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vendredi 6 novembre 2015

Oui, le réchauffement climatique peut provoquer des conflits: exemple de la Syrie

Ce n'est un mystère pour personne que des conflits sont générés par des problèmes liés à l'eau, comme l'explique une note du CNRS: L'eau, une source de conflits entre nations. Extraits:
  • Les perspectives en matière d’eau douce ne sont pas réjouissantes puisque, de l’avis général, sa raréfaction semble inéluctable.
  • Selon une étude des Nations Unies, l'eau pourrait même devenir, d'ici à 50 ans, un bien plus précieux que le pétrole.
  • Avoir accès à l’eau est donc devenu un enjeu économique puissant à l’échelle planétaire qui pourrait devenir, dans le siècle à venir, l'une des premières causes de tensions internationales.
  • Aujourd'hui encore, les contentieux à propos de l'eau sont nombreux à travers le monde, notamment au Nord et au Sud de l'Afrique, au Proche-Orient, en Amérique centrale, au Canada et dans l'Ouest des Etats-Unis.
  • Avec l’essor démographique et l’accroissement des besoins, ces tensions pourraient se multiplier à l’avenir.
Il n'est pas question dans cette note de réchauffement climatique, ainsi que dans celle-ci intitulée Y a-t-il un risque de pénurie? dont voici quelques extraits:
  • La population mondiale devrait passer de 6 milliards d'individus en l'an 2000, à 8 milliards en l’an 2025. La quantité moyenne d'eau douce disponible par habitant et par an devrait donc chuter de 6 600 à 4 800 mètres cubes, une réduction de presque un tiers.
  • Si parallèlement la tendance actuelle à l'augmentation des prélèvements en eau se poursuit, entre la moitié et les deux tiers de l'humanité devraient être en situation dite de stress hydrique en 2025, seuil d'alerte retenu par l'Organisation des nations unies (ONU) et correspondant à moins de 1700 mètres cubes d'eau douce disponible par habitant et par an. Le risque d’une pénurie d’eau douce existe donc bel et bien.
  • L’un des problèmes majeurs en matière d'eau douce et d'alimentation humaine est posé par l’irrigation, car pour nourrir toute la population de notre planète, la productivité agricole devra fortement augmenter.
  • Un autre enjeu de taille pour les années à venir est celui de la satisfaction de l’ensemble des besoins en eau potable de l’humanité. Aujourd’hui, déjà un habitant sur cinq n’y a pas accès.
Cependant il existe une étude publiée dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Science of the United States of America, revue américaine à comité de lecture) dont voici quelques extraits (mes commentaires en italiques):
 

Significance

There is evidence that the 2007−2010 drought contributed to the conflict in Syria. It was the worst drought in the instrumental record, causing widespread crop failure and a mass migration of farming families to urban centers. Century-long observed trends in precipitation, temperature, and sea-level pressure, supported by climate model results, strongly suggest that anthropogenic forcing has increased the probability of severe and persistent droughts in this region, and made the occurrence of a 3-year drought as severe as that of 2007−2010 2 to 3 times more likely than by natural variability alone. We conclude that human influences on the climate system are implicated in the current Syrian conflict.

Ainsi la Syrie a connu une sévère sécheresse durant plusieurs années, que la variabilité naturelle du climat ne peut pas expliquer à elle seule.

A l'appui de ces assertions plusieurs graphiques sont montrés:


Fig. 1.
(A) Six-month winter (November−April mean) Syria area mean precipitation, using CRU3.1 gridded data. (B) CRU annual near-surface temperature (red shading indicates recent persistence above the long-term normal). (C) Annual self-calibrating Palmer Drought Severity Index. (D) Syrian total midyear population. Based on the area mean of the FC as defined by the domain 30.5°N–41.5°N, 32.5°E–50.5°E (as shown in Fig. 2). Linear least-squares fits from 1931 to 2008 are shown in red, time means are shown as dashed lines, gray shading denotes low station density, and brown shading indicates multiyear (≥3) droughts.

On voit nettement que:
  • A- Les précipitations hivernales sont en continuelle régression
  • B- Les températures de surface (à ne pas confondre avec la basse troposphère...) sont en nette augmentation
  • C- L'indice PDSI est en très forte baisse, avec deux creux récents à quasiment -3 ce qui correspond à une sécheresse sévère
  • D- La forte augmentation de la population syrienne, bien que n'étant pas provoquée par le réchauffement climatique, est bien entendu un facteur de stress supplémentaire susceptible de provoquer des tensions liées à la gestion de l'eau

Abstract

Before the Syrian uprising that began in 2011, the greater Fertile Crescent experienced the most severe drought in the instrumental record. For Syria, a country marked by poor governance and unsustainable agricultural and environmental policies, the drought had a catalytic effect, contributing to political unrest. We show that the recent decrease in Syrian precipitation is a combination of natural variability and a long-term drying trend, and the unusual severity of the observed drought is here shown to be highly unlikely without this trend. Precipitation changes in Syria are linked to rising mean sea-level pressure in the Eastern Mediterranean, which also shows a long-term trend. There has been also a long-term warming trend in the Eastern Mediterranean, adding to the drawdown of soil moisture. No natural cause is apparent for these trends, whereas the observed drying and warming are consistent with model studies of the response to increases in greenhouse gases. Furthermore, model studies show an increasingly drier and hotter future mean climate for the Eastern Mediterranean. Analyses of observations and model simulations indicate that a drought of the severity and duration of the recent Syrian drought, which is implicated in the current conflict, has become more than twice as likely as a consequence of human interference in the climate system.

Donc:
  • Avant la révolte syrienne de 2011, le Croissant Fertile vécut la pire sécheresse depuis la mise en place des mesures instrumentales; un climatosceptique objectera immédiatement qu'avant les mesures instrumentales des sécheresses encore pire ont pu avoir lieu, ce qui est fort possible, cependant la population à ce moment n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, donc les conséquences ne peuvent pas être comparées; par ailleurs il est fort probable que si de telles calamités ont bien eu lieu, elles n'aient pas entrainé de conflits mais simplement de nombreuses morts dues à la famine.
  • Evidemment la responsabilité première repose sur Bachar el-Assad, il est difficile de le nier; cependant ce sont bien les sécheresses sévères qui ont été les déclencheurs des révoltes en provoquant de massives migrations des campagnes vers les villes.

Ainsi dans le futur nous pouvons raisonnablement (!) nous attendre en Europe à une amplification des problèmes dus à des migrations massives de populations originaires du Moyen Orient ou d'Afrique, en raison des problèmes politiques, religieux et/ou sociaux grevant de nombreux pays, mais exacerbés par des conditions climatiques devenant de plus en plus pénalisantes pour leurs populations.

Et ces conditions climatiques n'auront pas grand chose à voir avec la variabilité naturelle du climat.

Et Philippe Verdier, pour qui "La France, pays parmi les moins touchés par le changement climatique, bénéficie des avantages du réchauffement", est bien naïf de croire qu'il sera, lui ou ses descendants, épargné par les conséquences du réchauffement climatique global; quand de pauvres hères à la peau sombre viendront frapper à sa porte, leur dira-t-il d'aller se faire voir ailleurs?






 

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