mardi 16 août 2016

Dans la peau de Teddy Winer

Oui je sais, winner s'écrit avec deux n, mais Riner n'en prend qu'un seul (à défaut de prendre un  ippon)  donc j'ai raison.

Quelque temps après la victoire du français j'ai voulu décortiquer ses trois derniers combats avec mes modestes moyens, en me servant des images de France Télévision.

Contre Rafael Silva le brésilien

Bataille de kumikata (classique) avec un waza-ari marqué par Riner et victoire au final par équivalent ippon (pénalités du brésilien valant deuzième waza-ari)

Le waza-ari est amené grâce au kumikata spécial de Riner : main droite au col (invisible sur la photo ci-après) qui met une grosse pression sur le haut du corps en obligeant l'adversaire à se pencher ; main gauche ensuite (elle tenait la manche droite juste avant) à la ceinture au milieu du dos de l'adversaire, tirant à l'horizontale de manière à plaquer celui-ci sur soi ; départ en sutemi dans une sorte d'uki-waza mâtiné de yoko-guruma de yoko-otoshi et/ou de sumi-gaeshi sans être ni l'une ni l'autre de ces techniques (Riner appelle ce mouvement pourri-waza...).


La jambe gauche est en barrage, la droite elle pousse à l'intérieur de la cuisse gauche de l'adversaire ; la main gauche accentue la traction vers le bas.


Mais ce mouvement peut rater, par exemple peu de temps après Riner remet ça mais...



Cette fois-ci Riner a pris la ceinture de son adversaire avec ses deux mains, la droite comme s'il s’agissait d'un sumi-gaeshi (son bras droit passe au-dessus de l'épaule droite, il a la tête du brésilien sous son aisselle droite) ; dans ce genre de configuration en principe on lance la jambe gauche entre les jambes de l'adversaire et le pied droit vient s'appuyer sur l'intérieur de la cuisse gauche, puis on part en sutemi "sur le dos" et non latéral ; là Riner tente le même mouvement que précédemment mais donc avec une garde légèrement modifiée, la cause peut-être de ce qui s'ensuit...


Il se retrouve sur le dos avec le brésilien au-dessus de lui !


Mais heureusement que 1) le brésilien ne semble pas très bon en ne-waza et que 2) Riner en a vu d'autres et sait se sortir de ce genre de situation, mais ce n'est pas passé loin de la correction !

Finalement le brésilien se couche (i.e. se met à plat ventre dans ce cas) sur une action de Riner :


Ce qui lui vaut une pénalité supplémentaire qui, additionnée aux précédentes et au waza-ari, donne la victoire au français.

Contre Or Sasson l’israélien

Peut-être le combat où Teddy Riner aurait pu se prendre sinon un ippon du moins un avantage (contre lui) tellement cet israélien s'est montré dangereux, le combat étant gagné dans l'ultime seconde !

Dès le début Riner tente un timide O-uchi-gari facilement esquivé par Sasson :


Ensuite c'est l'habituelle bataille de kumikata jusqu'à ce que l'israélien, sans complexe, essaie un sode-tsuri-komi-goshi  qui mettra plus tard Riner en (apparente) difficulté :


On voit la prise main gauche "inversée" de l'israélien sur la manche droite de Riner, signe avant-coureur du sode-tsuri-komi-goshi, mais ce que l'israélien fait certainement à la perfection sur d'autres partenaires ne marche pas vraiment sur Riner...


...qui fait aisément lâcher prise (pas facile à mon avis de "bouger" le bras de Riner !)

Et immédiatement, dans la seconde qui suit, dès que Sasson fait mine de se relever, l'ogre Riner lance uchi-mata :



Mais l'israélien lui aussi sait esquiver !

Et puis après une longue bataille de kumikata, avec avertissement à Sasson pour non combativité, le quasi-inimaginable survient, qui aurait pu mettre un terme aux espoirs de Riner :


Sasson, toujours tenant la manche droite de Riner en prise inversée avec sa main gauche, comme pour effectuer un sode-tsuri-komi-goshi, se lance dans une espèce d'ippon seoi-nage ou de morote-seoi-nage (tout dépend s'il tient le judogi de Riner à une ou deux mains)


Mais à mon avis il s'est positionné trop bas (pourtant on dit bien qu'il faut être "le plus bas possible", mais il y a des exceptions) ce qui permet à Riner de lui passer la jambe droite au-dessus de l'épaule (peut-être était-ce involontaire et machinal, ou peut-être a-t-il voulu tenter un enchainement au sol avec juji-gatame sur le bras gauche de Sasson)


Toujours est-il que dans cette position il était impossible à l'israélien de renverser Riner, il aurait éventuellement pu le faire s'il s'était relevé plus tôt sur ses jambes, mais plus facile à dire qu'à faire !


Au final je pense quand même que Riner s'est fait une petite frayeur sur cet épisode.

Peu après Riner tente son mouvement fétiche, sans succés :


L'israélien est vraiment trop bas et trop en retrait par rapport à Riner qui n'a pas réussi à passer dessous et à le coller à lui.


En défense il suffit à l'israélien de tendre ses jambes pour augmenter le bras de levier et rendre tout retournement impossible, même pour Teddy Riner (à noter le commentaire de la consultante qui croit à tort que Riner a tenté sumi-gaeshi)

S'ensuit un long moment sans véritable attaque, hormis un doigt involontaire de l'israélien dans l’œil de Riner et une pénalité pour Riner (mais oui) pour sortie du tapis, puis une tentative avortée de Sasson avec le mouvement ayant mis en difficulté Riner, cette fois-ci sans aucune conséquence, Riner esquivant sur le côté pour éviter la faute précédente :


Et trois secondes avant la fin du combat...










On reconnait bien la position de départ : main gauche à la ceinture, pied droit entre les jambes de l'adversaire, jambe gauche tendue en barrage.


Teddy s'assoit le plus près possible de Sasson en tirant de toutes ses forces avec sa main gauche (la main droite très certainement en pression sur le haut du corps de l'israélien)



Le pied droit pousse l'intérieur de la cuisse gauche de Sasson et, pour amplifier le mouvement ascendant, le pied gauche vient en renfort, de la position "en barrage" il passe à l'intérieur et vient pousser lui aussi vers le haut en s'occupant de la cuisse droite.






Toujours en tirant comme un malade avec sa main gauche qui tient la ceinture, Riner fait basculer Sasson sur le côté pour mettre la touche finale :



Waza-ari et le match est gagné sur le fil !

Sans ce mouvement il aurait fallu aller aux prolongations avec la "mort subite" ou golden score.

Contre Hisayoshi Harasawa le japonais

Riner était prévenu, c'était en décembre 2015 :
  • « Il n'y a que le Japon qui peut aller chercher Teddy Riner, lance, bravache, Harasawa. J'espère bien être celui qui va le détrôner. Riner est très impressionnant au niveau physique, mais aussi au niveau technique. C'est sur ces deux points que je dois avoir un plan pour ne pas laisser la puissance et les prises de Riner me toucher. »
Mais le jeune japonais un peu présomptueux se couche dès la huitième seconde !


Ce qui lui vaudra une pénalité, on ne pouvait pas mieux commencer.

Et près d'une minute plus tard, après une bataille épique de kumikata sans résultat probant (sauf que le japonais se fait un peu balader), il en remet une couche (c'est le cas de le dire)


Et une deuxième pénalité au compteur du japonais.

Puis une tentative d'o-guruma ou haraï-goshi (plus le premier que le second à mon avis) de Riner, qui avorte (la tentative, pas Riner) sur la défense solide du japonais :


Ensuite une nouvelle tentative de pourri-waza (comme Riner appelle son mouvement fétiche) qui échoue elle-aussi :


Toujours la même position déjà vue avec les deux adversaires précédents.


Mais le japonais reste stable au-dessus de Riner.

Puis toujours la même lutte pour le kumikata, un peu lassante pour les non spécialistes qui se demandent ce que les deux combattants fabriquent (il faut avoir pratiqué le judo pour comprendre...), et à 30 secondes de la fin, alors que Riner vient de se prendre une pénalité pour non combativité, le japonais saisit la ceinture par devant avec la main gauche :


Sanctionné par l'arbitre, mettant le score à 3 pénalités pour le japonais contre une seule pour le français, mais pénalité retirée dans la foulée (certainement les deux juges de touche n'étaient pas d'accord avec l'arbitre, on n'a pas bien vu dans la vidéo) donc toujours 2 pénalités contre une.

Un mouvement effleuré (toujours le même, raté dès le départ) et beaucoup de coups de pattes plus tard (les joies du kumikata) et c'est la victoire, avec le respect de Teddy Riner pour son adversaire malheureux :


Ce n'était pas ce qu'on peut qualifier de joli combat, mais l'essentiel est le résultat, et le japonais, s'il avait gagné, n'aurait pas gagné de meilleure façon ; ce sont les Jeux Olympiques et ce qu'on retiendra ce sera la deuxième médaille d'or de Teddy Riner et son 126ème combat d'affilée sans défaite !





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