Affichage des articles triés par pertinence pour la requête munich re. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête munich re. Trier par date Afficher tous les articles

mercredi 3 février 2021

Munich Re fait les comptes de l'année 2020 : 210 milliards de dollars au débit des désastres naturels

 J'ai à plusieurs reprises fait référence aux rapports des réassureurs, par exemple dans La facture du réchauffement climatique sera de plus en plus salée ou Le pré-bilan climatique de 2018 selon Munich Re, car je pense qu'il est très informatif de voir comment des gens qui sont principalement intéressés par l'argent voient le réchauffement climatique ; en effet, qui d'autre que les assureurs, et surtout les réassureurs qui les assurent, est le mieux placé pour constater dans ses comptes la réalité des dommages que les désinformateurs professionnels s'échinent à nier ?

Un assureur ne fait pas de politique et n'est soumis à aucune idéologie quand il fait le bilan de l'année écoulée et qu'il le compare au passé, ainsi dans Désastres et climat: la facture augmente nous apprenons que 

Les désastres naturels en 2020 dans le monde ont causé des dommages évalués à 210 milliards$, un record qui dépasse le record de 166 milliards$ de l’année précédente, et qui est voué à se répéter dans un contexte de réchauffement climatique.

Déjà on peut immédiatement donner un bon coup de pied au cul de tous ceux qui nous disent que si les dommages sont importants c'est parce que les biens assurés ont de plus en plus de valeur et que par conséquent le réchauffement climatique n'y serait pour rien. Vraiment ? Une augmentation de 26% d'une année à l'autre de la valeur des dommages reflèterait ainsi une augmentation de même montant de la valeur des biens concernés ; sérieusement ?

 Le réassureur [Munich Re] a dénombré 980 catastrophes naturelles en 2020, contre 860 l’année précédente.
De 860 à 980 cela nous donne donc une augmentation de 14% du nombre de catastrophes naturelles, ce qui n'est pas incompatible avec l'augmentation de 26% de la valeur des biens touchés ; cela signifie tout simplement que les biens concernés en 2020 avaient davantage de valeur qu'en 2019 « toutes choses égales par ailleurs ».

Le responsable scientifique de Munich Re, un certain Ernst Rauch, explique ainsi que
Ces valeurs extrêmes correspondent aux conséquences attendues d’une tendance au réchauffement de l’atmosphère et des océans de plusieurs dizaines d’années, et qui influence ces risques
Donc le réassureur ne se fait pas d'illusion, il sait quelle est la tendance et quelle en est la cause ; il ne doit pas lire WUWT ou Skyfall pour prendre ses informations, le plus probable est qu'il épluche le rapport du GIEC le plus récent ainsi que la littérature scientifique actuelle sur le sujet, et pas les papiers datant d'il y a dix ans ou plus.

De plus les assureurs semblent également avoir intégré le fait que la température allait continuer d'augmenter, donc que les mesures d'atténuation seraient très limitées et que l'adaptation, douloureuse, allait être la seule solution envisageable :
 Insurance Europe, l’association européenne des assureurs, insiste ainsi sur la nécessité d’accélérer les programmes d’adaptation au changement climatique, afin de réduire les coûts des catastrophes naturelles. Le risque étant que les compagnies d’assurances se désengagent de ces phénomènes extrêmes car trop coûteux pour elles.
En effet, pour les assureurs, qui rappelons-le une fois encore n'ont pour seul et unique but que de gagner de l'argent, la solution est simplissime : si les risques augmentent ils ont deux solutions, qu'ils peuvent très bien mélanger s'ils le veulent (et ils le veulent croyez-moi) :
  1. soit ils augmentent les primes ;
  2. soit ils diminuent les indemnités qu'ils versent en cas de sinistre.
Dans le second cas ils peuvent carrément exclure certains risques qu'ils jugent trop couteux, ou alors ils jouent sur les petites lignes qu'ils incluent dans leurs contrats afin de limiter leur responsabilité aux dépends de l'assuré qui naïvement croyait l'être.

Pour ce qui est du nombre de victimes (les morts quoi) celui-ci est en baisse constante, ce qui fait dire aux « sceptiques » qu'il y aurait de moins en moins de catastrophes (logique imparable hein !), cependant le Portail des assurances, dans Catastrophes : les pertes de 2019 sous la moyenne, nous expliquait début 2020 ce qu'il en était :
À l’échelle mondiale, de 9 000 à 11 000 personnes sont mortes ou portées disparues en raison des catastrophes survenues en 2019, contre 15 000 en 2018. Cela confirme la tendance générale à la baisse du nombre de victimes grâce à de meilleures mesures de prévention. C’est aussi une nette progression comparativement à la moyenne annuelle des 30 dernières années, alors que le nombre de victimes pouvait monter jusqu’à 52 000 par année.
Dans cet extrait le passage important est bien sûr « grâce à de meilleures mesures de prévention », par conséquent n'importe qui ayant plus de deux pois chiches dans la boite crânienne comprendra pourquoi on ne peut pas (ou il ne faut pas) lier le nombre de victimes aux catastrophes naturelles ; par ailleurs si un gigantesque cyclone ne touche pas les côtes il ne fera aucune victime, alors que dans le cas contraire...

Même son de cloche chez le rival Swiss Re ; dans 2020 s’inscrit au top 5 des années les plus couteuses pour l’industrie on apprend que :
L’institut de recherche de Swiss Re s’attend à ce que les changements climatiques exacerbent les événements météorologiques secondaires alors que l’air est plus humide et que la croissance des températures crée des conditions extrêmes. L’apparition et la propagation de feux de forêt, d’ondes de tempête et d’inondations y seront ainsi plus favorables.

Sur le portail officiel de Munich Re il semblerait que les cyclones et les incendies géants ont été les principaux événements ayant entrainé la forte hausse des dommages constatés ; dans Record hurricane season and major wildfires – The natural disaster figures for 2020 Torsten Jeworrek, membre du conseil d'administration, détaille :
  • Record hurricane season: More storms in the North Atlantic than ever before
  • Historic wildfires in the western United States
  • Worldwide, natural disasters produced losses of US$ 210bn, with insured losses of US$ 82bn
  • Floods in China were responsible for the highest individual loss of US$ 17bn, only around 2% of which was insured
  • Five years after the Paris Climate Agreement: 2020 on the way to being the second warmest year on record
Une saison des ouragans record : Plus de tempêtes dans l'Atlantique Nord que jamais

Feux de forêt historiques dans l'ouest des États-Unis

Dans le monde entier, les catastrophes naturelles ont entraîné des pertes de 210 milliards de dollars US, dont 82 milliards de dollars US de pertes assurées

Les inondations en Chine ont été responsables des pertes individuelles les plus élevées, soit 17 milliards de dollars US, dont seulement 2 % environ étaient assurés

Cinq ans après l'accord de Paris sur le climat : 2020 en passe de devenir la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée

Et comme on peut le voir sur la photo le monsieur n'est pas du genre à rigoler avec les chiffres :

Torsten Jeworrek qui semble dire « votre argent m'intéresse ».

Mais heureusement pour lui toutes les catastrophes ne sont pas assurées, par exemple :

Global losses from natural disasters in 2020 came to US$ 210bn, of which some US$ 82bn was insured. 

Les pertes mondiales dues aux catastrophes naturelles en 2020 s'élevaient à 210 milliards de dollars, dont 82 milliards de dollars étaient assurés.

Et gageons que sur les 82 milliards assurés nos mécènes arriveront à en gratter quelques uns afin de limiter les pertes, on ne plaisante pas avec les actionnaires qui peuvent vous virer si la bottom line ne leur convient pas !

Pour les inondations c'est pas de bol pour ceux qui se retrouvent les pieds dans l'eau ou qui carrément voient leur maison voguer au fil du courant :

it was notable that only a small portion of losses was insured in the growing economies in Asia. The year’s costliest natural disaster was the severe flooding in China during the summer monsoon rains. Overall losses from the floods amounted to approximately US$ 17bn, only around 2% of which was insured.

il est à noter que seule une petite partie des pertes était assurée dans les économies asiatiques en croissance. La catastrophe naturelle la plus coûteuse de l'année a été les graves inondations en Chine pendant les pluies de la mousson d'été. Les pertes globales dues aux inondations se sont élevées à environ 17 milliards de dollars, dont seulement 2 % environ étaient assurés.

J'ai comme l'impression que les assureurs ne vont pas se presser au portillon pour trouver de nouveaux clients dans certaines régions du globe...

Peut-être que la carte suivante va permettre de mieux visualiser les endroits où les assureurs devront focaliser leurs efforts et là où ils feront mieux de lever le pied (on n'est jamais trop prudent) :

Les catastrophes naturelles ont causé des pertes globales de 210 milliards de dollars (source Munich Re)


Les assureurs ne veulent plus rien assurer sans avoir l’assurance que le risque qu’ils garantissent est devenu inexistant. (Philippe Bouvard)



Mais un concurrent sérieux a vu récemment le jour pour damer le pion (du moins à court terme) au changement climatique ; dans La Minute Durable : Pandémie et climat, deux risques majeurs qu’il faut prendre en compte on nous montre ceci :

Source novethic

Ainsi le réchauffement climatique arrive en tête des risques les plus probables (colonne de gauche), mais se fait passer devant par le risque épidémique en matière d'impact.

Au final nous serons tous morts comme dirait l'autre, à court terme le Covid-19 est de toute évidence le grand gagnant mais sur le long terme par sûr que ce soit une épidémie qui fasse le plus de dégâts. Qui vivra verra, moi je ne serai pas là en 2100, par contre Greta Thunberg a quelques chances de ressentir à l'aube de ses cent ans les « bénéfices » de l'augmentation du taux de CO₂, lequel gaz est, c'est bien connu, le gaz de la vie...


vendredi 2 août 2019

La facture du réchauffement climatique sera de plus en plus salée

Pendant que certains restent la tête bien enfoncée dans le sable afin de ne surtout pas stresser en ayant conscience de tout ce qui se passe un peu partout dans le monde, nous avons quelques informations nous laissant présager que dans le futur il va falloir, entre autres choses désagréables sur lesquelles nous n'insisterons pas, sortir le portefeuille pour payer l'addition.

Et ce sont avant tout les assureurs qui nous donnent dès aujourd'hui de sérieux indices qui devraient nous inquiéter, eux qui sont parmi les premiers concernés par le réchauffement climatique puisque celui-ci les oblige à signer de plus en plus de chèques en raison des divers événements dont nous sommes les victimes à des degrés divers ; à ce sujet je suis personnellement concerné par la sécheresse et le problème de retrait-gonflement de l'argile des sols (ou RGA) qui va obliger mon assureur à financer certains travaux sur mon habitation (ma commune a « bénéficié » d'un arrêté de catastrophe naturelle), mais qu'on se rassure (sic) mon assureur ne va pas supporter 100% des dépenses, car il y a les grands groupes de réassurance qui permettent d'amortir le choc en prenant en charge une partie de ces dépenses.

Il se trouve que les réassureurs ont les moyens de financer des études leur permettant de mieux apprécier les risques qu'eux et leurs assurés (les compagnies d'assurance) ont et auront à prendre en charge, cela s'appelle de la gestion de risque, quelque chose que quelqu'un comme Cédric Moro, soi-disant « expert » en risques majeurs (voir son site i-resilience) et intervenant régulièrement chez Benoit Rittaud, devrait connaitre, mais non...

Alors regardons ce que les réassureurs Munich Re et Swiss Re ont à nous dire concernant quelques sujets particulièrement préoccupants.


Hail – An underestimated and growing risk - Compelling reasons to take action


A new research institute study that Munich Re is supporting shows that the incidence of severe hailstorms in Europe has increased.
Une nouvelle étude d'un institut de recherche soutenu par Munich Re montre que l'incidence des tempêtes de grêle graves en Europe a augmenté.
Et que dit l'étude en question financée par Munich Re ?

A la question « Est-ce que les chutes de grêle augmentent à cause du changement climatique ? » la réponse, issue d'une thèse de doctorat supportée (financée ?) par le réassureur allemand, est la suivante :
a new statistical method (“AR-CHaMo”) was developed that uses large-scale observations (so-called reanalysis data) to derive the probability of localised severe thunderstorms for the period 1979 to 2015. This study shows whether hailstorms have actually become more frequent and, if so, in which areas. The results indicated that climate change may be seen as a contributory factor since higher temperatures can explain the increases in humidity established in the thesis. 
une nouvelle méthode statistique ("AR-CHaMo") a été mise au point qui utilise des observations à grande échelle (données dites de réanalyse) pour calculer la probabilité d'orages violents localisés pour la période 1979 à 2015. Cette étude montre si les tempêtes de grêle sont effectivement devenues plus fréquentes et, dans l'affirmative, dans quelles zones. Les résultats indiquent que le changement climatique peut être considéré comme un facteur contributif puisque des températures plus élevées peuvent expliquer les augmentations de l'humidité établies dans la thèse. 
Ainsi le nombre des événements liés à la grêle ont significativement augmenté sur les 37 années considérées ( de 1979 à 2015), tout spécialement dans certaines zones géographiques comme l'indique la carte suivante :
Number of hail events in Europe overall increased significantly over the years 1979-2015

Vivant moi-même dans le sud-ouest je peux confirmer que dans ma région la grêle n'est pas quelque chose de fréquent, mais je n'avais pas conscience qu'en fait entre 1979 et 2015 la tendance y était à la baisse, ce qui me rassure sur ce plan-là ; par contre d'autres régions ont vu une très forte augmentation de ces événements météorologiques extrêmes et on pense par exemple aux Alpes où une étape du Tour de France a dû être arrêtée à cause d'une violente tempête de grêle qui rendait le passage des coureurs impossible :
Paysage hivernal le 26 juillet, mais ce n'est pas de la neige, c'est de la grêle ! (source twitter)

Evidemment un seul événement de ce type ne prouve rien, c'est sa répétition et son intensité qui est la marque...de quelque chose que je vous laisse deviner (je parle aux plus futés d'entre vous, les autres n'y verront goutte)


Climate change increases wildfire risk in California - Majority of largest and costliest wildfires have occurred in recent years


Après les glaçons, le feu...
A new analysis by Munich Re shows that the largest wildfires recorded in California since the 1930s have predominantly occurred since the beginning of the new millennium.The same period also experienced the most years with exceptionally high temperatures and unusually dry conditions.
Une nouvelle analyse de Munich Re montre que les plus grands incendies de forêt enregistrés en Californie depuis les années 1930 se sont surtout produits depuis le début du nouveau millénaire et que la plupart des années ont été marquées par des températures exceptionnellement élevées et des conditions de sécheresse inhabituelles.
Bizarre, non ? 

Nous avons des températures de plus en plus élevées, entrainant des conditions de sécheresse « inhabituelles » et cela résulterait en davantage d'incendies, comme ce peut-il ?

L'étude nous dit que des niveaux sans précédents ont été atteints en 2017 (pertes totales d'environ 20 milliards de dollars), mais qu'en plus ces niveaux ont encore été dépassés...en 2018, avec 24 milliards de dollars !

Le graphique qui suit et qui ressemble étrangement à une courbe en forme de crosse de hockey permet de représenter les choses visuellement :

Unprecedented levels were reached in 2017, with overall losses of around US$ 20bn. But even this record did not last long: in 2018, wildfire losses in California reached a new high of US$ 24bn, with insured losses of around US$ 18bn.

On voit d'ici la réfutation des usual suspects : s'il y a eu cette subite hausse c'est uniquement parce qu'il y a davantage de gens qui vivent dans des environnements boisés qui sont mal défrichés, il est donc normal que les pertes des assureurs soient en augmentation.

Sérieusement ?

Comme si la courbe de la population habitant des zones à risques suivait la pente de cette courbe-là, nous aurions donc eu en 2017 et 2018 une affluence de gens fuyant les villes pour aller s'isoler au milieu des bois, mais que fuyaient-ils donc ?

Evidemment il n'en est rien, la population de ces zones à risque a probablement légèrement augmenté durant la période considérée (1980-2018) car tout le monde préfère vivre à la campagne, entouré d'arbres et loin des gaz d'échappement des villes polluées comme peut l'être Los Angeles par exemple, et il est certain que ce surplus de population immergée dans des forêts qui ne sont pas nettoyées (i.e. qui ne brûlent pas régulièrement) et qui emmagasinent au fil des ans du carburant près de s'enflammer est un facteur aggravant qui pèse sur la note finale (en vies humaines et en biens matériels), il n'en reste pas moins que la cause principale est bien la hausse des températures et la sècheresse qui va avec et rend le bois encore plus inflammable qu'en temps « normal ».

L'étude d'ailleurs ne se contente pas de constatations, elle fait aussi des recommandations ; d'abord les constatations :
A variety of aspects were included in the new evaluation of the wildfire risk: the analyses show an overall trend towards higher temperatures and more years with extremely dry conditions. These observations were compared with data from the 20 largest Californian wildfires registered by the California Department of Forestry and Fire Protection since the 1930s. The result: the vast majority of the 20 largest individual fires have occurred in the years since the early 2000s – a period which has been characterised by an abnormally high mean of daily maximum temperatures and exceptional dryness averaged over the period from May to October. By comparing the data with climate models, climate research showed that the temperature increase observed in California is broadly consistent with climate change, although natural climate variability likely also contributed to changed rainfall properties.
Divers aspects ont été inclus dans la nouvelle évaluation du risque d'incendie de forêt : les analyses montrent une tendance générale vers des températures plus élevées et plus d'années dans des conditions extrêmement sèches. Ces observations ont été comparées aux données des 20 plus grands feux de forêt californiens enregistrés par le California Department of Forestry and Fire Protection depuis les années 1930. Résultat : la grande majorité des 20 plus grands incendies individuels se sont produits depuis le début des années 2000 - une période caractérisée par une moyenne anormalement élevée des températures maximales quotidiennes et par une sécheresse exceptionnelle moyenne sur la période allant de mai à octobre. En comparant les données avec les modèles climatiques, la recherche climatique a montré que l'augmentation de la température observée en Californie est globalement compatible avec le changement climatique, bien que la variabilité naturelle du climat ait probablement aussi contribué à modifier les propriétés des précipitations.

The vast majority of the 20 largest individual fires have occurred in the years since the early 2000s – a period which has been characterised by an abnormally high mean of daily maximum temperatures and exceptional dryness averaged over the period from May to October.

Puis les recommandations sous forme d'observations sous-entendant comment il faut procéder pour limiter les dégâts :
This development is exacerbated by factors such as the decades-long accumulation of flammable brush as a result of past practices, the production of dead wood caused by insects such as the bark beetle fostered by warmer winters and dry summers, and the growth in construction activity in areas close to or even in forests at risk from wildfire. 
Cette évolution est exacerbée par des facteurs tels que l'accumulation de broussailles inflammables pendant des décennies à la suite de pratiques passées, la production de bois mort causée par des insectes comme le scolyte, favorisée par des hivers plus chauds et des étés secs, et la croissance des activités de construction dans les zones proches des forêts ou même dans les forêts à risque de feux de friches.
Donc les recommendations sont :
  •  se débarrasser régulièrement des broussailles qui s'accumulent au fil des ans ;
  •  limiter (i.e. réglementer, pouah !) les constructions dans les zones à risque.
Pour ce qui concerne les insectes la solution est évidente, limiter le réchauffement de la planète ! (pourquoi personne n'y a pensé ?)

Mais ce qui touche la Californie se retrouve également dans d'autres régions du monde :
Recent studies have shown that it is not just California that has experienced an increase in the environmental conditions favouring wildfires. Similar developments can be seen in many parts of the world, including the European Mediterranean region or parts of Australia. Given the high exposed values in these areas, risk management needs to keep a close eye on these developments.
Des études récentes ont montré que la Californie n'est pas la seule à avoir connu une augmentation des conditions environnementales favorables aux feux de forêt. Des développements similaires peuvent être observés dans de nombreuses parties du monde, y compris dans la région méditerranéenne européenne ou dans certaines parties de l'Australie. Compte tenu des valeurs élevées d'exposition dans ces domaines, la gestion des risques doit suivre de près ces évolutions.
Mais ce n'est pas avec des « experts » du genre de Cédric Moro que « la gestion des risques [va] suivre de près ces évolutions » !


Swiss Re sees climate change link for hurricanes, drought & wildfire


Au tour des Suisses de donner leur avis.
In an interview with CNBC, the Chief Financial Officer (CFO) of global reinsurance giant Swiss Re, John Dacey, explained that the firm believes the series of catastrophe events that occurred in the second-half of 2017 are not a one-in-100 year event, but more a one-in-10 year event.
Dans une interview accordée à CNBC, le directeur financier (CFO) du géant mondial de la réassurance Swiss Re, John Dacey, a expliqué que l'entreprise estime que la série de catastrophes survenues au second semestre 2017 n'est pas un événement une fois tous les 100 ans, mais plutôt une fois en 10 ans.
Une précision ici : quand on parle d'un événement qui se produit une fois tous les 100 ans ou tous les 10 ans cela ne signifie pas que cet événement va se produire une fois tous les 100 ans ou tous les 10 ans, mais qu'il a soit 1% de chance ou 10% de chance de se produire chaque année ! Nous sommes ici dans le domaine des probabilités d'occurrence, et dans le cas présent la probabilité est passée, pour chaque année, de 1% il y a...un certain temps déjà (c'est comme le fut du canon) à 10% aujourd'hui ; quand ce sera 50% cela voudra dire qu'une année sur deux nous aurons (ou plutôt nos enfants auront) des chances de « profiter » de conditions spéciales que nos aïeux n'ont pu connaitre, les malheureux.

Ainsi après une douzaine d'années sans aucun ouragan majeur ayant touché terre aux Etats-Unis, l'année 2017 en a vu 3 qui se sont succédés : Harvey, Irma et Maria ; par ailleurs :
Various reports and findings from insurance and reinsurance industry participants have noted an increase in both the severity and frequency of natural catastrophe events across the world, a trend that some believe is going to intensify as a result of climate change and the subsequent warming of both the earth and oceans.
Divers rapports et conclusions des participants de l'industrie de l'assurance et de la réassurance ont fait état d'une augmentation de la gravité et de la fréquence des catastrophes naturelles dans le monde, une tendance qui, selon certains, va s'intensifier en raison des changements climatiques et du réchauffement de la terre et des océans qui en résultera.
Le CFO de Swiss Re ajoute que
One of the reasons why the expectation of future hurricanes is so high is that last year’s three hurricanes together – the $135 billion of losses – are a one in 10 year event not a one in a 100 year event. We see the possibility for a repetition of these kinds of losses in the foreseeable future.
L'une des raisons pour lesquelles les prévisions d'ouragans futurs sont si élevées, c'est que les trois ouragans de l'an dernier - les pertes de 135 milliards de dollars - représentent un ouragan sur 10 ans et non un ouragan sur 100 ans. Nous entrevoyons la possibilité d'une répétition de ce genre de pertes dans un avenir prévisible.
Etrangement (vraiment ?) le déni de certaines industries est mentionné, en opposition avec les conclusions des études menées par les réassureurs :
While the impacts of climate change remain heavily debated across many industries, it’s clear that Swiss Re feels the changing, warming climate is driving heavy drought conditions in some parts of the world and intense and devastating wildfires. At the same time, the reinsurer feels the occurrence of multiple, large storms, as seen in Q3 2017, is a more common occurrence than some believe.
Alors que les impacts du changement climatique font toujours l'objet d'un vif débat dans de nombreux secteurs industriels, il est clair que Swiss Re ressent le changement et le réchauffement climatiques qui entraînent de fortes sécheresses dans certaines régions du monde et des incendies de forêt intenses et dévastateurs. En même temps, le réassureur estime que les tempêtes multiples et importantes, comme on l'a vu au troisième trimestre de 2017, sont plus fréquentes que certains ne le croient.
On a vu de nombreux olibrius se moquer de Greta Thunberg qui soi-disant verrait le CO₂ à l'oeil nu (il n'en est évidemment rien, elle n'a jamais prétendu avoir un tel pouvoir) mais on a l'impression que ce sont en fait les assureurs qui y parviennent, à croire qu'ils ont développé un sens de l'observation qui fait cruellement défaut aux vieux débris incapables de visualiser quoi que ce soit qui excède l'horizon de temps de quelques semaines et qui soit situé au-delà de leur environnement immédiat (quelques kilomètres carrés tout au plus)


Climate change – will it trigger the next financial crisis?


Ici on nous parle d'une nouvelle crise financière qui pourrait être déclenchée par...le réchauffement climatique !
Context: Climate inaction risks $23 trillion of global economic losses a year, amounting to permanent economic damage four times greater than the impact of the 2008 financial crisis. What does financial leadership entail as we stand at the brink of climate calamity.
Contexte : L'inaction climatique risque de causer des pertes économiques mondiales de 23 billions de dollars par an, soit des dommages économiques permanents quatre fois plus importants que l'impact de la crise financière de 2008. Qu'est-ce que le leadership financier implique alors que nous nous trouvons au bord de la catastrophe climatique ?
Pour bien s'entendre sur le montant indiqué, 23 billions (en français) de dollars cela signifie non pas 23 milliards (comme en anglais) mais 23 000 milliards de dollars, soit 23 à la puissance 12 (i.e. 23 000 000 000 000), donc 4 fois l'impact de la crise financière de 2008 et cela chaque année ; voici la vidéo (visible également sur weforum) reprenant une discussion lors du recent World Economic Forum :

Nous apprenons ainsi que
investment is key and with concerted planning, a financial crash borne from climate change is not an inevitability - indeed, even tackling climate change can become an economic opportunity.
l'investissement est essentiel et, dans le cadre d'une planification concertée, un krach financier causé par le changement climatique n'est pas une fatalité - en effet, même la lutte contre le changement climatique peut devenir une opportunité économique.
Evidemment ne soyons pas naïfs, ce forum est là pour promouvoir avant tout le business, la seule chose intéressante à retenir étant que ces têtes pensantes à QI stratosphérique commencent à comprendre que l'inaction a un coût bien supérieur à celui qui émanerait d'investissements dans la lutte contre le changement climatique qui deviendrait donc une « opportunité » ! Cependant on peut douter que les investissements qu'ils proposent soient la véritable solution au problème causé par notre civilisation essentiellement basée sur le productivisme et la consommation à outrance, car comme l'a dit je ne sais plus qui ce n'est pas en combattant un problème avec les outils qui ont généré ce problème qu'on résoudra celui-ci.

Cela dit il ne faut pas non plus exiger l'impossible de la part de personnes qui ont été biberonnées au système capitaliste libéral en vigueur dans les pays dits développés, l'important est qu'une certaine sensibilisation prenne place et gagne sur les vieilles habitudes, mais cela demandera du temps avant que les choses ne changent vraiment et Greta Thunberg sera âgée et plusieurs fois grand-mère quand les carottes seront réellement cuites.


Massive wildlife tragedy as bears and foxes flee taiga, while smaller animals suffocate in smoke


Je ne peux pas m'empêcher de terminer ce billet avec l'actualité...brûlante des incendies de forêt en Russie.

Des moyens dérisoires pour lutter contre des incendies de la taille de la Belgique !
Vladimir Poutine a ordonné mercredi [31 juillet] à l’armée de prendre part aux combats contre les gigantesques feux de forêt qui ravagent depuis des semaines la Sibérie, détruisant des millions d’hectares et recouvrant des villes entières de fumée.
Les feux sont propagés cette année par des vents forts, affectant les régions voisines, a expliqué l’Agence fédérale des forêts - AFP (source lunion)
Provoqués par des orages secs et une chaleur « anormale » de 30 degrés Celsius qui s’est abattue sur ces régions, les feux sont propagés cette année par des vents forts, affectant les régions voisines, a expliqué l’Agence fédérale des forêts.
Il va y en avoir encore qui vont dire que ces incendies sont provoqués pas le manque de défrichage (ou de défrichement) comme en Californie...

« Heureusement » les zones concernées sont en majorité inhabitées, « malheureusement » c'est parce qu'elles sont inhabitées que les moyens pour lutter contre les incendies manquent, et la fumée, elle, ne reste pas sur place, elle voyage et asphyxie les populations de villes pourtant situées assez loin des zones concernées.

Ceux qui pensaient naïvement (ou bêtement) que la Sibérie allait devenir un nouvel eldorado « grâce » au réchauffement climatique vont devoir déchanter, cette région va devenir comme une Californie à la puissance dix, bon courage à ses habitants, du moins à ceux qui resteront.

dimanche 13 janvier 2019

Le pré-bilan climatique de 2018 selon Munich Re

Le rapport annuel du réassureur Munich Re n'est pas encore paru, celui de l'an dernier concernant 2017 avait été publié en mars, et déjà il était dit :
2017 was one of the most loss-affected years in the history of our Company. 
Oui, pour les compagnies d'assurance, dont Munich Re est l'un des principaux réassureurs (avec Swiss Re) l'année 2017 avait pu être considérée comme une annus horribilis, « l'une des plus couteuses jamais enregistrées », mais 2018 semble elle-aussi s'acheminer vers une bonne place sur le podium ; le 8 janvier dernier un communiqué de presse annonçait la couleur :
Extreme storms, wildfires and droughts cause heavy nat cat losses in 2018  
    • Eventful second half of the year contributes to high overall loss figure of US$ 160bn. 
    • Half of these losses were insured. Loss burden for insurers substantially higher than the long-term average. 
    • Notably, there are clear indications of the influence that man-made climate change has had on devastating wildfires in California, which, like last year, again caused billions in losses in 2018.
Donc les événements extrêmes sont clairement pointés du doigt, notamment les tempêtes, feux de forêts et sécheresses ; la seconde partie de l'année a essentiellement contribué au total de pertes de 160 milliards de dollars dont seulement la moitié étaient assurées, ce qui fait que les pertes subies et restant à charge des assurés ont été significativement plus hautes en 2017 que la tendance à long-terme ; enfin, l'influence du changement climatique causé par l'homme est reconnue dans la survenue des incendies dévastateurs en Californie à l'automne dernier.

L'événement le plus couteux ? L'incendie Camp Fire en Californie, avec plus de 16 milliards de dollars !

Evidemment certains événements comme les tremblements de terres et tsunamis (mentionnés en partie droite du tableau ci-dessus avec 3100 décès) ont peu de choses à voir avec le réchauffement de la planète, sauf qu'en matière de tsunamis ceux-ci se montreront encore plus dévastateurs dans le futur avec la montée des eaux, par conséquent il ne faut pas s'attendre à une diminution du coût en vies humaines (sans parler des dégâts matériels et financiers) étant donné les fortes densités de populations vivant le long des côtes (les Japonais sont tellement conscients du problèmes qu'ils en sont venus à construire des murs gigantesques très controversés…)

En tout cas les assureurs en viennent à se poser de sérieuses questions :
Given the greater frequency of unusual loss events and the possible links between them, insurers need to examine whether the events of 2018 were already on their models’ radar or whether they need to realign their risk management and underwriting strategies.
Compte tenu de la fréquence accrue des sinistres inhabituels et des liens possibles entre eux, les assureurs doivent déterminer si les événements de 2018 étaient déjà sur le radar de leurs modèles ou s’ils doivent réaligner leurs stratégies de gestion des risques et de souscription.
Les assureurs ne sont pas des philanthropes, ils sont là pour gagner de l'argent et en faire gagner à leurs actionnaires, ils ne font donc pas de politique et considèrent les faits sans tenir compte de la moindre idéologie, si ce n'est celle des profits qu'ils peuvent engranger…

S'ils pensaient que l'ampleur des événements extrêmes tels que les incendies en Californie ou les ouragans dans l'Atlantique nord ou le Pacifique ouest était seulement due à des causes naturelles rien ne les empêcherait de le dire et on ne voit donc pas pourquoi ils mentionneraient dans leurs rapports la plus que probable influence humaine dans les sinistres qui les amènent à mettre la main à la poche et à parfois casser la tirelire.

Ils ont même un spécialiste du climat et des géosciences qui s'exprime ainsi :
Our data shows that the losses from wildfires in California have risen dramatically in recent years. At the same time, we have experienced a significant increase in hot, dry summers, which has been a major factor in the formation of wildfires. Many scientists see a link between these developments and advancing climate change. This is compounded by man-made factors such as burgeoning settlements in areas close to forests at risk from wildfire. The casualties and losses are immense, and measures to prevent fires and damage are vital. Insurers also need to take account of the rising losses in their risk management and pricing.
Nos données montrent que les pertes dues aux incendies de forêt en Californie ont considérablement augmenté ces dernières années. Dans le même temps, nous avons assisté à une augmentation significative des étés chauds et secs, ce qui a été un facteur majeur dans la formation des incendies de forêt. De nombreux scientifiques voient un lien entre ces développements et les changements climatiques en progression. Cette situation est aggravée par des facteurs d'origine humaine, tels que les établissements en plein essor situés dans des zones proches des forêts menacées par des incendies de forêt. Les victimes humaines et les pertes matérielles sont immenses et les mesures visant à prévenir les incendies et les dégâts sont essentielles. Les assureurs doivent également tenir compte des pertes croissantes dans leur gestion des risques et leur tarification.
Ainsi l'assureur mentionne bien que l'un des facteurs entrainant des coûts élevés pour sa compagnie est notamment l'établissement de populations dans des zones à risques, mais le changement climatique provoqué par les activités humaines est la principale cause par exemple de l'« augmentation significative des étés chauds et secs », cette cause étant aggravée, amplifiée, par d'autres paramètres dont l'implantation dans les zones à risque n'est qu'un exemple (on pourrait également citer la gestion des forêts bien que celle-ci ne soit pas la responsable des principaux incendies de Californie contrairement à ce que Trump a affirmé)

Par ailleurs nous nous focalisons ici en Europe un peu trop sur ce qui se passe de notre côté, en incluant les Etats-Unis, pourtant :
Japan hit by an unusually high number of natural catastrophes
In 2018 Japan suffered at the hands of both weather-related disasters and geophysical natural catastrophes: A number of typhoons and two earthquakes caused billions in losses.
Le Japon touché par un nombre inhabituellement élevé de catastrophes naturelles
En 2018, le Japon a été touché tant par les catastrophes météorologiques que par les catastrophes naturelles géophysiques : un certain nombre de typhons et deux tremblements de terre ont causé des milliards de pertes.
Encore une fois, même si les tremblements de terre et les éventuels tsunamis qui les suivent ne sont pas causés par le réchauffement de la planète (même si cela peut être le cas dans certaines proportions…) la montée des eaux induite par celui-ci ne peut qu'amplifier les conséquences dommageables des vagues plus hautes que la normale, qu'elles soient d'ailleurs issues de tsunamis ou d'ondes de tempête lors de la survenance d'un typhon.

Mais rassurons-nous (sic) nos primes d'assurance devraient rester dans les limites du raisonnable, car comme nous l'apprend un récent article des Echos daté du 3 janvier :
Malgré le poids des catastrophes en 2018, les conditions tarifaires pour les programmes de réassurance sont restées stables lors des renouvellement de contrats du 1er janvier.

Vous voyez bien que tout n'est pas si catastrophiste que cela !


vendredi 17 juin 2016

L'assurance du changement climatique

S'il y a bien quelque chose qui motive une société commerciale ou industrielle, c'est bien l'espoir d'un profit, ou retour sur investissement comme on appelle classiquement la juste récompense d'un effort consenti à un moment donné.

En la matière les entreprises dédiées aux énergies fossiles en font la preuve continuelle et pour contrer ceux qui voudraient réduire leurs marges et dividendes (et hauts salaires) à venir elles n'hésitent pas à nier qu'un réchauffement climatique existe ou que ce réchauffement soit néfaste pour l'humanité.

Cependant il existe une corporation, elle aussi intéressée au premier chef par l'argent (qu'elle peut engranger et redistribuer à qui de droit), mais qui ne parait pas suivre le même chemin, ou la même logique, que ceux qui prêchent pour davantage de production/extraction de combustible afin d'alimenter notre machine consumériste : il s'agit des assureurs.

Vu dans le magazine Challenges du 16 au 22 juin (n°482) un article intitulé Les assureurs craignent d'être un jour débordés, avec en sous-titre : La succession de désastres climatiques peut menacer le régime de catastrophe naturelle.

Si les assureurs commencent à s'inquiéter sérieusement de la possibilité de perdre de l'argent à cause de catastrophes naturelles allant en augmentant, ce qui au passage est en contradiction avec ce que les climatosceptiques prétendent, alors je pense qu'il faut peut-être faire attention à ce qu'ils disent, car cela va de toute façon nous impacter quand nous devrons payer notre cotisation et constaterons que la part catastrophes naturelles a subi une hausse significative.

Nous pourrons toujours contester cette hausse de cotisation et certains ne manqueront pas de le faire en arguant que les assureurs nous prennent pour des poires et se "servent" du réchauffement climatique comme d'une sorte d'alibi pour augmenter leurs tarifs ; il sera cependant assez facile de vérifier dans leurs comptes ce qu'il en est réellement et notamment si leurs profits et distributions de dividendes ont augmenté, diminué ou sont restés stables.

Selon l'article de Challenge cité plus haut :
  • Le montant des dégâts liés aux aléas naturels va doubler d'ici à 2040 par rapport à la période 1988-2013, selon l'Association française de l'assurance.
J'ai retrouvé cette étude de l'Association française de l'assurance intitulée Risques climatiques : quel impact sur l'assurance contre les aléas naturels à l'horizon 2040 ?

Après une préface de Jean Jouzel qui ne manquera pas d'attirer les sarcasmes des climatosceptiques, l'introduction nous informe que :
  • Les assureurs, forts d’un historique chiffré en matière d’indemnisation des dommages causés par les aléas naturels survenus sur le territoire français métropolitain, ont tenté de répondre à travers l’étude « Changement climatique et assurance » à la question suivante :
    Peut-on chiffrer l’impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2040 ?
Evidemment l'étude ne concerne que le territoire métropolitain français, excluant donc l'Outre-mer. Cependant, même si cette étude est limitée dans l'espace et ne concerne qu'une période d'une cinquantaine d'année (de 1988 à 2039) qui peut être considérée comme relativement courte pour juger de l'évolution d'événements extrêmes entrainant des dommages aux biens et aux personnes, on peut toutefois estimer qu'il s'agit d'un indicateur utile que l'on peut parfaitement prendre en compte.

Un bémol cependant à souligner : les indemnisations des assureurs ne représentent pas vraiment la réalité des événements extrêmes pouvant survenir sur la planète Terre ; un grand nombre d'ouragans ou autres calamités se produisent dans des zones peu ou pas peuplées, donc sans provoquer de dommages significatifs qui ne seront donc pas reportés par les statistiques des assureurs, par conséquent ces statistiques sont toujours à prendre avec des pincettes pour ce motif, par contre, concernant un territoire limité comme la France métropolitaine, qui présente très peu de zones inhabitées, il est évident qu'un événement extrême aura de manière quasi systématique une répercussion représentative sur les statistiques des assureurs.

Un premier graphique nous informe sur les indemnisations versées entre 1988 en 2014 :



 Il est bien sûr dommage de ne pas avoir des données bien plus anciennes, remontant par exemple au milieu de la décennie 1970 puisque c'est à partir de cette époque que l'on date le véritable décollage du réchauffement climatique actuel (après une "pause" ayant eu lieu dans les années 1950-1960, voir ici) ; on peut cependant noter que les indemnités versées n'ont pas vraiment tendance à décroitre...

Assez ironiquement on peut remarquer ce passage bizarre dans les projections pour les années futures "à l'horizon 2040" :
  • Aléa climatique naturel
    •  Au cours des 25 dernières années, la France a subi des événements naturels significatifs dont la période de retour est supérieure à 25 ans. À l’inverse, nous n’avons pas subi ces 25 dernières années d’événement de ce type qui pourrait très bien survenir dans les 25 prochaines années (inondation majeure de la Seine ou de la Loire par exemple)
Comme on a pu récemment le constater, cette prédiction faite fin 2015 s'est réalisée bien plus tôt que prévu ! (on peut néanmoins s'interroger sur la formulation contradictoire : au cours des 25 dernières années est-que la France a subi, ou non, des événements naturels significatifs...?)
 
Suivent plusieurs analyses "par périls" :
  • Sécheresse
    • je me sens d'autant plus concerné par ce point que mon habitation se trouve en terrain argileux vulnérable au phénomène de subsidence !
  • Inondations
    • pour les récentes inondations de mai-juin le coût avoisinerait 1 milliard d'euros (pour seulement quelques jours de pluies...) sans que l'on puisse en attribuer la totalité au seul réchauffement climatique (voir ci-dessus le point sur les aléas naturels) ; d'ailleurs l'impact "changement climatique" dans les inondations est jugé faible par les assureurs (seulement 1 milliard d'euros sur un total de 34) 
  • Submersion marine
    • dans ce cas l'impact "changement climatique" est de 25% de la hausse des indemnisations.
  • Tempête
    • je suis heureusement relativement peu concerné par ce risque ! A noter que les assureurs ne s'engagent pas sur ce point, car ils notent "une grande incertitude scientifique autour des effets du changement climatique sur ce péril" ; mais grande incertitude ne signifie aucunement qu'il n'y a pas de lien...
 La conclusion de l'étude est intéressante et nous apprend ce qui suit :
  • C'est l'enrichissement global du pays (densité et valeur moyenne des logements, des entreprises, des biens des collectivités territoriales) qui constitue la majeure partie de l'augmentation des indemnisations pour les 26 ans à venir par rapport à la période 1988-2014 : 43% à 19 milliards d'euros
  • C'est ensuite le changement climatique qui constitue le deuxième facteur d'augmentation : 30% à 13 milliards d'euros
  • Ce changement climatique serait surtout présent sur le péril sécheresse, à 8 milliards d'euros
  • La submersion marine serait le deuxième péril lié au changement climatique, à 4 milliards d'euros
 
Jacques Duran, sur son site Pensée unique, se contente de mentionner des statistiques émanant de l'assureur AON, mais le graphique qu'il montre ne couvre que la période 2004-2014 et ne dit rien sur les prédictions de cet assureur sur les risques futurs.
 
Personnellement, à choisir des informations en provenance d'un assureur Lambda, je préfère à tout prendre regarder ce que dit un réassureur, c'est à dire un assureur d'assureur, en l'occurrence l'allemand Munich RE ou le suisse Swiss RE.
 
Ainsi Munich RE nous informe qu'il n'est en rien climatosceptique, le discours est en totale opposition par rapport à ce que nous pourrions lire chez, par exemple, un pétrolier !
  • How will climate change alter the landscape of natural hazards and risks over the long term?
  • In order to develop scientific scenarios showing the long-term impacts from climate change, the potential paths for the development of greenhouse gas concentrations in the atmosphere need to be fed into the climate models. In this context, the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) – published in 2013 and 2014 – defines the Representative Concentration Pathways (RCP), which also indicate the extent to which radiated energy per area and time (radiative forcing) will have increased due to anthropogenic factors by the end of the 21st century compared to the pre-industrial period. 
 Où l'on voit clairement que chez un assureur les modèles climatiques ou les rapports du GIEC ne sont pas considérés comme des "objets" inutiles !
 
 Chez Swiss RE on est également sur la même ligne éditoriale :
  • Re/insurance plays an important role in managing climate and natural disaster risk, and that's why it's part of Swiss Re's core business.
  • According to the latest sigma study "Natural catastrophes and man-made disasters" there were 353 catastrophe events across the world in 2015, up from 339 in 2014. Of those, 198 were natural catastrophes, the highest ever recorded in one year, and up from 191 in 2014.
    • d'après Jacques Duran "il n'y [aurait] aucune tendance à l'augmentation du nombre des calamités à l'échelle du globe" (sans commentaire...)
  • This high number of occurrences can be contributed to the fact that cities are becoming larger, attracting more people and sparking infrastructure growth, and climate change. When a natural disaster strikes, the dense population and asset concentration leads to losses. These losses can severely impact not only a country's economy, but the people who live there as well.
  • Despite a harsh winter season in the US, overall 2015 was the hottest year since 1850.Exceptionally high temperatures and lack of rainfall caused drought and wildfires in many regions. In Europe, summer temperatures remained above 30°C for long stretches. Countries in Eastern Europe were particularly hard hit with drought conditions lingering through to the end of the year. The US experienced its worst year for wildfires since 1960 because of the heat and dry conditions. Heatwaves claimed a number of lives all over the world.
    • pourtant Jacques Duran nous affirme sérieusement que "le bilan des pertes humaines n'est pas en hausse mais en baisse." (sans commentaire...)
  • Et comparons le graphique issu du Sigma report de Swiss RE avec celui de Jacques Duran :
    • Swiss RE
 
    •  Jacques Duran (issu du seul rapport du groupe AON
 
 
 Comment dire...?

D'un côté nous avons un graphique émanant d'un réassureur, couvrant une période de 45 ans (de 1970 à 2015) ; de l'autre nous avons un graphique issu d'un "simple" assureur, couvrant une période de 10 ans (de 2004 à 2014)

Manifestement ces deux graphiques ne sont pas comparables, la question qui tue est celle-ci : à qui doit-on le plus faire confiance ?

Je laisse à chacun le soin de répondre à cette question en son âme et conscience.


*****

Addendum

Au temps pour moi, après relecture attentive et supplément de documentation je me suis aperçu que AON Benfield, sité par Jacques Duran, est en fait un courtier en réassurance, alors que je pensais qu'il s'agissais d'une compagnie d'assurance.

Cela ne change finalement pas grand chose car si les données fournies par ce courtier et reprises par Jacques Duran sont bien correctes, il n'en reste pas moins que quand on lit l'impact forecasting de ce même groupe on s'aperçoit qu'ils utilisent, les malheureux, des modèles afin de prévoir les évènements extrêmes futurs !
  • About Impact forecasting
    • Impact Forecasting LLC is a catastrophe model development center of excellence within Aon Benfield whose seismologists, meteorologists, hydrologists, engineers, mathematicians, GIS experts, finance, risk management and insurance professionals analyze the financial implications of natural and man-made catastrophes around the world. Impact Forecasting’s experts develop software tools and models that help clients understand underlying risks from hurricanes, tornadoes, earthquakes, floods, wildfires and terrorist attacks on property, casualty and crop insurers and reinsurers.
Par contre j'imagine qu'il faut être client d'AON Benfield pour avoir connaissance des résultats fournis par les modèles en question, ce qui arrange bien Jacques Duran car il n'a pas besoin d'en parler sur son site ; et il ne faut pas non plus compter sur lui pour évoquer l'étude de l'Association française de l'assurance mentionnée plus haut...


 

samedi 3 novembre 2018

Réalisme climatique où es-tu ?

Personnellement je ne suis ni réaliste ni irréaliste sur tout ce qui touche au climat, et je laisse aux prétentieux prétendus « réalistes » le soin d'usurper un mot dont ils font en général un très mauvais usage.

Car qu'est-ce que la réalité quand elle est appréciée d'un point de vue tout personnel entaché le plus souvent d'idéologies diverses ?

Ainsi quand on se tourne vers l'été que nous venons de passer, que peut nous enseigner le réalisme, le vrai, celui qui se considère de la façon la plus objective possible ?

Et les Anglais seraient-ils plus objectifs et donc plus réalistes que les Français ?

Ce 2 novembre le site edition.cnn nous donne l'avis du Met Office britannique par la voix de son porte-parole, un certain Grahame Madge, qui dit ceci :
However you measure weather and climate statistics, you are beginning to see trends that underline the trend of average global warming,. You can see a fingerprint of climate change within these figures.
Quelle que soit votre mesure des statistiques météorologiques et climatiques, vous commencez à voir des tendances qui soulignent la tendance au réchauffement planétaire moyen. Vous pouvez voir une empreinte digitale du changement climatique dans ces chiffres.
Fichtre ! au pays de Sherlock Holmes le gars nous parle carrément d'« empreinte digitale » laissée par le changement climatique, nous sommes en plein au cœur d'une quasi enquête policière !

Rappelons quand même, à l'attention des oublieux en tout genre, que dès début août de cette année on pouvait dresser cette carte assez significative :

Source edition.cnn

Pas mal, hein, pour seulement une paire de mois !

Et depuis il y a eu d'autres événements marquants comme par exemple le medicane Zorba qui a touché la Grèce fin septembre et l'ouragan Michael qui a ravagé une grande partie de la Floride début octobre, pour ne citer que ces deux-là ; bref une saison 2018 bien remplie et je suis curieux de voir le prochain rapport du réassureur Munich Ré sur les événements extrêmes de 2018, cela risque d'être passionnant…

Carte du monde de l’Indice mondial des risques climatiques 1996–2015 Source: Germanwatch et Munich RE NatCatSERVICE

Mais tout cela ne doit pas être très réaliste, non ?

Ce ne doit pas être réaliste quand un service météo vous dit que « nous sommes en train de vivre des extrêmes climatiques » en vous montrant fin juillet cette carte :

Approaching a UK record (Photo: Met Office) 

Il est vrai que ces températures sont tout à fait normales en juillet dans ce pays tropical où les Français ont l'habitude d'aller se dorer sur les plages paradisiaques.

Des Français comme Frédéric Decker, le présentateur météo « réaliste » récemment embauché par Skyfall pour apporter un semblant de vernis pragmatique à un site qui en aurait bien besoin, malheureusement on peut penser que le remède dans le cas présent est bien pire que le mal.

Dans Où en est le réchauffement climatique ? notre expert en réalité augmentée nous dit ceci :
Le réchauffement climatique est un fait. Impossible de le nier.
Mince alors ! Voilà un réaliste qui se permet de douter du non réchauffement de la planète tant prôné par ses petits camarades, certains comme Benoit Rittaud allant parfois jusqu'à dire que nous allons vite assister à une chute brutale des températures et qu'en 2030 nous serons revenus aux niveaux de l'ère préindustrielle (c'était en janvier 2010, depuis il s'est un peu calmé…)

Mais notre caution réaliste laisse rapidement parler les chevaux et il nous assène un peu plus loin :
Il n'empêche, soyons réalistes : ces presque 40 dernières années sont très probablement la période la plus chaude depuis la fin de l'Optimum Médiéval, depuis environ l'an 1.300. Nous vivons donc une période exceptionnelle de l'histoire récente. Mais un peu plus loin en arrière, il a fait plus chaud : selon les paléontologues ayant étudier la sédimentation, l'âge de bronze était 2 à 3°C plus chaud qu'aujourd'hui. Ce qui correspond aux quelques écrits de l'époque retrouvés, relatant la disparition totale des glaciers alpins... et scandinaves ! La chute de l'Age de Bronze serait d'ailleurs en partie due à une brutale chute des températures, accompagnée de sécheresses récurrentes. Et il a sans doute fait encore plus chaud plus loin en arrière, avec une planète Terre presque entièrement tropicale... du temps des dinosaures. Ca ne nous rajeunit pas !
Oui, soyons réalistes, il est vrai que du temps des dinosaures nos aïeux se faisaient tout petits et mettaient la clim à fond pour supporter les températures extrêmes qui sont venues à bout des grands sauriens (sait rien ?)

Evidemment monsieur Decker se garde bien de donner la moindre référence pouvant étayer la « réalité » de cette température de l'âge du bronze qui aurait été supérieure de 2 à 3°C à ce que nous connaissons aujourd'hui, rien que ça !

L'âge du bronze (et non l'âge de bronze, et pas la peine de mettre une majuscule ni à âge ni à bronze) c'est la période de 2000 ans qui s'étend de -3000 à -1000, donc on peut repérer cette époque sur les deux cartes suivantes tirées de Wikipédia :

Température globale moyenne au cours des 540 derniers millions d'années.
Températures reconstituées depuis la fin de la dernière période glaciaire ( - 12 000 ans)

On a beau écarquiller les yeux mais on ne voit pas comment durant l'âge du bronze la température aurait pu être supérieure à l'actuelle de 2 à 3°C ; le deuxième graphique s'arrête à 2004 et depuis la température n'a pas cessé d'augmenter, or déjà en 2004 nous étions apparemment bien au-dessus de la moyenne des courbes diverses reconstituant le passé des 12000 dernières années.

Au contraire, durant l'âge du bronze nous étions déjà dans la phase descendante des températures, le maximum de l'holocène se situant aux environs de 8000 BP (BP = before present, avant 1950 pour être précis) comme déjà mentionné dans mon billet Anthony Watts prend (encore et encore) ses lecteurs pour des idiots .

Un autre site nous présente un graphique tout aussi intéressant, même s'il ne représente que les températures de la surface du Groënland (le site est Danois) :

Température (en rouge) et insolation Milankovitch (en vert) durant l'Holocène.
Pourtant ce site lui-aussi est « réaliste » puisqu'il proclame en conclusion :
The enormous popular support for the theory of anthropogenic CO2 emissions as the cause of climate change is by all accounts due to that the theory is in tune with our Judeo-Christian culture's idea that we are all sinners. Furthermore, the accusation against the industrial companies, that they are the main culprits of emissions, suits well with the feminist's attack against the white men.
L'énorme soutien populaire à la théorie des émissions anthropiques de CO2 en tant que cause du changement climatique est, à tous points de vue, dû au fait que cette théorie est en accord avec l'idée de notre culture judéo-chrétienne selon laquelle nous sommes tous des pécheurs. De plus, l'accusation portée contre les entreprises industrielles, qui sont les principales responsables d'émissions, va bien avec l'attaque des féministes contre les hommes blancs.
Nous voyons ainsi que Frédéric Decker a un sérieux concurrent en matière de « réalisme » !


J'attends donc fébrilement une information de la part d'un de mes lecteurs (BenHague, au hasard) afin de m'éclairer sur cet « optimum agedubronzesque » qui semble pour l'instant tout droit sorti de l'imagination débridée du « réaliste » Frédéric Decker.

J'ai comme l'impression que je vais attendre longtemps…


lundi 6 février 2017

Bêtise et désinformation sur Skyfall, comme d'habitude...

Nous savons tous depuis longtemps déjà que les auteurs d'articles sur Skyfall prennent leurs lecteurs pour des imbéciles, et que leurs lecteurs assidus font en sorte de ne pas les démentir, nous en avons encore un exemple avec le dernier bulletin des climato-irréalistes mêlant allègrement bêtise et désinformation en quelques mots seulement agrégés dans le même sujet intitulé DES ÉVÉNEMENTS NATURELS EXTRÊMES… AUX PARTICULES FINES :
  • Selon le rapport quadriennal de l’Agence européenne de l’environnement (AEE), les événements climatiques extrêmes ont coûté 400 milliards d’euros à l’Europe (33 pays) entre 1980 et 2013 et seraient en forte augmentation. Selon ce rapport, note Libération, «Les vagues de chaleur ont causé des dizaines de milliers de morts prématurées en Europe, depuis 2000« . Comparons les dizaines de milliers de morts prématurées en Europe relevées par Libération au bilan des été étés caniculaires du XVIIIe siècle établi par l’historien du climat Emmanuel Le Roy Ladurie : 500 000 morts lors de l’été 1705, 700 000 lors des étés 1718-1719, avec l’apparition de nuées de sauterelles et une forme de climat saharien sur l’Ile-de-France. Y a-t-il vraiment du nouveau sous le soleil ?…
    Les sociétés d’assurance, elles, ne confondent pas conséquences d’un réchauffement climatique putatif et augmentation de l’exposition aux risques : on relève ainsi dans le dernier rapport de la société d’Assurance AON que le nombre d’évènements extrêmes (tremblements de terre inclus) est resté remarquablement stable sur la période 2000-2016.
    Selon AirParif, entre 2000 et 2012 les émissions d’oxydes d’azote en Île-de-France ont baissé de plus de 44 %, celles de particules fines (PM10) de 48 %. Comment donc expliquer ces 48 000 morts prématurées par an en France, victimes de la pollution, qui ont amené la maire de Paris à fermer les voies sur berge malgré l’avis défavorable de la commission d’enquête publique ?
     

Bêtise

Comparer la situation actuelle relevée par Libération avec celle prévalant au début du 18ème siècle se passerait presque de commentaire.

Libération se réfère à une étude récente de l'Agence Européenne de l'Environnement qui nous dit notamment :
  • The observed changes in climate are already having wide-ranging impacts on ecosystems, economic sectors and human health and well-being in Europe. Recent studies show that various observed changes in the environment and society, such as changes in forest species, the establishment of invasive alien species and disease outbreaks, have been caused or enhanced by global climate change.
  • Ecosystems and protected areas are under pressure from climate change and other stressors, such as land use change. The observed impacts of climate change are a threat to biodiversity in Europe, but they also affect forestry, fishery, agriculture and human health. In response to climate change, many land-based animal and plant species are changing their life cycles and are migrating northwards and to higher altitudes; regional extinctions have been observed; various invasive alien species have established themselves or have expanded their range; and various marine species, including commercially important fish stocks, are migrating northwards.
Et que trouve de mieux notre ami Usbek pour réfuter les conclusions de cette étude ?
  • [le] bilan des été étés caniculaires du XVIIIe siècle établi par l’historien du climat Emmanuel Le Roy Ladurie : 500 000 morts lors de l’été 1705, 700 000 lors des étés 1718-1719, avec l’apparition de nuées de sauterelles et une forme de climat saharien sur l’Ile-de-France. Y a-t-il vraiment du nouveau sous le soleil ?
On dit bien que « comparaison n'est pas raison » et comparer sur le plan sanitaire le début du 18ème siècle avec le début du 21ème est d'une stupidité sans borne, mais les bornes sont faites pour être franchies et Usbek ne s'en prive pas.

Cependant attardons-nous un instant sur ce que dit Le Roy Ladurie dans son livre Histoire humaine et comparée du climat consacré au  18ème siècle :
  • pour 1705, page 505 : L'année 1705, prise en bloc, demeure calorifiquement moyenne [...]  On enregistre quand même deux énormes vagues de chaleur [...] Sécheresse de « JJA » (juin, juillet, août) autour d'Angers, ainsi qu'en Bordelais : on boit l'eau des rivières, polluée ; risques de dysenterie. [...] page 506 : A l'échelle française on compte « seulement »(!) 414 000 morts supplémentaires en trois ans (1705,1706 et 1707) [...] La dysenterie est responsable d'une grosse partie d'entre elles.
  • pour 1718-1719, pages 522-523 : 
    • 1718 : été très bon et chaud ; année abondante en toutes choses ; blé à 8 livres (vendanges au 10 septembre) ; 
    • 1719 : point d'hiver, gelée viticole d'avril, mais temps chaud et sec en général et ainsi de suite jusqu'en tout l'août, bonne récolte, très peu de menu grain, mais du blé en quantité ; blé à 9 livres [l'année 1719 a été effectivement chaude, avec une vendange dijonnaise au 11 septembre, au 28 août à Volnay, au 31 août à Beaune]
Quand on sait qu'en 2003, lors de la canicule exceptionnelle que nous avons tous en mémoire, des vendanges ont pu être avancées au 15 août, cela relativise fortement les dates concernant l'année 1719...

Et que dire des «  500 000 morts lors de l’été 1705 » qui se transforment en « 414 000 morts supplémentaires en trois ans (1705,1706 et 1707) » sous la plume de Le Roy Ladurie ? Sans parler du fait que ces morts ont été essentiellement dues à la dysenterie !


Désinformation

Et on se pince à plusieurs reprises quand Usbek nous cite le rapport de la société d'assurances AON :
  • [...] on relève ainsi dans le dernier rapport de la société d’Assurance AON que le nombre d’évènements extrêmes (tremblements de terre inclus) est resté remarquablement stable sur la période 2000-2016.
Pourtant il suffit, à l'aide d'un simple clic de souris, d'aller voir ce fameux rapport qui nous dit en substance :
  • Global Catastrophe Losses Rise to Highest Levels Seen in Four Years - Global natural disasters in 2016 combined to cause economic losses of USD210 billion, an amount 21 percent above the 16-year average of USD174 billion. The losses were an even more robust 59 percent higher on a median basis (USD132 billion). The economic losses were attributed to 315 separate events, compared to an average of 271. The disasters caused insured losses of USD54 billion, or seven percent above the 16-year mean of USD50 billion and 37 percent higher than the median (USD39 billion). This is the highest insured loss total since 2012, and put an end to a four-year downward trend since the record year in 2011. Notable events during the year included major earthquakes in Japan; Hurricane Matthew in the United States and Caribbean; catastrophic summer flooding in China, Europe, and the United States; several extensive severe weather outbreaks in the United States; major wildfires in Canada and the United States; and drought across parts of Southeast Asia and Africa. The top three perils—flooding, earthquake and severe weather—combined for 70 percent of all economic losses in 2016. While at least 72 percent of catastrophe losses occurred outside of the United States, it still accounted for 56 percent of global insured losses. This highlights the continued protection gap in many areas around the world
Bref exactement le contraire que ce que l'on peut lire sur Skyfall !

Regardons par exemple ce tableau des différents périls :


Par rapport à une moyenne sur 10 ans l'année 2016 a généré davantage de pertes économiques sur les périls suivants (sans compter les tremblements de terre) :
  • météo extrême
  • inondations
  • incendies
  • sécheresses
Seuls deux périls sont en diminution :
  • cyclones tropicaux
  • météo hivernale !
Pour la météo hivernale on s'en serait douté, le réchauffement climatique étant plus marqué en hiver qu'en été !

Enfin nous apprenons avec La Voix du Nord, que « Les catastrophes naturelles ont provoqué en 2016 nettement plus de dégâts que lors des trois années précédentes, tout en faisant beaucoup moins de morts, selon une étude publiée mercredi par le réassureur allemand Munich Re. »

Là non plus pas de surprise, ce n'est pas parce qu'il y a davantage d'événement extrêmes qu'il y a forcément davantage de morts, nous faisons notamment de gros progrès dans la prévention des risques, cela s'appelle l'« adaptation » et il va falloir nous y habituer !