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lundi 4 novembre 2019

Roy Spencer est-il équilibré ?

Tout le monde connait Roy Spencer, le créationniste en chef qui est d'avis que Dieu est le seul à la manœuvre dans le changement climatique puisqu'il est le grand ordonnateur de toutes choses ici-bas.

Dans Does the Climate System Have a Preferred Average State? Chaos and the Forcing-Feedback Paradigm (Le système climatique a-t-il un état moyen préféré ? Le chaos et le paradigme de la rétroaction forcée) il se pose la question de savoir si son dieu permet au climat de trouver un équilibre dans un univers régi par le chaos :
I’d like to address the question of whether there really is an average state that the climate system is constantly re-adjusting itself toward, even if it is constantly nudged in different directions by the sun.
J'aimerais aborder la question de savoir s'il existe vraiment un état moyen vers lequel le système climatique se réajuste constamment, même s'il est constamment poussé dans différentes directions par le soleil.
On remarquera que sa question inclut le rôle du soleil mais pas du CO₂ d'origine anthropique, faut pas pousser Dieu le père dans les orties quand même !

Bref il se demande, si j'ai bien compris son raisonnement, s'il existe une telle chose que le forçage radiatif, de quelque nature qu'il soit mais de préférence de la part du soleil si ce concept a une quelconque réalité.

Et il pose dans la foulée ce que cela  signifie :
If there is such a preferred average state, then the forcing-feedback paradigm of climate change is valid.
S'il existe un tel état moyen préféré, alors le paradigme de la rétroaction forcée du changement climatique est valide.
Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce qu'il tente d'expliquer à ses lecteurs ; tout d'abord j'ai pensé qu'il acceptait donc explicitement de se représenter l'idée qu'il puisse ne pas y avoir de forçage radiatif et donc que dans ce cas ce qu'il appelle le « paradigme de la rétroaction forcée du changement climatique » serait invalidée ; en effet, si on raisonne en se disant que le système climatique tendrait vers un équilibre naturel au fil du temps mais que dans la réalité on constaterait qu'il ne parviendrait pas à cet équilibre divin, alors cela voudrait dire que nous les hommes serions responsables du déséquilibre ainsi constaté, quelque chose de totalement impensable pour un spencérien qui se respecte !

Mais à la relecture il me semble plutôt comprendre que son « paradigme de la rétroaction forcée du changement climatique » est ce qui ferait que le système climatique atteindrait cet équilibre naturellement, sans aucune intervention humaine...Il écrit en effet ceci qui « clarifie » un tantinet son élucubration du jour :
In that system of thought, any departure of the global average temperature from the Nature-preferred state is resisted by radiative “feedback”, that is, changes in the radiative energy balance of the Earth in response to the too-warm or too-cool conditions. Those radiative changes would constantly be pushing the system back to its preferred temperature state.
Dans ce système de pensée, tout écart de la température moyenne globale par rapport à l'état préféré de la nature est empêché par le "feedback" radiatif, c'est-à-dire les changements du bilan énergétique radiatif de la Terre en réponse à des conditions trop chaudes ou trop froides. Ces changements radiatifs ramèneraient constamment le système à son état de température préféré.
Dans cette dernière phrase on comprend que le « feedback » (ou rétroaction) radiatif permettrait à la nature de garder son équilibre et que par conséquent le système climatique, grâce aux « rétroactions forcées » (ma traduction de forcing-feedback que DeepL traduit également par forçage de rétroaction ou forçage en retour ainsi que de bien d'autres expressions), parviendrait ainsi à trouver un équilibre naturel.

Comme je ne suis pas sûr et certain de mon interprétation de la prose de quelqu'un que je sais être une personne bien orientée idéologiquement (i.e. religieusement et politiquement) je demande à tout un chacun de me dire si vous avez de votre côté compris différemment, et je ne vous en voudrais pas si vous divergez de ma compréhension de ce que Spencer a bien pu vouloir dire avec ses circonvolutions !

Il enchaine en précisant son point de vue personnel sur la question :
I am of the opinion that the F-F paradigm does indeed apply for at least year-to-year fluctuations, because phase space diagrams of the co-variations between temperature and radiative flux look just like what we would expect from a F-F perspective. I touched on this in yesterday’s post.

Where the F-F paradigm might be inapplicable is in the context of long-term climate changes which are the result of internal fluctuations.
Je suis d'avis que le paradigme F-F s'applique effectivement aux fluctuations d'une année à l'autre, car les diagrammes spatiaux de phase des co-variations entre la température et le flux radiatif ressemblent exactement à ce que l'on pourrait attendre dans une perspective F-F. J'en ai parlé dans le post d'hier.

Là où le paradigme F-F pourrait être inapplicable, c'est dans le contexte des changements climatiques à long terme qui sont le résultat de fluctuations internes.
Je dois avouer que je suis un peu (euphémisme) perdu dans toutes ces considérations, surtout venant d'un climato « sceptique » avéré qui s'échine à vouloir prouver à tout prix que les températures n'augmentent pas tant que ça, en tout cas moins que ce que dit son concurrent RSS qui pourtant exploite exactement les mêmes données en provenance des satellites mais les traite différemment, et qui également veut nous convaincre que la part de CO₂ anthropique dans l'air est insignifiante et ne présente aucun danger pour l'avenir de notre civilisation bénie des dieux, pardon, bénie de Dieu !

Alors pour me sortir de cette ornière je me retourne vers des choses plus simples à comprendre, comme par exemple ce graphique montrant les températures depuis très très longtemps :
D'après François Gervais - L'urgence climatique est un leurre (voir François Gervais passé à la moulinette de François-Marie Bréon)
Ce schéma est tiré de la célèbre vidéo de François Gervais, par conséquent on peut lui faire confiance, n'est-ce pas ? (oui c'est ironique, vous avez bien compris)

Et que constate-t-on ? On constate que dans les temps anciens (ici jusqu'à 600 millions d'années en arrière) le CO₂ et la température avaient tendance à faire le yoyo avec de grandes variations, puisque le CO₂ a pu varier de 7 000 ppm à son maximum jusqu'aux 280 ppm qu'on lui connait de l'ère préindustrielle, alors que la température a évolué dans le même temps dans une fourchette d'une dizaine de degrés Celsius.

Dans mon vieux billet intitulé Frédéric Decker contaminé par Hacène Arezki ? je montrais ce graphique de la température moyenne globale :

Évolution des températures moyennes globales depuis 500 millions d'années (source Histoire du climat avant 1850)

Là-aussi nous voyons de grandes variations de températures dans le lointain passé, mais nous voyons aussi plus précisément que dans le graphique sommaire de Gervais que plus nous nous approchons du temps présent et plus les températures ont eu tendance...à trouver leur équilibre, du moins jusqu'au milieu du 19ème siècle !

Mais si vous regardez attentivement vous remarquez tout à fait à droite, marquées avec des ronds rouges sur la barre verticale des ordonnées, les températures prévues en 2050 et 2100 ; de toute évidence il y a pour cette période du proche futur (2100 c'est demain, les enfants d'aujourd'hui seront pour beaucoup d'entre eux toujours vivants à cette date) une brusque rupture de l'équilibre « patiemment » construit par dame Nature essentiellement durant les 10 000 dernières années, celles qui ont justement vu l'éclosion de ce que l'on appelle la civilisation humaine avec le passage du statut de chasseur-cueilleur à celui d'agriculteur-éleveur conquérant de territoires sur lesquels installer sa domination sur plus faible que lui.

On peut même aller beaucoup plus loin dans le passé afin de se rendre compte que l'état d'équilibre a mis un sacré bout de temps à s'installer sur Terre ; dans CO₂ et températures pour les nuls je montrais ce graphique :
Graphique issu du site climatonégateur iceagenow avec la mention dans le cadre noir des 800 000 dernières années (approximativement)

D'après ce graphique il y a 4,6 milliards d'années, soit peu après la création de la Terre, l'écart entre température et CO2 était maximal, mais s'est réduit très progressivement avec de très nombreux soubresauts dus à divers phénomènes que je ne détaillerai pas ici (voir Voyage à travers les climats de la Terre de Gilles Ramstein) car ce n'est pas le sujet ; mais nous voyons que durant les 800 000 dernières années le CO₂ et la température moyenne de la Terre ont plutôt été en harmonie, toutefois en continuant à se chercher comme l'ont montré les carottes de glace de l'Antarctique rapportées par Claude Lorius et analysées par Jean Jouzel :
Analyse d’une carotte de glace du site Vostok (Antarctique) Source : Petit & al. Nature, 399, juin 1999 (tiré du site conferences-climat-energie.ch)

Ainsi petit à petit il y a bien un équilibre naturel qui s'est constitué après de très nombreux mouvements de balancier, un peu comme un pendule qui oscille fortement au début puis finit par s'arrêter au bout d'un certain temps.

Est-ce que cet équilibre aurait duré « pour toujours » sans intervention humaine, à mon avis c'est peu probable si l'on tient compte du fait que de toute façon notre planète court à sa perte, elle sera tôt ou tard mangée par le Soleil et entre-temps il peut se passer énormément de choses ; cependant on ne peut que constater que depuis 10 000 ans, je le répète, le climat de la Terre semblait avoir atteint un équilibre quasi-parfait, avec de légers hoquets faisant varier sa température d'environ une paire de degrés au maximum, générant ainsi quelques périodes un peu plus froides ou un peu plus chaudes que la « normale » sans que cela ne mette vraiment en péril le genre humain.

Alors je laisse les réflexions de Roy Spencer me passer un peu au-dessus de la tête, surtout quand il se lance dans les concepts de « conditions initiales » et « conditions aux limites » en tenant pour acquis que dans le long terme le chaos finit toujours par s'imposer, il écrit par exemple :
But what if the climate system undergoes its own, substantial chaotic changes on long time scales, say 100 to 1,000 years?
Mais que se passerait-il si le système climatique subissait ses propres changements chaotiques importants sur de longues périodes, disons de 100 à 1 000 ans ?
On sent bien que Spencer ne croit pas aux conditions aux limites (boundary conditions) et notamment au forçage radiatif dû au CO₂ anthropique, pour lui le chaos naturel, ou plutôt divin, est seul à la manœuvre, autrement il ne poserait pas ce genre de question qui montre sa conception des choses.

Pour terminer sur ce thème des conditions initiales et aux limites je renvoie à mon billet intitulé Conditions initiales et conditions aux limites dans lequel Christophe Cassou expliquait tout cela, en montrant notamment ceci, entre autres graphiques :
Distinction entre météo et climat (tiré de Conditions initiales et conditions aux limites, la source originelle n'étant plus accessible)

Ce qui nous fait penser tout simplement que Roy Spencer ne sait pas faire la différence entre la météo et le climat !

Alors pour bien se représenter vers quoi nous nous dirigeons, à savoir une brusque rupture d'équilibre, regardons vers le proche futur en ayant toujours à l'oeil le passé récent afin de nous rendre compte de ce que cela signifie :
Temporal evolution of CO2 and climate forcing (source Future climate forcing potentially without precedent in the last 420 million years, tiré de Bientôt le climat le plus chaud depuis un demi milliard d'années…)

Dans les scénarios médians (les RCP4.5 et 6) la projection de température (dans le graphique du bas il s'agit de watts par mètre carré) nous amène bien au-delà de ce que nous avons pu connaitre depuis...20 millions d'années, une paille !

Donc en définitive pas la peine de se farcir le long laïus de Roy Spencer qui est probablement destiné à rendre ses lecteurs encore plus confus que ce qu'ils sont déjà, mission accomplie avec à ce jour près de 130 commentaires pour couper les cheveux en quatre, avec celui-ci que l'on peut considérer comme une petite perle (d'inculture bien sûr) :
Stephen P Anderson says:
November 1, 2019 at 6:41 AM
We don’t have a warming problem-we have a cooling problem.
Tout est dit, pas la peine d'en rajouter.


samedi 3 novembre 2018

Réalisme climatique où es-tu ?

Personnellement je ne suis ni réaliste ni irréaliste sur tout ce qui touche au climat, et je laisse aux prétentieux prétendus « réalistes » le soin d'usurper un mot dont ils font en général un très mauvais usage.

Car qu'est-ce que la réalité quand elle est appréciée d'un point de vue tout personnel entaché le plus souvent d'idéologies diverses ?

Ainsi quand on se tourne vers l'été que nous venons de passer, que peut nous enseigner le réalisme, le vrai, celui qui se considère de la façon la plus objective possible ?

Et les Anglais seraient-ils plus objectifs et donc plus réalistes que les Français ?

Ce 2 novembre le site edition.cnn nous donne l'avis du Met Office britannique par la voix de son porte-parole, un certain Grahame Madge, qui dit ceci :
However you measure weather and climate statistics, you are beginning to see trends that underline the trend of average global warming,. You can see a fingerprint of climate change within these figures.
Quelle que soit votre mesure des statistiques météorologiques et climatiques, vous commencez à voir des tendances qui soulignent la tendance au réchauffement planétaire moyen. Vous pouvez voir une empreinte digitale du changement climatique dans ces chiffres.
Fichtre ! au pays de Sherlock Holmes le gars nous parle carrément d'« empreinte digitale » laissée par le changement climatique, nous sommes en plein au cœur d'une quasi enquête policière !

Rappelons quand même, à l'attention des oublieux en tout genre, que dès début août de cette année on pouvait dresser cette carte assez significative :

Source edition.cnn

Pas mal, hein, pour seulement une paire de mois !

Et depuis il y a eu d'autres événements marquants comme par exemple le medicane Zorba qui a touché la Grèce fin septembre et l'ouragan Michael qui a ravagé une grande partie de la Floride début octobre, pour ne citer que ces deux-là ; bref une saison 2018 bien remplie et je suis curieux de voir le prochain rapport du réassureur Munich Ré sur les événements extrêmes de 2018, cela risque d'être passionnant…

Carte du monde de l’Indice mondial des risques climatiques 1996–2015 Source: Germanwatch et Munich RE NatCatSERVICE

Mais tout cela ne doit pas être très réaliste, non ?

Ce ne doit pas être réaliste quand un service météo vous dit que « nous sommes en train de vivre des extrêmes climatiques » en vous montrant fin juillet cette carte :

Approaching a UK record (Photo: Met Office) 

Il est vrai que ces températures sont tout à fait normales en juillet dans ce pays tropical où les Français ont l'habitude d'aller se dorer sur les plages paradisiaques.

Des Français comme Frédéric Decker, le présentateur météo « réaliste » récemment embauché par Skyfall pour apporter un semblant de vernis pragmatique à un site qui en aurait bien besoin, malheureusement on peut penser que le remède dans le cas présent est bien pire que le mal.

Dans Où en est le réchauffement climatique ? notre expert en réalité augmentée nous dit ceci :
Le réchauffement climatique est un fait. Impossible de le nier.
Mince alors ! Voilà un réaliste qui se permet de douter du non réchauffement de la planète tant prôné par ses petits camarades, certains comme Benoit Rittaud allant parfois jusqu'à dire que nous allons vite assister à une chute brutale des températures et qu'en 2030 nous serons revenus aux niveaux de l'ère préindustrielle (c'était en janvier 2010, depuis il s'est un peu calmé…)

Mais notre caution réaliste laisse rapidement parler les chevaux et il nous assène un peu plus loin :
Il n'empêche, soyons réalistes : ces presque 40 dernières années sont très probablement la période la plus chaude depuis la fin de l'Optimum Médiéval, depuis environ l'an 1.300. Nous vivons donc une période exceptionnelle de l'histoire récente. Mais un peu plus loin en arrière, il a fait plus chaud : selon les paléontologues ayant étudier la sédimentation, l'âge de bronze était 2 à 3°C plus chaud qu'aujourd'hui. Ce qui correspond aux quelques écrits de l'époque retrouvés, relatant la disparition totale des glaciers alpins... et scandinaves ! La chute de l'Age de Bronze serait d'ailleurs en partie due à une brutale chute des températures, accompagnée de sécheresses récurrentes. Et il a sans doute fait encore plus chaud plus loin en arrière, avec une planète Terre presque entièrement tropicale... du temps des dinosaures. Ca ne nous rajeunit pas !
Oui, soyons réalistes, il est vrai que du temps des dinosaures nos aïeux se faisaient tout petits et mettaient la clim à fond pour supporter les températures extrêmes qui sont venues à bout des grands sauriens (sait rien ?)

Evidemment monsieur Decker se garde bien de donner la moindre référence pouvant étayer la « réalité » de cette température de l'âge du bronze qui aurait été supérieure de 2 à 3°C à ce que nous connaissons aujourd'hui, rien que ça !

L'âge du bronze (et non l'âge de bronze, et pas la peine de mettre une majuscule ni à âge ni à bronze) c'est la période de 2000 ans qui s'étend de -3000 à -1000, donc on peut repérer cette époque sur les deux cartes suivantes tirées de Wikipédia :

Température globale moyenne au cours des 540 derniers millions d'années.
Températures reconstituées depuis la fin de la dernière période glaciaire ( - 12 000 ans)

On a beau écarquiller les yeux mais on ne voit pas comment durant l'âge du bronze la température aurait pu être supérieure à l'actuelle de 2 à 3°C ; le deuxième graphique s'arrête à 2004 et depuis la température n'a pas cessé d'augmenter, or déjà en 2004 nous étions apparemment bien au-dessus de la moyenne des courbes diverses reconstituant le passé des 12000 dernières années.

Au contraire, durant l'âge du bronze nous étions déjà dans la phase descendante des températures, le maximum de l'holocène se situant aux environs de 8000 BP (BP = before present, avant 1950 pour être précis) comme déjà mentionné dans mon billet Anthony Watts prend (encore et encore) ses lecteurs pour des idiots .

Un autre site nous présente un graphique tout aussi intéressant, même s'il ne représente que les températures de la surface du Groënland (le site est Danois) :

Température (en rouge) et insolation Milankovitch (en vert) durant l'Holocène.
Pourtant ce site lui-aussi est « réaliste » puisqu'il proclame en conclusion :
The enormous popular support for the theory of anthropogenic CO2 emissions as the cause of climate change is by all accounts due to that the theory is in tune with our Judeo-Christian culture's idea that we are all sinners. Furthermore, the accusation against the industrial companies, that they are the main culprits of emissions, suits well with the feminist's attack against the white men.
L'énorme soutien populaire à la théorie des émissions anthropiques de CO2 en tant que cause du changement climatique est, à tous points de vue, dû au fait que cette théorie est en accord avec l'idée de notre culture judéo-chrétienne selon laquelle nous sommes tous des pécheurs. De plus, l'accusation portée contre les entreprises industrielles, qui sont les principales responsables d'émissions, va bien avec l'attaque des féministes contre les hommes blancs.
Nous voyons ainsi que Frédéric Decker a un sérieux concurrent en matière de « réalisme » !


J'attends donc fébrilement une information de la part d'un de mes lecteurs (BenHague, au hasard) afin de m'éclairer sur cet « optimum agedubronzesque » qui semble pour l'instant tout droit sorti de l'imagination débridée du « réaliste » Frédéric Decker.

J'ai comme l'impression que je vais attendre longtemps…


vendredi 12 octobre 2018

Aurélien Barrau n'est pas climatologue

Aurélien Barrau est un jeune (45 ans tout de même) astrophysicien qui a obtenu son doctorat à l'université Joseph Fourier (ça ne s'invente pas…) avec la mention très honorable et les félicitations du jury, ce que certains lui envient peut-être, mais nul n'est parfait.

Aurélien Barrau a aussi une âme d'écologiste, ce que certains lui reprochent peut-être, mais nul n'est parfait.

Il a ainsi publié dans Le Monde, à l'initiative de Juliette Binoche et peu après la démission de Nicolas Hulot, une tribune intitulée « Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité » : l’appel de 200 personnalités pour sauver la planète dans laquelle il est notamment écrit :
Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.
Les signataires de cette tribune sont en très grande majorité des artistes (pouah !) mais on compte quelques scientifiques (Alain Benoit, Gilles Bœuf, Michel Cassé, Bernard Castaing, Françoise Combes, Philippe Descola, Hervé Dole, Pierre Fayet, Pierre-Henri Gouyon, Julien Grain, Mikhaïl Gromov, Jean Jouzel, Roland Lehoucq, Cécile Renault, Carlo Rovelli, Sabrina Speich, Pierre Vanhove, sans compter les écologues et philosophes que j'ai quelques réticences à classer parmi les scientifiques…) parmi lesquels un seul peut à mon avis porter le titre de climatologue (saurez-vous le retrouver dans la liste des 17 noms cités ?)

Aurélien Barrau s'est également fait connaitre pour cette vidéo que l'on peut visionner dans Aurélien Barrau : "Je n'ai plus peur de parler de fin du monde."

Evidemment parler de « fin du monde » est un tantinet exagéré et mérite une petite précision : il ne s'agit pas de la fin de la Terre (qui de toute façon finira un jour très lointain), ni même de la fin de l'Humanité (qui de toute façon finira bien avant l'extinction de la Terre mais dans un avenir très lointain nous laissant encore un peu de marge), mais simplement, si j'ose dire (et j'ose), de la fin de notre civilisation basée sur le productivisme et le consumérisme débridés.

Le message d'Aurélien Barrau est clair, limpide et « réaliste » au regard de tout ce que l'on sait aujourd'hui, pourtant, bien qu'il évoque le réchauffement climatique (entre autres problèmes auxquels nous allons devoir faire face) Aurélien Barrau n'est pas climatologue.

Aurélien Barrau n'est pas climatologue, tout comme Fred Singer, physicien de son état ayant commencé sa carrière dans les fusées pour la continuer et certainement la terminer dans le déni de presque tout ce que la science a pu démontrer comme néfaste pour les humains, depuis le lien entre les UV-B et les mélanomes, le rôle des CFC dans la couche d'ozone, l'influence du tabagisme passif dans la survenue des cancers du poumon des non-fumeurs, pour enfin trouver son graal avec le réchauffement climatique d'origine humaine qu'il s'emploie comme un beau diable à nier chaque fois que l'occasion se présente.

Aurélien Barrau n'est pas climatologue, tout comme Christopher Monckton, titulaire d'un diplôme de journalisme ayant à ses moments perdus inventé un casse-tête dont personne n'a entendu parler sauf les rares à avoir tenté de le résoudre, qui a fait un peu de politique avec Margaret Thatcher et s'est sur le tard découvert une passion pour la contestation du réchauffement climatique avec comme principal dada l'affirmation que les températures auraient fait une pause pendant deux décennies (au pif), passant totalement sous silence les effets de la variabilité naturelle du climat (El Niño, les volcans, le soleil) ainsi que le fait que plus de 90% de l'énergie additionnelle reçue du soleil et capturée par l'effet de serre dû au CO2 d'origine humaine se retrouve dans les océans.

Aurélien Barrau n'est pas climatologue, tout comme Roy Spencer, qui n'est que météorologue mais qui se prend pour un climatologue, comme d'autres météorologues ou présentateurs météo au journal de 20 heures (pour ne citer que quelques noms : Philippe Verdier, Frédéric Decker, Laurent Cabrol, pour les français, Anthony Watts ou Cliff Mass pour les américains, j'en oublie et certainement des meilleurs), en publiant sur son blog les résultats de « ses données à lui », celles de UAH qu'il partage avec John Christy qui, lui, peut se prévaloir du titre de climatologue (climate scientist) bien qu'il n'ait pas tout à fait la même vision des choses que l'ensemble de la communauté scientifique (Christy est un climatosceptique lukewarmer)
Les lukerwarmers acceptent que la Terre est en train de se réchauffer et que les importantes émissions de CO2 de notre civilisation sont une cause majeure. Ils doutent, cependant, que le changement climatique représente une crise unique parmi les multiples défis auxquels nous faisons face, ou que les projets de réglementation mondiale avancés pour gérer le problème fonctionneront comme annoncé. Et ils se montrent sceptiques devant le contraste entre la rhétorique apocalyptique et absolutiste avec laquelle ces projets de réglementation sont régulièrement défendus et leurs détails réels, qui semblent principalement conçus pour permettre aux hommes d'Etat du globe de satisfaire leurs propres intérêts économiques et politiques avec des arguments écologiques de façade.

Aurélien Barrau n'est pas climatologue, tout comme Benoit Rittaud, qui n'est qu'un mathématicien sans aucune expérience dans le domaine de la climatologie (tout comme d'autres matheux tels que Bernard Beauzamy ou Claude Brasseur), ce qui ne l'a pas empêché de pondre quelques ouvrages sur le sujet dont on me pardonnera de ne pas faire la promotion ici ; à noter que Rittaud et Barrau, non contents de rimer, sont à peu près du même âge (il me semble que Rittaud approche de la cinquantaine) ce qui prouve…, ce qui ne prouve pas grand chose en fait, Rittaud étant en réalité une exception juvénile dans un monde de has been retraités ou décédés qui seront bien vite oubliés dans le grand trou de l'Histoire où tant d'hommes célèbres de leur temps se sont retrouvés ensevelis.

Aurélien Barrau n'est pas climatologue, tout comme François Gervais, ancien professeur de physique et accessoirement pote de Benoit Rittaud pour lequel il semble nourrir une affection paternelle, ayant consacré son éméritat non pas en des choses utiles pour ses étudiants mais en deux publications sur le tard, en 2014 et 2016 (il avait donc 69 et 71 ans), tentant de nier l'impact de l'effet de serre sur la hausse des températures et cherchant à prouver que la hausse du CO2 ne pouvait qu'être bénéfique pour l'humanité ; évidemment ses recherches ne seront pas reprises dans le prochain rapport du GIEC, on se demande bien pourquoi (mais on a quand même une petite idée)

Enfin Aurélien Barrau n'est pas climatologue, tout comme cette pléthore de personnages publiant des livres ou intervenant dans des émissions (non, pas de CO2) de radio ou de télé, ou dans des fils de discussion quand ils ne publient pas eux-mêmes des articles sur des blogs ou sites à tendance (pour être gentil) libérale et/ou extrême droitiste (bizarre ce rapprochement entre libéralisme et fascisme concernant le sujet du réchauffement climatique, pourtant il est bien réel…) ; ainsi, pêle-mêle je pourrais citer Jean-Pierre Bardinet, Jacques Henry, Rémy Prud'homme, Drieu Godefridi, H16, Jacques Duran, Camille Veyres, etc.

Et n'oublions pas, Aurélien Barrau n'est pas climatologue, tout comme ma modeste personne.

Toutes les personnes citées ci-dessus (y compris le dénommé ma-modeste-personne) ne devraient pas avoir à se prononcer, à donner leur avis sur le climat, car, figurez-vous, aucune d'elle n'est compétente en la matière et donc légitime à donner son point de vue.

Ce que nous savons au sujet du réchauffement climatique, son origine essentiellement humaine (on ne rejette pas des quantités astronomiques de CO2 dans l'atmosphère en si peu de temps, en moins de deux siècles, sans qu'il n'y ait la moindre conséquence, sachant que la Nature a mis des millions d'années à stocker ce CO2 et qu'il lui faudra des millions d'années pour se refaire une santé) et les effets divers engendrés (hausse du niveau des mers, acidification des océans, sècheresses accrues, événements extrêmes amplifiés, mouvements de populations menant à des tensions socio/économico/politiques, etc.), tout nous est enseigné par des spécialistes qui ne font pas de politique, et leurs travaux sont résumés dans un document qu'on appelle le rapport du GIEC, publié à intervalles réguliers afin d'actualiser les informations en fonction des avancées de la science.

Nous devrions tous non pas discuter de savoir si tout cela est bien réel ou issu de l'imagination de savants Cosinus ou de prophètes venant annoncer la fin du monde, mais plutôt nous interroger sur la façon de nous y prendre afin que le choc civilisationnel soit le moins rude possible ; pour cela il y a deux mots : atténuation (mitigation en anglais) et adaptation.

Nous serons de toute façon obligés de nous adapter aux changements à venir, des millions de personnes devront se déplacer car elles se retrouveront les pieds dans l'eau, puis les genoux puis la taille puis… D'autres devront quitter des terres devenues trop chaudes et arides, les pays « du nord » devront par conséquent s'attendre à accueillir très progressivement de plus en plus de migrants, avec des conséquences « incalculables » (i.e. qu'il est impossible aujourd'hui de prévoir mais que l'on peut imaginer sans trop de peine) sur leur économie, sur leur politique (attention, ça va pencher sacrément à droite, gare au retournement !), sur leur existence tout court.

Mais nous pourrions dès à présent mettre en place des processus d'atténuation afin de limiter les futurs dégâts ; il est cependant peu probable que nous y parvenions, car, vous savez, nous avons bien d'autres chats à fouetter à court-terme, hein !


Voir également :

lundi 1 octobre 2018

Frédéric Decker ne connait pas les anomalies de températures

Dans mon précédent billet je montrais que Fred Decker se prenait les pieds dans le tapis avec sa « théorie » de la fonte des glaces en Antarctique qui serait due au volcanisme (voir Selon Frédéric Decker l'Antarctique fondrait à cause de ses volcans. Sérieusement ?)

Cependant son article présente un intérêt, celui de montrer des courbes de températures de stations situées dans des zones polaires, l'exercice consistant à essayer de voir la tendance sur du long terme.

On peut louer ses efforts, cependant force est de constater que l'ami Fred ne semble pas avoir compris que quand il s'agit de climatologie ce qui est important est de considérer les « anomalies » de températures, c'est-à-dire les écarts par rapport à une période de référence, afin de bien se rendre compte des véritables tendances ; malheureusement, dans son billet il ne montre que des graphiques représentant des températures absolues en essayant de tirer les courbes de tendance, sans nous dire au passage quelle est sa méthode pour calculer lesdites tendances.

Par exemple pour la station d'Ilulissat voici la courbe qu'il propose, avec en légende ses commentaires :

La courbe d’Ilulissat met un autre phénomène en évidence, notamment la courbe de tendance : une hausse assez régulière jusqu’à la fin des années 90, et une stagnation de la température depuis. Les années 20, 30 et 40 ont d’autre part connu un réchauffement significatif ainsi qu’un recul des glaces. Un rafraîchissement ou refroidissement a suivi des années 50 aux années 90, ainsi qu’une reglaciation. Ainsi, les premiers relevés satellitaires en 1979 pour surveiller l’expansion des glaces ont débuté au sommet d’une période plus froide, donc durant une glaciation pas vue depuis les années 1910.
Les moyennes décennales d’Ilulissat mettent en évidence un réchauffement marqué entre les années 1880 (-6,7°C de moyenne) et les années 20 à 49 (-3,8°C de moyenne). La moyenne a rechuté ensuite jusqu’à un pic de froid dans les années… 90 (-5,1°C) puis une hausse brutale dans les années 2000 (-3,1°C de moyenne), décennie la plus chaude. La décennie en cours voit le thermomètre rechuter de 0,7°C (-3,8°C, comme dans les années 20 et 40).
Source lameteo.org

Moi je veux bien, mais je ne suis pas sûr qu'un expert en statistiques comme Tamino serait forcément d'accord avec la courbe de tendance calculée par Decker ; celui-ci n'explique d'ailleurs pas la méthode, et nous savons qu'il en existe un certain nombre comme je l'ai montré de manière ironique (sinon humoristique) dans mes dernières Climactualités :

Différentes méthodes, suivant ce que l'on veut montrer…

Cela c'est le premier point critiquable, le deuxième étant comme je l'ai dit que ce sont des températures absolues qui sont utilisées et non des anomalies de températures que n'importe quel climatologue adoptera de préférence.

Vous me direz que la forme de la courbe sera la même dans les deux cas, et vous aurez probablement raison, mais les anomalies permettent de mieux discerner les évolutions non pas d'une station prise isolément mais de la région qui l'entoure, car comme je l'ai déjà dit dans Nous n'avons besoin que de 60 stations de surface ! « les changements de température de surface sont corrélés sur des distances d'environ 1000 km » en reprenant les mots de andthentheresphysics.

Decker semble se plaindre qu'il n'y ait pas beaucoup de stations en Arctique et Antarctique, mais là n'est pas le problème, quelques stations suffisent amplement, à condition bien sûr que leurs données soient fiables.

Comme il donne comme source un simple « KNMI » (démerdez-vous avec ça !) je suis allé chercher sur Internet de quoi il s'agissait et j'ai trouvé cet organisme néerlandais : climexp.knmi.nl

On constate immédiatement, sur la page d'accueil du site, une magnifique courbe...d'anomalies de températures !

Anomalies de températures de 1880 jusqu'à aujourd'hui.

Une critique quand même : la période de référence n'est pas mentionnée, mais il semblerait qu'il s'agisse de quelque chose comme 1940-1970, peu importe, elle pourrait être 1880-1910 ou 1980-2010 cela ne changerait en rien la forme de la courbe.

Alors j'ai essayé moi-même de voir ce que cela donnait avec la station d'Ilulissat et j'ai construit ces deux graphiques :



Evolution des températures absolues de la station d'Ilulissat.


Evolution des anomalies de températures de la station d'Ilulissat.

On peut comparer le premier de ces graphiques avec celui de Decker et on s'aperçoit qu'ils sont assez proches, les températures absolues se baladant entre un minimum de -7,5°C et un maximum de -2°C sur la période 1895-1960, alors que chez Decker sur la même période nous sommes dans une fourchette de -8°C à -2°C à la louche ; on va dire que les moyennes calculées ne sont pas exactement les mêmes mais que cela a finalement assez peu d'importance.

Alors je ne sais pas comment Decker a fait pour se procurer à partir du site KNMI des données antérieures à 1895, mais c'est certainement parce qu'il est plus intelligent que moi, parce que même quand je sélectionne « from 1870 to 2018 » j'obtiens toujours le même résultat de 1895 à 1960.

Peu importe, on remarque, comme je le disais, que les deux courbes, des températures absolues et des anomalies de températures, ont exactement la même forme, ce qui change c'est que dans le deuxième cas nous voyons parfaitement, à l'aide de la période de référence matérialisée par le zéro en ordonnées, que dans le passé les températures étaient nettement SOUS la période de référence alors que dans le présent elles se situent clairement AU-DESSUS de cette même période de référence.

Maintenant il reste à tracer à partir de ces données la « véritable » courbe de tendance, et la comparer avec celle montrée par Frédéric Decker.

Si un lecteur ayant de bonnes connaissances en statistiques veut bien se livrer à cet exercice en expliquant sa démarche, je suis preneur !

Evidemment si ma sélection se révèle fautive il ne faut pas hésiter à la corriger en m'expliquant là-aussi la méthode.

A vos marques, prêts, ne vous enfuyez pas !


dimanche 30 septembre 2018

Selon Frédéric Decker l'Antarctique fondrait à cause de ses volcans. Sérieusement ?


La lecture de Skyfall est toujours enrichissante, mais pas dans le sens où l'entendrait un de ses adeptes inconditionnels.

Ainsi dans le dernier bulletin climato-irréaliste l'inénarrable Fred Decker informe la population de ses prodigieuses découvertes :
51. Fred Decker | 28/09/2018 @ 8:51
Salut à tous,
Je vous invite à lire ma dernière étude sur l’évolution climatique des dernières décennies dans l’Arctique et l’Antarctique : http://www.lameteo.org/index.p.....surchauffe
Bonne lecture
On remarquera l'émoti-con sensé montrer le caractère éminemment scientifique, et donc sérieux, du commentaire de l'intéressé.

Comme on s'en serait douté si l'ami Frédo se fend d'un article sur le site lameteo, et en fait bien entendu profiter tous ses copains skyfalleux, c'est uniquement pour montrer que s'il y a fonte des calottes glaciaires ce n'est aucunement par la faute du réchauffement climatique, puisque celui-ci n'existe pas, mais parce que les volcans en sont l'unique cause :
Moyennée sur six stations, l'Antarctique a connu un réchauffement de 1,0°C des années 60 aux années 90, avant de reperdre 0,4°C depuis. On constate malgré toute (sic) une fonte accrue, mais surtout au niveau de la péninsule la plus septentrionale, et d'autre part à cause d'une activité volcanique sous-glaciaire découverte tout récemment. Une fonte davantage due à la géologie qu'au réchauffement climatique !
Voilà c'est dit, la fonte est due à la géologie mon bon monsieur, en vérité les volcans ont attendu que l'homme commence à s'intéresser au réchauffement climatique pour se réveiller afin de les induire en erreur et les faire douter, car il est bien établi, n'est-ce pas, qu'avant la création du GIEC il n'y avait aucune activité volcanique sous les glaciers de l'Antarctique, hein !

Alors voyons un peu ce que nous dit cette étude ayant montré « une activité volcanique sous-glaciaire découverte tout récemment » selon les propos de Freddy la friture.

Je pense qu'il s'agit de cette étude parue dans Nature en juin 2018 (difficile de faire plus récent, si vous trouvez merci de me le dire) et intitulée Evidence of an active volcanic heat source beneath the Pine Island Glacier, soit Preuve d'une source de chaleur volcanique active sous le glacier de l'île du Pin en bon français.

J'en ai extrait quelques passages dont je me suis permis de souligner ce qui me paraissait le plus important que j'ai également traduit en français afin d'en faire profiter tout le monde (je suis très partageur)
Presently,the greatest contributor to ice shelf instability around Antarctica appears to be an increase in ocean heat supply to the cavities of Antarctic ice shelves19. Circumpolar Deep Water (CDW) is the primary heat source for melting glacial ice and its increased presence on the Amundsen Sea continental shelf has been implicated in the rapid melting and grounding line retreat observed beneath the Pine Island Glacier19,20,21 and in the atmospheric warming along the western Antarctic Peninsula22. The ocean–atmosphere mechanisms that draw more CDW onto Antarctic continental shelves are challenging to characterize and remain poorly understood23, although the concentration and distribution of CDW and its year-to-year variations have revealed connections to climatic changes in the regional winds21,24.
L’eau profonde circumpolaire (CDW) est la principale source de chaleur pour la fonte des glaces et sa présence accrue sur le plateau continental de la mer Amundsen a été impliquée dans la fonte et le retrait rapides observés sous le glacier du Pin ainsi que dans le réchauffement de l'atmosphère le long de la Péninsule antarctique ouest.
Based on the observed 3He excesses, the mantle-derived heat at the front of the ice shelf cavity is 32 ± 12 J kg−1 of seawater. This excess heat is small compared to the heat content of CDW20 (ca. 12 kJ kg−1), demonstrating that volcanic heat does not contribute significantly to the glacial melt observed in the ocean at the front of the ice shelf. This interpreation is consistent with our understanding of melt dynamics beneath the Pine Island Ice Shelf - that most of the basal melt occurs within the cavity, as a result of ocean heat supply20.
Cet excès de chaleur est faible comparé à la teneur en chaleur de l'eau profonde circumpolaire (CDW) démontrant que la chaleur volcanique ne contribue pas de manière significative à la fonte glaciaire observée dans l'océan à l'avant de la plateforme de glace côtière.
[…] we note that the adjacent Thwaites Glacier proved largely insensitive to the presence of a mantle heat source. Basal friction is high beneath the Thwaites Glacier leading to significant basal heat production and the additional heat from a mantle plume did not drastically alter the ice stream velocity58.
le glacier Thwaites adjacent s'est avéré largement insensible à la présence d'une source de chaleur du manteau.

Je pense que cela se passe de commentaires additionnels, cependant je vous donne en bonus les références notées dans les passages relevés :

Le site futura-sciences fait un compte-rendu de cette étude d'une manière autrement plus objective que notre « présentateur météo qui se prend pour un expert en climatologie », on peut notamment lire :
[…] il existerait dans cette zone [du glacier de l'ile du Pin] une source de chaleur volcanique qui peut être qualifiée d'active, car 25 fois plus importante que ce que l'on pourrait attendre d'un volcan éteint. Et si l'on sait que l'inlandsis antarctique occidental repose sur un système volcanique, la dernière trace d'une activité remontait à quelque 2.200 ans.
Mais alors, cette source de chaleur explique-t-elle la fonte rapide de cette partie du plateau de glace ? Les chercheurs assurent que non. « De nombreuses preuves montrent que le réchauffement climatique cause la majeure partie de la fonte des glaces, explique Brice Loose, océanographe à l'université de Rhode Island (États-Unis). Il est trop tôt pour se prononcer quant à l'impact de cette source de chaleur, car nous ignorons encore sa distribution exacte. »
Il est cependant à noter que l'amincissement de la couche de glace dû au réchauffement climatique lève une partie de la pression exercée sur le manteau terrestre. Et augmente ainsi l'intensité de la chaleur volcanique qui s'échappe, réchauffant les eaux alentour.

Ainsi, de manière cocasse si l'on peut dire, c'est le réchauffement climatique qui pourrait être à l'origine de cette activité volcanique apparemment « soudaine », en allégeant le manteau terrestre par la fonte des glaces qu'il engendre ; à moins d'être un climatosceptique endurci comme Frédéric Decker, et en faisant l'effort de lire les études qui ne vont pas dans le sens qui nous convient, il parait assez évident que l'activité volcanique « a bon dos » et qu'il s'agit d'un coupable bien trop facile pour être vrai.


dimanche 19 août 2018

Nous n'avons besoin que de 60 stations de surface !

Le titre de ce billet est volontairement provocateur.

Bien sûr que plus nous avons de stations pour mesurer les températures et plus notre confiance dans les résultats est élevée.

Cependant, même en réduisant plus ou moins drastiquement le nombre de stations on s'aperçoit que cela ne change pas grand chose en ce qui concerne les anomalies de températures (pour les températures absolues c'est apparemment une autre histoire)

C'est l'excellent site ...and Then There's Physics qui me le rappelle (je l'avais déjà lu quelque part) :
Since surface temperature changes are correlated over distances of about 1000 km (it does depend somewhat on the latitude of the stations), it turns that you only need about 60 stations to produce a reasonable surface temperature dataset. 
Étant donné que les changements de température de surface sont corrélés sur des distances d'environ 1000 km (cela dépend quelque peu de la latitude des stations), il suffit d'environ 60 stations pour produire un ensemble de données de température de surface raisonnable.
Et il fournit l'outil qui permet de s'en rendre compte soi-même, sur le site tools.ceit.uq.edu.au

En fait l'information date d'il y a plus de 3 ans et était disponible sur le site skepticalscience dont la tâche essentielle est de réfuter toutes les tentatives de désinformation de la part de la communauté climatosceptique (avec l'aide financière de qui-vous-savez) ; je pense donc que c'est sur ce site que j'avais déjà pris connaissance de cet outil, mais j'avais oublié qu'il existait.

Un tutoriel de l'outil est disponible sur cette vidéo (en anglais) : youtube

Chacun de vous peut donc se livrer à un petit exercice consistant à sélectionner une seule station, ou les stations d'un pays, ou celles d'une région, et les comparer avec ce que l'on connait des anomalies de températures globales que l'on peut reconstituer avec un autre outil bien connu, woodfortree :

Evolution  des températures depuis 1880 (je présume par rapport à la moyenne 1880-2018) ; source woodfortrees
De ce graphique comprenant les trois sources déjà citées dans mon précédent billet on peut remarquer que depuis 1880 la température globale aurait augmenté grosso modo d'environ un degré et demi (de -0,5 à +1), la hausse étant de près de un degré depuis la fin des années 1970s (de 0 à +1)

Maintenant je vais me livrer à plusieurs « manipulations » de mon outil afin de voir ce que cela donne quand on sélectionne les stations (chaque fois évidemment j'indiquerai les critères de sélection)

Une seule station : Toulouse Blagnac.
Résultat de Toulouse Blagnac : environ +1,5°C depuis les années 1970s

J'ai choisi cette station parce qu'elle est chère à mon cœur, et je m'aperçois de deux choses :
  1. pas de données avant 1950, dommage ;
  2. fortes variations « temporaires » avec une coupure dans les années 1980s
Bon cette station n'est peut-être pas significative, de plus elle est située vraisemblablement dans l'aéroport de Toulouse Blagnac, donc peut-être victime de l'effet de chaleur urbain, bien que celui-ci soit très certainement ajusté (je ne pense pas un moment que les météorologues soient des crétins ou des comploteurs)

Alors voyons une autre station, au hasard (vous pouvez en choisir une autre, be my guest)

Une seule station : Brest.
Résultat de Brest : environ +1°C depuis les années 1970s

Donc Brest est plutôt en ligne avec les données globales qui disent à peu près +1°C depuis les années 1970s, mais on ne saura rien pour les températures depuis au moins le début du siècle, dommage.

Alors traversons la France et allons à Nice :

Une seule station : Nice.

Résultat de Nice : environ +1°C depuis les années 1970s




















Je fais une pause pour simplement signaler que mes estimations sont faites « à vue de nez » en observant les graphiques, rien donc de mathématiquement précis dans les chiffres que je donne, cependant ce qui compte c'est la « vue globale », pas les détails au dixième de degré près ; et jusqu'à présent les graphiques sont plutôt cohérents entre eux, par exemple vous pouvez remarquer à chaque fois ce gros creux entre 1980 et 1990, preuve qu'il devait y avoir à cette époque « quelque chose » que nous allons essayer de confirmer avec une vue d'ensemble du territoire français :

Toutes les stations de France (en n'oubliant pas...la Corse)
Résultat de la France : environ +1°C depuis les années 1970s ; environ +1,5°C depuis 1900.

Et là miracle, nous tombons sur des valeurs très proches des données globales déjà vues plus haut :
[…] la température globale aurait augmenté grosso modo d'environ un degré et demi (de -0,5 à +1), la hausse étant de près de un degré depuis la fin des années 1970s (de 0 à +1)
Et entre 1980 et 1990 on aperçoit bien le fameux « trou » déjà repéré dans les trois précédents graphiques !

Et en poussant le bouchon un peu loin on pourrait presque dire que la station de Nice représente assez bien l'évolution des températures pour l'ensemble du territoire français !

Essayons maintenant de voir ce que cela donne au niveau européen :

Toutes les stations Européennes (en omettant la Russie)
Résultat de l'Europe : environ +1°C depuis les années 1970s ; environ +1,5°C depuis 1900.

Etonnant, non ? Et avec une nette dépression entre 1980 et 1990, tout comme en France et dans les trois stations françaises sélectionnées...

On pourrait continuer ce petit jeu très longtemps, je vais terminer avec une seule station à l'autre bout de la planète, choisie au hasard (je n'en ai pas vérifié d'autres, à vous de vous y coller si l'envie vous prend)

Une seule station : l'ile de Pâques.
Résultat de l'ile de Pâques : environ +1°C depuis les années 1970s.

Tiens donc, et toujours ce « trou » entre 1980 et 1990, comme si l'ile de Pâques était connectée à l'Europe, étrange non ?

Bref nous avons bien la démonstration qu'il n'est nul besoin de parsemer la planète d'une station météo tous les kilomètres carrés pour s'apercevoir que la température globale augmente bel et bien, et que les chiffres qu'on nous donne (on nous dit souvent un degré de plus par rapport à l'ère préindustrielle ou 0,8°C quelque chose par rapport aux années 1970s) ne sont pas particulièrement « catastrophistes » ; ils sont simplement alarmants, alarmants dans le même sens qu'une alarme anti-incendie nous avertit d'un danger que nous avons intérêt à prendre au sérieux.

Le site andthentheresphysics de son côté s'est livré au même genre d'exercice afin de voir les différences dans les tendances et voici ce que cela donne :

4 tendances selon le nombre de stations prises en compte.

Nous avons donc les 5451 stations que compte la planète ainsi que d'autres ensembles plus restreints allant de 544 à seulement 65 stations (dommage que le détail des stations ne soit pas fourni, mais chacun est libre de faire le travail et de vérifier avec ses propres données)

On voit clairement que les droites de tendances ne sont pas significativement éloignées les unes des autres, elles montent toutes d'environ 1 à 1,1°C (de -0,6-0,5 à +0,5-0,6) depuis l'an 1900, mais il faut dire que sur ce graphique on voit assez clairement d'où l'on part et où l'on arrive alors que sur ceux que j'ai montrés auparavant l'absence de droite de tendance empêchait de définir les points de départ et d'arrivée ; en fait il faut minorer mes chiffres, car on voit bien que ces points de départ et d'arrivée ne coïncident pas, ceux des droites de tendances sont situés plus bas que les courbes elles-mêmes, environ 0,4°C plus bas pour l'an 1900 et 0,1 à 0,2°C plus bas pour 2018.

Dans les commentaires on peut lire de véritables experts (pas des rigolos auto-proclamés experts comme on peut en voir sur Skyfall ou WUWT) comme par exemple :

Andrew E Dessler says:
August 18, 2018 at 6:45 pm
Worth explicitly stating that this is true for *anomalies*, but not for absolute temperature. For absolute temperature, you’d need a very very dense network (probably every few 10s of meters, in order to get differences in surface type). That’s why we don’t really know the absolute temperature of the planet, but can nonetheless measure the temperature change very accurately. 
Il est important de dire explicitement que cela est vrai pour * les anomalies *, mais pas pour la température absolue. Pour une température absolue, vous avez besoin d'un réseau très dense (probablement tous les 10 mètres, afin d'obtenir des différences de type de surface). C'est pourquoi nous ne connaissons pas vraiment la température absolue de la planète, mais pouvons néanmoins mesurer très précisément le changement de température.
Andrew Dessler a sa fiche wikipedia qui le qualifie de climatologue (climate scientist) et nous informe qu'il est professeur en sciences de l'atmosphère à l'université du Texas, une toute autre pointure qu'un Jean-Pierre Bardinet qui intervient à tout propos dès que le climat est évoqué sans avoir la moindre compétence (et légitimité) pour le faire.

Victor Venema says:
August 18, 2018 at 2:45 pm
Yes, you do not need that many stations to compute the large-scale long-term trend from station observations.
You do need more stations in praxis, so that you can compare them with each other and remove changes due to changes in the way temperature was measured. Otherwise those 60 stations would not be reliable. #homogenisation
You need more stations for spatial information on how the climate system works. #ElNino
You need more stations for more accurate monthly, seasonal, annual and even decadal averages and to thus avoid even more stupid “hiatus” discussions.
The Global Climate Observing System (GCOS) is working on a plan for a global climate reference station network (similar to the US reference network) with stable measurements at pristine locations. For such a network you do not need that many stations if you use it as the stable backbone of the entire system and use the other stations for higher-resolution spatial and temporal information.
https://rmets.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/joc.5458
Oui, vous n'avez pas besoin de nombreuses stations pour calculer la tendance à long terme à grande échelle à partir des observations d'une station.
Vous avez besoin de plus de stations dans la pratique, de sorte que vous pouvez les comparer les unes aux autres et supprimer les changements dus aux changements de la façon dont la température a été mesurée. Sinon, ces 60 stations ne seraient pas fiables. # homogénéisation
Vous avez besoin de plus de stations pour obtenir des informations spatiales sur le fonctionnement du système climatique. #ElNino
Vous avez besoin de plus de stations pour obtenir des moyennes mensuelles, saisonnières, annuelles et même décennales plus précises et éviter ainsi des discussions encore plus stupides sur le "hiatus".
Le Système mondial d’observation du climat (SMOC) élabore actuellement un plan pour un réseau mondial de stations de référence pour le climat (similaire au réseau de référence des États-Unis), avec des mesures stables dans des endroits immaculés [i.e. non contaminés]. Pour un tel réseau, vous n'avez pas besoin de beaucoup de stations si vous l'utilisez comme épine dorsale stable de tout le système et utilisez les autres stations pour obtenir des informations spatiales et temporelles de résolution supérieure.
Victor Venema appartient à l'institut de météorologie de l'université de Bonn, une autre pointure donc qu'un Frédéric Decker, ce présentateur météo qui se laisse facilement embobiner par le climatosceptique Hacène Arezki.

Eric Steig says:
August 18, 2018 at 3:23 pm
We wrote about this right after the CRU hack in 2009. http://www.realclimate.org/index.php/archives/2009/12/are-the-cru-data-suspect-an-objective-assessment/
You actually only need about 30 stations, as we showed (though the figure has disappeared — I’ll try to find it and get it back up!).
Nous avons écrit à ce sujet juste après le piratage de CRU en 2009. http://www.realclimate.org/index.php/archives/2009/12/are-the-cru-data-suspect-an-objective-assessment/
En fait, vous n'avez besoin que d'environ 30 stations, comme nous l'avons montré (bien que le chiffre ait disparu - j'essaierai de le trouver et de le récupérer!).
Eric Steig est professeur de sciences de la Terre et de l'espace à l'université de Washington et son palmarès au niveau des parutions en matière de climat est d'une toute autre ampleur que les rachitiques productions d'un Benoit Rittaud.

Il est intéressant de lire quasiment tous les autres commentaires (à l'exception notable de ceux de Richard Tol qui n'apportent jamais grand chose) contrairement aux sites climatosceptiques auxquels nous sommes habitués dans lesquels il peut éventuellement exister quelques pépites à extraire de la gangue trollesque (ce qui est d'ailleurs cocasse c'est que les climatosceptiques sont ceux qui trollent le plus leurs propres sites par leur commentaires à côté de la plaque)

Richard Tol, le troll hirsute.

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