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dimanche 27 novembre 2016

Mes pièges à chenilles processionnaires

En cette journée de primaires où il s'agit essentiellement de choisir le candidat le moins réactionnaire (ou le plus réactionnaire si on est réactionnaire bien sûr) il y avait d'autres choses bien plus intéressantes à faire surtout quand on n'est pas concerné par les problèmes de choix cornélien des gens de droite (bientôt il y aura le même type de problème pour ceux de gauche, chacun son tour)

Moi j'ai choisi, puisque le temps s'y prêtait, de m'occuper à remettre en place les pièges que j'avais installés l'an dernier et qui s'étaient avérés très efficaces.

Les chenilles processionnaires sont de jolis petits animaux qui vont à la queue leu leu et sont donc plutôt originaux (ainsi que ceux qui actuellement font la queue pour voter) mais se révèlent très dangereux pour nos animaux favoris, les chiens et les chats.

Le site France Chenilles nous explique de quoi il s'agit et comment combattre ce mini fléau des jardins qui a tendance à se répandre sur le territoire en progressant vers le nord (on se demande bien pourquoi...)

Le cycle biologique est très bien expliqué avec ce schéma :


On voit que les processions, qui préludent à l’enfouissement, commencent en principe fin janvier pour se terminer courant juillet (cela dépend de la région) mais l'an dernier les processions de mes chenilles avaient toutes commencé en janvier et en février toutes ces bestioles étaient déjà piégées dans les sacs de terre de mes pièges, mais il faut dire que l'hiver 2015-2016 a été particulièrement doux chez moi ; cette année l'automne semble un peu plus frais mais comme l'hiver n'a pas encore commencé on ne sait pas ce que cela donnera, donc j'ai préféré, comme indiqué dans le schéma suivant, poser mes pièges dès maintenant :


Le piégeage indiqué (en bleu) est chimique, à base de phéromones de synthèse censées leurrer les mâles si j'ai bien compris, mais je n'ai qu'une confiance limitée dans ce type de technique, pour moi le plus efficace est le piégeage manuel avec de simple sacs de terre accrochés aux arbres, encore différent de la lutte mécanique qui consiste à couper les branches atteintes. Quant à la lutte chimique à base d'insecticides très peu pour moi, chaque fois qu'on peut se passer de ce genre de produits c'est toujours préférable ; le traitement biologique est identique au précédent sauf que l'insecticide est « naturel », à base de BT comme dans le BT-corn transgénique que mon entreprise avait essayé de commercialiser...

Voici un petit aperçu de mes chenilles et de mes pièges.

Tout d'abord le problème en lui-même, le nid dans lequel les chenilles se calfeutrent bien au chaud pour passer les mauvais jours en se nourrissant des aiguilles de pins qui les entourent :


Mes trois pins noirs d'Autriche sont les plus atteints, ils ont tous été recolonisés cette année, certes en moins grandes quantités que l'an dernier, quant à mon pin parasol qui avait hébergé deux ou trois nids l'année dernière il n'en porte aucun aujourd'hui, apparemment les chenilles préfèrent les cieux autrichiens, mais cela pourrait changer, c'est pour cela que je l'ai quand même protégé :


Pour plus de détails sur le système de piégeage :


La collerette supérieure  piège les chenilles qui descendent le long du tronc, elles se mettent alors à tourner en rond en ignorant dans un premier temps le trou (unique) qui communique via un tuyau flexible avec un sac de terre attaché par deux crochets à une sangle fixée sous la collerette ; on dirait qu'elles se doutent de quelque chose et hésitent à s'engager dans cet étroit conduit, cependant au bout d'un moment elles se décident enfin à l'emprunter et vont s'enfouir dans la terre (promise) qui devient leur tombeau. Cette année j'essayerai de les prendre en photos quand elles se trouvent dans la collerette puis dans la terre (on peut les voir un temps à travers le plastique, puis elles s'enfoncent au milieu et deviennent invisibles)

Je n'ai pas changé la terre de l'an dernier, donc les cadavres des chenilles de la saison précédente sont toujours dans la terre, on verra si cela a une influence ou pas (dans la notice il est indiqué de se débarrasser des sacs en déchetterie mais je n'en vois pas l'utilité, à moins de vouloir chaque année dépenser de l'argent pour acheter d'autres sacs...)

Je me suis même demandé quelle était l'utilité des sacs, est-ce qu'on ne pourrait pas par exemple utiliser la seule collerette (sans trou...) et laisser les chenilles tourner indéfiniment en rond jusqu'à épuisement ou jusqu'à ce que les oiseaux se chargent de faire le ménage (les mésanges semblent être particulièrement friandes des chenilles, ça c'est de la lutte biologique ou je ne m'y connais pas !)

Quand les sacs seront devenus inutilisables à force d'avoir servi, ou que leurs attaches auront cédé suite à l'augmentation de diamètre des troncs (je ne suis pas arrivé à desserrer ces attaches...) je tenterai cette méthode « pour voir », mais il est sûr que si elle marche elle ne va pas être mise en avant par les fabricants de ces pièges...

Pour finir, quid du réchauffement climatique ?

J'ai noté que les chenilles avaient colonisé la quasi-totalité de certaines forêts de pins dans les endroits où je fais de la randonnée, mais c'est une impression personnelle qui n'a pas de valeur scientifique, alors voyons un peu ce qui se dit sur le sujet.

Sur le site du Ministère de l'Environnement, de l’Énergie et de la Mer on nous dit :
  • Les contraintes thermiques, qui forçaient la chenille à demeurer au sud de la Loire dans les années 1970, ont été progressivement levées par le réchauffement climatique. Cela a permis son expansion continue vers le nord au rythme moyen de 4 km/an durant les dix dernières années. Cette progression pose des questions quant à son impact sanitaire potentiel (allergies, urtication, choc anaphylactique) pour l’homme et les animaux domestiques. Les populations situées à l’est et à l’ouest du Massif central, séparées à l’origine, se sont rejointes au nord de ce massif.
 Avec la carte suivante :

La carte globale, réactualisée tous les 5 ans, montre l’expansion latitudinale de la processionnaire du pin en France entre l’hiver 1980-1981 et l’hiver 2005-2006. D’origine méditerranéenne, cet insecte présente, contrairement à la plupart de ses congénères, un développement larvaire hivernal. Il se trouve, pendant ce stade, favorisé par une augmentation même minime de la température hivernale qui régule ses chances de survie. En l’occurrence, les contraintes thermiques de l’insecte sont d’une part une température létale inférieure à -16 °C et, d’autre part, des capacités de nutrition nocturne liées à l’exigence d’une température du nid d’au minimum 9 °C durant le jour suivie d’une température de l’air supérieure à 0 °C la nuit suivante. Alors que ces contraintes forçaient par exemple en Région Centre l’insecte à stationner au sud de la Loire dans les années 1970, le réchauffement climatique les a progressivement levées permettant une expansion continue vers le Nord. Les populations situées à l’Est et à l’Ouest du Massif Central, séparées à l’origine, se sont également rejointes au nord de ce massif. Une progression similaire est visible en altitude (Alpes, Pyrénées, Massif central).

Le site du Parc national des Écrins nous informe :
  •  A l’origine méditerranéenne, cette espèce est connue depuis longtemps dans la moitié sud de la France. Favorisée par les températures douces, le réchauffement climatique lui est bénéfique. On observe depuis quelques décennies une expansion de son aire de répartition vers le nord, où elle atteint désormais la Normandie et la région parisienne, ainsi qu’en altitude. Elle a été observée jusqu’à plus de 1600 m sur le territoire du parc national des Ecrins.
  • Outre le réchauffement climatique, l’espèce est capable de se déplacer sur de longues distances (le mâle du papillon peut se déplacer jusqu’à une cinquantaine de kilomètres, contre trois à quatre pour la femelle). De plus, l’utilisation de pins sur les bords de routes et autoroutes constitue des corridors pour la processionnaire qui dispose alors de « routes » toutes tracées pour sa propagation.
Ainsi le réchauffement climatique est un facteur aggravant, au même titre que l'usage que l'on fait des pins le long des routes qui permet une propagation facilitée ; mais si vous demandez à un climatosceptique il vous dira que le réchauffement climatique n'y est pour rien et que seul l'usage des pins est responsable, explication caractéristique de celui qui regarde les choses avec des œillères lui occultant une partie du problème.

Sur le site de l'INRA nous avons les détails (les deux sites ci-dessus se réfèrent à l'INRA et restent dans les généralités) :
  • Telle une armée en campagne, la chenille processionnaire avance vers le nord de la France à la recherche de pins ou de cèdres à effeuiller. Conséquence palpable du réchauffement climatique, c’est à présent presque tout le territoire qui est favorable à son développement.
  • Le front d’invasion de cet insecte ravageur part du Finistère, passe par le sud de la région parisienne pour atteindre finalement le lac Léman. Il se trouve actuellement à une vingtaine de kilomètres seulement de Paris. Le front avance en moyenne 5 kilomètres tous les ans, d’après les chercheurs de l’unité de recherche de Zoologie forestière qui suivent cette évolution. Au total, en quelque 20 ou 30 ans, la chenille s’est emparée d’environ 100 000 km2 de territoire français. [soit près d'un cinquième du territoire]
  • La chenille processionnaire gagne aussi des terres en hauteur. Ainsi, des zones élevées du Massif central, des Pyrénées ou des Alpes qui ne connaissaient pas l’insecte, sont désormais sous sa coupe. Les chercheurs calculent qu’elle gagne entre 3 et 7 mètres en altitude par an. [ce qui semble expliquer pourquoi j'en vois davantage durant mes randonnées...]
  • Avant les années 1990, la Loire constituait en quelque sorte la frontière Nord du territoire de la chenille processionnaire. Les années favorables, elle gagnait quelques kilomètres, qu’elle perdait ensuite lors d’hivers plus rigoureux. Mais à partir de cette décennie, le changement climatique a commencé à faire sentir ses effets. Ainsi, dans le Bassin parisien, la température moyenne minimale d’octobre à mars a augmenté d’environ 1°C en vingt ans.
  • Durant des années, la processionnaire était pour les scientifiques une extraordinaire sentinelle climatique : son expansion révélait très nettement la modification progressive des températures. Ce n’est plus le cas : « aujourd’hui, c’est la majeure partie du territoire français qui, du point de vue des températures, est favorable à la chenille. Si elle n’a pas encore tout envahi, c’est parce que son expansion naturelle est plus lente que le changement climatique », constate Alain Roques, directeur de l’unité de recherche Zoologie forestière. [ce qui montre bien que les espèces animales et végétales ont du mal à s'adapter à la rapidité du réchauffement climatique...]
  • Ce laboratoire coordonne actuellement un réseau, appelé PCLIM1 qui réunit 80 chercheurs de 20 pays. L’objectif est d’apprécier les réponses adaptatives au changement climatique des processionnaires et de leurs organismes associés.
    •  (1) « Processionnaires et Climat »: réseau mis en place par l’Inra dans le cadre du métaprogramme ACCAF (Adaptation de l’agriculture et de la forêt au changement climatique).
  • Une chenille sous contrainte
    Les chercheurs de l’Inra ont mené de nombreuses expériences afin de connaître les températures qui contraignent sa survie. Compte rendu :
    • -16°C : au-dessous de ce seuil, c’est toute la colonie qui meurt.
    • 0°C : température nocturne minimale de l’air pour que les chenilles, qui ne se nourrissent que la nuit, sortent de leur nid.
    • +9°C : température diurne minimale dans le nid pour que les chenilles puissent en sortir la nuit suivante. Ce seuil est appelé température d’activation.
    • +32°C : température estivale au-dessus de laquelle les colonies peuvent être durement affectées.
     
 Il y a quand même quelque chose de rassurant, c'est que quand les températures auront atteint durablement et dépassé les 32°C alors nous serons débarrassés des chenilles processionnaires !

Je sais, il m'en faut peu pour me rassurer.

Enfin un bulletin de l'ANSES nous informe au niveau épidémiologique :
  • Les conséquences du changement climatique s’expriment dans de nombreux domaines. L’agence nationale pour la recherche(ANR) a lancé un appel à projets en 2007 sur l’impact de ce phénomène complexe sur la biodiversité. En réponse,un programme associant des équipes de l’Inra, du CNRS, de l’assistance publique, de l’ENVA et de l’Afssa (de l’époque) avait été proposé. Intitulé «Anticipation des effets du changement climatique sur l’impact écologique et sanitaire d’insectes forestiers urticants», acronyme URTICLIM (ANR 07BDIV013), ce programme avait été retenu et arrive aujourd’hui à son terme (1er janvier 2008-31 décembre 2011). Le programme associant des équipes françaises et étrangères a été animé et coordonné par Alain Roques (Inra Orléans).
  • La chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pitycampa, famille des Notodontidae) se nourrit essentiellement sur diverses espèces de pin (Pinus sp.). Sa répartition naturelle est circum méditerranéenne. En France elle était limitée historiquement au sud de la Loire. Depuis quelques années, sa présence au nord devient de plus en plus régulière et après quelques percées (Val-de-Marne notamment) son implantation en région parisienne, très peuplée, semble inévitable (Figure1). Le projet, en s’appuyant sur ce constat, a utilisé la progression vers le nord de la chenille comme marqueur du changement climatique, puis a cherché à décrire cette avancée, l’analyser et essayer de la modélise. 
  • Une soixantaine de personnes représentant 20 pays ont participé à la réunion finale d’URTICLIM, tenue du 17 au 19 octobre 2011 en Corse.
Si la chenille processionnaire mobilise à elle seule « une soixantaine de personnes représentant 20 pays » alors je pense qu'on peut accorder une certaine importance au sujet et considérer que ce ne sont pas des fantaisistes qui s'occupent de régler ce genre de problème.

A mettre en regard avec la foule immense mobilisée par des climatosceptiques qui exposent leurs opinions sur le sujet plus global du climat...




 




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