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vendredi 25 novembre 2016

Trump et l'énergie

Adriasta publie un billet d'une certaine Gail Tverberg que je ne connaissais pas et dont le blog, Our Finite World, nous apprend :
  • The author of Our Finite World is Gail Tverberg. She is a researcher focused on figuring out how energy limits and the economy are really interconnected, and what this means for our future. Her background is as a casualty actuary, working in insurance forecasting.
Un équivalent d'Olivier Berruyer en quelque sorte, puisque tous les deux sont des actuaires travaillant essentiellement pour les compagnies d'assurance.

A cette occasion je mets immédiatement le blog de Gail Tverberg dans mes favoris afin de la suivre et voir régulièrement ce qu'elle a à dire sur le sujet du climat (je ne le fais pas pour le blog Les crises qui publie vraiment un peu n'importe quoi et s'égare dans de la géopolitique de comptoir de bistrot)

Le billet du 17 novembre est digne d'intérêt et mérite d'être lu en détail, voici quelques commentaires de mon cru (en bleu)

Page 4 :
  • La hausse de la productivité devrait entraîner une hausse des salaires
    • Ce n'est pas le cas
  • Les citoyens estiment que les méthodes actuelles ont échoué
  • De trop nombreux travailleurs sont toujours pauvres
  • La génération actuelle est plus pauvre que ses parents 
La hausse de la productivité (toutes choses égales par ailleurs) ne peut qu'entrainer une montée du chômage (on a besoin de moins de personnes pour produire la même quantité de biens ou de services) et donc une pression à la baisse des salaires, ce qui explique qu'en plus du chômage accru nous voyons de plus en plus de travailleurs pauvres. Seuls de nouveaux débouchés, induits par les progrès techniques essentiellement, peuvent éventuellement ouvrir (i.e. créer) de nouveaux emplois et rétablir une pression à la hausse des salaires en plus d'une baisse du chômage, mais même cela est temporaire car l'amélioration de la productivité ne tardera pas à annuler l'effet positif...Par ailleurs il existe de nombreux « faux » débouchés qui ne résultent d'aucun progrès technique véritable (seulement des améliorations de processus ou de la fabrication de besoins créés de toute pièce et supposés améliorer notre quotidien) et qui ne sont qu'un leurre bien incapable de résorber les problèmes de sous-emploi chronique et d'accroissement de la pauvreté (les GAFA en sont un merveilleux exemple qui produisent essentiellement du vent et déshabillent Paul pour habiller Jacques)

Page 6 :
  • Quelque chose semble mal tourné (sic) avec le pouvoir d’achat
    • L'électorat peut avoir un souci réel
    • Si les salaires sont trop bas, les travailleurs ne peuvent pas acheter la production de l'économie
      • La croissance économique ralentit, par faiblesse des salaires
C'est bien là le problème d'une politique économique basée sur l'offre et non sur la demande, on incite les entreprises à produire (en leur facilitant la vie par des baisses ou des crédits d'impôts ou en limitant les hausses de salaires ou en baissant les cotisations sociales dans l'espoir de les voir embaucher et/ou investir...) sans voir que s'il n'y a pas de demande pour garnir leurs carnets de commandes elles ne feront rien de ce qui a été pensé à leur place ! J'ai déjà traité le sujet ici.

 Page 7 :
  • Les salaires américains ont commencé à chuter en % du PIB durant les années 70, correspondant à la montée de la mondialisation
Comment pourrait-il en être autrement...?

Page 8 :
  • Aussi : Les 10% des salaires supérieurs obtiennent une plus grande part des salaires depuis 1980
Déjà évoqué ici dans le même billet que celui mentionné un peu plus haut. Les gagnants de la mondialisation sont toujours les mêmes, les happy few qui savent comment faire pour tirer profit de la libre circulation des biens et des personnes, en exploitant évidemment au maximum ces dernières ; et pour justifier leurs actes ils ne trouvent rien de mieux que de dire que la mondialisation a tiré des millions de gens dans les pays en développement (pour ne pas dire sous-développés...) d'une extrême pauvreté, sans dire qu'ils pourraient être bien moins pauvre (à défaut d'être plus riches) si les exploiteurs ne se sucraient pas sur leur dos.

Page 9 :
  • Chute du retour sur le travail
    • Il devient difficile pour les entreprises de vendre suffisamment de biens de consommation
    • Il devient difficile pour les gouvernements d’encaisser suffisamment d'impôts
    • Il devient difficile de rembourser la dette
    • Historiquement, cela semble conduire à l'effondrement, si ce n’est pas corrigé
Ce que Juppé et Fillon n'ont bien sûr pas compris avec leur programme ouvertement libéral. On en reparlera si l'un deux parvient au pouvoir et met ses menaces à exécution.

Page 11 :
  • La croissance économique est étroitement liée à la consommation d'énergie
Eh oui, sans consommation d'énergie difficile d'imaginer une quelconque croissance économique (i.e. une croissance du PIB), par conséquent tous ceux qui sont pour une reprise de la croissance économique ne peuvent être que pour un accroissement de la consommation d'énergie, et par voie de conséquence pour un accroissement de la production d'énergie, avec les problèmes qu'on connait...

Page 15 on peut voir une admirable courbe en crosse de hockey, celle représentant l'accroissement de la population mondiale de moins dix mille ans jusqu'à aujourd'hui ! A rapprocher de la courbe des concentrations de CO2 dans l'atmosphère et, bien sûr, de la courbe des températures ! Mais à part cela l'Homme n'y est pour rien, et puis d'abord quelle hausse des températures...?

Page 17 :
  • Les humains ont pu développer de plus grands cerveaux
    • Les premiers aliments cuits datent d’il y a 300 000 à 1 million d'années
    • Les aliments cuits permettent de plus petites dents et mâchoires, et un système digestif plus simple
    • Ce qui permet un métabolisme plus élevé et donc, des cerveaux plus gros
    • L’humanité est maintenant adaptée à manger de la nourriture cuite
Cela me fait penser à une discussion animée qui s'est tenue sur ce blog concernant l'Homme et l'animal ;  un certain Tsih y affirmait que « le développement spectaculaire d'une partie du cerveau chez l'homme au cours de l'évolution semble bien définitivement liée au phénomène qui a consisté pour nos ancêtres à accéder à et pouvoir consommer de la viande et des protéines animales (crues) plutôt que seulement des végétaux. » ; ici on parle d'« aliments cuits » sans préciser s'il s'agit de végétaux ou d'animaux ; et difficile maintenant de savoir si c'est le fait d'avoir mangé de la viande cuite d'animal qui a permis à l'humanité de progresser, ou si c'est le fait de manger des aliments cuits qui a permis à l'humanité d’augmenter ses capacités cognitives et d'améliorer ses techniques de chasse et donc de manger davantage de chair animale, le débat reste ouvert...

Page 19 :
  • La croissance de l’humanité est susceptible d'atteindre éventuellement des limites, même avec la complexité
  • Beaucoup de ressources s’épuisent simultanément
    • L'eau douce par habitant est en baisse
    • Les sols s’érodent et perdent leurs nutriments
    • Les minerais à forte concentration sont exploités en 1er
  • Des quantités plus importantes d’énergie peuvent être utilisées pour contourner ces limites
    • Les ressources énergétiques ont leurs limites aussi
  • Les ressources énergétiques ont des limites même si elles semblent renouvelables
    • Le coût élevé est une limite. Les quantités utilisées sont limitées par les impacts sur les écosystèmes
Le mot « éventuellement » de la première phrase doit être compris dans son sens anglais, c'est-à-dire que cela se produira dans un futur plus ou moins proche, il ne s'agit pas d'une simple possibilité. Le simple bon sens conduit à dire qu'effectivement :
  • on utilise en premier les ressources les moins chères, c'est-à-dire en principe celles qui sont les plus faciles à produire ou à se procurer (ce qui explique la chute actuelle des gaz de schistes suite à la baisse du prix du pétrole, rendant les techniques de fracking trop chères)
  • plus on extraira de ressources non renouvelables telles que le pétrole ou le charbon, moins il y en aura de disponibles à coût compétitif, alors que les énergies renouvelables ne pourront que voir leurs coûts baisser (ce qui ne veut pas dire que les ENR pourront satisfaire les besoins en énergie tels qu'ils sont actuellement...)
Page 20 :
  • Les bas salaires
    • Des ressources sont nécessaires pour des emplois bien payés
      • Par exemples : du pétrole pour faire fonctionner des machines lourdes, de l’électricité pour faire fonctionner des ordinateurs.
      • Peut sans doute être fait manuellement mais la productivité est moindre 
      • Les salaires bas reflètent une productivité moindre
C'est bien peut-être dans cette direction que l'humanité s'achemine :  davantage de main d’œuvre peu payée pour effectuer le même travail, une sorte de dé-productivité obligée afin d'employer les gens et éviter la révolution...

Page 24 :
  • Soutien du gouvernement nécessaire
    • Le gouvernement établit les règles
    • Il fournit des routes, de l'éducation, des services aux personnes âgées, etc
On comprend mieux les réticences des libéraux... Et puis cela ne va pas dans le sens de Fillon ou Juppé, que ce soit 250 000 ou 500 000 fonctionnaires en moins peu importe, on ne voit pas trop comment le gouvernement (français) va pouvoir avec eux fournir l'effort nécessaire, à moins évidemment que la solution toute trouvée soit de tout faire faire par le privé, c'est vrai que le privé est incomparablement plus efficace que le public en matière d'éducation ou de santé, sans compter la sécurité... Et dire que l'exemple pourrait venir de Trump...

Page 27 :
  • La baisse des salaires de ceux qui sont au bas de la hiérarchie tend à ralentir l’économie 
    • Les habitudes de consommation varient suivant les revenus
    • Les bas salaires dépensent tout (sic) leurs revenus
      • Pour acheter des produits de base, maintenant les prix hauts
      • Les hauts salaires consacrent de l’argent à l’éducation et aux services financiers, avec moins de retombées économiques
Les hauts salaires placent surtout leur argent en bourse ou dans l'immobilier, provoquant des bulles financières qui éclateront et pénaliseront en premier les bas salaires...

Page 34 :
  • Maintenant les bénéfices de la globalisation ont quasiment fini leur évolution
  • La croissance mondiale de l'offre d'énergie ralentit
  • L'offre bon marché de charbon en Chine ne stimule plus la croissance
Une autre façon de dire les choses : les arbres ne montent pas au ciel !

Page 35 :
  • La dernière tentative de complexité, que sont l'énergie éolienne et le PhotoVoltaïque, n’est pas un succès
  • Trop cher, pas suffisant, ajoute des problèmes au réseau
Que ce ne soit pas suffisant est une évidence, mais ce n'est pas une raison pour ne pas développer ces techniques. Par contre dire que c'est trop cher est peut-être vrai aujourd'hui, mais le coût des ENR ne peut que diminuer en comparaison des coûts d'extraction accrus des énergies fossiles. Quant à ajouter des problèmes au réseau le progrès technique n'est-il pas là pour remédier à ces problèmes...?

Page 37 :
  • Beaucoup de gens pensent que la croissance économique peut être découplée de la consommation d'énergie
    • Vrai pour les pays individuellement, mais pas pour le monde dans son ensemble
    • La consommation d’énergie détermine la capacité de charge pour l’humanité
    • Une réduction significative de la consommation d’énergie fossile réduira probablement la population humaine
Beaucoup de gens pensent effectivement « localement » et sont incapables de prendre de la hauteur ; c'est la cas des climatosceptiques qui pensent que le RCA est un canular parce qu'il neige chez eux. La population humaine risque bien de pâtir de manière plus ou moins directe du manque de ressources énergétiques : guerres, famines, épidémies, voilà ce qui pourrait bien être la « solution » et donner in fine raison à Malthus ! (Malthus n'a pas vraiment été réfuté, ses prévisions sont simplement repoussées dans le temps, il suffit donc d'être un peu patient...)

Page 42 (on y arrive) :
  • Quelques éléments de la solution de Trump
    • Réduire la réglementation des entreprises de l’énergie
    • Réduire les efforts contre le changement climatique
    • Réduire les subventions aux énergies renouvelables
    • Réduire les dépenses du gouvernement
    • Réduire les engagement[s] à l’étranger
  • Joseph Tainter, dans son livre « Effondrement des sociétés complexes » dit que les économies qui sont proches de l'effondrement peuvent, peut-être,retarder l'effondrement en réduisant la complexité
    • Les changements ci-dessus semblent réduire la complexité
Ce n'est qu'une opinion sans aucune base scientifique ni aucune preuve tirée d'un quelconque exemple dans le passé. Jared Diamond a montré que l'effondrement des sociétés tenait à plusieurs facteurs qui pouvaient être différents d'une société à l'autre.

Page 45 en guise de conclusion (et parce qu'il faut bien terminer un jour ce long billet) :
  • À long terme, il est difficile de voir une approche qui maintiendra le PIB à la hausse
    • Le mythe que l’économie peut continuer sans une fourniture d’énergie croissante bon marché est faux
    • Nos problèmes remontent à l'époque où les prix du pétrole ont dépassé les 20 $ le baril en $ actuel
    • Nous avons aussi le défi du vieillissement de la population
Est-ce que cela veut dire que Trump ou pas Trump de toute façon les dés sont jetés ?


Il est encore bien trop tôt pour dire quels seront les effets de la « politique » de Trump, il n'est pas impossible qu'il y en ait qui soient positifs et fassent regretter à tous les démocrates et autres socialistes (pour les français notamment) d'avoir poursuivi une « politique » de droite (ultra)libérale ayant conduit Trump au pouvoir et susceptible bientôt d'amener MLP aux portes de l'Elysée.









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