dimanche 21 mai 2023

Pourquoi la Russie doit perdre, par Eliot A. Cohen

 Depuis peu on voit régulièrement des références à un article écrit par un certain Eliot A. Cohen dans le journal The Atlantic sous le titre It’s Not Enough for Ukraine to Win. Russia Has to Lose. (Il ne suffit pas que l'Ukraine gagne. La Russie doit perdre.)

Comme l'accès à cet article est payant je n'avais jusqu'à présent pas eu la possibilité de le consulter, mais une aimable twitteuse nous fournit une archive en libre accès.

Je peux donc maintenant vous l'offrir à mon tour dans sa version française. Bonne lecture !


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Il ne suffit pas que l'Ukraine gagne. La Russie doit perdre.

Tout autre résultat encouragera l'impérialisme russe et confortera les autocrates dans le monde entier.

Par Eliot A. Cohen

Irina Rybakova / Handout / Reuters / Redux

19 MAI 2023, 14H02 ( HEURE DE NEW YORK)


Les États-Unis ont fait preuve d'un flou délibéré dans la formulation de leurs objectifs dans la guerre russe en Ukraine. Des expressions vagues comme "aider l'Ukraine à se défendre" ou, pire encore, "placer l'Ukraine dans la meilleure position possible pour les négociations" sont soit vides de sens, soit insipides. Le brouillard mental bureaucratique se fait passer pour une politique astucieuse, et c'est dangereux. La stratégie est l'adéquation entre les moyens et les objectifs. En temps de guerre, il est facile d'être obsédé par l'action plutôt que par l'objectif, et de tomber ainsi dans la célèbre description de Nietzsche de la stupidité humaine la plus commune : oublier ce que l'on avait l'intention de faire en premier lieu.

L'Ukraine sait comment elle définit la victoire : les frontières d'avant 2014 nettoyées de l'envahisseur, le retour de ses exilés et réfugiés, la reconstruction de sa société et de son économie, l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN, et une certaine justice pour les violeurs, les tortionnaires et les meurtriers russes. De même, nous savons comment les Russes définissent la victoire : une Ukraine brisée et coupée de l'Occident, une grande partie de son territoire annexée ; une Europe en plein désarroi qui reprend sa dépendance aux ressources naturelles bon marché et aux opportunités commerciales de Moscou ; et la reconstruction d'une grande partie de l'ancien État impérial russe.

Nous devrions vouloir la victoire telle que l'Ukraine la définit. Mais pour y parvenir, l'Occident ne doit pas seulement contribuer à la défaite de la Russie, il doit convaincre la Russie qu'elle a été vaincue.

Une Russie qui l'emporterait serait une Russie encore plus à même de s'ingérer en Europe et d'étendre son influence avec une violence illimitée ; une Russie qui aurait appris qu'elle peut commettre des massacres et des atrocités en toute impunité ; une Russie dont les ambitions grandiraient avec le succès. Une victoire russe enseignerait également au monde que l'Occident - y compris les États-Unis - n'a pas la volonté, malgré sa richesse, de respecter ses engagements, ce qui constituerait une leçon encourageante pour Pékin.

À l'inverse, une défaite russe mettrait Pékin - déjà quelque peu nerveux face à l'incompétence et aux déclarations extravagantes de son partenaire - sur la défensive, consoliderait l'alliance occidentale et contribuerait à préserver certaines des normes essentielles de comportement décent dans les parties du monde les plus importantes pour nous. Surtout, cela bloquerait définitivement le projet impérial russe, car sans l'Ukraine, comme l'a fait remarquer l'historien Dominic Lieven, la Russie ne peut pas être un empire.

La défaite russe ne nécessite pas une marche sur Moscou (rarement une bonne idée dans le passé), ni une Russie sans défense et dévastée (impossible sans la Troisième Guerre mondiale). Elle sera plutôt réalisée dans la tête des dirigeants et de la population russes. La Russie doit être convaincue que l'instrument militaire et son déploiement dans une guerre à grande échelle échoueront inévitablement, et elle doit réaliser que l'Ukraine est définitivement et complètement perdue.

De telles choses sont déjà arrivées. Israël n'a pas occupé les capitales arabes en 1967, mais cette guerre a amené les États arabes à abandonner l'idée qu'ils pouvaient anéantir l'État juif par des moyens conventionnels. La guerre de 1973 a forcé la conclusion que même un conflit conventionnel limité était trop dangereux pour être tenté.

Au Viêt Nam et en Afghanistan, les États-Unis ont été vaincus sans avoir perdu une seule bataille. Nous avons acquis la conviction qu'il était vain et douloureux de se battre, que nos ennemis étaient implacables et imbattables, et que le prix payé en sang, en argent et en attention n'en valait absolument pas la peine et n'en vaudrait jamais la peine.

Carl von Clausewitz, le philosophe allemand de la guerre, a dit que la guerre est une mise à l'épreuve des forces morales et physiques par l'intermédiaire de ces dernières. L'Ukraine ne doit pas seulement remporter des succès sur le champ de bataille lors de ses prochaines contre-offensives ; elle doit aussi obtenir plus que des retraits russes ordonnés à la suite de négociations de cessez-le-feu. Pour être brutal, nous devons voir des masses de Russes s'enfuir, déserter, tirer sur leurs officiers, être faits prisonniers ou mourir. La défaite russe doit être une immense et sanglante déroute, sans l'ombre d'un doute.

Les théories de la Russie sur la victoire en Ukraine sont allées s'effondrant les unes après les autres. Poutine a commencé par croire que le pays tomberait en une semaine, puis qu'il succomberait après un mois ou deux de combats acharnés, puis que l'Europe l'abandonnerait pendant un hiver froid sans gaz russe, puis que l'Ukraine pourrait être matraquée jusqu'à la soumission en attaquant ses villes. La dernière théorie de la victoire, à savoir que l'Occident n'a pas le cœur de déverser indéfiniment de vastes ressources en Ukraine, doit également être réfutée, car il n'y a plus rien après cela.

À cette fin, l'Occident devrait, de toute urgence, fournir à l'Ukraine tout ce dont elle pourrait avoir besoin, y compris des missiles à longue portée pour briser définitivement le pont de Kertch, long de 11 miles, qui relie le continent à la Crimée, et des armes à sous-munitions pour dévaster les véhicules de combat et l'infanterie russes. Briser l'armée russe, comme nous l'avons fait, en ne dépensant qu'une petite fraction de notre budget de défense et rien de notre sang est une aubaine stratégique stupéfiante.

Les Russes doivent en outre conclure que l'Ukraine - autrefois, selon eux, un pseudo-État contenant des "cousins" ou des "petits frères" - a disparu à jamais. Cela signifie une adhésion rapide à l'UE et à l'OTAN, mais aussi un engagement profond de l'Occident à reconstruire l'Ukraine sur le plan économique et, surtout, à l'armer jusqu'aux dents pour les années à venir.

Les palabres de l'administration sur la possibilité de donner nos F-16 surabondants à l'Ukraine sont stupides et à courte vue. Ces jets ne feront peut-être pas la différence sur le champ de bataille dans deux mois, mais le fait de savoir que plusieurs centaines d'entre eux sont en préparation pour les cinq prochaines années aurait une profonde importance symbolique. Nous devrions plutôt parler de la manière dont nous allons reconstruire les forces armées ukrainiennes, l'armée la plus importante, la plus éprouvée au combat et, à certains égards, la plus déterminée de l'Occident.

L'Occident a besoin d'une campagne d'information agressive pour faire comprendre la réalité de la défaite russe. Il faut rappeler aux Russes que leur économie chancelante ne représente qu'un dixième de celle de l'UE, qu'ils sont incapables de construire et de déployer un char moderne, que leur dernier avion à réaction performant, le Su-57, sera surpassé en nombre par les F-35 des quatre petits États nordiques, que leurs généraux sont surannés et incompétents, que leur haut commandement est indifférent à la vie de leurs hommes, que leur équipement est inférieur à celui de l'Ukraine et que leur logistique est pourrie par les pots de vin et la corruption.

La guerre de l'information devrait être renforcée par le maintien des sanctions, dont l'objectif n'est pas tant de gagner la guerre que de paralyser à long terme le potentiel de guerre russe en affaiblissant l'économie et en obligeant la Russie à se contenter de composants et de pièces détachées de qualité inférieure.

La Russie doit être isolée politiquement et psychologiquement, en jouant sur l'ambivalence historique du pays à l'égard de l'Occident, représenté dans ses deux capitales : Saint-Pétersbourg, tournée vers l'Europe, et Moscou, tournée vers l'Asie. Mais la littérature, l'art, la culture et la pratique politique de la Russie sont enracinés dans sa relation avec l'Europe. Le temps viendra peut-être - dans quelques années ou, plus probablement, dans quelques décennies - où une Russie postimperiale se tournera à nouveau vers l'Ouest.

Tout cela est faisable. En fait, cela est déjà arrivé à plus petite échelle. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, les dirigeants russes ont acquis la conviction qu'ils ne pouvaient pas suivre les progrès de la technologie militaire occidentale, alors même qu'ils menaient et perdaient la guerre en Afghanistan. Le bouleversement provoqué par Gorbatchev était en partie le résultat de cette prise de conscience.

Mais nos attentes doivent aujourd'hui être mesurées. Malheureusement, une Russie vaincue sera toujours malveillante, en colère et vengeresse ; elle sera probablement toujours dirigée par la "verticale du pouvoir", les hommes durs des ministères de la sécurité ; elle sera imprégnée d'anarchie et de meurtres ; et elle se livrera à la subversion, à la guerre politique et à des comportements malveillants de toutes sortes. Mais qui ne préférerait pas avoir affaire à un millier de fermes à trolls et d'organisations de façade plutôt qu'à un seul Marioupol ? Et cette Russie serait bien moins dangereuse pour nous, bien moins utile à la Chine, bien moins susceptible de susciter de nouvelles menaces monstrueuses dans les années à venir.

La clé de cette stratégie est le courage. Nous devons vaincre nos craintes face aux menaces et à l'escalade russes, à sa bravade nucléaire et même à l'effondrement de la Russie. Nous devons être stratégiques et astucieux, mais rien ne peut être accompli sans courage. Comme l'a dit Jean-Paul II, le vieil homme solitaire et désarmé qui a tant fait pour mettre le communisme soviétique à genoux : "Ne doutez jamais, ne vous lassez jamais et ne vous découragez jamais, n'ayez pas peur". 


Cet article est une adaptation d'un discours prononcé lors de la conférence Strategic Ark de l'Institut polonais des affaires internationales, le 17 mai 2023.


Eliot Cohen est un collaborateur de The Atlantic. Il est professeur titulaire de la chaire Robert E. Osgood à l'école des hautes études internationales de l'université Johns Hopkins et titulaire de la chaire Arleigh Burke de stratégie au Centre d'études stratégiques et internationales.


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vendredi 19 mai 2023

Benoit Rittaud dans un nouveau numéro de claquettes

 Benoit Rittaud nous surprendra toujours.

Non, je rigole bien sûr, Benoit Rittaud restera fidèle à lui-même jusqu'à son dernier jour qu'on lui souhaite le plus lointain possible.

Dans « Psychologiser » l’adversaire : une technique qui fait toujours recette le voilà une fois de plus en train de chouiner auprès de ses lecteurs parce qu'un monsieur aurait dit du mal de lui. En fait il n'était pas nommément cité par le monsieur en question mais il s'est quand même senti visé, comme quoi il lui reste un minimum de lucidité qu'il met à profit afin d'en faire bénéficier ses lecteurs qui, vous vous en doutez un peu, vont se presser en commentaires pour le rassurer et lui remonter le moral.

Il nous parle donc d'un article paru dans Transitions & Energies mais qui provient en réalité d'un autre article publié le 2 mai dernier en anglais dans The Conversation sous le titre The thinking error that makes people susceptible to climate change denial (L'erreur de raisonnement qui rend les gens sensibles au déni du changement climatique.)

Déjà d'après le titre et avec les mots « déni du changement climatique » on comprend pourquoi Benoit Rittaud se sent visé. Il se défend bien évidemment d'être un « climato-nég...» puisque d'après lui il serait un climato-« réaliste », ce qui voudrait dire au passage que l'immense majorité, pour ne pas dire la quasi-totalité des scientifiques travaillant sur le climat serait, d'après lui donc, des climato-« irréalistes » !

Nous sommes ici en pleine inversion accusatoire dont je vous ai touché un ou deux mots il n'y a pas longtemps de cela.

Voici par exemple ce qu'il se permet d'écrire :

En fait, on pourrait réécrire à peu près tout l’article de Jeremy Shapiro en en inversant la cible. La «psychologie» serait cette fois invoquée contre l’alarmisme climatique, cela flatterait les climato-réalistes, mais l’exercice de style n’aurait évidemment pas beaucoup plus de valeur intellectuelle.

La « valeur intellectuelle » associée à Benoit Rittaud est une forme d'oxymore que je garde sous le coude afin de m'en resservir à l'occasion.

Rittaud voudrait donc « inverser » l'article de Jeremy Shapiro afin de le faire coller à son narratif à lui.

Ce qui est cocasse c'est qu'en cherchant un peu sur internet je me suis rendu compte que Shapiro était également critiqué par une sorte d'alter ego de Benoit Rittaud, un certain David Klinghoffer, qui, dans Evolution News, nous confesse que « La prochaine fois que j'aurai besoin d'un thérapeute, je ne m'adresserai pas à Jeremy P. Shapiro ».

Et il se trouve que ce David Klinghoffer a un discours assez similaire à celui de Benoit Rittaud.

Dans son article Next Time I Need a Therapist, I’m Staying Away from Jeremy P. Shapiro Klinghoffer nous dit effectivement :

I’m not a “creationist"

Je ne suis pas un "créationniste"

Et pourquoi écrit-il cela ? Parce qu'il est partisan de l'Intelligent Design (ID), une théorie fumeuse qui dénie celle de l'évolution darwinienne et qui n'a rien de scientifique.

On voit bien ici le parallèle avec Benoit Rittaud qui n'est pas climato-« nég...» mais, d'après lui, climato-« réaliste », une qualification qu'il s'auto-accorde car elle est quand même, il faut bien l'avouer, un peu plus chic que la précédente.

Pour résumer nous avons un professeur en psychologie, Jeremy Shapiro, qui s'est fait deux bons amis qui partagent entre eux une conception « anticonformiste » de la science. 

Je ne peux pas terminer ce billet sans vous livrer cette perle située quelque part dans le billet de Benoit Rittaud :

Qu’il y ait des propos inconséquents sur les réseaux sociaux est aussi inévitable s’agissant du climato-réalisme que d’à peu près n’importe quel sujet. On peut bien se concentrer dessus pour faire de la critique facile, mais pour le coup s’il y a bien une notion de psychologie à invoquer dans ce cas-là, c’est celle du biais de confirmation.

Ah ! Le biais de confirmation invoqué par Benoit Rittaud...

La paille, la poutre...(dédicace spéciale à un certain monsieur Antoine qui se reconnaitra)

Et aussi, cet autre joyau tiré de David Klinghoffer dans Of Al Gore, Global Warming and God :

As a new report by the House Energy and Commerce Committee makes clear, statisticians doubt the work of those climate researchers who seek to show that the climate for the past 1,000 years was stable until recent times when it suddenly rose sharply. On the contrary, the climate has always varied, up and down over centuries and millennia.
Comme le montre un nouveau rapport de la commission de l'énergie et du commerce de la Chambre des représentants, les statisticiens doutent du travail des chercheurs en climatologie qui cherchent à démontrer que le climat a été stable au cours des 1 000 dernières années jusqu'à la période récente où il s'est brusquement réchauffé. Au contraire, le climat a toujours varié, en dents de scie, au fil des siècles et des millénaires.

Cela ne vous rappelle-t-il pas le mantra de Benoit Rittaud « le climat a toujours changé » ? Pour vous prouver que le réchauffement climatique actuel est tout bonnement...naturel !


Mais laissons le dernier mot à notre estimé mathématimancien :

en admettant même l’idée d’une science institutionnelle favorable au GIEC, il est extrêmement dangereux de prétendre psychologiser les dissidents sur une telle base. À moins bien sûr de vouloir faire de l’institution scientifique une nouvelle Inquisition.

Tant il est vrai que l'« institution scientifique » a brûlé un grand nombre de dissidents.


lundi 15 mai 2023

Inversion accusatoire

 L'inversion accusatoire en titre de ce billet c'est, pour faire court, attribuer à autrui ses propres turpitudes. Si vous voulez une définition plus sérieuse le site lalanguefrancaise.com vous la donne :

Technique de manipulation psychologique consistant à tenter de faire porter la responsabilité de ses propres erreurs à autrui en l'accusant de les avoir commises.

Et un exemple très parlant nous est même fourni : 

L'inversion accusatoire est un processus de défense bien connu des prétoires consistant à imputer la cause finale d'un délit non pas au coupable mais... à sa victime.— (Michel Geoffroy, 20/08/2016, www.polemia.com)

Si cela ne vous fait pas penser à un certain Sergueï Lavrov c'est que vous n'avez pas été très attentif ces derniers temps ; en effet, le « talentueux » ministre de la défense russe a osé proférer cette phrase lors d'une conférence à New Dehli, déclenchant l'hilarité de la salle qui n'était manifestement pas dupe du procédé :

You know the war which we are trying to stop and which was launched against us using the Ukrainian yup... the Ukrainian people...
Vous savez, la guerre que nous essayons d'arrêter et qui a été lancée contre nous à l'aide du peuple ukrainien....
Voilà, si vous vouliez un exemple disons emblématique de ce qu'est l'inversion accusatoire vous pouvez vous servir de cette sortie impromptue du porte-voix de Vladimir Poutine.

La guerre en Ukraine, déclenchée non pas le 24 février 2022 mais bien plus tôt en 2014, nous a fourni une pléthore d'inversions accusatoires et il serait fastidieux de toutes les recenser ici.

Mais nous connaissons depuis longtemps ce procédé avec le problème du changement climatique, avec également la parenthèse pas encore totalement refermée du Covid-19.

Combien de fois ai-je entendu ou lu que les climatosceptiques (ou climato-gogos si vous préférez) étaient « persécutés » et qu'on les empêchait de s'exprimer librement, allant jusqu'à qualifier par exemple la France de pays « totalitaire » ? Je prends l'exemple de la France mais j'ai pu constater la même chose ailleurs, comme en Australie avec Peter Ridd « injustement » chassé de son université parce qu'il contestait la réalité du réchauffement climatique et son impact sur la Grande Barrière de corail, ou bien avec le professeur Samuele Furfari « attaqué » en Belgique comme nous l'explique le très sérieux (non) site Contrepoints :
En octobre 2020, le professeur Samuel Furfari a fait l’objet d’une attaque médiatisée de la part de certains étudiants à l’Université Libre de Bruxelles (ULB) pour propos « politiquement incorrects ».
Et le site d'enchainer les gros sous-titres bien voyants comme suit :
On brûle encore les sorcières… 
Des relents totalitaires 
La démocratie en danger ?

Bon vous savez ce que Talleyrand avait dit un jour :

Tout ce qui est excessif est insignifiant.

L'article de Contrepoints est donc insignifiant, mais pas tant que cela si on y réfléchit un peu plus que quelques secondes.

Le site Global Witness a fait paraitre récemment un article intitulé Global Hating (La haine globale) dont voici l'introduction :

Imagine that you’ve spent years studying glacial retreat in the Arctic. You believe you have a duty to share your findings that reveal how our world is changing with a wider public. But you remember having trouble sleeping after getting hateful messages on Twitter the last time you published your work there, and the death threat your colleague received after talking about her work online. Do you hold off from posting?
Imaginez que vous ayez passé des années à étudier le recul des glaciers dans l'Arctique. Vous estimez que vous avez le devoir de partager avec un plus large public vos conclusions qui révèlent comment notre monde est en train de changer. Mais vous vous souvenez avoir eu des difficultés à dormir après avoir reçu des messages haineux sur Twitter la dernière fois que vous y avez publié vos travaux, et la menace de mort que votre collègue a reçue après avoir parlé de son travail en ligne. Allez-vous vous abstenir de publier ?

Comme je suis (du verbe suivre) sur Twitter quelques scientifiques climatologues et météorologues je peux attester que presque à chaque fois que l'un/l'une d'entre eux publie une note concernant sa discipline il/elle attire quasi-automatiquement quelques trolls plus ou moins subtils qui vont remettre en cause ce qu'il/elle explique en citant le plus souvent des références farfelues comme Elpis ou l'association des climato-(ir)réalistes. Par contre je n'ai de mémoire jamais vu de « menaces de mort » ou de messages vraiment « haineux » dans la twittosphère française...mais peut-être que des choses m'ont échappées ?

Cela-dit les attaques contre Valérie Masson-Delmotte ou Jean Jouzel sont fréquentes, par exemple chez notre guignol préféré Benoit Rittaud qui sort laborieusement de ses boyaux Jean Jouzel à Janzé où l'on peut lire cette véritable perle :

Quand nous l’avons interrogé sur le silence entretenu par le GIEC sur le rôle majeur de la vapeur d’eau dans l’effet de serre, il a répondu que la vapeur d’eau était bien prise en compte dans les modèles et que celle-ci jouait un rôle d’amplificateur (×2) de l’effet dû au CO2. Ceci illustre la mission du GIEC, qui cherche essentiellement à insister sur le rôle néfaste de l’homme vis à vis des « dérèglements » du climat, plutôt que de chercher à comprendre le climat lui-même.

Ce qu'il faut évidemment retenir de ce passage c'est la fin, « plutôt que de chercher à comprendre le climat lui-même », et nous voyons à l'oeuvre notre fameuse inversion accusatoire. Si quelqu'un a une bonne connaissance de la science du climat c'est bien Jean Jouzel, glaciologue et climatologue mondialement reconnu, certainement pas Philippe Catier et Christian Buson qui se sont mis à deux pour écrire cette déjection que Benoit Rittaud approuve des deux mains puisqu'il permet que cela paraisse sur son site. Je rappelle que Philippe Catier est médecin-charcutier (= chirurgien), quant à Christian Buson, un illustre inconnu, il semblerait qu'il soit docteur en agronomie, mais ce qui est certain c'est qu'il est membre de la fumeuse association des climato-(ir)réalistes.

Et nos deux tartuffes de conclure finement :

Nous, climato-réalistes, avons pu mesurer le chemin qu’il reste à parcourir pour renverser la vapeur. En attendant que le climat s’en charge, il nous semble important d’assister à ce genre de réunions, moins pour convaincre que pour manifester notre existence et apporter à l’auditoire quelques éléments de réflexion.
On peut là-aussi considérer que les « quelques éléments de réflexion » font partie d'une inversion accusatoire étant donné que la réflexion n'est bien sûr pas dans le camp qui est ici suggéré.

Et si vous voulez d'autres inversions accusatoires de toute beauté il vous suffit de vous pencher sur les commentaires et vous serez amplement servis :

Sur un air de « jazz, Jésus juge Jean Jouzel à Janzé » …. Pour compléter l’allitération du titre.
Que le public ait été acquis, quoi de plus normal: une conférence n’est jamais qu’un biais de confirmation organisé.

Le dénommé andqui ne se doute pas que le biais de confirmation est plutôt de son côté, mais chuttt.

Bonjour, merci pour ce retour limpide. Bravo à l’équipe de l’antenne Bretonne. En conclusion, le néo-clergé climatique a encore frappé, nous allons finir sur le bûcher des excommuniés. [blablabla]

Le « néo-clergé climatique » se trouve à un endroit où JR n'aura pas idée d'aller le chercher, alors il s'invente une fable dans laquelle il finirait « sur le bûcher des excommuniés », comme si on allait le chercher pour lui donner la fessée qu'il mérite.

Consternant, comme l’adhésion des prétendus responsables, aussi décérébrés que les idiots inutiles et les ignorants.

« Idiots inutiles et ignorants », bref une impeccable description de ce que sont les climato-gogos comme dov kravi.

Merci infiniment pour votre courage à écouter ce militant abrutissant. A son niveau stratosphérique de compétence, a-t-il calculé l’impact de la réforme des retraites sur le climat ?

Le « courage » serait donc l'apanage de deux branleurs venus en toute décontraction à une conférence ouverte à tous les publics (la preuve) pour écouter Jean Jouzel qualifié de « militant abrutissant », joli combo d'inversions accusatoires venant d'un drôle d'oiseau que ses ailes de géant empêchent de réfléchir.

L’optimum climatique médiéval, un mensonge grossier ?
Waaooh, carrément !! Les réchauffistes ne s’emmerdent même plus, ils réécrivent l’histoire comme ça ! C’est sûr pourquoi se priver si l’assemblée gobe ça et applaudit à la fin ?

Hug pense (sic) que Jean Jouzel réécrit l'histoire, en ce qui concerne l'inversion accusatoire moi je pense (réellement) que Hug en connait un rayon tellement il la pratique à la perfection.

J'arrête là afin de ne pas trop défoncer l'ambulance qui se trouve déjà en piteux état.

Pour en revenir à cet article du site globalwitness.org mentionné plus haut, The Guardian s'en fait l'écho dans Climate crisis deniers target scientists for vicious abuse on Musk’s Twitter en pointant la responsabilité d'Elon Musk :

Abusive, often violent tweets denying the climate emergency have become a barrage since Elon Musk acquired the platform, say UK experts 

Les tweets injurieux, souvent violents, niant l'urgence climatique, sont devenus un déluge depuis qu'Elon Musk a racheté la plateforme, affirment des experts britanniques
Climate scientists say the change has been stark, and they are fighting to make themselves heard over a “barrage” of often hostile comments.
Les scientifiques du climat affirment que le changement a été brutal et qu'ils se battent pour se faire entendre face à un " déferlement " de commentaires souvent hostiles.

A ma connaissance ni Claude Allègre, ni Vincent Courtillot, ni Benoit Rittaud, ni François Gervais n'ont jamais fait l'objet de la moindre « persécution » de la part de leurs collègues scientifiques, ils ont simplement ici ou là été ridiculisés pour leurs prises de position saugrenues et très éloignées de leur champ de compétence pour certains. Le « bûcher des excommuniés » n'est manifestement pas pour eux, ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles en rêvant au ding-ding de la caisse enregistreuse chaque fois qu'un pigeon achète un de leurs ouvrages sur le climat, un domaine où l'inversion des rôles fait partie du paysage.

Quant aux véritables spécialistes qui tentent de s'exprimer et sont contrés par des hurluberlus leur opposant Elpis, comme l'on présente un crucifix à un vampire qui essaie de vous sucer le sang, je leur souhaite beaucoup de courage et les félicite pour leur patience et leur abnégation.


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Afin d'illustrer ce billet avec Valérie Masson-Delmotte voici quelques commentaires sur Twitter qu'elle a dû endurer suite à son message d'août 2021 sur le 6ème rapport du GIEC.
Basez-vous sur les études scientifiques et non exclusivement sur les rapports de ce groupe politique qui est le GIEC, et peut-être que vous aurez une vision un peu moins alarmiste et plus constructive de notre avenir malgré le réchauffement climatique.
Lobby…Lobby…et encore Lobbyyyyyy ✌🏼
2) Et on veut nous faire croire que le GIEC est une organisation scientifique. C'est une organisation politique qui exploite la crise climatique et l'utilise comme prétexte pour imposer sa vision anticapitaliste du monde.
La présidentiable s’érige en papesse du réchauffement climatique sa nouvelle lubie au cas où la rose serait trop fanée.
Le chgt climatique est dû au champ magnétique terrestre qui diminue rapidement et laisse entrer dans l atmosphère les protons émis par le ☀️. Les protons en rencontrant les molécules d air réchauffent l atmosphère ! La thèse du GIEC ( le CO2) releve de l imposture (troskyste ) !

Et pour finir en apothéose :

La véritable science ce n'est pas ici que vous la trouverez ! Mais chez !

Soyons honnête, ces commentaires sont plus stupides que haineux, mais parfois cela se passe mal comme on peut en voir quelques exemples sur le site Global Witness dont celui-ci avec la scientifique Helene Muri :

The more extreme cases are comments in the direction that I should kill myself in such and such a way. Or the worst one is when they say that they are going to hunt me down and do various things to me.
Les cas les plus extrêmes sont ceux où l'on dit que je devrais me tuer de telle ou telle manière. Le pire, c'est quand ils disent qu'ils vont me traquer et me faire diverses choses.

Ce sont donc bien les scientifiques, les vrais, qui sont attaqués, sur Twitter ou autrement, par des trolls chauffés à blanc par des désinformateurs professionnels ou intéressés indirectement par la vente de leurs bouquins.

Chaque fois que vous verrez un climato-crétin se plaindre d'être harcelé d'une manière ou d'une autre vous saurez maintenant ce qu'il vous faudra en penser.