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mardi 25 septembre 2018

Comment trafiquer un graphique ?

Benoit Rittaud devrait prendre des leçons, car il a un sérieux concurrent avec le dénommé Ron Clutz qui se livre à un magistral exercice d'enfumage dans un billet intitulé Arctic Ice Made Simple dans son blog sobrement appelé Science Matters (que l'on peut traduire soit par « la science compte » ou bien par « histoires de science » ou quelque chose comme ça)

Dans son billet Clutz nous montre un graphique censé « démontrer » que la banquise arctique a cessé de se réduire depuis plus d'une décennie :

Données NOAA à la sauce Ron Clutz.
Et de conclure par :
Some complain it is too soon to say Arctic Ice is recovering, or that 2007 is a true change point. The same people were quick to jump on a declining period after 1994 as evidence of a “Death Spiral.”
Certains se plaignent qu'il est trop tôt pour dire que la banquise arctique se rétablit ou que 2007 est un véritable point de changement. Les mêmes personnes ont rapidement sauté sur une période de déclin après 1994 en tant que preuve d'une « spirale de la mort ».
Mais heureusement Tamino veille au grain et détecte immédiatement l'arnaque dans son billet Arctic Sea Ice for Suckers: Ron Clutz shows how to Hide the Decline dans lequel il démonte le subterfuge en plusieurs mouvements ; faut-il rappeler que la spécialisation de Tamino ce sont les statistiques, donc « on ne la lui fait pas » !

Après avoir montré le graphique incriminé, Tamino fait remarquer que les barres verticales sont les valeurs annuelles et la ligne rouge l'idée que Clutz se fait de la tendance ; il note ensuite que le graphique de Clutz est « épouvantable » (dreadful), car en effet il utilise la technique fallacieuse favorite des climatosceptiques qui n'ont pas beaucoup d'arguments à présenter, à savoir commencer l'axe des ordonnées (l'axe vertical) par la valeur 0 (zéro) ce qui a immanquablement pour effet de ratatiner la partie intéressante à analyser et la faire ressembler à une pente presque plate, comme j'avais montré dans Apprenons avec Benoit Rittaud comment manipuler des chiffres et truquer des graphiques.

Tamino nous donne alors l'explication fournie par Ron Clutz pour illustrer son graphique déficient :
There was a small loss of ice extent over the first 15 years, then a dramatic downturn for 13 years, 6 times the rate as before. That was followed by the current plateau with virtually no further loss of ice extent. All the fuss is over that middle period, and we know what caused it. A lot of multi-year ice was flushed out through the Fram Strait, leaving behind more easily melted younger ice. The effects from that natural occurrence bottomed out in 2007.
Il y a eu une légère perte d'étendue de glace au cours des 15 premières années, puis une baisse spectaculaire pendant 13 ans, soit six fois le taux précédent. Cela a été suivi par le plateau actuel avec pratiquement plus de perte d'étendue de glace. Tout le monde parle de cette période et nous savons ce qui l’a causé. Une grande quantité de glace de plusieurs années a été évacuée par le détroit de Fram, laissant derrière elle de la glace plus jeune et plus facilement fondue. Les effets de cette occurrence naturelle ont atteint leur plus bas niveau en 2007.

Donc Clutz a repéré trois périodes que Tamino commentera plus loin, pour l'instant il nous montre la façon correcte de représenter l'évolution de la banquise arctique avec ce graphique :

Moyenne annuelle de la surface de la banquise arctique.
On voit tout de suite la différence, mais ce n'est pas tout.

Tamino, rappelons-le encore, est un statisticien, il sait donc faire une courbe de tendance à partir d'un graphique, ce qu'il nous montre ici :

Moyenne annuelle de la surface de la banquise arctique avec courbe de tendance.

Pour les spécialistes, Tamino utilise la méthode LOWESS (locally weighted scatterplot smoothing), je leur laisse le soin d'éventuellement la contester s'ils en ont les moyens.

Et vient maintenant le bonus, Tamino reconstituant à partir de sa courbe le cheminement de pensée (vérolée) de Ron Clutz :

Moyenne annuelle de la surface de la banquise arctique avec « courbe » de tendance à la sauce Ron Clutz. 

Ainsi Clutz a partagé la tendance en trois parties :

De 1979 à 1994, sans utiliser la régression linéaire par les moindres carrés ou autre méthode sensée, mais simplement en joignant le point initial au point final, c'est-à-dire en ignorant tout bonnement tout ce qu'il y a entre ces deux points !

De 1994 à 2007, avec une baisse spectaculaire dans le graphique de Clutz que Tamino juge...stupide ! En effet, sur les 12 (douze) valeurs incluses entre ces deux dates, 11 (onze) sont...au-dessus de la tendance représentée par Clutz ! Pour Tamino Clutz a choisi à dessein le point final le plus bas possible afin de faire croire à cette fumeuse « baisse spectaculaire ».

De 2007 à 2017, en commençant ainsi par un point « le plus bas possible » il est aisé de représenter une ligne presque plate allant jusqu'en 2017 !

Cette façon de faire nous rappelle bien évidemment Christopher Monckton et son pitoyable plateau des températures commençant pas très loin d'un fort épisode El Niño afin d'aplatir le plus possible la courbe, nous sommes bien en pays de connaissance.

Pour finir Tamino nous montre sur un graphique unique les deux courbes, la sienne (i.e. la bonne) et celle de Clutz (la mensongère) :

Comparaison des deux tendances.

Et voici, encore plus explicite, la comparaison des deux courbes estimées en taux de variation :

Comparaison des taux de variation estimés, avec l'écart type (standard deviation) de la courbe correcte.

Et pour enfoncer le clou Tamino montre que lui aussi peut « jouer » avec les tendances en choisissant d'autres points et donc d'autres périodes pour donner ceci :

La courbe de Clutz confrontée à une autre méthode de cherry-picking (en rouge)

Enfin Tamino nous donne une liste non limitative des gens auxquels il vaut mieux ne pas faire confiance quand ils vous présentent des graphiques :
Anyone can make mistakes. For example, Roy Spencer made a doozy of a mistake some time ago, but when I called him out on it he did not insist that his bonehead mistake was correct. As far as I know, he hasn’t mentioned it since, and I suspect that’s because he knows — and admitted to himself — that it was wrong. But too many others, like Ron Clutz and Cliff Mass and Anthony Watts and Christopher Monckton etc. etc. etc., will put out ideas that are so idiotic they’re embarrassing but refuse to admit error even when it’s proved. You can’t reason with those people.
Tout le monde peut faire des erreurs. Par exemple, Roy Spencer a commis une grave erreur il y a quelque temps, mais quand je le lui ai fait remarquer, il n'a pas insisté en disant que son erreur idiote était correcte. Pour autant que je sache, il ne l’a pas mentionné depuis, et je pense que c’est parce qu’il sait - et a admis lui-même - que c’était faux. Mais trop d’autres, comme Ron Clutz et Cliff Mass et Anthony Watts et Christopher Monckton, etc., etc., vont émettre des idées tellement idiotes qu’elles en sont embarrassantes, mais refusent d’admettre leur erreur, même quand elle est démontrée. Vous ne pouvez pas raisonner avec ces gens.

Comme par hasard je mentionne les blogs de Roy Spencer, Cliff Mass et Anthony Watts, dans le bandeau de droite de mon site, sous la catégorie « à consulter à ses risques et périls », maintenant vous savez pourquoi.

Apparemment Clutz consulte le blog de Tamino ou a été informé par un admirateur, car il ajoute la mise à jour suivante :
Oh the irony! Tamino accuses me of emulating Michael Mann and “hiding the decline” of sea ice, as opposed to temperatures. In that case, where is my Nobel Prize?
But my humble efforts to tell the truth pale in comparison with Mann’s campaign to erase the medieval warm period. His temperature trickery is described in Rise and Fall of the Modern Warming Spike
Oh l'ironie! Tamino m'accuse d'imiter Michael Mann et de « cacher le déclin » de la glace de mer, contrairement aux températures. Dans ce cas, où est mon prix Nobel?
Mais mes humbles efforts pour dire la vérité pâlissent en comparaison avec la campagne de Mann visant à effacer la période chaude médiévale. Sa ruse de température est décrite dans Rise and Fall of the Warming Spike

Evidemment Tamino n'a jamais dans son billet accusé Clutz d'imiter Michael Mann, car celui-ci n'a jamais tenté de truquer ses courbes, qui étaient certes imparfaites quand il les a publiées au début, mais qu'il a améliorées sans vraiment en changer la forme générale ; ses courbes ont d'ailleurs été validées par d'autres équipes indépendantes utilisant d'autres méthodes et arrivant peu ou prou aux mêmes conclusions.

Nous sommes ici en présence d'une véritable attaque ad hominen, c'est-à-dire portant sur une personne, Michael Mann, sans aucun argument à faire valoir.

Et quand on va voir l'article auquel Clutz fait référence cela en devient pathétique, on a mal pour lui et on présenterait presque ses condoléances à sa famille pour la perte d'un cerveau qui aurait pu servir la science et qui préfère ramper dans la boue.

Saurez-vous reconnaitre Ron Clutz sur la photo (l'autre est le valet de chambre de Christopher Monckton) ?


vendredi 27 décembre 2019

Willis Eschenbach joue avec les courbes et avec ses lecteurs

Willis Eschenbach est un gros malin qui a tout compris, pour tromper facilement les lecteurs du site de pseudo-science WUWT il leur balance des courbes censées leur prouver ce qu'ils ont envie de croire, et ça marche super bien.

Dans Wet Years, Dry Years (Années humides, années sèches) il veut faire gober à qui est assez naïf pour le croire que
As you might expect, the worst droughts were in the 1930s, the time of the “Dust Bowl”. There were also droughts in the 1950s, although somewhat smaller and shorter.

Then for about thirty years, from 1970 to 2000, times were generally wetter … followed by drier times up to 2010, and wetter times since then.
Comme on peut s'y attendre, les pires sécheresses ont eu lieu dans les années 1930, à l'époque du " Dust Bowl ". Il y a également eu des sécheresses dans les années 1950, bien qu'elles aient été un peu plus petites et plus courtes.

Puis, pendant une trentaine d'années, de 1970 à 2000, les périodes ont été généralement plus humides... suivies de périodes plus sèches jusqu'en 2010, et de périodes plus humides depuis.
A l'appui de ses dires il nous montre ce graphique :
Indice mensuel de gravité de la sécheresse de Palmer pour la partie continentale des États-Unis, 1895-2019. Au-dessus de la ligne pointillée, la sécheresse est plus importante, en dessous, elle est plus humide.

Comme il nous l'explique il a inversé (ce qu'il n'avait nul besoin de faire au passage puisqu'on aurait quand même compris) l'axe des Y afin de montrer les périodes de sècheresse « au-dessus » ; en effet, l'indice PDSI mesure la sècheresse avec cette particularité qui est que plus il est bas et plus la sècheresse est sévère ; c'est contre-intuitif mais c'est ainsi, et c'est pour cela que l'ami Willis a inversé l'axe des Y, il sait que les lecteurs de WUWT sont plutôt cons et qu'il vaut mieux leur montrer un graphique qui leur parle, eux qui sont habitués depuis leur enfance aux dessins animés de Disney et à qui il faut tout expliquer avec de jolies images qui ne les traumatisent pas trop.

Bien évidemment comme vous vous en doutez un peu il y a un loup (comme chez Disney) et heureusement que la brigade anti fake news veille au grain en la personne de Tamino qui, dans The West Burns and the East Drowns … so it averages out, right? (L'Ouest brûle et l'Est se noie ... donc ça fait une moyenne, non ?), met les pendules à l'heure en expliquant le truc grossier employé par le bonimenteur professionnel qu'est Willis Eschenbach.

Tout d'abord Tamino reprend les données utilisées par Eschenbach pour construire son propre graphique, juste au cas où...
Graphique de Tamino avec la même inversion de l'axe des Y afin de coller sur celui d'Eschenbach.

Jusque là pas de problème, les deux graphiques semblent identiques même s'ils n'ont pas tout à fait la même apparence, celui de Tamino faisant plus professionnel (Tamino n'est pas un personnage de Disney, lui)

Mais là où ça se gâte, pour Eschenbach bien sûr, c'est quand Tamino dévoile le pot aux roses avec deux autre graphiques, l'un concernant les Etats-Unis de l'Ouest, l'autre la partie centrale du pays :
Indice PDSI pour l'ouest du pays.
Indice PDSI pour la partie centrale du pays.

Et là tout s'éclaire, l'ouest montre une tendance très nette à l'augmentation de la sècheresse au cours du temps alors que le centre dégringole, ce qui est la marque de davantage d'humidité et donc de pluies et donc...d'inondations !

Sur le graphique global la tendance était jugée, tant par Eschenbach que par Tamino, non sigificative ; voici ce que chacun écrivait :
  • Eschenbach : overall there is a very slight and not statistically significant linear trend toward a bit more wetness.
    • dans l'ensemble, il y a une tendance linéaire très légère et non statistiquement significative vers un peu plus d'humidité.
  • Tamino : I […] put in a trend line (which is not “statistically significant”).
    • J'ai [...] mis une ligne de tendance (qui n'est pas "statistiquement significative").
Par contre pour ce qui est des deux graphiques montrant l'ouest et le centre, Tamino nous précise :
  • pour l'ouest : The result is “statistically significant” (although the trend isn’t really a straight line). Any way you look at it, increase in droughts, statistically significant.
    • Le résultat est " statistiquement significatif " (bien que la tendance ne soit pas vraiment une ligne droite). De toute façon, l'augmentation des sécheresses est statistiquement significative.
  • pour le centre : PDSI and a lot of evidence tell us increase in wet periods, statistically significant.
    • Le PDSI et de nombreuses preuves nous indiquent une augmentation des périodes humides, statistiquement significative.
Cela confirme l'« adage » climatique selon lequel avec le réchauffement climatique les zones déjà sèches seront encore plus sèches et les zones humides seront encore plus humides ; faire la moyenne de l'ensemble n'a pas vraiment de sens, sauf à vouloir abuser son public avec des courbes venant de la NOAA et donc supposées être sérieuses, ce qu'elles sont quand on ne leur fait pas dire n'importe quoi.

Dans le même style de tromperie sur la marchandise nous avons la môme Jo Nova déjà évoquée pas plus tard qu'hier qui, dans Climate change and bushfires — More rain, the same droughts, no trend, no science (Changements climatiques et feux de brousse - Plus de pluie, les mêmes sécheresses, aucune tendance, aucune science), nous dit le plus sérieusement du monde :
The most important weather factor is rain, not an extra 1 degree of warmth.
Le facteur météorologique le plus important est la pluie, et non un degré de chaleur supplémentaire.
Jo Nova aurait dû jouer dans Le Père Noël est une ordure, Thierry Lhermitte lui aurait répondu ceci :
C'est c'la oui...

mardi 7 janvier 2020

Comment tromper les gogos avec une simple courbe même pas truquée

On reconnait un charlatan aux arguments véreux qu'il avance pour arriver à ses fins.

Ainsi Jennifer Marohasy nous en donne un magnifique exemple, repris par le site de pseudo-science WUWT, dans It has been hotter, fires have burnt larger areas, un modèle du genre que ne renierait pas Benoit Rittaud, lui qui nous a appris à de nombreuses reprises comment truquer des courbes et des données (voir Apprenons avec Benoit Rittaud comment manipuler des chiffres et truquer des graphiques)

Mais Marohasy, à la différence de Rittaud, ne truque pas ses graphiques dans le billet qu'elle livre en ce début d'année, elle utilise de véritables données en montrant ceci :
Figure 1. Mean maximum summer (December, January February) temperatures as measured at Rutherglen in rural Victoria by The Australian Bureau of Meteorology for the period when mercury thermometers were used. Data unadjusted/not homogenised.
Traduction :
Figure 1. Températures maximales moyennes en été (décembre, janvier et février) mesurées à Rutherglen dans la région rurale de Victoria par le Bureau australien de météorologie pour la période où des thermomètres à mercure ont été utilisés. Données non ajustées/non homogénéisées.
Evidemment comme vous vous en doutez si vous connaissez Marohasy et avez quelques neurones en fonctionnement (deux ou trois suffisent) il y a un loup dans le bush et heureusement que la police anti fake news veille en la personne de Grant Foster alias Tamino qui, dans Bushfire and Homophobia, nous dévoile les grosses ficelles utilisées.

En vérité nous n'avions pas besoin de Tamino pour voir au premier coup d'oeil l'entourloupe qui crève les yeux, mais il argumente de telle façon, avec force détails techniques, qu'on ne peut que lui tirer son chapeau (ou sa casquette) ; à noter que Grant Foster est non un simple blogueur comme moi mais un véritable scientifique (voir ses travaux sur Research Gate) et ses contributions résident essentiellement dans ses connaissances en statistiques qui lui permettent de démonter les arnaques aux « courbes magiques » dont les climatosceptiques sont si friands.

En l'occurrence le graphique présenté par Marohasy présente au premier coup d'oeil deux défauts majeurs :
  1. il s'agit de données brutes, non homogénéisées ;
  2. il s'agit de données provenant d'une seule station australienne.
Ces deux seuls artifices permettent à Marohasy de tromper son petit monde en lui faisant croire que la situation dantesque que connait actuellement son pays, l'Australie, n'a rien d'original et que par le passé il aurait donc fait aussi chaud sinon plus qu'aujourd'hui.

Bien évidemment il n'en est rien, non seulement le site de Rutherglen ne représente pas la totalité du pays mais utiliser des données brutes durant une si longue période allant de 1900 à aujourd'hui c'est exactement comme ajouter des choux, des carottes, des navets et des topinambours et prétendre qu'on obtient un légume homogène ayant une quelconque signification.

Un site canadien nous donne une définition claire de l'homogénéisation des températures :
L’homogénéisation peut se décrire comme l’adaptation des mesures historiques aux conditions actuelles de mesure. Elle vise à éliminer les variations artificielles à l’intérieur de la série de températures résultant d’une modification de l’environnement de la station tel un déplacement de la station, un changement d’instrument ou un changement d’observateur (individu responsable de la prise des mesures à une station climatologique). La suppression de ces variations permet de ne conserver que le signal climatique.
Tous les météorologues et climatologues du monde pratiquent l'homogénéisation, ne pas le faire et se contenter des données brutes comme le fait Marohasy relève tout simplement de l'arnaque et de la manipulation ; Tamino nous dit en outre que d'après lui et son expérience le BOM australien fait partie de l'excellence en matière de traitement des données de températures :
The BoM has, in my opinion, assembled the best national temperature data in the world because they use the most advanced methods to correct for known problems, like moving a recording station to another location or installing a new instrument. 
Le BoM a, à mon avis, réuni les meilleures données nationales de température au monde parce qu'il utilise les méthodes les plus avancées pour corriger les problèmes connus, comme le déplacement d'une station d'enregistrement à un autre endroit ou l'installation d'un nouvel instrument.
Tamino nous livre ici une simple opinion, mais mon petit doigt me dit que son opinion vaut mille fois celle d'une imposteur (ou impostrice si l'on veut) comme Marohasy.

Le plus fort c'est que Tamino prend Marohasy à son propre jeu en montrant lui aussi un graphique de données brutes de la station de Rutherglen allant jusqu'à aujourd'hui, et voici ce que cela donne pour les mois d'été austral (décembre, janvier et février) :
En utilisant les données brutes non homogénéisées, l'été le plus chaud jamais enregistré est bien l'été dernier, 2018/2019.

Bien sûr ce graphique est aussi faux que celui de Marohasy car il mélange des choux, des carottes, etc. et ne concerne qu'une seule station sur le territoire immense de l'Australie, mais l'exercice est amusant et permet de démontrer que même en utilisant les artifices d'un imposteur on peut en arriver à la conclusion que l'été austral (le dernier en date, celui de 2018/2019) est plus chaud aujourd'hui que ce qu'il était soi-disant en 1938/1939 ; et cerise sur le gateau, comme l'été actuel 2019/2020 est en passe de battre le précédent, avec les températures records déjà enregistrées alors qu'un seul mois s'est écoulé et que les températures les plus hautes ont en principe lieu en janvier, nous aurons donc deux étés consécutifs plus chauds que l'été 1938/1939 en ne considérant que les données brutes, alors imaginez en les homogénéisant comme la science nous dicte de le faire !

Pour revenir sérieux Tamino nous donne à voir les véritables graphiques à prendre en compte pour montrer que la situation de l'Australie en ce moment ne doit rien au hasard en général et aux méchants écologistes en particulier, voici les bonnes données, correctement homogénéisées celles-ci :
Evolution des températures journalières les plus hautes pour l'Australie dans sa totalité, l'année 2019 se détache très nettement du lot, quant aux années 1930 elles sont deux degrés et demi plus bas en moyenne.

La même série pour les températures journalières de l'été australien.
La même série pour le seul mois de décembre.

Le mois qui vient de passer est donc de très loin le plus chaud que le pays ait connu, battant de plus d'un degré et demi le précédent record visible au début des années 1970, et pour l'été entier c'est un degré de plus par rapport au second, l'été 2013.

Et pour montrer la « qualité » des données brutes de la station de Rutherglen Tamino nous montre les différents « points de changement » (changepoint) qu'il a pu repérer grâce à son analyse statistique :
Quatre points de changement identifiés par Tamino.

Cela nous indique qu'il s'est passé « quelque chose » à diverses époques dans cette station, ce que Tamino appelle des « facteurs non climatiques » (non-climate factors) qui exigent donc d'être ajustés afin de donner une série « homogène » (vous savez, quelque chose qui ne soit pas un alignement de choux, carottes, etc.)

Pour finir il nous montre les écarts entre les données brutes et les données homogénéisées par le BOM :
Moyennes annuelles de la différence entre les données brutes originales et les données homogénéisées pour Rutherglen.

Et Tamino de nous expliquer :
In cases like Rutherglen, the non-climate factors introduced a false cooling trend. It should be cancelled — assuming, of course, you want the data to be better.
Dans des cas comme celui de Rutherglen, les facteurs non climatiques ont introduit une fausse tendance au refroidissement. Elle devrait être annulée - en supposant, bien sûr, que vous vouliez que les données soient meilleures.

Puis il conclut :
Few people appreciate just how advanced are the methods that the BoM uses to homogenize data, or how many tests and critiques it has withstood. When I say that in my opinion theirs is the most advanced in the world, I base that on years of experience as a scientist and statistician, and on close examination of the methods used by many organizations. The insulting, accusatory rhetoric of far too many climate deniers might not be a crime, but it is a sin.
Peu de gens apprécient à quel point les méthodes que le BoM utilise pour homogénéiser les données sont avancées, ou à combien de tests et de critiques elles ont résisté. Quand je dis qu'à mon avis les leurs sont les plus avancées au monde, je me base sur des années d'expérience en tant que scientifique et statisticien, et sur un examen approfondi des méthodes utilisées par de nombreuses organisations. Le discours accusateur et insultant de beaucoup trop de négationnistes du climat n'est peut-être pas un crime, mais c'est un péché.
J'ai gardé la traduction première du mot anglais denier, négationniste, parce que Jennifer Marohasy le vaut bien.

Comme une pub pour l'Oréal

mercredi 5 décembre 2018

Le ballon qui fait pschitt

Roy Spencer avait lui-même conseillé à ses adorateurs la chose suivante :
[…] those of you who REALLY REALLY need the global temperature record to show as little warming as possible might want to consider jumping ship, and switch from the UAH to RSS dataset.
C'était en 2011 et comme Spencer l'expliquait :
[…] in the last 10 years or so the RSS temperatures have been cooling relative to the UAH temperatures
En conclusion, s'il faut choisir entre RSS et UAH le climato-gogo de base est prié d'opter pour le jeu de données le plus favorable à ses croyances, et à l'époque c'était donc RSS qui tenait la pole position.

Aujourd'hui les choses ont changé puisque la dernière version de RSS montre une tendance au réchauffement plus marquée que UAH et Spencer pouvait en 2016 la critiquer afin de bien faire comprendre à ses lecteurs que maintenant c'était UAH qu'il fallait privilégier.

C'est pour cela que l'on trouve ce genre de commentaire sur mon blog :
Anonyme3 décembre 2018 à 23:20
J'ajoute un détail amusant et significatif. Les températures satellitaires (UAH et ancienne version RSS) sont les seules données de températures à avoir été confirmées par des moyens de mesures indépendants (ici les ballons sondes). Les températures des stations n'ont pas cette chance. Elles ne sont désespérément confirmées que par elle-mêmes et infirmées par tout ce qui traîne.
phi
Mais heureusement que j'ai un autre commentateur autrement mieux informé que phi :
VB4 décembre 2018 à 23:19
"Les températures satellitaires (UAH et ancienne version RSS) sont les seules données de températures à avoir été confirmées par des moyens de mesures indépendants (ici les ballons sondes)."
Au contraire, les mesures des ballons sondes confirment RSS v4. Vous savez, celui qui se rapproche le plus des mesures de températures de surface : https://imgur.com/4twiRWo. UAH pourrait avantageusement profiter d'un "bidouillage", comme vous dites, parce que c'est clairement lui l'outlier.
Comme je le faisais remarquer en suivant :
Géd4 décembre 2018 à 23:32
Il me semblait bien avoir lu quelque part une information de ce genre mais sans arriver à la retrouver, merci VB de me prouver que ma mémoire a encore de beaux restes !
En fait c'est le graphique fourni par VB qui m'a mis sur la piste :
Comparaison des données RATPAC (ballons sondes) Vs RSS et UAH (satellites)

Le terme qui me manquait était RATPAC, qui désigne un programme de la NOAA :
The Radiosonde Atmospheric Temperature Products for Assessing Climate (RATPAC) consist of time series of radiosonde-based temperature anomalies for the years 1958-present in which the temporal inhomogeneities resulting from changes in instruments and observing practices have been reduced to the extent possible.
Ainsi en cherchant sur Google avec les mots clés RATPAC et RSS j'ai pu facilement remonter à la source de l'information que ma mémoire avait conservée, à savoir Tamino et son article de 2016 intitulé New RSS and Balloons.

Dans cet article Tamino faisait référence à un autre de ses articles daté de 2015 et intitulé Ted Cruz: Just Plain Wrong dans lequel il démolissait l'argumentation fallacieuse du sénateur républicain dont l'audition devant le sénat américain avait fait grande impression sur l'ami phi :
Anonyme4 décembre 2018 à 14:20
[…]
2. Christy a présenté ce graphique devant la commission scientifique du congrès US. Vous pensez que ces gens sont des ploucs ? Vous qui dites n'avoir aucune formation scientifique, vous devriez aller expliquer au congrès qu'ils se sont fait avoir par un charlatan. Il feraient bien mieux d'avoir recours à votre clairvoyance.
[…]
Je ne pense pas que « ces gens » sont des ploucs, ce sont juste des ignares qui gobent ce qu'on leur donne à avaler sans se poser de questions. Et pas besoin d'avoir une formation scientifique, contrairement à phi, pour réfléchir et faire preuve d'un minimum de « clairvoyance ».

Ainsi voici ce que présente Tamino dans son billet de 2016 :

tamino



Et d'expliquer que la nouvelle version (V4) « chauffe » davantage que l'ancienne (V3) mais que ce faisant elle se rapproche des mesures effectuées par les ballons sondes :

A gauche la différence entre RATPAC et l'ancienne version RSS, à droite celle avec la nouvelle version.

Comme on le dit familièrement « il n'y a pas photo », les deux courbes sont clairement différentes et celle de droite tend nettement plus vers la ligne plate horizontale que celle de gauche qui accuse une forte plongée à partir de l'an 2000.

Mais à part cela, comme le disait si bien phi :
Les températures satellitaires (UAH et ancienne version RSS) sont les seules données de températures à avoir été confirmées par des moyens de mesures indépendants (ici les ballons sondes)

On se demande vraiment où phi va pêcher ses informations, en tout cas je ne pense pas que ce soit chez Tamino.

Bref.
















dimanche 9 décembre 2018

Willis Eschenbach reconnait qu'il a tort, en fait non...

Belle opération de propagande de la part de Willis Eschenbach avec confession, les yeux dans les yeux, de s'être trompé, pour mieux rebondir et replonger dans l'erreur (délibérée ou non, c'est une autre question)

Dans Cooling Down The Land Eschenbach « informait » ses lecteurs (i.e. ses adorateurs) que les surfaces continentales étaient en train de se refroidir, en totale contradiction avec la littérature scientifique sur le sujet du climat qui nous dit que les terres se réchauffent plus vite que les mers.

A l'appui de cette surprenante assertion il fournissait le graphique suivant soi-disant émanant de l'organisme CERES :
Figure 1. Global average surface temperature, CERES satellite data.

A noter la tendance de 0,07°C par décennie, non significative !


Tamino a réagi quasiment immédiatement sur son blog avec cet article intitulé Cooling Down the What? dans lequel il se demande dans un premier temps d'où Eschenbach a bien pu trouver ses données CERES :
[…] where can I get this CERES global surface temperature product? Turns out CERES doesn’t make one […]
[…] Où puis-je obtenir ces données CERES pour la température de surface globale? Il s'avère que CERES n'en produit pas […]
Bien que mon lecteur chéri phi pense que Tamino n'est qu'un petit rigolo dans le cas présent ce dernier a très rapidement pointé du doigt l'étrangeté de l'assertion eschenbachienne en présentant son graphique « à lui » ajusté de manière à pouvoir être facilement comparé à celui d'Eschenbach :

Evolution des températures de 2000 à 2018 selon la NASA.

Et de remarquer dans la foulée :
Curiously, his graph says “Trend = 0.07°C/decade” and talks of a p-value that’s “not statistically significant.” Mine says the rate is 0.20 °C/decade, with a +/- of 0.09 °C/decade (that’s 2sigma), which is definitely statistically significant.
Curieusement, son graphique indique «Tendance = 0,07 ° C / décennie» et parle d’une valeur p qui n’est «pas statistiquement significative». Le mien dit que le taux est de 0,20 ° C / décennie, avec un +/- de 0,09 ° C / décennie (c'est-à-dire 2sigma), ce qui est statistiquement significatif.
Si on regarde bien les deux graphiques ils sont très proches l'un de l'autre, y compris dans les pics comme celui de 2016 à +15,8 ; on remarque qu'ils partent tous deux d'environ +15 en 2000 pour arriver entre 15,2 et 15,4 en 2018 ; on a du mal alors à comprendre comment deux « spécialistes » peuvent en tirer des conclusions diamétralement opposées :
  • Eschenbach : +0,07 par décennie, tendance non significative ;
  • Tamino : +0,20 par décennie, tendance significative.
Forcément l'un des deux au moins se plante.

Mais voilà, un jour seulement après avoir pondu son article Eschenbach avoue qu'il s'est lamentablement trompé dans Man, I Hate Being Wrong !

Cela ne vous fait pas penser à quelque chose ?

Oui oui, à l'« affaire » Resplandy que j'ai relatée ici et ici ; nous avons vu qu'il y avait une erreur reconnue publiquement par Ralph Keeling, l'un des co-auteurs de l'étude Resplandy.

Il semble donc que notre ami Eschenbach, s'étant rendu compte de sa bévue (peut-être a-t-il lu l'article de Tamino, je n'en sais rien et m'en fiche un peu) n'a pas voulu être en reste et a décidé qu'il était préférable d'avouer immédiatement et sans détour plutôt que de laisser pourrir la situation, sachant toutefois que parmi ses lecteurs adorés il ne s'en trouverait probablement pas un seul pour le reprendre et lui dire effrontément qu'il s'était trompé.

Nous avons par exemple ce genre de commentaire, typique d'un négateur de base :
eck
December 5, 2018 at 6:00 pm 
My innate sense has been that it’s actually been slightly cooler on average here in N. CA. for the past few years. Nice to see that I might have sensed correctly!
Mon sens inné a été qu’il fait en fait un peu plus froid en moyenne ici en Caroline du nord depuis quelques années. C'est bien de voir que j'aurais pu sentir correctement!
Le « sens inné » du lecteur de Willis Eschenbach est que celui-ci ne peut pas avoir tort puisque ce qu'il lui dit confirme ce qu'il ressent à son modeste niveau ; il est évident que pour le dénommé eck la science se joue à coups de témoignages individuels faisant état d'un « sens inné » qui ne peut mentir ; on comprend mieux les sensations de monsieur eck quand on lit la carte des anomalies de températures :

Voir mes climactualites

La Caroline du Nord se trouvant dans la zone de températures plutôt inférieures à la normale il est donc normal que monsieur eck trouve qu'il « fait un peu plus froid en moyenne » chez lui, on ne saurait le nier.

On peut se demander pourquoi Eschenbach s'est précipité pour 1/ pondre un article qu'il allait 2/ réfuter dans la foulée ; un adage dit qu'il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler, dans le cas présent il aurait donc dû réfléchir avant de publier le premier article, cela lui aurait évité de se ridiculiser avec le second.

Parce qu'en fait de reconnaissance d'erreur, dans ce second article Eschenbach ne reconnait que ce qui est le plus évident, par contre il persiste et signe pour le reste :
The trend of the CERES temperatures is quite similar to the MSU UAH trend over both land and sea, and to the trend of the Reynolds OI sea surface temperature. I suspect that this indicates that the station-based land trends are gradually affected over time by encroaching civilization—more blacktop, more roads, more auto traffic, more jet exhaust and more powerful jet engines at the airport stations, more air conditioners, more sewage plants, more buildings, taller buildings, the list of things that can bias temperatures upwards is long.
La tendance des températures CERES est assez similaire à celle du MSU UAH sur terre et sur mer, et à la tendance de la température de surface de la mer Reynolds OI. Je soupçonne que cela indique que les tendances des stations de surface sont progressivement affectées par l’intrusion de civilisations : davantage de points noirs, plus de routes, plus de circulation automobile, plus de jets et des réacteurs plus puissants dans les aéroports, plus de climatiseurs, plus d’égouts. usines, bâtiments, bâtiments plus hauts, la liste des choses qui peuvent biaiser les températures est longue.
Bon sang mais c'est bien sûr !

Les climatologues sont des idiots qui ne savent pas mesurer correctement les températures de surface et se laissent berner par les routes, les aéroports, les égouts ou les climatiseurs !

Et parce que ses données CERES sont très proches de celles de ses amis Spencer et Christy, alors il est évident qu'elles ne peuvent qu'être juste et les mesures par HadCRUT, GISS ou BEST ne peuvent qu'être fausses, cqfd.

Cependant il y a tout de même quelques commentateurs présentant un intérêt certain dans leurs interventions, comme Nick Stokes ou Steven Mosher, lequel répond aux affirmations d'Eschenbach ci-dessus :
Steven Mosher
December 7, 2018 at 2:20 am 
[citation]

I thought that once too a long time ago and so I compared the UAH maps with the berekeley earth maps.
AND included data about land cover. Most people think the stations are all in urban areas but its actually not true. In any case. While the selection of a single emissivity is fine for trends, it assumes that there is no change in emissivity over time or seasonally. in the exploratory work I did it seemed like a good portion of the divergence between land (SAT) and the satellites were in areas where the emmissivity changes:
ya, snow.
Je pensais également cela il y a longtemps et j'ai donc comparé les cartes UAH avec celles de la Terre de Berkeley.
ET j'ai inclus des données sur la couverture terrestre. La plupart des gens pensent que les stations sont toutes situées dans des zones urbaines, mais ce n’est pas le cas. Dans tous les cas. Bien que la sélection d'une seule émissivité convienne aux tendances, elle suppose qu'il n'y a pas de changement d'émissivité dans le temps ou selon les saisons. Dans les travaux exploratoires que j'ai effectués, il semblait qu'une bonne partie de la divergence entre la terre (SAT) et les satellites se situaient dans des zones où l'émissivité se modifiait:
ouais, la neige.
L'important dans ce commentaire est ceci : « La plupart des gens pensent que les stations sont toutes situées dans des zones urbaines, mais ce n’est pas le cas. » Cependant Willis Eschenbach prouve par ses affirmation qu'il fait partie des gens qui croient, et laissent croire, que les stations météo qui enregistrent les températures de surface sont toutes situées dans des zones où les conditions ne sont pas optimales ce qui produirait, d'après eux, un réchauffement « artificiel » qui n'aurait aucune base réaliste, alors que les satellites, eux, ne mentiraient pas !

Mais finalement le plus important dans tout cela est cette fausse affirmation de Willis Eschenbach qui prouve qu'il n'est pas près de reconnaitre ses erreurs :
• Man … I hate being wrong.
• Mec… Je déteste avoir tort.
Mais il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Il est aussi possible d'aller en acheter chez un bon opticien.


dimanche 1 juillet 2018

L'Arctique à toutes les sauces

Mon précédent billet sur l'Arctique, Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 !, était évidemment à prendre au second degré, car je ne me permettrais pas de prétendre deviner quand la banquise boréale sera entièrement absente en septembre à partir d'un simple coup de crayon virtuel avec l'aide de Paint.

Certains ont pris ma « prédiction » pour argent comptant, comme par exemple ici :
par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:22 
rien que le titre m'a suffit :

Le pôle nord libre de glaces en septembre...2035 !

attention pas 2037 ou 32... manque plus que le jour, le 12 septembre ou le 25 septembre le suspens est total...

C'est merveilleux la nature il suffit de projeter des courbes pour y lire l'avenir.
c'est que la nature c'est simple comme une droite.
Plus besoin de science Paint suffit !
Le dénommé Troubaa n'en est pas à une ânerie près, il en rajoute d'ailleurs un peu plus loin :
par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:42
Meme en analyse financiere si la projection de courbe te donnaient des prévisions justes cela se saurait.
Et le climat est nettement plus complexe que la finance....

il n'y a rien de plus con que de projeter une courbe dans un système complexe…
Outre le vocabulaire approximatif (« le titre m'a suffit » ou « la projection de courbe te donnaient », qui ne sont que quelques exemples de ses difficultés de conjugaison) qui révèle une culture défaillante, la logique et la cohérence ne sont pas le fort de l'ami Troubaa.

En effet, dire que le climat est plus complexe que la finance ne signifie pas grand chose, les deux domaines ne pouvant pas être comparés comme on compare deux paires de chaussettes afin d'évaluer laquelle des deux sera la plus résistante dans le temps en tenant compte de leur prix ou de tout autre critère de choix comme la couleur ou la texture.

En finance il est bien plus hasardeux de projeter une courbe à partir d'une tendance que pour le climat ; ce dernier possède des caractéristiques bien plus stables et bien mieux connues des spécialistes pour permettre des projections assez fiables contenues dans une zone d'incertitude relativement faible, alors que la finance est tributaire de tellement de facteurs d'origines diverses, essentiellement d'ordre sociologique et politique, voire idéologique, que faire des prévisions financières à plus de quelques années s'apparente à un exercice divinatoire du style de la lecture de l'avenir à partir des entrailles de poulet.

Tamino (de son vrai nom Grant Forster) nous donne une leçon de statistiques appliquées à l'évolution des températures que l'on peut aisément transposer au problème de la diminution de la banquise arctique ; dans Weak Sauce from Climate Deniers il démonte sans grande difficulté les assertions d'un climatosceptique qui ne voyait aucune tendance dans l'augmentation des températures et ne distinguait que deux courtes périodes durant lesquelles il y aurait eu un réchauffement, même pas dû au CO2 :
“First of all: what persistent trend? Sorry but I can’t find one. What we see in the actual evidence is a roller coaster pattern of ups and downs. The only persistent upward trends occurred either early in the 20th century when CO2 emissions had only a small effect or late in the 20th century over a period of only 20 years.” 
"Tout d'abord : quelle tendance persistante ? Désolé mais je n'en trouve pas une seule. Ce que nous voyons dans la réalité est un modèle de montagnes russes de hauts et de bas. Les seules tendances persistantes à la hausse se sont produites au début du XXe siècle, lorsque les émissions de CO2 n'ont eu qu'un faible effet ou à la fin du 20e siècle sur une période de 20 ans seulement. "
La démonstration de Tamino tient en quelques graphiques dont voici le premier afin de planter le décor :

Température mondiale moyenne annuelle de la NASA

Chacun peut vérifier avec Wood for trees que ces températures enregistrées depuis 1880 sont cohérentes quand on prend plusieurs organismes en considération :

Evolution des températures depuis 1880 selon trois organismes indépendants.


Je n'ai pas pris en compte les données satellitaires (UAH et RSS) car elles ne commencent qu'en 1979 et ne mesurent pas que la surface ; on remarquera que le graphique de Tamino est bien plus clair car il montre une ligne rouge représentant la moyenne annuelle, rendant ainsi la lecture plus aisée ; cependant il n'en est pas moins juste (ni davantage d'ailleurs) que les trois courbes provenant de WFT, chacune montrant une augmentation proche du degré Celsius entre 1880 et aujourd'hui.

On remarquera également que le réchauffement climatique a vraiment « pris son envol » à partir des années 1970-80, après une pause de près de trente ans probablement due aux émissions de particules ayant un effet refroidissant sur l'atmosphère (la réglementation a permis du lutter contre ces particules, mais au détriment de la température qui s'est envolée…), c'est pourquoi Tamino prend comme point de départ de sa démonstration l'année 1975 pour tout d'abord nous montrer ce qu'est une tendance sur une période de 25 ans en se plaçant virtuellement en l'an 2000 :

Les données de 1975 à 1999 correspondent à une droite (par régression des moindres carrés) pour estimer la tendance

Il procède ensuite au même exercice, quasiment, que celui auquel je me suis livré de manière artisanale et non professionnelle pour extrapoler la date de fonte entière de la banquise arctique au mois de septembre, et il tire donc la droite de tendance suivante :

Estimation de ce qui se serait passé si la tendance n'avait pas changé.

Et il demande à ses lecteurs ce qui s'est passé dans la réalité...et donne la réponse avec ce graphique :

Les températures sont tombées dans la fourchette attendue. Une seule valeur est en dehors de la plage, et celle-ci (pour 2016) n'est pas loin et dépasse la limite.

Et pour enfoncer le dernier clou dans le cercueil climatosceptique il montre ce qu'aurait été une tendance zéro à partir de l'an 2000, comme le prétendent tant de négateurs patentés :

5 années sur 18 auraient des températures en dehors des limites «sans tendance».

Ainsi oui, il est parfaitement possible, en matière climatique, d'extrapoler des courbes à partir de droites de tendances, en tenant compte cependant, ce que je n'avais pas fait n'étant pas statisticien, d'intervalles de confiance (les écarts-types que j'ai étudié il y a fort longtemps…) qui permettent d'encadrer la projection dans une espèce de tunnel prédictif.

L'intervalle de confiance du GIEC s'étend d'ailleurs sur deux décennies, de 2040 à 2060 pour un Arctique « presque  » libre de glace, et de 2060 à 2080 pour un Arctique entièrement libre de glace : 

Source ipcc


Mais le dernier rapport du GIEC date de 2013 et ne comprenait pas les plus récentes études sur le sujet, dont une (When will the summer Arctic be nearly sea ice free? du 4 mars 2013) remettant en cause les projections d'un Arctique presque libre de glace en 2070 et dont voici le résumé :
  • The observed rapid loss of thick multiyear sea ice over the last 7 years and the September 2012 Arctic sea ice extent reduction of 49% relative to the 1979–2000 climatology are inconsistent with projections of a nearly sea ice‐free summer Arctic from model estimates of 2070 and beyond made just a few years ago. Three recent approaches to predictions in the scientific literature are as follows: (1) extrapolation of sea ice volume data, (2) assuming several more rapid loss events such as 2007 and 2012, and (3) climate model projections. Time horizons for a nearly sea ice‐free summer for these three approaches are roughly 2020 or earlier, 2030 ± 10 years, and 2040 or later. Loss estimates from models are based on a subset of the most rapid ensemble members. It is not possible to clearly choose one approach over another as this depends on the relative weights given to data versus models. Observations and citations support the conclusion that most global climate model results in the CMIP5 archive are too conservative in their sea ice projections. Recent data and expert opinion should be considered in addition to model results to advance the very likely timing for future sea ice loss to the first half of the 21st century, with a possibility of major loss within a decade or two.
    •  La perte rapide observée de glace de mer pluriannuelle épaisse au cours des sept dernières années et la réduction de 49% de la glace de mer dans l'Arctique en septembre 2012 par rapport à la climatologie de 1979-2000 ne concordent pas avec les prévisions du modèle arctique 2070 et au-delà fait il y a quelques années. Trois approches récentes des prédictions dans la littérature scientifique sont les suivantes: (1) extrapolation des données sur le volume de glace de mer, (2) en supposant plusieurs événements de perte plus rapides tels que 2007 et 2012, et (3) projections du modèle climatique. Les horizons temporels d'un été presque sans glace pour ces trois approches sont d'environ 2020 ou plus tôt, 2030 ± 10 ans et 2040 ou plus tard. Les estimations des pertes des modèles sont basées sur un sous-ensemble des membres de l'ensemble les plus rapides. Il n'est pas possible de choisir clairement une approche plutôt qu'une autre car cela dépend des poids relatifs attribués aux données par rapport aux modèles. Les observations et les citations appuient la conclusion que la plupart des résultats du modèle climatique global dans les archives CMIP5 sont trop conservateurs dans leurs projections de glace de mer. Des données récentes et l'opinion d'experts devraient être considérées en plus des résultats du modèle pour avancer le moment très probable pour la perte future de glace de mer à la première moitié du 21ème siècle, avec une possibilité de perte majeure dans une décennie ou deux.
Ainsi, ma prédiction « fantaisiste » de l'année 2035 devient immédiatement...moins fantaisiste !

Cependant certains pensent que l'Arctique ne connaitra probablement jamais une absence totale de glace, ainsi un dénommé Javier publie sur le site Climate etc un billet intitulé Nature Unbound IX – 21st Century Climate Change dans lequel il n'hésite pas à écrire dans son résumé :
  • The reduction in the rate of warming might continue until ~ 2035 followed by renewed warming, and temperature stabilization at about +1.5°C above pre-industrial. The pause in summer Arctic sea ice melting might also continue until ~ 2035. Renewed melting is probable afterwards, but it is unlikely that Arctic summers will become consistently ice free even by 2100.
    • La réduction du taux de réchauffement pourrait se poursuivre jusqu'en 2035, suivie d'un réchauffement renouvelé et d'une stabilisation de la température à environ + 1,5 ° C au-dessus du niveau préindustriel. La pause de la fonte de la glace de mer dans l'Arctique en été pourrait aussi se poursuivre jusqu'en 2035 environ. Une fonte renouvelée est probable par la suite, mais il est peu probable que les étés arctiques deviennent constamment exempts de glace même en 2100.

Javier est ce que l'on pourrait appeler un désinformateur professionnel, puisqu'il est aussi intervenu chez WUWT (par exemple ici ou ici), prouvant son implication dans la blogosphère climatosceptique américaine (peut-être un jour sera-t-il invité par Rittaud à une conférence des climato-irréalistes frenchies ?)

Et c'est grâce à de tels individus que de pauvres hères comme Troubaa, n'entravant pas grand chose au sujet, se permettent de débiter leurs niaiseries sur des forums.

par troubaa le Jeu 28 Juin - 20:42
il n'y a rien de plus con que de projeter une courbe dans un système complexe…

Il n'y a surtout rien de plus con que de dire des conneries.