dimanche 26 mai 2019

Sylvestre Huet est un grand naïf qui s'ignore

Il n'y a pas que les climato « réalistes » qui n'ont pas les pieds sur terre et semblent vivre sur une autre planète, on trouve également des gens apparemment sérieux qui se retrouvent à l'occasion en véritable lévitation.

Ainsi Sylvestre Huet nous en donne une belle preuve avec Climat : la courbe Lowess éclaire tout où il n'hésite pas à nous dire
[…] comme arme fatale dans une discussion, de salon, de comptoir, au boulot et sur une plage, où votre interlocuteur reprend les âneries à la Pascal Praud (ou Claude Allègre, ou Vincent Courtillot, ou François Gervais…) […] Balancez lui un bon graphique sous le nez. En lui précisant : « eh, banane, regarde ce que ça donne avec une régression robuste localement pondérée » (là, tout de suite, ça le calme).
La « régression robuste localement pondérée » est ce qu'on appelle un lissage LOWESS d'après la définition qu'en donne le site statsoft :
Le lissage LOWESS est une méthode de lissage des données (couples de données x-y). Un modèle de régression local ajuste chaque point et les points proches de celui-ci. La méthode est aussi parfois appelée régression robuste localement pondérée. Les données lissées présentent habituellement une image plus claire de la forme générale de la relation entre les variables x et y. Le lissage LOWESS peut être réalisé dans STATISTICA par les options d'ajustement disponibles dans les diverses boîtes de dialogue Graphique - onglet Avancé (voir par exemple la boîte de dialogue Nuages de Points en 2D - onglet Avancé). Pour davantage d'information, voir aussi Cleveland (1979, 1985).
Et notre ami Huet de montrer ce graphique illustrant ce fameux lissage :

Température planétaire en écart à la moyenne calculée sur la période 1951 1980, avec un carré noir par an et la courbe résultante en rouge lorsque les valeurs sont lissées avec la méthode statistique de régression robuste localement pondérée.

Puis il ajoute cette autre courbe qui montre l'évolution quasiment parallèle de nos émissions de gaz à effet de serre :

Emissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1860, en millions de tonnes équivalent CO2. NB : lime calcination = calcination du calcaire, à savoir la réaction CaCO3 -> CaO + CO2 qui lieu dans les fours à clinker pour produire du ciment. Compilation de l’auteur sur données Shilling et al., Smil, Global Carbon Budget, BP Statistical Review. Source Jancovici.

Et de conclure de manière presque triomphante (et non triomphale) :
Muni de ces deux courbes, vous devriez pouvoir raccourcir le temps de discussion que « qu’est-ce qui se passe ? » et aller direct au sujet qui fâche vraiment : on fait quoi maintenant ?
C'est bien joli tout ça, mais bien que parfaitement exact je n'ai personnellement jamais vu le moindre climatosceptique se laisser convaincre par ce genre d'argument que l'on pourrait qualifier de candide pour être gentil (je ne souhaite surtout pas me fâcher avec monsieur Huet)

J'ai essayé de lui exprimer ce que j'en pensais mais les commentaires sont fermés, donc s'il me lit voici ce que j'avais à lui dire :
« : « eh, banane, regarde ce que ça donne avec une régression robuste localement pondérée » (là, tout de suite, ça le calme). »
Euh non, ça ne va calmer personne, surtout pas un climatosceptique qui va automatiquement vous rétorquer que les courbes sont trafiquées, alors lowess ou pas lowess vos courbes vous pouvez les rembarquer, elles ne vous servent à rien.
Cela dit vous avez bien sûr raison sur le fond.
Voila, c'était court mais je n'ai pas pu ajouter ma petite contribution à la suite des quelques lecteurs qui ont pu dégainer plus vite que moi, comme par exemple :
Bonjour Mr Huet,
Les âneries de PP ne sont que celles d’un animateur, pour ouvrir un débat. Même si le personnage est quelque peu réac. Les autres participants dont E Lévy ont clairement approuvé le fond de votre message sur le constat. Que je partage totalement. Mille fois.
Sur ce qu’il convient de faire, il y a débat , et heureusement !
Les propos insultants et agressifs de Madame Nouvian la Primée sont une insulte à notre intelligence collective. Cette personne est une ayatollah, et je le regrette…
Rédigé par : Jean | le 22 mai 2019 à 9 h 59 min
Mort de rire, E Lévy qui aurait approuvé le fond du message de Sylvestre Huet, on voit par là que ledit message n'est clairement pas passé, soit parce qu'il était mal formulé, soit parce que le cerveau de Jean aurait besoin d'une petite révision afin de nettoyer le bordel qui doit régner dedans et provoquer des courts-circuits dans les synapses, soit les deux mon capitaine, et c'est peut-être ce que pense celui-ci qui lui répond (à Jean, pas à son cerveau qui est aux abonnés absents) :
@Jean
Euuh pas piégée Claire Nouvian ? Neutre PP ? Décodage…
https://www.youtube.com/watch?v=q5597F0CLQA
Rédigé par : timiota | le 22 mai 2019 à 23 h 27 min |
Pas sûr que Jean ait bien compris le style télégraphique de timiota…

Le commentaire le plus pertinent semble être celui-ci :
Mettre deux courbes en parallèle pour démontrer quelque chose est une technique classique des mystificateurs. Donc malheureusement, votre démonstration ne prouve rien. C’est le même raisonnement qui pousse les pastafaristes à s’habiller en pirate pour limiter le réchauffement climatique (puisque moins il y a de pirates en costume traditionnelle chemise large/tricorne dans le monde et plus la Terre se réchauffe…).

Le lien émissions de carbone/réchauffement climatique est bien réel et amplement démontré mais il faut plus que ces deux courbes (pondérées ou pas) pour avoir une véritable argumentation. En promouvant ce genre de « démonstration » vous faites le jeu de ceux que vous combattez, et c’est dommage.

Rédigé par : Fred | le 24 mai 2019 à 23 h 53 min
Mais la réponse de Sylvestre Huet n'est pas à la hauteur, car s'il a encore une fois raison sur le fond il se plante complètement sur la façon de véhiculer celui-ci :
Je n’ai jamais écrit que la simple juxtaposition des courbes « prouve » la relation de cause à effet. Cette relation est prouvée par la physique de l’atmosphère et les simulations numériques de l’évolution climatique (voir les études dites « d’attribution »). Une fois que l’on sait que la relation causale physique existe et que la quantification de cette relation causale est étudiée et démontrée par ailleurs, alors il est tout à fait légitime d’opérer le raccourci entre les deux courbes en soulignant qu’il n’est pas nécessaire de chercher midi à 14h lorsque l’on comprend le fonctionnement d’une horloge. Cordialement, Sylvestre Huet

Rédigé par : huet | le 25 mai 2019 à 15 h 22 min
Là encore, un climatosceptique qui se respecte ricanera en lisant que cette « relation [de cause à effet] est prouvée par la physique de l’atmosphère et les simulations numériques de l’évolution climatique », on dirait que Huet n'a jamais lu le moindre blog ou livre climatosceptique et qu'il s'imagine qu'il va convaincre un pilier de bar avec des arguments scientifiques !

Et quand il dit qu'« une fois que l’on sait que la relation causale physique existe et que la quantification de cette relation causale est étudiée et démontrée par ailleurs, alors il est tout à fait légitime d’opérer le raccourci entre les deux courbes » il s'adresse en vérité à des gens comme moi, qui sont déjà convaincus parce qu'ils se sont largement documentés, pas à monsieur Jean qui compare Claire Nouvian à une ayatollah sans même savoir ce que ce terme désigne.

L'ayatollah Claire Nouvian, la nouvelle obsession des climato « réalistes »
Le nouveau héraut franchouillard à la rescousse des climato « réalistes »

samedi 25 mai 2019

Froid ici et chaud là-bas, les climatosceptiques sont déroutés pour pas grand chose

Ce que ne comprendront jamais ceux qui nient le réchauffement climatique c'est que la température de l'atmosphère terrestre est toujours la même quand on considère le court terme ; que l'on soit le jour ou la nuit, en hiver ou en été, au pôle ou à l'équateur, la température locale change bien évidemment, mais demeure identique à tout moment si l'on considère la planète dans son intégralité, donc quand il fait « un peu plus chaud que la normale » à un endroit il fait forcément « un peu plus froid que la normale » ailleurs, la « normale » étant ici la température moyenne de la planète (15 ou 16°C au sol selon mes lectures)

Sur des durées suffisamment longues la variabilité naturelle du climat introduit des hausses et des baisses de température temporaires de l'ensemble de l'atmosphère, ainsi le phénomène ENSO échange de la chaleur entre l'océan et l'atmosphère selon un cycle irrégulier et difficilement prévisible, amenant des bouffées de chaleur dans notre environnement lors des épisodes El Niño qui sont restituées à l'océan pendant une séquence La Niña, tout cela finissant par s'équilibrer sur le très long terme et ne pouvant en aucune manière expliquer le réchauffement global que nous connaissons ; le volcanisme est un autre élément de cette variabilité naturelle temporaire, l'atmosphère se refroidit pendant plusieurs mois ou années pour retrouver son statut initial quand toutes les particules en suspension sont retombées et ne réfléchissent plus la lumière du soleil ; enfin l'irradiance solaire est le dernier des trois facteurs de cette variabilité naturelle, le plus faible et le plus insignifiant. Et ne parlons pas des cycles de Milankovitch qui ne sont pas discernables à l'échelle d'une vie humaine, ni même de plusieurs générations de vies humaines.

Tout cela pour dire que selon l'endroit où l'on se trouve notre sensation du « climat » sera fortement influencée par la météo locale, et si l'on est climatosceptique un épisode neigeux temporaire aura les effets attendus chez quelqu'un incapable de raisonner globalement (ou incapable de raisonner tout court) ; je ne donnerai pas d'exemples de ce genre de comportement stupide, je me contenterai simplement de relater et commenter quelques nouvelles relativement récentes, sans plus.

Le canal de Panama


Panama: le canal impacté par la sécheresse (le 8/08/2015)
La sécheresse liée au phénomène climatique El Nino impose de limiter la taille des bateaux qui transitent par le canal de Panama. La région est confrontée à la période la plus sèche depuis plus de cent ans.
El Niño était impliqué, mais apparemment pas le seul en cause, puisqu'on nous dit qu'il s'agit de « la période la plus sèche depuis plus de cent ans », mais sans donner la moindre documentation pour appuyer cette affirmation, ce qui est dommage.

Le canal de Panama contraint par une sécheresse historique (le 12/05/2016)
Les restrictions de cargaison, avec un tirant d'eau de maximum 38.5 pieds, continuent dans le Canal de Panama jusqu'au 24 mai. Ces mesures sans précédent sont liées au phénomène climatique El Niño, très actif dans le Pacifique.
Cet article est plus récent que le premier ci-dessus, il évoque toujours le phénomène El Niño, et il précise que les mesures prises par les autorités gérant le canal sont « sans précédent » ; donc El Niño à lui tout seul n'explique pas ces « mesures sans précédent » puisqu'il y a eu de nombreux épisodes El Niño par le passé et que jamais de telles mesures n'ont été prises. On nous précise d'ailleurs :
Cela fait maintenant un an que le Panama manque de pluie et cumule les records météorologiques. En juin 2015, le pays enregistrait sa période la plus sèche depuis 102 ans.
L'information de 2015 est confirmée, mais toujours sans donner de sources permettant de vérifier cette « période la plus sèche depuis 102 ans. »

Cependant il n'y a pas que le réchauffement climatique qui semble en cause :
La déforestation de la forêt tropicale alentour, sujette à de nombreuses controverses, est également mise en avant pour expliquer la baisse des stocks d'eau. L'humidité que la végétation relâche en saison sèche vient alors à manquer.
Et l'article finit sur une touche « optimiste » :
Si l’épisode d’El Niño de 1997-1998 a été le plus fort jamais enregistré et le plus catastrophique du XXe siècle, une étude publiée en janvier 2014 dans la revue Nature Climate Change révèle que les épisodes les plus intenses seront deux fois plus fréquents au cours du XXIème siècle.
Nous sommes donc rassurés, les Niños seront de plus en plus forts et c'est un soulagement de savoir un gamin en aussi bonne santé que notre enfant Jésus !

La pire sécheresse qui règne au Panama laisse entrevoir l’avenir de son canal (le 17/05/2019)

Ici nous sommes en 2019, et même en mai, l'article datant d'il y a une semaine seulement !
Une grave sécheresse au Panama a entraîné une baisse des niveaux d'eau dans le canal de Panama, obligeant certains expéditeurs à limiter la quantité de marchandises transportées par leurs plus gros navires afin de pouvoir naviguer en toute sécurité sur la voie navigable.
Une « grave sécheresse au Panama », et c'est annoncé depuis août 2015 au moins…
"Les cinq derniers mois ont été la saison sèche la plus sèche de l’histoire du canal", a déclaré Carlos Vargas, vice-président exécutif de l’Autorité du canal de Panama pour l’environnement, l’eau et l’énergie.
Cet article est confirmé par le NY Times (pour ceux qui sont abonnés) avec What Panama’s Worst Drought Means for Its Canal's Future :
“The last five months have been the driest dry season in the history of the canal,” said Carlos Vargas […]
Comme je ne suis pas abonné au NYT je me rabats sur autre chose, par exemple Panama’s Worst Drought Hints at the Future of Its Canal qui me dit :
A severe drought in Panama has resulted in lower water levels in the Panama Canal, forcing some shippers to limit the amount of cargo their largest ships carry so they can safely navigate the waterway.
Une grave sécheresse au Panama a entraîné une baisse des niveaux d'eau dans le canal de Panama, forçant certains expéditeurs à limiter la quantité de marchandises transportée par leurs plus gros navires pour pouvoir emprunter la voie navigable en toute sécurité.
Alors que les articles précédents évoquaient les Niños de 1997-1998 et 2015-2016, celui-ci fait référence au Niño de très faible intensité actuellement en cours :
The drought is linked to an El Niño that developed early this year and is expected to continue into the fall. During an El Niño, warmer-than-normal surface waters in the equatorial Pacific can affect weather patterns in many parts of the world, including rainfall in Central America. El Niño events occur every two to seven years, on average, and have been noticed for centuries. They have led to canal restrictions in the past.
La sécheresse est liée à un El Niño qui s'est développé au début de cette année et qui devrait se poursuivre jusqu'à l'automne. Au cours d'un El Niño, des eaux de surface plus chaudes que la normale dans le Pacifique équatorial peuvent affecter les régimes météorologiques dans de nombreuses régions du monde, y compris les précipitations en Amérique centrale. Les phénomènes El Niño se produisent tous les deux à sept ans, en moyenne, et on les observe depuis des siècles. Par le passé, elles ont entraîné des restrictions dans les canaux.
On voit bien que Niño ou pas Niño, et quelle que soit l'intensité du phénomène, le problème rencontré par le canal de Panama est relativement nouveau et ne semble pas devoir s'arrêter dans un proche avenir…d'ailleurs il est précisé ceci :
Already, four of the most intense storms and several of the worst droughts since the canal opened 105 years ago have occurred in the past decade, said Robert F. Stallard, a hydrologist with the United States Geological Survey and the Smithsonian Tropical Research Institute who has studied water issues in Panama for decades.
Déjà, quatre des tempêtes les plus intenses et plusieurs des pires sécheresses depuis l'ouverture du canal il y a 105 ans se sont produites au cours de la dernière décennie, a déclaré Robert F. Stallard, hydrologue du United States Geological Survey et du Smithsonian Tropical Research Institute, qui étudie depuis des décennies les problèmes d'eau au Panama.
Je ne sais pas pour qui vote le dénommé Stallard, par contre s'il est hydrologue et qu'il nous assure que depuis 105 ans, c'est-à-dire depuis l'ouverture du canal en 1914, c'est dans la dernière décennie que se sont produites « quatre des tempêtes les plus intenses et plusieurs des pires sécheresses », on doit pouvoir écouter ce qu'il a à dire et en tirer certaines conclusions.

Et en homme prévoyant il ajoute :
Planning for more extreme weather in the future is the way things have to go.
Planifier l'éventualité de conditions météorologiques plus extrêmes à l'avenir, c'est la tournure que les choses doivent prendre.
Mais le problème du canal est devenu davantage aigu depuis qu'il a été agrandi pour accueillir de plus gros navires :
Managing water has always been a critical part of canal operations, but became even more important with the construction of the larger locks. Each time a ship transits the canal about 50 million gallons of fresh water are lost through the locks to the oceans. 
La gestion de l'eau a toujours été un élément essentiel de l'exploitation du canal, mais elle est devenue encore plus importante avec la construction des grandes écluses. Chaque fois qu'un navire traverse le canal, environ 50 millions de gallons d'eau douce sont perdus à travers les écluses jusqu'aux océans.
Il est cependant encore un peu tôt pour tirer des conclusions définitives et la situation devrait revenir à la « normale » cet automne :
Mr. Vargas said the restrictions will be lifted gradually, probably beginning in June. By mid-September, he said, even ships with the deepest drafts should be able to use the waterway without having to reduce their cargo.
M. Vargas a indiqué que les restrictions seront levées progressivement, probablement à partir de juin. D'ici la mi-septembre, a-t-il dit, même les navires ayant les tirants d'eau les plus importants devraient être en mesure d'utiliser la voie navigable sans avoir à réduire leur cargaison.
La solution envisagée pour le futur, afin d'éviter tout problème de manque d'eau, sera bien évidemment coûteuse, comme ce qui se profile pour toutes les adaptations qui seront nécessaires afin de faire face au réchauffement de la planète et à toutes les conséquences qui en découlent :
As for the long-term threat to the canal, Mr. Vargas said the solution is more water. “We have no doubt that we need to build more reservoirs,” he said. “We think they are the most effective way to mitigate climate change.”
Quant à la menace à long terme pour le canal, M. Vargas a dit que la solution est plus d'eau. "Nous n'avons aucun doute que nous devons construire d'autres réservoirs, a-t-il dit. "Nous pensons que c'est le moyen le plus efficace d'atténuer le changement climatique."
Ici ce monsieur Vargas n'utilise pas le bon vocabulaire, il ne s'agit bien sûr pas d'« atténuer » le changement climatique, la construction de davantage de réservoirs ne limitera jamais la hausse des températures, il voulait certainement parler d'adaptation, la principale option que la nature nous obligera à prendre puisque nous ne serons probablement pas capables de prendre les décisions nécessaires et suffisantes pour limiter le réchauffement global de la planète ; ainsi pour le canal de Panama c'est vers la construction d'infrastructures onéreuses que l'on s'oriente inéluctablement :
But adding new reservoirs would be a costly and lengthy undertaking. There is no more water available from the Chagres River watershed, which supplies Gatún and Alajuela. New water would have to come from watersheds that are farther from the canal, requiring the construction of tunnels as well as dams.
Mais l'ajout de nouveaux réservoirs serait une entreprise longue et coûteuse. Il n'y a plus d'eau disponible dans le bassin versant de la rivière Chagres, qui alimente Gatún et Alajuela. L'eau nouvelle devrait provenir de bassins versants plus éloignés du canal, ce qui nécessiterait la construction de tunnels et de barrages.
Mais ne soyons pas trop inquiets, avec l'ouverture des routes de l'Arctique suite à la fonte quasi totale de la banquise en été d'ici quelques décennies (avant de concerner l'année entière, ce qui sera pour un peu plus tard) les bateaux auront une autre voie plus rapide à leur disposition et pourront se passer des écluses du canal de Panama !


Les 12 mois les plus pluvieux de l'histoire des Etats-Unis


Robert Scribbler nous informe que d'après la NOAA les Etats-Unis ont connu entre mai 2018 et avril 2019 la série de 12 mois consécutifs la plus humide depuis 1895, soit 124 ans, c'est-à-dire depuis que des mesures de précipitations sont enregistrées ; dans U.S. Just Experienced its Wettest 12 Month Period on Record il nous dit :
According to reports from NOAA, the U.S. just saw its wettest 12 month period since record keeping began 124 years ago. The fact that this stretch of extremely wet weather was preceded by a time of extraordinary drought during the 2010s is also notable. Because it is exactly this kind of swing from one extreme to the next that you would expect in a world being forced to warm by fossil fuel burning.
Selon les rapports de la NOAA, les États-Unis viennent de connaître leur période de 12 mois la plus humide depuis le début de la tenue des registres il y a 124 ans. Le fait que cette période de temps extrêmement humide ait été précédée d'une période de sécheresse extraordinaire au cours des années 2010 est également remarquable. Parce que c'est exactement ce genre de passage d'un extrême à l'autre que l'on s'attendrait à voir dans un monde contraint de se réchauffer par la combustion de combustibles fossiles.
Effectivement c'est bien ce que les climatologues ont toujours prédit : l'amplification des extrêmes climatiques.

Scribbler nous montre ce graphique :

Annual precipitation across the contiguous U.S. has increased by about 7% over the past century. Blue bar shows the linear increase since 1895, while the red curve is a smoothed version of the year-to-year numbers in green. When averaged over running four-year periods (not shown), the past four years are the wettest on record for the contiguous U.S. Image credit: NOAA/NCEI. (source wunderground)

Bien retenir ceci :
When averaged over running four-year periods (not shown), the past four years are the wettest on record for the contiguous U.S.
Lorsqu'on fait la moyenne sur des périodes de quatre ans (non indiquées), les quatre dernières années sont les plus humides jamais enregistrées pour les États-Unis contigus.
Cependant cette situation des Etats-Unis « contigus » (i.e. sans compter ni Hawaï ni l'Alaska) comporte de grandes disparités entre états, ainsi voici ce que nous donne la NOAA dans son rapport :
Rang sur le plan des précipitations au niveau national.
Rangs sur le plan des précipitations au niveau régional.

On voit nettement que c'est la partie est des Etats-Unis qui permet à la nation entière d'obtenir la première place depuis le début des mesures, par contre vers l'ouest le pays se trouve un peu au-dessus de la moyenne (trois régions) ou alors un peu au-dessous (une région)

Si l'on regarde maintenant le seul mois d'avril 2019 avec le détail non plus par régions mais par états contigus :
Rangs sur le plan des précipitations pour le seul mois d'avril 2019.

Ce qui nous montre bien qu'un seul mois ne dit rien de la situation à long terme, mais cela nous le savions déjà (sauf certains que nous ne citerons pas)

On remarquera qu'aux Etats-Unis les précipitations ont augmenté...de 7% au cours du siècle, or il est couramment admis qu'une augmentation de 1°C entraine une augmentation des précipitations de 7% en moyenne, comme expliqué ici :
[ La relation de Clausius-Clapeyron] indique que la quantité maximale d’eau sous forme vapeur augmente avec la température. Observations et modèles suggèrent que le réchauffement global se fait à humidité relative quasi-constante, c’est-à-dire que le contenu effectif en vapeur d’eau augmente en moyenne de 7 % par °C. Cette croissance pourrait être atteinte (voire dépassée) pour les fortes pluies. Par contre, l’évolution de la moyenne des précipitations est aussi contrainte par d’autres facteurs (énergétique) et atteint seulement 2 % par °C.
De cela on peut éventuellement en déduire qu'aux Etats-Unis les précipitations ont eu lieu essentiellement sous forme de « fortes pluies », voire de « pluies torrentielles » pour lesquelles le « contenu effectif en vapeur d'eau » peut excéder ces fameux 7% (ceci est une conclusion toute personnelle qui n'engage que moi)

Le site climatecentral nous explique le processus de manière très claire :
Relation entre température et humidité de l'air (source climatecentral)

Et comme la saison des ouragans va bientôt commencer voici un petit rappel :
Les ouragans et le changement climatique, ce que nous savons : des eaux plus chaudes = davantage de « carburant » => des pluies plus fortes et des ondes de tempête plus intenses. 

Mais nous savons depuis au moins 2012 à quoi nous attendre avec cette étude intitulée Tropical cyclone intensification trends during satellite era (1986–2010) dont voici le résumé :
Using International Best Track Archive for Climate Stewardship […] analysis during satellite era (1986–2010) we determined the trends of intensification of tropical cyclones (TC) over all the global basins, except the North Indian Ocean. Over all the basins, the rate of TC intensification from 64 kt to first peak of intensity maxima (global average value = 104 kt) was found to be positive. The above trends were significant for 4 out of 5 basins, except the North West Pacific. The trends indicate that the TCs now intensify from 64 kt to 104 kt nearly 9 hours earlier than they did 25 years back. The maximum reduction in intensification time is noticed over the North Atlantic Ocean where the average time needed for TC to intensify from 64 kt to 112 kt has reduced by nearly 20 hours during the past 25‐year period.
À l'aide de l'analyse des meilleures archives internationales pour le suivi du climat […] pendant l'ère des satellites (1986-2010), nous avons déterminé les tendances à l'intensification des cyclones tropicaux (CT) dans tous les bassins mondiaux, sauf dans le nord de l'océan Indien. Sur l'ensemble des bassins, le taux d'intensification des CT de 64 kt au premier pic d'intensité maximale (valeur moyenne globale = 104 kt) s'est révélé positif. Les tendances ci-dessus étaient significatives pour 4 bassins sur 5, à l'exception du Pacifique Nord-Ouest. Les tendances indiquent que les CT s'intensifient maintenant de 64 kt à 104 kt près de 9 heures plus tôt qu'il y a 25 ans. La réduction maximale du temps d'intensification est observée au-dessus de l'océan Atlantique Nord où le temps moyen nécessaire aux CT pour passer de 64 kt à 112 kt a diminué de près de 20 heures au cours de la dernière période de 25 ans.
Bref dans l'Atlantique Nord les cyclones deviennent méchants bien plus vite que par le passé, par conséquent si vous entendez dire qu'il n'y a aucune preuve de l'intensification des cyclones vous saurez quoi en penser (sauf certains que je ne nommerai pas)

Mais pendant que l'est des Etats-Unis croule sous les fortes précipitations qui commencent à devenir régulières (c'est ce qu'on appelle le nouveau normal) l'ouest du pays fait face à des sécheresses de plus en plus marquées, comme en témoigne l'index Palmer que nous montre le site climate de la NOAA :
Time series of the Palmer Hydrological Drought Index (PHDI) for the Western United States (California and Nevada). This PHDI index is tuned for changes on the time scale of 24 months. Increasingly negative values (larger bars) indicate increasingly severe drought. The time series shows that, on this multi-year time scale, the region has been in significant drought for the better part of the last two decades.

Faut-il vous l'envelopper ou c'est à consommer sur place ?


Et maintenant la canicule...



Cet article est donc tout frais, si j'ose m'exprimer ainsi…Il commence ainsi :
A blistering, dangerous heat wave, which one expert calls a "death ridge," is poised to scorch the southeastern U.S. over the Memorial Day weekend.
Une vague de chaleur torride et dangereuse, qu'un expert appelle une « crête mortelle »,est sur le point de brûler le sud-est des États-Unis pendant le week-end du Memorial Day.
Le Memorial Day, c'est le dernier lundi du mois de mai, donc lundi prochain.

Mais tout le monde ne va peut-être pas souffrir de la canicule de la même façon :
While the central U.S. deals with floods and storms, some all-time record high temperatures for May could be shattered as highs rocket into the upper 90s to low 100s all the way from Alabama to Virginia. 
Alors que le centre des États-Unis est aux prises avec des inondations et des tempêtes, certaines températures record pour le mois de mai pourraient s'effondrer et atteindre des sommets allant de 90°F à 100°F, de l'Alabama à la Virginie.
90°F représentent 32°C et 100°F donnent près de 38°C, pour un début juin ce n'est donc pas si mal que ça, mais beaucoup d'Américains pourront trouver facilement à se baigner, ils n'ont pas à se plaindre ! On se demande d'ailleurs pourquoi ce genre de conseil :
The duration of the heat wave could make it "life-threatening," Weather.com meteorologist Jonathan Erdman said. "Minimize your time outdoors during the hottest times of day, typically from late morning through late afternoon. Drink plenty of liquids and wear light, loose-fitting clothing if you must be outside for longer periods of time," he advised.
La durée de la vague de chaleur pourrait mettre la vie en danger ", a déclaré Jonathan Erdman, météorologue de Weather.com. "Minimisez le temps passé à l'extérieur aux heures les plus chaudes de la journée, généralement de la fin de la matinée à la fin de l'après-midi. Buvez beaucoup de liquides et portez des vêtements légers et amples si vous devez rester à l'extérieur pendant de longues périodes ", a-t-il conseillé.
Mais les principaux concernés peuvent être rassurés, ils vont pouvoir bénéficier de ces agréables conditions climatiques encore pendant un certain temps :
Unfortunately, the unusual heat is predicted to continue baking the Southeast well into early June, according to the latest forecast from the Climate Prediction Center. 
Malheureusement, selon les dernières prévisions du Climate Prediction Center, la chaleur inhabituelle devrait continuer à cuire le sud-est pour une bonne partie de la première moitié du mois de juin.
Pourquoi « malheureusement » ? de quoi ont-ils peur ces pisse-froid ?


Et les tornades ?


Le site meteofrance nous explique dans son article du 24 mai (tiens, c'était hier…) :
La configuration météorologique est particulièrement propice aux tornades aux États-Unis, on en a dénombré pas loin de 200 cette semaine dans le centre et l'est du pays.
200 tornades en une semaine, pas de quoi fouetter un chat me direz-vous, cependant :
Aux États-Unis le mois de mai est véritablement au cœur de la saison des tornades, qui s'étend d'avril à juin. Ce trimestre concentre en effet plus de la moitié des 1 300 tornades annuelles (en moyenne environ 680 tornades d'avril à juin). Le mois de mai est en moyenne le plus actif (280 tornades en moyenne), suivi de juin (245 tornades) et d'avril (155 tornades).
Ah quand même, 280 tornades en moyenne pour le mois de mai, et là ils en ont eu près de 200 en une semaine, faut-il s'en inquiéter ou passer à autre chose ?

Le site de la NOAA nous fournit quelques graphiques que j'ai un peu de mal à analyser :
The annual tornado trends chart is a result of the following methodology applied to the SPC observed tornado dataset by Harold Brooks, NSSL and Greg Carbin, SPC. As 2009 tornado reports come in and are reviewed, the actual, or "smoothed", tornado numbers will be added to this chart.

Que représentent les différentes couleurs, par exemple la rouge qui culmine à 1884 tornades recensées et la rose qui plafonne à seulement 944 ? Si quelqu'un peut m'expliquer en commentaire il sera le bienvenu. L'année 2019 figure en noir avec un décompte au 24 mai (hier donc) de 697 tornades, mais comment interpréter cette courbe en relation avec les autres ? Mystère.

Un autre graphique est plus parlant :
A simple linear regression equation is fit to the 1954-2007 annual tornado totals. This equation is then used to compute the delta, or difference, between the original/observed annual tornado total and the smoothed, or "adjusted" annual total represented by the point on the linear trend line for that year.

Ce graphique représente les années 1954 à 2007, cette dernière étant la 54ème de la série ; on voit clairement une augmentation du nombre des tornades au fil du temps, il serait intéressant d'avoir la même information jusqu'à au moins 2018, mais comme il nous est dit qu'un rapport de 2009 est en cours de révision je n'ai pas l'impression que nous aurons les données actualisées avant longtemps...

Si l'on raisonne en anomalies en considérant la moyenne de la période 1954-2007 nous obtenons ce graphique :
Tornades annuelles ajustées à l'année de référence 2007.

Dans les explications menant à ce graphique il est question d'ajustements dus à « l'augmentation de la population, la sensibilisation accrue aux tornades et la mise en place de réseaux de signalement plus robustes et plus évolués », et que « 2007 représente quelque chose de plus près de la réalité en ce qui concerne le nombre annuel de tornades », soit, mais la période de référence est apparemment 1954-2007, avec une moyenne de 1283 tornades, et non la seule année 2007 qui comptabilise seulement 1098 tornades.

En tout cas il s'agit d'un graphique qui sera difficilement contesté par qui-vous-savez puisque les données anciennes ont été revues à la hausse, diminuant ainsi la sensation d'augmentation…



Conclusion ?


Elle sera brève.

Selon l'endroit où l'on vit l'impression que donne la météo locale a des chances d'influer sur le positionnement en matière de réchauffement climatique.

On ne s'étonnera pas qu'un Donald Trump, habitué à la côte est des Etats-Unis où il a soi-disant bâti sa fortune (on devrait plutôt dire dilapidé ce que lui a légué son paternel), pense que le réchauffement climatique est un canular, alors qu'en Californie les gens sont en majorité sensibilisés aux problèmes environnementaux, au point qu'un gouverneur républicain (oui, républicain) s'est permis de donner des leçons aux climatosceptiques :
Ça ne m'aurait pris que cinq minutes pour […] convaincre [les climatosceptiques] que les gaz à effet de serre sont un polluant […] On nous a traités de fous, on nous a dit que notre économie allait dérailler. Les industriels de l'automobile nous ont déclaré la guerre lorsque nous avons voulu introduire de nouvelles normes sur les carburants. Mais c'est l'inverse qui s'est passé. L'économie californienne croît davantage que celle du pays. Nous attirons plus de la moitié de tous les investissements verts des Etats-Unis. Il n'y a pas à choisir entre l'environnement et l'économie.

Schwarzy nous a prévenus, si vous n'avez pas compris avec ça !


lundi 20 mai 2019

Jean-Marc Jancovici écrivait déjà en 2010 à l'attention de Pascal Praud et Elisabeth Lévy

Est-il utile de revenir sur cette lamentable émission diffusée sur Cnews dans laquelle un présentateur à la limite de l'analphabétisme a fait son numéro habituel avec la complicité d'Elisabeth Lévy, journaliste inculte mais régulièrement invitée par Pascal Praud ?

J'ai déjà évoqué le couple Lévy-Praud dans Benoit Rittaud et le consensus et Benoit Rittaud prend ses désirs pour des réalités, et mon appréciation de l'ancien commentateur de foot et de sa groupie ne s'est pas améliorée, il sont toujours aussi nuls, Praud ne sachant pas mener un débat autrement qu'en se comportant en donneur de leçons et Lévy en exposant aux yeux de tous sa totale incompétence sur la majorité des sujets sur lesquels on ne lui demande que de donner son opinion dont on se fiche éperdument.

Déjà en janvier 2018 je me montrais plutôt indulgent envers eux, car je ne les connaissais pas suffisamment, et j'écrivais :
Pascal Praud, est tellement médiocre qu'on comprend aisément qu'il ne présente pas le 20 heures sur TF1, cependant il s'agit d'un honnête journaliste tentant de faire correctement son travail, mais avec une maladresse assez dérangeante. […] une certaine Elisabeth Lévy qui devait se demander ce qu'elle fichait là tellement elle semblait à côté de ses pompes dans le débat sur le climat (elle a d'ailleurs avoué n'y comprendre goutte)
C'était à l'occasion d'une émission où Benoit Rittaud avait été invité à donner son avis sur, devinez quoi, sur le climat bien entendu ! Et j'écrivais également dans mon billet :
On se prend à imaginer ce que serait ce genre de débat avec de véritables climatologues capables de moucher le nez du petit Benoit, comme par exemple Claude Lorius ou Hervé Le Treut
Donc Elisabeth Lévy, en janvier 2018, ne connaissait absolument rien au sujet du climat, de son propre aveu, or cela ne l'a pas empêchée par la suite de donner son avis, par exemple récemment avec Climat: les missionnaires de l’Apocalypse et Élisabeth Lévy: «Pour la raison écologique, contre les climato-fanatiques!» ; on peut notamment y lire des éléments de langage bien rodés comme :
  • La fin du monde approche et c’est de votre faute.
  • nous ne parlons pas du climat mais de la religion apocalyptique dont il est l’objet.
  • il y a aussi de la croyance, comme en témoignent le flux constant d’incantations et de sermons nous sommant de faire repentance.
  • L’avenir de la planète mérite mieux que ce prêchi-prêcha.
  • La science argumente, elle n’excommunie pas, elle ne fulmine pas contre les hérétiques. 
  • Pour un chercheur, le scepticisme n’est pas un crime mais une vertu.
Mon hypothèse est que suite à l'émission de janvier 2018 dans laquelle intervenait Benoit Rittaud, celui-ci a discuté le bout de gras avec Elisabeth Lévy et lui a inoculée le virus climatosceptique en lui conseillant de saines lectures pour approfondir le sujet ; dois-je vous préciser de quelles lectures il devait s'agir ?

Il faut croire que la contagion a bien entrainé les effets escomptés, puisque Benoit Rittaud se vantait en mars 2019 du fait (interdit de rire à la lecture de ce qui suit) que le fanzine Causeur était devenu le premier média à remettre en cause...le consensus médiatique sur le climat !
Jusque là, dans le paysage médiatique français, aucun média d’importance ne soutenait une position critique sur l’alarmisme climatique. Les choses viennent de changer avec le nouveau numéro du mensuel Causeur (n°66, mars 2019), qui affiche la couleur.
causeur, tu parles !

Et il en concluait :
Un premier domino avant d’autres retournements ?

 C'est peut-être à cause (sic) du clash Lévy-Nouvian arbitré par le pitoyable Praud qu'Olivier Berruyer s'est cru obligé de ressortir un vieil article de Jean-Marc Jancovici datant de mars 2010 ; dans Journaliste, cela autorise d’inviter n’importe qui ? Par Jean-Marc Jancovici on peut lire en entrée :
Depuis que la question de l’influence de l’homme sur le climat a été posée par une partie de la communauté scientifique, certains d’entre vous, au nom d’un « droit au débat » dont je vais essayer de montrer qu’il est totalement dévoyé sur ce sujet précis, donnent régulièrement de l’espace à des individus qui expliquent combien la science raisonne de travers en matière de « climatologie« , et, éventuellement, combien il est urgent de surtout ne rien faire pour limiter les émissions humaines de gaz à effet de serre.
Et d'enfoncer le clou plus loin :
Dans ce que l’on appelle les sciences dures (maths, physique, chimie) un article scientifique ne peut donc pas reposer sur des slogans, des faits non démontrés, des rumeurs ou la danse de la pluie […] Il doit s’agir d’une démonstration probante, appuyée sur des faits déjà considérés comme acquis, des données d’observation ou des expériences concluantes au regard de la question posée […] et un raisonnement sans faille […]
Un débat scientifique ne se conduit donc pas dans la presse grand public. Tout organe de presse qui met en avant des conclusions d’apparence scientifique qui n’ont pas été publiées dans les conditions ci-dessus outrepasse ses prérogatives.
On peut raisonnablement se poser la question de savoir si Pascal Praud est un véritable journaliste ou un simple « amuseur public » n'ayant pas dépassé le stade de l'humour de cour de récréation, cependant le texte de Jancovici s'applique à merveille à Elisabeth Lévy qui est la digne successeuse de Claude Allègre, avec la grosse différence que, bien qu'étant journaliste, elle n'a strictement aucune formation scientifique pouvant éventuellement faire illusion quand elle parle du climat, alors que Claude Allègre, lui, est géochimiste de formation et de profession.

Claude Allègre et sa clone Elisabeth Lévy.

Oui je sais, Lévy n'est pas à son avantage, mais comme Allègre a la grosse tête, et qu'elle n'a pas la même capacité cérébrale que son illustre prédécesseur, il est normal de la représenter ainsi, non ?

Pascal Praud, le nouveau Jean-Claude Van Damme des plateaux ? (source creapills)

La tête de Claire Nouvian face à Pascal Praud qui s'étonne du réchauffement climatique parce qu'il a eu froid ce matin en sortant de chez lui (source eteignezvotreordinateur)


Moi je sais de quoi que je cause, et puis je suis la copine du patron, non mais ! (source lepoint)

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dimanche 19 mai 2019

Bientôt la fin de Game of Thrones, mais pour qui ?

Cette nuit le dernier épisode de la dernière série de Game of Thrones nous livrera (enfin ?) la solution à l'énigme à deux têtes qui nous a tenus en haleine depuis huit ans maintenant, à savoir d'une part qui demeurera vivant et d'autre part qui montera sur le trône de fer.

Autant je n'ai aucune idée de qui sera toujours en vie, bien que je pense que des personnages comme Arya ou Bran peuvent difficilement passer à la trappe, autant j'ai l'impression que soit il n'y aura aucun prétendant pour le siège métallique soit celui-ci aura disparu et que par conséquent personne ne pourra poser son royal cul dessus.

J'ai encore espoir que mon hypothèse (osée) selon laquelle le fils d'Arya et de Gendry sera le seul prétendant légitime pour gouverner les sept royaumes, mais avec ma prédiction non avérée qui voulait que Ver Gris et Missandei meurent à la manière de Roméo et Juliette je préfère maintenant faire profil bas ; bon il faut dire que la mort de Missandei et le comportement de Ver Gris ont quand même un caractère Shakespearien, mais nous sommes loin de ce que j'avais imaginé.

L'épisode cinq a attiré pas mal de critiques parmi les fans, il y en a qui y sont allés façon bourrin, comme par exemple celui-ci qui n'a rien compris et trouve l'épisode désastreux, et d'autres qui ont analysé cette partie de l'histoire beaucoup plus finement comme lui ou eux. On ne s'improvise pas critique de cinéma ou de série et il ne suffit pas de répéter x fois que « c'est nul à chier » et « je n'ai pas compris » pour donner une idée des éventuels défauts, surtout en passant complètement à côté des indéniables qualités dans le scénario ainsi que dans le jeu des acteurs (certaines scènes sont tout simplement sublimes)

En ce qui me concerne la principale critique est le fait que les showrunners Weiss et Benioff donnent le sentiment d'avoir voulu expédier « vite fait bien/mal fait » la fin de la série, parce qu'ils en avaient marre de GoT et/ou parce qu'ils avaient un autre projet en vue (une trilogie de Star Wars)

En vérité les deux derniers épisodes (le quatre et le cinq) auraient mérité d'être davantage étalés et contenir dans quatre ou cinq épisodes d'une durée d'au minimum une heure à une heure et demie, au minimum, afin de mieux introduire le « passage à l'acte » de Daenerys qui a été manifestement bâclé.

On passera sur les multiples incohérences qui jalonnent cet épisode, il y en a eu bien d'autres depuis le début de la série il y a huit ans comme il y en a également dans des films qui se prétendent plus « sérieux », comme Gravity dans lequel Clooney semble suspendu par une corde dans le vide alors qu'il se trouve dans l'espace où justement la gravité est de zéro (ou en tout cas extrêmement faible à l'altitude où croise une station spatiale en orbite autour de la Terre) et Bullock maintien en totale apesanteur une coupe de cheveux parfaitement coiffée, on sera donc très indulgent envers un spectacle où des dragons crachent le feu et une sorcière redonne la vie à Jon Snow.

Des théories existent évidemment sur le dernier épisode (voir ici et là) avec de grandes inquiétudes quant à l'immense désillusion qui risque de s'abattre sur les millions de fans, mais il faut bien qu'une série se termine un jour et il sera bon de passer à autre chose en sachant que des spin-offs sont en préparation pour, peut-être, expliquer certains points restés obscurs comme le rôle des Marcheurs Blancs en général et du Night King en particulier (qui est-il, d'où vient-il, que veut-il ?)

Quoi qu'il en soit je resterai sur une bonne impression de l'ensemble de la série et prendrai la fin comme elle viendra, en l'acceptant telle qu'elle me sera présentée, et j'aurai une pensée émue pour toutes les petites filles que leurs parents auront appelées, avant ce cinquième épisode, Daenerys ou Khaleesi, les pauvres n'ont pas fini de morfler.

La mère des dragons est en colère, planquez vos abatis !

On vous avait prévenus !

vendredi 17 mai 2019

415 ppm de CO₂, mais ce n'est pas une surprise pour Exxon !

Regardez bien ce joli dessin :
Croissance du CO2 atmosphérique et augmentation de la température globale moyenne en fonction du temps (source Exxon, 12 novembre 1982)

Etonnant, non ?

Ce document date donc de novembre 1982, il est inclus dans un rapport dont le signataire est un certain M.B Glaser, directeur des programmes d'affaires environnementales (Manager EnvironmentaI Affairs Programs) de la firme Exxon, et dont le titre est « CO₂ greenhouse effect ».

Ainsi, dès 1982 il était prévu qu'en 2019 le taux de CO₂ soit aux alentours de 420 ppm et que la température aurait augmenté, par rapport à l'année 1980, de près de 1°C ; vérifions tout de suite ce qu'il en est pour les températures :
Evolution des températures de 1980 à aujourd'hui (woodfortrees)

Faisons le compte :
  • Gistemp : +0,7 (de 0,15 à 0,85)
  • HadCRUT : +0,7 (de 0 à 0,7)
  • BEST : +0,7 (de 0,1 à 0,8)
  • RSS : +0,8 (de -0,2 à +0,6)
  • UAH : +0,5 (de -0,2 à +0,3)

On constate que toutes les données concordent à peu près bien, avec une hausse de 0,7 à 0,8°C, sauf, allez savoir pourquoi, UAH qui ne monte que de 0,5°C (mais il est vrai que UAH c'est le bébé de l'immense scientifique qu'est John Christy accompagné de son fidèle serviteur Roy Spencer)

Par conséquent monsieur Glaser surestimait légèrement la hausse de températures, cependant il semblerait qu'il ait aussi légèrement surestimé la hausse du CO₂, car nous ne sommes pas à 420 ppm mais à seulement 415 ! Mais bien que 5 ppm de différence n'expliquent pas un écart de 0,2 à 0,5°C, on peut quand même en conclure qu'en 1982, avec les moyens de l'époque, la prévision était assez surprenante au vu de ce qu'il en est actuellement.

Aux dernières nouvelles le taux de CO2 est donc de 415,58 ppm exactement :
Hourly (red circles) and Daily (yellow circles) averaged CO2 values from Mauna Loa, Hawaii for the last 31 days. (source esrl.noaa)

Ce qui est intéressant c'est de savoir ce qu'il en était dans le passé quand la planète Terre a connu de telles concentrations.

Johan Lorck, l'auteur de l'excellent site Global Climat, nous dit :
Les scientifiques sont capables de remonter encore plus loin dans le passé [que 1958, date des premières mesures à Mauna Loa]. L’analyse des carottes de glace tirées de l’Antarctique montre que les niveaux de CO2 actuels sont les plus importants des 800 000 dernières années, période au cours de laquelle les niveaux n’ont jamais dépassé les 300 ppm au plus fort des épisodes interglaciaires.
Et Johan nous montre des graphiques bien connus issus des travaux de Lorius et Jouzel :
Concentrations de CO2 et températures de l’Antarctique des 800 000 dernières années (source : NASA reprise par global-climat)

Non content de prouver que température et CO₂ vont de conserve (et non de concert), cela nous montre qu'effectivement durant les 800 000 dernières années le taux de CO₂ n'a JAMAIS dépassé les 300 ppm, mais aussi, et c'est peut-être le plus important, qu'entre 200 et 300 ppm de CO₂ la différence de température est de l'ordre...de 10°C !

Bien sûr cette amplitude de 10°C ne concernait que l'Antarctique, mais on voit là qu'une augmentation de 50% (de 200 à 300) pouvait engendrer sous de basses latitudes ce genre de variation de température, et on peut imaginer que sur le reste de la planète on n'était pas loin de ces 10°C ; or entre la période pré-révolution industrielle et aujourd'hui la concentration en CO₂ est passée de 280 ppm à 415 ppm, soit...48% d'augmentation !

Johan va même plus loin que les 800 000 ans mentionnés :
Des modélisations basées sur des données astronomiques et géologiques montrent que la dernière fois que l’atmosphère terrestre a contenu autant de CO₂, c’était il y a plus de trois millions d’années. C’est ce qu’a révélé une étude publiée en avril 2019.
Résultats de la modélisation : concentration de CO2 atmosphérique (en rose) comparée aux données sur le noyau de glace (trait continu) et à d’autres approximations. Willett et al, 2019. (repris par global-climat)

Il y a 3 millions d'années le CO₂ représentait donc 350 ppm dans l'air de notre planète, soit une soixantaine de ppm de moins qu'aujourd'hui…

Mais certains vont encore plus loin en remontant...à 15 millions d'années !

Ainsi Robert Scribbler dans The Hot 15 Million Year Time Machine — 415 Parts Per Million CO2 nous dit :
We have to go far, far back, much further back, to find a time when atmospheric CO2 values were likely similar to those experienced today. Indirect proxy readings indicate that the last time levels of this heat trapping gas were so high extend not hundreds of thousands, but millions of years.
Nous devons remonter très loin, bien plus loin en arrière [que 800 000 ans], pour trouver une période où les valeurs de CO2 dans l'atmosphère étaient probablement similaires à celles que nous connaissons aujourd'hui. Les lectures indirectes de proxys indiquent que la dernière fois où les niveaux de ce gaz de piégeage de la chaleur étaient si élevés ne concernent pas des centaines de milliers, mais des millions d’années.
Et de nous montrer ce graphique :
(Atmospheric CO2 levels are now the highest since the Middle Miocene of 15 to 17 million years ago. Image source: Skeptical Science repris par robertscribbler)

La barre horizontale rouge représente à peu près notre niveau actuel de CO₂, et l'on voit qu'elle est à peine dépassée à partir de -15 millions d'années ; ce n'est qu'en remontant le temps à partir de -25 millions d'années que l'on voit le CO₂ monter pour atteindre un sommet à 1200 ppm il y a environ 37 millions d'années.

Autrement dit, comme nous nous acheminons allègrement vers 450 ppm que nous devrions atteindre dans une décennie, nous pouvons considérer qu'en 2030 nous serons revenus quelques 25 millions d'années en arrière, c'est ce qu'on appelle le progrès.

Un autre graphique fourni par Scribbler est assez éloquent ; il émane de Peter Gleick :
Atmospheric CO2 levels have now reached 415 ppm. The last time humans experienced levels this high was... never. Human didn't exist. Les niveaux de CO2 atmosphérique ont maintenant atteint 415 ppm. La dernière fois que les humains ont connu des niveaux aussi élevés, c'était ... jamais. L'homme n'existait pas (source PeterGleick)

Oui, parce qu'on rappellera à ceux qui l'ignorent encore que monsieur Homo sapiens a fait son entrée dans le monde il y a au mieux 300 000 ans, et que le genre Homo serait apparu, lui, il y a 2,5 millions d'années, auparavant la Terre était peuplée d'Australopithèques, nos lointains ancêtres qui étaient à peu près aussi conscients du changement climatique que les décérébrés qui hantent sous forme de zombies certains sites qui s'autoproclament climato « réalistes ».

Et quand le réalisme consiste à ne pas comprendre un simple dessin qu'un enfant de 8 ans pigerait immédiatement, cela s'appelle comment ?
L'infini, comme dirait Laurent Alexandre, c'est dans gogol années.

Mais rassurez-vous, il y en a qui veillent sur vous et prennent soin de leurs… pardon, de vos intérêts, et ils ont les moyens pour arriver à vous… pardon, à se refaire une santé ; l'International Monetary Fund nous informait le 2 mai dernier que :
Globally, subsidies remained large at $4.7 trillion (6.3 percent of global GDP) in 2015 and are projected at $5.2 trillion (6.5 percent of GDP) in 2017.
À l'échelle mondiale, les subventions sont restées importantes, atteignant 4 700 milliards de dollars (6,3% du PIB mondial) en 2015 et devraient atteindre 5 200 milliards de dollars (6,5% du PIB) en 2017.
Plus de 5 mille milliards de dollars de subventions en une seule année pour quoi me direz-vous ?

Si vous pensez que c'est pour financer les énergies renouvelables c'est que vous n'avez pas lu le reste de l'étude ; un indice pour vous guider : cette étude s'intitule « Global Fossil Fuel Subsidies Remain Large: An Update Based on Country-Level Estimates » (Les subventions mondiales aux combustibles fossiles restent importantes : mise à jour fondée sur des estimations par pays)


Pas sûr que ce soit plus clair pour tout le monde.