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mardi 19 juillet 2016

Le lac Suwa nous en dit long depuis l'an 1443

Science&Vie dans son dernier numéro du mois d'août (n°1187) nous parle du lac Shuwa dont les dates de gel et de dégel sont connues depuis l'an 1442 grâce aux moines shintoïstes qui les relèvent régulièrement depuis lors.

L'entrefilet (8 lignes page 26 dans la partie actus environnement) nous apprend également que "Le réchauffement climatique postérieur à la révolution industrielle est clairement visible".

Le problème avec S&V c'est que souvent ils ne citent pas leurs sources, même si on peut leur faire confiance et penser qu'avant de publier une information ils font les vérifications nécessaires ; penser le contraire serait les qualifier d'incompétents ou de complotistes (on en reparlera) au service on ne sait trop de qui (des écolos, des communistes, des Illuminati, allez savoir...?) et on peut être sûr que certains ne s'en priveraient pas (suivez mon regard)

Alors comme je suis curieux j'ai fait ma propre enquête avec les moyens du bord, à savoir notre ami Google assisté par le français Qwant, et voici ce que j'ai trouvé.

D'abord il ne s'agit pas du lac Shuwa, mais Suwa, sans h ; ensuite il semblerait que les relevés soient effectués depuis l'an 1443 et non 1442.

Dans l'ordre d'apparition, d'abord sur Google.

vivrelejapon

  • Au-delà de la beauté des lieux, le lac Suwa est avant tout célèbre pour un phénomène naturel tout à fait fascinant qui se manifeste dans ses eaux.
    Ce « miracle de la nature » est appelé « Omiwatari » (御神渡り), soit la « Traversée de Dieu ». Que ce passe-t-il exactement ? Chaque hiver, lorsque le lac gèle entièrement et que la température extérieure se maintient plusieurs jours de suite à très faible température, nous pouvons entendre « la complainte » de la glace qui se rompt et craque. 
  • Lentement, au fil des jours, apparaît alors à la surface une sorte de crête de glace.
  • Pourquoi ce phénomène ? La réponse se trouve en réalité dans les profondeurs du lac. Suwa-ko possède en effet une source d’eau chaude qui engendre alors un écart de température considérable, et les lois de la physique produisent ce « miracle ».
Nulle mention des relevés effectués par les moines depuis le milieu du 15è siècle, mais une belle entrée en matière tout de même.

wikipedia

  •  Le lac Suwa (諏訪湖, Suwa-ko?) se trouve au centre de la préfecture de Nagano au Japon. Il est le vingt-quatrième plus grand lac du pays du point de vue de la superficie.
  •  Le lac Suwa est l'emplacement des traces des dieux (御神渡り, o-miwatari?), un intéressant phénomène naturel. Le lac possède une source chaude naturelle sous la surface de telle sorte que lorsque le lac gèle en hiver, les eaux sous la glace sont chaudes et continuent à circuler. Il en résulte des crêtes de pression de glace qui peuvent atteindre jusqu'à 30 cm ou plus de hauteur. La croyance locale veut que ces crêtes sont formées par les dieux voyageant entre les différents bâtiments du Suwa-taisha.
 On en sait un peu plus sur l'origine de ces "crêtes de glace" qui apparaissent à la surface du lac. L'orthographe Suwa est confirmée, mais aucune mention sur les relevés des moines shintoïstes.

 

scmb-images

  • La date d'apparition de la crête de glace du lac Suwa au Japon est relevée chaque hiver depuis 1443 par les moines Shinto pour prévoir le climat du printemps suivant. 
  • Leurs données constituent ainsi les plus anciens relevés météorologiques du monde.
Cela se précise un peu, la date 1443 apparait.

ricochets

  • Mais, c’est de changement climatique dont il est question aujourd’hui…
  • Chaque hiver, la surface du lac Suwa situé au centre de la préfecture de Nagano au Japon, gèle entièrement. Les années de grand froid, quand la température extérieure se maintient plusieurs jours d’affilée en deça de -10°C, la glace craque, se fendille et finit par créer une sorte de crête de glace qui en parcourt toute la surface. Ce phénomène est appelé Omiwatari (Traversée du Dieu). Les moines Shinto, qui vivent au bord du lac, notent la date de son apparition, qu’ils utilisent pour prédire le temps qu’il fera au printemps suivant. Ils maintiennent cette tradition depuis 1443, et ont ainsi construit 600 ans de données climatiques. Leurs enregistrements, qui incluent la date du jour où le lac commence à geler et  le nombre de jours qui la sépare de celle de la formation de la crête, sont les plus anciens connus.
  • Aujourd’hui, les scientifiques peuvent les utiliser pour étudier les changements de la météorologie hivernale dans cette région (et les corréler à des événements historiques ou des mesures telles que le taux de CO2). Ils peuvent ainsi construire un modèle expliquant comment les activités humaines ont influencé les hivers japonais.  
  • Le 26 avril, une équipe de chercheurs américano-japonaise a publié dans la revue Nature un article dans lequel sont analysées les données du lac Suwa, qu’ils ont comparées à des données similaires enregistrées pour la rivière Torne, qui court entre la Suède et la Finlande. Ces derniers enregistrements remontent au XVIIème siècle, à l’année 1693, alors qu’un commerçant du nom de Olof Ahlom commence a noter et conserver la date où, chaque année, les glaces de la rivière commencent à fondre. Ses successeurs dans le négoce ont ensuite maintenu vivante cette tradition (la rivière étant importante pour le commerce et le transport ou même la nourriture et les loisirs des populations locales). 
  •  En étudiant les deux lots de données parallèlement, les chercheurs ont montré que, depuis la Révolution Industrielle, les deux étendues d’eau, le lac comme la rivière, étaient prompts à geler plus tard, fondre plus tôt et donc, à avoir une période en glace plus courte.
  • L’effet du réchauffement climatique est manifeste : le lac Suwa est resté sans geler 12 fois durant une période de 55 ans comprise entre 1950 et 2004, comparé à seulement trois fois de 1443 à 1700 (soit en 255 ans).  Quant à la rivière Torne, elle a vu 9 années particulièrement chaudes dans la période de 14 ans comprise entre 2000 et 2013, contre seulement 10 dans les 207 ans qui séparent 1693 de 1899.
De loin l'information la plus intéressante jusqu'à présent ; de plus l'auteure du billet (mariephilippine ou Laurence Denis) rajoute des liens (ce que ne fait pas S&V, honte à eux !)
  • nature
    • Abstract

      Lake and river ice seasonality (dates of ice freeze and breakup) responds sensitively to climatic change and variability. We analyzed climate-related changes using direct human observations of ice freeze dates (1443–2014) for Lake Suwa, Japan, and of ice breakup dates (1693–2013) for Torne River, Finland. We found a rich array of changes in ice seasonality of two inland waters from geographically distant regions: namely a shift towards later ice formation for Suwa and earlier spring melt for Torne, increasing frequencies of years with warm extremes, changing inter-annual variability, waning of dominant inter-decadal quasi-periodic dynamics, and stronger correlations of ice seasonality with atmospheric CO2 concentration and air temperature after the start of the Industrial Revolution. Although local factors, including human population growth, land use change, and water management influence Suwa and Torne, the general patterns of ice seasonality are similar for both systems, suggesting that global processes including climate change and variability are driving the long-term changes in ice seasonality.
       
  • qz
  • ninistan



Bref de l'information documentée et argumentée (ou l'inverse) comme on aimerait en voir plus souvent et comme on n'en verra quasiment jamais, sauf en rêve, sur certains sites que je ne (re)nommerais pas pour ne pas leur faire davantage de publicité (mais si vous avez suivi mon regard vous savez)


expositions (suivre le lien pour voir l'estampe)

  • Le lac Suwa dans la province de Shinano (Shinshû Suwa-no-ko)
    Les « Trente-six vues du mont Fuji » (Fugaku sanjû-rokkei), 17e vue
    Hokusai Katsushika (1760-1849), vers 1829-1833.
    Série de 46 planches, 36 estampes à cerne bleu et 10 planches supplémentaires à contour noir, 248 x 369 mm
    Signatures (variables d'une planche à l'autre) : « Hokusai aratame litsu hitsu » / « zen Hokusai litsu hitsu» / « Hokusai litsu hitsu » / « zen saki no Hokusai litsu hitsu »
    Inscriptions : titre de la série, suivi du titre de l'estampe dans un cartouche rectangulaire, dans la partie supérieure, tantôt à droite, tantôt à gauche
    Éditeur : Eijudô (Nishimuraya Yohachi)
    Cachet de censure : kiwame. Certaines épreuves ne portent ni le sceau de l'éditeur, ni celui du censeur
    Nishiki-e. Format ôban yoko-e (horizontal), soit environ 250 x 380 mm avec les marges
    BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10
    © Bibliothèque nationale de France

 

blog-comptes.rendus.amis-musee-cernuschi

Pas d'information sur ce qui nous concerne, hormis cette photo de moines :
Cérémonie de purification, pour observer les fractures de la glace sur le lac Suwa. ©Japan Time News
Je n'ai pas lu le long billet consacré aux métamorphoses du shintô, un livre d'un certain Alain Rocher (tout ce qui s'apparente à la religion a le don de m'ennuyer au plus haut point)


Et maintenant voici ce que nous donne Qwant que je n'ai pas vu sur Google (ou alors j'ai pas bien cherché...)

sciencepresse (article de septembre 2000)

  • Si vous aviez besoin d'une preuve de plus que la Terre se réchauffe, la voici. Le gel des lacs et rivières, depuis 150 ans, est de plus en plus tardif, et le dégel survient de plus en plus tôt.
  •  Et cette tendance semble très nette, aussi bien en Amérique du Nord qu'au Japon.
  •  Une équipe internationale de chercheurs, qui publie dans la dernière édition de la revue Science, s'est penchée autant sur les archives de journaux que sur les documents des compagnies de transport ou des autorités religieuses locales, pour obtenir ces dates de gel et de débâcles sur 26 lacs et rivières, entrer le tout dans un ordinateur et en ressortir avec cette tendance nette. Les archives, qui ne portent que sur l'hémisphère Nord, proviennent entre autres de la Russie, du Canada ou de la Finlande. Selon John Magnuson, de l'Université du Wisconsin à Madison, il s'agirait de la démonstration la plus solide qu'un réchauffement frappe bel et bien notre planète depuis 150 ans, plus solide encore que toutes les données climatologiques ou végétales récoltées jusqu'ici.
    • Abstract

      Freeze and breakup dates of ice on lakes and rivers provide consistent evidence of later freezing and earlier breakup around the Northern Hemisphere from 1846 to 1995. Over these 150 years, changes in freeze dates averaged 5.8 days per 100 years later, and changes in breakup dates averaged 6.5 days per 100 years earlier; these translate to increasing air temperatures of about 1.2°C per 100 years. Interannual variability in both freeze and breakup dates has increased since 1950. A few longer time series reveal reduced ice cover (a warming trend) beginning as early as the 16th century, with increasing rates of change after about 1850.
       
  • Entre le début et la fin de la période étudiée, soit de 1846 à 1995, le gel se produit en moyenne 8,7 jours plus tard, tandis que le dégel arrive 9,8 jours plus tôt. Presque toutes les années retenues (38 sur 39) sont révélatrices d'un réchauffement.
  •  Le Dr Magnuson admet que ceci ne permet pas de démontrer la responsabilité des gaz à effet de serre, d'autant plus que d'autres données, non publiées, sembleraient dire que le réchauffement aurait commencé avant 1846. Mais la tendance qui se dégage de ces statistiques correspond aux modèles déjà publiés par d'autres chercheurs sur les effets des gaz à effet de serre.
  •  Cette étude s'inscrit dans un plus vaste projet visant à construire une banque de données des périodes de gel et de dégel sur les lacs et rivières, à travers le monde : dans certains cas, grâce aux autorités locales, des données extrêmement riches, et rarement exploitées par les scientifiques, sont disponibles. Ainsi, le lac Suwa, au Japon, est le fruit d'observations menées scrupuleusement depuis 1443, par les membres de la religion shintoïste -parce qu'ils croyaient que ce lac était le lieu de rencontres de plusieurs dieux. Des documents sur le lac Constance, aux limites de l'Allemagne et de la Suisse, remontent même jusqu'au IXe siècle -là aussi grâce aux autorités religieuses locales, qui devaient faire traverser une statue de la Vierge chaque année sur la glace.
  •  Ce n'est pas tout. Si ça se réchauffe, ce n'est pas seulement une mauvaise nouvelle pour les agriculteurs ou pour les villes côtières qui risquent d'être inondées (la fonte des calottes glaciaires fera monter le niveau des mers). C'est une très bonne nouvelle pour certaines maladies tropicales, qui vont trouver le moyen de progresser vers le Nord.
Là aussi un article très bien documenté et expliquant clairement, cela en 2000, il y a 16 ans, ce que certains s'obstinent encore aujourd'hui à nier (pas besoin de vous dire de suivre mon regard...)

Mais il est vrai que l'on sait depuis bientôt 2 siècles à quoi s'en tenir, avec Joseph Fourier et bien d'autres qui lui ont succédé, cependant on trouve encore et toujours les mêmes "sceptiques" niant l'effet de serre, le rôle du CO2 et, bien sûr, le réchauffement climatique d'origine anthropique (RCA) qui ne serait pas si grave que cela.


Quand les "crêtes de glace" du lac Suwa auront entièrement disparu peut-être bien qu'il n'y aura plus beaucoup de touristes pour aller admirer leur magnifique absence.





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