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dimanche 26 février 2017

Les moulins entre Les Cassès et Montmaur

Aujourd'hui le temps est plutôt tristounet mais hier nous avons eu une magnifique journée de fin d'hiver, bien que la température n'ait pas dépassé les 14°, et c'était une excellente occasion pour ressortir les affaires de (petite) randonnée pour aller se dégourdir un peu les jambes.

Mon inspiration pour le choix de la balade, que je voulais courte, mais pas trop, fut puisée dans le livre des balades à pied dans la Montagne Noire des éditions Chamina (mon guide est une ancienne édition, la photo de couverture est différente de celle actuellement proposée à la vente)

Je ne me suis pas embêté et optai carrément pour la toute première proposée, à savoir celle sobrement nommée « Les moulins ».

Les moulins dont il est question ne sont plus trop visibles, la plupart ne sont plus que des ruines dont on ne distingue plus que les fondations, mais il y en a de rares encore debout bien que plutôt mal en point, comme celui-ci :


Il s'agit donc bien sûr de moulins « à vent » et le guide, page 41, nous explique ceci :
  • Ici, aux confins du Lauragais, où la terre est riche mais les rivières peu nombreuses, l'eau n'a jamais permis de faire tourner les meules des moulins. Dans ce pays ouvert aux influences et au souffle des vents, ce sont l'autan et le cers que les meuniers et les pasteliers ont mis à profit pour moudre le grain et écraser la feuille de la plante à couleur.
Les preuves les plus anciennes de construction de ces moulins remontent au XIIIème siècle, mais il est possible qu'il y en ait eu avant (et non à vent...) ; cela fait donc très longtemps qu'on a appris que le vent pouvait être un allié et un substitut à d'autres forces quand celles-ci venaient à faire défaut (manque d'eau par exemple), apprentissage qu'on a perdu en très grande partie suite à la révolution industrielle quand le charbon puis le pétrole puis le nucléaire sont venus pour produire la majorité de l'énergie dont nous avons, soi-disant, besoin. Même les moulins à eau, moins tributaires des caprices du temps, ont été rendus obsolètes et n'ont plus servi que comme demeure secondaire pour bobos friqués.

Nous sommes tellement devenus accros à la sur-consommation qui a été permise par les énergies fossiles que beaucoup d'entre nous ont du mal à voir le moindre intérêt dans les éoliennes qui, finalement, ne sont que des moulins à vent servant à produire de l'électricité plutôt qu'à moudre des grains de blé ou de pastel. Et comme les anciens moulins à vent n'ont jamais eu pour objet de supplanter les moulins à eau, les éoliennes d'aujourd'hui viennent en complément et n'ont pas pour prétention de satisfaire tous nos besoins ; mais le simple bon sens indique que si une éolienne peut produire la majorité des besoins d'une communauté d'habitats en rase campagne, et que le complément soit fourni par du solaire et éventuellement du fossile ou du nucléaire pour le peu qui reste, alors on ne voit pas bien pourquoi s'en passer, d'autant plus qu'à terme le coût du solaire et de l'éolien ne pourra que diminuer alors que celui du pétrole ne pourra qu'augmenter, déplétion des ressources oblige ; quant au charbon, qui est si abondant que son coût sera pour longtemps encore compétitif, on sait bien que c'est l'exemple même de la fausse-bonne solution que seuls les Chinois entendent utiliser pendant encore une ou deux décennies afin de pouvoir continuer à faire tourner leur machine industrielle sous peine de gros problèmes internes (si la croissance chinoise venait à passer sous un certain seuil cela pourrait entrainer de graves désordres...)

Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence les moulins à vent du Lauragais, entre les villages des Cassès et de Montmaur ; voici l'itinéraire emprunté :


Et voici le même mais sous format plus traditionnel :


La balade fait une quinzaine de kilomètres, avec très peu de dénivelée et aucune difficulté particulière.

Le balisage est parfois absent et les indications du topo-guide sommaires, ce qui induit quelques égarements sans grande conséquence puisqu'on se remet très vite sur le bon chemin grâce à l'ouverture des paysages qui permet de bien s'orienter ; à noter également le grand nombre de chemins ce qui autorise de multiples variantes qu'on empruntera consciemment ou non !

Le lieu le plus « remarquable » de ce parcours se trouve peut-être au début, juste après le départ du village des Cassès, il s'agit de l'« ancien castrum dont il ne reste que la plate-forme déserte » qui est le témoignage de ce qu'on pourrait appeler la bêtise humaine mais qui n'est en fait qu'une toute petite partie de l'histoire de France ; ici furent assiégés des bons hommes et des bonnes femmes qui se retrouvèrent pour leur quasi-totalité au bucher des hérétiques :
  • Il s'agit du bûcher collectif Lauragais le plus célèbre, avec ceux de Lavaur et de Labécède" Le Lauraguais cathare  Jean Odol
    "Quand les Croisés ont commis un massacre, c'est en pleine connaissance de cause... Béziers, Bram, Preixan, Lavaur, Minerve, Les Cassès. Mais on y voit toujours de justes représailles et un juste devoir. Il (Pierre des Vaux de Cernay) ne cache pas qu'aux Cassès les croisés saisissant soixante hérétiques, "ils les brûlèrent avec une grande joie". (L’Epopée cathare  Michel Roquebert.)
Mais certains s'en sortent toujours mieux que les autres...
  • "Curieusement, les parfaits les plus souvent attestés aux Cassès avant la croisade, Bernard Bouffils, son frère et son fils, qui était diacre de Saint Félix, ne furent pas parmi les victimes" ( du bûcher des Cassès en 1211) "ils avaient dû prendre le large assez tôt, puisqu'on les voit tous trois réinstallés vers 1225, sous la protection du seigneur Arnaud des Cassès, qui n'était lui-même que croyant.... le sort des trois Bouffils est inconnu. On sait seulement que le fils exerça son ministère jusqu'en 1239 à travers tout le Lauragais. Il avait un frère nommé Pierre, qui bien qu'il ait été élevé cinq ou six ans dans l'hérésie, demeura simple croyant, mais fut néanmoins condamné à la prison perpétuelle par une sentence de l'Inquisition toulousaine, le 3 Juin 1246".

Bref plutôt que d'adjurer leur foi les « parfaits » préféraient se faire griller, et cela me fait penser au film de Martin Scorcesse Silence, dans lequel on voit nombre de chrétiens japonais se faire zigouiller de diverses manières parce qu'ils refusaient simplement de mettre le pied sur le visage du Christ, ce qui serait signe de leur renoncement au christianisme ; et quand ils acceptaient de le faire ils étaient quand même liquidés (au sens premier du terme...) parce que leurs mentors, des prêtres jésuites illuminés, refusaient de le faire de leur côté.

Je ne sais pas vous mais moi, si ma vie est en jeu, je suis prêt à adopter n'importe quelle religion et même à la renier dans la foulée en fonction de l'abruti en face de moi qui tient le flingue ou le couteau.

Après tout on n'a qu'une vie, ça serait bête de la perdre pour de pareilles futilités.




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