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samedi 8 mars 2025

Merci monsieur Trump !

 En octobre 2024, peu avant l'élection qui a porté à nouveau au pouvoir le gros bonhomme orange, dans Harris ou Trump ? Pile ou face ? j'écrivais notamment ceci :

 Le ciel ne nous tomberait pas sur la tête si Trump est élu, et ce serait peut-être une très bonne chose pour l'Europe qui serait alors obligée, comme après un électro-choc, de se remettre en question et de prendre (enfin) les bonnes décisions. Par contre on peut nourrir de sérieuses craintes pour l'Ukraine ainsi que pour d'autres pays tels la Georgie, la Moldavie ou les états baltes, qui seraient alors dans le collimateur de Poutine puisqu'il ne redouterait plus une intervention américaine. A moins que...

Je ne changerais aujourd'hui pas un seul mot de ce passage que je n'hésite même pas à qualifier de prémonitoire !

Effectivement la présidence actuelle de Trump ne va pas arrêter la marche du monde ni provoquer de catastrophe planétaire ; nous avons davantage à craindre de ce petit astéroïde qui a, d'après National Geographic, « 1 chance sur 43 de percuter la Terre le 22 décembre 2032 » :

Récemment, les astronomes ont identifié un astéroïde géocroiseur potentiellement dangereux : 2024 YR4, un rocher de 40 à 100 mètres de long qui pourrait percuter la Terre le 22 décembre 2032.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais 1 chance sur 43 moi j'appelle ça un risque à prendre au sérieux, tout comme il faut prendre au sérieux les élucubrations du Donald, qui un coup dit blanc, puis le jour d'après noir et le surlendemain gris (ou orange le plus souvent)

Si la Terre ne va pas s'arrêter de tourner il n'empêche que quelques dysfonctionnements vont apparaitre ici ou là ; d'ailleurs cela a déjà commencé, mais c'est comme le réchauffement climatique, c'est encore assez diffus et beaucoup de gens sont encore dans le déni ; et si vous avez bien prêté attention vous aurez remarqué que ce sont les mêmes personnes qui à la fois trouvent des excuses aux errements de Trump et nient le caractère dangereux du réchauffement de la planète, quand ils ne nient pas carrément que ce réchauffement se produise.

Alors oui pour l'Ukraine la situation se complique sacrément, mais cela ne veut pas dire que le pays va s'écrouler et tomber sous la domination russe, soit par une invasion totale des régions non encore conquises, soit par la mise en place, très improbable, d'un gouvernement fantoche tels qu'on en trouve en Biélorussie ou en Georgie, et tel qu'on a failli en avoir un en Roumanie.

On ne voit pas en effet comment, si des élections avaient lieu en Ukraine aujourd'hui ou dans un futur proche, un candidat pro-russe pourrait obtenir plus de 10% des voix, et je suis large en mentionnant ce pourcentage. La haine que les Russes ont instillée dans l'esprit des Ukrainiens est tellement forte et durable qu'il faudrait une incroyable manipulation pour arriver à porter au pouvoir une marionnette du Kremlin.

Quant à l'Europe, mais aussi à d'autres pays tels que le Canada, le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan, pour n'en citer que quelques-uns des plus notables, les divagations de Trump ont en fait provoqué l'électro-choc que j'évoquais dans mon billet de 2024.

A partir de maintenant qui pourra faire confiance aux Etats-Unis pour assurer sa défense ?

Cela va se traduire par une défiance accrue des "partenaires" de l'historique "ami" américain, et même dans quatre ans avec des Démocrates qui reviendraient au pouvoir, ce qui n'est même pas assuré, la confiance est définitivement rompue. Trump, en seulement un mois de pouvoir, a annihilé tout le crédit que l'oncle Sam pouvait avoir envers le monde dit libre.

Les constructeurs américains du secteur de la défense vont très rapidement en voir les résultats. Bien sûr ils continueront à vendre du matériel à des pays qui ne pourront pas faire autrement que de leur en acheter, mais de plus en plus d'anciens clients vont se poser de sérieuses questions s'ils veulent garder une certaine autonomie dans leurs décisions en ce qui concerne leur sécurité.

A quoi sert-il d'acheter des F35 si ceux-ci ne peuvent pas voler parce que les Américains auront décidé qu'ils ne doivent pas être utilisés. Et on a vu avec Biden ce que cela donnait avec les interdictions de frapper des cibles légitimes dans le territoire russe d'où partent des avions ou des missiles frappant des objectifs civils ukrainiens.

L'Europe a une carte à jouer dans les temps présents, maintenant est-ce que les pays qui la composent arriveront à se coordonner, après s'être mis d'accord sur les modalités à mettre en oeuvre, c'est quelque chose que nous n'allons pas tarder à savoir.

A l'ouest il y a du nouveau.


dimanche 26 janvier 2025

Premières déconvenues pour Trump

 Donald Trump a prévu (ou seulement menacé, on ne sait pas trop) d'imposer à certains pays des droits de douane élevés afin, soi-disant, de les faire payer aux exportateurs desdits pays. Selon lui cela n'aurait aucun impact sur les consommateurs (y compris les enterprises importatrices) américains et cela impliquerait même une baisse des prix ainsi qu'une relocalisation des industries qui ont été auparavant délocalisées. La quasi-totalité des économistes un tant soit peu sérieux ne sont pas d'accord avec Trump et prédisent une hausse des prix étant donné que les droits de douane sont bien évidemment payés par les importateurs, lesquels soit baissent leurs marges pour maintenir leurs prix de vente, soit augmentent ces prix de vente afin de ne pas perdre d'argent, soit font un peu des deux, mais au final c'est bien aux USA que la hausse de prix se produit et en aucun cas chez l'exportateur. Celui-ci a cependant la possibilité de baisser son prix de vente afin d'amortir le prix payé par le client final, reste à savoir s'il a l'intention, ou même la possibilité de le faire ; si ses marges sont déjà très réduites il aura une marge de manoeuvre très étroite et devra se poser la question de savoir si éventuellement il ne doit pas destiner une partie de sa production à d'autres marchés plus "conciliants"...

En ce qui concerne les relocalisations qui seraient induites par ces hausses de droits de douane, on doit d'abord se demander pourquoi en premier lieu elles se sont produites. En général c'est tout simplement parce que la main d'oeuvre (entre autres, mais surtout la main d'oeuvre) est bien moins chère dans le pays où l'on décide de relocaliser, ce qui compense amplement les coûts entrainés par la délocalisation, comme le transport, une qualité moindre, la formation du personnel, etc. En décidant de relocaliser l'entreprise va donc économiser sur ces coûts mais elle va devoir payer des salariés locaux bien plus chers, à condition de les trouver, ce qui ne va pas forcément couler de source ! De plus elle va devoir probablement investir afin de "refaire" son appareil industriel et recréer des liens avec des partenaires ou sous-traitants qui n'existeront peut-être plus...

Bref la promesse de Trump de "rendre sa grandeur à l'Amérique" en lui faisant produire localement à des prix compétitifs n'impactant pas le pouvoir d'achat de l'Américain moyen risque fort de rencontrer un certain nombre d'obstacles.

Et nous avons déjà quelques signes qui montrent que l'affaire est loin d'être dans le sac du gros bonhomme orange, par exemple en lisant Canada, Mexico steelmakers refuse new US orders dans le Financial Post.


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Les sidérurgistes canadiens et mexicains refusent de nouvelles commandes américaines

Stelco a informé les consommateurs américains qu'elle suspendait les devis de vente.

Joe Deaux

Publié le 24 janvier 2025

Rouleaux d'acier revêtu enroulés chez Stelco Holdings Inc. à Hamilton, en Ontario. Photo par Peter Power/La Presse Canadienne

Certains sidérurgistes du Canada et du Mexique annoncent à leurs clients qu'ils refusent de passer de nouvelles commandes aux États-Unis, craignant que le président Donald Trump ne réimpose bientôt des droits de douane.

La société canadienne Stelco Holdings Inc. a informé les consommateurs américains qu'elle suspendait les devis de vente, selon une personne au fait du dossier. Les fournisseurs d'acier basés au Mexique ont également cessé de prendre des commandes de matériaux cette semaine, dans l'attente d'une éventuelle action de M. Trump, selon Flack Global Metals, un gros acheteur.

Cette semaine, Donald Trump a fait part de son intention d'imposer au Mexique et au Canada, d'ici le 1er février, des droits de douane pouvant aller jusqu'à 25 %, comme il avait menacé de le faire auparavant. Bien que les deux pays soient exemptés des droits de douane sur l'acier de 25 % imposés par les États-Unis au cours de la première administration Trump, l'industrie craint de plus en plus que le métal ne bénéficie pas d'une telle exemption.

« Les sidérurgistes mexicains sont très inquiets et changent de politique commerciale en ce qui concerne leur approche de ce marché », a déclaré Jeremy Flack, directeur général du distributeur d'acier Flack Global Metals, basé en Arizona. « Ils sont déstabilisés à cause de cela. Ils sont passés de l'inquiétude à l'indifférence, puis à nouveau à l'inquiétude ».

Le Canada est la première source d'importation d'acier aux États-Unis et le Mexique la troisième, selon les données du ministère américain du commerce. Les États-Unis ont consommé environ 91 millions de tonnes d'acier en 2023, les importations représentant environ 27 % de cette demande totale, selon une étude de Morgan Stanley.

La société mère de Stelco, Cleveland-Cliffs Inc. basée aux États-Unis, n'a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires.

Cleveland-Cliffs, deuxième producteur d'acier américain, a accepté l'an dernier de racheter la société canadienne Stelco. Interrogé la semaine dernière lors d'une réunion d'information sur la possibilité que M. Trump impose des droits de douane sur l'acier canadien nouvellement détenu par l'entreprise, le PDG Lourenco Goncalves a déclaré qu'il se conformerait à la politique de M. Trump.

« Le président Trump fera ce qu'il veut faire. Il a un plan, et je me conformerai à celui-ci », a déclaré M. Goncalves. « Je suis un grand garçon. J'ai acheté Stelco en sachant que Stelco est au Canada. Et vous savez quoi ? L'Amérique d'abord. »

Bloomberg.com

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Après la première déconvenue concernant le droit du sol (voir États-Unis : un juge suspend la remise en cause du droit du sol, Trump annonce faire appel ou États-Unis : un juge suspend la remise en cause du droit du sol ordonnée par Donald Trump) les droits de douane vont eux-aussi être des causes de maux de têtes pour les MAGAs qui ont bu les paroles de leur prophète mais ont de grandes chances de s'en mordre les doigts, tout comme beaucoup de brexiters regrettent amèrement de s'être fait berner par des clowns comme Farage ou Jonhson.

Le problème avec les MAGAs est qu'ils ont été tellement 'brainwhashés" qu'il est peu probable qu'ils admettent un jour s'être fait rouler dans la farine.

Bref avec le Canada ça va se jouer comme ça :

Tu l'as vu mon gros marteau ? Oui je l'ai vu, tape si ça te fait du bien, moi je m'en fiche.


vendredi 24 janvier 2025

Un peu de Trump dans votre potage ?

 Ce que Trump sait faire le mieux, c'est faire du Trump ! En cela il est inimitable.

Sa deuxième présidence a commencé comme la première, en signant quantité de décrets qui, pour beaucoup d'entre eux, ressemblent fort au Project 2025 de la The Heritage Foundation bien qu'il ait affirmé qu'il n'était pas au courant !

Mais c'est le discours d'investiture qui illustre le mieux ce à quoi il faut s'attendre de la part de quelqu'un qui ment quasiment constamment, soit de manière consciente, soit en étant vraiment persuadé de dire la vérité.

C'est Timothy O'Brien qui, dans Trump Inauguration Speech Did Not Offer Unity After All sur Bloomberg, nous résume clairement ce qu'il faut retenir de son laïus inaugural. 


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Surprise : L'investiture de Trump n'a pas été synonyme d'unité après tout

Les présidents s'efforcent généralement de faire preuve d'une grande poésie lorsqu'ils prêtent serment. Pas celui-ci.

lundi 28 octobre 2024

Harris ou Trump ? Pile ou face ?

 Nous sommes quasiment à une semaine du jour fatidique de l'élection américaine qui pourrait voir, au choix, l'arrivée à la tête de la première puissance mondiale d'une femme noire, ce qui serait quelque chose d'encore plus surprenant que l'élection de Barack Obama en 2008, ou le retour d'un vieux cheval fourbu aux troubles cognitifs évidents, lesté d'innombrables casseroles judiciaires, mais adulé par pratiquement la moitié du peuple étatsunien, ce qui ne laissera pas d'étonner les historiens du futur quand ils se pencheront sur la période actuelle.

On peut toujours essayer de deviner qui va l'emporter, par exemple en se fiant aux sondages qui semblent donner Harris gagnante d'une courte tête, mais comme le système électoral américain présente des particularités ressemblant à des chausse-trappes il serait très prétentieux de pronostiquer la victoire de Kamala dès à présent.

Ce que l'on peut toutefois prévoir sans trop de risque de se tromper c'est qu'en cas de victoire du camp démocrate les républicains, Donald Trump évidemment en tête, ne reconnaitront pas le résultat et des recours multiples seront lancés. Des troubles seront probables un peu partout là où les républicains se sentent majoritaires, mais une guerre civile n'est pas vraiment quelque chose qui soit susceptible de se produire tellement les institutions sont bien plus solides que ce qu'elles paraissent à certains. Il est par exemple plus que probable que l'armée resterait unie et se comporterait comme un rempart contre d'éventuels excès, en tout cas il est inenvisageable qu'elle renverse la présidente élue par un coup d'état digne d'une république bananière.

Par contre en cas de victoire de Trump il est plus compliqué d'imaginer comment les démocrates réagiraient, mais si l'on se réfère à l'élection de 2000 qui a vu la victoire de Bush junior contre Al Gore, malgré le fait que ce dernier ait largement gagné le vote populaire (avec plus de 500 000 voix d'avance) et qu'il aurait légitimement pu contester le résultat de la Floride (Bush a gagné cet Etat avec seulement 537 voix d'avance avec de forts soupçons d'irrégularités), on en déduit que Kamala Harris accepterait finalement la décision sans provoquer le genre de troubles incités et encouragés ouvertement par Trump en 2020-2021 (et même jusqu'à maintenant...).

Il est encore plus difficile de prévoir ce que deviendrait l'état du monde en cas de victoire de l'un ou de l'autre. Le ciel ne nous tomberait pas sur la tête si Trump est élu, et ce serait peut-être une très bonne chose pour l'Europe qui serait alors obligée, comme après un électro-choc, de se remettre en question et de prendre (enfin) les bonnes décisions. Par contre on peut nourrir de sérieuses craintes pour l'Ukraine ainsi que pour d'autres pays tels la Georgie, la Moldavie ou les états baltes, qui seraient alors dans le collimateur de Poutine puisqu'il ne redouterait plus une intervention américaine. A moins que...

Trump est tellement imprévisible que bien malin qui peut dire quelle sera sa politique étrangère, en tout cas je ne me risquerai pas à donner le moindre pronostic, je laisse cela à d'autres bien plus doués que moi mais qui de temps en temps arrivent quand même à se tromper !

Cela dit même si c'est Kamala Harris qui est élue rien ne dit qu'elle changera de braquet par rapport au comportement actuel de l'Amérique qui consiste à faire en sorte que l'Ukraine ne perde pas trop mais surtout que la Russie ne perde pas du tout !

Bon maintenant si vous voulez quand même vous faire plaisir et prendre vos désirs pour des réalités voici quelques sondages tout juste sortis du four.


Qc125 États-Unis | Sondages et projections électorales


Election américaine 2024 : les derniers sondages entre Kamala Harris et Donald Trump à dix jours du scrutin


Kamala Harris vs. Donald Trump: Latest Polls in 2024 Presidential Election - The New York Times

National : President: general election : 2024 Polls | FiveThirtyEight

Elections USA 2024: les derniers sondages montrent une progression de Donald Trump au niveau national et dans les Etats pivots - Le Temps

Maintenant si vous voulez savoir quel est mon sentiment, et non mon pronostic, je peux vous dire ceci : je vois Kamala Harris gagner assez largement le vote populaire mais être battue à cause du collège électoral en sa défaveur. Les swing states sont totalement imprévisibles, c'est là que réside le principal danger.


mercredi 18 septembre 2024

Tarifs douaniers et réchauffement climatique même combat !

 Comment se fait-il que l'on trouve essentiellement à l'extrême droite tous les climato-gogos, les covidiots, les adorateurs de Poutine et de manière générale les fans de toute théorie du complot passant à leur portée ? Il s'agit là d'un sujet d'étude pour thésard en sociologie, voire en psychiatrie, mais c'est surtout un fait constaté pour peu que l'on soit suffisamment attentif.

En Amérique le parangon de l'extrême droite décomplexée s'appelle, ce n'est un secret pour personne, Donald Trump. Il n'est donc pas étonnant qu'il cumule toutes les caractéristiques qui définissent un dictateur putatif à la mode d'aujourd'hui :

  • Il est climatosceptique ;
  • Il a totalement foiré l'épisode Covid quand il était au pouvoir ;
  • Il a un penchant évident pour les hommes qu'il juge "forts" tels que Poutine, Xi, Orban ou Kim, qui ne sont rien d'autre que des dictateurs en puissance ;
  • Il prend à son compte toutes les thèses complotistes qui lui passent devant, comme cette ineptie des Haïtiens qui mangeraient les chiens et les chats des habitants de Springfield ;
  • Et cerise sur le gâteau il a des thèses bien à lui en matière économique comme nous allons le voir.
Par exemple quand on lui demande comment il ferait pour faire baisser les prix à la consommation la seule réponse qui lui vienne spontanément à l'esprit est « nous autorisons l'entrée de nombreux produits agricoles dans notre pays. Nous n'allons pas en laisser entrer autant », comme si empêcher ce genre d'importation allait alléger le panier de la ménagère américaine.

Ainsi il compte augmenter les tarifs douaniers afin de régler le problème de l'inflation, alors qu'en pratiquant ainsi il est évident qu'il va provoquer une hausse des prix et donc accentuer l'inflation.

Paul Krugman l'explique très bien dans Trumpism, Stalinism and the Tariff Debate, en faisant un parallèle entre les idées farfelues de Trump sur les tarifs douaniers et le scepticisme climatique ou la légende qui veut qu'en baissant les impôts des plus riches cela va profiter à l'économie et aux plus pauvres.

Le point commun à toutes ces idioties ? Un néo-lysenkisme qui gangrènerait le parti républicain.

Bonne lecture.


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Trumpisme, stalinisme et débat sur les tarifs douaniers

Illustration de Sam Whitney/The New York Times ; photographie source de DNY59/Getty Images


Opinion Columnist


Les droits de douane - taxes sur les importations - augmentent-ils les prix pour les consommateurs américains ? Il n'y a pas vraiment de débat sur le sujet.

Je ne veux pas dire que tout le monde est d'accord. Il y a plutôt deux groupes distincts qui ne se parlent pas et dont les points de vue sont plus ou moins unifiés. Presque tous les économistes s'accordent à dire que les taxes sur les importations sont en fait répercutées sur les consommateurs. Pourquoi ? Parce que c'est ce que disent les faits et qu'il est très difficile de trouver une autre version.

D'autre part, les fidèles de Trump - c'est-à-dire aujourd'hui la quasi-totalité du parti républicain - insistent collectivement sur le fait que ce sont les étrangers, et non les consommateurs américains, qui paient les taxes sur les importations. Pourquoi ? Parce que Donald Trump le dit. Et ils n'essaient même pas de discuter avec les économistes qui ne sont pas d'accord.

À mon avis, cette dernière position est la plus intéressante des deux, non pas parce qu'elle a une once de validité - ce n'est pas le cas - mais précisément parce qu'elle n'en a pas. Comment en sommes-nous arrivés à ce qu'un parti politique tout entier soutienne une affirmation que les experts rejettent unanimement ? À mon avis, la meilleure façon de comprendre ce qui se passe est d'examiner l'histoire d'autres pays, en particulier l'étrange histoire du lysenkisme dans la Russie de Joseph Staline.

Pour mémoire, le point de vue des économistes orthodoxes repose sur le fait que les taxes sur les importations sont comme toutes les autres taxes. Si nous devions exiger des concessionnaires automobiles - un groupe extrêmement républicain - qu'ils paient une taxe égale à 20 % du prix de chaque voiture qu'ils vendent, ils seraient les premiers à insister sur le fait que cette taxe entraînerait une augmentation des prix pour leurs clients. Pourquoi imaginer qu'une taxe sur les biens vendus par des étrangers aurait un effet différent ?

Et les études sur les effets des tarifs douaniers passés disent exactement ce que l'on peut attendre : Ils sont répercutés sur les consommateurs.

Pourtant, une affirmation clairement fausse selon laquelle les étrangers paient des droits de douane ne serait pas la première idée zombie à manger le cerveau de certaines des personnes qui insistent sur le fait que le changement climatique est un canular et que les réductions d'impôts pour les riches se paient d'elles-mêmes. Pourquoi ce mensonge est-il différent ?

La réponse, telle que je la vois, est qu'il est facile de comprendre pourquoi des idées zombies comme le déni du changement climatique et le mysticisme des réductions d'impôts persistent : Elles servent les intérêts de groupes fortunés. Les entreprises de combustibles fossiles entretiennent le scepticisme climatique parce que toute tentative de réduction des émissions de gaz à effet de serre nuirait à leurs profits. Les milliardaires soutiennent des groupes de réflexion et des hommes politiques qui prétendent que de grandes choses se produiront si nous réduisons les impôts que paient les milliardaires.

Comme l'a dit Upton Sinclair, « il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme dont le salaire dépend de son incompréhension ».


Il est toutefois difficile d'identifier, dans ce groupe, un groupe d'intérêt significatif pour les idées de Trump en matière de droits de douane, autre que Trump lui-même. Oui, certaines industries aimeraient être protégées contre les concurrents étrangers. Mais les entreprises américaines en général détestent l'idée des droits de douane généralisés préconisés par Trump et la guerre commerciale mondiale qu'ils déclencheraient. Pour autant que je sache, les milieux d'affaires espèrent (probablement à tort) qu'il n'ira pas jusqu'au bout.

Mais Trump lui-même a un faible pour les droits de douane - et son parti s'est consciencieusement rangé derrière lui.

Quel est donc le rapport avec Lysenko ? Et qui était-il, d'ailleurs ?

Trofim Lysenko était un agronome soviétique qui, en 1927, a mené des expériences mal conçues sur des pois qui, selon lui, réfutaient la théorie mendélienne, c'est-à-dire l'idée que les caractéristiques qu'un organisme transmet aux générations futures découlent de ses gènes et non de ses expériences. (Il y a une légère complication concernant l'épigénétique, mais elle n'est pas pertinente dans le cadre de cette histoire). Il a soutenu que la génétique mendélienne était en quelque sorte incompatible avec le marxisme, bien que même si l'on prend le marxisme au sérieux (ce qui n'est pas mon cas), cet argument n'a aucun sens.

Ce qui comptait, c'est que Lysenko et ses idées aient attiré l'attention de Staline et que le dictateur les ait appréciées. Peu importe que les biologistes sérieux, dont l'Union soviétique comptait un grand nombre, aient considéré Lysenko comme un farfelu ; Staline se méfiait des experts, quels qu'ils soient, alors qu'il approuvait les origines paysannes de Lysenko.

Et en Russie, il était extrêmement dangereux d'être en désaccord avec Staline sur quelque sujet que ce soit. C'est ainsi que la théorie lysenkoïste a dominé la biologie soviétique pendant des décennies, bien qu'elle ait entraîné de nombreuses catastrophes agricoles. Les dissidents étaient condamnés en tant qu'agents occidentaux et, dans certains cas, mouraient dans des camps de prisonniers.


Les parallèles avec le rejet par Trump du consensus économique sur les effets des droits de douane devraient être évidents. Je ne sais pas qui est le Lysenko de Trump - peut-être Peter Navarro ? - mais en tout état de cause, l'affirmation selon laquelle nous pouvons récolter des milliers de milliards grâce aux droits de douane sans que cela ne coûte rien aux consommateurs américains est devenue un élément central des idées économiques de Trump ; en fait, ces jours-ci, les droits de douane semblent être la réponse de Trump à presque tous les problèmes.

Les politiciens républicains, qui d'ordinaire s'insurgent contre les méfaits des impôts, se sont rangés derrière les plans de Trump visant à taxer les importations, car dans le G.O.P. d'aujourd'hui, on ne peut pas être en désaccord avec Trump. Si vous le faites, vous ne serez pas envoyé en camp de prisonniers, mais vous risquez fort de détruire votre carrière politique.

Et la diabolisation de tous ceux qui ne sont pas d'accord bat déjà son plein. « L'idée que les droits de douane sont une taxe pour les consommateurs américains est un mensonge véhiculé par les délocalisateurs et le Parti communiste chinois », a déclaré un porte-parole du Comité national républicain.

La perspective de voir les États-Unis imposer des droits de douane élevés, faire grimper l'inflation et rompre l'ordre économique international fondé sur des règles que l'Amérique a contribué à construire est grave. Mais l'histoire plus large - un grand parti politique dévoué au principe selon lequel le chef a toujours raison, sans se soucier des preuves - est encore plus grave. Cela ne s'arrêtera pas aux tarifs douaniers. On peut trop facilement imaginer l'adoption généralisée de politiques désastreuses sur d'autres fronts.


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