et que tel autre est dans l'erreur, je me contente de constater que d'une part il n'y a pas consensus sur le sujet et que d'autre part le mot singe est employé à tort et à travers, y compris par ceux qui affirment que nous sommes des singes.

Mal nommer les choses, c'est ajouter du malheur au monde.

Misère de misère...


samedi 19 août 2023

L'économie Potemkine

 On voit ici ou là (par exemple chez Jacques Henry...) des affirmations sur une économie russe florissante, qui serait même devenue la première en Europe, devant même l'Allemagne, rien que ça !

J'ai déjà écrit au sujet des problèmes de définition du PIB, je ne vais pas revenir dessus, je ferai simplement remarquer que l'économie russe se porte apparemment bien surtout dans des grandes villes occidentales telles que Moscou ou Saint-Pétersbourg, là où se situe le pouvoir réel du pays, là où justement on tient à donner l'illusion que tout va super bien. On nous dit par ailleurs que le chômage est très bas, à seulement un peu plus de 3% selon certaines sources, à 5,5% selon le FMI, quoi qu'il en soit c'est effectivement moins que la France (7,2%) ou l'Allemagne (5,7%), mais est-ce vraiment une bonne chose ? Beaucoup de Russes sont soit enrôlés dans l'armée pour se battre en Ukraine, soit ont déserté le pays (essentiellement des jeunes) depuis l'invasion du 24 février 2022...

On notera également que l'outil de production tourne à plein régime (sic) pour soutenir l'effort de guerre et que le PIB tient compte de la production militaire !

Alexandra Prokopenko, qui est bien plus qualifiée que moi ou qu'un Xavier Moreau pour parler de l'économie russe, vient de publier chez Bloomberg un article intitulé A Sickly Ruble Reveals Russian Economic Weakness That Vladimir Putin Will Not (Le rouble malade révèle la faiblesse de l'économie russe ce que Vladimir Poutine ne fera pas), en voici la traduction.


*****

Un rouble malade révèle ce que Poutine ne veut pas dire

Les sanctions n'ont pas ouvert de brèche dans la forteresse économique russe, mais elles ont placé une bombe à retardement sous ses fondations.

Ne regardez pas de trop près. Photographe : ALEXANDER KAZAKOV/AFP

Par Alexandra Prokopenko

17 août 2023 à 06:00 UTC+2

Depuis 18 mois que la Russie mène une guerre contre l'Ukraine, les pays occidentaux ont imposé plus de 13 000 sanctions à la Russie - pourtant, l'économie russe ne montre aucun signe d'effondrement. Au contraire, le Fonds monétaire international prévoit pour le pays une croissance de 1,5 % cette année, soit plus que les économies de l'Allemagne ou du Royaume-Uni.

Le Kremlin aime se vanter de l'inefficacité des sanctions, et les observateurs occidentaux expriment de plus en plus souvent des réserves similaires. Pourtant, la dépréciation rapide du rouble, qui est devenu en août la monnaie la moins performante parmi les pays en développement, suggère le contraire. La Banque de Russie a même été contrainte de relever son taux directeur de 8,5 % à 12 % en une journée lors d'une réunion d'urgence le 15 août. Cette décision vise probablement à maîtriser l'inflation qui sera alimentée par l'affaiblissement du rouble.

S'il ne faut pas s'attendre à ce que cela oblige Vladimir Poutine à mettre fin à sa guerre désastreuse, la pression exercée par les sanctions s'est avérée efficace pour atteindre au moins un objectif : réduire le flux de fonds vers l'économie russe. Le Kremlin n'a pas d'autre choix que de détourner l'argent vers la machine de guerre, plaçant l'économie sur une base de plus en plus insoutenable. L'Occident doit donc continuer à s'attaquer aux sources de revenus du Kremlin, notamment en abaissant le plafond des prix du pétrole, en introduisant des mesures similaires pour d'autres exportations russes et en comblant les lacunes des sanctions.

La fluctuation du cours du rouble (de 53 pour un dollar en juin 2022 à 100 un an plus tard) est en effet un indicateur de problèmes plus profonds. Le déclencheur immédiat de la chute du rouble en juillet a très certainement été la brève mutinerie organisée fin juin par Evgeniy Prigozhin et son armée de mercenaires, Wagner, qui a ajouté l'instabilité interne - qui n'avait pas eu d'impact sérieux sur le taux de change du rouble depuis les manifestations de rue de 2011-2012 - aux risques auxquels la Russie est confrontée et qui ont un impact sur le taux de change.

Combien de roubles un dollar permet-il d'acheter ?

Mais les raisons fondamentales de la fluctuation du taux du rouble sont liées à des changements dans la structure de la demande du marché, surtout à la réduction des revenus provenant de l'exportation de pétrole et de gaz en raison de l'embargo de l'UE sur l'importation de pétrole et de produits pétroliers russes, du plafonnement des prix imposé par le G7 et du réacheminement ultérieur de ces produits vers d'autres destinations.

Bien que la Russie ait réussi à réorienter des volumes importants de son pétrole de l'Europe vers les marchés asiatiques, les coûts de transaction ont augmenté et il n'y a pas de substitution pour le marché européen du gaz. La probabilité que le plafond des prix soit encore abaissé et l'application plus stricte des sanctions signifient que les perspectives pour les exportations russes sont sombres. Même si l'économie russe semble confiante à l'heure actuelle, à moyen terme, la baisse des recettes d'exportation entraînera un affaiblissement encore plus important du rouble et, par conséquent, de l'inflation.

Le rouble remplace les devises étrangères dans les recettes d'exportation et en représente désormais 39 %, ce qui réduit l'afflux net de devises dans le pays. Il existe également un déséquilibre dans la demande de devises : les exportateurs ont besoin de yuans chinois, tandis que les importateurs veulent des dollars et des euros. Les années précédentes, lorsque le rouble perdait beaucoup de sa valeur, les fonds étrangers et les banques d'investissement mondiales entraient en action pour profiter de la situation. Leur présence a également permis d'atténuer les fluctuations du marché. Aujourd'hui, ils ont disparu, ce qui signifie que les fluctuations futures du taux de change sont garanties. Cette volatilité accrue affaiblit les fonctions de paiement et d'épargne de la monnaie : Les particuliers et les entreprises réduiront leurs coûts et reporteront leurs investissements.

Bien sûr, M. Poutine peut toujours recourir à sa tactique précédente, qui consiste à appeler le président-directeur général de Rosneft, Igor Sechin, et d'autres exportateurs pour leur demander de rapatrier les devises fortes. Mais la gestion manuelle du taux du rouble ne résoudra pas fondamentalement la situation.

Le principal adversaire du rouble est l'État russe lui-même, qui dépense activement les fonds budgétaires. Sa forte volatilité et le fait qu'il ait été divisé par deux en moins d'un an sont les conséquences de la nouvelle politique économique forgée par la guerre et les sanctions. Ce que le Kremlin appelle la "transformation structurelle de l'économie" est plus communément connu sous le nom de keynésianisme militaire : stimuler la croissance économique en augmentant les dépenses militaires.

La "transformation structurelle" de l'économie équivaut en fait à une énorme augmentation des dépenses de défense. Comme à l'époque soviétique, la guerre a engendré des groupes entiers de bénéficiaires : le complexe militaro-industriel et les industries manufacturières connexes, ainsi que les militaires et leurs familles, qui font partie du secteur public.

Les dépenses de défense ont augmenté de 9,2 % en 2022 pour atteindre 86,9 milliards de dollars, selon les estimations du SIPRI. Au cours du premier semestre de cette année, elles ont déjà largement dépassé le budget, s'élevant à plus de 72,2 milliards de dollars. Si l'on y ajoute les dépenses sociales (pour lesquelles plus de 75 milliards de dollars ont été budgétisés cette année), elles représentent plus d'un tiers de l'ensemble des dépenses de l'État, soit deux fois plus qu'avant la guerre.

L'industrie de la défense entraîne d'autres industries dans son sillage, ce qui stimule la demande d'importations, soutient le PIB et met de l'argent dans les poches des Russes ordinaires. Selon le service national des statistiques, les revenus réels ont augmenté dans les régions où l'on fabrique des équipements militaires et où l'on trouve un grand nombre de soldats professionnels, comme en Tchétchénie. L'industrie de la défense travaille 24 heures sur 24, attirant le personnel du secteur civil avec des salaires élevés et des exemptions de mobilisation. Pour conserver leur personnel, les autres secteurs doivent eux aussi augmenter les salaires. Les bases d'une inflation galopante sont posées.

Une part importante des dépenses de l'État et des particuliers est consacrée aux importations, et le retour des importations russes à leur niveau d'avant-guerre stimule la demande de devises fortes. Tant que le gouvernement ne réduira pas ou ne ralentira pas les dépenses qui stimulent les importations, le taux de change du rouble restera faible.

La confiance dans le système financier russe s'amenuise rapidement, comme en témoigne la sortie constante de capitaux. Les dépôts en devises fortes dans les banques russes ont diminué de 9,1 milliards de dollars pour atteindre 152,4 milliards de dollars en juin, tandis qu'entre le début de 2022 et mai 2023, le volume des dépôts à l'étranger effectués par des Russes (principalement en Arménie, en Géorgie et au Kazakhstan) a augmenté de 43,5 milliards de dollars.

Le rouble ne recevra aucune aide. Le gel des achats de devises par la banque centrale d'août à la fin de l'année est plus une mesure palliative qu'autre chose.

La guerre désastreuse de Poutine contre l'Ukraine et les sanctions qui en découlent n'ont pas ouvert de brèche dans la forteresse économique russe, mais elles ont placé une bombe à retardement sous ses fondations. Une diminution de la demande du marché semble peu probable alors que la guerre fait rage et que le pays se prépare à des élections présidentielles. Les sanctions empêchent le pays de produire lui-même certains biens complexes de haute technologie, ce qui signifie que, loin de devenir plus autosuffisante, la dépendance de la Russie à l'égard des importations ne fera que croître.

La volatilité et l'affaiblissement du taux de change du rouble montrent à quel point le Kremlin a laissé l'économie se déséquilibrer et qu'elle a déjà du mal à s'en sortir. À la fin de la guerre, le transfert soudain de la demande du secteur militaire hypertrophié vers le secteur civil constituera un choc puissant qu'il sera impossible d'absorber sans douleur. L'histoire nous apprend que cela s'est également avéré impossible pour le prédécesseur de la Russie, l'Union soviétique.


*****


La dernière phrase est importante. Les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets on peut s'attendre à ce que la Russie connaisse bientôt un sort identique à celui de l'URSS, avec la période Eltsine qui a suivi, et qui a permis l'accession au pouvoir d'un certain Vladimir Poutine...



lundi 14 août 2023

Match ChatGPT contre monsieur fritz - ChatGPT vainqueur par KO

 Nous allons voir comment l'IA ChatGPT surclasse de manière prodigieuse les guignols qui se croient plus instruits que les véritables experts.

Sur Skyfall, notre site témoin du climato-crétinisme, voici deux commentaires lunaires :

1080.  Andre | 13/08/2023 @ 20:26 

Ca y est, on l’a notre article sur l’optimum climatique médiéval qui n’a jamais eu lieu. Il s’est fait attendre.
https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-moyen-age-etait-il-plus-chaud-quaujourdhui-nouvelles-decouvertes-repondent-question-107036/


1081.  fritz | 13/08/2023 @ 21:06 

Andre (#1080),
Merde alors , faut leur demander de faire un article sur l’optimum romain quand les gens plantaient des vignes en Ecosse et au Greenland

Monsieur André est mécontent qu'une étude montre que l'optimum climatique médiéval n'a pas été aussi chaud qu'on le pensait jusqu'à présent (voir Fennoscandian tree-ring anatomy shows a warmer modern than medieval climate, en bon français L'anatomie des cernes de la Fennoscandie révèle un climat moderne plus chaud que le climat médiéval), mais ce qui nous intéresse ici c'est la remarque de monsieur fritz qui semble croire que durant l'optimum climatique romain la vigne aurait été cultivée par « des gens » en Ecosse et, tenez-vous bien, au Groenland itou !

Evidemment, comme on pouvait s'y attendre, monsieur fritz ne donne aucune source à l'appui de ses affirmations ; je pense qu'il a dû lire quelque chose sur le sujet chez Anthony Watts ou l'un de ses collègues et qu'il en a déduit ce qu'il nous présente comme une vérité historique.

C'est alors le moment de tester l'IA ChatGPT pour voir ce qu'elle en pense de son côté ; je lui ai dont proposé la question suivante que monsieur fritz aurait dû se poser avant de dire ses âneries :

Est-ce que l'on plantait de la vigne en Ecosse et au Groenland durant l'optimum romain ?

Je suis toujours épaté par les réponses de ChatGPT qui, bien qu'étant à prendre avec des pincettes, fusent immédiatement et ressemblent à s'y méprendre aux explications qu'un expert humain, qui lui aussi peut se tromper, pourrait nous servir. Voici ce qu'il nous apprend :

Pendant l'Optimum climatique romain, également connu sous le nom d'Optimum climatique médiéval, qui s'est étendu approximativement du Ier au IVe siècle de notre ère, les températures étaient globalement plus élevées qu'aujourd'hui. Cela a eu des effets sur la distribution des plantes, y compris la vigne (Vitis vinifera).

En ce qui concerne l'Écosse, il y a des preuves limitées que la vigne pouvait être cultivée dans certaines régions pendant cette période plus chaude. Des découvertes archéologiques et des études paléobotaniques suggèrent que des vignobles étaient présents dans le sud de l'Écosse et peut-être même dans des endroits plus septentrionaux. Cependant, la culture de la vigne en Écosse pendant l'Optimum romain n'était probablement pas aussi répandue ou prospère que dans des régions plus chaudes et plus adaptées à la viticulture.

Quant au Groenland, bien que des vestiges archéologiques montrent que les Vikings ont établi des colonies et pratiqué l'agriculture, y compris la culture de céréales, au Groenland pendant une partie de cette période plus chaude, il n'y a pas de preuves solides indiquant que la vigne y a été cultivée avec succès. Les conditions climatiques du Groenland restent généralement moins favorables à la viticulture, même pendant l'Optimum romain.

Il est important de noter que la distribution de la vigne pendant l'Optimum climatique romain a varié en fonction des conditions locales et des pratiques agricoles de l'époque. Bien que des tentatives de culture de la vigne puissent avoir eu lieu en Écosse et éventuellement au Groenland, cela n'a probablement pas été une pratique généralisée ou courante dans ces régions.

Nous voyons immédiatement que ChatGPT confond optimums climatiques romain et médiéval ; le premier s'est étendu de 250 avant J.-C. à 400 après J.-C. (à la louche) alors que le second a concerné la période allant du Xème au XIVème siècle approximativement. Mais cela n'a guère d'importance comme nous allons le voir plus loin. Désirant en savoir un peu plus je complète ma demande :

Merci de me donner des sources concernant la culture de la vigne en Ecosse et au Groenland durant l'optimum romain.

Tout contrit ChatGPT me répond dans la seconde :

Je m'excuse pour la confusion, mais il semble y avoir une confusion dans ma réponse précédente. À ma connaissance, il n'y a pas de preuves solides ou de sources crédibles qui soutiennent la culture de la vigne en Écosse et au Groenland pendant l'Optimum climatique romain. Les conditions climatiques dans ces régions ne sont généralement pas adaptées à la viticulture, même pendant les périodes plus chaudes.

En ce qui concerne l'Écosse, bien qu'il puisse y avoir eu des découvertes archéologiques ponctuelles liées à la viticulture, elles ne sont pas suffisamment étayées pour établir une culture généralisée de la vigne pendant l'Optimum romain. Les preuves sont limitées et les experts en la matière ne s'accordent pas nécessairement sur ce point.

Quant au Groenland, bien que les Vikings aient établi des colonies et pratiqué l'agriculture dans certaines parties de l'île pendant l'Optimum climatique médiéval, il n'y a pas de preuves concluantes de la culture de la vigne à cette époque.

Il est important de se méfier des informations non corroborées et de s'appuyer sur des sources académiques fiables pour tirer des conclusions. Si vous êtes intéressé par des sujets spécifiques tels que la viticulture pendant l'Optimum climatique romain, je vous recommande de consulter des ouvrages scientifiques, des articles de recherche et des publications d'experts dans le domaine de l'archéologie et de la climatologie.

Nous avons alors à ce niveau une précision qui met le sieur fritz en PLS : ChatGPT nous indique que le Groenland n'a été occupé par les Vikings que durant l'optimum climatique médiéval et non romain, ce qu'au passage nous savions déjà mais que fritz parait ignorer puisqu'il nous parle bien de la période romaine et du Groenland ; à cette époque évidemment aucun Européen ne connaissait cette terre lointaine, seules des populations de cultures Dorset et Saqqaq s'étaient établies dans ces contrées hostiles et elles n'ont jamais cultivé de vigne de toute leur existence ! Et quand les Vikings se sont installés à partir du Xème siècle ils avaient d'autres préoccupations que d'essayer de faire pousser sur ces sols gelés des cultures qu'eux-mêmes ignoraient dans leur pays d'origine. Tout au plus les Vikings parvinrent à ce qu'ils ont surnommé le Vinland, la terre de la vigne, qui se trouverait à l'embouchure du Saint-Laurent, dans l'actuel Canada, donc pas précisément situé au Groenland.

Mais j'insiste auprès de ChatGPT afin d'en savoir plus, donc je reformule :

Merci de me donner le lien vers deux ou trois études scientifiques concernant ce sujet.

Parce que contrairement à fritz je ne me satisfais pas de simples affirmations, qu'elles proviennent de sa personne ou d'une Intelligence Artificielle bien plus efficace que la bêtise humaine dont fait preuve notre sachant de café du Commerce. Je vous livre ce qui termine d'enfoncer le dernier clou dans le cercueil (symbolique) de notre bouffon de service : 

Je m'excuse, mais en tant que modèle de langage, je n'ai pas la capacité de fournir de liens directs vers des études scientifiques spécifiques. Cependant, je peux vous indiquer comment trouver des sources fiables et des études pertinentes sur le sujet.

Pour trouver des études scientifiques concernant la culture de la vigne en Écosse et au Groenland pendant l'Optimum romain, vous pouvez suivre ces étapes :

  1. Utilisez des bases de données académiques : Des bases de données telles que PubMed, Google Scholar, JSTOR et ScienceDirect sont d'excellentes ressources pour rechercher des articles de recherche et des études scientifiques sur des sujets spécifiques.

  2. Mots-clés de recherche : Utilisez des mots-clés pertinents pour votre recherche, tels que "vine cultivation during Roman Optimum", "vine cultivation in Scotland during Roman Optimum", "vine cultivation in Greenland during Medieval Warm Period", etc.

  3. Articles de revues spécialisées : Cherchez des revues spécialisées en archéologie, en histoire ancienne et en climatologie. Ces revues peuvent contenir des articles pertinents sur le sujet.

  4. Citez des sources fiables : Lorsque vous trouvez des études pertinentes, assurez-vous de vérifier la crédibilité des auteurs et de la revue dans laquelle l'article a été publié.

  5. Bibliographies : Consultez les bibliographies des articles que vous trouvez. Elles peuvent vous conduire vers d'autres sources pertinentes.

En suivant ces étapes, vous devriez pouvoir trouver des études scientifiques et des sources fiables qui traitent du sujet de la culture de la vigne en Écosse et au Groenland pendant l'Optimum romain.

Ainsi on constate que ChatGPT, quand il est correctement utilisé, peut donner d'utiles conseils aux novices qui découvrent un sujet quelconque et veulent en savoir davantage que ce qu'ils peuvent lire sur des sites de réinformation (lire plutôt de désinformation afin d'être plus proche de la réalité)

Je vais donc suivre bêtement les conseils de ChatGPT et m'informer auprès de Google Scholar que j'utilise fréquemment (PubMed, qui est spécialisé en biologie et médecine, ne me semble pas pertinent pour ce genre de recherche. Quant à JSTOR et ScienceDirect, à première vue ils ne m'ont pas donné d'informations plus pertinentes que Google Scholar, mais vous êtes libres de les consulter de votre côté)

En entrant les mots clés « vine cultivation during Roman Optimum » je trouve par exemple Understanding the development of viticulture in Roman Gaul during and after the Roman climate optimum: The contribution of spatial analysis and agro-ecosystem modeling (Comprendre le développement de la viticulture en Gaule romaine pendant et après l'optimum climatique romain : L'apport de l'analyse spatiale et de la modélisation des agro-écosystèmes). On me retorquera que cette étude parle de la Gaule romaine et non de l'Ecosse ou du Groenland, cependant ce qu'on peut y lire a son importance concernant ces deux régions du monde :

While climate warming seems to have had a beneficial effect on yields, it also certainly favored the expansion of Roman viticulture all the way to southern England. 

Si le réchauffement climatique semble avoir eu un effet bénéfique sur les rendements, il a aussi certainement favorisé l'expansion de la viticulture romaine jusqu'au sud de l'Angleterre.

Le « sud de l'Angleterre » il est dit, ce qui ne nous rapproche pas précisément de l'Ecosse et encore moins du Groenland ! Dans la partie réservée à la discussion on précise :

If we accept Strabo’s description alluded to in the introduction, viticulture was still restricted to the province of Gallia Narbonensis at the beginning of our era, before extending into the northern part of the Three Gauls during the 1st c. CE. 

Si nous acceptons la description de Strabon à laquelle nous avons fait allusion dans l'introduction, la viticulture était encore limitée à la province de Gallia Narbonensis au début de notre ère, avant de s'étendre à la partie septentrionale des Trois Gaules au cours du Ier siècle de notre ère.

Les « Trois Gaules » étaient occupées (source Rome et l’Occident - Les Trois Gaules : une construction romaine ? aux Presses universitaires de Rennes) par :

  • les Belges
  • les Aquitains
  • les Gaulois

La Belgique et l'Aquitaine nous voyons clairement où ça se trouve, pour ce qui est du peuple « Gaulois » mieux vaut regarder une carte tirée du site Wikipédia :

Carte de la Gaule du temps de César selon l'historien Gustav Droysen1 d'après les peuples définis par Jules César : les Belges (en orange), les Aquitains (en rouge), les Celtes (en vert) et la Gaule narbonnaise / Gaule transalpine appelée ici Provincia Romana (en jaune).


Les Trois Gaules sont donc nettement visibles en sus de la « Province romaine » au sud-est, et on a beau écarquiller les yeux on ne voit pas ni le sud de l'Angleterre ni encore moins l'Ecosse mentionnés.

Par conséquent nous en déduisons que la culture de la vigne n'avait atteint, au plus fort de son extension lors de l'omptimum climatique dit romain, que les parties septentrionales de la carte ci-dessus ; nous sommes encore très loin de toucher les terres de l'Ecosse, sans parler du Groenland.

Dans la conclusion les auteurs précisent :

Developed as of the 6th c. BCE in southern Gaul, especially near Marseille, viticulture expanded rapidly northward in the 1st c. CE. This phenomenon can be linked to the emergence of a market economy fueled by the urban development of the High Roman Empire that started under Augustus. While historic and economic factors played a preponderant role, it has become clear that the climate warming during this period also played a decisive role in the expansion of winemaking. 

Développée dès le VIe siècle avant notre ère dans le sud de la Gaule, notamment près de Marseille, la viticulture s'est rapidement développée vers le nord au Ier siècle de notre ère. Ce phénomène est lié à l'émergence d'une économie de marché alimentée par le développement urbain du Haut-Empire romain qui débute sous Auguste. Si les facteurs historiques et économiques ont joué un rôle prépondérant, il est apparu clairement que le réchauffement climatique de cette période a également joué un rôle décisif dans l'expansion de la viticulture.
Ainsi nous apprenons que le réchauffement climatique de l'époque n'est pas le seul responsable de l'expansion de la viticulture en direction du nord, des facteurs économiques ont eu un « rôle prépondérant » facilité par les températures plus douces.

Entrons maintenant les mots clés « vine cultivation in Scotland during Roman Optimum », nous obtenons une autre liste d'où nous extrayons LV. Of the Introduction, Progress, State, and Condition, of the Vine in Britain: By Samuel Pegge M.A. S.A.S. | Archaeologia | Cambridge Core (De l'introduction, des progrès, de l'état et de la situation de la vigne en Grande-Bretagne) ; il nous faut extraire un fichier duquel je vous livre cette copie-écran :

Aucune mention de la vigne en Angleterre par Jules César.

Le texte date de 1763 et a été bizarrement publié seulement le 24 juillet 2012 (mieux vaut tard que jamais dit-on) ; bien sûr Jules César n'était pas un chercheur ayant publié dans une revue scientifique, aussi nous prendrons cette information avec les précautions d'usage. Cependant il nous est précisé un peu plus loin que le « grand naturaliste Pliny » n'a fait aucune mention de la vigne dans ses livres, que ce soit à titre natif ou introduite pour y être cultivée. Et d'en conclure :

And from hence, I think, one may safely conclude, that the vine did not grow in Britain, either when Caesar or when Pliny wrote.

Traduction :

D'où l'on peut conclure, je pense, que la vigne ne poussait pas en Grande-Bretagne, ni à l'époque de César, ni à celle de Pline.

Donc pas de vigne en Angleterre, encore moins en Ecosse et encore bien moins au Groenland qui était alors, comme aujourd'hui, considérablement plus froid.

Une autre étude intéressante, The Holocene history of grapevine (Vitis vinifera) and viticulture in France retraced from a large-scale archaeobotanical dataset (L'histoire holocène de la vigne (Vitis vinifera) et de la viticulture en France retracée à partir d'un ensemble de données archéobotaniques à grande échelle) nous donne :

 It has been assumed that the French vineyard reached its maximal surface at the beginning of the 14th century, especially in the northern part of the country (Lachiver, 2006). 

Il a été admis que le vignoble français a atteint sa superficie maximale au début du XIVe siècle, surtout dans la partie septentrionale du pays (Lachiver, 2006).

On ne va pas tourner autour du pot, si la vigne a atteint sa superficie maximale au début du XIVème siècle en France, alors il est plus qu'improbable qu'elle ait touché l'Angleterre plusieurs siècles plus tôt lors de l'optimum climatique romain qui après tout n'avait pas l'air si optimum que cela.

Marcel Lachiver, dont l'étude est mentionnée, a écrit en 2006 ce qui semble être une bible pour ceux qui s'intéressent à la vigne en France (voir sur Amazon - Vins, vignes et vignerons : Histoire du vignoble français) ; peut-être une idée de cadeau pour l'ami fritz qui en aurait à mon avis bien besoin.


Bref, grâce à nos deux rigolos, André et fritz, nous avons appris, ou nous avons été confortés dans l'idée que :

  1. l'optimum climatique médiéval était très probablement moins chaud que ce que nous connaissons aujourd'hui
  2. la vigne n'a jamais lors de l'optimum climatique romain été cultivée en Ecosse et encore moins au Groenland.

Pour le second point il existe quand même un léger doute concernant l'Ecosse, cependant s'il y a eu de la vigne à l'époque romaine dans ce pays on ne peut pas vraiment parler d'un franc succès, contrairement à aujourd'hui où l'on peut trouver quelques sites de viticulture (voir Wineries in Scotland – Yes, There Are Five or So…)

Quand je dis franc succès pour aujourd'hui c'est tout relatif, hein !