samedi 19 mai 2018

Fred Singer dans ses (basses) oeuvres

Est-il nécessaire de présenter le pathétique Fred Singer ? Il fut il y a fort longtemps, parait-il, un scientifique estimé ayant commencé sa longue carrière en concevant des mines pour l'US Navy durant la Seconde Guerre mondiale, pour la terminer piteusement comme porte-parole de Big Oil, après avoir exercé ses talents de faux sceptique, souvent en compagnie de son pote Fred Seitz, en affirmant notamment que le tabagisme passif ne présentait pas le moindre risque, ou que les pluies acides étaient une fable, ou que l'amiante était sans danger, ou que les CFC n'avaient aucun effet sur la couche d'ozone ; comme depuis quelque temps il n'y a plus de doute sur ces sujets, Freddy s'est naturellement tourné vers la pseudo-science du climatoscepticisme qui lui promettait de juteux revenus permettant de mettre un peu de beurre dans ses épinards avariés.

Bien qu'il aille sur ses 94 ans il a toujours la force (à moins qu'un prête-plume inconnu utilise son nom) d'écrire des âneries, notamment le 15 mai dernier dans le Wall Street Journal, avec un article intitulé The Sea Is Rising, but Not Because of Climate Change (La mer monte, mais pas à cause du changement climatique)

A la date d'aujourd'hui cet article a attiré 745 commentaires, avec le pire et le meilleur, par exemple (à vous de deviner ce qui est le pire et ce qui est le meilleur) :
Here is the abysmal record of the Wall Street Journal reporting on climate change. This farcical new piece by Fred Singer on sea-level rise supposedly being unrelated to global warming is no accident but a systemic failure at WSJ. The share of articles representing mainstream science:Editorials: None. Op-eds: 14%. Columns: 3%. 
Voici donc le record abyssal parmi les reportages du Wall Street Journal sur les changements climatiques. Cette nouvelle pièce ridicule de Fred Singer sur l'élévation du niveau de la mer supposément sans rapport avec le réchauffement climatique n'est pas un accident mais un échec systémique du WSJ. La part des articles représentant la science dominante :
Editoriaux : Aucun. Tribunes libres : 14%. Colonnes : 3%.
This is quite definitely a reasonable scientific report unlike the fixed and inconsistent data reported by climate alarmists. It should be part of the ongoing research and not cast aside as climate fanatics are prone to do with any information they disagree with.
True climatologist welcome all data and all info and the charlatans are the scientists who cannot allow any debate - that is always a red flag for poor data and inability to defend your position. 
Ceci est certainement un rapport scientifique raisonnable contrairement aux données truquées et incohérentes rapportées par les alarmistes du climat.
Cela devrait faire partie de la recherche en cours et ne pas être mis de côté car les fanatiques du climat sont enclins à faire avec toute information avec laquelle ils ne sont pas d'accord. Un vrai climatologue souhaite la bienvenue à toutes les données et toutes les informations et les charlatans sont les scientifiques qui ne peuvent permettre aucun débat - c'est toujours un signal d'alarme de mauvaises données et d'incapacité de défendre votre position.
Où l'on voit que le lavage de cerveau a opéré pour l'un des deux commentateurs qui emploie les éléments de langage habituels des climato-irréalistes.

N'oublions pas que Fred Singer est un auteur actif du Heartland Institute qui lui trace un portrait extrêmement flatteur.

Fred Singer, le chouchou du Heartland Institute.
Mais il a aussi sa fiche chez Desmogblog, ce qui fait contrepoids et permet d'expliquer un peu mieux les motivations de l'individu.

Mais voyons un peu ce qu'il a bien pu écrire (avec les pieds ?) dans le WSJ ; ce n'est pas moi qui vais commenter/critiquer les multiples contre-vérités qu'on peut y trouver, je laisse cela à des spécialistes, à savoir le site Climate Feedback qui lui taille un costard en bonne et due forme.

Ce site s'est donné pour mission de réfuter les fausses nouvelles concernant le climat, en faisant appel pour cela à des experts reconnus dans le domaine (la liste des réviseurs est disponible ici, on peut y trouver notamment Kerry Emanuel, Jean-Pierre Gattuso ou Didier Swingedouw, parmi bien d'autres, la liste comptant environ 350 noms...)

L'article réfutant les énormités de Fred Singer s'intitule sobrement Wall Street Journal commentary grossly misleads readers about science of sea level rise (Les commentaires du Wall Street Journal trompent gravement les lecteurs sur la science de l'élévation du niveau de la mer) et compte les réviseurs critiques suivants :
  • Benjamin Horton (Professor, Earth Observatory of Singapore - Expertise : Past and Future sea level changes) ;
  • Chris Roberts (Research Scientist, ECMWF/Met Office - Expertise: Climate change & variability, Predictability, Oceanography, Sea level) ;
  • Ernst Schrama (Associate Professor, Delft University of Technology - Expertise: Geodesy, Sea level, Cryosphere) ;
  • Keven Roy (Research Fellow, Nanyang Technological University - Expertise: Sea level change and variability, Climate dynamics) ;
  • Stefan Rahmstorf (Professor, Potsdam University - Expertise: Atlantic Meridional Overturning Circulation, Sea level rise)
A priori, donc, des chercheurs connaissant bien mieux le sujet qu'un Fred Singer qui est passé du tabac au climat en traversant le trou de la couche d'ozone et les pluies acides en niant à chaque fois qu'il y avait le moindre problème.

Et quelle est la note qu'ils donnent à notre savant extra-lucide ?

Note apposée sur la mauvaise copie de Fred Singer.

Un enseignant écrirait en marge en grosses lettres rouges quelque chose comme « Travail bâclé, les bases n'ont pas été assimilées et la logique est défaillante. A refaire ! »

Je ne vais reprendre ici que le seul point concernant la vitesse de la hausse des océans, là où Singer écrit :
But there is also good data showing sea levels are in fact rising at an accelerating rate, 1 to 2 millimeters a year. (Mais il existe également de bonnes données montrant que les niveaux de la mer augmentent en réalité à un rythme accéléré, de 1 à 2 millimètres par an.)
Vraiment ?

Ici Fred Singer se fiche littéralement de la tête de ses lecteurs en commençant par dire qu'il y a accélération de l'élévation du niveau des mers, pour finalement lâcher un piteux « de 1 à 2 millimètres par an » !

Il est immédiatement recadré par Keven Roy :
This is not the current rate of observed global mean sea level rise. It is rather around 3.0 mm/yr*. (Ce n'est pas le taux actuel d'augmentation moyenne du niveau de la mer observée à l'échelle mondiale. Il est plutôt d'environ 3,0 mm / an *)

Mais Singer continue plus loin :
By 2100 the seas will rise another 6 inches or so—a far cry from Al Gore’s alarming numbers (En 2100, les mers vont augmenter de 6 pouces environ - loin des chiffres alarmants d'Al Gore)
Remis en place par Benjamin Horton :
They are not Al Gore’s numbers! These are the sea-level rise projections from the scientific community who go through the peer review process. That is, the evaluation of the sea-level projections by one or more people of similar competence to the producers of the work (peers). It constitutes a form of self-regulation by qualified members of a profession within the relevant field. Peer review methods are employed to maintain standards of quality, improve performance, and provide credibility of sea level projections.[read “Sea level could rise by as much as 1 or 2 meters (3.3-6.6 feet) by the year 2100” for further details] (Ce ne sont pas les chiffres d'Al Gore ! Ce sont les projections de l'élévation du niveau de la mer de la communauté scientifique qui passent par le processus d'évaluation par les pairs. C'est-à-dire, l'évaluation des projections du niveau de la mer par une ou plusieurs personnes de compétence similaire aux producteurs de l'œuvre (pairs). Cela constitue une forme d'autorégulation par des membres qualifiés d'une profession dans le domaine concerné. Les méthodes d'examen par les pairs sont utilisées pour maintenir les normes de qualité, améliorer la performance et assurer la crédibilité des projections du niveau de la mer.
[lire "Le niveau de la mer pourrait augmenter jusqu'à 1 ou 2 mètres (3,3-6,6 pieds) d'ici 2100" pour plus de détails]
)
Les 6 pouces (15,24 centimètres) de Fred Singer pour l'an 2100 sont à comparer avec les 1 à 2 mètres probables des (vrais) scientifiques...

Et tiens, tant que nous y sommes, que nous dit AVISO ?

Niveau moyen des mers à partir de l'altimétrie (source aviso.altimetry)

4,75 millimètres par an !

Ah oui, il faut vous dire, je me suis livré à un horrible cherry-picking, j'ai sélectionné la période 2013-2018 durant laquelle la hausse a effectivement été de 4,75 millimètres par an, soyons plus raisonnable et prenons une période un peu plus grande :

Niveau moyen des mers à partir de l'altimétrie (source aviso.altimetry)

Voilà, c'est un peu plus sérieux, et ça donne...3,32 millimètres par an en moyenne sur la période 1993-2018 !

Ah oui mais non, les données sont certainement truquées, cela ne peut pas être possible, même avec les explications de cette montée des eaux :
The variations can come from several sources (see below). Past variations can be reconstructed from several indicators. Since the 19th century, or even a bit earlier at some places, tide gauges have recorded such variations. Today, satellite altimetry (continuously since 1992), autonomous floats (Argo floats since 2003) and gravimetry data (Grace satellite) enable to measure Mean Sea Level variations, or some of their components. Ocean models are also used to understand and quantify those phenomena.
Les variations peuvent provenir de plusieurs sources (voir ci-dessous). Les variations passées peuvent être reconstruites à partir de plusieurs indicateurs. Depuis le 19ème siècle, ou même un peu plus tôt à certains endroits, les marégraphes ont enregistré de telles variations. Aujourd'hui, l'altimétrie satellitaire (continue depuis 1992), les flotteurs autonomes (flotteurs Argo depuis 2003) et les données gravimétriques (satellite Grace) permettent de mesurer les variations du niveau moyen de la mer, ou de certaines de leurs composantes. Les modèles océaniques sont également utilisés pour comprendre et quantifier ces phénomènes.
The sea level can vary over long periods for several reasons:
water mass variations:
water can be added to the ocean, either by increased rain over the ocean, or run-off from the rivers; glaciers melting can also add water. On the reverse, more artificial reservoirs leads to a run-off decrease, and thus to less water being brought to the ocean. Increased evaporation can also decrease the water mass (as well as glaciation, as it happened during last Ice age, when sea level was about 100 m below the nowadays level)
temperature variations:
water dilates when it warms, which leads to higher sea level. Among other things, it leads to sea level seasonal variations, and also year-to-year variations linked to climate events (e.g. El Niño). Temperature changes over longer time scale (global warming) have, of course, also an impact.
salinity variations:
the saltier the water, the denser it is; thus saltier water will have a lower level. Salinity variations can occur by fresh water addition (increased run-off, rain, or ice melting), which decreases salinity, or by increased evaporation, or by glaciation, which increase salinity.
ocean circulation changes:
changes in sea level can be due to changes in the ocean circulation. Over periods of ten years or more, the currents can shift position.
Le niveau de la mer peut varier sur de longues périodes pour plusieurs raisons:
variations de masse d'eau:
l'eau peut être ajoutée à l'océan, soit par l'augmentation de la pluie sur l'océan, soit par le ruissellement des rivières; la fonte des glaciers peut également ajouter de l'eau. Au contraire, plus de réservoirs artificiels entraînent une diminution du ruissellement et donc une diminution de l'apport d'eau dans l'océan. L'augmentation de l'évaporation peut également diminuer la masse d'eau (ainsi que la glaciation, comme cela s'est produit au cours de la dernière période glaciaire, lorsque le niveau de la mer était d'environ 100 m au-dessous du niveau actuel)
variations de température:
l'eau se dilate quand elle se réchauffe, ce qui conduit à un niveau plus élevé de la mer. Cela entraîne, entre autres, des variations saisonnières du niveau de la mer, ainsi que des variations d'une année à l'autre liées aux événements climatiques (par exemple El Niño). Les changements de température sur une échelle de temps plus longue (réchauffement climatique) ont, bien sûr, également un impact.
variations de salinité:
plus l'eau est salée, plus elle est dense; ainsi l'eau plus salée aura un niveau inférieur. Les variations de salinité peuvent se produire par l'ajout d'eau douce (écoulement accru, pluie ou fonte de la glace), qui diminue la salinité, ou par une augmentation de l'évaporation, ou par la glaciation, qui augmente la salinité.
changements de circulation océanique:
les changements du niveau de la mer peuvent être dus à des changements dans la circulation océanique. Sur des périodes de dix ans ou plus, les courants peuvent changer de position.

Cycle de l'eau: L'eau s'évapore de tous les plans d'eau et de la végétation. La vapeur d'eau se condense ensuite pour former des nuages qui peuvent précipiter la pluie, la neige ou la grêle. L'eau retourne ainsi au sol, où elle est absorbée par les plantes ou s'écoule dans les rivières et les ruisseaux. L'eau peut également s'infiltrer lentement dans le sol jusqu'aux couches inférieures, où elle recharge les eaux souterraines et le système des rivières et des cours d'eau. L'eau s'accumule également pendant la période froide dans les glaciers, qui fondent lorsque les températures augmentent. Les variations climatiques modifient la quantité d'eau que ces processus contribuent au cycle et ont donc un impact sur le niveau des mers et des lacs. Les fluctuations du niveau des eaux continentales peuvent aussi être le résultat direct des activités humaines, telles que la construction de barrages sur les rivières ou les prélèvements d'eau pour irriguer les cultures. (Crédits Cnes / D. Ducros)



C'est quand même malheureux à dire, mais Singer laissera à la postérité, comme quelques ex-scientifiques (heureusement peu nombreux) s'exprimant sur le tard, le souvenir d'un véritable bouffon.



Lire également :
Et aussi, les usual suspects...



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire